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Article pp.89-95 du Vol.4 n°2 (2014)

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ARTICLE ORIGINAL /ORIGINAL ARTICLE

In térê t de la neurocryos t imu la t ion dans la pr ise en charge de la dou leur pos t - trauma t ique en médec ine d’ urgence

Place of neurocryostimulationin the treatment of post-traumatic painin Emergency Department M. Morelle · F. Cardon · J.-B. Beuscart · J.-B. Campagne · E. Wiel · E. Boulanger · N. Assez

Reçu le 10 août 2013; accep le 2 décembre 2013

© SFMU et Springer-Verlag France 2013

RésuméObjectifs: Cette étude a été réalisée afin d’évaluer l’effet antalgique de la neurocryostimulation (NCS) sur les douleurs post-traumatiques en médecine d’urgence. Méthodes : Cette étude prospective s’est déroulée durant 12 jours dans un service d’urgence. Tous les patients âgés de plus de 12 ans se présentant aux urgences avec une dou- leur post-traumatique évoluant depuis moins de 24 heures étaient inclus. Après une appréciation de l’intensité de leur douleurlors del’admission(t0) par une échelle visuelle ana- logique (EVA, score de 0 à 100), ces derniers ont bénéficié directement d’uneséance de NCS. L’intensité dela douleura

été réévaluée à l’issue de cette cryothérapie (t1) puis à la sortie des urgences (t2).

Résultats : Quarante-neuf patients ont été inclus dans l’étude. Une EVAinférieure ou égale à 30 àl’admission était un motif d’exclusion de l’étude. Lors du premier contact médical (t0), l’intensité douloureuse moyenne était de 63 ± 16. Celle-ci a rapidement diminué de 27 % (p< 0,05) après une séance de NCS pour atteindrele chiffre de 46 ± 23 (t1). Cette baisse de l’intensité douloureuse est durable, une valeur del’EVA à 34 ± 20 est obtenue àlasortie des patients, soit une baissetotale de 46 %(p< 0,05). Cette diminution de l’intensité douloureuse a tendance à être plus importante pour les patients présentant une EVA supérieure ou égale à 70impliquant uneréduction de celles-ci de 49 %(p< 0,05). Conclusion: La NCS est une technique antalgique efficace en traumatologie d’urgence pour des douleurs modérées à intenses, en complément des traitements antalgiques habituels.

Mots clés Antalgie · Cryothérapie · Traumatologie · Douleur · Urgence

AbstractObjective: This work was designed to assess the antalgic effect of neurocryostimulation ontraumatic painin the emergency room.

Methods: This prospective cohortstudy was conductedin an emergency room during 12 days. Patients who were more than 12-year-old and admitted to the emergency room for upto 24 hfortrauma pain wereincluded. After pain assess- ment by a pain intensity numeric rating scale (PRS; score 0 to 100) during the first medical contact (t0), the patients received a single neurocryostimulation session. Pain inten- sity was re-evaluatedjust after the cryotherapy session (t1), and whenthe patients went out ofthe emergencyroom (t2). Results: Forty-nine patients were included in this study. Duringthefirst medical contact(t0),the average paininten- sity was about 63 ± 16. The pain score rapidly decreasedto 46 ± 23(27% ofreduction,P< 0.05) afterthe neurocryosti- mulation session (t1). Pain decrease was constant:the value

M. Morelle (*) · E. Boulanger

Faculté de médecine de Lille Henri-Warembourg, université Lille-II, PRES Université Lille Nord de France, F-59045 Lille cedex, France

e-mail : maxime.morelle@etu.univ-lille2.fr F. Cardon · J.-B. Campagne

SAU et Smur, centre hospitalier de Dunkerque, 130, avenue Louis-Herbeaux,

F-59240 Dunkerque, France J.-B. Beuscart · E. Wiel

Cerim, biostatistiques, EA 2694, faculté de médecine, le recherche, 1, place de Verdun,

F-59045 Lille cedex, France E. Wiel · N. Assez

Uni commune de recherche du pôle de l’urgence, Samu régional de Lille, CHRU de Lille,

5, avenue Oscar-Lambret, F-59037 Lille cedex, France E. Wiel

EA 2694, laboratoire de santé publique,

faculté dingénierie et de management de la san, faculté de médecine, pôle recherche, université Lille-II, PRES Lille Nord de France, 1, place de Verdun, F-59045 Lille cedex, France

N. Assez

Laboratoire de pédagogie de la santé–EA 3412, université Paris-XIII, 74, rue Marcel-Cachin, F-93017 Bobigny cedex, France

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of painintensity attherelease ofthe patientsfromthe emer- gency room was 34 ± 20 (46% of reduction,P< 0.05). The decrease of pain intensity tends to be more important for patients with a PRS≥70 (49% of reduction,P< 0.05). Conclusion: Neurocryostimulation is an effective antalgic technique for emergency trauma for mild and major pains, as a supplementto usual antalgictreatments.

KeywordsAntalgy · Cryotherapy · Traumatology · Pain · Emergency

Introduction

La prise en charge dela douleur est devenueincontournable en médecine d’urgence. Celle-cireprésente 85 % des motifs d’admissions aux urgences [1]. Malgré la mise en place de nombreuses directives etrecommandations nationales visant à optimisersa prise en charge[2–4], une étuderécenterévèle que 64 % des patients présentant une douleur modérée à sévère lors de l’admission sont insuffisamment soulagés à la sortie des urgences par les antalgiques reçus per os [5]. Des méthodes alternatives et complémentaires autraitement médicamenteux permettent d’obtenir cet effet antalgique recherché, notamment parle froid. C’est le cas dela neuro- cryostimulation(NCS), unetechnique de cryothérapie. Cette thérapeutique noninvasive, développée par Cluzeauen 1993 [6,7], permet detraiterrapidementla douleur avec desrésul- tats durables. Elle consiste en la pulvérisation d’un jet de dioxyde de carbone à–78 °C sous haute pression (50 bars) sur la zone douloureuse jusqu’à la formation de microcris- taux sur la peau. Cela entraîne quatre effets physiologiques importants:

une antalgie par la diminution de la conduction du mes-

sage nociceptif [8];

un drainage desœdèmes via la mise en action du réflexe vasomoteurinduisant une vasodilatation profonde [9];

un effet anti-inflammatoire obtenu par une diminution du

métabolisme enzymatique [10];

enfin une myorelaxation.

Cette pratique est devenue d’indication courante en médecine du sport pour la prise en charge de douleurs post-traumatiques aiguës ou chroniques [7,11], en rhumato- logie [12], en obstétrique [13] ou dansle cadre dela réédu- cation fonctionnelle [14].

À notre connaissance, aucune étude concernant l’utilisa- tion de la NCS en médecine d’urgence n’a été effectuée. Il s’agit d’une étude préliminaire, defaisabilité monocentrique dontl’objectif est d’évaluerl’impact surl’antalgie des dou- leurs post-traumatiques dans le cadre de la médecine d’urgence.

Matériel et méthodes

Cette étude prospective observationnelle a étéréalisée dansle secteur dessoinsexternes duservice d’accueiletd’urgence du centre hospitalier de Dunkerque durant 12jours, du 18juillet au 29juillet 2011. Il s’agit d’une étude de soins courants, ne nécessitant donc pas d’accord préalableauprès d’uncomité de protection des personnes (CPP). Toutefois, un consentement après information a été obtenu pour chaque patient inclus (parents pour les patients mineurs) en accord avec les règles d’utilisation dela NCS. Ontétéinclusles patientsâgés de plus de 12 ans (un âge inférieur à 12 ans pouvant rendre difficile l’évaluation de la douleur par une échelle d’évaluation visuelle analogique [EVA]) se présentant dans le service durant les heures de présence des médecins formés à la NCS, avec des douleurs d’origine ostéoarticulaire, musculaire outégumentaire évoluant depuis moins de 24 heures. La dou- leur pouvait s’associer à des lésions dues au traumatisme : déformation, hématome,œdème ou impotence. Les patients ayant une EVA inférieure ou égale à 30, considérés comme non douloureux, ont été exclus (n= 3 patients). La présence d’une plaieétait un motif d’exclusion également,la NCS pou- vant gêner le processus de cicatrisation [15], de même que ceux ayant une contre-indication à la cryothérapie (allergie aufroid, cryoglobulinémie, syndrome de Raynaud, hémoglo- binopathie outrouble dela sensibilité cutanée).

Les patientsinclus étaientinitialementreçus par uneinfir- mière d’accueil, autorisée à donner une prémédication selon un protocole « anticipé » de prise en charge de la douleur, validé dansle service. Celui-ci est basésurl’actualisation de la conférence de consensus de 2007 concernantletraitement médicamenteux dela douleur del’adulteetappliquéenfonc- tion de l’intensité de la douleur appréciée par le patient sur l’échelle EVA [16]. Lors du premier contact médical (t0), une fiche standardisée remplie par le médecin et jointe au dossier médical [17] permettait de recueillir les caractéris- tiques des patients,le motif derecours aux urgences,le délai entre le traumatisme et l’admission aux urgences, la locali- sation de la plainte, les lésions associées et l’intensité de la douleur. Celle-ci était mesurée au moyen de l’échelle EVA. L’EVA est une réglette de 100 mm avec une extrémité cor- respondant à « une absence de douleur: côté 0 » etl’autre à

« une douleur maximaleimaginable: côté 100 ». Le patient doit positionner un curseur mobile entre ces deux extrémités àl’endroit situantle mieux sa douleur. L’intensité dela dou- leur est ensuite mesurée en millimètres parla distance entre la position du curseur etl’extrémité « absence de douleur ». Le chiffre est arrondi au millimètrele plus proche. L’utilisa- tionde cette échelle était expliquée au patient au préalable et les soignants devaient s’assurer dela bonne compréhension avant de lui demander de l’utiliser. À la fin de cet examen clinique, une séance de NCS était directement effectuée au

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cours delaquellel’intensité douloureuse a étéréévaluée(t1). Puisle patient bénéficiait d’un bilan d’imagerieradiologique et/ou d’un avis spécialisé si nécessaire. La mesure de l’in- tensité douloureuse a été mesuréelors dela sortie du service du patient (t2). L’évolution de l’intensité douloureuse a été analyséesuccessivement enfonction dutemps de séjour aux urgences àt0,t1 ett2. Puis, a posteriori, nous avons analysé quatresous-groupes, enfonction del’EVAinitiale(< 70 vs≥

70) et en fonction du délai de prise en charge après le trau- matisme (≤3 heures vs > 3 heures).

L’appareil de NCS utiliséétaitle modèle Cryotron®(Cryo- nic Medical, Salins-Les-Bains, France)(Fig. 1).Il s’agit d’un appareil mobile dont le pistolet est relié à une bouteille de dioxyde de carbone liquide. Un écran de contrôle permet de vérifierla durée del’application etlatempérature cutanée via une sonde infrarouge. Son utilisation était effectuée par un interne formé dans le service à l’usage de l’appareil ou par un médecin sénior qui prenait en chargele patient. La séance de NCS consistait à pulvériser unjet de dioxyde de carbone à –78 °C à l’aide du pistolet thermique en balayant la zone douloureuse jusqu’àl’apparition de microcristaux, soit envi- ron 30 secondes pour une douleur de membre et jusqu’à 1 minute 30 pour une douleur detronc.

Analyse statistique

La population est étudiée en utilisant des variables quantita- tives et qualitatives. Les variables quantitatives ont été expri- mées en moyenne ± écart-type (ET), les variables qualitati- ves entermes d’effectifs et de pourcentages. L’évolution de l’EVAauxtroistemps(t0,t1,t2)aétéanalyséeàl’aide d’une analyse de variance selon un plan detype S*A3(S: nombre de sujets etA3: 3 mesuresrépétées chez un même sujet). Ce type d’analyse prend en compte le fait que les mesures de l’EVA étaient répétées chez un même sujet. Elle a été réali- sée dans la population totale et dans les sous-groupes de patients séparés selon l’EVA initiale (EVA < 70 et EVA≥

70). Les moyennes de l’EVA ont été comparées entre les tempst0,t1,t2 àl’aide dutest de Tukey.

Afin de déterminersil’évolution del’EVA était différente selonl’EVAinitiale ou selonle délai entreletraumatisme et la NCS, nous avons réalisé deux analyses par régression linéaire mutlivariée. Dans les deux modèles, la variable (Y) à expliquer étaitl’EVA. Dansle premier modèle(Fig. 2),les variables explicatives étaientlestemps de mesure(t0,t1,t2) et le délai entre le traumatisme et la NCS (≤3 heures vs >

3 heures). Dans le second modèle (Fig. 3), les variables explicatives étaientlestemps de mesure(t0,t1,t2) etl’EVA initiale (< 70 vs≥70). Un modèle mixte detype marginal a été utilisé afin de prendre en comptele fait queles mesures de l’EVA étaient répétées chez un même sujet. L’ensemble des analysesstatistiques ont été conduites aveclelogiciel R1 etle programme « nlme ».

Résultats

Quarante-neuf patients ont été inclus, dont 27 hommes (55 %) et 21 patients âgés de moins de 25 ans (43 %). Lors del’admission aux urgences(t0), 28 patients(57 %) présen- taient une intensité douloureuse légère à modérée (EVA : 31–69) àt0 et 21 patients(43 %) avaient une douleur sévère avec une EVA supérieure ou égale à 70. Il apparaît que 31 patients (63 %) ont été pris en charge précocement (≤3 heures) et 18 patients (37 %) de façon plus tardive (> 3 heures). Parmi eux, 35 patients (71 %) ont bénéficié dela prise d’un antalgiquelors del’admission avantle pre- mier contact médical dont 90 % d’antalgiques de palier 1 (antalgiques non opiacés : 1 g de paracétamol per os ou en intraveineux si contre-indication àla prise orale) et 10 % de palier 2 (antalgiques opioïdes faibles : deux gélules de tra- madol 50 mg per os ou 100 mg en perfusette si contre- indication àla prise orale).

Fig. 1 Appareil de neurocryostimulation, modèle Cryotron® (Cryonic Medical, Salins-Les-Bains, France)

1R Foundation for Statistical Computing. R Development Core Team (2010). R: a language and environment for statistical computing. Vienna, Austria http://www.R-project.org/.

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Auterme del’analyse destraumatismes,les entorses(n=

13, 27 %) et les fractures (n= 15, 31 %) étaient largement majoritaires dans la population étudiée. Les autres trauma- tismesrencontrés étant des contusionssimples(n= 9, 19 %), destendinopathies(n= 8, 17 %) et desluxations(n=3,6%) réduites sous un mélange équimolaire d’oxygène et de pro- toxyde d’azote(MEOPA) associé àla morphinetitrée admi- nistrée par voieintraveineuse.

Pour l’ensemble des 49 patients, il existait une baisse significative dela douleur entret0,t1 ett2 (Fig. 4). L’inten- sité douloureuse moyenne àl’admission (EVA = 63 ± 16) a rapidement diminué pour atteindre une valeur moyenne de

l’EVA égale à 46 ± 23 à t1 (immédiatement après la NCS). Cette baisse de l’intensité de la douleur se poursuivait jus- qu’àlasortie avec une EVA moyenne égale à 34 ± 20(baisse globale de 46 %), et 28 patients (57 %) étaient considérés comme non douloureux(EVA≤30) àlasortie. Cinq patients (10 %) ont eu une majoration de la douleur lors de cette séance sans brûluresimputables à cettetechnique.

Le délai de prise en charge (NCS≤3 heures ou NCS >

3 heures) entreletraumatisme etla mise en place dela NCS n’influence pas significativement (p= 0,89)l’intensité dou- loureuse entrel’admission aux urgences (t0) etla sortie (t2) (Fig. 2).

L’évolution del’EVA selonle niveau del’EVAinitiale est présentée sur la Figure 3. Si l’on compare les deux groupes ( E VA < 70 vs E VA≥70),l’analyse par modèle mixte margi- nal montrait quela baisse del’EVA étaitsignificative dansles deux groupes (p< 0,001) mais que cette baisse était plus importante dans le sous-groupe (n= 21) de patients ayant une EVAinitialesupérieure ouégaleà 70(p< 0,005). Autotal neuf de ces patientssontsoulagéslors delasortie(EVA≤30).

Discussion

Depuis des millénaires,les hommes ontsu mettre à profitles traitementsthermiques à desfins de guérison ou de soulage- ment de la douleur. C’est à partir des années 1970 que l’application dufroid à desfinsthérapeutiques asuscitél’in- térêt des scientifiques. Certains pays (Japon, Russie, pays nordiques) sont devenus pionniers en ce qui concerne le développement des techniques de cryothérapie et aujour- d’hui ce secteurinnovant est en plein essor.

Cette étude prospective monocentrique montre que l’uti- lisation de la NCS dans un service d’urgence permet de

Fig. 4 Évolution de la douleur évaluée à l’aide d’une échelle visuelle analogique (EVA, de 0 à 100) aux trois temps de l’étude. Les valeurs sont exprimées en ± DS. La valeur de P correspond àl’analyse globale (analyse de variance). *p< 0,05 vst0 Fig. 2 Comparaison de l’intensité de la douleur évaluée à laide

d’une échelle visuelle analogique (EVA, de 0 à 100) aux trois temps delétudeselonle délai d’application dela neurocryostimula- tion par rapport au traumatisme. Les valeurs sont exprimées en moyenne ± ET. NS: nonsignificatif(comparaisonentreles grou- pes)

Fig. 3 Comparaison de l’intensité de la douleur évaluée à laide d’une échelle visuelle analogique (EVA, de 0 à 100) aux trois temps de létude entre les patients ayant une douleur initiale forte (EVA≥70) ou modérée (EVA < 70). Les valeurs sont exprimées en moyenne ± ET. La valeur depcorrespond à la comparaison entreles deux groupes (p< 0,001)

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réduire rapidement et efficacement l’intensité des douleurs post-traumatiques. Toutefois, cette efficacité est observée dansle cadre dela prise en charge de douleurs modérées et sévères. Quel que soit l’âge ou le sexe et quelle que soit l’EVA initiale, la NCS permet une diminution constante et durable dela douleurjusqu’àla sortie du patient.

La NCS semble unetechniqueintéressante dansle cadre de douleurs traumatiques intenses (EVA≥70), mais aussi pour des douleurs plus « modérées ». Une diminution signi- ficative de la douleur est observée à la fin de la prise en charge (t2) lorsque l’on compare ces deux groupes de patients (EVA < 70 vs EVA≥70 à l’admission) mais reste à confirmer sur un effectif plus important. L’étude de l’in- tensité douloureuse en fonction du délai de prise en charge (≤3 heures ou > 3 heures), menée sur ce faible effectif, n’a pas permis de mettre en évidence une baisse significative de la douleur.

Il existetrois principalestechniques de cryothérapieayant des modes d’action différents [7,18] : l’utilisation de glace, l’aérothérapie etla NCS. La première méthoderepose surla conduction: untransfert énergétique alieu grâce au contact entrela glace etla peau. L’aérothérapie agit par convection: l’appareil produit un flux d’air à–30 °C à faible pression, dite subsonique, et permet un échangethermique entrel’air froid etla peau. Le principe dela NCS s’appuie surlatech- nique dela cryothérapie àtrès bassetempérature. L’associa- tion du CO2à–78°Cet d’une pressionimportantefaitchuter la température cutanée de 32 à 2 °C en 30 secondes ; cette réaction est appelée « choc thermique ». La NCS utilise les phénomènes de convection et de sublimation : par sa forte pression, ditesonique,le gaz(CO2) expulsésecsurla peau à –78 °C permet la formation de microcristaux qui possèdent une puissance calorifique importante induisant donc une réaction de grande intensité. Les neurorécepteurs cutanés sont activés et l’organisme réagit immédiatement par une réponse réflexe de correction à distance en activant le sys- tème neurovégétatif. Celainduitla potentialisation des effets antalgiques et vasomoteurs, ainsi qu’un puissant effet anti- inflammatoire, et une action myorelaxante. De plus, le dio- xyde de carbone est bactériostatique. Les contre-indications de cette méthode sont l’hypertension artérielle sévère et les cardiopathies (risque de vasoconstriction coronaire), l’aller- gie au froid,le syndrome de Raynaud,la drépanocytose, un trouble de la sensibilité cutanée (risque de nécrose tissu- laire), des atteintes cutanées (ralentissement du processus de cicatrisation), la cryoglobulinémie et l’acrocyanose. Ces contre-indications ont permis d’exclure cinq patients durant la période d’étude [7].

Cette technique a pour avantage d’être non toxique, non invasive et peu coûteuse. L’appareil de NCS, simple d’utili- sation, nécessite unecourteformation du personnelsoignant. Dans notre étude, une réunion d’information et une période

de manipulation detrois heures ont permis des’approprier et de maîtriserl’appareil de NCS.

Notre étude montre que 67 % des patients ont reçu un antalgique, ce taux étant largement supérieur au taux pré- senté dansl’étude observationnelle « PALIERS »concernant la prise en charge de la douleur en médecine d’urgence où seulement 38 % des patients douloureux avaientreçu untrai- tement antalgique [5]. Untel constat est comparable à d’au- tres étudesavec untaux de prescription d’antalgiques variant entre 30 et 56 %[19,20]. Toutefois,lesrecommandations de prescription ne sont suivies que dans un faible nombre de cas : parmi les patients ayant une EVA supérieure ou égale à70(n= 21), seuls quatre patients ont bénéficié d’un antal- gique de palier 2. Bien que ces médicaments soient large- ment préconisés en médecine d’urgence,les opioïdesrestent sous-utilisés (probablement par crainte des effets secondai- res qu’ils peuvent engendrer). Ainsi, de nombreuses métho- des non médicamenteuses contre la douleur, telles que la vibrothérapie [21], la thermothérapie ou l’électrothérapie [22], se sont développées pour potentialiser les effets des antalgiques prescrits et permettre d’en réduire les doses. Cependant, celles-ci ne font l’objet d’aucun consensus concernant leurs indications spécifiques [23]. La NCS a montré son efficacité dans différents domaines: rhumatolo- gie, médecine du sport et kinésithérapie, réadaptation fonc- tionnelle, neurologie, anesthésie (anesthésie locale) et en postopératoire (chirurgie orthopédique, maxillofaciale).

Un effet antalgique sur les douleurs aiguës des patients âgés polyalgiques hospitalisés en gérontologie a été démon- tré, diminuant l’EVA de 50 à 10 dans le cadre de crises d’arthrite microcristalline après quatre séances de cryothé- rapie [24]. De même, son utilisation en médecine du sport est largement répandue pour les douleurs aiguës telles que deslésionstendineuses, musculaires,ligamentaires ouluxa- tions [25–27]. Des travaux antérieurs ont démontré que l’utilisation de la cryothérapie augmentait la viscosité du liquide synovial, inhibait l’afflux de leucocytes ainsi que le processus inflammatoire au niveau articulaire. La cryo- thérapie permet de diminuer rapidementles algies postopé- ratoires après des actes chirurgicaux orthopédiques (épaule et hanche) [28,29]. Facile d’utilisation, la NCS peut égale- ment être utilisée avant une ponction articulaire, une vacci- nation ou, plus généralement, en prévention de la douleur liée auxsoins ainsi que pourfaciliterla diminution desœdè- mes et favoriser le drainage lymphatique. Par ailleurs, la bonne efficacité de la NCS et sa simplicité d’utilisation mériterait une diffusion pluslarge deson utilisation et pour- rait être employée par le personnel paramédical après for- mation et selon un protocole établi, notamment à l’admis- sion au service d’urgence. Enfin, cette méthode se généralise aussi en médecine vétérinaire par analogie au champ d’application utilisé chezles humains [30].

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Cette étude présente certaines limites du fait de la métho- dologie employée et du faible nombre de patients inclus. En effet, la diminution des scores de douleur ne peut être attri- buée exclusivement à la NCS, car elle peut être imputable également aux autres antalgiques administrés, au temps ou à d’autres facteurs associés. Une étude complémentaire multi- centrique versus placebo avec un nombre plus important de patients pourrait s’avérerintéressante pour déterminerle rôle exact de la NCS dans la diminution de la douleur quantifiée par l’EVA. L’étude de l’association NCS et antalgiques vs NCS seule constitue également une piste de recherche, les patients de cette étude ayant été analysés indépendamment de la prise d’antalgique lors de l’entrée aux urgences. Une autre limite de notre étude est la non-exclusion des patients présentant uneluxation. Eneffet,lasimpleréduction de celle- ci induit une diminution importante quasi instantanée de la douleur et ne nécessite aucune surveillance en post-urgence, contrairement à d’autrestraumatismes(fracture par exemple). Ilapparaît nécessaire d’évaluerl’efficacité dela NCS enfonc- tion du type de traumatisme observé. Il nous semble donc intéressant de proposer cette pratique de cryothérapie gazeuse en médecine d’urgence et d’étudier ses effets sur une plus large population dansla pathologie traumatique. Sonindica- tion en préhospitalier, sous réserve d’appareils mobiles, n’a pas faitl’objet d’étude defaisabilité. De même,laréalisation de ces techniques, sous réserve du respect des contre- indications, devra être précédée d’une formation des méde- cins urgentistes et du personnel paramédical.

Conclusion

La NCS est une technique non médicamenteuse ayant un réeleffetantalgiquerapideet durablesurles douleursaiguës. Aujourd’hui, de nouveaux protocoles de traitement sont devenus possibles grâce à un appareillage simple et plus maniable, offrant de nouvelles perspectives notamment aux urgences hospitalières et préhospitalières. Il semble donc quela NCSsoit unethérapeutique antalgique adjuvanteinté- ressante dans le cadre de la prise des douleurs post- traumatiques aiguësintenses. Ainsi, sous réserve d’une for- mation des équipes soignantes,la NCS pourrait devenir une technique complémentaire, voire alternative à l’utilisation des antalgiques en médecine d’urgence. Des études complé- mentaires multicentriques, randomisées, sur un effectif plus important sontindispensables pour évaluer cettetechnique.

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