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Academic year: 2022

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© Lavoie Solutions – Tout usage pour des fins commerciales est interdit. www.lavoiesolutions.com

Pour la journée des femmes : les questions relationnelles

Vous m’avez peut-être entendue dire que vos questions m’amènent à aller plus loin. En voici un exemple. Quelques personnes m’ont demandé pourquoi je ne donnais pas de pistes d’interventions adaptées aux femmes. Tout d’abord, je vous explique que si je ne l’ai pas fait avant, c’est que je croyais utile de faire connaître des pratiques cliniques pour mieux aider les hommes. Certaines recherches mettent en évidence la nécessité d’adapter nos interventions auprès des hommes et des garçons et je sens une obligation de les faire connaître. Mes préoccupations pour les femmes sont plus politiques que cliniques. Je crois qu’il faut en même temps offrir des services plus adaptés aux hommes et permettre aux femmes d’avoir l’équité salariale. Je crois encore qu’il est important de faciliter l’accès aux services pour certains hommes qui ont plus de difficulté à demander de l’aide et je crois aussi qu’il faut faciliter l’accès à des postes de responsabilités pour un plus grand nombre de femmes. Quand j’étais gestionnaire, je pense avoir encouragé des femmes qui ne reconnaissaient pas leurs compétences professionnelles.

Comme mère, j’espère que ma fille pourra grandir dans un monde sécuritaire où elle vivra moins de discrimination.

Comme citoyenne, je peux marcher pour que moins de femmes vivent dans la violence ou la pauvreté.

Mais comme psychologue et formatrice, qu’est-ce que je dois adapter? Changer? Je continue de réfléchir sur le sujet, mais je vous partage ici certaines idées. J’en profite pour vous présenter les questions relationnelles. Elles ne sont pas exclusives aux femmes, mais je remarque qu’elles ont souvent un impact assez grand auprès de mes clientes. Ces questions nous permettent d’utiliser un proche pour amener la cliente à préciser un futur préféré, les moments où elle a réussi à être mieux dans le passé ou le premier pas à réaliser pour commencer à être plus heureuse. Ces questions peuvent être aussi utilisées pour motiver un changement. Certaines clientes savent comment elles veulent se sentir, mais elles ont parfois de la difficulté à préciser ce qu’elles vont faire quand elles vont aller mieux. En utilisant le regard d’une personne bienveillante,

on peut les aider à préciser des actions concrètes qu’elles peuvent commencer à faire. Voici des exemples:

Questions relationnelles pour préciser le futur

Qui remarque en premier qu’un miracle s’est produit/que tu vas mieux?

Qu’est-ce que ton conjointe, ta conjointe remarque de différent le lendemain du miracle?

Qu’est-ce que ta fille t’entend dire? Qu’est-ce qu’elle te voit faire?

Quelle sera le bénéfice pour elle?

Questions relationnelles pour faire ressortir les ressources Qui a remarqué que tu étais plus calme/confiante/enthousiaste ce jour-là? À quoi a-t-il vu ça?

Ta meilleure amie dirait que ça ressemble à quoi les jours où tu es toi-même/à ton meilleure?

Qu’est-ce que ta famille t’a vu faire de différent dans ce contexte?

Qu’est-ce qui a le plus surpris ta mère quand tu as fait ça?

La personne peut être décédée (qu’est-ce que ton père aurait aimé te dire s’il avait été là à ce moment-là? Qu’est-ce qui l’aurait rendu fier de toi?)

Questions relationnelles pour préciser le prochain pas à faire Qu’est-ce que ton conjoint/ta conjointe a besoin de voir pour arrêter de s’inquiéter?

Quel sera le premier indice qui va permettre à ta fille de savoir que tu commences à aller mieux?

Qu’est-ce que ta soeur va voir de différent quand tu vas être sortie de ta dépression/redevenue toi-même?

À quoi tes enfants vont-ils reconnaître que tu commences à aller mieux?

Supposons que tu vas mieux, qu’est-ce que ta fille te voit recommencer en premier?

Infolettre Lavoie Solutions

Février 2016 / Volume 21

Si vous le souhaitez, cette infolettre pourrait atterrir dans votre ordinateur chaque mois. Comme les montgolfières que le vent peut apporter dans votre ville, je ferai s’envoler vers vous des idées. N’hésitez pas à les partager ou à inviter des collègues à s’inscrire pour la recevoir le mois suivant. Si vous souhaitez les relire plus tard, vous pourrez les retrouver à lavoiesolutions.com sous l’onglet matériel gratuit.

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© Lavoie Solutions – Tout usage pour des fins commerciales est interdit. www.lavoiesolutions.com Je me souviens d’une cliente dépressive qui avait une fille de 7

ans. Elle avait de la difficulté à se mettre en action. Ce sont ces questions qui l’ont aidée à bouger. Elle a fait les premiers pas pour sa fille. Je lui ai demandé de me parler d’un moment que sa fille avait aimé vivre avec elle. Elle a cherché un moment avant de me décrire une scène où elle dansait avec sa fille dans le salon. Elles chantaient à tue-tête la chanson thème du film d’Aladin : E wwole new wwôôôôle! Elle s'est mise à fredonner dans mon bureau pour me décrire ce moment. Elle m'a dit en souriant que sa fille ne prononçait pas les R à cette époque. Elle ne parlait pas l'anglais non plus, c’est pourquoi elles chantaient toutes les deux : E wwole new WWÔÔÔLE au lieu de A Whole New World. Pour être capable de me raconter cette histoire, elle a dû quitter le territoire de la dépression pour aller dans celui de sa fille. Ces détails pourraient avoir l’air insignifiants à première vue. Ils prennent toute leur importance parce qu’ils permettent à une cliente dépressive de se déplacer dans son salon, d’entendre la voix flûtée de sa fille, de se rappeler le goût de ce moment-là et d’avoir envie de le répéter.

Je savais qu’elle n’avait pas beaucoup d’énergie, je lui ai donc demandé ce qu’elle se sentait capable de faire, avec sa fille, cette semaine-là. Elle m’a répondu : je ne pense pas que je sois capable de danser, mais je pourrais mettre la trame sonore de la Reine des neiges (vous connaissez la Reine des neiges? Bien sûr) et lui demander de faire un spectacle. Je pourrais l’applaudir. Elle serait contente. La semaine suivante, elle m’a raconté qu’elle n’avait pas pu résister quand sa fille avait pris sa main pour danser avec elle. Elles avaient chanté en duo, malgré elle : Libérée, délivrée! Elle riait un peu : quand même! Tu ne trouves pas que c’est ce que j’essaie de faire en thérapie? Me libérer? En effet, elle n’était pas complètement délivrée de ses symptômes, mais elle travaillait dans ce sens. Elle avait avancé d’un grand pas, en recommençant à danser avec sa fille.

Certaines femmes auront de la difficulté à mettre de l’avant leur propre intérêt. Elles seront motivées par les effets sur les autres.

Au lieu d’insister pour qu’elles fassent des changements pour elles, on peut utiliser cette tendance naturelle à leur avantage, comme un levier.

Il n’est pas rare qu’une cliente me dise, vers la fin d’une rencontre, en riant : c’est mon chum qui va être content que je sois venue ici. Je leur demande alors : qu’est-ce qu’il va voir ton chum? Qu’est-ce qu’il va remarquer de différent? Quand elles me répondent : ça fait longtemps qu’il me dit qu’il faudrait que je sorte plus…que je rentre plus tôt du travail…que j’arrête de me taper dessus. Je vérifie quand même : est-ce que tu es d’accord avec ça? Est-ce que tu te sens capable de le faire?

Puisqu’il te souhaite ça, pourrait-il t’aider à le réaliser? Si la cliente a le sens de l’humour, je pourrais lui mentionner qu’elle n’a pas besoin de lui dire qu’il avait raison. Si cette personne est bienveillante pour ma cliente, je peux utiliser la question relationnelle pour préciser le changement et ses effets bénéfiques pour elle et pour ses proches.

Questions relationnelles lorsque la personne n’est pas bienveillante

Je vous invite cependant à reconnaître les objectifs qui sont donnés par des personnes moins bienveillantes. Je suis tombée dans ce piège sans le vouloir. Plusieurs femmes ont été convaincues (par d’autres) qu’elles avaient un problème. Elle le présente comme si c’était un fait. Par exemple, une cliente peut

arriver à la première rencontre en me disant qu’elle est insécure ou trop émotive. Au lieu de prendre pour acquis qu’elle possède ces caractéristiques, je demande maintenant : Qui a dit ça? Il arrive souvent que ce soit un collègue de travail, une patronne ou un ex. Dans l’AOS, on dit souvent que si ce n’est pas brisé du point de vue du client, on ne le répare pas. J’irais plus loin.

Si la cliente dit qu’elle est brisée, attendez un peu avant de commencer à faire des réparations.En commençant à le faire, on endosse cette étiquette comme si c’était la réalité.

Dans ces contextes-là, on peut utiliser la question relationnelle : qu’est-ce que ta patronne a besoin de voir pour arrêter de dire que tu es insécure? Une de mes clientes m'a répondu : je pense qu’elle voudrait que j'arrive avec une proposition qu’elle pourrait refuser. En ce moment, je lui demande son avis. Ma cliente n'était pas insécure, elle avait besoin d’apprendre la langue de ce nouvel employeur. Nous avons travaillé pour qu'elle communique différemment. Elle est arrivée il y a quelques semaines en annonçant : j'ai trouvé son mot préféré : challengé. Je lui dis que j'ai eu cette idée et que je voudrais qu’elle me challenge là-dessus. Elle adore ça. Mon évaluation est passée et elle m’a dit que j'étais moins insécure! Elle ne sait rien de moi. Je sais mieux comment lui parler, c’est ce qui a changé. Les patrons ne savent pas nécessairement comment préciser les indices observables de ce qu’ils veulent. Ils vont malheureusement accuser leurs employées d’être insécures, trop émotives, pas assez solides, etc. Je ne dis pas que les hommes sont immunisés face à ce genre de commentaires, j'ai cependant l’impression qu’ils en reçoivent moins.

Une autre cliente est arrivée en me disant qu’elle était trop émotive, qu'elle prenait les choses trop personnelles. Son collègue bulldozer lui avait tenu ces propos quand elle s’était mise à pleurer suite à des commentaires désagréables en réunion. Pour que ce collègue arrête de dire qu'elle était émotive, il aurait fallu qu’elle n'ait pas d’émotion. Ces émotions étaient légitimes compte tenu de cette attitude en public. Nous avons identifié ce qu’elle pourrait faire pour être moins affectée tout en reconnaissant que sa réaction était adaptée (pas trop émotive) même santé dans les circonstances.

En conclusion

En précisant les indices observables pour une autre personne, on s’assure de travailler sur des éléments très concrets, des comportements précis. Ceci peut aider certaines femmes qui savent comment elles ne veulent plus se sentir, mais qui voient plus difficilement ce qu’elles pourraient faire.

Je vous invite à les pratiquer pour vous aussi (que vous soyez un homme ou une femme). Quand vous serez inconfortables dans une situation, vous pouvez vous demander : Supposons que je suis à mon meilleur dans cette situation, qu’est-ce que ma fille, ma collègue, mon conjoint ou ma mère remarqueraient?

Qu’est-ce qu’ils verraient de différent? Qu’est-ce qui les a déjà impressionnés dans un autre contexte? À quel moment ont-ils été le plus touchés par mon attitude, mes valeurs? Qu’est-ce qu’ils m’ont vue faire dans ce moment-là? Vous pourriez vous dire que si vous accordez de la crédibilité à ces personnes, elles ont sûrement de bonnes raisons de choisir d’être dans votre vie. En espérant que ces idées vous aident à traverser des journées plus difficiles, je vous souhaite une bonne journée des femmes. Pour vous et les femmes de votre vie!

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