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Pourquoi et comment mieux aider les hommes ?
Le mois de novembre m’apparaissait le mois logique pour vous parler de certaines pratiques à promouvoir pour mieux aider les hommes. En effet, pendant le mois de novembre, plusieurs hommes se font pousser une moustache en signe de solidarité, et ce, partout dans le monde. Ils recueillent ainsi des fonds pour le cancer de la prostate. Comme je suis davantage concernée par la détresse et le suicide des hommes, j’ai été très heureuse d’apprendre que movember.com utilise aussi ces actions pour sensibiliser la population aux problèmes de santé mentale des hommes.
Au Québec, le suicide est la première cause de décès chez les hommes de 45 ans et moins.
Malgré des recherches importantes sur l’importance d’adapter les services aux demandes d’aide des hommes, les services tardent à changer. Face à un problème très grand, il est souvent nécessaire de réduire sa taille pour être capable d’avancer. Les propositions que je vous présente ici ne sont pas exhaustives, mais la plupart d’entre elles sont dans votre zone de contrôle et peuvent être changées dans l’espace d’un mois. À vous de définir la contribution personnelle qui est à votre portée. Il se peut aussi que ces idées représentent seulement un rappel qui vous incite à continuer. C’est
justement pour cette raison que le mois de novembre revient chaque année ; pour se rappeler des problèmes masculins et agir à la mesure de nos moyens. Si ces idées représentent des changements que vous souhaitez réaliser, j’espère qu’ils ne vous demanderont pas plus de temps que le temps nécessaire à se faire pousser une moustache.
Vous pouvez accepter de voir un client même s’il n’a pas appelé lui-même pour prendre un rendez- vous
On a longtemps pensé que le client devait appeler lui-même pour s’engager dans un traitement. Ceci est faux. Les hommes s’engageront davantage si on les accueille lorsqu’ils sont en crise, qu’ils aient appelé ou non. Pourquoi cette pratique est particulièrement problématique pour les hommes et les garçons, jusqu’à les empêcher de consulter?
Parce que les rendez-vous des hommes (allant du coiffeur au médecin) sont souvent pris par leur mère ou leur conjointe. On pourrait (comme mère ou conjointe) souhaiter qu’il en soit autrement, mais comme intervenant, il faut tenir compte de cette réalité.
Infolettre Lavoie Solutions
novembre 2013 / Volume 3 Si vous le souhaitez, cette infolettre pourrait atterrir dans votre ordinateur chaque mois. Comme les montgolfières que le vent peut apporter dans votre ville, je ferai s’envoler vers vous des idées. N’hésitez pas à les partager ou à inviter des collègues à s’inscrire pour la recevoir le mois suivant. Si vous souhaitez les relire plus tard, vous pourrez les retrouver à lavoiesolutions.com sous l’onglet matériel gratuit.
Pour cette infolettre, je veux souligner la collaboration d’une collègue très précieuse, Janie Houle, Ph. D.
© Lavoie Solutions – Tout usage pour des fins commerciales est interdit. www.lavoiesolutions.com On pourrait aider plus d’hommes avant que leur
état ne se détériore si on les accueillait dès qu’ils en ont besoin. De plus, dans les recherches sur les demandes d’aide des hommes, les hommes interrogés ont dit qu’ils avaient fait plusieurs demandes infructueuses avant d’avoir accès à la bonne ressource. L’appel que vous lui demanderiez de faire pour vous rencontrer est peut-être le quatrième. Vous pourriez dès demain accepter de prendre un rendez-vous par l’intermédiaire d’un proche ou d’un partenaire. Si vous voulez aller plus loin, vous pouvez aussi offrir à ce proche de l’accompagner si c’est plus facile pour l’homme en détresse.
Vous pouvez proposer de le rencontrer avec un proche à la première rencontre (si c’est plus facile pour lui)
Lorsque je vais au garage, j’aime bien être accompagnée par un ami qui connait le les voitures et les garagistes. Un ami qui peut me dire si je peux faire confiance à cet inconnu. Certains hommes sont aussi inconfortables dans un bureau de psychologue ou dans un CSSS que je le suis dans un garage. Certains souhaitent être accompagnés.
Puisqu’ils ne sont pas à l’aise dans cet environnement, leur nervosité s’apaisera plus facilement s’ils peuvent se fier à la perception de leur proche.
En travaillant en milieu scolaire, j’ai fait de la publicité pour que les jeunes sachent qu’ils pouvaient être accompagnés par un ami s’ils voulaient venir voir la psychologue scolaire. Je leur disais ainsi qu’ils n’avaient pas besoin d’être prêts à venir seuls. Ils pouvaient décider après. Je me souviendrai toujours de ce jeune garçon de 16 ans qui avait regardé son ami quand je lui ai demandé s’il voulait revenir à une deuxième rencontre.
Devant moi, son ami avait répondu à son interrogation en disant: Tu devrais, elle n’a pas l’air croche celle-là. Pas l’air croche, c’est aussi le début d’une relation de confiance avec un garagiste. Je suis convaincue que ce jeune n’aurait pas consulté si j’avais insisté pour qu’il vienne seul à la première rencontre.
Plusieurs intervenants me disent qu’ils ne sont pas à l’aise d’avoir un témoin. C’est vrai que ça peut être un peu difficile au début (comme le début d’une moustache). Mais cet inconfort sera rarement plus grand que celui de l’homme anxieux de se
retrouver dans votre bureau. Quant à la confidentialité, vous ne transgressez rien puisqu’il prend lui-même la décision de partager ses réponses.
Vous pouvez utiliser un langage masculin
Évidemment, tous les hommes ne parlent pas la même langue. Les hommes ne sont pas un groupe homogène. L’idéal serait d’ailleurs de se rapprocher le plus possible du dialecte utilisé par chaque client (ou chaque cliente). En attendant de le connaître, il peut être utile de se rappeler que le vocabulaire associé aux émotions ou à la croissance personnelle représente une langue étrangère pour les hommes plus traditionnels. Les termes associés aux sports, aux expéditions, à la construction et à l’armée sont plus clairs. La loyauté, la solidarité, la force et l’honneur sont des termes plus accessibles que les besoins, les attentes ou une démarche thérapeutique. En Australie, on a étudié la différence entre 2 publicités où on invitait des hommes à consulter s’ils éprouvaient des symptômes de dépression. L’intention de consulter était plus élevée chez les sujets étudiés lorsque la publicité faisait référence (entre autres) au travail d’équipe avec le psychologue qui allait l’aider à combattre la dépression. Vous pouvez consulter une adaptation francophone de cette publicité.
Pour d’autres exemples, vous pouvez aussi lire un article publié dans la revue de l’Ordre des psychologues en 2010 qui avait été écrit par Dre Janie Houle et Marc-André Dufour, psychologue.
Vous pouvez accueillir l’expression de différentes émotions (humour et colère)
L’expression de certaines émotions peut être un signe de santé. Il y a aussi des hommes en santé qui utilisent des stratégies masculines pour traverser des difficultés. On a peu étudié ce phénomène. Janie Houle et son équipe réalisent présentement un projet de recherche pour identifier les stratégies et les caractéristiques d’hommes en bonne santé mentale. J’ai très hâte de lire ses résultats. Si comme moi, vous voulez être aux premières loges lorsque ces connaissances seront diffusées, je vous invite à visiter le laboratoire de recherche Vitalité.
En attendant, mon expérience m’a souvent permis d’observer à quel point l’humour est une stratégie efficace pour plusieurs hommes. J’ai d’ailleurs
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commence à rire, c’est souvent un indice que le pire est passé. Les campagnes movember et celle pour le cancer du côlon (faites voir vos fesses) illustrent bien que l’humour permet d’aborder des sujets difficiles. Pourtant, on a souvent appris que l’humour en thérapie représentait du déni ou de l’évitement. Et si on voyait l’humour comme une stratégie de coping ? Qu’on favorisait son utilisation s’il fait partie des stratégies naturelles du client ? Est-ce que l’humour l’aide à traverser une période difficile ? Si oui, est-ce possible de réutiliser au besoin ? En travaillant avec des policiers, des cols bleus et des militaires, j’ai pu constater à quel point l’humour leur a permis de gérer des situations extrêmement difficiles. Quand un groupe de gars peut rire ensemble, il y a souvent un relâchement de tension qui permet de continuer.
La colère est une autre émotion qui peut être saine en fonction du contexte. Il y a cependant des intervenants qui confondent violence et colère. Il ne s’agit pas ici d’accepter la violence, mais d’accueillir l’expression de la colère comme l’expression tout aussi légitime d’une émotion. La technique d’intervention non violente qui m’a été la plus utile dans ce contexte, c’est de prendre le même ton de voix pour dire des phrases comme : Tu as raison, ça doit être tellement frustrant ! C’est important ! C’est injuste ! C’est légitime d’en avoir assez ! Vous ne réagiriez pas autant si ce n’était pas important. Le ton de voix de l’homme va s o u v e n t re d e s c e n d re s ’ i l s e n t q u e n o u s comprenons l’intensité et la légitimité de sa colère.
Il ne s’agit pas ici de se choquer, mais de prendre le même ton pour valider et exprimer de l’empathie.
Cette stratégie est pourtant non-intuitive. Devant l’expression de la colère, j’ai souvent entendu des intervenants dire calmez-vous... (sur un ton très calme). Cette intervention est susceptible d’avoir l’effet contraire. Ceci étant dit, cette stratégie peut aussi être utile avec des femmes en colère. En fait, vous pouvez penser à la dernière fois où vous avez confié à un conjoint ou une amie que vous étiez en colère. Si cette personne vous a répondu de vous calmer, il y a de bonnes chances que vous ne vous soyez pas sentie comprise.
Vous pouvez donner un sens à ces actions en le faisant pour les hommes de votre vie
Je me sens concernée par ce sujet en tant que psychologue qui reçoit une clientèle masculine. Je me sens aussi solidaire des professionnels qui travaillent en prévention du suicide qui font des efforts depuis plusieurs années pour poser des gestes proactifs envers les hommes et diminuer les taux de décès. Mais je suis aussi motivée à changer mes pratiques en tant que soeur, belle- soeur, tante, amie. J’espère vraiment que les hommes de ma vie recevront des services adaptés lorsqu’ils oseront consulter. J’espère aussi que mon filleul et mon neveu recevront d’autres types de services en grandissant. Je rêve du jour où, dans les cours d’histoire de la psychologie, on parlera de cette époque révolue où les services étaient offerts de façon indifférenciée aux hommes et aux femmes.
En attendant, je vous invite à participer à votre façon au Movember: en vous faisant pousser la moustache, en recueillant des fonds ou en choisissant d’adapter certaines pratiques et devenir ainsi des alliés pour des hommes qui se battent pour s’en sortir.