Chapitre I : Intégrale de Riemann
1) Fonctions en escaliers
Soit [a, b] un intervalle fermé borné deR. On appelle subdivision de [a, b], qu’on note (d), toute suite finie et strictement croissante de points de [a, b], de premier terme a et de dernier terme b :
x0 =a < x1 <· · ·< xn=b.
On écrit (d) = (x0 =a, x1,· · · , xn =b).
Définition 1 (Subdivisions d’un segment ou d’intervalle fermé borné).
Le nombre δ(d) = sup
1≤k≤n
(xk−xk−1) s’appelle le pas de la subdivision (d).
A chaque subdivision (d) = (x0 =a, x1,· · · , xn=b), on associe l’ensembleD={x0, x1,· · · , xn} des valeurs de la suite (d).
Soient (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn = b) et (d0) = (x00 = a, x01,· · · , x0n = b) deux subdivisons de [a, b] dont les ensembles associés sont D et D0 respectivement.
On dit que (d0) est plus fine que (d) si D⊂D0. Définition 2.
Étant donné deux subdivisions (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn = b) et (d0) = (x00 = a, x01,· · · , x0n = b) de [a, b]. On appelle réunion de (d) et (d0), qu’on note (d)∨(d0), la subdivision (d”) obtenue en rangeant par ordre strictement croissant les points de D∪D0.
Définition 3.
Cette subdivision est à la fois plus fine que (d) et (d0). L’ensemble des subdivisions d’un intervalle [a, b] sera noté D([a, b]).
(a) Soit n ∈ N. Pour k ∈ {0,1,· · · , n}, pour xk = a+k(b−a)
n . Alors (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn =b) est une subdivision de [a, b], appelé subdivision régulière de [a, b] :
xk−xk−1 = (b−a) n .
(b) Soient deux subdivisions de [0,1], (d) = (0,13,12,1) et (d0) = (0,14,12,34,1) alors (d)∨(d0) = (0,14,13,12,34,1)
Exemples.
Une fonction ϕ : [a, b] → R est dite en escalier sur [a, b] s’il existe une subdivision (d) = (x0 =a, x1,· · · , xn =b) de [a, b], dite associée àϕtelle queϕest constante sur chaque intervalle ]xk−1, xk[, k = 1,· · · , n.
Les valeurs de ϕ aux points xk (k = 0,· · · , n) n’ont pas d’intérêt. (elles sont quel- conques).
Définition 4 (Fonction en escalier).
(a) Si (d) est une subdivision associée àϕsur [a, b], alors toute subdivision (d0) plus fine que (d) est encore associée à ϕsur [a, b].
(b) Toute fonction ϕ en escalier sur [a, b] est bornée sur [a, b], c’est-à-dire ∃ m ∈ R,∃M ∈R tels que m≤ϕ(x)≤M ∀x∈[a, b].
Remarques.
La fonction partie entière ϕ : [−2,4] → R, x 7→ E(x) est une fonction en escalier sur [−2,4].
Exemple.
(a) Soient ϕ et ψ deux fonctions en escalier sur [a, b], alors les fonctions ϕ+ψ et ϕ×ψ sont aussi en escalier sur [a, b].
(b) Si ϕest en escalier sur [a, b], alors pour tout λ∈R,λϕ est aussi en escalier sur [a, b].
(c) Si ϕ : [a, b] → E ⊂ R est une fonction en escalier et si g : E → R est une fonction, alors la fonction composée g◦ϕest en escalier sur [a, b].
Proposition 5.
Démonstration. Voir T.D
2) Intégrale d’une fonction en escalier
On commence par établir le résultat suivant :
Soit ϕ une fonction en escalier sur [a, b] et soit (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn = b) une subdivision associée àϕsur [a, b] et soitαk =ϕ(x), ∀x∈]xk−1, xk[k = 1,· · · , n. Alors le nombre I(ϕ, d) =
n
X
k=1
(xk−xk−1)×αk ne dépend que deϕet non de la subdivision (d) associée à ϕsur [a, b].
Proposition 6.
Démonstration. Il s’agit de montrer que si (d) et (d0) sont deux subdivisions associée à ϕ sur [a, b], alors I(ϕ, d) = I(ϕ, d0).
Première étape : Supposons queD0 =D∪{x}, x∈]a, b[. On a (d) = (x0 =a, x1,· · · , xk, xk−1,· · · , xn= b) et (d0) = (x0 =a, x1,· · · , xk, x, xk−1,· · · , xn=b), alors
I(ϕ, d) =
n
X
k=1
(xk−xk−1)×αk
I(ϕ, d0) = (x1−x0)α1+· · ·+ (xk−xk−1)αk+ (xk+1−xk)αk+1+· · ·+ (xn−xn−1)αn
=I(ϕ, d).
Par récurrence, on voit que si (d0) est plus fine que (d), on a I(ϕ, d0) = I(ϕ, d).
Deuxième étape : (d) et (d0) sont deux subdivisions de [a, b] associée à ϕ. Alors
I(ϕ,(d)∨(d0)) = I(ϕ, d) I(ϕ,(d)∨(d0)) = I(ϕ, d0), donc
I(ϕ, d) = I(ϕ, d0).
Soit ϕ: [a, b]→ R est une fonction en escalier. L’intégrale de ϕ sur [a, b] est de réel noté
Z b a
ϕ(x)dx définie par
Z b a
ϕ(x)dx=I(ϕ, d) =
n
X
k=1
(xk−xk−1)×αk,
où (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn = b) est une subdivision de [a, b] associée à ϕ et αk = ϕ(x)∀x∈]xk−1, xk[, ∀k = 1,· · · , n.
Définition 7.
(a) Si ϕ(x) = 1, ∀x∈[a, b], posons (d) = (x0 =a, x1 =b) alors
Z b a
ϕ(x)dx= (x1−x0)×α1 =b−a.
(b) Si ϕ(x) = −1, ∀x∈[a, b], posons (d) = (x0 =a, x1 =b) alors
Z b a
ϕ(x)dx= (x1 −x0)×α1 =−(b−a) =a−b.
(c) Si ϕ(x) est une fonction qui est nulle sauf en un nombre finie de points de [a, b], alors ϕest une fonction en escalier sur [a, b] et on a
Z b a
ϕ(x)dx= 0.
Exemples. (Exemples Importants)
On donne maintenant quelques propriétés de l’intégrale des fonctions en escalier sur un inter- valle [a, b] de R.
Soit ϕ une fonction en escalier sur [a, b] et soit c ∈]a, b[. Alors ϕ est en escalier sur [a, c] et sur [c, b] et on a
Z b a
ϕ(x)dx=
Z c a
ϕ(x)dx+
Z b c
ϕ(x)dx.
Proposition 8 (Relation de Charles).
Démonstration. Soit (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn = b) une subdivision de [a, b] associée à ϕ, avec ϕ(x) = αk ∀x∈]xk−1, xk[.
c∈]a, b[ implique que ∃k0 tel que c∈ [xk0−1, xk0], alors (d1) = (x0 = a,· · · , xk0−1, c) et (d2) = (c, xk0,· · · , xn=b) sont deux subdivisions respectivement de [a, c] et [c, b], et on a :
Z c a
ϕ(x)dx= (x1−a)α0+· · ·+ (c−xk0−1)αk0
Z b c
ϕ(x)dx= (xk0 −c)αk0 +· · ·+ (b−xn−1)αn,
alors
Z c a
ϕ(x)dx+
Z b c
ϕ(x)dx= (x1−a)α0+· · ·+ (b−xn−1)αn =
Z b a
ϕ(x)dx.
Soient ϕ et ψ deux fonctions en escalier sur [a, b]. Alors pour tout λ, µ ∈ R, la fonction λϕ+µψ est en escalier sur [a, b] et on a
Z b a
(λϕ+µψ) (x)dx=λ
Z b a
ϕ(x)dx+µ
Z b a
ψ(x)dx.
Proposition 9 (Linéarité).
1− Siϕ une fonction numérique positive en escalier sur [a, b], alors
Z b a
ϕ(x)dx≥0.
2− Si ϕ etψ deux fonctions en escalier sur [a, b] telles que ϕ(x)≤ ψ(x), ∀x∈[a, b], alors
Z b a
ϕ(x)dx≤
Z b a
ψ(x)dx.
Proposition 10 (Croissance).
Démonstration. 1− Soit (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn = b) une subdivision de [a, b] associée à ϕ, avec ϕ(x) = αk ∀x∈]xk−1, xk[, k= 1,· · · , n. Alors αk ≥0 et donc
Z b a
ϕ(x)dx=
n
X
k=1
(xk−xk−1)αk≥0.
2− On a ϕ(x)≤ψ(x), ∀x∈[a, b], doncψ(x)−ϕ(x)≥0, ∀x∈[a, b]. Alors
Z b a
(ψ(x)−ϕ(x))dx≥0,
et d’après (1)
Z b a
(ψ(x)−ϕ(x))dx=
Z b a
ψ(x)dx−
Z b a
ϕ(x)dx.
Soit ϕune fonction en escalier sur [a, b]. Alors |ϕ| est aussi en escalier sur [a, b] et on
a
Z b a
ϕ(x)dx
≤
Z b a
|ϕ(x)|dx.
Proposition 11 (Majoration).
Démonstration. Soit (d) = (x0 = a, x1,· · · , xn = b) une subdivision de [a, b] associée à ϕ, avec ϕ(x) = αk ∀x ∈]xk−1, xk[, (k = 1,· · · , n). Alors (d) est aussi une subdivision de [a, b]
associée à |ϕ|, avec |ϕ(x)|=|αk|, ∀x∈]xk−1, xk[ (k = 1,· · · , n). Alors
Z b a
ϕ(x)dx
=
n
X
k=1
(xk−xk−1)αk
≤
n
X
k=1
|(xk−xk−1)αk|=
n
X
k=1
(xk−xk−1)|αk|
=
Z b a
|ϕ(x)|dx.