Énoncé
Et si j'en achète plusieurs ? Combien pour chaque ?
I. Suites sous-additives
On dira qu'une suite (u n ) n∈
N
de nombres réels est sous-additive
1si et seulement si :
∀(m, n) ∈ N
2: u m+n ≤ u m + u n
1. Quel est le rapport entre les suites sous-additives et la phrase citée au début de l'énoncé ?
2. Montrer que l'ensemble des valeurs d'une suite qui converge ou qui diverge vers +∞
est minoré.
3. Soit (a n ) n∈
N
une suite sous additive. On note A = n a n
n , n ∈ N
∗o
a. Soit n , q , r trois éléments de N, montrer que a qn+r ≤ qa n + a r .
b. Soit N ∈ N
∗xé. Pour tout n ∈ N, notons q n le quotient de la division entière de n par N . Justier la convergence des suites
max(a
0, a
1, · · · , a N ) n
n∈
N∗,
q n N n
n∈
N∗et préciser les limites.
c. On suppose que A n'est pas minoré.
Montrer que, pour tout réel E , il existe un entier n E tel que a n
En E < E − 1 Montrer que a n
nn∈
N∗diverge vers −∞ .
d. (lemme de Feteke) On suppose que A est minoré, on note α sa borne inférieure.
Montrer que, pour tout ε > 0 , il existe un entier n ε tel que a n
εn ε
< α + ε 2 Montrer que a n
nn∈
N∗converge vers α .
1
D'après Problems and Theorems in Analysis. Pólya Szeg® Chapt 3 n 98-99
4. Soit (a n ) n∈N une suite de nombres réels strictement positifs telle que
∀(m, n) ∈ N
2, a m+n ≤ a m a n
Montrer que a
1
n
nn∈
Nest convergente. Préciser sa limite.
II. Pentes de A'Campo
Pour toute fonction λ de N dans N, on dénit une fonction d λ de N
2dans Z par :
∀(m, n) ∈ N
2, d λ (m, n) = λ(m + n) − λ(m) − λ(n)
On appelle pente
2toute fonction λ de N dans N telle que l'ensemble D(λ) = d λ ( N
2) des images par d λ soit ni.
1. Montrer qu'une fonction λ de N dans N est une pente si et seulement si d λ est une fonction bornée.
2. Soit j ∈ N, on dénit une fonction j de N dans N par j(n) = jn pour tout n de N.
Montrer que j est une pente. Que vaut D(j) ?
3. Pour tout réel y > 0 , on dénit de manière unique dye ∈ N par dye − 1 < y ≤ dye . Pour tout réel x > 0 , on dénit la fonction x de N dans N par :
∀n ∈ N , x(n) = dnxe
Montrer que D(x) est inclus dans un ensemble ni très simple à préciser. En déduire que x est une pente et que (x(n)) n∈
N
est sous-additive.
4. On dénit la fonction ρ de N dans N par :
∀n ∈ N , ρ(n) = min
k ∈ N tq 2n
2≤ k
2Montrer que ρ est une pente.
5. On dénit la fonction polynomiale p dans R par p(x) = x
5+ x − 3 et la fonction α de N dans N par
∀n ∈ N , α(n) = min
k ∈ N tq p( k n ) ≥ 0
Montrer que α est une pente.
2
d'après A natural construction for the real numbers A'Campo
III. Opérations et limites
1. Soit (u n ) n∈
N
une suite de nombres réels pour laquelle il existe des réels A et B tels que
∀(m, n) ∈ N
2: A ≤ u m+n − u m − u n ≤ B On note
U = n u n
n , n ∈ N
∗o
U
−=
− A + u n
n , n ∈ N
∗U
+=
B + u n
n , n ∈ N
∗a. Montrer que les suites (B + u n ) n∈N et (−A − u n ) n∈N sont sous-additives.
b. Montrer que U
+est minoré. On note u = inf U
+. c. Montrer que u n
nn∈
N∗converge vers u . 2. Soient λ une pente.
a. Montrer que λ(n)
n
n∈N
∗converge. On note l(λ) sa limite.
b. Montrer que l(λ) ≥ 0 , montrer que si l(λ) > 0 alors (λ(n)) n∈N diverge vers +∞ . 3. Soient λ et µ deux pentes. Montrer que λ + µ est une pente. Préciser l(λ + µ) . 4. Soient λ et µ deux pentes.
a. Pour (m, n) ∈ N
2, exprimer d λ◦µ (m, n) à l'aide de trois termes : chacun étant une image par d λ ou une image par λ .
En déduire que λ ◦ µ est une pente.
b. Préciser l(λ ◦ µ) .
Corrigé
I. Suites sous-additives
1. Si p n désigne le prix d'un lot de n objets, la suite des p n doit être sous additive sinon le client préfèrera acheter plusieurs petites quantités.
2. D'après le cours, toute suite convergente est bornée. Elle est donc minorée.
Soit (x n ) n∈
N
une suite qui diverge vers +∞ . Pour tout nombre réel E (ici on prend E = 0 ), il existe un entier N
0tel que x n ≥ E = 0 pour tous les n > N
0. La suite est alors minorée par
min(x
0, x
1, · · · , x N
0, 0)
3. a. Fixons n et r et raisonnons par récurrence sur q . Si q = 0 , il n'y a rien à montrer, les deux côtés de l'inégalités sont égaux. Supposons a nq+r ≤ qa n +a r et majorons :
a
(q+1)n+r= a
(qn+r)+n≤ a qn+r + a n par sous-additivité
≤ qa n + a r + a n = (q + 1)a n + a r par hypothèse de récurrence b. La première suite est de la forme K n
n∈N
∗où K est un réel xé. C'est donc une suite de référence qui converge vers 0 .
Pour la deuxième, introduisons le reste r n de la division. On en tire un encadre- ment :
q n N
n = n − r n
n ⇒ 1 − N − 1 n ≤ q n N
n ≤ 1 La deuxième suite converge donc vers 1 par encadrement.
c. Lorsque l'ensemble A n'est pas minoré, il est bien certain E − 1 n'est pas un minorant et ce pour n'importe quel réel E . Il existe donc un entier N E tel que
E − 1 ≤ a N
EN E FAUX
⇔ a N
EN E
< E − 1.
On veut montrer que a n
nn∈
N∗diverge vers −∞ . Considérons un réel E < 0 quelconque.
On vient de prouver l'existence d'un entier N E tel que a N
NEE< E − 1 . Formons la division entière de n par N E comme la question b. nous y invite en notant q n le quotient et r n le reste.
n = q n N E + r n
On est alors en position pour utiliser la majoration obtenue en a. traduisant la sous-additivité :
a n = a q
nN
E+rn≤ q n a N
E+ a r
n≤ q n a N
E+ max(a
0, · · · , a N
E−1)
⇒ a n
n ≤ ( q n N E n ) a N
EN E
+ max(a
0, · · · , a N
E−1) n
≤ q n N E
n (E − 1) + max(a
0, · · · , a N
E−1) n
Utilisons alors les limites de la question b.. Comme E −
12E − 1 < 1 il existe N assez grand pour que n ≥ N entraine
max(a
0, · · · , a N
E−1)
n < 1
2 E −
12E − 1 < q n N E n
⇒ a n
n ≤ E −
12E − 1 (E − 1) + 1 2 = E
Notons ici que l'on a utilisé une minoration car E − 1 < 0 .
d. Le raisonnement est très proche du précédent lorsque A est minoré de borne in- férieure α . Pour tout ε > 0 , le réel α +
2ε n'est pas un minorant de A (car α est le plus grand des minorants). Il existe donc un entier n ε tel que a n
nεε< α + ε
2. On veut montrer que a n
nn∈
N∗converge vers α . Considérons un réel ε > 0 quel- conque.
On vient de montrer qu'il existe un entier n ε tel que a n
nεε< α + ε
2. Formons la division de n par n ε avec les mêmes notations :
a n = a q
nn
ε+rn≤ q n a n
ε+ a r
n≤ q n a n
ε+ max(a
0, · · · , a n
ε−1)
⇒ α ≤ a n
n ≤ ( q n n ε
n ) a n
εn ε + max(a
0, · · · , a n
ε−1) n
≤ q n n ε
n
α + ε 2
+ max(a
0, · · · , a n
ε−1)
n .
Comme q
nn n
εn∈
N∗converge vers 1 et
max(a0
,··· ,a
nε−1)n
n∈
N∗converge vers 0 , la suite en n à droite de la majoration converge vers α + ε
2. Elle est donc majorée par α + ε à partir d'un certain rang.
4. Les valeurs sont strictement positives, on peut considérer la suite des logarithmes.
L'inégalité montre alors que cette suite est sous-additive.
On en déduit que la suite
lnn a
nn∈
N∗diverge vers −∞ ou bien converge vers l = inf
lna
nn , n ∈ N
∗. Dans ce cas, en composant par la fonction exponentielle, on obtient que
(a n )
n1n∈
N∗converge vers e l .
Dans le cas de la divergence vers −∞ , en composant par l'exponentielle, on obtient que la limite est nulle.
II. Pentes de A'Campo
1. Pour toute partie de Z, être nie est équivalent à être bornée. Une fonction λ de N dans N est donc une pente si et seulement si l'ensemble des valeurs de la fonction d λ
est bornée. On dit que la fonction est bornée.
2. Il est évident que D(j) = {0} , la fonction j est donc une pente.
3. Écrivons les encadrements attachés à la dénition de la partie entière supérieure . (m + n)x ≤ d(m + n)xe < (m + n)x + 1
− mx − 1 < −dmxe ≤ −mx
− nx − 1 < −dnxe ≤ −nx
⇒ −2 < d x (m, n) < 1
⇒ D(x) ⊂ {−1, 0}
On en déduit que x est une pente. D'autre part, la majoration par 0 traduit que la suite des x(n) est sous-additive.
4. On montre en fait que ρ = √
2 . En eet la dénition de ρ(n) comme plus petit élément entraine √
2n ≤ ρ(n) et (ρ(n) − 1)
2< 2n
2donc ρ(n) − 1 < √
2n . Ces encadrements dénissent le d √
2ne .
5. Le calcul de la dérivée de p montre immédiatement que la fonction est strictement croissante dans R. De plus p(1) = −1 et p(2) = 31 > 0 . Il existe donc un unique réel a entre 1 et 2 tel que P (a) = 0 . Montrons que α = a .
Pour tout entier n , la dénition de α(n) et la stricte croissance de p permettent d'écrire : p( α(n)
n ) ≥ 0 ⇒ a ≤ α(n) n p( α(n) − 1
n ) < 0 ⇒ α(n) − 1 n < a
⇒ α(n) − 1 < na ≤ α(n)
III. Opérations et limites
1. a. À partir de l'encadrement, on peut écrire u m+n − u m − u n ≤ B ⇒ u m+n ≤ u m + u n + B
⇒ (u m+n + B) ≤ (u m + B) + (u n + B)
A ≤ u m+n − u m − u n ⇒ A − u m+n ≤ −u m − u n
⇒ (−A − u m+n ) ≤ (−u m − A) + (−u n − A) Ce qui montre bien les deux sous-additivités demandées.
b. Supposons que U
+ne soit pas minorée. Comme la suite (B + u n ) n∈
N
est sous- additive, la question I.3.c. montre que B+u n
nn∈
N∗diverge vers −∞ . On peut alors écrire une succession d'implications qui conduit à une contradiction
B + u n
n
n∈
N∗→ −∞ ⇒ u n
n
n∈
N∗→ −∞ car B
n
n∈
N∗→ 0
⇒
− u n
n
n∈N
∗→ +∞ ⇒
− A + u n
n
n∈N
∗→ +∞ car A n
n∈N
∗→ 0
⇒ U
−minorée d'après I.2.
⇒
− A + u n n
n∈
N∗converge car (−A − u n ) n∈
N
est sous-additive La suite − A+u n
nn∈
N∗ne peut à la fois converger et diverger vers +∞ . L'hypo- thèse de départ est donc fausse. La partie U
+est minorée. On note u sa borne inférieure.
c. On sait maintenant que U
+est minorée. Comme la suite (B + u n ) n∈
N
est sous- additive, la question I.3.c. montre que B+u n
nn∈N
∗converge vers u = inf U
+. 2. a. D'après la question II.1. pour toute pente λ la fonction d λ est bornée ce qui
traduit exactement l'existence de réels A et B comme dans la question 1. pour la suite des (λ(n)) n∈
N