L.E.G.T.A. Le Chesnoy TB2−2011-2012
D. Blotti`ere Math´ematiques
Chapitre V
S´ eries ` a termes r´ eels
Table des mati` eres
1 S´eries convergentes, s´eries divergentes 2
2 L’exemple fondamental de la s´erie g´eom´etrique 3
3 Deux propri´et´es ´el´ementaires des s´eries 3
4 S´eries `a termes r´eels positifs 4
5 Six s´eries de r´ef´erence 6
1 S´ eries convergentes, s´ eries divergentes
D´efinition (s´erie convergente, s´erie divergente) :Soit (un)n≥n0 une suite r´eelle. On lui associe la suite (Sn)n≥n0 de ses sommes partielles d´efinie par :
∀n∈N≥n0 Sn =
n
X
k=n0
uk.
• On dit que la s´erie de terme g´en´eral un converge si la suite (Sn)n≥n0 est convergente. Dans ce cas, on appelle somme de la s´erie de terme g´en´eralun (n≥n0) et on note
+∞
X
n=n0
un la limite lim
n→+∞Sn (qui est un nombre r´eel). On a donc :
+∞
X
n=n0
un = lim
n→+∞Sn.
• On dit que la s´erie de terme g´en´eralun diverge si elle ne converge pas.
Exemple 1 :On d´eduit de l’identit´e :
1
n(n+ 1) = 1 n− 1
n+ 1 valable pour toutn∈N∗ que la s´erie de terme g´en´eral 1
n(n+ 1) (n≥1) converge et que sa somme vaut 1.
Exemple 2 :La s´erie de terme g´en´eraln(n≥0) est divergente.
Th´eor`eme 1 (reste d’une s´erie convergente) : Soit (un)n≥n0 une suite r´eelle telle que la s´erie de terme g´en´eral un converge. SoitN ≥n0. Alors la limite
n→+∞lim
n
X
k=N
uk
existe et est finie. On la note
+∞
X
k=N
uk et on l’appelle reste d’ordreN de la s´erie convergente de terme g´en´eral un. On a la relation :
+∞
X
k=n0
uk=
N−1
X
k=n0
uk+
+∞
X
k=N
uk.
D´emonstration du th´eor`eme 1
Remarque (nature d’une s´erie versus premiers termes) : Soit (un)n≥n0 une suite r´eelle et soit n1 un entier tel quen1> n0. La relation de Chasles nous donne :
(?)
n
X
k=n0
uk =
n1−1
X
k=n0
uk
| {z }
constante ind´ependante den
+
n
X
k=n1
uk
pour tout entier n ≥ n1. On en d´eduit que la suite
n
X
k=n0
uk
!
n≥n0
converge si et seulement si la suite
n
X
k=n1
uk
!
n≥n1
converge. En d’autres termes, les natures des s´eries de termes g´en´eraux un (n ≥ n0) et un
(n≥n1) sont les mˆemes.
On a donc montr´e que la nature de la s´erie de terme g´en´eralun(n≥n0) ne d´epend pas des premiers termes de la suite (un)n≥n0, en l’occurence ici de :un0, un0+1, . . . , un1−1(cf. constante apparaissant dans la d´ecomposition (?)).
Remarque (somme d’une s´erie convergente versus premiers termes) :Soit (un)n≥n0 une suite r´eelle.
Si la s´erie de terme g´en´eralun (n≥n0) est convergente, alors sa somme
+∞
X
n=n0
un d´ependa priorides premiers termes de la suite (un)n≥n0.
Rappels sur les suites g´eom´etriques
1. Soitqun nombre r´eel. On a les r´esultats suivants pour le comportement asymptotique de la suite (qn)n∈
N. (a) Siq≤ −1, alors la suite (qn)n∈Ndiverge.
(b) Si−1< q <1, alorsqn →
n→+∞0.
(c) Siq= 1, alors la suite (qn)n∈Nest constante ; tous ses termes valent 1 et doncqn →
n→+∞1.
(d) Siq >1, alorsqn →
n→+∞+∞.
2. Siqest un nombre r´eel diff´erent de 1, alors pour toutn∈N:
n
X
k=0
qk =1−qn+1 1−q . La d´emonstration de ce r´esultat est `a connaˆıtre.
Exemple 3 :La s´erie de terme g´en´eral 1
2n (n≥0) est convergente et l’on a :
+∞
X
n=0
1
2n = 2.Son reste d’ordre 2 vaut 1
2.
2 L’exemple fondamental de la s´ erie g´ eom´ etrique
Th´eor`eme 2 (nature d’une s´erie g´eom´etrique) :Soitq∈Ret soit (qn)n≥0la suite g´eom´etrique de raison qet de premier terme 1.
1. Siq∈]−1,1[, alors la s´erie de terme g´en´eralqn converge et on a :
+∞
X
n=0
qn= 1 1−q.
2. Siq∈]− ∞,−1]∪ [1,+∞[, alors la s´erie de terme g´en´eral qn diverge.
D´emonstration du th´eor`eme 2
Exemple 4 :La s´erie de terme g´en´eral 1
5n (n≥0) est convergente et l’on a :
+∞
X
n=0
1 5n = 5
4.
3 Deux propri´ et´ es ´ el´ ementaires des s´ eries
Th´eor`eme 3 (condition n´ecessaire, mais non suffisante, de convergence) :
1. Soit (un)n≥n0 une suite r´eelle. Si la s´erie de terme g´en´eralun (n≥n0) converge, alorsun →
n→+∞0.
2. Il existe des s´eries qui ont un terme g´en´eral qui tend vers 0, mais qui divergent (la s´erie de terme g´en´eral 1
n (n≥1) par exemple).
D´emonstration du th´eor`eme 3 Exemple 5
1. Le s´erie de terme g´en´eral n
n+ 3 (n≥0) n’est pas convergente. En effet : n n+ 3 →
n→+∞16= 0.
2. Le s´erie de terme g´en´eral sin(n) (n≥0) n’est pas convergente. En effet, on peut montrer (et on montrera
`
a l’aide d’un raisonnement par l’absurde, par exemple) que la suite (sin(n))n≥0 ne tend pas vers 0.
Th´eor`eme 4 (convergence et lin´earit´e) :Soit (un)n≥n0 et (vn)n≥n0 deux suites r´eelles telles que les s´eries de termes g´en´erauxun etvn (n≥n0) convergent. Soientλ, µ∈R+. Alors la s´erie de terme g´en´eralλun+µvn (n≥n0) converge et on a :
+∞
X
n=n0
λun+µvn=λ
+∞
X
n=n0
un
! +µ
+∞
X
n=n0
vn
! .
D´emonstration du th´eor`eme 4
Exemple 6 :La s´erie de terme g´en´eral 4
n(n+ 1)− 1
2n−1 (n≥1) converge et sa somme vaut 2.
4 S´ eries ` a termes r´ eels positifs
Rappel (comportement asymptotique d’une suite croissante) :Soit (an)n≥n0 une suite croissante. On a le r´esultat de dichotomie suivant, pour le comportement asymptotique de la suite (an)n≥n0.
1. Si la suite (an)n≥n0 est major´ee, alors la suite (an)n≥n0 est convergente et si l∈Rd´esigne sa limite, on a :
∀n∈N≥n0 an≤l.
2. Si la suite (an)n≥n0 n’est pas major´ee, alors la suite (an)n≥n0 diverge vers +∞.
Th´eor`eme 5 (dichotomie dans le cas positif ) :Soit (un)n≥n0 une suite r´eelle `a termes positifs. On note (Sn)n≥n0 la suite de ses sommes partielles d´efinie par :
∀n∈N≥n0 Sn =
n
X
k=n0
uk.
1. La suite (Sn)n≥n0 est croissante.
2. Si (Sn)n≥n0 est major´ee, alors la s´erie de terme g´en´eralun (n≥n0) est convergente et on a :
∀n∈N≥n0 Sn≤
+∞
X
k=n0
uk.
3. Si (Sn)n≥n0 n’est pas major´ee, alors la suite (Sn)n≥n0 diverge vers +∞; la s´erie de terme g´en´eral un
(n≥n0) est donc divergente.
D´emonstration du th´eor`eme 5 Exemple 7 :Pour toutk∈N≥2, on a :
1 k2 ≤
Z k
k−1
1
x2 dx= 1 k−1 −1
k.
On en d´eduit que pour toutn∈N≥2, on a : Sn=
n
X
k=2
1
k2 ≤1− 1 n ≤1.
La suite (Sn)n≥2 est donc major´ee (par 1). La s´erie de terme g´en´eral positif 1
n2 (n≥2) est donc convergente.
Remarque (un point de culture math´ematique) :On d´eduit de l’exemple 7 et de la remarque au bas de la page 2 que la s´erie de terme g´en´eral 1
n2 (n≥1) est convergente. On peut d´emontrer, mais on ne le fait pas ici, que :
+∞
X
n=1
1 n2 = π2
6 .
Th´eor`eme 6 (convergence d’une s´erie associ´ee `a une sous-suite) :Soit (un)n≥n0 une suite `a termes positifs telle que la s´erie de terme g´en´eral un (n ≥ n0) converge. Soit i0 < i1 < . . . < in < . . . une suite strictement croissante d’entiers tous sup´erieurs ou ´egaux `a n0. Alors la s´erie de terme g´en´eral uin (n ≥ 0) converge et :
+∞
X
n=0
uin≤
+∞
X
n=n0
uk.
D´emonstration du th´eor`eme 6
Th´eor`eme 7 (comparaison pour les s´eries `a termes positifs) : Soient (un)n≥n0 et (vn)n≥n0 deux suites r´eelles `a termes positifs. On suppose que la suite (vn)n≥n0 domine la suite (un)n≥n0, i.e. que :
∀n∈N≥n0 un≤vn.
1. Si la s´erie de terme g´en´eralvn (n≥n0) est convergente, alors la s´erie de terme g´en´eralun (n≥n0) est
´
egalement convergente et on a :
+∞
X
n=n0
un≤
+∞
X
n=n0
vn.
2. Si la s´erie de terme g´en´eral un (n≥ n0) est divergente, alors la s´erie de terme g´en´eralvn (n ≥n0) est
´
egalement divergente.
D´emonstration du th´eor`eme 7
Exemple 8 :La s´erie de terme g´en´eral 1
2n+n+ 3 (n≥0) est `a termes positifs. De plus pour toutn∈N: 1
2n+n+ 3 ≤ 1 2n =
1 2
n .
Comme la s´erie de terme g´en´eral 1
2 n
(n≥0) est convergente, de somme 2, la s´erie de terme g´en´eral 1 2n+n+ 3 (n≥0) est ´egalement convergente et l’on a :
+∞
X
n=0
1
2n+n+ 3 ≤2.
Remarque (version`a partir d’un certain rang du th´eor`eme 7) :Soient (un)n≥n0 et (vn)n≥n0 deux suites r´eelles `a termes positifs. On suppose que la suite (vn)n≥n0 domine la suite (un)n≥n0 `a partir d’un certain rang, i.e. qu’il existe un entier n1> n0 tel que :
∀n∈N≥n1 un≤vn.
1. Si la s´erie de terme g´en´eralvn (n≥n0) est convergente, alors la s´erie de terme g´en´eralun (n≥n0) est
´
egalement convergente.
2. Si la s´erie de terme g´en´eral un (n≥ n0) est divergente, alors la s´erie de terme g´en´eralvn (n ≥n0) est
´
egalement divergente.
On d´eduit ces deux assertions du th´eor`eme 7 (appliqu´e aux deux s´eries de termes g´en´eraux un (n≥n1) etvn (n≥n1)) et de la remarque au bas de la page 2.
Contrairement au th´eor`eme 7, on ne peut rien direa priori de l’ordre entre
+∞
X
n=n0
un et
+∞
X
n=n0
vn car on n’a pas d’information sur l’ordre entre les premiers termes un0 et vn0, un0+1 et vn0+1, . . ., un1−1 et vn1−1 des deux suites (un)n≥n0 et (vn)n≥n0.
5 Six s´ eries de r´ ef´ erence
Th´eor`eme 8 (six s´eries de r´ef´erence) 1. Soit−1< q <1.
(a) La s´erie g´eom´etrique de terme g´en´eralqn (n≥0) converge et on a :
+∞
X
n=0
qn = 1 1−q.
(b) La s´erie g´eom´etrique d´eriv´ee de terme g´en´eralnqn−1 (n≥1) converge et on a :
+∞
X
n=1
nqn−1= 1 (1−q)2.
(c) La s´erie g´eom´etrique d´eriv´ee seconde de terme g´en´eraln(n−1)qn−2(n≥2) converge et on a :
+∞
X
n=2
n(n−1)qn−2= 2 (1−q)3. 2. Soitλ∈]0,+∞[.
(a) La s´erie exponentielle de terme g´en´eral λn
n! (n≥0) converge et on a :
+∞
X
n=0
λn n! =eλ.
(b) La s´erie exponentielle d´eriv´ee de terme g´en´eralnλn−1
n! (n≥1) converge et on a :
+∞
X
n=1
nλn−1 n! =eλ.
(c) La s´erie exponentielle d´eriv´ee seconde de terme g´en´eraln(n−1)λn−2
n! (n≥2) converge et on a :
+∞
X
n=2
n(n−1)λn−2 n! =eλ.
El´´ ements de preuve du th´eor`eme 8
1. Le r´esultat 1.(a) a ´et´e d´emontr´e dans le th´eor`eme 2. Pour les preuves de 1.(b) et 1.(c), on renvoie `a l’exercice 70.
2. Le r´esultat 2.(a) sera d´emontr´e dans le chapitre Compl´ements sur l’int´egration`a l’aide de la formule de Taylor avec reste int´egral. Les r´esultats 2.(b) et 2.(c) se d´eduisent de 2.(a), en revenant `a la d´efinition de la convergence d’une s´erie et en effectuant un changement d’indice.