Problème 1.
Partie I. Exemples
1. On vérie que θ
0est une racine de X
2− X − 1 . L'autre racine de ce polynôme est u = −
θ10
qui appartient à ] − 1, 0[ . On en déduit que θ
0est un nombre de Pisot.
2. Étude de P
1= X
3− X − 1 .
a. On calcule la dérivée de la fonction associée à P
1et les valeurs aux extréma locaux :
P
10(x) = 3x
2− 1, P
1(− 1
√ 3 ) = −1 − 2 3 √
3 < 0, P
1( 1
√ 3 ) = 2 − 3 √ 3 3 √
3 < 0 On en déduit le tableau de variations.
−∞ −
√13 √13+∞
< 0 +∞
P
1% & %
−∞ < 0
Il montre que P
1admet une seule racine réelle (on la note θ
1) et qu'elle est strictement supérieure à
√13. De plus, dans [1, √
2] , la fonction est croissante et P
1(1) = −1 < 0 , P
1( √
2) = √
2 − 1 > 0 entraine 1 < θ
1< √ 2 .
b. L'étude précédente montre que P
1admet une seule racine réelle. Ses deux autres racines complexes sont non réelles et conjuguées, notons les u et u ¯ . D'après les relations entre coecients et racines d'un polynôme, le produit de ces racines est l'opposée du coecient de degré 0
θ
1u u = 1 ⇒ |u|
2= 1 θ
1< 1
Les deux autres racines sont donc de module strictement plus petit que 1 et P
1satisfait aux conditions requises, θ
1est un nombre de Pisot.
c. On peut écrire la relation satisfaite par θ
1sous une autre forme : θ
13− 1 = θ
1⇒ (θ
1− 1)(θ
21+ θ
1+ 1) = θ
1⇒ θ
1θ
1− 1 = 1 + θ
1+ θ
123. Étude de P
2= X
4− X
3− 1 .
a. Calculons et factorisons la dérivée de la fonction associée : P
20(x) = x
2(4x − 3) . Elle change de signe uniquement en
34. On en déduit le tableau de variations dans lequel on insère les signes de quelques valeurs faciles à calculer.
P
2(−1) = 1, P
2(0) = 1, P
2(1) = −1
−∞ −1 0
341 +∞
+∞ +∞
&
> 0 %
P
2&
< 0 < 0
& %
On en déduit que P
2admet deux racines réelles α et θ
2telles que
−1 < α < 0 < 1 < θ
2b. Calcul de P
2(−
θ12
) . On réduit au même dénominateur puis on exprime θ
42à l'aide de l'équation.
P
2(− 1 θ
2) = 1
θ
42+ 1
θ
32− 1 = 1 + θ
2− θ
42θ
42= 1 + θ
2− θ
32− 1
θ
42= 1 − θ
22θ
23< 0
c. On déduit de la question b. et du tableau de variations que −1 < α < −
θ12
ce qui entraine (−α)θ
2> 1 .
Soit u et u les racines complexes non réelles de P
2. D'après les relations entre coecients et racines, on peut exprimer le produit des quatre racines
α θ
2u u = −1 ⇒ |u|
2= 1 (−α)θ
2< 1
Le polynôme P
2satisfait aux conditions, la racine θ
2est donc un nombre de Pisot.
4. a. Par un calcul immédiat, P
n(1) = −1 et P
n(θ
0) = θ
20− 1 > 0 . Le théorème des valeurs intermédiaires montre que P
na une racine dans ]1, θ
0[ . L'énoncé nous demande d'admettre que c'est la seule racine dans cet intervalle et que toutes les autres sont de module strictement plus petit que 1 .
1On note θ
ncette racine qui est donc un nombre de Pisot.
b. Après calcul, le reste de la division de P
2par P
1est X
2− 2 = (X − √
2)(X + √ 2)
Pour n ≥ 2 , les calculs conduisent à des restes de la même forme. Le reste de la division de P
n+1par P
nest
−X
3+ X
2+ X − 1 = −(X − 1)
2(X + 1)
On en déduit que P
2(θ
1) = θ
12−2 < 0 donc θ
1< θ
2d'après le tableau de variations de P
2.
Pour n ≥ 2 ,
P
n+1(θ
n) = −(θ
n− 1)
2(θ
n+ 1) < 0 donc θ
n< θ
n+1d'après la dénition de θ
n+1.
c. Remarquons que θ
nest l'unique réel vériant x
n= x
2− 1
−x
2+ x + 1
Notons f la fonction du second membre. Elle est dénie dans R \ {θ
0, −
θ10
} et permet d'exprimer P
ndans ce domaine sous la forme.
P
n(x) = (x
2− x − 1) (x
n− f (x))
Pour tout ε > 0 , notons λ
ε= θ
0− ε . Lorsque ε est assez petit, on a 1 < λ
ε< θ
0. Considérons la suite géométrique de raison λ
ε. Elle diverge vers +∞ . Il existe donc un entier n
εtel que λ
nεε> f(λ
ε) . On en déduit P
nε(λ
ε) < 0 (car x
2− x − 1 est négatif entre ses racines) puis θ
nε> λ
ε. Comme la suite des θ
nest croissante, on a λ
ε= θ
0− ε < θ
n< θ
0pour tous les n > n
εce qui prouve la convergence de la suite vers θ
0.
1Ce résultat est démontré à l'aide du théorème de Rouché dans le problème introduction aux fonctions d'une variable complexe.
Partie II. Algorithme d'Euclide
1. Après calculs, la suite de polynômes formées par l'algorithme d'Euclide est X
3− X − 1, X
2− y, (y − 1)X − 1, 1
(y − 1)
2− y
2. a. Première caractérisation. Les deux polynômes ont une racine en commun si et seulement si leur pgcd est de degré strictement plus grand que 1 soit
1
(y − 1)
2− y = 0
Deuxième caractérisation. Les deux polynômes ont une racine en commun si et seulement si y est le carré d'une racine de P
1.
b. D'après a. que y 6= 1 est le carré d'une racine de P
1si et seulement si 1−y(y−1)
2= 0 . Autrement dit, les trois racines complexes de
Q
2= 1 − X (X − 1)
2sont les carrés des racines de P
1. Si celles ci sont u, u, θ
1, celles de Q
2sont u
2, u
2, θ
21. Ce qui montre que θ
21est la seule racine de Q
2dont le module n'est pas strictement plus petit que 1 . Ainsi, θ
21est un nombre de Pisot.
3. On raisonne comme en 2. avec P
1et X
3− y . L'algorithme d'Euclide conduit à X
3− X − 1, X
3− y, −X + y − 1, (y − 1)
3− y
On en déduit que θ
13est un nombre de Pisot qui est la seule racine de module strictement plus grand que 1 du polynôme
(X − 1)
3− X
On montre ainsi que toute puissance d'un nombre de Pisot est un nombre de Pisot.
Partie III. Puissances presque entières.
1. a. Notons, comme d'habitude, σ
1, σ
2, σ
3les polynômes symétriques élémentaires formés à partir de a
1, a
2, a
3. D'après les relations entre les coecients et les racines de X
3− X − 1 :
σ
1= 0 σ
2= −1 σ
3= 1
⇒
S
1= 0
S
2= σ
21− 2σ
2= 2 S
−1= σ
2σ
3= −1
b. Chaque racine a
ide P
1vérie a
3i= a
i+ 1 . On en déduit S
3= S
1+ S
0= 3 . Plus généralement, en multipliant par des puissances de a
i, on obtient :
∀n ≥ 3, S
n= S
n−2+ S
n−32. a. L'inégalité | sin x| ≤ |x| résulte immédiatement de l'inégalité des accroissements nis appliquée dans l'intervalle d'extrémités 0 et x .
b. On a démontré dans la partie I (question 2.b.) que P
1avait une seule racine réelle θ
1(noté ici θ ) et deux racines complexes conjuguées notées u et u vériant
|u| ≤
√1θ1
. On en déduit
S
k= θ
k+ u
k+ u
k= θ
k+ 2 Re(u
k) ⇒ θ
k= −2 Re(u
k) + S
kComme S
kest à valeurs entières à cause de la relation de récurrence, on en tire
| sin(πθ
k)| = | sin 2π Re(u
k)
| ≤ 2π| Re(u
k)| ≤ 2π|u
k| ≤ 2π θ
k2Ce qui montre la relation demandée pour les carrés. En sommant, des termes en progression géométriques apparaissent :
n
X
k=0
sin
2(πθ
k) ≤ 4π
21 + θ
−1+ · · · + θ
−n= 4π
21 − θ
−n−11 − θ
−1≤ 4π
21
1 − θ
−1= 4π
2θ θ − 1 3. Notons p
nle produit proposé. Comme θ > 1 , il existe un K à partir duquel les uθ
−ksont
strictement plus petits que
π2ce qui assure que les cosinus sont positifs et strictement plus petits que 1 . La suite proposée est donc décroissante et positive au dela de K . Cela assure sa convergence. La suite complète est obtenue par une simple multiplication par le réel p
Kce qui ne change rien à la convergence.
4. On raisonne par récurrence sur n . Pour n = 1 , il n'y a pas grand-chose à montrer ! Montrons que l'inégalité pour n entraine celle pour n + 1 . Les hypothèses entrainent que tous les facteurs sont positifs et
(1 − s
1) · · · (1 − s
n)(1 − s
n+1) ≥ 1 − (s
1+ · · · + s
n) (1 − s
n+1)
= 1 − (s
1+ · · · + s
n+ s
n+1) + (s
1+ · · · + s
n) s
n+1| {z }
>0
≥ 1 − (s
1+ · · · + s
n+1)
5. a. La convergence est évidente car il s'agit d'une suite positive et décroissante (on multiplie par des facteurs entre 0 et 1). Le point dicile est de justier que la limite est strictement positive.
On a déjà prouvé que
∀n ∈ N , 1 + θ
−1+ · · · + θ
−n≤ θ θ − 1 De même,
∀n ∈ N , 1 + θ
−2+ · · · + θ
−2n≤ θ
2θ
2− 1
Comme θ > 1 , si ρ est un nombre dans ]0, 1[ , il existe un entier K tel que, pour tous k ≥ K et tout n ≥ 0 ,
π
2θ
−2k1 + θ
−2+ · · · + θ
−2n≤ π
2θ
−2kθ
2θ
2− 1 < ρ On en déduit, en utilisant les questions 2.a. et 4.,
K+n
Y
k=K
cos
2(πθ
−k) =
K+n
Y
k=K
(1 − sin
2(πθ
−k))
≥ 1 −
K+n
X
k=K
sin
2(πθ
−k) ≥ 1 − π
2θ
−2k1 + θ
−2+ · · · + θ
−2n≥ 1 − ρ
Par passage à la limite dans une inégalité, on obtient A ≥ (1 − ρ)
K−1
Y
k=1
cos
2(πθ
−k) > 0
b. Le raisonnement est le même qu'en a. sauf que cette fois la majoration des sin vient de la question 2.b.
c. Par dénition, Γ(πθ
m) = lim
n
Y
k=0
cos(πθ
m−k)
!
k∈N
et
n
Y
k=0
cos(πθ
m−k) =
m−1
Y
k=0
cos(πθ
m−k)
n
Y
k=m
cos(πθ
m−k) =
m
Y
k=1
cos(πθ
k)
n−m
Y
k=0
cos(πθ
−k)
en changeant le nom des indices dans les produits.
On en déduit
Γ(πθ
m)
2=
m
Y
k=1
cos(πθ
k)
!
2A =
m
Y
k=0
cos(πθ
k)
!
2A
car cos(πθ
k) = −1 . D'où
lim Γ(πθ
m)
2m∈N
= AB
Si Γ convergeait vers 0 en +∞ , il en serait de même de son carré et de la suite du dessus par composition de limites car πθ
mdiverge vers +∞ . On en déduit que Γ ne converge pas vers 0 en +∞ .
Problème 2.
Partie 1. Exemples.
1. Supposons qu'il existe a, b, a
0, b
0dans Z tels que
P
1= X
2− X − 1 = (aX + b)(a
0X + b
0)
Alors, aa
0= 1 et bb
0= 1 d'où a = ±1 et b = ±1 . Le polynôme P
1devrait donc admettre 1 ou −1 comme racine en contradiction avec P
1(−1) = 1 et P
1(1) = −1 . On en déduit que P
1est irréductible.
Supposons qu'il existe a, b, a
0, b
0, c
0dans Z tels que
P
2= X
3− X − 1 = (aX + b)(a
0X
2+ b
0X + c
0)
(le polynôme a
0X
2+ b
0X + c
0étant éventuellement réductible sur Z). Alors aa
0= 1 et bc
0= 1 puis a = ±1 et b = ±1 , et 1 ou −1 serait racine de P
2en contradiction avec P
2(−1) = −1 et P
2(1) = −1 . On en déduit que P
2est irréductible.
2. a. Pour k entre 1 et n , Φ(a
k) = P(a
k)Q(a
k) = −1 d'où P (a
k) = −Q(a
k) = ±1 . On en déduit que P (a
k) + Q(a
k) = 0 . Les a
k, sont donc des racines de P + Q . b. On sait que deg(Φ) = n et, par hypothèse, deg(P ) ≥ 1 et deg(Q) ≥ 1 . D'où
deg(P ) ≤ n − 1 et deg(Q) ≤ n − 1 , ainsi P + Q est de degré inférieur ou égal à n − 1 tout en admettant au moins n racines. Il est donc nul d'où Q = −P et Φ = −P
2.
c. Pour tout x ∈ R, Φ(x) = −(P (x))
2≤ 0 . Or lim
+∞Φ = +∞ . C'est absurde, le polynôme Φ étant non constant, il est donc irréductible sur Z.
3. Supposons que Φ
2= (X − a
1) . . . (X − a
n) + 1 soit réductible sur Z.
Ce polynôme étant non constant il s'écrit donc Φ
2= P Q avec P et Q dans Z [X] et de degré supérieur ou égal à 1 . On en déduit que P et Q sont de degré inférieur ou égal à n − 1 .
Comme dans la question précédente, on a, pour k entre 1 et n , Φ(a
k) = P (a
k)Q(a
k) = 1 ⇒ P (a
k) = Q(a
k) = ±1
On en déduit que P (a
k) − Q(a
k) = 0 . Les a
ksont donc des racines de P − Q qui est de degré au plus n − 1 . C'est donc le polynôme nul, d'où Φ = P
2.
On peut alors écrire
n
Y
k=1
(X − a
k) = P
2− 1 = (P − 1)(P + 1)
Comme P n'est pas constant, deg(P − 1) = deg(P + 1) = deg(P) . On devrait alors avoir n = deg(P
2− 1) = 2 deg P en contradiction avec n impair. On en déduit que le polynôme (X − a
1) . . . (X − a
n) + 1 est irréductible sur Z.
Partie 2. Lemme de Gauss.
1. a. Le polynôme P est primitif, donc p ne divise pas le pgcd de (a
0, . . . , a
n) . Il existe donc un entier k ∈ {0, . . . , n} tel que p ne divise pas a
k. L'ensemble des k entiers entre 0 et n tels que p ne divise pas a
kest une partie non vide de N, elle admet un plus petit élément.
b. Notons k
0le plus petit des k tels que p ne divise pas a
ket k
1le plus petit des k tels que p ne divise pas b
k. Considérons le terme de degré k
0+ k
1dans le produit.
c
k0+k1=
k0−1
X
k=0
a
kb
k0+k1−k+ a
k0k
k1+
k0+k1
X
k=k0+1
a
kb
k0+k1−kPour 0 ≤ k ≤ k
0− 1 , p ne divise pas a
kpar dénition de k
0. Donc p divise la somme de gauche.
Pour k
0+ 1 ≤ k ≤ k
0+ k
1, on a k
0+ k
1− k < k
1, donc p divise b
kpar dénition de k
1. On en déduit que p divise la somme de droite.
Or p ne divise pas a
k0et p ne divise pas b
k1. Comme il est premier, il ne divise pas leur produit. On en déduit que p ne divise pas c
k0+k1.
c. Le contenu c(P Q) est un entier naturel qui n'admet aucun diviseur premier. Il
est donc égal à 1 .
2. Soient P et Q dans Z [X] . Notons a
0, · · · , a
nles coecients de P . On peut factoriser le contenu c(P) dans ces coecients, soit
∀k ∈ {0, . . . , n}, a
k= c(P)a
0ket P
1=
n
X
k=0
a
0kX
kavec les a
0kdans Z et pgcd (a
00, . . . , a
0n) = 1 . Alors P = c(P )P
1avec P
1∈ Z [X] polynôme primitif.
De même Q = c(Q)Q
1avec Q
1∈ Z [X] polynôme primitif.
Par homogénéité du pgcd, c(P Q) = c(P )c(Q)c(P
1Q
1) , d'où, par la question précédente, c(P Q) = c(P)c(Q) .
Partie 3. Critère d'Eisenstein.
1. Notons a (respectivement b ) le ppcm des dénominateurs des coecients de P (res- pectivement Q ) écrits sous forme de fractions irréductibles. Alors P
1= aP ∈ Z [X ] , Q
1= bQ ∈ Z [X ] et abΦ = P
1Q
1.
Par le lemme de Gauss ab|c(abΦ) = c(P
1)c(Q
1) . Soit m l'entier relatif tel que c(P
1)c(Q
1) = abm .
Introduisons P
2et Q
2les polynômes primitifs de Z [X ] tels que P
1= c(P
1)P
2et Q
1= c(Q
1)Q
2. Alors Φ = P
0Q
0en prenant P
0= mP
2et Q
0= Q
2.
2. Le sens direct est évident. Le sens réciproque est conséquence de la question précédente.
3. D'après la question précédente, il sut de montrer que Φ est irréductible sur Z.
Supposons le contraire. Φ n'étant pas constant, Φ s'écrit donc Φ = P Q avec P , Q dans Z [X ] et m = deg(P) ≥ 1 , r = deg(Q) ≥ 1 .
Notons P = P
mk=0
b
kX
ket Q = P
rk=0
c
kX
k.
On peut remarquer que a
n6= 0 car par hypothèse p 6 |a
n. D'où n = deg(Φ) et n = m+r . Par hypothèse p|a
0= b
0c
0et p
26 |a
0= b
0c
0, donc p divise un et un seul des facteurs.
On peut supposer que p|b
0. Notons k le plus petit entier de {1, . . . , m} tel que p 6 |b
k. Un tel entier existe bien car p 6 |a
n= b
mc
r, donc p 6 |b
m.
Alors a
k= b
kc
0+ P
ki=1
b
k−ic
i. On sait que k ≤ m et r ≥ 1 donc k < n = m + r donc p|a
k.
Or p| P
ki=1