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COURS 07 ESPACES PREHILBERTIENS 2020 2021

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Texte intégral

(1)

CHAPITRE 7

ALG`

EBRE BILIN´

EAIRE

`

A l’origine, chez les babyloniens et les ´egyptiens, la g´eom´etrie est cr´e´ee suite aux multiples crues du Nil. En effet, ces multiples d´ebordements du fleuve contraignent les arpenteurs ´egyptiens `a retracer r´eguli`erement les limites des propri´et´es agricoles afin de redistribuer les terrains de fa¸con ´equitable ; ils d´eterminaient des longueurs, des surfaces divis´ees en rectangles, carr´es et autres triangles en utilisant la corde `

a 13nœuds notamment pour marquer les angles droits. La g´eom´etrie s’enrichit des notions de distances, normes, angles, donc d’orthogonalit´e

Plus tard, avec les grecs, la g´eom´etrie devient plus rigoureuse avec Thales et l’´ecole de Pythagore et celle d’Alexandrie o`u enseignent Euclide, Archim`ede et Apollonius. Dans les 13 volumes de ses “ ´El´ements”, Euclide pose les premi`eres bases solides de la logique, de l’arithm´etique et de la g´eom´etrie et donne son nom `a la g´eom´etrie euclidienne que nous connaissons : une r´ef´erence encore aujourd’hui.

Apr`es plus d’un mill´enaire de stagnation scientifique, les math´ematiciens arabes comme Al-Biruni, Al-Khwarizmi dont le nom est `a l’origine du terme d’algorithme, apportent des progr`es substanciels en trigonom´etrie, alg`ebre, g´eom´etrie.

La Renaissance voit naˆıtre la g´eom´etrie projective et la perspective avec Brunelleschi `a Florence pour des besoins de repr´esentation artistique fid`ele `a la nature : cette th´eorie est d´evelopp´ee par Piero de la Francesca et plus tard G´erard D´esargues. N´eanmoins, on lui pr´ef`ere plus tard la g´eom´etrie analytique que d´eveloppe Ren´e Descartes avec l’introduction des rep`eres et des coordonn´ees

Le XIXe si`ecle am`ene un nouveau tournant avec l’introduction par Gauss des g´eom´etries non euclidi-ennes qui s’affranchissent du cinqui`eme postulat parmi les cinq axiomes d’Euclide : c’est la naissance de la g´eom´etrie elliptique de Riemann et de la g´eom´etrie hyperbolique de Lobatchevski, Klein ou Poincar´e dans lesquelles par exemple la somme des angles des triangles ne fait plus 180.

La puissance des outils tels que norme, produit scalaire, orthogonalit´e en dimension finie a conduit `a extrapoler ces notions sur des espaces de dimension infinie, par exemple les espaces fonctionnels : on parle alors d’espaces pr´ehilbertiens. Certaines propri´et´es ne sont plus v´erifi´ees mais on compense cette perte par l’apport de la topologie dans ces espaces vectoriels norm´es.

 

TABLE DES MATI`

ERES

 

Partie 1 : espaces pr´ehilbertiens

- 1 : d´efinitions et premi`eres propri´et´es. . . .page 102 - 2 : produit scalaire. . . .page 103 - 3 : orthogonalit´e. . . .page 105

Partie 2 : espaces euclidiens

- 1 : d´efinitions et bases orthonormales. . . .page 106 - 2 : projecteurs orthogonaux. . . .page 108 - 3 : formes lin´eaires sur un espace euclidien. . . .page 109

(2)

 

PARTIE 7.1 : ESPACES PR´

EHILBERTIENS

 

7.1.1 : D´

efinitions et premi`

eres propri´

et´

es

D ´EFINITION 7.1 :

SoitE un R-espace vectoriel et φ:E2→ R, on dit que φest une : • forme bilin´eaire si ∀(α, β)∈ R2, ∀(u, v, w)E3,

{

φ(αu+βv, w) = αφ(u, w) +βφ(v, w) φ(u, αv+βw) = αφ(u, v) +βφ(u, w).

• forme sym´etrique si : ∀(u, v)E2, φ(u, v) =φ(v, u).

REMARQUE 7.1 : Pour montrer queφest bilin´eaire sym´etrique, il suffit de prouver queφest sym´etrique et que u7→φ(u, v) est lin´eaire pour toutvdeE(φest alors dite lin´eaire en la premi`ere variable).

EXEMPLE 7.1 : SoitwC0m([a;b],R) =E etφ:E2→ R d´efinie parφ(f, g) =

b

a fgw.

REMARQUE HP 7.2 : SoitE un R-espace vectoriel etφune forme bilin´eaire sym´etrique surE.

On appelle forme quadratique associ´ee `aφl’applicationq:E→ R d´efinie par ∀uE, q(u) =φ(u, u).

Soit deux vecteursuet vdeE et un scalaireλ∈ R.

• La forme quadratiqueqn’est pas lin´eaire : q(λu) =λ2q(u) siuEet λ∈ R.

φ(u, v) = 1 2 ( q(u+v)q(u)q(v))=1 2 ( q(u) +q(v)q(uv))(identit´es de polarisation) φ(u, v) = 1 4 ( q(u+v)q(uv))(identit´e de polarisation).

q(u+v) +q(uv) =2(q(u) +q(v))(identit´e du parall´elogramme).

D ´EFINITION 7.2 :

SoitE un R-espace, φune forme bilin´eaire sym´etrique surE etq associ´ee `aφ, on dit que φest positive si : uE, φ(u, u) =q(u)>0.

φest d´efinie positive si : uE, φ(u, u) =q(u)>0 et φ(u, u) =q(u) =0=u=0E.

REMARQUE HP 7.3 : On a les mˆemes d´efinitions pour la forme quadratiqueqassoci´ee `aφ.

EXERCICE 7.2 : Soit a = (an)n∈ N une suite r´eelle born´ee, alors φ : (u, v)

+∑ n=0

anunvn est

bilin´eaire sym´etrique surℓ1(R). `

A quelle condition n´ecessaire et suffisante surala formeφest-elle positive ? d´efinie positive ?

REMARQUE HP 7.4 : C(φ) ={uE |q(u) =0} ⊂E est appel´e le cˆone isotrope deφ(ouq). C(φ) est bien un cˆone car0EC(φ) et siuC(φ), alors on a : λ∈ R, λuC(φ).

(3)

  PROPOSITION SUR L’IN ´EGALIT ´E DE CAUCHY-SCHWARZ 7.1 :

SoitE un R-espace, φune forme bilin´eaire sym´etrique sur E etq associ´ee `a φ:

• Siφest positive alors : ∀(u, v)E2, φ(u, v) 6 √q(u)×√q(v).

• Siφest d´efinie positive, de plus : φ(u, v) =√q(u)×√q(v)⇐⇒((u, v) est li´ee).

 

EXEMPLE 7.3 : φ: (x, y)

n

k=1

akxkyk est bilin´eaire sym´etrique sur Rn si (a

1,· · ·, an)∈ Rn. Sin∈ N∗ et (x1,· · ·, xn)∈ Rn +, montrer que : n ∑ k=1 xk k 6 π 6 √ n ∑ k=1 x2k.  

PROPOSITION SUR L’IN ´EGALIT ´E DE MINKOWSKI 7.2 :

SoitE un R-espace, φune forme bilin´eaire sym´etrique sur E etq associ´ee `a φ:

• Siq est positive alors : ∀(u, v)E2, √q(u+v)6√q(u) +√q(v).

• Siq est d´efinie positive, on a de plus l’´equivalence suivante :

q(u+v) =√q(u) +√q(v)⇐⇒((u, v) positivement li´ee)(soitλ∈ R+, u=λv ouv=λu).

C’est la non moins classique in´egalit´e triangulaire ou in´egalit´e de Minkowski.

 

7.1.2 : Produit scalaire

D ´EFINITION 7.3 :

SoitEun R-espace vectoriel etφ:E2→ R, on dit queφest un produit scalaire surE siφest une forme bilin´eaire sym´etrique d´efinie positive surE, c’est-`a-dire si :

• ∀(α, β)∈ R2, ∀(u, v, w)E3,

{

φ(αu+βv, w) = αφ(u, w) +βφ(v, w)

φ(u, αv+βw) = αφ(u, v) +βφ(u, w) (bilin´earit´e).

• ∀(u, v)E2, φ(u, v) =φ(v, u) (sym´etrie). • ∀uE, φ(u, u) =q(u)>0(positivit´e).

• ∀uE, φ(u, u) =q(u)>0 et φ(u, u) =q(u) =0=u=0E (aspect d´efini).

Un espace pr´ehilbertien r´eel est un R-espace vectoriel muni d’un produit scalaire.

On appelle norme euclidienne associ´ee `a (.|.) l’application ||.|| :E→ R+ d´efinie par ||x|| =

√ (x|x).

REMARQUE 7.5 : On note souvent (u|v) =φ(u, v), ouu.v(en g´eom´etrie) ou⟨u, v⟩ le produit scalaire.

EXEMPLE 7.4 : φ: (P, Q)7→

+

−∞ P(t)Q(t)e−t

2

dtest un produit scalaire sur R[X]. Ainsi :

∀(P, Q)∈ R[X]2,

+ −∞ ( P(t) +Q(t))2e−t2dt6 √

+ −∞ ( P(t))2e−t2dt+ √

+ −∞ ( Q(t))2e−t2dt.

(4)

TH ´EOR `EME SUR LES PROPRI ´ET ´ES DE LA NORME EUCLIDIENNE 7.3 :

Soit E un espace pr´ehilbertien r´eel muni d’un produit scalaire not´e (.|.). Alors ||.|| est une norme, c’est-`a-dire :

(i) xE,||x|| >0(positivit´e),

(ii) xE,||x|| =0⇐⇒x=0E (s´eparation),

(iii) ∀(λ, x)∈ R ×E,||λx|| = |λ| ||x|| (homog´en´eit´e),

(iv) ∀(x, y)E2,||x+y|| 6 ||x|| + ||y|| (in´egalit´e triangulaire ou de Minkowski).

De plus : ||x+y|| = ||x|| + ||y|| ⇐⇒(λ∈ R+, x=λy ou y=λx)(x ety sont positivement li´es).

EXEMPLE 7.5 : Voici quelques produits scalaires usuels :

• Produit scalaire canonique sur Rn : (x|y) = ∑n k=1

xkyk six= (x1, . . . , xn) ety= (y1, . . . , yn).

• Produit scalaire canonique surMn(R) : (A|B) =tr(tAB) =tr(ATB).

• Produit scalaire canonique sur Rn[X] ou R[X] : (P|Q) = +∑ k=0 akbk= +∑ k=0 P(k)(0) k! × Q(k)(0) k! .

• SurL2(I, R) ∩C0(I,R) (fonctions de carr´e int´egrable et continues) : (f|g) =

Ifg.

• Surl2(R), ensemble des suites r´eelles de carr´e sommable : ((un)|(vn)

) = +∑ k=0 ukvk. • SurC0([a;b],R), siw > 0C0([a;b],R) : (f|g) =

b

a fgou plus g´en´eralement (f|g) =

b a fgw.

• Sur R[X], on d´efinit un produit scalaire en posant (P|Q) =

b

a PQaveca < b.

• Sur Rn[X], si α0,· · ·, αn sont distincts deux `a deux : (P|Q) = n

k=0

P(αk)Q(αk).

• SurC0(R,R) (fonctions continues et2π-p´eriodiques sur R) : (f|g) = 1 2π

0 f(t)g(t)dt.

REMARQUE 7.6 : Avec ces nouvelles notations, on a donc :

TH ´EOR `EME DES IDENTIT ´ES DE POLARISATION, DU PARALL ´ELOGRAMME 7.4 : Soit E un espace pr´ehilbertien r´eel et (u, v)E2 :

• |(u|v)| 6 ||u|| × ||v|| (Cauchy-Schwarz) et |(u|v)| = ||u|| × ||v|| ⇐⇒ (u, v) est li´ee.

• (u|v) = 1 2 ( ||u+v||2− ||u||2− ||v||2)=1 2 ( ||u||2+||v||2− ||uv||2)(identit´es de polarisation). • (u|v) =1 4 ( ||u+v||2− ||uv||2) (identit´e de polarisation).

• ||u+v||2+||uv||2=2(||u||2+||v||2)(identit´e du parall´elogramme).

REMARQUE 7.7 :

• L’in´egalit´e de Cauchy-Schwarz nous permet de d´efinir l’angle non orient´e θ∈ [0;π] entre deux

vecteurs non nulsuetvdeEpar : θ=Arccos (

(u|v)

||u|| ||v|| )

.

• Dans un parall´elogramme, la somme des carr´es des4cˆot´es vaut la somme des carr´es des2diagonales ; ´

equivaut `a la formule de la m´ediane dans un triangleABC(Imilieu de [BC]) : AB2+AC2=2AI2+1 2BC

2.

• L’ensemble des formes bilin´eaires sur E est un R-espace vectoriel, celui des formes bilin´eaires sym´etriques en est un sous-espace (mais pas l’ensemble des formes bilin´eaires sym´etriques positives) ; par voie de cons´equence, l’ensemble des formes quadratiques est aussi un espace vectoriel.

(5)

7.1.3 : Orthogonalit´

e

D ´EFINITION 7.4 :

Soit(E,(.|.))un espace pr´ehilbertien r´eel et (u, v)E2, on dit que : uest unitaire (ou norm´e) si||u|| =1.

uetvsont orthogonaux si (u|v) =0; on le note uv. REMARQUE 7.8 : • Six̸=0E alors le vecteur ||x

x|| est toujours unitaire.

• Dans un espace pr´ehilbertien r´eel, si ||x|| = ||y|| alors (x+y)⊥ (xy) (losange). D ´EFINITION 7.5 :

Soit(E,(.|.))un espace pr´ehilbertien r´eel et (xi)i∈I une famille de vecteurs de E, on dit que (xi)i∈I est :

• orthogonale si ∀(i, j)I2, i̸=j=⇒ (xi|xj) =0.

• orthonormale (ou orthonorm´ee) si ∀(i, j)I2, (xi|xj) =δi,j.

ORAL BLANC 7.6 : Soitφ: R[X]2→ R d´efinie parφ(P, Q) =

1

−1P(t)Q(t)dt.

a. Montrer queφest un produit scalaire sur R[X].

b. Montrer que la famille (Ln)n>0 des polynˆomes de Legendre, d´efinie par Ln(X) = ((X21)n)(n),

est orthogonale pourφ.

 

PROPOSITION SUR LA RELATION DE PYTHAGORE 7.5 : SoitE un espace pr´ehilbertien r´eel.

• Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. • Si (xk)16k6n est une famille orthogonale :

n ∑ k=1 xk 2 = n ∑ k=1 ||xk||2.  

REMARQUE 7.9 : En ce qui concerne la r´eciproque du th´eor`eme de Pythagore :

• Pour (x, y)E2,||x+y||2=||x||2+||y||2⇐⇒xy. C’est donc valable quand il y a deux vecteurs. • Si (x1,· · ·, xn) v´erifie la relation de Pythagore avec n > 2, elle n’est pas forc´ement orthogonale.

EXEMPLE 7.7 : DansE= R2, prenonsx

1= (1, 1),x2= (1,2) etx3= (2, 3) pour s’en convaincre.

D ´EFINITION 7.6 :

Soit(E,(.|.))un espace pr´ehilbertien r´eel,F etGdeux sous-espaces vectoriels deE. On dit queFetGsont des sous-espaces orthogonaux si ∀(x, y)F×G,(x|y) =0; on le note FG.

 

PROPOSITION SUR LA SOMME DIRECTE DE SOUS-ESPACES ORTHOGONAUX 7.6 : SoitE un espace pr´ehilbertien r´eel etF1,· · ·, Fn des sous-espaces vectoriels deE suppos´es deux

`

a deux orthogonaux. Alors la somme des Fk est directe : n ∑ k=1 Fk= n ⊕ k=1 Fk.  

(6)

D ´EFINITION 7.7 :

Soit (E,(.|.)) un espace pr´ehilbertien r´eel et F un sous-espace vectoriel de E (et mˆeme si F n’est qu’une partie E). On d´efinit l’orthogonal de F, not´eF par : F={xE | ∀yF, (x|y) =0}.

REMARQUE 7.10 : • Avec cette d´efinition, on a toujours {0E}⊥ =E etE={0E}.

• Si (e1,· · ·, en) est une base de F (plus g´en´eralement une famille g´en´eratrice suffit), alors pour un

vecteur xdeE, on a l’´equivalence : xF⊥⇐⇒ (∀k∈ [[1;n]], xek).

EXEMPLE 7.8 : Par exemple, si P et Q sont deux polynˆomes r´eels qui v´erifient la condition :

U∈ R[X],

1

−1P(t)U(t)dt=

1

−1Q(t)U(t)dt, alorsP=Q.

 

PROPOSITION SUR LES PROPRI ´ET ´ES DE L’ORTHOGONAL DE SOUS-ESPACE 7.7 : Soit(E,(.|.)) un espace pr´ehilbertien r´eel, Fet Gdeux sous-espaces vectoriels deE :

F est un sous-espace vectoriel deE FG=G⊥⊂F

FG⇐⇒FG⊥⇐⇒GF FF={0E} etF

( F)

F+G⊥⊂ (FG) • (F+G)=F⊥∩G

 

REMARQUE 7.11 : On peut avoir(F)⊥̸=Fet/ouF+G⊥̸= (FG)⊥.

EXEMPLE 7.9 : AvecE= R[X] muni de (P|Q) =

1

0 P(t)Q(t)dt, siF=XR[X] est le sous-espace

des polynˆomes de terme constant nul, alorsF={0} donc (F) =E̸=F.

 

PARTIE 7.2 : ESPACES EUCLIDIENS

 

7.2.1 : D´

efinitions et bases orthonormales

D ´EFINITION 7.8 :

• Un espace euclidienE est un espace pr´ehilbertien r´eel de dimension finie.

• Dans un tel espace E, une famille B de vecteurs de E est dite une base orthonormale (ou orthonorm´ee) deE siBest base deE et une famille orthonormale de E.

REMARQUE 7.12 : Pour montrer queBest une base orthonorm´ee deE : • il suffit de prouver queBest une famille orthonormale et g´en´eratrice.

• il suffit, si on sait que dim E=n et siBcomportenvecteurs, de prouver queBest orthonormale.

TH ´EOR `EME SUR LE PROC ´ED ´E D’ORTHONORMALISATION DE GRAM-SCHMIDT ( ´ENORME) 7.8 :

SoitEun espace euclidien etB= (x1,· · ·, xn) une base deE, alors il existe une famille (e1,· · ·, en) de vecteurs de E qui v´erifie les conditions suivantes :

• ∀p∈ [[1;n]], Vect(x1,· · ·, xp) =Vect(e1,· · ·, ep).

B= (e

1,· · ·, en) est une base orthonormale deE.

(7)

REMARQUE 7.13 : Premi`ere m´ethode : on orthogonalise la base (x1,· · ·, xn) en (f1,· · ·, fn) (avant de

normer les vecteurs) avec les formules : f1=x1(et on a bien (f1|x1) =||x1||2> 0). • ∀p∈ [[2;n]], fp=xp p∑−1 k=1 (fk|xp) ||fk||2 fk (avec (fp|xp) =||fp||2> 0carfp̸=0E).

On enl`eve `a xp son projet´e orthogonal surVect(f1,· · ·, fp−1) pour que l’on aitfpVect(f1,· · ·, fp−1)⊥. Seconde m´ethode : on orthonormalise directement (x1,· · ·, xn) en (f1,· · ·, fn) avec les formules :

e1= ||x1 x1|| (et on a bien (e1|x1) =||x1||> 0). • ∀p∈ [[2;n]], ep= gp ||gp|| en notantgp=xp p∑−1 k=1 (ek|xp)ek (avec (ep|xp) =||gp||> 0cargp̸=0E).

EXEMPLE 7.10 : Dans l’espace euclidien canonique R3, orthonormaliser la base (x

1, x2, x3) (c’est

clair) si ces vecteurs sont d´efinis parx1= (1, 0, 1),x2= (1, 1, 0) etx3= (1, 1, 1).

 

PROPOSITION DE LA BASE ORTHONORMALE INCOMPL `ETE 7.9 :

SoitEun espace euclidien, alors Eposs`ede au moins une base orthonormale. Plus pr´ecis´ement, toute famille orthonormale de E peut ˆetre compl´et´ee en une base orthonormale.

 

REMARQUE 7.14 : SiE=

16k6p

Fket siBkest une base orthonormale deFk(pour tout indicek∈ [[1;p]])

alors (B1, . . . ,Bp) est une base orthonormale deE dite adapt´ee `a cette d´ecomposition.

TH ´EOR `EME SUR LES RELATIONS ENTRE COORDONN ´EES DANS UNE BASE

ORTHONORMALE, PRODUIT SCALAIRE ET NORME 7.10 :

Soit E un espace euclidien et B = (e1, . . . , en) une base orthonormale de E, (x, y) E2 qui se

d´ecomposent x= n ∑ k=1 xkek ety= n ∑ k=1 ykek dans la base B : • ∀k∈ [[1;n]], xk= (ek|x), (x= n ∑ k=1

(ek|x)ek : coordonn´ees en fonction des produits scalaires).

• (x|y) =

n

k=1

xkyk (produit scalaire en fonction des coordonn´ees).

• ||x|| =

n

k=1

x2k (norme en fonction des coordonn´ees).

REMARQUE HP 7.15 : Distance et ”base duale”, siB= (e1, . . . , en) une base orthonormale deE :

• On a doncd(x, y) =||xy|| = √ n ∑ k=1 (xkyk)2(distance entrexet y).

• Si on poseφk(x) = (ek|x) alors (φ1,· · ·, φn) est une base deE=L(E,R) qui est appel´ee la base duale

de (e1,· · ·, en) car elle v´erifie la propri´et´e : ∀(i, j)∈ [[1;n]]2, φ

i(ej) =δi,j (symbole de Kronecker).

 

PROPOSITION DE TRADUCTION MATRICIELLE DU PRODUIT SCALAIRE 7.11 : Soit E un espace euclidien et B = (e1,· · ·, en) une base orthonormale de E, on associe `a des

vecteurs x ety de E les vecteurs colonnes X etY de leurs coordonn´ees dans la base B. Alors on a (x|y) =tXY=XTY (en identifiant r´eel et matrice de M

1,1(R)).

(8)

REMARQUE FONDAMENTALE 7.16 : SoitE euclidien,B= (e1,· · ·, en) une base orthonorm´ee deE: • SifL(E) et A=MatB(f), alors on aA=((ei|f(ej) )) 16i,j6n. Ainsi tr(A) = n ∑ k=1 (ek|f(ek)).

• SiB est une autre base orthonorm´ee etPla matrice de passage deBa` B : tP=P−1.

7.2.2 : Projecteurs orthogonaux

TH ´EOR `EME SUR LE SUPPL ´EMENTAIRE ORTHOGONAL 7.12 :

Soit E un espace pr´ehilbertien r´eel (pas forc´ement de dimension finie) et F un sous-espace vectoriel de E de dimension finie. Alors F etF sont suppl´ementaires dansE. Et (F)=F. En particulier, si E est de dimension finie alorsdim F=dim Edim F.

D ´EFINITION 7.9 :

Dans les conditions du th´eor`eme pr´ec´edent, F est appel´e le suppl´ementaire orthogonal deF.

 

PROPOSITION SUR L’ORTHOGONAL EN DIMENSION FINIE 7.13 :

SoitEun espace euclidien,FetGdeux sous-espaces vectoriels deE. On savait (F+G)=F⊥∩G. On a maintenant les ´egalit´es : (F) =F etF+G= (FG).

 

D ´EFINITION 7.10 :

SoitE un espace pr´ehilbertien r´eel etFun sous-espace vectoriel deE de dimension finie. La projection orthogonale surF est la projectionpF sur Fparall`element `aF⊥.

ORAL BLANC 7.11 : SoitE un espace euclidien etp un projecteur deE. Montrer que : porthogonal⇐⇒ ∀xE, ||p(x)|| 6 ||x||.

 

PROPOSITION SUR L’EXPRESSION D’UNE PROJECTION ORTHOGONALE 7.14 : Soit(E,(.|.))un espace pr´ehilbertien r´eel,Fun sous-espace de Ede dimension finie, (e1,· · ·, en)

une base orthonormale deF. PourxE, le projet´e orthogonal dexsur FestpF(x) =

n

k=1

(ek|x)ek.

 

REMARQUE 7.17 : Si pD est la projection orthogonale sur une droiteD=Vect(a(a̸=0E) et pH celle

sur l’hyperplanHnormal `a D, alors on apD(x) = (a|x)

||a||2a etpH(x) =xpD(x) =x (a|x)

||a||2a. D ´EFINITION 7.11 :

SoitEun espace pr´ehilbertien r´eel,Fun sous-espace deE, la distance dexE`aFestd(x, F) =Inf

y∈F||xy||.

TH ´EOR `EME DE DISTANCE VECTEUR/SOUS-ESPACE ( ´ENORME) 7.15 :

SoitE un espace pr´ehilbertien r´eel, F un sous-espace vectoriel deE de dimension finie et xE. Alors la distance d(x, F) =||xpF(x)|| =Min

(9)

EXERCICE CLASSIQUE 7.12 : D´eterminer Inf (a,b)∈ R2

1 −1 ( x2axb)2dx.  

PROPOSITION SUR L’IN ´EGALIT ´E DE BESSEL 7.16 :

Soit(E,(.|.)) un espace pr´ehilbertien r´eel, (e1,· · ·, ep) une famille orthonorm´ee de vecteurs de

E, F=Vect(e1,· · ·, ep), alorsxE, p ∑ k=1 (ek|x)2=||pF(x)||26 ||x||2.  

REMARQUE 7.18 : Polynˆomes orthogonaux (HP) : Soit I un intervalle de R non r´eduit `a un point,

wC0(I,R+) tel que∀n∈ N, t7→t2nw(t) est int´egrable surI. Ainsi, en notantEl’ensemble des fonctions polynomiales surI,Eun espace pr´ehilbertien r´eel en le munissant du produit scalaire (f|g) =

Ifgw. En

appliquant le proc´ed´e de Gram-Schmidt `a la base canonique (Xn)n∈ N (on identifie les polynˆomes aux fonctions polynomiales), on a l’existence (et mˆeme l’unicit´e) de (Pn)n∈ N telle que :

• ∀n∈ N, deg(Pn) =n(pour qu’on ait∀n∈ N, Vect(1,· · ·, Xn) = Rn[X] =Vect(P0,· · ·, Pn)).

• ∀n∈ N, ||Pn|| =1(on peut aussi imposerPn unitaire par exemple).

• ∀(n, m)∈ N2, n̸=m=P

n Pm.

EXEMPLE 7.13 : Quelques suites de polynˆomes orthogonaux classiques :

I= [1;1] etw(t) =1: ce sont les polynˆomes de Legendre.

I=]1;1[ etw(t) =√ 1 1t2

: ce sont les polynˆomes de Tchebychev.

I= R+ etw(t) =e−t : ce sont les polynˆomes de Laguerre.

I= R etw(t) =e−t2 : ce sont les polynˆomes de Hermitte.

7.2.3 : Formes lin´

eaires sur un espace euclidien

TH ´EOR `EME DE REPR ´ESENTATION ( ´ENORME) 7.17 :

Soit (E,(.|.)) un espace euclidien et φ une forme lin´eaire (´el´ement de E) alors il existe un unique vecteur a de E tel quexE, φ(x) = (a|x).

REMARQUE 7.19 : On pose, pour aE, φa:xE7→ (a|x) alors l’application θ:EE d´efinie par

θ(a) =φa est un isomorphisme deEsurE∗.

EXERCICE 7.14 : SoitE= R1[X] muni du produit scalaire (P|Q) =

1

0 P(t)Q(t)dt.

Trouver l’unique polynˆomeQ0∈ R1[X] tel quePE, P(0) = (P|Q0).

REMARQUE 7.20 : En dimension infinie, siφest une forme lin´eaire sur un espace pr´ehilbertien r´eelE, l’existence d’un vecteur aE tel que∀xE, φ(x) = (a|x) n’est pas assur´ee.

EXEMPLE 7.15 : Si E = R[X] muni du produit scalaire canonique, on d´efinit la forme lin´eaire φ:P7→

1

0 P(t)dt, alors il n’existe aucun polynˆomeQEtel quePE, φ(P) = (Q|P).

REMARQUE 7.21 : Soit H un hyperplan de E euclidien, il existe donc un vecteur non nul a E tel que H=Ker(φ) et xE, φ(x) = (a|x). Le vecteura est alors un vecteur normal `a l’hyperplan Hcar

(10)

  PROPOSITION DE DISTANCE D’UN VECTEUR `A DROITE OU HYPERPLAN 7.18 : Soit E un espace euclidien, H =Vect(a) un hyperplan de E (donc a ̸=0E), la droite associ´ee

D=H=Vect(a) et xE : d(x, H) = (x|a) ||a|| etd(x, D) = x(a|x) ||a||2a = √ ||x||2(x|a)2 ||a||2 .  

ORAL BLANC 7.16 : Centrale PSI 2013 Marine Luby

Soit (M|N) =tr(tMN) d´efini sur les matrices deM

n(R) etGl’ensemble des matrices scalaires.

a. Montrer que c’est un produit scalaire surMn(R).

b. Montrer que : MMn(R), tr(M)26n tr(tMM).

c. Caract´eriserG. SoitMMn(R), calculer Min tr(M)=0

(||MM′||).

 

COMP´

ETENCES

 

• Montrer rigoureusement qu’une application est un produit scalaire.

• Reconnaˆıtre un cadre pr´ehilbertien pour appliquer l’in´egalit´e de Cauchy-Schwarz. • Avoir `a disposition plusieurs exemples sur les polynˆomes, les fonctions, la g´eom´etrie.... • Savoir appliquer les identit´es de polarisation pour passer de la norme au produit scalaire. • Interpr´eter un sous-espace vectoriel comme l’orthogonal d’un autre sous-espace.

• Maˆıtriser la pratique et la th´eorie de l’orthogonalisation de Gram-Schmidt. • Utiliser efficacement les relations avec les coordonn´ees dans une base orthonormale. • Se servir des projecteurs orthogonaux pour simplifier les probl`emes.

• Reconnaˆıtre dans une recherche de minimum la distance d’un vecteur `a un sous-espace. • Passer des hyperplans aux formes lin´eaires et aux vecteurs par le th´eor`eme de repr´esentation. • Connaˆıtre les formules particuli`eres de distance d’un vecteur `a une droite ou un hyperplan.

Références

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