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H.Boumaza Dualit´e.Op´erateursborn´esetcompacts.

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Texte intégral

(1)

U.P.N - Institut Galil´ee Ann´ee scolaire 2019-2020 Master 1 Math´ematiques fondamentales

Dualit´e.

Op´erateurs born´es et compacts.

H. Boumaza

Le 8 novembre 2019

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Bibliographie

[1] J. B. Conway,A Course in Functional Analysis, Second Edition, Graduate Texts in Mathe- matics, Springer-Verlag, 2007.

[2] P. Lax,Functional Analysis, Pure and Applied Mathematics : A Wiley Series of Texts, Mo- nographs and Tracts, Wiley.

[3] J.P. Marco et autres,Math´ematiques L3, Analyse, Pearson Education France.

[4] W. Rudin,Analyse r´eelle et complexe, Dunod.

[5] B. Simon et M. Reed, Methods of modern mathematical physics. I. Functional analysis, Academic Press, New York-London, 1974.

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(5)

Table des mati`eres

1 Dualit´e et convergence faible 1

1.1 Dual topologique d’un espace vectoriel norm´e . . . 1

1.2 Th´eor`eme de Hahn-Banach . . . 2

1.2.1 Th´eor`eme de Hahn-Banach analytique . . . 2

1.2.2 Prolongement des formes lin´eaires d´efinies sur un espace semi-norm´e . . 4

1.2.3 Quelques cons´equences g´eom´etriques du th´eor`eme de Hahn-Banach dans les espaces vectoriels norm´es . . . 5

1.3 Convergence faible dans les espaces de Banach . . . 6

1.4 Espaces r´eflexifs . . . 8

1.5 Dualit´e et r´eflexivit´e dans les espacesLp . . . 10

2 Op´erateurs lin´eaires born´es sur un espace de Hilbert 15 2.1 Op´erateurs born´es . . . 15

2.2 Adjoint d’un op´erateur born´e . . . 16

3 Spectre des op´erateurs born´es 21 3.1 Spectre . . . 21

3.2 R´esolvante . . . 22

3.3 Rayon spectral . . . 24

3.4 Le laplacien discret en dimension un . . . 25

4 Op´erateurs compacts 27 4.1 Op´erateurs compacts . . . 27

4.2 L’alternative de Fredholm . . . 30

4.3 Probl`eme de Dirichlet dansR3 . . . 32

5 Spectre des op´erateurs compacts 35 5.1 Spectre des op´erateurs compacts . . . 35

5.2 Diagonalisation des op´erateurs compacts auto-adjoints . . . 36

5.3 R´eduction des op´erateurs compacts auto-adjoints . . . 38

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(7)

Chapitre 1

Dualit´e et convergence faible

Pour avoir de la compacit´e en dimension infinie (o `u les ferm´es born´es ne sont pas forc´ement compacts), on peut soit renforcer l’hypoth`ese comme dans le th´eor`eme d’Ascoli, soit chercher `a affaiblir la conclusion. C’est cette deuxi`eme approche que l’on va consid´erer dans ce chapitre en

´etudiant la notion de convergence faible et de compacit´e faible. L’un des buts de ce chapitre est de montrer le r´esultat suivant : sous des hypoth`eses convenables sur l’espace vectoriel norm´e E, la boule unit´e ferm´ee deEest faiblement s´equentiellement compacte.

1.1 Dual topologique d’un espace vectoriel norm´e

D´efinition 1.1.1. Soit(E,k.k)un espace vectoriel norm´e. On appelle dual topologique de E, not´e E0, l’ensemble des formes lin´eaires continues sur E.

Rappelons que le noyau d’une forme lin´eaire non nulle et continue est un hyperplan ferm´e deE.

D´efinition 1.1.2. Soit(E,k.k)un espace vectoriel norm´e. Soit u∈ E0. La norme de u est par d´efinition le r´eel positif d´efini par :

||u||E0 =sup

x6=0

|u(x)|

||x|| = sup

||x||=1

|u(x)|.

Th´eor`eme 1.1.3. Soit(E,kk)un espace de Banach. Alors(E0,|| ||E0)est aussi un espace de Banach.

D´emonstration : Le fait que ce soit un espace vectoriel norm´e est clair. Il suffit de montrer qu’il est complet. Soit donc(um)mNune suite de Cauchy deE0.

Soitε > 0 et soit N ∈ Ntel que pour toutm,n ≥ N,||um−un||E0ε. Alors, pour tout x 6=0 dansEet pour toutm,n≥ N, on a

|um(x)−un(x)|=|(um−un)(x)| ≤ ||um−un||E0||x|| ≤ ε||x||.

Donc la suite (um(x))mN est de Cauchy dans R (ou C) qui est complet, donc elle y converge. On note, pour toutx∈E,

u(x) = lim

m→+um(x).

Alors,u∈ E0 car chaqueumest dans E0 (et par passage `a la limite dans les ´egalit´es de la lin´earit´e et dans l’in´egalit´e large de la continuit´e). Soitx ∈ E,||x|| = 1. Alors pour tout m,n≥ N,

|um(x)−un(x)| ≤ ||um−un||E0ε

(8)

et en fixantmet en faisant tendrenvers l’infini, on obtient :

∀m≥ N, |um(x)−u(x)| ≤ε.

Puisqueεne d´epend pas dex,||um−u||E0εet on a obtenu que(um)mNconverge vers udans(E0,|| ||E0).

2

Exemple 1.1.4. Si E est un espace de dimension finie, E0 =E, le dual alg´ebrique de E.

Exemple 1.1.5. Si H est un espace de Hilbert, son dual topologique H0 s’identifie `a H d’apr`es le th´eor`eme de repr´esentation de Riesz pour les formes lin´eaires.

1.2 Th´eor`eme de Hahn-Banach

1.2.1 Th´eor`eme de Hahn-Banach analytique

D´efinition 1.2.1(Fonctionnelle sous-lin´eaire). Soit E unR-espace vectoriel. On appelle fonctionnelle sous-lin´eaire sur E une fonction q:E→Rtelle que

1. q(x+y)≤ q(x) +q(y)pour tous x,y ∈E ; 2. q(αx) =αq(x)pour tout x∈ E et toutα≥0.

Exemple 1.2.2. Une semi-normek.ksur E est une fonctionnelle sous-lin´eaire. Une forme lin´eaire sur E est une fonctionnelle sous-lin´eaire. Les jauges de parties convexes de E sont des fonctionnelles sous- lin´eaires (voir TD1).

Dans la d´efinition ci-dessus, il convient de remarquer queqpeut prendre des valeurs n´egatives et que la conditionq(αx) =αq(x)n’est requise que pourα≥0.

Th´eor`eme 1.2.3(Th´eor`eme de Hahn-Banach). Soit E unR-espace vectoriel et soit q une fonction- nelle sous-lin´eaire sur E. Soit F un sous-espace vectoriel de E et soit u: F→Rune forme lin´eaire telle que u(x)≤ q(x)pour tout x ∈ F. Alors, il existe une forme lin´eaire v : E → Rtelle que v|F = u et v(x)≤ q(x)pour tout x∈E.

Remarquons qu’un telvest en particulier un prolongement deu. Un tel prolongement peut tou- jours ˆetre obtenu en compl´etant une base deFen une base deE, mais il s’agit ici de d´emontrer qu’il existe un prolongementvv´erifiantv ≤ qsurEtout entier. Contrairement aux th´eor`emes de prolongement rencontr´es en analyse, nous n’avons besoin ici d’aucune hypoth`ese surE(pas mˆemeEnorm´e). Remarquons ´egalement que le th´eor`eme de Hahn-Banach porte sur les espaces vectorielsr´eels, ne serait-ce que pour que l’in´egalit´eu ≤ qait un sens. Les cons´equences que nous allons en donner `a la section suivante sont cependant vraies pour des espaces vectoriels complexes aussi bien que r´eels. Pour d´emontrer le th´eor`eme de Hahn-Banach, nous aurons be- soin du lemme suivant, qui d´emontre le th´eor`eme dans le cas o `uFest de codimension 1 dans E.

Lemme 1.2.4. Soit F ⊂ E un sous-espace vectoriel de codimension1d’unR-espace vectoriel E. On suppose E muni d’une fonctionnelle sous-lin´eaire q et on se donne u : F → R telle que u(x) ≤ q(x) pour tout x∈ F. Alors, il existe une forme lin´eaire v:E→Rtelle que v|F=u et telle que v(x)≤q(x) pour tout x∈ E.

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1.2 Th´eor`eme de Hahn-Banach

D´emonstration : Soit x0 ∈ E\F, de sorte que E = Rx0⊕F. Supposons que la forme lin´eaire cherch´eevexiste et posonsα0 = v(x0). Alors, pour touty1 ∈ F,v(x0) +v(y1) = v(x0+ y1) ≤ q(x0+y1), donc, pour tout y1 ∈ F,α0 ≤ −v(y1) +q(x0+y1). De plus, pour tout y2 ∈ F, v(−x0) +v(y2) = v(−x0+y2) ≤ q(−x0+y2), donc, pour tout y2 ∈ F,α0 ≥ v(y2)−q(−x0+y2). On doit donc avoir, pour tousy1,y2∈ F,

v(y2)−q(−x0+y2)≤α0≤ −v(y1) +q(x0+y1). (1.1) En particulierv(y2)−q(−x0+y2)≤ −v(y1) +q(x0+y1). Montrons que cette condition n´ecessaire est bien remplie. Elle est ´equivalente `av(y1+y2) ≤ q(x0+y1) +q(−x0+y2) pour tousy1,y2∈ F. Or, pour tousy1,y2 ∈F, on a

v(y1+y2)≤q(y1+y2) =q(y1+x0−x0+y2)≤q(y1+x0) +q(−x0+y2). On a donc bien, pour tousy1,y2∈ F,v(y2)−q(−x0+y2)≤ −v(y1) +q(x0+y1). Donc

a:= sup

y2F

{v(y2)−q(−x0+y2)} ≤ inf

y1F{−v(y1) +q(x0+y1)}=:b.

Soit alorsα0 ∈ [a,b]quelconque ;posons v(tx0+y):= tα0+u(y)pour toutt ∈ Ret tout y ∈ F. Alorsvest une forme lin´eaire surE = Rx0⊕F, qui co¨ıncide avecusurF. Le r´eel α0 = v(x0)ainsi d´efini v´erifie l’encadrement (1.1) et, pour toutt ≥ 0 et touty ∈ F, on a donc, en ´ecrivant (1.1) poury1 = yt ety2 = yt,

vy t

−q

−x0+ y t

≤v(x0)≤ −vy t

+q

x0+ y t

.

Donc, d’une part,v(tx0+y) ≤ q(tx0+y)pour toutt ≥ 0 et tout y ∈ F et, d’autre part, v(−tx0+y) ≤ q(−tx0+y)pour toutt ≥ 0 et touty ∈ F, doncv(tx0+y) ≤ q(tx0+y) pour toutt∈Ret touty∈ F, soitv≤qsurE= Rx0⊕F.

2 Remarquons que ce raisonnement permet, par une r´ecurrence simple, de d´emontrer le th´eor`eme de Hahn-Banach lorsque F est de codimension finie dans E, en particulier lorsque E est de dimension finie. Nous pouvons alors utiliser le lemme pour d´emontrer le th´eor`eme de Hahn- Banach en toute g´en´eralit´e.

D´emonstration : (D´emonstration du th´eor`eme de Hahn-Banach). Soit∆l’ensemble des couples (G,v)o `uGest un sous-espace vectoriel de Econtenant Fet vune forme lin´eaire surG telle que v|F = u et v ≤ q sur G. Soit ≤ la relation d’ordre sur ∆ d´efinie par (G,v) ≤ (G0,v0)siG ⊂ G0 et v0|G = v. Montrons que cet ordre est inductif. Si(Gi,vi)iI est une famille totalement ordonn´ee d’´el´ements de ∆, posons G = ∪iIGi. Puisque (Gi)iI est une famille totalement ordonn´ee pour l’inclusion,∪iIGi est un sous-espace vectoriel de E. Soit v : G → R d´efinie par v(x) = vi(x) si x ∈ Gi. Puisque (Gi)iI est une famille totalement ordonn´ee pour l’inclusion et puisque, si i ≤ j alors vj|Gi = vi, v est bien d´efinie. De plus, pour tout x ∈ G, on a v(x) ≤ q(x) puisque vi ≤ qpour tout i ∈ I.

Par ailleurs, on a bien v|F = u par d´efinition dev. Donc (G,v) ∈ et est un majorant pour la famille totalement ordonn´ee (Gi,vi)iI (c’est-`a-dire que (Gi,vi) ≤ (G,v) pour tout i ∈ I). Donc, d’apr`es le lemme de Zorn, ∆poss`ede un ´el´ement maximal, que nous noterons(H,w). SupposonsH E. Alors, il existex ∈E\Het, d’apr`es le lemme 1.2.4,w peut ˆetre prolong´ee `aH⊕Rxtout en conservant la condition de majoration parq, ce qui contredit la maximalit´e de(H,w). Donc,H= Eetwest le prolongement cherch´e deu.

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2 Nous rappelons le lemme de Zorn.

Lemme 1.2.5 (Lemme de Zorn.). Si tout sous-ensemble totalement ordonn´e d’un ensemble(E,≤) (partiellement) ordonn´e admet un majorant dans E, alors(E,≤)admet un ´el´ement maximal.

1.2.2 Prolongement des formes lin´eaires d´efinies sur un espace semi-norm´e

Dans toute la suite, on noteK = RouC. Les ´enonc´es qui suivent sont tous des corollaires du th´eor`eme de Hahn-Banach.

Proposition 1.2.6(Un th´eor`eme g´en´eral de prolongement.). Soit E un K-espace vectoriel muni d’une semi-norme P. Soit F un sous-espace vectoriel de E et soit u: F→Kune forme lin´eaire telle que

|u(x)| ≤ P(x)pour tout x ∈ F. Alors, il existe une forme lin´eaire v : E → K telle que v|F = u et

|v(x)| ≤P(x)pour tout x∈E.

D´emonstration : Premier cas :K = R. Pour tout x ∈ F, on a u(x) ≤ |u(x)| ≤ P(x). Comme une semi-norme est une fonctionnelle sous-lin´eaire, le th´eor`eme de Hahn-Banach montre qu’il existev : E →Rtelle quev|F = uetv(x)≤ P(x)pour toutx ∈ E. Donc,−v(x) = v(−x)≤ P(−x) =P(x)carPest une semi-norme. Donc,|v(x)| ≤P(x)pour toutx∈ E.

Second cas:K = C. Posons u1 = Reu. Alors|u1| ≤ |u| ≤ P surF. Donc, d’apr`es le cas K = R, il existe une formeR-lin´eairev1 : E → Rtelle que v1|F = u1 et|v1| ≤ Psur E.

Posonsv:=ve1:x 7→v1(x)−iv1(ix). Alors,vest une formeC-lin´eaire qui v´erifie|v| ≤P surEetv|F =ue1 =u.

2 Corollaire 1.2.7(Prolongement des formes lin´eaires continues.). Soit(E,k.k)unK-espace vec- toriel norm´e et soit u: F →Kune forme lin´eaire continue d´efinie sur un sous-espace vectoriel F de E.

Alors, il existe une forme lin´eaire continue v:E→Ktelle que v|F= u etkvk=kuk.

D´emonstration : On utilise la proposition 1.2.6 avec P(x) = kukkxk:u poss`ede donc un pro- longementvv´erifiant|v(x)| ≤ kukkxkpour toutxdansEde sorte quekvk ≤ kuk. Mais, commevest un prolongement deu, on a aussikuk ≤ kvk, d’o `u l’´egalit´e.

2 Corollaire 1.2.8. Soit (E,k.k)unK-espace vectoriel norm´e. Soit(ei)1in une famille libre de vec- teurs de E et soient λ1, ...,λnK quelconques. Alors il existe une forme lin´eaire continue telle que v(ei) =λipour tout i∈ {1, ...,n}.

Le point important de l’´enonc´e est que l’on souhaite obtenir une forme lin´eairevqui soitconti- nuesurE.

D´emonstration : SoitF:= vect(e1, ...,en)⊂ E; posonsu(nj=1αjej) =nj=1αjλj. Comme(e1, ...,en) est une base deF,uest une application lin´eaire bien d´efinie etuest continuecar F est de dimension finie. D’apr`es le corollaire 1.2.7, il existe une forme lin´eaire continuev : E→K qui prolongeuet qui v´erifie donc en particulierv(ei) =u(ei) =λipour touti∈ {1, ...,n}. 2

(11)

1.2 Th´eor`eme de Hahn-Banach

1.2.3 Quelques cons´equences g´eom´etriques du th´eor`eme de Hahn-Banach dans les espaces vectoriels norm´es

Rappelons que, siEest un espace vectoriel norm´e, la notationE0d´esigne l’espace vectoriel des formes lin´eairescontinuessurE. On appelleE0le dual topologique deE.

Th´eor`eme 1.2.9. Soit(E,k.k)unK-espace vectoriel norm´e. Alors, pour tout x∈ E, kxk = sup

|u(x)| : u∈E0et kuk ≤1

= sup

|u(x)| : u∈E0et kuk=1 . De plus, cette borne sup´erieure est atteinte.

D´emonstration : Pour toutu∈ E0 v´erifiantkuk ≤1, on a|u(x)| ≤ kuk kxk ≤ kxk, donc sup

|u(x)| : u∈ E0 et kuk=1 ≤sup

|u(x)| : u∈ E0 et kuk ≤1 ≤ kxk. Posons maintenantF=Kxetv :F→Kd´efinie parv(λx) =λkxk. Alors,vest une forme lin´eaire surFqui v´erifie|v(λx)| = |λ|kxkpour tout(λx) ∈ F, donckvk = 1. D’apr`es le corollaire 1.2.7, il existe doncw∈ E0telle quekwk=1 et|w(x)|= |v(x)|= kxk, de sorte que l’on a bien

kxk=sup

|u(x)| : u∈ E0et kuk=1 .

Les in´egalit´es ci-dessus sont donc toutes des ´egalit´es et on vient de plus de voir que ces bornes sup´erieures ´etaient bien atteintes.

2 Corollaire 1.2.10. Soit(E,k.k)unK-espace vectoriel norm´e et soit F un sous-espace vectorielferm´e de E. Soit x0 ∈ E\F ; notons d = dist(x0,F)>0. Alors, il existe u :E →Klin´eaire et continue telle que u(x0) =1, u(x) =0pour tout x∈ F etkuk= 1d.

D´emonstration : Soit π : E → E/F la projection canonique. Rappelons que l’espace vectoriel quotientE/F est muni de la norme ky+Fk = dist(y,F)pour tout y ∈ E : la topologie associ´ee `a cette norme est la topologie quotient deE/Fet la projectionπv´erifiekπ(x)k ≤ kxkcarkx+Fk = infyFkx−yk ≤ kxkpuisque 0 ∈ F. D’apr`es la proposition 1.2.9, il existev : E/F → Klin´eaire et continue telle quekvk = 1 et v(x0+F) = kx0+Fk= d.

Posonsu= 1d(v◦π): E→ K. Alorsuest lin´eaire et continue et v´erifieu(x0) = 1dv(x0+ F) =1 etu(x) =0 pour toutx∈ F. De plus,|u(x)|= 1d|v(x+F)| ≤ 1dkvkkx+Fk ≤ 1dkxk, donckuk ≤ 1d. Enfin, puisquekvk= 1, il existe une suite(yn)nNd’´el´ements deEtelle que kyn+Fk < 1 pour tout n ∈ N et limn→+|v(yn+F)| = 1. Pour tout n ∈ N, puisque dist(yn,F) < 1, il existe xn ∈ F tel quekyn−xnk ≤ 1. Alors |u(yn−xn)| =

1

d|v(yn+F)| −→

n→+ 1

d aveckyn−xnk ≤1, de sorte quekuk= 1d.

2 On en d´eduit la caract´erisation suivante de l’adh´erence d’un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel norm´e. En particulier, lorsque l’on a affaire `a un sous-espace ferm´e, on obtient une description de ce sous-espace comme intersection de noyaux de formes lin´eaires continues, r´esultat d´ej`a connu en dimension finie.

Th´eor`eme 1.2.11. Soit(E,k.k)unK-espace vectoriel norm´e et F ⊂ E un sous-espace vectoriel de E.

Alors,

F= \

uE0,FKeru

Keru.

(12)

D´emonstration : Notons

G= \

uE0,FKeru

Keru.

Cette intersection est non vide puisque la forme lin´eaire nulle v´erifie les conditions de- mand´ees. Pour toute forme lin´eaire continue u : E → K, Keru est ferm´e dansE, donc G est ferm´e dansE comme intersection de ferm´es. De plus, G ⊃ F, donc G = G ⊃ F.

R´eciproquement, soitx ∈ G. Supposons quex 6∈ F. Alors, d’apr`es le corollaire 1.2.10, il existeu:E→Klin´eaire et continue telle queu(x) =1 etF ⊂Keru. Mais, puisquex ∈G et Keru⊃ F⊃ F, on au(x) =0, ce qui contredit le fait queu(x) =1. Donc,x∈ Fet on a bienF=G.

2 Corollaire 1.2.12. Soient(E,k.k)unK-espace vectoriel norm´e et F ⊂ E un sous-espace vectoriel de E. Alors, F est dense dans E si et seulement si toute forme lin´eaire continue sur E et nulle sur F est nulle sur E.

D´emonstration : Une forme lin´eaire continue surEet nulle surFest nulle surF, donc, siF =E, on a bien que toute forme lin´eaire continue nulle surFest nulle sur E. R´eciproquement, si toute forme lin´eaire continue surEet nulle sur Fest nulle surE, alors le noyau d’une telle forme est Keru= E. D’apr`es le th´eor`eme 1.2.11, on a donc

F= \

uE0,FKeru

Keru = \

uE0,FKeru

E=E.

2

1.3 Convergence faible dans les espaces de Banach

D´efinition 1.3.1. Soient(E,k.k)un espace vectoriel norm´e et(xn)nNune suite d’´el´ements de E. On dit que(xn)nNconverge faiblementvers x∈ E lorsque pour toute u∈ E0,

n→+limu(xn) =u(x). On note alors xn* x.

Pour ne pas confondre avec la notion classique de convergence dansE, on dira que(xn)nN converge fortementversxlorsque

n→+lim||xn−x||=0 et on notexn→x.

Proposition 1.3.2. Soient(E,k.k)un espace vectoriel norm´e et(xn)nNune suite d’´el´ements de E.

1. Si(xn)nNconverge fortement vers x ∈E, alors(xn)nNconverge faiblement vers x.

2. La limite faible d’une suite faiblement convergente est unique.

3. Si xn*x alors(xn)nNest fortement born´ee.

4. Si xn*x alors

||x|| ≤lim inf ||xn||.

(13)

1.3 Convergence faible dans les espaces de Banach

D´emonstration : 1. Soitu∈E0. Alors, pour toutn∈N,

|u(xn)−u(x)|= |u(xn−x)| ≤ ||u||E0||xn−x||

et puisque(xn)converge fortement versx,||xn−x|| →0. D’o `u la convergence faible de(xn)versx.

2. Supposons quexn*x1etxn* x2. Alors, pour touteu∈E0, u(x1) = lim

n→+u(xn) =u(x2).

Or, par le th´eor`eme 1.2.9, il existev∈ E0,||x1−x2||=v(x1−x2). D’o `u, par lin´earit´e de vet par ce que l’on vient de montrer appliqu´e `au=v,||x1−x2||=v(x1)−v(x2) =0.

D’o `ux1 =x2.

3. Soit u ∈ E0. Puisque (u(xn))nN est convergente, elle est born´ee par une constante Mu≥0. On consid`ere, pour toutn ∈N, la forme lin´eaire

ln: E0R u 7→ u(xn)

On a :∀n∈N, ∀u∈ E0, |ln(u)| ≤ Mu. Par le th´eor`eme de Banach-Steinhaus, il existe M ≥0,

∀u∈ E0, sup

nN

|ln(u)| ≤ M.

Or, par le th´eor`eme 1.2.9, pour toutn ∈ N, il existeun ∈ E0,|ln(un)| = ||xn||. On en d´eduit que

∀n∈N, ||xn||=|ln(un)| ≤M.

4. D’apr`es le th´eor`eme 1.2.9, il existeu ∈ E0 telle que |u(x)| = ||x||et||u||E0 = 1. Puis, pour cet u et pour tout n ∈ N, |u(xn)| ≤ ||u||E0||xn|| = ||xn||. Puisque |u(xn)| →

|u(x)|=||x||, en passant `a la liminf dans l’in´egalit´e pr´ec´edente,||x|| ≤lim inf||xn||. 2 Attention, la r´eciproque du premier point n’est pas vraie en g´en´eral. Par exemple, toute famille d´enombrable orthonorm´ee dans un espace de Hilbert converge faiblement vers 0, mais elle ne converge bien entendu pas fortement vers 0.

Proposition 1.3.3. Soient(E,k.k)un espace vectoriel norm´e,(xn)nN une suite d’´el´ements de E et (un)nNune suite d’´el´ements de E0. Supposons que xn * x et que(un)nNconverge vers u dans E0. Alors(un(xn))nNconverge vers u(x)dansR(ouC).

D´emonstration : Soit ε > 0. Il existeN0Ntel que, pour tout n ≥ N0, ||un−u||E0ε. Par ailleurs, il existeN1Ntel que, pour toutn≥ N1,|u(xn)−u(x)| ≤ ε. De plus, puisque xn* x, la suite(||xn||)nNest born´ee, mettons parM ≥0. Alors,

∀n≥max(N0,N1), |un(xn)−u(x)| ≤ |un(xn)−u(xn)|+|u(xn)−u(x)|

≤ ||un−u||E0||xn||+|u(xn)−u(x)|

≤ Mε+ε.

D’o `u le r´esultat.

2

(14)

Proposition 1.3.4. Soit A ⊂ E une partie de E s´equentiellement faiblement ferm´ee. Alors A est aussi fortement ferm´ee.

D´emonstration : Soit(xn)nNune suite d’´el´ements deAtelle quexn →x. Montrons quex∈ A.

Puisque la convergence forte implique la convergence faible, xn * x et puisque Aest faiblement ferm´ee,x∈ A. DoncAest fortement ferm´ee.

2 La r´eciproque n’est pas vraie en g´en´eral. On peut construire, dans un espace de Banach de dimension infinie, des ensembles s´equentiellement faiblement ferm´es mais qui ne sont pas ferm´es pour la topologie faible et a fortiori non ferm´es pour la topologie forte.

1.4 Espaces r´eflexifs

Soit(E,k.k)unR-espace vectoriel norm´e et soitx ∈E. Alors, l’application Jx : E0R

u 7→ u(x)

est une forme lin´eaire sur E0, continue et de norme ||x||d’apr`es le th´eor`eme 1.2.9. C’est donc un ´el´ement deE00. Ainsi, l’application

J : E → E00 x 7→ Jx

est bien d´efinie et est une isom´etrie deEdansE00. En particulier,J est injective.

D´efinition 1.4.1. L’espace E est ditr´eflexiflorsque l’application J est de plus surjective. On peut alors identifier isom´etriquement E et son bidual topologique E00.

Exemple 1.4.2. Tout espace de Hilbert est r´eflexif. En effet, H0 = H donc H00 = H0 = H et J est donc bien une isom´etrie bijective.

Exemple 1.4.3. L’espace(C= C([−1, 1],R),|| ||)n’est pas r´eflexif.

S’il l’´etait, on aurait C = C00 et d’apr`es le th´eor`eme 1.2.9, pour toute forme lin´eaire u ∈ C0, il existerait f ∈C00 =C telle que

||u||C0 =u(f) avec ||f|| =1.

On d´efinit alors la forme lin´eaire u par :

∀g∈C, u(g) =

Z 0

1g(t)dt−

Z 1

0 g(t)dt.

Alors, pour tout g∈C,|u(g)|<2||g||. Mais, pour toutε>0, on peut choisir g de sorte que

|u(g)|>(2−ε)||g||.

Cela prouve que||u||C0 =2. Pour g= f comme ci-dessus, on a alors2<2×1, d’o `u une contradiction.

Proposition 1.4.4. Soit(E,k.k)un espace vectoriel norm´e. Si(E0,|| ||E0)est s´eparable, alors(E,k.k) est s´eparable.

(15)

1.4 Espaces r´eflexifs

D´emonstration : Puisque E0 est s´eparable, il existe une famille d´enombrable {un}nN dense dans E0. Par d´efinition de la norme || ||E0, pour chaquen ∈ Nil existe xn ∈ E tel que

||xn|| = 1 et |un(xn)| > 12||un||E0. Montrons que l’espace engendr´e par les xn est dense dansE. Pour cela, il suffit de v´erifier que toute forme lin´eaire qui s’annule sur cet espace s’annule surEtout entier.

Supposons par l’absurde qu’il existeu∈ E0telle que :

∀n∈N, u(xn) =0 et ||u||E0 =1.

Par densit´e de{un}nNdansE0, il existen∈Ntel que||un−u||< 13. Puisque||u||E0 =1, on obtient que||un||E0 > 23.

Or, puisqueu(xn) =0, on a 1

3 > |(u−un)(xn)|=|un(xn)|> 1

2||un||E0

et||un||E0 < 23 ce qui contredit le point pr´ec´edent. Donc une telle forme lin´eaireune peut exister et on a bien que le sous-espace engendr´e par les xn est dense dans E. Alors, les combinaisons lin´eaire finies `a coefficients rationnels sont aussi denses dans E. Comme celles-ci forment une famille d´enombrables de vecteurs deE, on vient de montrer queE est s´eparable.

2 Proposition 1.4.5. Tout sous-espace ferm´e d’un espace de Banach r´eflexif est refl´exif.

D´emonstration : Soit Eun espace de Banach r´eflexif et soit F un sous-espace ferm´e de E. Soit u ∈ E0. Alorsu0 = u|F ∈ F0. Puisque d’apr`es le th´eor`eme de Hahn-Banach, toute forme lin´eaire continue surFpeut ˆetre prolong´ee en une forme lin´eaire continue surE, l’appli- cation

E0 → F0 u 7→ u0

est surjective. Cette surjection induit l’application suivante de F00 dans E00 : pour tout η∈ F00 on d´efinitζ ∈E00en posant, pour touteu∈ E0,

ζ(u) =η(u0).

PuisqueEest r´eflexif, l’applicationζpeut ˆetre identifi´ee `a un ´el´ementx∈ E:ζ(u) =u(x). Alors,u(x) =η(u0).

Montrons que x ∈ F. Si u s’annule sur F, alors u0 = 0 et u(x) = η(0) = 0. Alors, x ∈ Ker(u)etx ∈ Fd’apr`es le th´eor`eme 1.2.11. Or,Fest ferm´e, donc x ∈ F. Mais alors, u(x) =u0(x)et on a

u0(x) =η(u0).

Puisque toute forme lin´eaire dans F0 est la restriction d’une forme lin´eaire de E0, cela prouve que tout ´el´ement η de F00 peut ˆetre repr´esent´e par un vecteur x ∈ F, d’o `u la r´eflexivit´e deF.

2 Ces deux propositions permettent de d´emontrer le principal r´esultat de ce chapitre, la com- pacit´e faible de la boule unit´e dans un espace r´eflexif.

(16)

Th´eor`eme 1.4.6. Soit (E,k.k)un espace de Banach r´eflexif. Alors, de toute suite d’´el´ements dans la boule unit´e de E, on peut extraire une sous-suite faiblement convergente vers un point de la boule unit´e de E.

D´emonstration : Soit(xn)nNune suite de vecteurs dans la boule unit´e deE. SoitFl’adh´erence du sous-espace engendr´e par les xn. C’est un sous-espace ferm´e dansE. Puisque E est r´eflexif,Fl’est aussi d’apr`es la proposition 1.4.5. De plus, F00 est aussi s´eparable car, par densit´e deQdansR,Fest s´eparable etF00 =F.

Par la proposition 1.4.4, on en d´eduit queF0est s´eparable. Soit alors{um}mNune partie d´enombrable dense de F0. Pour chaquemfix´e, par Bolzano-Weierstrass dansR, il existe une extractionϕm : NNstrictement croissante de(xn)nNtelle que,(um(xϕm(n)))nN soit convergente. Par proc´ed´e diagonal (on pose pour toutn,ϕ(n) = ϕ1◦ · · · ◦ϕn(n)), on obtient une extractionϕ : NNstrictement croissante de(xn)nNtelle que, pour tout m∈N, la suite ,(um(xϕ(n)))nNconverge.

Or, la suite(xϕ(n))nNest uniform´ement born´ee (par 1) et comme la famille{um}mNest dense dansF0, on en d´eduit que pour touteu ∈ F0, la suite(u(xϕ(n)))nNconverge dans R. Cette limite est lin´eaire enuet on pose,

∀u∈F0, lim

n→+u(xϕ(n)) =x˜(u). Puisque, pour touteu∈ F0et pour toutn∈N,

|u(xϕ(n))| ≤ ||u||F0|xϕ(n)| ≤ ||u||F0,

˜

xest une forme lin´eaire continue de norme inf´erieure ou ´egale `a 1. C’est donc un ´el´ement deF00. Comme Fest r´eflexif, il existe x ∈ F tel que pour toutu ∈ F0, ˜x(u) = u(x), avec kxk ≤1.

Ainsi, pour touteu ∈ F0,(u(xϕ(n)))nNconverge versu(x). Puisque la restriction `aFde tout ´el´ement deE0est un ´el´ement deF0, nous venons de montrer que(xϕ(n))nNconverge faiblement versxet quexest dans la boule unit´e deE. D’o `u le r´esultat voulu.

2 On peut par ailleurs montrer que siKest un convexe ferm´e d’un espace vectoriel norm´eE et si(xn)nNest une suite de points deKqui converge faiblement versx, alorsxest dansK. On en d´eduit le th´eor`eme suivant.

Th´eor`eme 1.4.7. Dans un espace de Banach r´eflexif, tout ensemble convexe, ferm´e et born´e est faible- ment s´equentiellement compact.

1.5 Dualit´e et r´eflexivit´e dans les espaces L

p

Soitµune mesure quelconque surRd.

On dit que deux r´eelspetqnon nuls sont conjugu´es lorsque 1

p +1 q =1.

Proposition 1.5.1. Soit (p,q)un couple d’exposants conjugu´es, avec p et q dans]1,+[. Soit g ∈ Lq(µ). L’applicationϕg, qui `a un ´el´ement f de Lp(µ)associe

ϕg(f) =

Z

Xf gdµ, est une forme lin´eaire continue sur Lp(µ), de normekgkq.

(17)

1.5 Dualit´e et r´eflexivit´e dans les espacesLp

D´emonstration : L’application ϕg est bien d´efinie d’apr`es l’in´egalit´e de H ¨older, et sa lin´earit´e provient de la lin´earit´e de l’int´egrale. L’in´egalit´e de H ¨older entraˆıne

|ϕg(f)| ≤ kfkpkgkq,

ce qui d´emontre que ϕg est continue et que sa norme v´erifie kϕgk ≤ kgkq. Si g est la (classe de la) fonction nulle, alors ϕg est nulle, et l’´egalit´e des normes est ´evidente. Si g n’est pas nulle, choisissons un repr´esentant deg, que nous noterons encore g, v´erifiant µ({g 6=0})6=0. D´efinissons une fonction f par f(x) =0 sig(x) =0, et

f(x) = g(x)

|g(x)|2q, sig(x)6=0. Alors f est mesurable et v´erifie

f(x)g(x) =|f(x)|p =|g(x)|q.

On voit en particulier que f ∈ Lp(µ), puisqueg∈ Lq(µ). On obtient donc ϕg(f) =

Z

X

|g|qdµ= kgkq

Z

X

|g|q11/q

=kgkq kfkp.

Comme f 6=0 est dansLp(µ), il en r´esulte quekϕgk ≥ kgkq, ce qui d´emontre l’´egalit´e des normes.

2 Th´eor`eme 1.5.2. Soit(p,q)un couple d’exposants conjugu´es, avec p et q dans]1,+[. L’application Φ : Lq(µ)→(Lp(µ))0 d´efinie parΦ(g) = ϕgest une isom´etrie lin´eaire qui est une bijection. Ainsi,

(Lp(µ))0 ' Lq(µ).

D´emonstration : Par lin´earit´e de l’int´egrale,Φest une application lin´eaire. C’est une isom´etrie par la proposition 1.5.1. Elle est donc injective.

Admettons la r´eflexivit´e des espacesLp(µ), qui peut ˆetre obtenue par un argument g´en´eral de convexit´e (tout espace de Banach uniform´ement convexe est r´eflexif). Dans ce cas, montrons la surjectivit´e deΦ.

Si Φ n’est pas surjective, comme Lq(µ) est ferm´e, par le th´eor`eme 1.2.11, il existe u ∈ (Lp(µ))00, non nulle, telle queu(v) = 0, pour toutv ∈ Lq(µ). Comme Lp(µ)est r´eflexif, u ∈ Lp(µ) et ainsi, pour tout v ∈ Lq(µ), R

uv = 0 et par caract´erisation de la norme,

||u||p=0 etu=0, d’o `u une contradiction.

Montrons le r´esultat voulu dans le cas o `up< 2 et pourµ(X) = 1 (pour simplifier), sans avoir recours `a un r´esultat g´en´eral d’uniforme convexit´e.

Soit f ∈L2(µ). Appliquons H ¨older `a f et 1 pourp0 = 2p etq0 = 22p :

||f||pp =

Z

X

|f(x)|pdµ(x)≤ ||1|| 2

2p

||fp||2

p

=µ(X)||f||p2 =||f||2p. Ainsi, pour toute f ∈ L2(µ),||f||p ≤ ||f||2.

Soituune forme lin´eaire d´efinie surL2(µ)qui est born´ee en normeLp:

∃C≥0, ∀f ∈ L2(µ), |u(f)| ≤C· ||f||p.

(18)

Alors,uest aussi born´ee pour la norme|| ||2. Par le th´eor`eme de repr´esentation de Riesz, il existeg∈ L2(µ)telle que,

∀f ∈ L2(µ), u(f) =

Z

X f(x)g(x)dµ(x).

Montrons que gappartient en fait `aLq(µ). Pour cela, on se donnek ∈ Net on applique l’´egalit´e pr´ec´edente avec f = fk d´efinie par :

∀x∈X, fk(x) =|gk|q1(x)sign(g(x)), o `u|gk|(x) =min{|g(x)|,k}. Alors,

u(fk) =

Z

X fk(x)g(x)dµ(x) =

Z

X

|gk|q1(x)|g(x)|dµ(x)≥

Z

X

|gk|q(x)dµ(x). D’autre part,

||fk||pp=

Z

X

|gk|(q1)p(x)(x) =

Z

X

|gk|q(x)(x). Puisque par hypoth`ese suru,|u(fk)| ≤C||fk||p, on obtient

Z

X

|gk|q(x)dµ(x)≤C Z

X

|gk|q(x)dµ(x) 1p

d’o `u,

||gk||q≤ C.

En faisant tendrekvers l’infini et en utilisant le th´eor`eme de convergence monotone (ou le lemme de Fatou), on en d´eduit quegest dansLq(µ). Cela d´emontre le r´esultat de dualit´e voulu dans le casp<2 etµ(X) =1.

2 Corollaire 1.5.3. Pour tout p∈]1,+[, l’espace Lp(µ)est r´eflexif.

Les r´esultats pr´ec´edents ne se g´en´eralisent que partiellement au casp= +∞.

Proposition 1.5.4. Soit g∈ L(µ). L’applicationϕgde L1(µ)dansCd´efinie par ϕg(f) =

Z

X f gdµ

est une forme lin´eaire continue sur L1(µ)v´erifiant kϕgk ≤ kgk. Si l’espace mesur´e (X,M,µ)est σ-fini, on a de pluskϕgk=kgk.

D´emonstration : Par le cas limite de l’in´egalit´e de H ¨older, on voit que ϕg est bien d´efinie et v´erifiekϕgk ≤ kgk. De plus, elle est lin´eaire par lin´earit´e de l’int´egrale. Supposons que l’espace(X,M,µ)estσ-fini. L’in´egalit´e inverse est ´evidente dans le cas o `ug=0, suppo- sons doncg 6= 0. Soitα∈]0,kgk[donn´e. Notons encore gun repr´esentant quelconque de la classeg. L’ensembleA ={|g| > α}est mesurable et de mesure non nulle. Soit une suite(Xn)nNde parties de X, mesurables et de mesures finies, de r´eunion X. Pour au moins unn,Xn∩Aest de mesure non nulle et finie. NotonsB=Xn∩A. D´efinissons une fonction f par f(x) =0 six ∈/ Bet f(x) = g(x)/|g(x)|six ∈ B. Alors f est mesurable et int´egrable, aveckfk1=µ(B). On en d´eduit

ϕg(f) =

Z

X f gdµ=

Z

B

|g|dµ≥ αµ(B) =αkfk1,

donc kϕgk ≥ α. L’arbitraire sur α montre enfin que kϕgk ≥ kgk, ce qui d´emontre l’´egalit´e des normes.

(19)

1.5 Dualit´e et r´eflexivit´e dans les espacesLp

2 Voyons enfin le cas o `u p=1.

Proposition 1.5.5. Soit g∈ L1(µ). L’applicationϕgde L(µ)dansCd´efinie par ϕg(f) =

Z

X f gdµ est une forme lin´eaire continue sur L(µ), de normekgk1.

D´emonstration : Comme dans les propositions pr´ec´edentes, ϕg est lin´eaire et continue, et sa norme v´erifiekϕgk ≤ kgk1. L’in´egalit´e inverse est ´evidente sig = 0 dans L1(µ). Sinon, g ´etant un repr´esentant fix´e de la classe g, l’ensemble A = {g 6= 0}est mesurable et de mesure non nulle. On d´efinit une fonction f par f = 1A.(g/¯ |g|). Alors, f ∈ L(µ) et kfk =1 (puisqueAn’est pas n´egligeable). De plus, on v´erifie que

ϕg(f) =

Z

X

|g|dµ=kgk1 =kgk1 kfk, ce qui montre quekϕgk ≥ kgk1et termine la d´emonstration.

2 On peut montrer que le dual topologique deL1(µ)s’identifie `aL(µ). Mais, contrairement au cas pr´ec´edent, on ne peut plus identifier en g´en´eral le dual topologique deL(µ) `aL1(µ), on a seulement l’inclusionL1(µ)⊂(L(µ))0 (voir TD1).

(20)
(21)

Chapitre 2

Op´erateurs lin´eaires born´es sur un espace de Hilbert

(H,(·|·))d´esigne un espace de Hilbert surRou surC. Par convention, lorsque(·|·)sera un produit hermitien, il sera semi-lin´eaire `a droite.

2.1 Op´erateurs born´es

Nous commenc¸ons par d´efinir l’espace des op´erateurs born´es entre espaces vectoriels norm´es et nous d´efinissons ensuite plusieurs topologies sur cet espace.

D´efinition 2.1.1. Si(E,k kE)et(F,k kF)sont des espaces vectoriels norm´es, un op´erateur born´e de E dans F est une application lin´eaire continue T :E→F, donc, telle que

∃C>0, ∀u∈E, kTukF ≤CkukE.

Notation. On d´esigne par L(E,F) l’ensemble des op´erateurs born´es de E dans F. Lorsque E= F, on noteraL(E) =L(E,E).

L(E,F)est un espace vectoriel sur lequel on introduit la norme, kTkL(E,F)= sup

uE\{0}

kTukF

kukE = sup

kukE=1

kTukF.

La topologie induite par cette norme surL(E,F)est appel´eetopologie uniforme des op´erateurs. Si (F,k kF)est un espace de Banach,(L(E,F),k kL(E,F))est aussi un espace de Banach. De plus, la normek kL(E,E)est une norme d’alg`ebre sur(L(E),+, .,◦)et, plus g´en´eralement, si(E,k kE), (F,k kF)et(G,k kG)sont des espaces vectoriels norm´es et siT1∈ L(E,F)etT2 ∈ L(F,G), alors T2◦T1∈ L(E,G)et

kT2◦T1kL(E,G) ≤ kT2kL(F,G) kT1kL(E,F).

Notation. Dans toute la suite, nous noterons T2T1 la compos´ee T2◦T1 de deux op´erateurs T1 ∈ L(E,F)etT2 ∈ L(F,G).

Nous introduisons maintenant deux topologies plus faibles sur L(E,F). Tout d’abord, la to- pologie forte des op´erateurs. C’est la plus petite topologie rendant continues les applications evu : L(E,F)→ F, evu(T) = Tu. Pour cette topologie, une suite d’op´erateurs born´es(Tn)nN converge vers un op´erateur born´eTsi et seulement si, pour toutu∈ E,kTnu−TukF−−−−→

n→+ 0.

On notera alorsTn→T.

(22)

La seconde topologie est latopologie faible des op´erateurs. Nous pourrions la d´efinir pour EetF des espaces de Banach quelconques, mais dans la suite nous nous restreindrons aux op´erateurs born´es de(H,(·|·))dans lui-mˆeme, nous supposerons donc queE= F=H. Alors la topologie faible surL(H)est la plus petite topologie rendant continues les applications evu,v : L(H)→ C, evu,v(T) = (Tu|v). Pour cette topologie, une suite d’op´erateurs born´es (Tn)nN converge vers un op´erateur born´eTsi et seulement si, pour tousu,v ∈ H,(Tnu|v)−−−−→

n→+ (Tu|v)dans C. On notera alorsTn*T.

La topologie faible des op´erateurs est plus faible que la topologie forte des op´erateurs, elle- mˆeme plus faible que la topologie uniforme des op´erateurs. Les exemples suivants illustrent les diff´erences entre ces topologies surL(`2(N)).

Exemple 2.1.2. Soit Tn :`2(N)→`2(N), Tn(x0,x1, . . .) = (1nx0,1nx1, . . .). Alors(Tn)nNconverge uniform´ement vers0, l’op´erateur nul.

Exemple 2.1.3. Soit Sn : `2(N)→`2(N), Sn(x0,x1, . . .) = (0, . . . , 0,xn,xn+1, . . .). Alors(Sn)nN converge fortement vers0, mais pas uniform´ement.

Exemple 2.1.4. Soit Wn : `2(N) → `2(N), Wn(x0,x1, . . .) = (0, . . . , 0,x0,x1, . . .)avec n fois0au d´ebut de la suite. Alors(Wn)nNconverge faiblement vers0, mais pas fortement ni uniform´ement.

Dans toute la suite, nous ne consid`ererons que des op´erateurs born´es entre espaces de Hilbert.

Nous donnons, dans ce cadre hilbertien, une caract´erisation de la norme d’op´erateur.

Proposition 2.1.5. SoientH1etH2 deux espaces de Hilbert. Soit T : H1 → H2un op´erateur born´e.

Alors,

kTkL(H

1,H2)=sup{|(Tu|v)H2| | kukH

1 ≤1et kvkH

2 ≤1}.

D´emonstration : NotonsSle membre de droite de l’´egalit´e. Par l’in´egalit´e de Cauchy-Schwarz,

|(Tu|v)| ≤ kTukH

2kvkH

2 ≤ kTkL(H

1,H2)kukH

1kvkH

2 ≤ kTkL(H

1,H2)

lorsquekukH1 ≤1 etkvkH2 ≤ 1. Donc,S≤ kTkL(H1,H2). R´eciproquement, soit Mun r´eel positif ; supposons queS ≤ M. Alors, pour toutu ∈ H1,kTukH2 ≤ MkukH1. En effet, si u = 0 ou Tu = 0, l’in´egalit´e est v´erifi´ee. Sinon, u0 = u/kukH1 etv0 = Tu/kTukH2 sont de norme 1 et, commeS≤ M,|(Tu0|v0)| ≤ M. Or,|(Tu0|v0)|=kTukH2/kukH1, donc on a bienkTukH2 ≤ MkukH1. Par d´efinition dekTkL(H1,H2), on obtientkTkL(H1,H2) ≤S.

2

2.2 Adjoint d’un op´erateur born´e

Nous allons maintenant d´efinir l’adjoint d’un op´erateur born´e qui g´en´eralise `a la dimension quelconque la transpos´ee d’une matrice r´eelle ou la transconjugu´ee d’une matrice complexe.

Proposition 2.2.1. SoientHun espace de Hilbert et T ∈ L(H). Il existe un unique op´erateur T ∈ L(H)tel que

∀u∈ H, ∀v∈ H, (Tu|v) = (u|Tv). (2.1) D´emonstration : Soitv ∈ H. Alors, `v : u 7→ (Tu|v)est une forme lin´eaire continue surH. En effet, on applique l’in´egalit´e de Cauchy-Schwarz et on utilise le caract`ere born´e deT. Par le th´eor`eme de Riesz de repr´esentation des formes lin´eaires continues, il existe un unique vecteurw∈ Htel que, pour toutu∈ H,`v(u) = (u|w). PosonsT: H → H,Tv =w.

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