Universit´e Paris-Dauphine Ann´ee universitaire 2016-2017 Deuxi`eme ann´ee du DE MI2E Probabilit´es multidimensionnelles et th´eor`emes limite
1. Vous ˆetes vivement invit´e `a lire le sujet dans son int´egralit´e avant de commencer `a composer.
2. Si, au cours de l’´epreuve, vous rep´erez ce qui vous semble ˆetre une erreur d’´enonc´e, vous le signalez sur la copie et poursuivez l’examen en expliquant les raisons des initiatives que vous ˆetes amen´e `a prendre.
3. Seules les r´eponses soigneusement justifi´ees seront prises en compte.
4. Un point pourra ˆetre attribu´e en plus ou en moins suivant la qualit´e de la r´edaction et de la pr´esentation.
5. Les notes de cours, les calculatrices ainsi que tous autres documents ou dispositifs ´electroniques sont interdits.
Exercice 1. R´epondre `a chacune des questions suivantes en donnant suivant les cas une preuve ou un contre-exemple.
1. Soient X, Y et Z trois variables al´eatoires r´eelles d´efinies sur un mˆeme espace de probabilit´e (Ω,A,P). On suppose que X et Y sont ind´ependantes et que Y et Z sont ind´ependantes. Les variables al´eatoiresX etZ sont-elles n´ecessairement ind´ependantes ?
Non. Soient U et V deux variables al´eatoires ind´ependantes d´efinies sur(Ω,A,P). Supposons par exemple queU etV sont de loi de Bernoulli de param`etre1/2. En posantX=U, Y =V et Z =U on se donne des variables al´eatoiresX, Y etZ telles queX etY sont ind´ependantes et Y etZ sont ind´ependantes. CependantX etZ ne sont pas ind´ependantes puisqueX =Z =U et que cette variable al´eatoire n’est pas constante.
2. SoientX etY deux variables al´eatoires r´eelles d´efinies sur un mˆeme espace de probabilit´e (Ω,A,P) et telles que (X, Y) est un vecteur gaussien. Les variables al´eatoiresXetY sont-elles n´ecessairement ind´ependantes ?
Non. Soient X et Y deux variables al´eatoires ind´ependantes de mˆeme loi N(0,1). D’apr`es un r´esultat du cours(X, Y)est un vecteur gaussien et (X, X+Y)est aussi un vecteur gaussien puisque toute combinaison lin´eaire des composantes de(X, X+Y)est une combinaison lin´eaire de X etY donc une variable al´eatoire gaussienne. Cependant on a
Cov(X, X+Y) =Cov(X, X) +Cov(X, Y) =V[X] + 0 = 1 doncX et X+Y ne sont pas ind´ependantes.
3. Soit (Xn)n≥1 une suite de variables al´eatoires r´eelles d´efinies sur un mˆeme espace de probabilit´e (Ω,A,P). On suppose que pour tout n ≥1 la variable al´eatoire Xn est int´egrable et qu’il existe une variable al´eatoire r´eelle int´egrableX d´efinie sur (Ω,A,P) telle que la suite (E[Xn])n≥1converge versE[X]. A-t-on n´ecessairementXn
→L X?
Non. SoitU une variable al´eatoire d´efinie sur(Ω,A,P)de loi donn´ee par P(U = 1) =P(U =−1) = 1/2
doncE[U] = 0etV une variable al´eatoire d´efinie sur(Ω,A,P)de loi donn´ee par P(V = 2) =P(V =−2) = 1/2.
doncE[V] = 0. En posant pour toutn≥1 Xn=
U si nest pair V si nest impair
et X = U on se donne bien une suite (Xn)n≥1 de variables al´eatoires int´egrables telle que (E[Xn])n≥1 converge versE[X] et cependant on n’a pasXn →L X puisque pour tout entiern impair on a
ϕXn(t) =E[eitXn] =E[eitV] =1
2ei2t+1 2e−i2t
tandis que pour tout entiernpair on a
ϕXn(t) =ϕX(t) =E[eitU] = 1 2eit+1
2e−it et il existe donc des r´eelstpour lesquelsϕXn(t)ne converge pas.
4. Soit (Xn)n≥1 une suite de variables al´eatoires r´eelles d´efinies sur un mˆeme espace de probabilit´e (Ω,A,P). On suppose qu’il existe deux variables al´eatoires r´eelles Y et Z d´efinies sur (Ω,A,P) telles queXn →L Y etXn→L Z.
(a) Les variables al´eatoiresY etZ sont-elles n´ecessairement de mˆeme loi ?
Oui. En effet, puisque Xn →L Y et Xn →L Z, pour toute application f : R→ R continue born´ee on a
E[f(Xn)]→E[f(Y)] et E[f(Xn)]→E[f(Z)]
doncE[f(Y)] =E[f(Z)]du fait de l’unicit´e des limites des suites r´eelles convergentes, donc Y etZ sont de mˆeme loi.
(b) A-t-on n´ecessairementY =Z p.s.?
Non. SoitY une variable al´eatoire d´efinie sur(Ω,A,P)de loi donn´ee par P(Y = 1) =P(Y =−1) = 1/2
etZ d´efinie sur(Ω,A,P)parZ=−Y. ClairementZetY ont mˆeme loi et la suite(Xn)n≥1 donn´ee par Xn =Y pour tout entier n est bien telle que Xn
→L Y et Xn
→L Z sans que Y =Z pour autant.
Exercice 2. On dispose de n urnes U1, . . . , Un qui contiennent chacune trois boules. Toutes les boules sont blanches sauf une qui est noire, c’est-`a-dire qu’il y a un total de 3nboules dont 3n−1 sont blanches et une noire. On ne sait pas dans quelle urne se trouve la boule noire, qui peut ˆetre dans chaque urne avec mˆeme probabilit´e.
1. On tire sans remise deux boules de U1. Quelle est la probabilit´e qu’elles soient toutes les deux blanches ?
On note A l’´ev´enement les deux boules tir´ees sans remise dans U1 sont blanches et Nk
l’´ev´enement la boule noire est dans Uk. Les ´ev´enements N1 et N1c forment un syst`eme complet d’´ev´enements donc, d’apr`es la formule des probabilit´es totales, on a
P(A) = P(A|N1)P(N1) +P(A|N1c)P(N1c)
= 2
3×1 2 ×1
n+ 1×n−1 n
= 3n−2 3n .
2. Sachant que l’on a tir´e deux boules blanches deU1, quelle est la probabilit´e que U1 contienne la boule noire ?
D’apr`es la formule de Bayes
P(N1|A) = P(A|N1)P(N1) P(A)
= 1
3n−2.
3. Sachant que l’on a tir´e deux boules blanches deU1, quelle est la probabilit´e que U2 contienne la boule noire ?
Pour tous les entiersi, jtels que2≤i, j≤non aP(Ni|A) =P(Nj|A). CommePn
i=1P(Ni|A) = 1 on aP(N1|A) + (n−1)P(N2|A) = 1 donc
P(N2|A) = 1
n−1(1−P(N1|A))
= 3
3n−2.
Exercice 3. Soient X et Y deux variables al´eatoires r´eelles ind´ependantes, X ´etant de loi gaussienne N(0,1) etY v´erifiantP(Y = 1) =P(Y =−1) = 1/2. On poseZ=XY.
1. Montrer queZ est de loi gaussienneN(0,1).
On dispose du syst`eme complet d’´ev´enements{{Y =−1},{Y = 1}}. Donc, d’apr`es la formule des probabilit´es totales, pour toutz∈Ron a
P(Z ≤z) = P(Z≤z|Y = 1)P(Y = 1) +P(Z≤z|Y =−1)P(Y =−1)
= P(X≤z|Y = 1)P(Y = 1) +P(−X ≤z|Y =−1)P(Y =−1)
= P(X≤z)P(Y = 1) +P(−X ≤z)P(Y =−1) (1)
= P(X≤z)P(Y = 1) +P(X≤z)P(Y =−1) (2)
= P(X≤z)
o`u (1) est vraie car X et Y sont ind´ependantes et (2) est vraie car X et −X ont mˆeme loi.
AinsiZ etX ont mˆeme fonction de r´epartition donc mˆeme loi.
2. Calculer la covariance deX et Z.
On aCov(X, Z) =E[XZ]−E[X]E[Z] =E[X2Y]−0×0 =E[X2]E[Y] = 0.
3. Les variables al´eatoiresX etZ sont-elles ind´ependantes ?
Clairement {X ∈ [1,2]} ∩ {Z ∈ [3,4]} = ∅ donc P(X ∈ [1,2], Z ∈ [3,4]) = 0. Or, X et Z ´etant toutes deux de loi N(0,1) on a P(X ∈ [1,2]) > 0 et P(Z ∈ [3,4]) > 0 donc P(X∈[1,2], Z ∈[3,4])6=P(X∈[1,2])P(Z∈[3,4]),X etZ ne sont pas ind´ependantes.
4. Est-ce que le couple (X, Z) est un couple gaussien ?
CommeCov(X, Z) = 0, s’il se trouvait que(X, Z)est un couple gaussien, les variables al´eatoires X et Z seraient ind´ependantes. On a vu `a la question pr´ec´edente que X et Z ne sont pas ind´ependantes donc(X, Z)n’est pas un couple gaussien.
Exercice 4.Soit (Xn)n≥1une suite de variables al´eatoires r´eelles ind´ependantes et de mˆeme loi gaussienne N(0,1). On associe `a cette suite les deux suites ( ¯Xn)n≥1et (S2n)n≥1 d´efinies par
X¯n= 1 n
n
X
i=1
Xi et S2n= 1 n
n
X
i=1
(Xi−X¯n)2. 1. Pour tout entiern≥1 calculerE[ ¯Xn] etE[Sn2].
Pour tout entier n≥1on a
E[ ¯Xn] = E[1 n
n
X
i=1
Xi]
= 1
n
n
X
i=1
E[Xi]
= 0.
Pour tout entier i= 1, . . . , n on a (Xi−X¯n)2 = (Xi−1
n
n
X
j=1
Xj)2
= Xi2−2 n
n
X
j=1
XiXj+ 1 n2
n
X
j=1
Xj
2
= Xi2−2
nXi2−2 n
n
X
j=1 j6=i
XiXj+ 1 n2
n
X
j=1
Xj2+ 2 n2
n
X
k,j=1 k6=j
XkXj
donc
E[(Xi−X¯n)2] = E[Xi2]− 2
nE[Xi2]−2 n
n
X
j=1 j6=i
E[XiXj] + 1 n2
n
X
j=1
E[Xj2] + 2 n2
n
X
k,j=1 k6=j
E[XkXj]
= 1− 2
n−0 + 1 n2n+ 0
= n−1 n
puisqueE[Xi2] =V[Xi] = 1et, les variablesX1, . . . , Xn´etant ind´ependantes, d`es queu6=von a E[XuXv] =E[Xu]E[Xv] = 0. On a donc
E[Sn2] = 1 n
n
X
i=1
E[(Xi−X¯n)2] = 1 nnn−1
n = n−1 n .
2. Montrer que la suite ( ¯Xn)n≥1 converge presque-sˆurement vers une limite que l’on d´eterminera.
La suite(Xn)n≥1´etant une suite de variables al´eatoires ind´ependantes, de mˆeme loi, int´egrables on a d’apr`es la loi forte des grands nombres que
1 n
n
X
i=1
Xi→E[X1] = 0 p.s.
3. Montrer que la suite (Sn2)n≥1 converge presque-sˆurement vers une limite que l’on d´eterminera.
Pour tout entier non a
Sn2 = 1 n
n
X
i=1
(Xi−X¯n)2
= 1
n
n
X
i=1
Xi2−2XiX¯n+ ( ¯Xn)2
= 1
n
n
X
i=1
Xi2−2 ¯Xn 1 n
n
X
i=1
Xi
! + 1
n
n
X
i=1
( ¯Xn)2
= 1
n
n
X
i=1
Xi2−2( ¯Xn)2+ ( ¯Xn)2
= 1
n
n
X
i=1
Xi2−( ¯Xn)2.
Or, la suite (Xn2)n≥1 ´etant une suite de variables al´eatoires ind´ependantes de mˆeme loi et int´egrables, on a d’apr`es la loi forte des grands nombres que
1 n
n
X
i=1
Xi2→E[X12] = 1 p.s.
et commeX¯n →0 p.s.on aSn2 →1 p.s..
4. On demande `a un ´etudiant d’illustrer la convergence de la question pr´ec´edente `a l’aide d’un petit script enR. Voici ce qu’il propose
1 n < - 1 0 0 0
2 x < - r n o r m ( n )
3 m < - m e a n ( x )
4 y < - ( 1 / ( 1 : n ))* c u m s u m (( x - m ) ^ 2 )
5 p l o t (1: n , y , t y p e = ’ l ’) et voici ce qu’il obtient en sortie
Pensez-vous que le code propos´e r´epond correctement `a la demande qui lui a ´et´e faite ? Justifier votre r´eponse.
On commente chacune des lignes du code :
1. cette ligne fixe le nombre de tirages au sort qui vont ˆetre effectu´es ;
2. cette ligne commande le tirage de n variables al´eatoires ind´ependantes de loi N(0,1) que l’on va noter par la suiteX1, . . . , Xn et stocke les valeurs obtenues dans x;
3. cette ligne commande le calcul deX¯n.
4. cette ligne commande le calcul pour chaque valeur dekentre 1 etnde la quantit´e 1
k
k
X
i=1
(Xi−X¯n)2
et stocke ces valeurs dans un vecteur not´e y alors que pour illustrer la convergence de la question pr´ec´edente il aurait fallu calculer
Sk2= 1 k
k
X
i=1
(Xi−X¯k)2= 1 k
k
X
i=1
Xi2−( ¯Xk)2 pour chaque valeur dek entre 1 etn.
5. cette ligne commande le trac´e du graphek7→y[k]pour des valeurs dekallant de 1 `an.
Mˆeme si les graphes en sortie sont tr`es ressemblants, il aurait plutˆot dˆu proposer par exemple
1 n < - 1 0 0 0
2 x < - r n o r m ( n )
3 m < - ( 1 / ( 1 : n ))* c u m s u m ( x )
4 y < - ( 1 / ( 1 : n ))* c u m s u m ( x ^2) - m ^2
5 p l o t (1: n , y , t y p e = ’ l ’)
Exercice 5. Soient α1, α2 et β trois nombres r´eels strictement positifs. Soient U et V deux variables al´eatoires ind´ependantes. On suppose que U est de loi Γ(α1+α2, β) et que V est de loi B(α1, α2). On rappelle que la densit´e de la loi Γ(a, b) (a, b >0) est donn´ee par
f(x) = ba
Γ(a)xa−1e−bx1]0,∞[(x)
et que la densit´e de la loiB(a, b) (a, b >0) est donn´ee par g(x) = Γ(a+b)
Γ(a)Γ(b)xa−1(1−x)b−11]0,1[(x).
1. Calculer la loi du couple (X, Y) o`uX =U V et Y =U(1−V).
Soit ϕ : R×R → R une application continue born´ee. Les variables al´eatoires U et V ´etant ind´ependantes on a
E[ϕ(U V, U(1−V))]
= Z
]0,∞[×]0,1[
ϕ(uv, u(1−v)) βα1+α2
Γ(α1+α2)uα1+α2−1e−βuΓ(α1+α2)
Γ(α1)Γ(α2)vα1−1(1−v)α2−1du dv
= Z
]0,∞[×]0,1[
ϕ(uv, u(1−v)) βα1
Γ(α1)(uv)α1−1e−βuv βα2
Γ(α2)(u(1−v))α2−1e−βu(1−v)u du dv.
On va utiliser la formule du changement de variable en reprenant les notations du cours. L’ap- plication
g: G=]0,∞[×]0,1[ → H =]0,∞[×]0,∞[
(u, v) 7→ (x, y) = (uv, u(1−v)) est une bijection de classe C1 de r´eciproque
g−1: H =]0,∞[×]0,∞[ → G=]0,∞[×]0,1[
(x, y) 7→ (u, v) = (x+y,x+yx ).
Il faut faire attention `a prendre le bon ensemble H! Le jacobien degest donn´e par
Jg(x, y) =
v u
1−v −u
=−u, donc|Jg(x, y)|=u.
Le jacobien de g ne s’annule jamais surG. Il d´ecoule de la formule du changement de variable que
E[ϕ(U V, U(1−V))] = Z
]0,∞[×]0,∞[
ϕ(x, y) βα1
Γ(α1)xα1−1e−βx βα2
Γ(α2)yα2−1e−βy dx dy.
donc la densit´e du couple(X, Y) = (U V, U(1−V))est donn´ee par hX,Y : (x, y)7→ βα1
Γ(α1)xα1−1e−βx1]0,∞[(x)× βα2
Γ(α2)yα2−1e−βy1]0,∞[(y). (3) 2. Calculer les lois deX etY.
La densit´e marginale deX est donn´ee par
hX(x) = Z
R
hX,Y(x, y)dy
= Z
R
βα1
Γ(α1)xα1−1e−βx1]0,∞[(x)× βα2
Γ(α2)yα2−1e−βy1]0,∞[(x)dy
= βα1
Γ(α1)xα1−1e−βx1]0,∞[(x) Z
]0,∞[
βα2
Γ(α2)yα2−1e−βy dy
= βα1
Γ(α1)xα1−1e−βx1]0,∞[(x)
puisque dans l’int´egrale ci-dessus on a reconnu l’int´egrale de la densit´e de la loi Γ(α2, β). La variable al´eatoire X est donc de loiΓ(α1, β). Un calcul en tout point identique montre que la variable al´eatoireY est de loiΓ(α2, β).
3. Les variables al´eatoiresX etY sont-elles ind´ependantes ?
On observe dans (3) que le produit des densit´es deXetY est une densit´e pour le couple(X, Y): les variables al´eatoiresX et Y sont ind´ependantes.