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Texte intégral

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Logique et Théorie Axiomatiques

(mise à jour le 10 décembre 2014)

J.L. Krivine

(2)

Ce document est issu d’un polycopié de licence (actuelle L3) de l’université Paris 7 écrit dans les années 1970 par Jean-Louis Krivine, et distribué sous sa forme originale jusqu’à très récemment. Il en reprend la première partie, consacrée à la théorie des ensembles, avec quelques (très peu) de modifica- tions de l’auteur.

Raphaël Giromini en a produit une première version au format LATEX en août 2004, version complé- tée et corrigée par Jean-Louis Krivine, Yves Legrandgérard et Paul Rozière.

N’hésitez pas à envoyer les corrections de coquilles ou autres erreurs que vous pourriez repérer à [email protected] à l’[email protected].

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Table des matières

I Éléments de Théorie des Ensembles. 5

1 Ensembles, relations, fonctions. 7

1.1 Axiomes de Zermelo . . . 7

1.2 Quelques notions élémentaires. . . 9

1.2.1 Couple ordonné. . . 9

1.2.2 Ensemble produit. . . 9

1.2.3 Relations binaires. . . 9

1.2.4 Fonctions. . . 10

1.2.5 Applications composées. . . 10

1.2.6 Familles d’ensembles. . . 11

2 Entiers Naturels. 13 2.1 Définition des entiers naturels. . . 13

2.2 Relation d’ordre sur les entiers. . . 14

2.3 Fonction sur les entiers. . . 15

2.3.1 L’addition des entiers. . . 16

2.3.2 Le produit de deux entiers. . . 17

2.3.3 Exponentiation.. . . 18

3 Ensembles finis et dénombrables. 19 3.1 Ensembles finis. . . 19

3.2 Équipotence . . . 20

3.3 Ensembles dénombrables.. . . 20

4 Comparaison des ensembles infinis 23 4.1 Axiome du choix. . . 23

4.2 Ensembles non dénombrables. . . 24

5 Le théorème de Zorn. 29 5.1 Théorème de Zorn. . . 29

5.2 Applications du théorème de Zorn. . . 31

3

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Première partie

Éléments de Théorie des Ensembles.

En mathématique, toutes les notions, ou presque, sont définies à partir de la notion d’en- semble. On ne peut donc pas espérer définir ce qu’est un ensemble. Néanmoins, on voudrait pouvoir utiliser les ensembles et faire des démonstrations avec eux sans avoir de doute sur la rigueur. Pour cela, on va se baser sur l’idée intuitive que chacun possède plus ou moins, sur les ensembles, en la précisant quelque peu.

On peut admettre sans difficulté que certaines choses méritent d’être appelées « ensemble » et certaines non : si la notion d’ensemble recouvrait n’importe quoi, ce n’aurait pas été la peine de lui donner un nom. Les ensembles décrivent donc un certain domaine que nous nous pro- posons d’étudier.

5

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(7)

Chapitre 1

Ensembles, relations, fonctions.

1.1 Axiomes de Zermelo

Il y a deux relations fondamentales entre les ensembles : l’égalité et l’appartenance. Nous ne les définissons pas : on considère que chacun sait ce que veut dire « les ensemblesa,bsont égaux (ou identiques) » (ce qu’on écrita=bbien entendu) et « l’ensemble aappartient à l’ensembleb», (ce qu’on écritab, on dit aussi «aest un élément deb»). Toutes les autres relations seront, elles, définies à partir de ces deux-là.

Par exemple, on dira que « l’ensembleaest une partie (ou un sous-ensemble) de l’ensembleb» ou encore que «aest contenu dansb» si chaque élément deaest aussi élément deb. La notation estab.

Nous allons, dans ce qui suit, énoncer certaines propriétés des ensembles, sous forme de règles : comme on ne peut pas définir les ensembles, on se contente de dire ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire avec eux. Ces règles constituent donc le « mode d’emploi » de la notion d’ensemble. On les appelle « axiomes de la théorie des ensembles » ou « axiomes de Zermelo ». A part le premier, tous ces axiomes ont l’allure générale suivante : certains ensembles étant donnés, il existe un ensemble ayant telle et telle propriété vis-à-vis des ensembles donnés. Traditionnellement, ils portent les noms sui- vants :axiome d’extensionnalité,axiome de compréhension(ouséparation),axiome de la paire,axiome de la réunion,axiome de l’ensemble des parties,axiome de l’infini,axiome du choix.

Ils expriment des propriétés plus ou moins évidentes de la notion d’ensemble, ce qui fait qu’à pre- mière vue on ne voit pas, au moins pour plusieurs d’entre eux, l’intérêt qu’il y a à les énoncer. L’intérêt existe néanmoins, pour la raison suivante : les axiomes de Zermelo expriment, de façonexhaustive, les propriétés des ensembles. Ce qui fait que chaque fois que l’on aura un doute sur la validité de la construction de tel ou tel ensemble, c’est aux axiomes qu’il faudra se référer pour voir s’ils permettent de faire cette construction. Or, en mathématiques, en toute rigueur, il faudrait avoir un doute à chaque pas en avant qu’on se propose de faire . . .

AXIOME1 (AXIOME DEXTENSIONNALITÉ)

Pour que l’ensemble a soit égal à l’ensemble b, il faut et il suffit que tout élément de a soit élément de b et inversement. Autrement dit,

a=b⇔(a⊂betba) AXIOME2 (AXIOME DE SÉPARATION(OU DE COMPRÉHENSION))

Étant donné un ensemble a et une propriété P(x)(portant sur un ensemble variable x) il existe un en- semble b dont les éléments sont ceux, parmi les éléments de a, qui ont la propriété P(x).

Notons que d’après l’axiome d’extensionnalité, un tel ensemblebest déterminé de façon unique.

Remarque. On a pensé à énoncer l’axiome suivant : étant donné une propriétéP(x), il existe un en- semblebdont les éléments sont les ensembles qui ont la propriétéP(x).

Mais cela mène à une contradiction quand on prend comme propriétéP(x) :x6∈x(autrement dit la 7

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propriété pour un ensemble de ne pas s’appartenir à lui-même). En effet, l’énoncer précédent donne alors un ensemblebtel que pour tout ensemblexon aitxbx6∈x. En particulier, pourx=bon obtientbbb6∈bce qui est évidemment faux.

Cette remarque a été faite par B. Russell (d’où son nom : le paradoxe de Russell) et a imposé l’axiome de compréhension tel que nous l’avons énoncé.

Ensembles et propriétés. L’ensemble des éléments de l’ensembleaqui ont la propriétéP(x) est noté : {x∈a;P(x)}

Il existe un ensemble et un seul qui n’a aucun élément, on le note;et on l’appelle « ensemble vide ». Pour montrer son existence, on prend n’importe quel ensembleaet on considère {x∈a;x6=x} ; cet ensemble n’a aucun élément. L’unicité est due à l’axiome d’extensionnalité.

Il n’existe aucun ensemble qui ait tous les ensembles comme éléments : en effet, sia est un tel ensemble, on poseb={x∈a;x6∈x}. Alors pour tout ensemblex, on axbx6∈x, d’où une contra- diction comme pour le paradoxe de Russell.

AXIOME3 (AXIOME DE LA PAIRE)

a, b étant des ensembles, il existe un ensemble qui a comme éléments a, b et eux seulement.

D’après l’axiome d’extensionnalité, il existe un seul ensemble ayant cette propriété, on le note {a,b}.

En particulier, lorsquea=b, on voit qu’il existe un ensemble dontaest le seul élément. On le note {a}.

AXIOME4 (AXIOME DE LA RÉUNION)

Étant donné un ensemble a, il existe un ensemble b dont les éléments sont les ensembles qui appar- tiennent à un élément de a.

Cet ensembleb(unique d’après l’axiome d’extensionnalité) est appelé « réunion des éléments dea» et noté [

x∈a

x.

Étant donné deux ensemblesa,b, on appelle réunion deaetb(et on noteab) la réunion des éléments de l’ensemble {a,b}. Pour tout ensemblex, on a donc

xab⇔(x∈aouxb) . A l’aide de l’axiome d’extensionnalité, on voit aisément que

ab=ba;a∪(b∪c)=(a∪b)c.

Ce dernier ensemble est notéabcet est appelé réunion des ensemblea,b,c. On définit de même la réunion de quatre ensemblea,b,c,d, etc.

Étant donné trois ensemblea,b,c, il existe un ensemble qui a comme élémentsa,b,cet eux seule- ment : c’est {a}∪{b}∪{c}. On le note {a,b,c}. On définit de même l’ensemble {a,b,c,d}, etc.

Étant donné deux ensemblesa,b, on appelle intersection deaetb(et on noteab) l’ensemble {x∈a;xb} (défini grâce à l’axiome de compréhension). On a donc pour tout ensemblex,

xabxaetxb. On voit immédiatement, à l’aide de l’axiome d’extensionnalité que

ab=ba;a∩(b∩c)=(a∩b)c.

Ce dernier ensemble est notéabcet appelé intersection des ensemblea,b,c. On défini de même l’intersection de quatre ensemblea,b,c,d, etc. Toujours à l’aide de l’axiome d’extensionnalité, on voit que

a∪(b∩c)=(a∪b)∩(a∪c) et a∩(b∪c)=(a∩b)∪(a∩c) .

Étant donné un ensembleAet une partieXdeA, l’ensemble {xA;x6∈X} (défini grâce à l’axiome de compréhension) est appelé complémentaire deX par rapport àAet notéÙAX (ou encoreAX). On voit aisément, à l’aide de l’axiome d’extensionnalité que siX,Y ⊂A, on a

ÙA(X∪Y)= ÙAX∩ ÙAY et ÙA(X∩Y)= ÙAX∪ ÙAY .

(9)

1.2. QUELQUES NOTIONS ÉLÉMENTAIRES. 9 AXIOME5 (AXIOME DE LENSEMBLE DES PARTIES)

Pour tout ensemble a, il existe un ensemble b dont les éléments sont les sous-ensembles de a.

Cet ensembleb(unique d’après l’axiome d’extensionnalité) est appelé ensemble des parties deaet notéP(A).

Nous énoncerons plus tard les deux derniers axiomes de la théorie des ensembles : l’axiome de l’infini et l’axiome du choix.

1.2 Quelques notions élémentaires.

1.2.1 Couple ordonné.

Étant donné deux ensemblesa,b, on appelle « couple ordonné dont le premier élément estaet le secondb», l’ensemble {{a}, {a,b}}. On le note (a,b).

THÉORÈME1.2.1

Si(a,b)=(a0,b0), alors a=a0et b=b0.

On a en effet {{a}, {a,b}}={{a0}, {a0,b0}} et il y a donc deux possibilités : 1. {a}={a0} et {a,b}={a0,b0} ; d’oùa=a0etb=b0.

2. {a}={a0,b0} eta0={a,b} ; d’oùa0=b0=aeta=b=b0, donca=a0=b=b0.

C.Q.F.D. Étant donné trois ensemblesa,b,c, on appelle « triplet ordonné dont le premier élément esta, le second bet le troisièmec» l’ensemble (a, (b,c)). On le note (a,b,c).

THÉORÈME1.2.2

Si(a,b,c)=(a0,b0,c0)alors a=a0, b=b0et c=c0.

En effet on a (a, (b,c))=(a0, (b0,c)) donca=a0et (b,c)=(b0,c0) d’après le théorème précédent. D’où

b=b0etc=c0. C.Q.F.D.

On définit de même le quadruplet ordonné (a,b,c,d) en posant (a,b,c,d)=(a, (b,c,d)). Donc si (a,b,c,d)= (a0,b0,c0,d0) alorsa=a0,b=b0,c=c0etd=d0. Et ainsi de suite.

1.2.2 Ensemble produit.

Étant donné deux ensembles A,B , il existe un ensemble P donc les éléments sont les couples ordonnés (x,y)avec xA et yB .

En effet, sixA,yB, alors {x}, {x,y} appartiennent àP(A∪B). Donc {{x}, {x,y}}⊂P(A∪B) et donc {{x}, {x,y}}∈P(P(A∪B)). On définit alorsPà l’aide de l’axiome de compréhension, en posant

P={z∈P(P(A∪B))} ;zest un couple (x,y) avecxA,yB}

et il est clair quePest l’ensemble cherché. Cet ensemblePest appelé produit deAetB, et notéA×B.

Étant donné trois ensembleA,B,C, l’ensemble des triplets (x,y,z) avecxA,yB etzC est l’ensembleA×(B×C). On le noteA×B×Cet on l’appelle produit des ensemblesA,B,C.

1.2.3 Relations binaires.

Une relation binaireRsur un ensembleEest, par définition, un sous-ensemble deE2, c’est-à-dire un ensemble de couples (x,y) avecx,yE.

Rest dite réflexive si (x,x)∈Rpour toutxR.

Rest dite symétrique si (x,y)R⇒(y,x)RRest dite antisymétrique si £

(x,y)Ret (y,x)∈R¤

x=y.

(10)

Rest dite transitive si £

(x,y)∈Ret (y,z)R¤

⇒(x,z)∈R.

Rest dite totale si x,yE⇒£

(x,y)∈Rou (y,x)R¤ .

SiRest une relation binaire surE, réflexive, antisymétrique et transitive, on dit queRest une relation d’ordre surE. Si, de plus,Rest totale, on dit queRest une relation d’ordre total surE.

SiRest une relation binaire sur E, réflexive, symétrique et transitive, on dit queRest une relation d’équi- valence surE.

SiaE, l’ensemble {x∈E; (x,a)R} est appelé classe d’équivalence dea (modR).

Notons ¯ala classe d’équivalence dea. Il existe un ensembleE0qui a comme éléments les classes d’équi- valence des éléments deE.

En effet, siaE, alors ¯aE, donc ¯a∈P(E). Donc, si on pose

E0={X∈P(E) ; il existeaEtel queX=a}¯

(E0 est défini grâce à l’axiome de compréhension)E0 est l’ensemble cherché. On l’appelle ensemble quotient deEpar la relation d’équivalenceR, et on le noteE/R.

On appelle « partition deE» un sous-ensemblePdeP(E) tel que : – XPX6= ;

X,Y ∈PetX6=YXY = ; – S

X∈PX=E

Alors,E/Rest une partition deE, comme on le voit immédiatement. Inversement, siPest une partition deE, on lui associe une relation d’équivalenceRsurEdéfinie par :

(x,y)R⇔il existe un élémentXdePtel quex,yX

Les relations d’équivalence sur l’ensembleEcorrespondent donc canoniquement aux partitions deE.

1.2.4 Fonctions.

Une application de l’ensembleAdans l’ensembleB(ou encore une fonction définie sur l’ensemble Aà valeurs dansB), est par définition, un sous ensemblef deA×Bqui a la propriété suivante : pour tout élémentxA, il existe un élémentyBet un seul tel que (x,y)∈f. On écrit alorsy=f(x) au lieu de (x,y)∈f. On écritf :ABpour «f est une application deAdansB».

Il existe un ensembleC dont les éléments sont les applications deAdansB. En effet, si f est une application deAdansB, alorsfA×B, doncf ∈P(A×B). On peut donc (au moyen de l’axiome de compréhension) définir l’ensemble

C={f ∈P(A×B) ; f est une application deAdansB}

qui est l’ensemble cherché. L’ensemble des applications deAdansBest notéBA.

Par exemple, siA= ;,BA={;} (;est une fonction de domaine;et c’est la seule). SiB= ;etA6= ; on aBA= ;(il n’y a aucune fonction de domaineA6= ;à valeur dans;).

Une applicationf :ABest dite :

– injective six,x0A,x6=x0f(x)6=f(x0)

– surjective si pour toutyB, il existexAtel quey=f(x)

– bijective (ou biunivoque deAsurB) si elle est à la fois injective et surjective.

Si f est une application biunivoque de AsurB, l’ensemble des couples (y,x) avecxA,yB et (x,y)∈f est alors une application deBsurAqu’on notef−1et qu’on appelle application inverse (ou réciproque) def.

1.2.5 Applications composées.

Soitf :ABetg:BC. Désignons parϕl’ensemble des couples (x,z) avecxA,zC, tels qu’il existeyBavec (x,y)f et (y,z)g. Il est facile de montrer queϕest alors une application deAdans C. On l’appelle « application composée de f et deg » et on la notegf. Pour toutxA, on a donc gf(x)=g(f(x)).

(11)

1.2. QUELQUES NOTIONS ÉLÉMENTAIRES. 11 Soientf :AB,g:BC,h:CDon a alors

h◦(g◦f)=(h◦g)◦f . En effet, on a :

(x,t)h◦(g◦f)⇔il existezCtel que (x,z)gf et (z,t)h.

⇔il existezCetyBtels que (x,y)∈f, (y,z)∈get (z,t)h.

⇔il existeyBtel que (x,y)f et (y,t)∈hg.

⇔(x,t)∈(h◦g)f. C.Q.F.D.

Soitf une application deAdansB; on lui associe deux applications : ˙f :P(A)→P(B) etf−1:P(B)→ P(A) (à ne pas confondre, malgré la notation identique, avec l’application réciproque de f, qui n’est définie que lorsquef est biunivoque). Elles sont définies de la façon suivante :

– siX∈P(A), ˙f(X)={y∈Bil existexXtel quey=f(x)}

– siY ∈P(B), f−1(Y)={x∈A;f(x)∈Y}

f˙(X) est appelé l’image deX par la fonctionf etf−1(Y) l’image réciproque deY par la fonctionf. En particulier, ˙f(A) est appelé l’image de la fonctionf.

SoientX,X0AetY,Y0B, on a les propriétés suivantes :

f˙(X∪X0) = f˙(X)∪f˙(X0) f−1(Y∪Y0) = f−1(Y)∪f−1(Y0) f˙(X∩X0) ⊂ f˙(X)∩f˙(X0) f1(Y∩Y0) = f1(Y)∩f1(Y0)

f1BY) = ÙAf1(Y)

1.2.6 Familles d’ensembles.

Étant donné un ensembleI, une fonction de domaineI (à valeur dans un ensemble quelconque A) est aussi appeléefamille d’ensembles indexée par I. On la note alors (ai)iI;Iest appelé l’ensemble d’indices de la familleI.

On appelle réunion de la famille (ai)iI (et on la noteS

iIai) la réunion d’éléments de l’image de la fonctionf (on utilise ici l’axiome de la réunion).

En particulier, siI= ;, on a f = ;. L’image def est donc;et donc aussi la réunion des éléments de l’image def. Donc il n’y a qu’une seule famille dont l’ensemble d’indices est vide (on l’appelle la famille vide). Sa réunion est;.

Supposons maintenantI6= ;. Alors il existe un ensembleC dont les éléments sont les ensembles qui appartiennent à tous les éléments de l’image def. En effet, puisqueI6= ;, on prendi0I. Un ensemble qui appartient à tous lesaiappartient en particulier àai0.

On peut donc définirCen posant

C={x∈ai0;xappartient à tous les éléménts de l’image def} (on utilise ici l’axiome de compréhension).

Cet ensembleCest appelé « intersection de la famille (ai)iI» et noté\

iI

ai. Notons que cette intersec- tion n’est définie que pour une famille non vide.

Étant donné une famille d’ensemble (ai)i∈I, il existe un ensembleCdont les éléments sont les fonctions ϕde domaineItelle queϕ(i)∈aipour toutiI.

En effet, une telle fonctionϕest une application deIdans[

iI

aidonc un éléments de ([

iI

ai)I. On peut donc poser, en utilisant l’axiome de compréhension :

C={ϕ∈([

i∈I

ai)I;ϕ(i)∈aipour toutiI} .

Cet ensemble est appelé « produit de la famille (ai)iI» et notéY

i∈I

ai.

(12)
(13)

Chapitre 2

Entiers Naturels.

2.1 Définition des entiers naturels.

On commence par définir chacun des entiers naturels 0, 1, 2, . . . L’idée de la définition est la sui- vante : l’entier 5, par exemple, doit être un ensemble qui a cinq éléments. Si on a déjà défini 0, 1, 2, 3, 4, il est alors naturel de poser 5={0, 1, 2, 3, 4}.

On définit donc successivement :

0= ;; 1={0} ; 2={0, 1} ; 3={0, 1, 2} ; . . . On a donc :

1={;} ; 2={;, {;}} ; 3={{;, {;}, {;, {;}}} ; . . .

L’opération qui permet de passer d’un entier au suivant est une opération très simple sur les en- sembles : celle qui, à l’ensemblex, associe l’ensemblex∪{x} (c’est-à-dire l’ensemble dont les éléments sontxet les éléments dex). En effet on a, par exemple, 12={0, 1, 2, . . . , 11} et 13={0, 1, 2, . . . , 11, 12} donc 13=12∪{12}.

Dans la suite de ce chapitre on utilisera la notationx+pour désigner l’ensemblex∪{x}.

On se propose de définir l’ensemble des entiers. Cet ensembleAdoit avoir les propriétés suivantes :

½ ; ∈A

sixAalorsx+A. (∗)

On ne peut pas déduire des axiomes déjà énoncés l’existence d’un ensembleAayant les propriétés (∗). On énonce donc un nouvel axiome :

AXIOME6 (AXIOME DE LINFINI)

Il existe un ensemble A tel que; ∈A et si xA alors x∪{x}∈A.

On montre alors le théorème suivant : THÉORÈME2.1.1

Il existe un ensemble et un seul qui a les propriétés(∗)et qui est contenu dans tout ensemble A qui a les propriétés(∗).

On considère un ensembleAqui a les propriétés (∗), il en existe un d’après l’axiome de l’infini. SoitB l’intersection de tous les sous-ensembles deAqui ont les propriétés (∗). Il est immédiat queBa encore les propriétés (∗).

SoitCun ensemble quelconque ayant les propriétés (∗) ; alorsCAa encore cette propriété et c’est un sous-ensemble deA; doncBCA, par définition deB. Par suiteBC, ce qui montre queBest l’ensemble cherché.

SiB0a la propriété (∗) et est inclus dans tout ensemble ayant la propriété (∗), alorsB0BetBB0

doncB=B0. C.Q.F.D.

13

(14)

L’ensemble défini par le théorème précédent est appelé ensemble des entiers naturels et désigné par N. Par définition un entier naturel est donc un élément deN, autrement dit un ensemble qui appartient à tout ensemble ayant la propriété (∗).

2.2 Relation d’ordre sur les entiers.

Il s’agit maintenant de démontrer pour l’ensembleNainsi défini, les propriétés que l’on sait intui- tivement être vraies pour l’ensemble des entiers naturels. Pour cela on va définir surNune relation d’ordre et montrer qu’elle a les propriétés suivantes :

1. Nest totalement ordonné et a pour plus petit élément 0.

2. Tout élémentndeNa un successeurn+=n∪{n} (autrement dit l’ensemble des majorants stricts dena un plus petit élément qui estn+).

3. Tout élémentn6=0 deNa un prédécesseur (c’est-à-dire un entiermtel quem+=n).

4. Si une propriétéP(x) est vraie pour 0, et siP(n)⇒P(n+) pour toutn∈N, alorsP(n) est vraie pour toutn∈N.

On montre d’abord la propriété (4) : SoitAl’ensemble des entiers qui ont la propriétéP(x) (A={x∈ N:P(x)} est défini à l’aide de l’axiome de compréhension). Alors 0∈Aet sixAalorsx+A. DoncAa les propriétés (∗) et (par définition deN) on aN⊂A. Tout entier a donc la propriétéP(x). La propriété (4) s’appelle leprincipe d’induction; on va l’utiliser constamment dans toutes les démonstrations sur N.

Montrons maintenant la propriété (3). SoientB={n∈N; il existem∈Ntel quem+=n} etA= B∪{0}. Alors 0∈A, sixAon a évidementx+B, doncx+A. DoncAa les propriétés (∗) et par suite N⊂A; cela veut dire que tout entier non nul a un prédécesseur.

LEMME2.2.1

Si n∈Net mn alors m∈N(tous les éléments d’un entier sont des entiers).

On le montre par induction surn. La propriété est vraie sin=0 (nn’a pas d’élément). Supposons-la vraie pourn. Simn+commen+=n∪{n} on a ou bienmndoncmest entier (hypothèse d’induc-

tion), ou bienm=netmest encore entier. C.Q.F.D.

LEMME2.2.2

Si n est entier et si mn, alors mn.

Par induction surn. C’est évident sin=0. On suppose que c’est vraie pournet soitmn∪{n}. Alors ou bienmndoncmn(hypothèse d’induction) doncmn∪{n} ; ou bienm=n, doncmn∪{n}.

C.Q.F.D. LEMME2.2.3 Si n est entier, n6∈n.

C’est évident sin=0 (nn’a pas d’élément). Supposons quen6∈net quen∪{n}∈n∪{n}. On a alors ou bienn∪{n}=n ou bienn∪{n}∈n. Dans le premier cas on ann (carnn∪{n}) ce qui contredit l’hypothèse. Dans le second, on an∪{n}⊂n(lemme2.2.2). Ornn∪{n}, doncnncontrairement à

l’hypothèse. C.Q.F.D.

LEMME2.2.4

Si m, n sont entiers et mn alors m=n ou bien mn.

On le montre par induction surn: la propriétéP(n) est alors « pour tout entierm, simnalorsm=n oumn».

C’est évident sin=0 (carmnm=0). Supposons que l’on aitP(n) et soitmn∪{n} ; sin6∈m alorsmnet donc (hypothèse d’induction)m=noumn; dans ce casmn∪{n}. Sinmon a nm(lemme2.2.2) et {n}⊂m(car cela équivaut ànm). Doncn∪{n}⊂met comme par hypothèse

on a l’inclusion inverse,m=n∪{n}. C.Q.F.D.

(15)

2.3. FONCTION SUR LES ENTIERS. 15 LEMME2.2.5

Si m est un entier non nul, alors0∈m.

On montre par induction surmquem=0 ou 0∈m. C’est évident sim=0, si c’est vrai pourmon a nécessairement 0∈m∪{m} : car ou bienm=0 et on sait quemm∪{m} ou bienm6=0 donc 0∈m

(hypothèse d’induction) et 0∈m∪{m}. C.Q.F.D.

LEMME2.2.6

Si m, n sont entiers, alors un et un seul de trois cas suivants est réalisé : nm, n=m ou mn.

Montrons d’abord l’unicité : sinmetn=mon ammce qui est impossible (lemme2.2.3) ; sinm etmnon anm(lemme2.2.2) et commemn, on ammce qui est impossible.

On montre alors, par induction surn, la propriétéP(n) : « pour tout entierm,mn,m=n ou nm. »

Sin=0 c’est vrai d’après le lemme2.2.4.

SupposonsP(n) et considéronsn∪{n} et un entier quelconquem. Par hypothèse on a doncmn, m=nounm.

– Simnoum=nalorsmn∪{n}.

– Sinmon anm(lemme2.2.2) et {n}⊂mdoncn∪{n}⊂m. Par suite (lemme2.2.4)n∪{n}=m oun∪{n}∈m.

C.Q.F.D. On définit alors une relation d’ordre surNen posantmÉnsi et seulement simn. D’après le lemme 2.2.4, on am<nsi et seulement simn. D’après le lemme2.2.6cette relation d’ordre est totale. D’après le lemme2.2.5, elle a 0 pour plus petit élément (propriété (1)).

Sim,nsont entiers on am<nmnetmÉnmn, doncm<n⇔(m∈netmn), c’est-à- direm<nm∪{m}⊂n, et doncm<nm∪{m}Én. L’ensemble des majorants stricts dema donc un plus petit élément qui estm∪{m}. On a ainsi terminé la démonstration des propriétés (1), (2), (3) et

(4). C.Q.F.D.

Dans toute la suite, nous ne nous servirons plus explicitement de la définition deN, mais seulement du fait queNsatisfait les propriétés (1), (2), (3) et (4).

THÉORÈME2.2.7

Si m,n∈Net m+=n+, alors m=n.

En effet, sim6=n, on a par exemplem<n. Doncm+Én(par définition du successeur). Commen<n+,

on am+<n+ce qui contredit l’hypothèse. C.Q.F.D.

THÉORÈME2.2.8

Tout ensemble d’entier qui est non vide a un plus petit élément.

SoitXun sous-ensemble deNqui n’a pas de plus petit élément. On considère la propriétéP(n) : «nest un entier et aucun entiermÉnn’est élément deX».

CommeX n’a pas de plus petit élément, en particulier 06∈X et doncP(0). De plusP(n)⇒P(n+) pour tout entiern: carn+n’étant pas le plus petit élément deX, si aucun entier inférieur ou égal àn n’est élément deX, aucun entier inférieur ou égal àn+ne peut être élément deX.

D’après le principe d’induction,P(n) est donc vrai pour tout entiernmais cela implique queXest

vide. On en déduit le résultat par contraposée. C.Q.F.D.

2.3 Fonction sur les entiers.

On considère un ensemble quelconqueE6= ;, un élémentadeEet une applicationH:N×EE.

(16)

THÉORÈME2.3.1

Il existe une application f deNdans E , et une seule, telle que f(0)=a et f(n+)=H(n,f(n))pour tout entier n.

Unicité. Considérons deux fonctionsf,gayant cette propriété. Sif 6=g, l’ensemble {n∈N; f(n)6=

g(n)} est non vide, donc a un plus petit élémentm;m6=0 car f(0)=g(0)=a. Donc ma un prédécesseurp; on a f(p)=g(p), doncH(p,f(p))=H(p,g(p)) soitf(p+)=g(p+) c’est-à-dire f(m)=g(m), ce qui contredit la définition dem.

Existence. On considère les sous-ensemblesMdeN×Equi ont les propriétés suivantes :

½ (0,a)M

si (n,y)∈Malors (n+,H(n,y))M

Il est clair que l’intersectionM0de tous ces ensemblesMdeN×Ea encore ces propriétés. C’est donc le plus petit sous-ensemble deN×E qui a ces propriétés. On va en déduire que c’est le graphe d’une application deNdansE.

Pour tout entiern, il existeyEtel que (n,y)∈M0: c’est vrai pourn=0, puisque (0,a)M0; si c’est vrai pourn, c’est vrai pourn+d’après la deuxième propriété satisfaite parM0.

Pour tout entiern, si (n,y)M0et (n,z)∈M0alorsy=z. On raisonne par l’absurde et on consi- dère le premier entiermtel qu’il existey,zE,y6=z, (m,y)∈M0, (m,z)∈M0.

Sim=0, on a par exempley6=a; soitM00 l’ensemble obtenu en ôtant (0,y) deM0(M00 =M00− {(0,y)}) ; AlorsM00a les deux propriétés ci-dessus. et est strictement inclus dansM0, ce qui contre- dit la définition deM0.

On a doncm6=0 et par suitem=p+. D’après la définition dem, il existe un élément tet un seul deE tel que (p,t)M0; alors (p+,H(p,t))M0et on a, par exempley 6=H(p,t). On pose M00 =M0−{(m,y)}=M0−{(p+,y)}. AlorsM00 a les deux propriétés ci-dessus : car (0,a)M0et (0,a)6=(m,y), donc (0,a)∈M00. Si (n,u ∈M00 alors (n+,H(n,u))∈M0et (n+,H(n,u))6=(m,y) : c’est évident sin+6=met sin+=malorsn=p, doncu=tety6=H(p,t). Donc (n+,H(n,u))M00. CommeM00est strictement inclus dansM0, on a encore contredit la définition deM0.

M0est donc le graphe d’une applicationf deNdansEet on a bienf(0)=a,f(n+)=H(n,f(n)) pour chaque entiern.

C.Q.F.D. Quand on utilise ce théorème pour définir une fonctionf, on dit quef estdéfinie par inductionsur les entiers.

2.3.1 L’addition des entiers.

Elle est définie par induction. Étant donné un entierk, on définik+npar induction surnpar les conditions :

½ k+0 = k k+n+ = (k+n)+

D’après cette définition on ak+1=k+, et nous utiliserons la notationk+1 pour le successeur de l’entier k.

Associativité de l’addition. k+(n+p)=(k+n)+p, ce qu’on montre par induction surp. C’est évident sip=0, et on a

k+(n+p+)=k+(n+p)+=[k+(n+p)]+ D’après l’hypothèse d’induction,k+(n+p)=(k+n)+pet donc

k+(n+p+)=[(k+n)+p]+=(k+n)+p+.

(17)

2.3. FONCTION SUR LES ENTIERS. 17 Commutativité de l’addition. On montre d’abord, par induction surk, que 0+k =k+0=k. C’est évident sik=0, et on a

0+k+=(0+k)+=k+=k++0 . On montre ensuite 1+k=k+1 ; c’est évident sik=0, et on a

1+k+=(1+k)+=(k+1)+=k++=k++1 .

On montre alors, par induction surkquek+n=n+k: c’est déjà fait sik=0 ; et on a k++n =(k+1)+n=(1+k)+n=1+(k+n)=1+(n+k)

=(1+n)+k=(n+1)+k=n+(1+k)=n+k+.

2.3.2 Le produit de deux entiers.

Il est aussi défini par induction. Étant donné un entierk, on définitn.kpar induction surk, par les conditions suivantes :

½ n·0 = 0 n(k+1) = n·k+n

Distributivité du produit par rapport à l’addition. On montre par induction surk quen(m+k)= n·m+n·k. C’est évident sik=0, et on a :

n(m+k+) =n[(m+k)+1]

=n(m+k)+n

=nm+nk+n (hypothèse d’induction)

=nm+nk+.

associativité du produit. On montre par induction surkquen(mk)=(nm)k. C’est évident sik=0, et on a

(nm)k+ =(nm)k+nm

=n(mk)+nm (hypothèse d’induction)

=n(mk+m) (distributivité)

=n(mk+) .

Commutativité du produit. On montre d’abord par induction surkque 0·k=k·0=0. C’est évident sik=0, et :

k+ =0·k+0·1 (distributivité)

=0 .

On montre ensuite, par induction surk, que (n+1)k=nk+k. C’est évident sik=0 ; et on a : (n+1)k+ =(n+1)k+(n+1) (distributivité)

=nk+k+n+1 (hypothèse d’induction)

=(nk+n)+(k+1)

=n(k+1)+(k+1) .

On montre enfin quekn=nkpar induction surk. C’est évident sik=0 et on a : nk+ =nk+n

=kn+n (hypothèse d’induction)

=(k+1)n (d’après ce qu’on vient de montrer).

(18)

2.3.3 Exponentiation.

Étant donné un entierk, on définitknpar induction surnpar les conditions :

½ k0 = 1 kn+1 = kn·k. On montre aisément par induction surples propriétés :

kn+p=kn·kp; (kn)p=kn·p.

(19)

Chapitre 3

Ensembles finis et dénombrables.

3.1 Ensembles finis.

Un ensembleaest ditfinis’il existe une bijection deasur un entier.

THÉORÈME3.1.1

Si a est un ensemble fini, il existe un et un seul entier qui puisse être mis en bijection avec a. Cet entier est appelé le cardinal de a ou encore le nombre d’éléments de a. Il est noté a

On montre d’abord le lemme suivant : LEMME3.1.2

Soient a un ensemble non vide, x0a, f une bijection de a sur un entier n. Alors n6=0et il existe une bijection de a−{x0}sur n−1.

Il est clair quen6=0, doncn=p+1=p∪{p}. Sif(x0)=p, la restriction def àa−{x0} est une bijection de cet ensemble surp=n−1. Sif(x0)=m<p, soity0l’élément tel quef(y0)=p; on définitg:anen posantg(x0)=p,g(y0)=metg(x)=f(x) pour tout élémentxa,x6=x0,y0. Alorsgest une bijection deasurnetg(x0)=p, on est ramené au cas précédent. C.Q.F.D. On montre alors le théorème par l’absurde.

Pour cela, on choisit le plus petit entierntel qu’il existe un ensemblea, en bijection avecnet avec un entiern06=n. On a alorsn<n0doncn06=0 et donca6= ;(caraest en bijection avecn0) ; doncn6=0.

On posen=p+1,n0=p0+1, doncp<p0. On prendx0a, d’après le lemme précédenta−{x0} est en bijection avecpet avecp0. Commep<n, on a une contradiction avec la définition den. C.Q.F.D. THÉORÈME3.1.3

Si a est un ensemble fini et b une partie de a, alors b est fini et bÉa. De plus, si b6=a, alors b<a.

On le montre par induction sur sur le cardinaln de a. Si n =0, a= ;et le théorème est évident.

Supposons-le vrai pour un entiern et soientaun ensemble fini de cardinaln+1,ba. Sib=a, le résultat est évident. Sib6=a, on choisitx0ba. Alorsba−{x0} eta−{x0} a pour cardinaln, d’après le lemme précédent. DoncbÉn(hypothèse d’induction) et par suiteb<a. C.Q.F.D. THÉORÈME3.1.4

si a,b sont deux ensembles finis disjoints, ab=a+b. Si a,b sont deux ensembles finis quelconques, a×b=a.b etP(a)=2a.

Démonstration par induction surn=a.

19

(20)

3.2 Équipotence

Deux ensembles quelconquesa,bseront ditéquipotentss’il existe une bijection deasurb. On dit aussi queaetbont le même cardinal ou encore la même puissance. Mais on ne définira pas, comme dans le cas des ensembles finis, le cardinal d’un ensemble quelconquea. On utilisera provisoirement la notationabpour «aest équipotent àb». On a évidemment les propriétés suivantes :

aa

abba

(a∼betbc)ac

Un ensemble est donc fini si et seulement s’il est équipotent à un entier. Dans le cas contraire, il est ditinfini.

3.3 Ensembles dénombrables.

Un ensemble est ditdénombrables’il est équipotent àN. Notons qu’un ensemble dénombrable est nécessairement infini (sinonNlui-même serait un ensemble fini, donc équipotent à un entiern. Or n+1⊂N, donc le cardinal deNest supérieur ou égal àn+1 d’oùnÊn+1 ; contradiction.

THÉORÈME3.3.1

Tout sous ensemble d’un ensemble dénombrable est fini ou dénombrable

On peut supposer que l’ensemble dénombrable considéré estNlui-même. On a donc un ensemble A⊂N: supposonsAinfini. On définit par induction une bijectionf :N→A. Pour cela on pose :

f(0) = le plus petit élément deA

f(n+1) = le plus petit élément deAqui est strictement supérieur àf(n)

(il existe un tel élément dansAsinonA⊂{x∈N;xÉf(n)} doncAest fini).

On a doncf(n+1)>f(n) pour toutn∈N, doncf est une injection deNdansA.

La fonctionf est surjective. En effet soitx0le plus petit élément deAnon atteint parf, s’il en existe ; l’ensemble {x∈A;x<x0} a un plus grand élémentx1=f(n) (il est atteint parf). Maisx0est le plus petit élément deAqui est strictement supérieur àf(n) doncx0=f(n+1). C.Q.F.D. THÉORÈME3.3.2

S’il existe une injection de A dansNou bien une surjection deNdans A alors A est fini ou dénombrable.

Sif est une injection deAdansN, l’image def est un sous ensemble deNqui est équipotent àA. Donc Aest fini ou dénombrable d’après le théorème précédent.

Soitgune surjection deNsurA. On définit une injectionh:A→Nen posant h(x)= le premier entierntel que£

g(n)=x¤ .

C.Q.F.D. THÉORÈME3.3.3

N×Nest dénombrable.

CommeN×Nn’est pas fini, il suffit, d’après le théorème précédent de trouver une injectionf :N×N→ N. On peut poser, par exemple f(x,y)=2x.3y (unicité de la décomposition d’un nombre en facteurs

premiers). C.Q.F.D.

COROLLAIRE3.3.4

Le produit de deux ensembles dénombrables est dénombrable.

(21)

3.3. ENSEMBLES DÉNOMBRABLES. 21 COROLLAIRE3.3.5

Npest dénombrable, pour tout entier pÊ1.

Démonstration par induction surp. COROLLAIRE3.3.6

ZetQsont des ensembles dénombrables.

On définit une surjectionf :N3→Qen posant f(x,y,z)=²·y

z siz6=0 avec²=1 sixest pair²= −1 sinon ; f(x,y, 0)=0 .

DoncQest dénombrable, ainsi queZpuisqueZ⊂Q. C.Q.F.D.

Définition. Une famille d’ensembles (an)n∈Nindexée parN(autrement dit une fonction de domaine N) est aussi appelée une « suite d’ensembles ». Au lieu d’écrire « la suite d’ensembles (an)n∈N» on écrit souvent « la suite d’ensemblesa0,a1, . . . ,an, . . . ». On a donc trois noms (et trois notations) différents pour la même notion :

– une fonction de domaineN, notéef :N→E

– une famille d’ensembles indexée parN, notée (an)n∈N – une suite d’ensembles, notéea0,a1, . . . ,an, . . .

Lorsqu’on a un ensemble dénombrableE, on choisit souvent une bijectionf =N→Equi est donc aussi une suitea0,a1, . . . ,an, . . . . On dit que cette suite énumèreEet on écrit :

E={a0,a1, . . . ,an, . . .} .

(22)
(23)

Chapitre 4

Comparaison des ensembles infinis

4.1 Axiome du choix.

À l’aide des axiomes de la théorie des ensembles énoncés jusqu’ici, on ne parvient pas à rendre compte correctement des propriétés intuitives des ensembles infinis. Par exemple, on n’arrive pas à prouver que tout ensemble infini contient un sous-ensemble dénombrable. Nous énonçons donc main- tenant le dernier axiome de la théorie des ensembles.

AXIOME7 (AXIOME DU CHOIX)

Pour toute famille(Ai)i∈Id’ensembles non vides, il existe une fonction f de domaine I telle que f(i)∈Ai pour tout iI .

Autrement dit : le produit d’une famille d’ensemble non vides est non vide.

Étant donné un ensembleE, on appelle fonction de choix surEune applicationf dont le domaine est l’ensemble des parties non vides deE(c’est à direP(E)−{;}) à valeur dansE, telle quef(X)∈X pour toute partie non videXdeE

COROLLAIRE4.1.1

Sur tout ensemble E , il existe une fonction de choix.

En effet, il suffit d’appliquer l’axiome du choix à la famille des parties non vide deE(c’est à dire l’appli- cation identique dont le domaine est l’ensemble des parties non vides deE). C.Q.F.D. THÉORÈME4.1.2

Tout ensemble infini possède un sous-ensemble dénombrable.

SoitEun ensemble infini. Il s’agit de trouver une application injectiveϕ:N→E. soitf :P(E)→Eune fonction telle quef(X)∈Xpour toute partieXnon videE(il en existe d’après ce qui précède).

On définiΦ:N→P(E) par induction :

Φ(0) = {f(E)}

Φ(n+1) = Φ(n)∪{f(E−Φ(n))}

Φ(n+1) est donc une partie deE, obtenue en ajoutant àΦ(n) un élément deE. Il en résulte queΦ(n) est fini pour toutn∈N. CommeEn’est pas fini,E−Φ(n)6= ;, donc (par définition def)f(E−Φ(n))6∈Φ(n) et, par suite,Φ(n+1)−Φ(n) possède un élément et un seul. On peut alors définirϕ:N→Een posant

ϕ(0) = f(E)

ϕ(n+1) = le seul élément deΦ(n+1)−Φ(n)

Il est clair queϕest injective. C.Q.F.D.

Le corollaire suivant donne une caractérisation des ensembles infinis.

23

(24)

COROLLAIRE4.1.3

Un ensemble est infini si et seulement s’il est équipotent à une partie propre.

On a vu que : siEest un ensemble fini etFune partie propre deE(F⊂E,F6=E) alors le cardinal deF est strictement inférieur à celui deE, doncEn’est pas équipotent àF.

Soit maintenantEun ensemble infini ; on prend une partieDdénombrable deE,D={a0,a1, . . . ,an, . . .}.

On définitf :EEen posant :

f(x) = xsixED f(ai) = ai+1pouri∈N

Il est clair quef est une bijection deEsurE−{a0} ; donc une bijection deEsur une partie propre deE.

C.Q.F.D.

THÉORÈME4.1.4

La réunion d’une suite d’ensemble dénombrables ou finis est un ensemble dénombrable ou fini.

Soit (An)n∈Nune suite d’ensemble dénombrables ou finis. Il suffit de trouver une application surjective deNsurS

n∈NAn.

Pour chaquen∈N, soitSnl’ensemble des applications surjectives deNsurAn. Par hypothèse,Sn6=

;pour chaquen∈N. D’après l’axiome du choix, il existe une fonctionϕ, de domaineN, telle queϕ(n)∈ Snpour toutn∈N. Autrement dit,ϕ(n) est, pour chaque entiern, une surjection deNsurAn.

On définitΦ:N×N→S

n∈NAnen posantΦ(n,p)=ϕ(n)(p). AlorsΦest surjective. car six∈S

n∈NAn, on axAmdoncx=ϕ(m)(a) pour un certain entierq, puisqueϕ(m) est surjective.

CommeN×Nest dénombrable, on a le résultat cherché. C.Q.F.D. On en déduit immédiatement que l’ensemble des suites finies d’entiers — autrement dit l’ensemble [

p∈NNp) — est dénombrable.

L’ensemble P des polynômes à une variable, à coefficient dansZest dénombrable : si Pkest l’en- semble des polynômes de degréÉk, Pkest équipotent àZk+1(un polynôme de degréÉkest une suite dek+1 entiers relatifs) donc est dénombrable. L’ensemble considéré est P=S

k∈NPkdonc est dénom- brable.

L’ensemble des nombres algébriques réels (nombres réels qui est racine d’un polynôme à une va- riable à coefficient dansZ) est dénombrable. En effet, à chaque polynômeu∈P, associons l’ensemble finiRude ses racines réelles. L’ensemble étudié estS

uPRu. Comme P est dénombrable c’est la réunion d’une suite d’ensemble finis, donc un ensemble dénombrable d’après le théorème précédent (ce n’est évidemment pas un ensemble fini).

4.2 Ensembles non dénombrables.

Tous les ensembles infinis rencontrés jusqu’ici se sont révélés dénombrables. Les deux théorèmes suivants, dus à Cantor, montrent qu’il existe des ensembles infinis non dénombrables.

THÉORÈME4.2.1

P(N)n’est pas dénombrable.

Supposons qu’il existe une application surjective f :N→P(N). On définit x∈P(N) en posant X = {n∈N;n6∈f(n)}. Puisquef est surjective, il existen0∈Ntel quef(n0)=X. Par définition deX, on a n0Xn06∈f(n0). Autrement ditn0Xn06∈X, ce qui est une contradiction. C.Q.F.D. THÉORÈME4.2.2

L’intervalle[0, 1[deRn’est pas dénombrable.

(25)

4.2. ENSEMBLES NON DÉNOMBRABLES. 25 Soit f une application surjective deN sur [0, 1[. Le réel f(n) possède une représentation décimale 0,a0na1n· · ·akn· · ·et une seule (oùank∈{0, 1, . . . , 9}), la suite (akn)k∈Nn’étant pas formée de 9 à partir d’un certain rang. On définit alors une suite (bk)k∈Nd’entiers (0ÉbkÉ9), en posantbk=0 siak

k6=0 etbk=1 siakk=0. La suitebkn’est pas formée de 9 à partir d’un certain rang (elle ne contient en fait pas de 9).

Le réel 0,b1b2· · ·bk· · ·est donc un élément de [0, 1[ , et commef est surjective, il existe un entiern0tel quef(n0)=0,b1b2· · ·bk· · ·. On a donc :

0,a1n

0a2n

0· · ·akn

0· · · =0,b1b2· · ·bk· · ·.

En particulierbn0=ann00, ce qui contredit la définition debn0. C.Q.F.D. Bien entendu, il en résulte queRlui-même n’est pas dénombrable puisqueR⊃[0, 1[.

Comme on a démontré plus haut que l’ensemble des nombres algébriques réels est dénombrable on a ainsi prouvé :

il existe un nombre réel transcendant(c’est-à-dire non algébrique),

et même : l’ensemble des nombres réels transcendants est non dénombrable (car la réunion de deux ensembles dénombrables est dénombrable).

THÉORÈME4.2.3

Si E est infini et F est dénombrable ou fini, alors EF est équipotent à E .

En effet on a un ensemble dénombrableDE. DoncEF=(E−D)∪(D∪F). MaisDFest équipotent àD(tous deux sont dénombrables) doncEF∼(E−D)∪E=E. C.Q.F.D. THÉORÈME4.2.4

Si E est infini non dénombrable, on obtient un ensemble équipotent en lui retranchant une partie dé- nombrable ou finie.

En effet, siAE est dénombrable ou fini,E0=EAest infini donc d’après le théorème précédent,

E0E0A=E. C.Q.F.D.

On en déduit que les divers ensembles non dénombrables rencontrés jusqu’à présent sont tous équipotents :

THÉORÈME4.2.5

R,P(N), les intervalles[a,b],[a,b[,]a,b[deR(a<b) sont des ensembles équipotents.

Il est clair que [a,b], [a,b[, ]a,b[ sont équipotents (d’après le théorème4.2.4). Or ]−1, 1[ est équipotent à ]a,b[ (considérer la fonctiony=a+12(b−a)(x+1) et ]−1, 1[ est équipotent àR(considérer la fonction y=1−xx2).

Il suffit donc de montrer queP(N) est équipotent à un intervalle [a,b[, par exemple à [0, 1[. On définit une applicationϕ: [0, 1[→P(N) de la façon suivante : sir∈[0, 1[,rpossède une développement binaire et un seul, soit 0,ε0ε1· · ·εn· · · qui ne doit pas formé exclusivement de 1 à partir d’un certain rang.

On poseϕ(r)={n∈N;εn=0}. On montre aisément queϕest injective et que l’image deϕest l’ensembleP(N) des parties infinies deN. Il en résulte que [0, 1[ est équipotent àP(N).

OrP(N) est obtenu en retranchant deP(N) un ensemble dénombrable (l’ensemble des parties finies deN) donc (théorème4.2.4)P(N) est équipotent àP(N). C.Q.F.D. THÉORÈME4.2.6

Rn,P(N)nsont équipotents àRpour tout n∈N.

On montre d’abord queP(N)2 est équipotent àP(N) : soient A,B deux ensembles dénombrables disjoints. Il est clair queP(N) est équipotent àP(A),P(B), P(A∪B) (car AB est aussi dénom- brable). Or, se donner une partie deABrevient à se donner une partie deAet une partie deB, donc P(A)×P(B)∼P(A∪B). Il en résulte queP(N)2∼P(N).

Il en résulte queR2est équipotent àR. On montre alors immédiatement par induction surn, que

Rn∼Rpour toutn∈N C.Q.F.D.

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