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Article pp.84-92 du Vol.2 n°2 (2012)

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ARTICLE ORIGINAL /ORIGINAL ARTICLE

Évaluation d ’ une chaîne de survie intrahospitalière dédiée à la prise en charge des détresses vitales

Evaluation of a medical emergency team dedicated to vital distress treatment

A. Toutain · J. Tobarias · M. Bisbal · B. Eon · P. Pinzelli · M. Gainnier · P. Michelet

Reçu le 21 octobre 2011 ; accepté le 24 janvier 2011

© SFMU et Springer-Verlag France 2012

RésuméObjectif : Évaluer l’activité d’une équipe médico- infirmière dans le cadre d’une chaîne de survie intrahospita- lière (CSIH) sur la prise en charge des détresses vitales (DV) intrahospitalières.

Méthodologie : Étude rétrospective sur une période de six mois (novembre 2010 à avril 2011) au sein d’un centre hospitalo-universitaire comportant 720 lits et 89 000 admis- sions annuelles. Analyse des données épidémiologiques et cliniques relevées systématiquement lors de chaque interven- tion secondaire à l’appel sur ligne dédiée. Critères de déclen- chement de l’équipe CSIH définis par la survenue d’un arrêt cardiaque (AC) ou d’une défaillance vitale neurologique, circulatoire ou respiratoire.

Résultats: Quatre-vingt-dix-neuf patients ont été inclus avec un âge moyen de 66 ± 17 ans, 22 % présentaient un AC et 77 % une DV. Les principaux motifs d’appel étaient une détresse respiratoire dans 30 % ou un AC dans 25 % des cas. Une limitation thérapeutique a été décidée pour 71 % des patients laissés en service. En cas d’AC, la réanimation cardiopulmonaire (RCP) avait été commencée par les témoins dans 73 % des cas, la RCP spécialisée a pu être débutée 4,5 minutes [3–6,5] après l’appel. La mortalité à 48 heures était de 100 % pour les ACR et de 29 % pour les DV.

Conclusion: La survenue d’un AC intrahospitalier est asso- ciée dans notre étude à un taux de mortalité de 100 %. Le meilleur pronostic des DV par rapport aux AC devrait faire

insister sur la reconnaissance précoce des DV afin de déclen- cher plus rapidement l’intervention d’une équipe de CSIH.

Mots clésArrêt cardiaque · Détresse vitale · Chaîne de survie intrahospitalière · Prévention

Abstract Objective: To assess the activities of a medical emergency team on intra-hospital cardiac arrest and vital dis- tress (intra-hospital chain of survival—CSIH).

Methodology: It is a retrospective study over a period of six months (from November 2010 to April 2011) in a hospital with 720 beds and 89,000 annual admissions. Epidemiolo- gical and clinical data were analyzed by a systematic survey of all procedures performed following calls on a dedicated line. Call criteria were defined by the occurrence of cardiac arrest or vital distress.

Results: 99 patients were enrolled, with a mean age of 66 ± 17 years; 22% had a cardiac arrest, and 77% had vital distress.

The main reasons of calls were respiratory distress in 30% and cardiopulmonary arrest in 25% of cases. A therapeutic limita- tion has been decided for 71% of patients. In case of cardiac arrest, basic resuscitation was started by the witness in 73%, while specialized resuscitation has been started 4.5 min [3–6.5] after the first call. Mortality at 48 hours was 100%

for cardiac arrest and 29% for vital distress.

Conclusion: The occurrence of intra-hospital cardiac arrest in our study was associated with 100% mortality. The signi- ficantly lower mortality following intra-hospital vital dis- tress supports the development of a dedicated team for both cardiac arrest and vital distress, with a logic of prevention.

Keywords Cardiac arrest · Vital distress · Prevention · Intra-hospital chain of survival

Introduction

Le milieu hospitalier représente un lieu de réunion du personnel soignant et de patients souffrant de pathologies

A. Toutain · J. Tobarias · M. Bisbal · B. Eon · M. Gainnier · P. Michelet (*)

Service de réanimation des urgences et médicale,

pôle réanimation urgence Samu hyperbarie, hôpital de la Timone, 264, rue Saint-Pierre, F-13385 Marseille, France

e-mail : [email protected] M. Bisbal · M. Gainnier · P. Michelet

Aix-Marseille université, UMR D2, F-13005 Marseille, France P. Pinzelli

Hôpital de la Timone, 264, rue Saint-Pierre, F-13385 Marseille, France

DOI 10.1007/s13341-012-0173-1

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diverses dont certaines sont susceptibles de présenter un risque vital. Si la prise en charge des détresses vitales (DV) au sein des établissements hospitaliers semble naturelle et aisée pour chaque citoyen, cette évidence masque pourtant la diversité du corps médical dans son exercice comme dans ses connaissances vis-à-vis de ce risque. C’est donc dans une logique de formation continue qu’ont été édictés les princi- pes imposant à chaque personnel médical et paramédical d’être et de se maintenir capable de prendre en charge une DV [1].

Les recommandations quant au développement de chaî- nes de survie intrahospitalières (CSIH) ont tenté de répondre aux difficultés rencontrées par des équipes hospitalières rare- ment confrontées et incomplètement formées à la prise en charge des arrêts cardiaques (AC) [2]. Si l’objectif initial des CSIH était de prendre en charge les seuls AC, la question d’une extension de cette procédure aux patients présentant une défaillance d’organe se pose désormais. Cette concep- tion se justifie par une mortalité élevée lors des AC intra- hospitaliers (70 à 90 %) alors que celle des patients présen- tant une défaillance d’organe varie de 0 à 20 % [3]. Ces données récentes renforcent l’intérêt de la prévention face à l’aspect uniquement curatif, avec comme corollaire la dimi- nution de la mortalité intrahospitalière.

L’objectif de cette étude était de préciser la méthodologie utilisée ainsi que les premiers résultats observés après l’organisation d’une CSIH dédiée à la prise en charge des DV intrahospitalières au sein d’un établissement hospitalo- universitaire.

Matériel et méthodes

L’hôpital de la Timone adulte est une structure hospitalo- universitaire (CHU) de 14 niveaux (12 étages et un sous- sol) comportant 720 lits, avec en moyenne 89 000 admissions annuelles prenant en charge tous les types de pathologies médicochirurgicales. Cet établissement dispose également de plusieurs unités de réanimation ainsi que d’un service d’accueil des urgences. L’équipe CSIH y a été mise en place en juillet 2010 par le comité institutionnel interdisciplinaire de suivi, après un audit technique ayant permis de connaître les caractéristiques techniques et le niveau d’information et d’organisation de la gestion du risque vital, au sein de l’hô- pital de la Timone. Cette étude correspond à une analyse rétrospective des données épidémiologiques et cliniques des patients ayant nécessité l’intervention de l’équipe CSIH.

L’ensemble des patients hospitalisés, ayant bénéficié d’une prise en charge par l’équipe CSIH du CHU la Timone pour AC ou DV, a été inclus dans l’étude, sur une période de six mois, de novembre 2010 à avril 2011, soit quatre mois après la mise en place de l’équipe CSIH.

Il n’existait lors de cette évaluation aucune formation spé- cifique des différentes équipes médicales ou paramédicales quant à la prise en charge des DV en milieu hospitalier, mis à part bien entendu leur formation professionnelle initiale.

Une information quant à la procédure d’alerte avait par contre été diffusée trois et un mois avant le début du recueil au sein de tous les services de l’établissement hospitalier.

Depuis la mise en place de cette information, il apparaissait que plus de 90 % des appels passaient par cette organisation.

La procédure de déclenchement de l’équipe CSIH est simple, elle est basée sur un numéro d’appel unique pour tout risque vital, opérationnel 24 heures/24, utilisable à partir de n’importe quel poste téléphonique du bâtiment de la Timone adulte. Cet appel aboutit de façon simultanée sur un téléphone portable détenu par un praticien de réanimation et sur un combiné fixe disposé au sein du central médical de la même réanimation. Les critères d’appel de l’équipe CSIH sont présentés dans le Tableau 1. Des fiches de recueil ont été rédigées selon les recommandations de la Sfar 2004 [2].

En fonction de l’état clinique du patient à l’arrivée de l’équipe CSIH, l’interne présent lors de l’intervention rem- plissait une des deux fiches de recueil : fiche AC ou fiche DV (Annexes A et B).

À partir des fiches de recueil, les paramètres suivants furent : le lieu d’intervention, la durée d’hospitalisation, le motif d’appel, la (les) défaillance(s) présente(s) à l’arrivée de l’équipe CSIH, les délais de prise en charge (relevé détaillé dans le cas d’une intervention pour arrêt cardiorespiratoire), la durée d’intervention, les actes réalisés en service par l’équipe CSIH, le devenir et l’orientation du patient. La présence de directives anticipées ou une décision de limita- tion et/ou arrêt des thérapeutiques actives (LATA) ont été

Tableau 1 Critères dappel de léquipe CSIH. La CSIH pouvait être déclenchée sur la présence dun seul des critères présentés.

Défaillance respiratoire Dyspnée

FR < 8 ou FR > 30 (/min)

Désaturation < 90 % malgré ladministration doxygène Défaillance circulatoire

FC < 40 ou FC > 120 (btts/min) PAS < 90 (mmHg)

Oligurie < 50 ml/4 heures Défaillance neurologique

Modification soudaine de la conscience Chute du GCS > 2 points en moins dune heure

Toute autre situation inquiétant fortement léquipe en charge du patient

FR : fréquence respiratoire ; FC : fréquence cardiaque ; PAS : pression artérielle systolique ; GCS : score de Glasgow ; CISH : chaîne de survie intrahospitalière.

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systématiquement recherchées dans le dossier médical du patient. Des données concernant l’évolution des patients admis en réanimation au décours de l’intervention de l’équipe CSIH ont été relevées à la 24eet 48eheure.

Analyse statistique

Une analyse descriptive a été conduite sur l’ensemble de la population. Les variables qualitatives sont exprimées en pourcentages. Les variables quantitatives sont exprimées sous forme de moyenne ± écart-type ou médiane [25e–75e percentiles] selon la répartition des données (test de Kolmogorov-Smirnov). Le seuil alpha de significativité a été fixé à 0,05, et la puissance à 80 %. L’analyse statistique a été conduite à l’aide du logiciel SPSS Statistics 17.0 (SPSS, Chicago, IL, États-Unis).

Résultats

Notre étude nous a permis d’inclure 99 patients au total : 22 dans le groupe AC et 77 dans le groupe DV. L’âge moyen des patients était de 66 ± 17 ans. Les patients étaient des hommes dans 56,6 % des cas. La durée d’hospitalisation au moment de l’appel était de 1,0 [0,0–5,0] jour. Concernant l’alerte, les appels provenaient de services de médecine pour 48 patients, de chirurgie pour 22 patients et des urgences pour 29 patients. Les principaux motifs d’appel étaient la constatation d’une détresse respiratoire (30 % des patients), d’un AC (25 %) et d’une détresse neurologique (20 %) (Fig. 1). Parmi les mesures réalisées par les équipes soignan- tes avant l’arrivée de l’équipe CSIH, un massage cardiaque externe avait été débuté pour 20 patients sur 22 ; une venti- lation au ballon autogonfleur auprès de 18 patients sur 22 et

la mise en place du défibrillateur semi-automatique (DSA) dans un cas sur 22.

Pour le groupe AC, l’équipe a mis quatre minutes [3 ; 5]

pour se rendre sur le lieu d’intervention ; le délai entre l’appel pour AC et le début de la réanimation cardiopulmo- naire (RCP) spécialisée (réalisée par l’équipe CSIH) était de 4,5 minutes [3 ; 6,5]. La durée de l’AC (déterminée lorsqu’il y avait reprise d’une activité cardiaque spontanée) était de 12,5 minutes [6 ; 22,5], cette durée tenant compte de la découverte par l’équipe soignante ou du passage du patient en AC (lors de la présence de l’équipe soignante auprès du patient). La durée de la RCP spécialisée par l’équipe CSIH était de 25 minutes [11 ; 35], le délai entre la survenue de l’AC et la décision d’arrêter la RCP étant de 30 minutes [15 ; 40]. Concernant le groupe DV, l’équipe a mis cinq minutes [2 ; 10] pour se rendre sur le lieu d’intervention avec une durée d’intervention de 55 minutes [20 ; 135]. Le délai total entre l’appel et l’arrivée en réanimation du patient était de 120 minutes [30 ; 237,5].

Les actes réalisés par l’équipe CSIH en service sont résu- més dans le Tableau 2. L’indication de réanimation a été posée chez 69 % des patients du groupe DV. La décision de ne pas réanimer a été prise d’emblée chez un des patients du groupe AC. Des directives anticipées étaient mentionnées dans 2 % des dossiers. La RCP de base en cas d’AC avait été commencée par les témoins chez 68 % des patients. Le DSA était en place chez un patient qui a reçu un choc électrique externe. Le massage cardiaque externe était commencé chez 73 %, 68 % des patients avaient été mis sous oxygène, et la ventilation au masque était débutée chez 64 % d’entre eux.

Les diagnostics retenus pour les DV sont présentés dans le Tableau 3. Le mode de survenue de la DV était la décom- pensation du motif d’hospitalisation pour 61 % des patients, la survenue d’une complication aiguë en cours d’hospitali- sation pour 19,5 % et la décompensation d’un antécédent connu pour 16,9 %. En ce qui concerne les AC, une étiologie cardiaque a été mise en cause dans 48 % des cas, et non cardiaque dans 52 % des cas.

Concernant le devenir des patients, seuls cinq patients du groupe AC ont repris une activité cardiaque spontanée, et quatre ont été admis en service de réanimation à la Timone (un hors Timone). À 48 heures, l’ensemble des patients de ce groupe étaient décédés. Dans le groupe DV, la mortalité au décours de l’intervention de l’équipe CSIH était de 17 % (décès à l’arrivée de l’équipe ou pendant l’intervention).

Pour les patients vivants à l’issue de l’intervention, 68 % ont été admis en service de réanimation (dont 8 % hors Timone) et 32 % sont restés dans leur service d’origine.

Certaines caractéristiques des patients admis en réanimation sont rapportées à la 24epuis 48eheure au sein du Tableau 4.

Parmi les 30 patients admis en réanimation, 73 % ont néces- sité la prescription d’amines et 86 % ont requis une ventila- tion artificielle. Neuf patients sont finalement décédés alors Fig. 1 Motif dappel exprimé par lappelant lors du premier

contact téléphonique de léquipe

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que 21 ont pu sortir de réanimation. Parmi les patients décé- dés en réanimation, une décision de LATA a été prise pour huit d’entre eux, quatre sont passés en mort encéphalique, et un prélèvement d’organe a pu être réalisé chez l’un d’entre eux. En ce qui concerne les patients restés en service, une LATA a été mise en place pour 71 % d’entre eux par l’équipe CSIH, en concertation avec l’équipe médicale du service.

Discussion

Les résultats de notre étude montrent que 22 % des interven- tions réalisées par l’équipe CSIH concernent des arrêts cardiorespiratoires, et 77 % des demandes de prise en charge de DV. La mortalité était à 48 heures de 100 % pour les AC et de 29 % pour les patients pris en charge dans le cadre d’une DV.

La prise en charge des AC et des DV en milieu intrahos- pitalier a connu ces dernières décennies des évolutions signi- ficatives tant à l’étranger qu’en France. Ainsi, les équipes de rapid response teamou demedical emergency teamont été développées dans un certain nombre de pays (Australie, Canada, États-Unis) afin d’assurer la prise en charge précoce des DV aiguës. Ces équipes sont donc venues compléter les équipes initialement dédiées à la seule prise en charge des AC (code team) afin d’adjoindre un aspect prévention au seul élément curatif. En France, l’intérêt de la mise en place d’une procédure CSIH, avec des objectifs de prise en charge des AC en milieu hospitalier, est souligné par la parution des critères d’évaluation et d’amélioration des pratiques profes- sionnelles pour la prise en charge de l’AC en établissement de soins [4] qui a fait suite à celle de deux référentiels s’intéressant à l’aspect organisationnel [2] et aux pratiques médicales lors de la prise en charge de l’AC [5]. Ces diffé- rents documents ont permis de préciser certaines spécificités intrahospitalières et notamment l’importance de la préven- tion. Ainsi, selon les recommandations de 2004 [2], « La prévention de la survenue d’un AC nécessite la prise en charge précoce des situations suivantes brutalement évoluti- ves : aggravation de l’état respiratoire, instabilité hémodyna- mique et troubles de conscience ». Plusieurs études [6,7]

montrent en effet le rôle majeur des défaillances d’organe dans la survenue des AC intrahospitaliers. Une attitude théra- peutique préventive est également soulignée au sein d’une revue récente portant sur l’organisation et les résultats des équipes de prise en charge des DV (rapid response team) [3].

Plusieurs travaux ont été conduits afin d’évaluer l’effica- cité de ces équipes de DV. Une réduction du nombre d’AC et/ou de la mortalité intrahospitalière a ainsi pu être rappor- tée [8–11] de même qu’un effet volume et temporel, l’amé- lioration se constatant d’autant plus que le temps et le nom- bre des appels permettent à la structure hospitalière d’intégrer ce dispositif [12]. Néanmoins, ces résultats restent Tableau 2 Actes réalisés par léquipe CSIH. Nombre de patients

en valeurs absolues et en pourcentages.

n(%) Groupe AC (n= 22)

IOT 22 (100)

Adrénaline 20 (91)

CEE 7 (32)

Pose de VVC/désilet 6 (27)

Thrombolyse 2 (9)

Autres thérapeutiques (lidocaïne, isoprénaline) 1 (4,5) Groupe DV (n= 76)

Gaz du sang 44 (57)

IOT 35 (45,5)

Expansion volémique 33 (43)

Anesthésie/sédation 31 (40)

Accompagnement scan/coro 26 (34)

Amines 21 (27)

Pose de VVC 20 (26)

ETT 16 (21)

Décision de LATA 15 (20)

VNI 14 (18)

Entretien famille 14 (18)

Transfusion 9 (12)

CEE 3 (4)

Drainage thoracique 1 (1,3)

IOT : intubation orotrachéale ; CEE : choc électrique externe ; VVC : voie veineuse centrale ; scan : scanner ; coro : coronaro- graphie ; ETT : échographie transthoracique ; LATA : limitation ou arrêt des thérapeutiques actives ; VNI : ventilation non invasive.

Tableau 3 Diagnostics retenus par les membres de léquipe CSIH à lissue de lintervention.

Diagnostics retenus n (%)

Insuffisance respiratoire aiguë 21 (30)

Détresse neurologique 18 (26)

Sepsis 10 (14)

Œdème aigu du poumon 5 (7)

Choc cardiogénique 4 (6)

Choc hémorragique 4 (6)

Embolie pulmonaire 2 (3)

Dissection aortique 2 (3)

Trouble ionique (hyperkaliémie) 1 (1)

Trouble du rythme 1 (1)

Tamponnade 1 (1)

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discutés, certaines études ne retrouvant pas systématique- ment un effet bénéfique à la mise en place d’une telle orga- nisation [13–15]. Ces résultats discordants pourraient être en partie expliqués par la nécessaire association aux équipes de DV de formation continue du personnel médical et paramé- dical à l’alerte et à la prise en charge des DV [16–18].

C’est dans ce cadre que notre étude a été conduite afin de recueillir des résultats quant à l’intégration d’une équipe médicale dédiée tant à la prise en charge des AC que des DV au sein d’un CHU et définie comme équipe CSIH.

Durant cette première période d’évaluation de six mois fai- sant suite à deux campagnes d’information, nous relevons un taux d’activation de l’équipe CSIH relativement faible com- parativement à d’autres études. Ainsi, nous rapportons 2,2 appels pour 1 000 admissions contre 25,8 pour Jones et al.

[12] et 26,7 pour Shah et al. [19]. Cette différence pourrait s’expliquer par la mise en place récente de notre équipe. En effet, la fréquence d’appel apparaît en partie liée au temps nécessaire à l’intégration de ce dispositif dans les différents services [20]. Dans notre travail, la plupart des appels pro- venaient de services médicaux, ce qui s’avère comparable aux données de la littérature [8,14,18]. Concernant le motif d’appel, la principale cause était la constatation d’une détresse respiratoire, donnée préalablement rapportée [14,21,22], l’AC représentant seulement le second motif en sachant que la survenue de ce dernier était fréquemment rap- portée à des défaillances d’organe non cardiaque à l’origine.

Pour les patients en AC lors de l’appel, la RCP spécialisée a pu être débutée 4 minutes 30 après la constatation de l’AC confirmant l’importance d’une alerte clairement codifiée afin de réduire les délais de prise en charge. Cette RCP a été poursuivie en moyenne 30 minutes (en absence de reprise d’activité cardiaque spontanée), ce qui correspond aux recommandations actuelles [2,5]. Dans l’attente de l’équipe CSIH, la RCP de base avait été débutée chez 73 % des patients, démontrant la nécessité de poursuivre les efforts de formation du personnel hospitalier à la prise en charge des urgences vitales. Le faible taux de mise en place du DSA par les équipes soignantes pouvait s’expliquer

par un manque de disponibilité de matériels utilisables par les équipes paramédicales (deux DSA seulement au sein des 30 unités fonctionnelles évaluées). Parmi les actes les plus souvent réalisés par l’équipe CSIH en service, nous retrou- vons l’administration d’un support ventilatoire avec une intubation orotrachéale ainsi que la réalisation d’une expan- sion volémique comme préalablement rapportées [9,14].

Notre travail nous a également permis de retrouver l’intérêt de l’équipe CSIH dans l’aide à la décision de LATA chez certains patients [14].

Au sein des patients présentant un AC lors de l’arrivée de l’équipe CSIH, nous retrouvons une mortalité extrême- ment élevée (77 % au décours de l’intervention et 100 % à 48 heures). Ces chiffres s’avèrent supérieurs aux données de la littérature avec une survie de 17 % dans la méta-analyse de Peberdy et al. [23], 18 % pour Nadkarni et al. [7], moyenne de 20 % dans la revue de la littérature de Sandroni et al. [6].

Inversement, concernant les patients pris en charge au stade de la DV, la mortalité était plus faible s’élevant à 25 % à 48 heures. Cette disproportion souligne en outre la nécessité d’augmenter le collectif de patients évalués mais également l’intérêt d’une intervention précoce au stade de la DV. Au stade de DV, le rôle de l’équipe CSIH est d’offrir une réponse adaptée et rapide afin de stopper la dégradation clinique et de tenter de prévenir l’AC. Cette conception est supportée par différents travaux. Ainsi, selon Bedell et al., 9 % des AC auraient pu être prévenus par une prise en charge précoce plus appropriée [24]. Pour Galhotra et al. [25], ce chiffre s’élève à 18 % tandis que pour Hodgetts et al., près de 62 % des AC pris en charge par leur code team étaient

« potentiellement évitables » [26]. En effet, près de la moitié des patients présentaient une dégradation clinique non remarquée dans les 24 heures précédant l’événement, et la majorité avaient reçu un traitement inadéquat avant l’AC [26]. La première conférence de consensus [27] sur les équi- pes médicales d’urgence souligne elle aussi le nombre important d’AC et de décès intrahospitaliers secondaires à un manque de réactivité face à ue dégradation clinique des patients, et réaffirme le rôle des rapid response team Tableau 4 Caractéristiques cliniques et biologiques des patients à ladmission en réanimation. Variables exprimées en médiane (25epercentile ; 75epercentile) ou moyenne ± écart-type.

Groupe ACR (n= 4) Groupe DV (n= 30)

IGS2 90 [85 ; 96] 43 [31 ; 56]

SOFA 12,5 [11 ; 15] 8 [5 ; 12]

MAC CABE 1,5 [1 ; 2] 1 [1 ;2]

pH 7,18 ± 0,13 7,36 ± 0,13

Bicarbonates (mmol/l) 15 ± 5 22 ± 5

Lactates (mmol/l) 7,7 ± 5,6 3,3 ± 2,8

SOFA : Sequential Organ Failure Assessment Score.

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(équivalent de nos CSIH) dans la prévention de ces décès.

DeVita et al. [28] retrouvent ainsi une diminution de l’inci- dence des AC de 17 % avec le recours croissant à ce type d’organisation sur 6,8 ans. Offner et al. [29] et Buist et al. [8]

rapportent une diminution de 50 % des AC après implanta- tion de telles équipes, et pour Bellomo et al. [9], ce chiffre s’élève à 65 %, avec une diminution de 56 % des décès liés à un AC.

Les limites de notre étude sont évidemment la faible durée de celle-ci (six mois) associée à un nombre limité de patients évalués. Elle constitue donc une première étape et n’a pour ambition que de fournir des axes de recherche future. L’absence de groupe témoin historique s’explique par l’absence de notre équipe au sein de l’établissement hospitalier au préalable et de l’absence de recueil de quelque élément clinique ou organisationnel avant notre venue sur le site.

Un suivi à plus long terme de l’équipe CSIH est néces- saire, de manière à évaluer son efficacité en termes de mor- bimortalité au sein de l’hôpital de la Timone. Il serait égale- ment souhaitable de réaliser une étude multicentrique

prospective en France sur l’évaluation de l’efficacité de telles équipes.

Conclusion

Notre étude nous a permis d’étudier la prise en charge des DV et des AC intrahospitaliers par une équipe médicale d’urgence spécialement dédiée (l’équipe CSIH). Des per- spectives d’amélioration de prise en charge des AC intrahos- pitaliers, grevés d’une mortalité extrêmement importante sont envisageables avec des thérapeutiques précoces débu- tées au stade de défaillance d’organe. Une attitude parfois trop attentiste doit nécessairement être remplacée par une attitude préventive adaptée. Cette démarche est coordonnée par la CSIH, qui organise la mise en place et le suivi (forma- tion continue) des équipes spécialisées avec comme unique objectif la diminution de la morbimortalité intrahospitalière.

Conflit d’intérêt : les auteurs ne déclarent pas de conflit d’intérêt.

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Annexe A. Fiche d’intervention pour les arrêts cardiorespiratoires (AC)

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Annexe B. Fiche d’intervention pour les détresses vitales (DV)

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Références

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