PLACE
DE
L'IMAGINAIRE
DANS
LES
PROJETS
D' ACTIVITES
EDUCATIVES
SCIENTIFIQUES
ET
TECHNIQUES
Denise BENGUIGUI, Joël LEBEAVME
Association des professeurs d'initiation aux sciences physiques
MOTS·CLES : SCIENCES - IMAGINAIRE - ACTIVITESEDVCATIVES - EVALVATION -PROJET
RESUME: A partir de l'expérience en collège de la conception et de l'animation de PAE scientifiques, l'atelier propose de réfléchir sur : comment les PAE scientifiques et techniques intègrent-ils l'imaginaire?
- par leur conception: originalité du sujet, approfondissement et relations avec les autres disciplines; - par leur réalisation avec des recherches préparatoires, un travail sur le terrain et une exploitation des documents ;
- par leur représentation : orale, écrite ou audio-visuelle (quels types de discours? quels supports ?)
SVMMARY : Based on the conception and animation of plans for scientific educational activities experienced in comprehensive schools, investigate a discuss in groups: how do plans for scientific educational activities incorporate the imaginary ?
- by their conception: originality of the subject, thorough research, relations with other subjects ; - by their achievement : preparatory research, field work, use of documents;
- by their presentation: oral, written or audio-visual (what sorts of discussion ?)
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1. QU'EST·CE QU'UN PAE (PROJET D'ACTIVITES EDUCATIVES) ?
Les PAB ont été crées en 1981 par le ministère de l'Education nationale dans les Collèges et les Lycées. Le PAE està inclure dans le contexte d'autonomie des établissements. C'est une ouverture sur l'environnement le plus proche "naturel, culturel, scientifique, économique, technique ou professionnel" de l'établissement.
Larecherche de cette ouverture donne une large place à l'imaginaire des enseignants au sein de la communauté scolaire.
En 1987, nous pouvons lire dans un article duMonde, intitulé "les cents fleurs des PAE" (une telle éclosion n'est-elle pas la preuve que les PAE prennent une source dans l'imaginaire?) "destinés àencourager la rénovation de l'enseignement, ils ont pour objectif d'ouvrir l'école sur l'extérieur, de stimuler l'intérêt des élèves et de lutter contre l'échec scolaire et les inégalités culturelles ... Les établissements ont fait preuve d'une remarquable imagination dans leurs propositions, et la liste est longue des projets originaux menésàbien : construction de fusées, de téléscopes, de machines, réalisations de journaux, de radios locales, d'expositions, de montages audio-visuels, de maquettes, de spectacles, découvertes d'entreprises, de parcs naturels, de musées, aménagements de jardins, de foyers, de bibliothèques, de terrains de sport; enquêtes auprès des élèves, des habitants du quartier, des milieux professionnels."
Des objectifs pour ces PAE : il s'agit d'enrichir et d'ouvrir l'enseignement en:
- illustrant les thèmes abordés en classe par rapportàl'environnement immédiat ou plus lointain;
- augmentant la pratique des différents modes d'expression et de communication; - favorisant l'aptitude des élèves à la créativité, à l'innovation;
- motivant le plus grand nombre d'élèves par des situations diverses extra-scolaires, tenant compte de la diversité des aptitudes des élèves;
- développant ainsi leur capacité de recherche active, de travail en équipe et en autonomie.
2. POURQUOI DES PAE SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES?
Le professeur de sciences physiques au collège propose des PAB et ne se contente pas, dans le meilleur des cas, de participer à ceux des autres disciplines: non seulement il valorise sa discipline, fait preuve d'imagination dans un domaine où elle n'est pas évidente, mais surtout suscite l'intérêt des élèves et les motive pour des sujets scientifiques.
Un article intitulé "Pourquoi des PAE Scientifiques" paru en 1985 dans la revue Argonaute donne une réponse argumentée. Bien sûr, il s'agit d'énoncés dont nous sommes convaincus, mais n'est ce pas fondamental de répéter: "L'Homme du XXème siècle (et XXlème) se meut dans un environnement de plus en plus influencé par les sciences, les technologies et leurs applications. Les choix effectués dans le cadre de la politique scientifique de la Nation et des pays avec lesquels nous
sommes en relation, déterminent les conditions immédiates de notre existence et ses conditionsà long tenne. Dans cette perspective, l'individu privé de la culture scientifique et technique indispensableàla compréhension de cet environnement ne saurait être que passif."
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3. PLACE DE L'IMAGINAIRE DANS CES PROJETS
3.1. Questions centrales
Quels sont les rapports des PAEST (Projet d'Activité Educative Scientifique et Techniquqe)à l'imaginaire Parrapport aux objectifs généraux du colloque cet atelier s'inscrit dans les questions posées par A. Giordan etl-L. Martinand :
- Comment développer les ressources de l'imagination, le plaisir de l'exploration et de la compréhension, la passion de l'invention?
- Quelle est la contribution de l'enseignement scientifique et technologiqueàla formation de la personnalité créatrice?
. Quelles sont les bases d'une culture scientifique et technique composante d'une culture générale?
Pour ce qui concerne les PAE ces trois questions se traduisent en : - Commet les PAE peuvent-ils contribueràun tel développement?
- Quelles qualités créatrices émotionnelles, intellectuelles sont sollicitées chez l'élève? chez l'enseignant?
- Comment les PAE concourent-ils à la formation créative de l'élève? Quels facteurs favorisent ces créations? Comment l'enseignant sollicite-t-ill'imaginaire au sein de ces activités?
- En quoi cette culture véhiculée par les PAE contribue t-elleàla culture générale? - Les PAE sont ils de meilleurs vecteurs de culture que l'enseignement strictement scolaire ? Cette proposition d'atelier permet d'une part de créer une occasion de confrontation de ses
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propres expériencesàcelles d'autres praticiens et d'établir des relations entre chercheurs et praticiens; d'autre part d'apporter par l'analyse d'un PAE, un éclairage sur l'association des termes sciences et techniques, que l'on peut opposer à l'Imaginaire (Cette opposition s'affine si on interroge les dictionnaires: pour le Littré ou le Robert on peut lire au substantif "ce qui n'est point réel, produit, domaine de l'imagination s'opposant au domaine de l'effectif, du réel, du véritable, du vrai". Pour le Quillet l'imaginaire, "n'a pas de réalité, fictif, fabuleux, utopique, inexistant, théorique, inventé s'opposantàl'authentique, le positif, le réel, le vrai, l'effectif'). C'est aussi montrer la part de l'imaginaire en matière d'innovation pédagogique.
3.2. Organisation de l'atelier Proposition d'une méthode de travail :
- 1° temps: présentation d'un PAEST parmi ceux que j'ai vécus dans mon établissement, - 2° temps: analyse de PAE par rapport aux expériences des participants de l'atelier età
l'imaginaire.
D'où des propositions d'outils pour centrer et faciliter le débat:
- des mots importants: ils ont été inscrits au fur et à mesure lors de la présentation, à savoir : recherche, activité, créativité, innovation, expression, communication, imagination, originalité ;
- quatre mots clés agencés en tableau logique où toutes les relations réflexives ou non sontà
trouver, des questions suscitent la réflexion, le débat;
3.3. Présentation d'un PAE : "Pierres et Monuments de Marseille"
Je choisis de présenter en vue d'une analyse en atelier le PAE intitulé "Pierres et Monuments de Marseille". Lors de sa conception, l'équipe enseignante a voulu démontrer que tout en conservant au PAE sa structure innovante en pédagogie, nous pouvons dégager les différentes phases de l'acte d'enseigner:
1 Enoncé d'objectifs, d'acquisitions de savoirs spécifiques aux sciences naturelles (géologie) et à j'histoire et de savoir-faire méthodologiques transférables dans toutes les matières,
2 Activité propreàintégrer les savoirs et savoir-faire,
3 Critères d'évaluation donnés aux élèves dès le début du PAE, 4 Evaluation: auto-évaluation des réalisations visant les savoir-faire.
Nous pouvons résumer et retrouver dans la présentation complète du PAE les trois phases suivantes:
- conception du projet: énoncé d'objectifs, de critères d'évaluation, - réalisation du PAE : mise en oeuvre des objectifs,
- présentation du PAE : évaluation immédiate des productions, plus lointaine des savoirs et si possible des savoir-faire.
Niveau des élèves : classes de 4°
1. Observation méthodique _n >Pétrographie des monuments. __ u >Architecturale.
2. Repérage nmn> Dans l'espace: monument par rapportàla ville, par rapport aux matériaux. _u_u.>Dans le temps: géologie et histoire.
3. Compte rendu ---> Ecrit.
----0.->Oral.
4. Objectifs comportementaux: Apprentissage mm_> de l'autonomie. n_m_> du travail en équipe. Les savoirs :
- Les roches de la région: nature, gisement, extraction. - Quelques repères pour décrire un monument. - Les témoignages de l'extension urbaine. Les savoir·faire :
- Savoir observer: - mise au point d'une grille pour observer avec "une méthode". - utilisation de cette méthode.
- Savoir schématiser: faire un plan, un schéma. - Savoir prendre des photographies.
- Savoir faire un compte-rendu ou descriptif ou explicatif, oral (exposé) ou écrit (album, affiche). Déroulement des activités :
1.Visites n m > de monuments -o.-no.> visite en autonomie. --->visite guidée. _mm_> répartition du travail.
____m_> mise au point d'une méthode d'étude
---0.-0.-->de carrièresm n> visite guidée des carrières gréco-romaines.
_ _ _ _ m >étude du calcaire Carry, son utilisation, son altération.
2. Exploitation des visites __m __m> contenu des compte rendus.
mm_> exploitation méthodique des informations recueillies. mnn> présentation des travauxà l'aide de fiches méthodologiques. 3. Présentation des travaux à l'ensemble de la communauté scolaire: exposition.
Organisation pédagogique:
1. Encadrement: Professeurs de français, histoire et géographie, sciences naturelles.
2. Séquences: 2.1 Sorties _mn> pendant le temps libre des élèves pour la visite des monuments.
mm> 6 h pour les carrières. 2.2 Exploitation ----> 4 séances 1 h1/2. 2.3 Réalisation.
3. Horaire par rapportàl'emploi du temps de la classe: un même après-midi géologie et histoire soit 3 heures regroupées
4. Réalisation des élèves:
4.1 sur la base de leur choix: panneaux d'affichage,
dossiers commentés ou montages audio-visuels, 4.2 présentation des travaux: aux autres élèves de la classe,
aux autres élèves de la communauté scolaire. Calendrier du projet :
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- Novembre-décembre: utilisation des documents, réparùtion des tâches, visite des carrières. - Janvier-février: réalisations.
- Mars-avril: présentation des travaux.
Critères d'évaluation communiqués aux élèves 1. Savoir fmir une tâche entreprise.
2. Savoir présenter un travail en vue de la meilleure communication:
*
choix de présentation claire, concise et précise,*
lisibilité du texte,*
titres : choix de caractères simples, de libellés accrocheurs,*
mise en valeur des photographies, des schémas. 3. Savoir intégrer les connaissances- à partir d'une visite, de documents,
- à parûr d'un travail de recherche individuel ou collectif Tests d'évaluation et évaluarion des réalisations :
1.Les connaissances minimales à acquérir sont vérifiées aussi bien en géologie qu'en histoire-géographie au cours d'un contrôle classique;
2. Les dossiers, albums, panneaux, posters évalués par comparaison par l'ensemble élèves-professeurs ;
3. Les résultats donnés en notes chiffrées et en appréciation sont comptés dans la moyenne trimestrielle de l'élève.
Evaluation du PAE par les professeurs animateurs : 1. Grand intérêt et motivation des élèves
1-1 au cours du travail à partir de fiches de travail autonome pour la visite du monument choisi, 1-2 au cours de la visite sur le terrain des carrières antiques,
1-2-1 grande compétence du commentateur, chercheur CNRS, 1-2-2 plaisir d'un travail hors des murs scolaires.
2. Difficultés rencontrées
2-1 mise en place et répartition des tâches pour un travail en équipe au cours de la phase de réalisation des élèves,
2-2 exploitation sommaire, parfois maladroite et décevante, des documents et des visites, 2-3 intérêt des élèves émoussé dès que l'on exige une trace écrite, un compte rendu ou un exposé,
2-4 intérêt des élèves diminue avec la durée ,c'est-à-dire avec l'étalement de l'activité sur l'année scolaire.
3. Richesse du point de vue didactique par rapport aux enseignants
3-1 au niveau de l'équipe d'enseignants: intérêt du travail en équipe et en interdisciplinarité, 3-2 au niveau des élèves:
3-2-1 interventions plus personnalisées,
3-2-2 occasion d'intégrer des processus méthodologiques transférables avec décloisonnement des disciplines.
4. DISCUSSION
Les participantsàcet atelier étaient d'horizons très divers avec des expériences différentes; un seul participant avait une expérience précise dans le domaine spécifique des PAE d'où une discussion très intéressante, nourrie d'expériences analogues émanant des pays représentés.
4.1. Un imaginaire partagé
Pour les participants, la place de l'imaginaire se réfère au degré d'engagement de l'élève dans le projet. Quelle est la part de la négociation du projet avec les élèves ? Comment maintenir l'engagement et la motivation des élèves de retour en classe? Autrement dit, quelle est la part de l'imaginaire de l'enseignant, celle des élèves dans la conception, la réalisation et la communication de ces projets?
4.2. Dans un imaginaire scolaire
Les participants signalent la rupture introduite par les projets dans les pratiques scolaires. Celte rupture se révèle du point de vue des élèves qui sont sollicités plus souvent pour inventer des démarches inhabituelles (travail en équipe pour présenter, communiquer des résultats de recherche sous forme d'affiche, d'album ou montage audiovisuel). Du point de vue des enseignants cette rupture se signale par la revendication d'une légitimité de ces activités fondée sur une définition précise d'objectifs évaluables.
L'évaluation met en évidence le statut de ces projets, pour les unsil s'agit d'un moyen pédagogique novateur pour gérer des apprentissages, pour d'autres c'est l'occasion de créer, de réaliser sans contraintes d'apprentissages scolaires.
En France, la législation prévoit d'ailleurs ces deux types de PAE : les premiers s'installent dans le temps scolaire (type I), les seconds, organisés hors du temps scolaire, ont une vocation d'activité d'éveil, de club (type II).
Ces conditions de réalisation apparaissent avec spécificité. Ainsi des enseignants de l'Ecole Elémentaire racontent comment, à partir d'un tel projet. ils ont transformé l'école en forêt, et tous les travaux scolaires se sont inscrits dans le projet avec une grande explosion d'imagination. De même des animateurs ANSTJ rapportent les projets réalisés (lancement de microfusées...) qui, pour eux, sont une occasion de réalisation, d'une confrontation de l'imaginaire et de la réalité.
Les projets de type I, avec les contraintes d'organisation et de gestion du temps, en prise directe avec les apprentissages tant notionnels que méthodologiques, apparaissent moins porteurs d'imagination. Cependant les démarches, le travail en équipe interdisciplinaire sollicitent souvent l'invention des élèves.
Il s'agit de créer des situations motivantes de travail, de culture, de rendre le message lisible, crédible, autant de cheminements faisant appel à la créativité, à l'imagination des professeurs car aucun manuel scolaire ne préfigure le projet et aucun processus n'est,a priori,prévisible.
La participation des élèves au cours de ces projets est très diverse et nous nous interrogeons, comme le suggère un collègue universitaire sur la relation entre expert/novice, enseigné/enseignant, élève/élève dans un travail collectif de projet.