© Julieeth Andrea Rincon Sarmiento, 2019
La perception des immigrants colombiens de leur
processus d'intégration à Québec
Mémoire
Julieeth Andrea Rincon Sarmiento
Maîtrise en service social - avec mémoire
Maître en service social (M. Serv. soc.)
La perception des immigrants colombiens de leur processus
d'intégration à Québec
Mémoire
Julieeth Andrea Rincon Sarmiento
Sous la direction de :
iii
Résumé
Cette étude exploratoire de nature qualitative s’intéresse à l’intégration des immigrants dans la ville de Québec. Orientée vers la population d’origine colombienne, elle vise à répondre à la question : Quelle est la perception des immigrants colombiens établis à Québec de leur processus d’intégration ? Dans la présente recherche, l’intégration est définie comme un processus multidimensionnel comprenant la sphère socioéconomique, civique, culturelle et linguistique. Dans le but d’obtenir un regard plus approfondi de l’expérience subjective d’intégration des immigrants, de leur parcours migratoire ainsi que de leur perception sur ce que signifie pour eux une intégration réussie, onze immigrants d’origine colombienne ont été interviewés.
L’analyse du discours des participants nous indique que la définition d’intégration dans une nouvelle société est très variée pour ces personnes. Cette définition est personnelle et subjective, contrairement à celle proposée par les politiques d’immigration. Bien que pour certains immigrants, le fait d’occuper un emploi correspondant à leurs capacités s’avère la clé de l’intégration réussie, pour d'autres, l’intégration est reliée à la capacité de développer leurs projets professionnels dans le nouveau pays. La création des liens avec les membres de la communauté hôte, la participation à la vie culturelle de la ville de Québec ainsi que l’apprentissage de la langue française ont également été nommés par les participants comme des composantes clé de l’intégration.
Enfin, bien que l’analyse du composant subjectif du processus migratoire puisse faciliter la tâche aux immigrants pour devenir des acteurs majeurs de leur processus d’intégration, il serait également intéressant que des recherches futures approfondissent les stratégies mises en œuvre par les populations natives afin de faciliter l’insertion des nouveaux arrivants.
iv
Abstract
This exploratory qualitative study presents and examine the perceptions of the integration process of Columbian immigrants living in Quebec City. In this present paper, integration is understood as a multidimensional process which includes the socioeconomic, civic, cultural and linguistic aspects. In order to have a better understanding of the subjective experience, migratory paths and the meanings behind a “successful integration”, eleven individuals have been interviewed for this study.
When analysing the participants’ discourses, the definition of integration into a new society varies between respondents; their definitions are very personal, subjective and don’t match with the definition proposed by immigration policies. For some respondents, being able to use their skills meaningfully in work is a key part of a successful integration, for others, their integration is interrelated to their capacity to develop professional endeavours in their new country. Furthermore, establishing connections with members of the host society, participating in the cultural life and learning the French language have been identified as key components of their integration in Quebec City.
Finally, although the analysis of the subjective experiences of a migratory journey might help immigrants to become major stakeholders in their integration process, future research must examine strategies used by the native population to facilitate their inclusion.
v
Resumen
El presente estudio cualitativo se interesa en la integración de los inmigrantes a la ciudad de Quebec. Orientada a la población de origen colombiano, esta investigación pretende responder a la pregunta: ¿cuál es la percepción de los inmigrantes colombianos establecidos en Quebec acerca de su proceso de integración? Para fines del presente estudio, la
integración es entendida como un proceso multidimensional conformada por la esfera socioeconómica, cívica, cultural y lingüística. Con el objetivo de tener una visión más profunda acerca de la experiencia subjetiva de la integración, del trayecto migratorio así como de lo que significa para los inmigrantes una “integración exitosa”, once inmigrantes de origen colombiano fueron entrevistados.
El análisis del discurso de los participantes nos indica que la definición de integración a una nueva sociedad varía de una persona a otra. Esta definición es personal y subjetiva, contrariamente a la planteada por las políticas de inmigración. Aunque para algunos inmigrantes el hecho de ocupar un empleo correspondiente a sus capacidades es significado de una integración exitosa, para otros la integración está relacionada con la posibilidad de desarrollar proyectos personales en el nuevo país. Otros factores nombrados por los participantes considerados importantes en el proceso de integración fueron la creación de lazos con los nativos de la comunidad, la participación a la vida cultural de la ciudad de Quebec y el aprendizaje del idioma francés.
Finalmente, aunque el análisis del componente subjetivo del proceso migratorio pueda facilitar el estudio del proceso de integración en una nueva sociedad, sería igualmente interesante que investigaciones futuras profundicen acerca de las estrategias puestas en marcha por las poblaciones nativas para facilitar la inserción de los inmigrantes.
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Table des matières
Résumé ... iii
Abstract ... iv
Resumen ... v
Table des matières ... vi
Liste des tableaux ... ix
Liste de figures ... x Abréviations et sigles ... xi Remerciements ... xii Introduction ... 1 Chapitre I – Problématique ... 3 1.1 Objet de l'étude ... 3
1.1.1 Regard historique de la migration dans le monde ... 3
1.1.2 Portrait de l’immigration au Canada et au Québec... 6
1.1.3 L’intégration des immigrants au Québec et ses défis ... 8
1.1.4 La Colombie ... 10
1.2 Recension des écrits... 18
1.2.1 L’intégration des immigrants au Canada et au Québec ... 19
1.2.2 Études portant sur les différentes dimensions de l'intégration ... 21
1.2.3 Aspects contributifs et limitants au processus d’intégration ... 24
1.2.5 Limites méthodologiques des études actuelles ... 26
1.3 Pertinence de la recherche ... 27
1.3.1 Pertinence sociale ... 27
1.3.2 Pertinence scientifique ... 27
Chapitre II- Cadre théorique et conceptuel... 29
2.1 Cadre théorique... 29
2.1.1 Le modèle interculturel systémique ... 29
2.2 Objectifs spécifiques de recherche ... 31
2.3 Cadre conceptuel ... 32
vii
2.3.2 Intégration des immigrants ... 32
2.4 Tableau d’opérationnalisation des concepts ... 34
Chapitre III- Méthodologie ... 35
3.1 Approche de recherche privilégiée ... 35
3.2 Type de recherche ... 36
3.3 Population à l’étude ... 36
3.4 Méthode d'échantillonnage ... 37
3.5 Le mode de collecte des données ... 38
3.6 Analyse des données ... 39
3.7 Considérations éthiques ... 40
Chapitre IV – Présentation des résultats ... 42
4.1 Présentation des participants ... 42
4.1.1 Les présentations individuelles ... 42
4.1.2 Le profil général de l’échantillon ... 48
4.2 Présentation des résultats ... 49
4.2.1 Les perceptions à propos des parcours prémigratoire et migratoire ... 49
4.2.2 La préparation du projet migratoire ... 56
4.2.3 Les perceptions de leur parcours post-migratoire... 58
4.2.4 Leur perception de ce que signifie l’intégration ... 75
4.2.5 La perception à propos de leur intégration ... 78
4.2.6 Les facteurs contributifs à leur intégration ... 82
4.2.7 Les facteurs limitatifs à leur intégration ... 83
Chapitre V - Discussion ... 89
5.1 La perception de l'intégration chez les immigrants colombiens ... 89
5.1.1 Leur perception à propos de leur intégration socioéconomique ... 90
5.1.2 Leur perception à propos de leur intégration linguistique ... 93
5.1.3 Leur perception à propos de leur intégration civique ... 94
5.1.4 Leur perception à propos de leur intégration culturelle ... 96
5.2 Intégration réussie telle que perçue par les Colombiens ... 97
5.3 Les aspects contributifs à leur intégration ... 99
5.4 Les aspects limitatifs à leur intégration ... 100
5.5 Forces et limites de l’étude ... 102
viii
5.6.1 La portée de l’étude pour l’intervention ... 103
5.6.2 Les perspectives pour la recherche ... 104
Conclusion ... 106
Bibliographie ... 108
Annexe A – Récits des participants en espagnol ... 119
Annexe B – Courrier électronique de recrutement des participants ... 143
Annexe C - Annonce de recrutement des participants ... 145
Annexe D – Grille d’entrevue ... 147
Annexe E- Formulaire de consentement ... 151
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Liste des tableaux
Tableau 1 : Chronologie des accords de paix entre le gouvernement colombien et les
différents groupes armés.
Tableau 2 : Stratégies de recherche d’articles scientifiques Tableau 3 : Opérationnalisation des concepts
Tableau 4 : Portrait des participants à l’étude
Tableau 5 : Les raisons des participants pour migrer à Québec Tableau 6 : Occupation actuelle des participantes
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Liste de figures
Figure 1 : Carte de la Colombie
Figure 2 : Présence des groupes armés, du narcotrafic et du pétrole en Colombie en 2006
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Abréviations et sigles
AUC : Forces d’Autodéfense unies de Colombie CIC : Citoyenneté et Immigration Canada
DANE : Departamento Administrativo Nacional de Estadistica de Colombia ELN : Armée de Libération Nationale
ENM : Enquête Nationale auprès des Ménages EPL : Armée Populaire de Libération
FARC : Forces Armées Révolutionnaires de Colombie M-19 : Mouvement 19 avril
MIDI : Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec OIM : Organisation Internationale pour les Migrations
xii
Remerciements
Ce mémoire représente pour moi l’aboutissement de mon parcours académique. Il s’agit également d’un des défis les plus importants que j’ai eus à surmonter en tant que femme immigrante. Ce fut une belle aventure! J’aimerais exprimer ma reconnaissance envers l’ensemble des personnes qui, de près ou de loin, ont contribué à la réalisation de ce mémoire.
Tout d’abord, j’aimerais remercier de tout cœur les onze personnes qui ont accepté de participer à ce projet de recherche et qui ont partagé, avec moi, leur parcours migratoire. Vous avez su, chacun à votre façon, m’inspirer et développer mon intérêt au sujet de l’immigration.
Mes plus sincères remerciements à ma directrice de maîtrise, Stéphanie Arsenault. Merci pour ta disponibilité, tes précieux conseils et la confiance que tu m’as démontrés dès le début de mon projet d’études.
J’adresse également un merci particulier à Irina. Nos discussions au début de mes études ont inspiré ce sujet de recherche. Merci également à Natalia et à Claudia. Vous m’avez fait comprendre que ce projet de maîtrise était réalisable. Merci pour vos encouragements tout au long de mon parcours.
Merci également à mes collègues et amis F.X, Myriam, Anna et Andres. Vous m’avez apporté une aide précieuse tout au long de ce grand projet.
Merci à Mathieu pour la lecture et pour la vérification orthographique de ce manuscrit. Tu as rendu ce document plus adéquat aux yeux de la langue française.
Merci à ma famille qui m’a toujours encouragée dans mes projets, malgré ma décision de partir loin de mon pays natal. Merci également à mon conjoint, Jairo, mon allié de tous les
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jours. Merci pour ton amour et pour le courage que tu as eu lorsque tu as fait tes valises afin de venir écrire cette histoire avec moi. Je t’aime.
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Introduction
L'immigration n'est pas un phénomène nouveau au Québec. Depuis la création du premier ministère de l'Immigration du Québec (MIQ) en 1968, la province maintient une politique en matière de sélection et d’intégration des nouveaux arrivants appelés à s’établir sur le territoire. Cette politique vise principalement l’accroissement de la population canadienne et le peuplement de son vaste territoire (St-Amour et Ledent, 2010). Selon Statistique Canada, au Québec, 13,7% de la population, soit 1 091 305 personnes, ne sont pas nées au Canada et sont donc considérées immigrantes (Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion [MIDI], 2016).
La politique d’immigration québécoise est divisée en différentes catégories de sélection : immigration économique, regroupement familial et refuge. Cependant, les deux tiers des nouveaux arrivants appartiennent à la catégorie d l’immigration économique. Ceci tient au fait que la politique s'appuie sur la théorie du capital humain, qui prédit que les compétences et les aptitudes d'une personne déterminent sa productivité et ses revenus, ce qui se traduit en une meilleure intégration à la nouvelle société (Forcier et Handal, 2012; Li, 2003).
Évaluer l’intégration des immigrants dans une société peut devenir un enjeu complexe, compte tenu des différentes facettes de celle-ci. C’est pourquoi les études portant sur ce processus se penchent majoritairement sur l’intégration au marché du travail ou bien sur les difficultés liées à l’intégration socioéconomique. Les études portant sur l’expérience individuelle d’intégration ainsi que sur la perception de ce que signifie une intégration réussie sont peu nombreuses (Misiorowska, 2011).
La présente recherche porte sur les immigrants colombiens établis au Québec et sur la perception que ceux-ci ont de leur processus d’intégration socioéconomique, civique,
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culturelle et linguistique. Ainsi, la question générale de cette recherche sera : « Quelle est la perception des immigrants colombiens établis à Québec de leur processus d’intégration? »
Le paradigme épistémologique dans lequel s’inscrit la recherche est le constructivisme, puisque notre intérêt est d’obtenir un regard plus approfondi de l’expérience subjective d’intégration des immigrants colombiens, de leur parcours migratoire ainsi que leur perception sur ce que signifie pour eux une « intégration réussie ».
La recherche sera divisée de la manière suivante : la première partie porte sur la problématique et inclut une présentation de l’objet d’étude, la démarche documentaire réalisée, la recension des écrits sur la problématique de l’intégration des immigrants ainsi que la pertinence sociale et scientifique de la recherche. La seconde partie contient la perspective théorique choisie ainsi que le cadre conceptuel et son opérationnalisation. La troisième partie porte sur la méthodologie adoptée pour la présente recherche. Suivra une description des considérations éthiques. Au quatrième chapitre la présentation des résultats de la démarche menée auprès d’onze immigrants colombiens sera exposée. Le cinquième chapitre comporte la discussion de ces résultats. Finalement, la conclusion générale présentera une synthèse des principaux constats de cette recherche.
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Chapitre I – Problématique
Le premier chapitre définit la problématique du sujet à l’étude. Premièrement, l'objet de l’étude sera décrit. Ensuite, une recension des principaux écrits scientifiques publiés récemment sera présentée, notamment sur l’intégration des immigrants. Ces deux sections servent à appuyer la pertinence scientifique et sociale, ainsi qu’à identifier les objectifs de la présente recherche.
1.1 Objet de l'étude
1.1.1 Regard historique de la migration dans le monde
Le phénomène de la migration est vieux comme l’humanité. D’après les scientifiques, l’humain a commencé à parcourir la planète dès la préhistoire. Le premier voyage intercontinental de l’homo sapiens aurait été réalisé à partir du Moyen-Orient vers la péninsule arabique. La traversée se serait poursuivie jusqu’à ce qu’il occupe les territoires de l’Inde, de l’Asie du Sud-Est, de l’Australie et de l’Europe. Ensuite, certains individus auraient franchi le détroit de Béring afin de s’installer dans les Amériques. Avec l’avènement des civilisations grecque, mongole et romaine, l’immigration s’est poursuivie, notamment à cause des invasions et des conquêtes en Europe et en Asie. Postérieurement, les routes commerciales tracées par les puissances européennes autour du XVe siècle ont servi aux mouvements volontaires de la population, mais également involontaires1 . Le Royaume-Uni, le Portugal, l’Espagne et l’Italie ont envoyé des ressortissants vers l’Amérique afin de servir leurs intérêts outre-mer. En même temps, et dans des conditions déplorables, des millions d’esclaves africains étaient envoyés vers l’Amérique pour y travailler (Keeley, 2009).
1On distingue deux sortes de mouvements de population : ceux qui sont volontaires et ceux qui sont « involontaires » —
ces derniers font référence aux rapports de forces défavorables aux migrants dont des exodes qui suivent catastrophes naturelles, des invasions ou des déplacements entraînés par la traite de peuples (Ahmed, 2008).
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« Trois cent mille Portugais au moins émigrèrent au Brésil pendant le XVIIIe siècle, « un contingent humain plus important…que celui que l’Espagne avait envoyé dans toutes ses colonies d’Amérique ». On estime à quelque dix millions le total des esclaves importés d’Afrique, depuis la conquête du Brésil jusqu’à l’abolition de l’esclavage […]. Les esclaves s’appelaient « pièces des indes » lorsqu’ils étaient mesurés, pesés et embarqués à Luanda; ceux qui survivaient à la traversée de l’Océan devenaient, au Brésil, « les mains et les pieds » du maître blanc. […]» (Galeano, 1971, p.78).
Tout à long du XIXe siècle et après l’abolition de l’esclavage en Europe et en Amérique, un nouveau flux d’immigrants, provenant entre autres de la Russie, de l’Italie et de l’Irlande, arriva en Amérique pour travailler dans les plantations appartenant à des administrateurs européens. On estime à environ 55 millions le nombre de personnes provenant de l’Europe qui se sont établies en Amérique entre 1820 et 1920. Dans la même période, l’Australie a accueilli près de 50 000 immigrants par année provenant notamment de l’Angleterre et de la Chine. C’est précisément l’Australie qui fut le premier pays à instaurer des lois afin d’interdire l’entrée d’étrangers sur son territoire, et ce à partir de 1850. : Le Canada et les États-Unis ont fait de même en fermant la porte aux immigrants asiatiques à partir des années 1880 et aux immigrants provenant de l’Amérique latine et de l’Europe de l’Est à partir de 1920 (Keeley, 2009).
Au XX siècle, la Seconde Guerre mondiale entraîna un nombre important de migrants volontaires et involontaires. Les déportations massives et les exils pour causes politiques entraînèrent le mouvement d’environ 50 millions de personnes à travers l’Europe et dans le reste du monde (L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, [ACNUR], 2014). Ensuite, dans la période post-guerre, une Europe détruite fit appel aux travailleurs des pays moins développés économiquement. L’Europe devint alors un continent d’immigration (Abu-Warda, 2008).
Dans la même période, des pays comme l’Australie, le Canada, les États-Unis et l’Argentine se sont servis de la migration comme stratégie pour augmenter leur population et, par conséquent, leur capacité productive. Ces pays ont été des pionniers dans la structuration des
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processus d’immigration formels. Cependant, les critères de sélection favorisaient la migration des Européens en excluant les immigrants des autres régions du monde (Abu-Warda, 2008).
La crise du pétrole des années 1970 a créé un ralentissement de l’économie mondiale et, par conséquent, une augmentation du chômage, ce qui se traduisit par la diminution du recrutement de travailleurs provenant de l’Europe. Les pays développés ont mis en œuvre des nouvelles politiques d’immigration qui limitaient la libre circulation des personnes vers leurs territoires. Les critères de sélection ont alors été modifiés pour se concentrer sur les capacités et l’expérience de travail des demandeurs plutôt que sur leur origine ethnique (Spellman, 2002). Toutefois, selon la Commission sur les migrations internationales (2005), depuis 1965, le nombre de migrants internationaux a considérablement augmenté pour doubler, passant de 75 à 150 millions de personnes en 2002, puis à 214 millions en 2010.
Les facteurs expliquant la migration ont changé radicalement, notamment au cours des dernières décennies (Castles & Miller, 2004). Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), parmi les causes qui motivent la migration internationale se trouvent la recherche d’une meilleure qualité de vie pour les personnes et leurs familles, l’inégalité des
revenus dans une région ; les conditions politiques et de travail dans le pays d’origine, mais aussi dans le pays d’accueil, les conflits politiques et les catastrophes naturelles (Abu-Warda, 2008).
Il est possible de penser, entre autres, que le sous-développement économique dans plusieurs pays du monde motive les individus à migrer vers les pays riches où ils espèrent avoir une meilleure qualité de vie. Les pays riches, pour leur part, subissent actuellement un manque de main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée, c’est pourquoi certains d’entre eux ont mené des efforts pour attirer des migrants des pays sous-développés (Misiorowska, 2011). À ce propos, Portes et DeWind (2007) postulent qu’une des plus grandes motivations pour migrer est en
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lien avec l’obtention d’un style de vie « occidental » caractérisé par un haut niveau de consommation, issu du capitalisme.
Des changements sociaux survenus dans le dernier siècle s’ajoutent ainsi comme facteurs qui ont encouragé une augmentation de la migration. La mondialisation de l’économie, le vieillissement de la population dans certaines régions du monde, les conflits armés, la décolonisation, le sous-développement de régions du monde et la participation des femmes sur le marché du travail n’en sont que quelques exemples (Merrien, Parchet et Kernen, 2007; Misiorowska, 2011).
Selon les Nations Unies, en 2015, 244 millions de personnes vivaient en dehors de leur pays d’origine, soit une augmentation de 41% par rapport à 2000. Plusieurs raisons permettent d’expliquer cette croissance : l’inégalité économique entre les pays du Nord et du Sud, des pressions politiques, climatiques et même démographiques, des conflits ethniques et la libéralisation du commerce. Toutes ces réalités sont des exemples des enjeux mondiaux actuels. Également, la période actuelle serait particulièrement propice à la mobilité. Dans les mots de Pécaud (2014), « nous vivrions dans une ère de mobilité, dans la mesure où les mouvements constants de population par-delà les frontières font partie intégrante du processus de mondialisation rapide auquel nous assistons aujourd’hui. […] tous les quelques 190 États souverains du monde sont maintenant des pays d’origine, de transit ou de destination, et souvent les trois à la fois » (p. 73).
1.1.2 Portrait de l’immigration au Canada et au Québec
Au Canada, au cours du dernier siècle, plus de 14,5 millions d’immigrants sont arrivés au pays (Anucha, Lovell et Jeyapal, 2010). Selon Statistique Canada, au pays, plus d’une personne sur cinq est née à l’étranger, ce qui représente 22% de la population. La majorité de la population d’origine étrangère (94,8%) réside dans quatre provinces : l’Ontario, la Colombie-Britannique, le Québec et l’Alberta (Statistique Canada, 2016). L’origine des immigrants est très variée ; ceux-ci proviennent le plus souvent de pays hétérogènes sur les
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plans culturel et linguistique. La plupart d’entre eux sont originaires d’Asie (56,9%). Cependant, dans les dernières années, l’immigration issue des pays de l’Afrique, des Antilles, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud a augmenté significativement. Parmi les pays de naissance les plus fréquemment déclarés par les immigrants récents se trouvent les Philippines, la Chine, l’Inde, les États-Unis, le Pakistan, le Royaume-Uni, l'Iran, la Corée du Sud, la Colombie et le Mexique (Citoyenneté et Immigration Canada, 2015).
En ce qui concerne le Québec, cette province compte au total 7 965 450 personnes dont 1 091 310 sont des immigrants, ce qui représente 14,4% des nouveaux arrivants au pays (Statistique Canada, 2016). Ces immigrants sont originaires principalement de la Chine, de la France et d’Haïti. Par rapport à la région d’installation, environ sept immigrants sur dix prévoient s’installer à Montréal (MIDI, 2016).
Dans la région de la Capitale Nationale le nombre d’immigrants s’élève à 41 895 personnes, ce qui représente 5,9% de la population (Statistique Canada, 2016). Ils habitent principalement dans les arrondissements de Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, la Cité-Limoilou et Les Rivières (Ville de Québec, 2015). Les principaux pays de naissance des immigrants installés à Québec sont la France, la Colombie et le Maroc.
En ce qui concerne les immigrants provenant de la Colombie, depuis les premières vagues d’immigration des Colombiens dans les années 1970, la présence d’immigrants de cette origine au Québec s’accentue constamment (Humanez-Blanquiccet, 2012). Selon le Recensement de la population de 2016, 25 580 personnes se sont déclarées d’origine ethnique colombienne dans la province. À Québec, le nombre de personnes de cette origine s’élève à 2635 (Statistique Canada, 2016).
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1.1.3 L’intégration des immigrants au Québec et ses défis
Au cours de la période 2011-2015, les 2/3 des immigrants admis au Québec étaient issus de l’immigration économique, et plusieurs raisons expliquent ce fait. Les défis de la province par rapport au vieillissement de la population, le manque de main-d’œuvre et la baisse du taux de natalité chez les femmes québécoises ont amené le gouvernement à renforcer l’immigration économique comme stratégie de dynamisation de l’économie. L’immigration économique vise donc à favoriser la sélection de candidats dont le profil répondrait aux besoins du marché du travail québécois (MIDI, 2014).
Aujourd’hui, la population immigrante qui vient s’installer au Québec est plus instruite que jamais : 59,4% des immigrants arrivés au Québec pendant la période 2011-2015 ont affirmé connaître le français, alors que 67,8% des immigrants ont un niveau de scolarité élevé (14 ans et plus d’études) (MIDI, 2016).
Le gouvernement du Québec a développé plusieurs stratégies, telle la création du ministère de l’Immigration en 1968, afin d’améliorer l’intégration des nouveaux arrivants au marché du travail, la promotion de l’apprentissage de la langue française, la promotion des valeurs communes de la société québécoise, la gestion de la diversité ainsi que la valorisation de la pleine participation des Québécois des communautés culturelles à la vie du Québec. Devenu aujourd’hui le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), il gère le programme de francisation ainsi que les séances d’information pour faciliter l’installation et l’intégration au travail des immigrants. Il travaille également en partenariat avec plusieurs organismes communautaires qui luttent en faveur de l’intégration des nouveaux arrivants (MIDI, 2014).
Cependant, la légitimité de telles politiques a été remise en question par certains auteurs qui se basent sur les chiffres des résultats économiques des récentes cohortes d’immigrants en termes de salaire moyen, de taux d’emploi et de taux de chômage : 28% des prestataires
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d’aide sociale au Québec sont des immigrants, bien que ceux-ci en bénéficient moins longtemps que les Québécois non immigrants (MIDI, 2011). Ceux-ci affichent un taux de chômage deux à trois fois plus élevé que le reste de la population et d’importantes différences salariales subsistent toujours entre la population immigrante et la population native du Québec. Cela en ajoutant que le niveau de scolarité des immigrants récents est le plus élevé jamais enregistré (Forcier et Handal, 2012; Fleury, 2007; Reichhold et Jacob, 2012). Des recherches menées au Canada et au Québec sur l’intégration des immigrants sont du même avis, en suggérant que les immigrants doivent faire face à des problèmes comme la déqualification professionnelle, les bas salaires et le chômage (Galarneau et Morissette, 2008; Cardu et Sanshagrin, 2002; Pinsonneault, Benzakour, Lechaume et Lanctôt, 2010).
La population colombienne au Québec n’échappe pas à cette situation. En 2011, d’après le portrait statistique de la population d’origine colombienne au Québec, malgré que 34,9% des membres de cette communauté détiennent un diplôme universitaire, pourcentage supérieur à celui de la société québécoise correspondant à 18,6 %, les Colombiens affichent un taux de chômage deux fois celui de la population native (13,7% et 7% respectivement) (MIDI, 2014).
Bien que l’insertion à l’emploi soit fréquemment associée au concept d’intégration des immigrants, cette dernière est un défi complexe qui inclut plusieurs sphères de la vie (Fortin, 2000). La participation civique, l’apprentissage de la langue ainsi que l’intégration à la culture sont des dimensions qui jouent un rôle important lorsqu’on parle d’intégration, ce qui nous amène à penser aux composantes subjectives de ce processus. Malheureusement, peu d’études se penchent sur d’autres dimensions que l’économique, et rares sont celles qui s’intéressent à l’expérience subjective de l’intégration (Misiorowska, 2011). Elles se penchent en majorité sur les immigrants qui appartiennent à la catégorie des travailleurs qualifiés, donc elles s’intéressent à leur insertion professionnelle. Finalement, les études auprès de la population colombienne établie au Québec sont peu nombreuses (Arsenault, 2010; Blain, 2005; Charland, 2006; Grisales, 2015). Celles-ci se sont intéressées principalement aux réfugiés et à la trajectoire socioprofessionnelle de cette population.
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1.1.4 La Colombie
La Colombie est le 4e plus grand pays par sa superficie en Amérique du Sud. Il est le
deuxième pays le plus riche au monde en termes de biodiversité vu la variété importante de plantes, de fleurs, d’animaux terrestres, aquatiques ainsi que d’oiseaux qui s’y trouvent (Rangel-Ch, 2015). Il s’agit d’un pays géographiquement privilégié étant donné qu’il possède des côtes sur l’océan Atlantique ainsi que sur le Pacifique. Ses trois chaînes de montagnes (cordillera central, occidental et oriental) permettent l’existence de couches thermiques variables avec des températures allant de 0° à 40°C (Rangel-Ch, 2005).
La diversité qui caractérise le pays ne se traduit pas uniquement par sa richesse naturelle. La population colombienne est elle-même un exemple de diversité culturelle. Le métissage de blancs espagnols et d’esclaves noirs et d’amérindiens nourrit une diversité culturelle. La population actuelle s’élève à 47 661 790 d’habitants, dont 61% sont de métis, 20% de blancs, 10,6% de noirs et 2 % d’amérindiens (2%). L’espagnol est la langue nationale, parlée par 85% de la population (Auzias et Labourdette, 2009).
Toutefois, la Colombie a connu l’une des crises humanitaires les plus graves et longues de l’histoire contemporaine (Charland, 2006; Cledon, 2011)). Près de 7 millions de personnes ont été déplacées en raison d’un conflit interne, dont 374 000 exilées, ce qui a fait de ce pays l’un des principaux « producteurs » de personnes réfugiées au monde (Organisation internationale des Nations Unies [ONU], 2009).
11 Figure 1 - Carte de Colombie
1.1.4.1 Contexte historique de la Colombie
Historiquement, la Colombie a été gouvernée par deux partis politiques rivaux qui représentent l’oligarchie nationale, soit le parti libéral et le parti conservateur. Dans les années 1940, Jorge Eliecer Gaitan, leader du parti libéral, fait usage d’un langage ouvertement populiste qui obtient l’appui de la classe populaire. L’assassinat de celui-ci, en 1948, déclenche l’épisode connu comme « el bogotazo ». Il s’agit de la révolte de la classe populaire contre le parti conservateur qui résulte, notamment, par la destruction du centre de Bogota. La rivalité entre les deux partis politiques est accentuée et le pays plonge dans une guerre civile qui tuera 200 000 personnes et qui créera le déplacement de deux millions de personnes2 (Charland, 2006; Lambert, 2014).
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Cette période, nommée La Violencia, s’achève en 1958 avec un accord signé entre les deux partis afin de conclure une entente pour se répartir le pouvoir, entente connue sous le nom de « Front national ». Selon des auteurs comme Pécaut (2000), la création du Front national a été vue par plusieurs Colombiens comme une trahison de la part du parti libéral qui a bien protégé ses propres intérêts. Certaines personnes se sentaient ainsi humiliées en raison du conflit généré pour défendre la cause des élites et du fait qu’elles aient été oubliées avec la signature de l’entente. En plus, tant la pauvreté des paysans que le manque de terres dans les régions rurales demeuraient des problématiques principales du pays. C’est dans ce contexte que les premiers groupes de guérillas se créèrent.
En 1964, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ainsi que l’Armée de libération nationale (ELN) ont vu le jour. Le premier groupe, d’obédience communiste, et le deuxième, inspiré de la révolution cubaine et de la théologie de la libération, sont les deux principaux groupes de guérillas formés par des paysans qui cherchaient à revendiquer des droits pour la classe populaire. Le mouvement 19 avril (M19), de tendance marxiste, fit son apparition sur la scène nationale dans les années 1970. Toutefois, malgré leur intention de remplacer le système capitaliste par un système socialiste, ces groupes sont devenus des groupes qui terrorisaient la population colombienne (Hallé, 2007). L’enlèvement de civils pour des rançons, l’assaut de civils sur les routes ainsi que les extorsions de propriétaires miniers et agricoles ont fait partie des stratégies de ces groupes afin de se financer.
D’autres acteurs sont apparus sur le plan national comme réponse aux mouvements gauchistes. Le groupe paramilitaire connu sur le nom d’Autodefensas unidas de Colombia (AUC) est fondé dans les années 1980 (Velasquez, 2007). Il faut toutefois mentionner que les AUC ne furent qu’une des expressions militaires du phénomène paramilitaire en Colombie. Selon des auteurs tels que Garcia-Peña (2005), le paramilitarisme est une vieille stratégie des élites colombiennes afin d’abattre leurs opposants par le recours à la force. Medina (2005) renforce cette idée en ajoutant que « le paramilitarisme […] est le meilleur appui qu’a compté l’État pour développer sa stratégie de guerre contre les insurgés » (p.78).
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Cette stratégie de guerre s’est souvent traduite par des crimes et par l’utilisation des moyens violents interdits par des lois. Ces forces de répression ont fait le travail que l’Armée régulière colombienne ne pouvait pas faire comme « tuer des gens et commettre des massacres » (Hallé, 2007, p.24).
Cependant, d’après les paramilitaires, les cibles n’étaient pas seulement les insurgés, mais également la population civile perçue comme la base sociale et politique de l’ennemi (Velásquez, 2007). La recherche de Hallé (2007) approfondit sur le rôle de la population civile colombienne dans le conflit armé : « soit elle s'implique aux côtés de l’État dans la guerre en étant liée directement ou indirectement à la stratégie paramilitaire, soit elle devient l’objectif principal de la guerre de contre-insurrection » (p. 5). Les paysans qui habitaient dans les petits villages ont été les plus affectés par cette situation; « d’une part, l'armée les oblige[ait] à coopérer dans la lutte contre les FARC, d’autre part [certains étaient] assassinés par les FARC, qui les élimin[aient] parce qu'ils coopér[aient] avec l'armée, et par les paramilitaires au service d'intérêts économiques et politiques; les paysans n'ont eu d'autre choix que de quitter leurs villages » (Rubio, 1999, p.1). La figure 2 montre la présence des différents groupes armés sur le territoire colombien en 2006. On y constate que tant les groupes d’extrême gauche dont les FARC et l’ELN comme le groupe d’extrême droite correspondant aux AUC occupaient une grande partie du territoire national.
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Figure 2 - Présence des groupes armés, du narcotrafic et du pétrole en Colombie en 2006
1.1.4.2 Les accords de paix
Depuis les années 1980, sept accords de paix ont été entamés en Colombie entre le gouvernement et les différents groupes armés (Fajardo, 2016). Voici une chronologie des principaux essais pour régler le conflit armé colombien.
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Tableau 1- Chronologie des accords de paix entre le gouvernement colombien et les différents groupes armés.
1984 Dialogues de paix entre le gouvernement du président Belisario Bétancourt et les FARC, le M-19 et l’EPL.
1986 Signature de l’accord de paix entre le gouvernement du président Virgilio Barco et le M-19 et l'EPL. Démobilisation du groupe M-19.
1990 Dialogues de paix entre le gouvernement du président César Gaviria et les FARC, l’ELN et l’EPL.
1994 Dialogues de paix entre le gouvernement du président Ernesto Samper et l’ELN
1998 Dialogues de paix entre le gouvernement du président Andres Pastrana et les FARC. Ces dialogues finissent avec une zone de distension de 42 000 km favorisant les FARC
2003-2006
Négociations entre le gouvernement du président Alvaro Uribe et les AUC, qui donnent comme résultat la démobilisation de ces dernières.
2012-2016
Accord et signature du processus de paix entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les FARC
Bien que l’accord de paix entre le gouvernement du président Santos et les FARC laisse entrevoir la fin d’une guerre qui selon les chiffres de l’ACNUR (2016) depuis les années 1960 a fait au moins 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et près de sept millions de déplacés, le post conflit se montre alors comme un gros défi. Des millions de Colombiens ont subi les horreurs de la guerre et de la violence, un gros pourcentage des victimes se retrouve aujourd’hui avec des problèmes de stress post-traumatique, de consommation de drogues ou d’alcool ainsi que des problèmes d’anxiété (ACNUR, 2016). Également, la démobilisation et la réintégration des anciens combattants, dont certains ont passé leur vie entière dans le conflit, se montrent comme le défi le plus immédiat (Léveillé, 2016).
Finalement, à ce panorama s’ajoutent d'autres problèmes sociaux, tels les inégalités socioéconomiques, le chômage (9,7%), la corruption et le narcotrafic (Dufort, 2007).
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1.1.4.3 L’émigration colombienne
La Colombie est un pays d’émigration, plutôt que d’immigration. Elle a vu émigrer presque 10% de sa population tout à long des soixante dernières années. Selon les statistiques gouvernementales, près de 4 700 000 Colombiens habitent à l’extérieur du pays, principalement aux États-Unis (34,6%), en Espagne (23,1%), au Venezuela (20%), en Équateur (3%) et au Canada (2%) (Ministère des Relations extérieures de Colombie, 2013).
Les facteurs qui expliquent ce phénomène sont très variés. Ils peuvent être divisés en trois types, soit les facteurs économiques, les facteurs sociaux et les facteurs politiques (Solimano, 2003).
En ce qui concerne les facteurs économiques, selon Solimano et Tokman (2006), la différence de revenu entre les pays développés et les pays en développement est un élément important à considérer pour expliquer les flux migratoires. Pour le cas spécifique de la Colombie, le revenu per capita ainsi que l’offre de travail sont plus bas en comparaison à ceux des pays industrialisés, tels que l’Espagne, les États-Unis et le Canada, pays qui comptent une population nombreuse de Colombiens (La Banque Mondiale, 2015).
Ensuite, les facteurs sociaux sont en lien avec la présence de compatriotes, d’amis ou de proches dans le pays d’accueil, ce qui favorise la création de réseaux sociaux. Ceux-ci aident à donner de l’information sur le marché du travail et sur les premières démarches à réaliser dans le pays d’accueil. De même, ils peuvent réduire l’incertitude des nouveaux arrivants par rapport au nouveau contexte culturel, social et politique (Massey et al., 2000). Cependant, certains auteurs affirment que l’utilité des réseaux sociaux n’est pas seulement une explication des flux migratoires, mais aussi un élément clé tout au long du parcours migratoire de l’immigrant (Ramirez & Ramirez, 2005). Les réseaux sociaux sont ainsi une ressource qui offre au migrant de l’information importante sur l’arrivée dans le nouveau pays, les démarches d’installation et le processus d’intégration. Ils offrent aussi aux nouveaux
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arrivants un soutien affectif et matériel ainsi qu’un accompagnement physique et moral, en leur permettant de socialiser avec les membres du réseau. L’influence des réseaux sociaux sur la mobilité des Colombiens vers l’extérieur du pays a été l’objet d’étude de certains auteurs tels que Correa et Novoa (2013), qui affirment que les réseaux sont une motivation pour migrer ainsi qu’une aide économique pour financer le voyage.
Finalement, les facteurs politiques qui ont influencé les flux migratoires des Colombiens sont à la fois externes et internes. Les facteurs externes sont en lien avec les politiques d’immigration des pays de destination qui favorisent ou rendent difficile l’établissement des nouveaux arrivants. Par exemple, la politique d’immigration canadienne, qui favorise l’immigration des personnes vers le pays, en fonction de leur expérience de travail, leur formation académique ainsi que leur maîtrise des langues officielles, constitue un de ces facteurs externes (Cardenas & Mejia, 2006). Le programme de rétablissement des réfugiés, au Canada, plus précisément le programme de réfugiés de pays source qui a eu cours pendant dix ans en Colombie en est aussi un exemple.
Par rapport aux facteurs internes, la guerre civile colombienne, déclenchée durant les années 1960 et terminée grâce à l’accord de paix de 2016, a dressé un tableau peu encourageant de la situation sociale et politique du pays. La violence, qui se manifeste par des homicides, des massacres, le déplacement forcé de personnes, des enlèvements et des disparitions forcées, est la cause première de décès dans le pays. Selon Franco (1999), entre les années 1975 et 1995, 338 378 personnes ont été assassinées, dont 33 466 correspondent à des homicides pour des raisons politiques. L’expansion du commerce de la drogue est un autre élément qui a contribué à l’intensification du conflit armé, étant donné que les profits de cette activité illicite ont aidé à renforcer militairement les groupes armés (Cardenas & Mejia, 2006).
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1.2 Recension des écrits
Cette partie du travail présente une recension des écrits sur le phénomène de l’intégration des immigrants dans une nouvelle société, notamment au Québec. Elle vise à montrer un regard historique de la migration en général ainsi qu’un portrait de l’immigration colombienne, population centrale au cœur du présent mémoire. Les recherches effectuées nous ont permis d’identifier les principaux enjeux qu’entraîne l’intégration des immigrants à une nouvelle société, comme l’installation dans le nouveau pays, l’intégration socioprofessionnelle, l’intégration institutionnelle, la participation citoyenne et les mécanismes d’inclusion développés par les immigrants afin de trouver leur place dans la nouvelle société.
Plusieurs banques de données ont été interrogées afin de trouver les articles supportant la présente recherche. Voici un tableau qui résume les principales stratégies utilisées à ce propos.
Tableau 2 – Stratégies de recherche d’articles scientifiques
Banques de données* ÉRUDIT GOOGLE SCHOLARS PSYCINFO CAIRN EBSCOHOST SOCIOLOGICAL ABSTRACTS SOCIAL WORK ABSTRACTS EBRARY
* Il faut aussi mentionner que la bibliographie des articles pertinents a été examinée afin de trouver d’autres textes scientifiques.
Sites internet consultés Statistique Canada
Gouvernement du Québec – ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles Gouvernement du Canada – Citoyenneté et Immigration Canada
Gouvernement de Colombie : Ministerio de Relaciones Exteriores
Gouvernement de Colombie : Departamento Administrativo Nacional de Estadística Mots clés utilisés Immigrant (FR et EN) Immigration (FR et EN) Migrant (FR et EN) Colombiens (FR) Intégration (FR et EN) Intégration sociale (FR) Social Integration (EN) Multiculturalisme (FR) Interculturalisme (FR) Processus d’intégration (FR) Integration process (EN)
Acculturation (FR et EN) Réfugiés (FR et EN)
Modèle interculturel systémique (FR)
Migración colombiana (ES) Diáspora colombiana (ES)
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1.2.1 L’intégration des immigrants au Canada et au Québec
Legault et Fronteau (2008) placent l’intégration comme une composante des mécanismes d’inclusion, ceux-ci définis comme les divers processus vécus par les immigrants lors de leur insertion dans la nouvelle société. Les mécanismes d’inclusion correspondent alors à chacune des phases du processus migratoire. Plus spécifiquement, ils font référence aux processus d’adaptation, d’intégration et d’acculturation.
Le processus d’adaptation commence lors de l’arrivée du migrant dans le pays hôte. Les conditions physiques de leur nouvel environnement, tels le logement, le climat et l’aménagement de l’espace, font en sorte que l’immigrant fait une comparaison entre ceux-ci et son anceux-cien environnement. En cohérence avec cette affirmation, l’étude d’Anucha, Lovell et Jeyapal (2010) décrit les expériences en matière de logement des nouveaux arrivants au Canada. À partir du récit de vingt immigrants, les chercheurs ont constaté que l’expérience prémigratoire sert de toile de fond pour l’interprétation des conditions actuelles en ce qui concerne le logement. Parfois, les personnes avec un logement précaire avant la migration et qui habitent un logement peu adéquat selon les normes canadiennes ne le considèrent pas comme inadéquat à l’habitation.
En ce qui concerne l’installation des immigrants dans un nouveau pays, l’étude de Charland (2006) s’intéresse à l'expérience des réfugiés colombiens par rapport à la structure d'accueil des réfugiés au Québec. Cette étude se penche sur les Colombiens appartenant à la catégorie des réfugiés afin d’analyser les effets des pratiques de la structure d’accueil au Québec sur ceux-ci. Il s’intéresse à l’expérience que huit familles de réfugiés colombiens font de la structure d’accueil au Québec, plus spécifiquement de l’organisme du Service d’aide à l’adaptation des immigrants et des immigrantes (SAAI). Pour ce faire, l’auteur a recueilli de l’information provenant de différentes sources, telles la documentation officielle de l’organisme, l’observation participante et l’entrevue auprès des réfugiés ainsi qu’auprès des intervenants de l’organisme. L’étude a permis de poser un regard sur les trajectoires
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individuelles des réfugiés ainsi que de dégager les éléments communs qui traversent l’ensemble des trajectoires de vie de ces derniers. En ce qui concerne la structure d’accueil au Québec, les réfugiés considèrent que les procédures liées à leur accueil et à leur établissement les privent d'un pouvoir d’action sur leur vie, puisqu’elles les contraignent à une identité qualifiée de « vulnérable ». Pour certains, le fait de reconnaître sa propre vulnérabilité est difficile, surtout si ceux-ci étaient des professionnels très actifs en Colombie. Finalement, le rétablissement du sentiment de sécurité et de confiance envers les institutions se voit empêché par la crainte liée à l’infiltration des protagonistes du conflit colombien à travers la structure d’accueil au Canada.
Pour ce qui est du processus d’intégration, celui-ci fait référence à un processus beaucoup plus large que l’adaptation. Selon Abou (cité par Legault, 2000), l’intégration fait référence à l’insertion de l’immigrant dans les structures économiques, sociales et politiques de la nouvelle société.
D'après Rachédi et Legault (2008), l’intégration a été le processus le plus étudié au Québec en ce qui concerne l’immigration, vu son caractère multidimensionnel. L’intégration peut alors se diviser en intégration personnelle, linguistique, familiale, institutionnelle, civique et socioéconomique, cette dernière étant celle qui suscite le plus d’intérêt et d’écrits.
L’intégration est un phénomène difficile à définir, étant donné son caractère multidimensionnel, subjectif et non linéaire (Vermeulen, 2010). Certains auteurs tels que Baccouche, Simard et Vatz Laaroussi (1997) affirment que l’intégration est un processus qui englobe tous les aspects de l’existence sociale et qui concerne non seulement les immigrants, mais aussi les membres de la population d’accueil. Une définition plus précise est présentée par la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), qui conçoit l’intégration comme un processus complexe multidimensionnel, bidirectionnel, graduel et continu.
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L’intégration est un processus bidirectionnel qui nécessite à la fois un dynamisme de la part de l’immigrant, mais aussi l’ouverture de la société d’accueil pour l’admettre comme un nouveau membre (Berry, 1999; Li, 2004; Rachédi et Legault, 2008).
1.2.2 Études portant sur les différentes dimensions de l'intégration
1.2.2.1 L’intégration socioprofessionnelle
Il est incontestable que la plupart des études sur l’intégration des immigrants au Québec s’intéressent à l’insertion socioéconomique. L’étude de Beji et Pellerin (2010) en est un exemple. Elle se penche sur l’impact des réseaux sociaux dans l’intégration socioprofessionnelle des nouveaux arrivants. Les chercheurs remarquent que les indicateurs qualitatifs et quantitatifs associés au marché du travail montrent une situation défavorable pour les immigrants par rapport aux natifs. Les barrières linguistiques, les pratiques discriminatoires, la non-reconnaissance des acquis ainsi que la faiblesse du réseau social sont des entraves au processus d’intégration socioéconomique.
L'intégration sociale, plus spécifiquement la création des liens avec les compatriotes est le sujet d'une étude menée par Arsenault et Nadeau-Cossette (2013). Cette étude s’intéresse aux dynamiques relationnelles existant entre des immigrants compatriotes établis à Québec et qui sont issus de pays en conflit, dont la Colombie. Lors de l’analyse des relations entre compatriotes, les chercheuses ont identifié trois scénarios, allant de l’inclusion maximale (des compatriotes d’origine déjà établis au pays) aux stratégies d’insertion à leur évitement quasi complet. Ces compatriotes sont soit considérés comme une aide potentielle positive, soit comme une entrave à l’insertion poursuivie par chacun. L’étude a démontré que les personnes qui se trouvent aux extrémités du spectre (inclusion maximale ou exclusion) sont les personnes les plus durement touchées par le conflit dans le pays d’origine. Des chercheurs tels que Gellis (2003) vont dans le même sens en affirmant que le soutien social provenant
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des personnes de la même origine ethnique pourrait être associé à des effets négatifs sur la détresse psychologique du nouvel arrivant.
Le processus d'intégration socioéconomique des immigrants au Québec a été étudié par Cardu et Sanschagrin (2002). Au total, 82 femmes immigrantes ont participé à cette recherche qui s'est intéressée à la façon dont les parcours d’emploi sont marqués sur le plan identitaire chez les participantes. Les chercheuses ont constaté qu’au Québec, les femmes immigrantes très scolarisées ont, malgré les obstacles auxquels elles se heurtent, une représentation très positive d’elles-mêmes et de la société d’accueil. Pour affronter la réalité quotidienne de leur processus migratoire, elles mettent en œuvre des ressources symboliques (comme les valeurs). Les femmes qui travaillent dans des occupations qui ne correspondent pas à leur qualification peuvent consolider les liens identitaires qui ont été rompus par la migration à travers la liaison avec la communauté.
L'étude de Grisales (2015) s'intéresse également à l'insertion professionnelle des immigrants colombiens à Québec. Dix immigrants provenant de Colombie ont été interviewés afin d'identifier les facteurs que ceux-ci percevaient soit comme limitatifs, soit comme contributifs à leur processus d'insertion professionnelle ainsi que pour analyser les stratégies adoptées par les participants afin de réussir leur insertion professionnelle. Les facteurs limitatifs identifiés chez les participants sont en lien avec le domaine de formation professionnelle, la discrimination, les limites des services dispensés par les organismes gouvernementaux, la maîtrise insuffisante de la langue, l'adaptation à la culture d'accueil et le manque de clarté dans le projet professionnel. En ce qui concerne les facteurs contributifs, ceux-ci sont en lien avec des facteurs internes et personnels, tels la connaissance de la langue, l'expérience professionnelle, les qualités personnelles et la planification du projet migratoire.
En ce qui a trait aux stratégies adoptées par ce groupe de Colombiens afin de réussir leur insertion professionnelle, les répondants ont fait appel à leur réseau social ou au réseau
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ethnique, aux programmes des organismes communautaires, à la recherche formelle d'un emploi et au retour aux études.
Le retour aux études est parfois une stratégie d'intégration socioprofessionnelle. Cette stratégie est l’objet d'étude de Guilbert (2010), dont la recherche permet de comprendre plus en profondeur la place qu’occupent les projets d’études dans la décision d’immigrer de même que lors des processus d’intégration, d’insertion durable et de mobilité. À cet effet, à partir d’une approche biographique, cette étude a retenu le récit de treize participants provenant de l’Amérique du Sud (Colombie, Brésil, Argentine et Pérou), de l’Afrique subsaharienne (République démocratique du Congo, Congo/Brazzaville, Rwanda, Cameroun et Togo) et du Maghreb (Maroc et Algérie). L’étude souligne le fait que pour plusieurs personnes immigrantes, le retour aux études est une stratégie d’adaptation au processus migratoire. L’utilisation des services communautaires afin de trouver un emploi est le sujet de la recherche de Cukier et al. (2010). Elle porte sur les expériences des immigrants par rapport à l’utilisation des services d’emplois au Canada. L’information recueillie avec 1 425 enquêtes auprès d’immigrants qui ont utilisé ces services montre que ceux qui appartiennent à la catégorie des travailleurs qualifiés manifestent plus d’insatisfaction par rapport aux services reçus, en comparaison à ceux appartenant à la catégorie de réfugiés. D’après ce constat, il semblerait que les services d’aide à l’emploi ne répondent pas aux besoins des immigrants ayant un niveau d’instruction supérieur, même si ces derniers ont davantage recours à ces services (Cukier et al., 2010).
1.2.2.2 L’intégration civique
L'intégration civique a été l’objet d’analyse de certains chercheurs, dont Lemieux (2004). Son étude, portant sur la participation citoyenne des jeunes issus de l’immigration au Québec, suggère que la perception des immigrants, plutôt que les conditions de vie objectives (par exemple le statut socioéconomique), joue un rôle déterminant dans la participation
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citoyenne. Le chercheur affirme que « les jeunes interviewés ont dit vouloir s’impliquer ou non dans un type d’organisation plutôt qu’une autre pour des raisons d’appartenance et d’exclusion » (p.32). Contrairement à cette posture, l’étude de Gaudet et Turcotte (2013) se penche sur les caractéristiques des contextes sociaux qui influencent la participation des citoyens. Selon ces auteurs, la participation sociale est liée à l’inclusion et à la solidarité sociale. De ce fait, les personnes avec un réseau social élargi et diversifié s’impliquent davantage dans des bénévolats. Par contre, les personnes plus à risque d’exclusion sociale, dont les immigrants, seraient plus susceptibles d’être exclues des pratiques de participation sociale.
L’implication des immigrants auprès des organismes communautaires, plus spécifiquement des femmes immigrantes a été explorée dans l’étude d’Andrew (2010). D’après cette chercheuse, la participation des femmes immigrantes dans des associations civiques représente pour celles-ci une série de frontières dont des tensions, des ambigüités et des solidarités au sein des organismes. Une fois les frontières sont dépassées par les femmes, celles-ci s’engagent dans la participation citoyenne égalitaire dans la société canadienne.
1.2.3 Aspects contributifs et limitants au processus d’intégration
L'expérience migratoire comporte certainement des aspects perçus comme favorables et défavorables par les immigrants (Cousineau et Boudarbat, 2009; Schellenberg et Maheux, 2007;Picot et Sweetman, 2005; Grisales, 2015). L’étude de Houle et Schellenberg (2010) vise à examiner l’évaluation que font les nouveaux immigrants de leur vie au Canada. Les résultats montrent que l’évaluation subjective de ceux-ci varie selon certaines variables tels l’âge, l’état de santé, la catégorie d’immigration et la capacité d’adaptation. Comme exemple, les participants appartenant à la catégorie des travailleurs qualifiés font une évaluation moins favorable de leur vie au Canada comparativement aux participants appartenant à la catégorie de regroupement familial et les réfugiés. Le revenu était une autre variable fortement corrélée
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à l’évaluation subjective de la vie au Canada, étant les répondants touchant un revenu de 40 000$ par année plus satisfaits de leur vie au Canada.
Les facteurs les plus appréciés par les immigrants établis au pays ainsi que les facteurs les moins appréciés par ceux-ci sont l’objet d’étude de Schellenberg et Maheux (2007). Les possibilités offertes par le Canada tels les possibilités de formation, la qualité de vie, l’environnement social et politique, la sécurité et les droits et libertés ont été les aspects le plus appréciés par les participants concernant leur vie au Canada. Par contre, des aspects tels les possibilités d’emploi, le climat, le niveau de taxation élevé et les difficultés économiques ont été mentionnés par les participants à la recherche comme des aspects qui leur déplaisent le plus au Canada.
Les possibilités d’emploi, les difficultés économiques ainsi que la déqualification professionnelle ont été également analysées dans l’étude de Blain (2005). Un groupe composé par 22 Colombiens établis dans la région des Laurentides a identifié des aspects défavorables de l’expérience migratoire. Les résultats de l’étude laissent entrevoir que la perception du déclassement professionnel est variée parmi le groupe. Pour certains participants, le déclassement n’est pas perçu négativement, tandis que pour d'autres, leur récit révèle tout le contraire. Le sentiment d’échec ou de réussite dépendrait alors des projets initiaux, des attentes, du contexte de départ ou de la situation familiale.
Les conséquences de la perte de statut ou d’un changement non prévu ont aussi été analysées dans cette étude, en constatant que les personnes affectées par la déqualification professionnelle redonnent un sens à leur identité à travers de nouvelles sources de valorisation qui donnent un sens à leur place dans la société, à travers des modifications de soi afin d’accéder à un emploi ou à travers une redéfinition de l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes.
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Ces études soulignent les aspects les plus favorables de l’expérience migratoire qui sont exprimés par les immigrants, telle la qualité de vie, la sécurité, les droits et libertés et les possibilités qui s’offrent à eux et à leur famille. Cependant, une proportion considérable d’entre eux a affirmé que c’est le manque de possibilités d’emploi qui leur déplaît le plus au sujet du Canada. D'autres difficultés, notamment pour trouver un emploi approprié, obtenir une formation linguistique, trouver un logement et accéder aux services de santé ont été aussi qualifiées comme des épreuves par les immigrants (Picot et Sweetman, 2005; Cousineau et Boudarbat, 2009)
1.2.5 Limites méthodologiques des études actuelles
Bien qu'abordant la réalité des immigrants et les enjeux reliés à l'intégration de ceux-ci à une nouvelle soceux-ciété, les études préalablement nommées présentent néanmoins certaines limites. Tout d'abord, les études qui se penchent sur l’intégration définissent rarement ce que le chercheur entend par « intégration ». Ce concept est fréquemment lié à l’insertion économique. Il conviendrait alors d’élargir le concept d’intégration en approfondissant sur les diverses sphères de celle-ci et d’inclure l’expérience des immigrants appartenant à plusieurs catégories d’immigration.
Ensuite, en ce qui concerne des études touchant la population colombienne, la plupart de celles-ci ont privilégié la participation des immigrants issus de la catégorie des réfugiés, vu le conflit armé colombien et l’expérience de terreur que le conflit a causée chez les immigrants. Également, le processus d'intégration de cette communauté à Québec reste peu étudié.
Finalement, peu d’études touchent l’aspect subjectif de l’intégration, s’intéressant plutôt aux indicateurs observables, tels l’obtention d’un emploi qualifié ou le salaire. Les aspects
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subjectifs, tels le sentiment d’appartenance et la perception de ce que signifie une intégration réussie, seront ainsi visés dans la présente étude.
1.3 Pertinence de la recherche
1.3.1 Pertinence sociale
La pertinence sociale de la recherche s’appuie sur plusieurs arguments : tout d’abord, l’importance de la migration dans le contexte actuel de la province du Québec. La migration est un phénomène qui modifie le visage de la population et qui influence la structure et la dynamique de celle-ci. Également, la migration est déterminée par la structure sociale, culturelle et économique d’une région, mais en même temps, elle a une influence sur ces structures. Deuxièmement, la population colombienne établie au Québec se trouve parmi les plus nombreuses de la province. Que ce soit par la voie de l’immigration économique qui a tendance à augmenter, ou de l’immigration humanitaire qui a diminué durant les dernières années, une quantité importante de Colombiens est arrivée dans la province depuis quelques années, ce qui nous mène à croire que la tendance pourra se poursuivre dans les années à venir. Il serait alors pertinent de mieux comprendre l’expérience de l’immigration pour cette population afin de mieux encadrer les interventions auprès de celle-ci.
Finalement, la recherche est située dans le domaine du service social, une discipline qui vise la réduction des problèmes sociaux des populations vulnérables, dont les immigrants font partie (Leduc -Browe et Landry, 1995; Vatz Laaroussi et al., 1996).
1.3.2 Pertinence scientifique
La pertinence scientifique s’appuie sur le fait que la recherche pourra faire ressortir des connaissances plus éclairées sur plusieurs dimensions de l’intégration chez la population
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colombienne dans la province. En effet, peu d’études se sont intéressées au processus d’intégration linguistique, civique, culturelle et socioéconomique tel que vu et exprimé par les immigrants, et encore moins à l’intégration globale des Colombiens au Québec. Il s’agit alors d’une étude exploratoire qui pourra servir de préalable à des recherches futures au sujet de l'immigration.
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Chapitre II- Cadre théorique et conceptuel
Le cadre théorique de la présente recherche s'articule autour du modèle interculturel-systèmique (Rachédi et Légault, 2008) dont une description sera présentée dans la partie qui suit. Ensuite, pour ce travail de recherche, nous avons utilisé un certain nombre de concepts qui ont été saisis à partir de la question de recherche et du modèle interculturel systémique. Finalement, l’opérationnalisation des concepts tels qu’ils seront analysés dans le cadre du présent mémoire sera présentée.
2.1 Cadre théorique
2.1.1 Le modèle interculturel systémique
La présente recherche s’appuie sur le modèle interculturel systémique, développé par Rachédi et Legault (2008). Il s'agit d'un modèle d'intervention élaboré pour travailler auprès des immigrants. Ce modèle permet de considérer les dimensions subjective, relationnelle, objective et contextuelle de la situation de l’immigrant ainsi que l’importance de l’histoire de celui-ci afin de mieux comprendre son parcours migratoire.
Le modèle est inspiré de l’approche interculturelle de Cohen-Emerique (2000) et de la perspective écologique de Heffernan (1988) et Lacroix (1990). Le modèle interculturel systémique reprend de l’approche interculturelle le concept d’intervention interculturelle. Ce concept fait référence à l’interaction entre deux identités qui se donnent mutuellement un sens dans un contexte qui se redéfinit continuellement (Abdallah-Pretceille cité par Rachédi et Legault, 2008). Le modèle interculturel systémique se sert de l’approche interculturelle comme point de départ, en tenant compte des diverses dimensions de la vie de l’immigrant, mais aussi de son environnement.