Les auteurs et auteures de la présente recherche tiennent à remercier les organismes et

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Texte intégral

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Documenter la problématique des violences sexuelles commises envers les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans (LGBT)

Rapport final

sous la direction de Michel Dorais, Ph. D

Professeur titulaire, École de travail social et de criminologie, Université Laval et

Mathieu-Joel Gervais, Ph.D

Professeur associé, Département de psychologie, UQÀM et École de travail social et de criminologie, Université Laval

avec la contribution de

Barbara Andrade Sousa, M.A sociologie, Université Laval

Manuel Mendo, Diplôme d’études supérieures universitaires en prévention des conduites à risques (France) et

Marie-Geneviève Lalancette, M.A (cand), travail social, Université Laval

Octobre 2018

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TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE 1. RAPPORT SYNTHÈSE ...5

POPULATIONS LGBT ET VIOLENCES SEXUELLES : UNE PROBLÉMATIQUE ...5

MÉTHODOLOGIE ...8

VOLET I.SONDAGE AUPRÈS DES ORGANISMES DAIDE AUX VICTIMES DAGRESSIONS SEXUELLES ...9

Description de l’échantillon final... 9

Clientèles desservies par les organismes d’aide ... 10

Prise en compte de la réalité des personnes de la diversité sexuelle et de genre dans l’offre de services ... 13

VOLET II. ENQUÊTE AUPRÈS DE 40 RÉPONDANTS ET RÉPONDANTES LGBT VICTIMES DAGRESSIONS SEXUELLES ...16

Description de l’échantillon final... 16

L’accès et la disponibilité des services offerts aux personnes de la diversité sexuelle et de genre victimes d’agressions sexuelles ... 19

L’impact des discriminations vécues ou anticipées sur l’accessibilité aux services d’aide aux victimes d’agressions sexuelles ... 21

Pour faire mieux : ce que nous disent ou suggèrent les participants et participantes ... 23

CHAPITRE 2. LES PERSONNES TRANS ...28

SURVOL DES ÉCRITS SUR LES AGRESSIONS SEXUELLES CHEZ LES PERSONNES TRANS ...28

DESCRIPTION DU SOUS-ECHANTILLON ...29

LES VULNÉRABILITÉS -FACTEURS DE RISQUE ET CONSÉQUENCES MULTIPLES ...31

Rapport au corps et le statut pré-transition ... 31

Les vulnérabilités liées au statut de « personnes trans », mais également au statut de « femme » ... 32

Le travail du sexe comme source de vulnérabilité ... 33

Les conséquences des agressions tant sur le plan physique, psychologique que relationnel ... 33

MYTHES, PRÉJUGÉS ET RÉALITÉ : LES LIENS ENTRE AGRESSION SEXUELLE ET IDENTITÉ DE GENRE ...35

Les personnes trans perçues comme « bêtes de sexe » ... 35

Le mythe des agressions sexuelles comme cause de la transition ... 37

LA DEMANDE DAIDE CHEZ LES PERSONNES TRANS VICTIMES DAGRESSION SEXUELLE...39

Mieux informer et former les professionnels et les intervenants sur les réalités trans ... 39

Réduire la complexité des procédures (notamment administratives) pour recevoir de l’aide... 42

Investir dans des services communautaires et bonifier l’offre de services « hors réseau » ... 44

Pour conclure sur la demande d’aide chez les personnes trans ... 47

CHAPITRE 3. LES FEMMES CISGENRES LESBIENNES ET BISEXUELLES ...49

SURVOL DES ÉCRITS SCIENTIFIQUES PORTANT SUR LES AGRESSIONS SEXUELLES CHEZ LES FEMMES CISGENRES DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE ...49

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DESCRIPTION DU SOUS-ECHANTILLON ...50

LES VULNÉRABILITÉS -FACTEURS DE RISQUE RELATIFS AUX AGRESSIONS SEXUELLES ...51

La représentation de l’agression sexuelle : lorsque l’agresseur-e est le conjoint ou la conjointe ... 51

L’âge de la victime... 53

La lesbophobie, une forme de sexisme ... 54

LES CONSÉQUENCES DES AGRESSIONS SEXUELLES ET LES STRATÉGIES ADAPTATIVES DE VICTIMES ...55

Les conséquences des agressions sexuelles subies ... 55

STRATÉGIES ADAPTATIVES POUR SURMONTER LES CONSÉQUENCES DES AGRESSIONS SEXUELLES ...57

MYTHES ENTOURANT LAGRESSION SEXUELLE CHEZ LES FEMMES CISGENRES DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE ...59

Quand l’agresseure est une femme ... 59

Un préjugé tenace : « Tu es lesbienne ou bisexuelle parce que tu as été agressée » ... 60

Les préjugés entourant la bisexualité : encore bien ancrés dans les mentalités ... 61

Faire porter le blâme à la victime ... 62

DEMANDE DAIDE CHEZ LES FEMMES CISGENRES DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE ...63

Description de l’aide reçue ... 63

Doit-on aborder spécifiquement les questions entourant l’orientation sexuelle dans l’aide accordée ? ... 68

Former et offrir des outils pour améliorer l’intervention auprès des femmes de la diversité sexuelle ... 70

Offrir de l’aide « hors réseau » ... 72

CHAPITRE 4. LES HOMMES CISGENRES GAIS ET BISEXUELS ...75

SURVOL DES ÉCRITS SUR LES AGRESSIONS SEXUELLES FAITES AUX HOMMES CISGENRES DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE : LÉTAT DES CONNAISSANCES ...75

DESCRIPTION DU SOUS-ÉCHANTILLON ...76

Types d’abus subis ... 76

Viol ou agression à caractère sexuel ? La différence perçue selon les répondants ... 78

LES FACTEURS DE VULNÉRABILITÉ ...79

Le noyau familial ... 79

L’orientation sexuelle comme source de préjugés et de malentendus ... 80

Vivre son homosexualité en région ... 81

L’expression du genre ... 81

Devenir une victime ... 82

LES CONSÉQUENCES DES AGRESSIONS SEXUELLES ...83

Le rapport à la sexualité ... 84

L’estime de soi ... 85

Le sens donné aux agressions sexuelles par rapport à l’orientation sexuelle ... 85

LE DÉNI : UNE STRATÉGIE DE PROTECTION À MULTIPLES FACETTES ...87

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MYTHES ET PRÉJUGÉS SUBIS PAR LES HOMMES CISGENRES DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE ...88

Perception des mythes véhiculés spécifiquement au sein de la communauté gaie ... 89

La « jupe courte » des hommes gais ... 91

DESCRIPTION DE LA DEMANDE DAIDE REÇUE PAR LES HOMMES CISGENRES GAIS ET BISEXUELS ...92

Les ressources consultées ... 92

La police ... 94

LESBESOINS EXPRIMÉS AFIN DAMÉLIORER LAIDE OFFERTE AUX VICTIMES DAGRESSION SEXUELLE ...96

Recommandations des hommes ... 98

CONCLUSION GÉNÉRALE ET PISTES D’ACTION ...102

CONSULTATIONS CIBLÉES AVEC QUELQUES ORGANISMES PARTENAIRES ...107

BIBLIOGRAPHIE ...109

ANNEXE 1. QUESTIONNAIRE VOLET I AUPRÈS DES ORGANISMES VENANT EN AIDE AUX VICTIMES D’AGRESSIONS SEXUELLES ...113

ANNEXE 2. QUESTIONNAIRE AUPRÈS DES VICTIMES D’AGRESSIONS SEXUELLES ...120

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LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1. Répartition des 41 organismes selon la région géographique couverte ... 9

Tableau 2. Nature des services offerts au sein des 41 organismes ... 10

Tableau 3. Clientèle desservie par les 41 organismes (en pourcentage de réponses positives) ... 10

Tableau 4. Organismes accueillant des personnes transgenres (selon le type de clientèle) ... 11

Tableau 5. Pourcentage de la clientèle desservie s’identifiant comme faisant partie de la diversité sexuelle et de genre (41 organismes) ... 12

Tableau 6. Importance perçue des spécificités chez les personnes de la diversité sexuelle et de genre pour la prestation de services (n=41 organismes) ... 13

Tableau 7. Collaboration avec un organisme travaillant sur les réalités de la diversité sexuelle et de genre (en pourcentage de réponses; n=41 organismes) ... 14

Tableau 8. Caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon (n=40; ensemble de l’échantillon) ... 17

Tableau 9. Détail des périodes d’agressions subies selon l’âge de la victime, le lien avec l’agresseur et le genre de l’agresseur (n=40; ensemble de l’échantillon) ... 18

Tableau 10. Caractéristiques sociodémographiques du sous-échantillon analysé (n=10; personnes trans) ... 30

Tableau 11. Détail des périodes d’agressions subies selon l’âge de la victime, le lien avec l’agresseur et l’identité de genre de l’agresseur (n=10; personnes trans) ... 31

Tableau 12. Caractéristiques sociodémographiques du sous-échantillon analysé (n=11; femmes cisgenres lesbiennes et bisexuelles) ... 50

Tableau 13. Détail sur les agressions subies selon l’âge de la victime, le lien avec l’agresseur et l’identité de sexe et de genre de l’agresseur (n=11; femmes cisgenres lesbiennes et bisexuelles) ... 51

Tableau 14. Caractéristiques sociodémographiques du sous-échantillon analysé (n=19; hommes cisgenres gais et bisexuels) ... 76

Tableau 15. Détail des périodes d’agressions subies selon l’âge de la victime, le lien avec l’agresseur et l’identité de genre de l’agresseur (n=19; hommes cisgenres gais et bisexuels) ... 77

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CHAPITRE 1. RAPPORT SYNTHÈSE

Populations LGBT et violences sexuelles : une problématique

Plusieurs études québécoises et canadiennes ont documenté les impacts négatifs des actes homophobes et transphobes que subissent les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles ou trans1 (Boucher et al., 2013 ; Cénat et al., 2014 ; Chamberland et al., 2013; Dorais, 2014) et les effets qui s’ensuivent sur leur santé physique et mentale (Bauer et al., 2013; Chamberland, & Dorais, 2013; Ross et al., 2014; Saewyc et al., 2007). Or, comme nous le verrons, la violence à caractère sexuel2 émerge depuis quelques années comme une problématique encore socialement méconnue, et insuffisamment prise en compte dans l’offre de services aux victimes lesbiennes, gaies, bisexuelles ou trans (LGBT).

Déjà au début des années 2000, des recherches effectuées au Québec démontraient le risque accru pour les adolescents et adolescentes de la diversité sexuelle et de genre d’être victimes de gestes à caractère sexuel non consentis et non désirés (Gouvernement du Québec, 2004; Otis et al., 2005). Des études récentes étayent cette vulnérabilité des jeunes de la diversité sexuelle et de genre face aux agressions de nature sexuelle. Une étude québécoise effectuée auprès 2 747 élèves de secondaire (Richard &

Chamberland, 2014) est particulièrement éloquente à ce sujet : alors que 5% des garçons s’identifiant comme « hétérosexuels » disent avoir été victimes de violence sexuelle, 11% des garçons s’identifiant comme faisant partie de la diversité sexuelle et de genre disent avoir été victimes (plus du double). Cette étude montre également que les filles s’identifiant comme faisant partie de la diversité sexuelle et de genre sont trois fois plus à risque (21% vs 7%) de rapporter être victimes de violence sexuelle comparativement à celles qui s’identifient comme hétérosexuelles. Ces résultats sont similaires à ceux retrouvés dans d’autres études québécoises s’intéressant à la prévalence des violences sexuelles chez les personnes de la diversité sexuelle et de genre. Suite à une recension systématiquement de 75 études qui examinent la prévalence de l'agression sexuelle, Blais (2015) démontre que les jeunes LGBT sont près de 3 fois plus susceptibles de rapporter avoir été agressés sexuellement dans l’enfance que les autres jeunes. L’étude de

1 Aux fins du présent texte sera désignée comme personnes trans toute personne qui s’est définie comme telle lors des entrevues que nous avons passées. Nous ne ferons donc pas de distinction entre le transgenrisme (transition quant au genre ressenti ou exprimé) et la transexuation (transition quant au sexe anatomique). De toute façon, dans les interactions sociales, il est impossible de distinguer les deux, d’où le terme parapluie «trans», qui peut aussi inclure des personnes non binaires sur le plan du sexe ou du genre. Nous utiliserons aussi le terme transidentité comme synonyme, bien qu’il soit beaucoup plus courant en France qu’au Québec, où le mot trans prévaut généralement.

2 La violence à caractère sexuel est définie dans cette recherche comme « l’emploi de la force, directement ou indirectement, contre une personne sans son consentement, dans des circonstances de nature sexuelle, de manière à porter préjudice à son intégrité sexuelle » (Gouvernement du Québec, 2013).

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Dorais (2014), effectuée auprès de 259 jeunes de la diversité sexuelle et genre, démontre que 29 % des jeunes trans, 24 % des filles lesbiennes ou bisexuelles et 11 % des garçons gais ou bisexuels rapportent avoir été victimes d’abus sexuels au cours de leur vie. Cela reflèterait une tendance lourde : les nombreuses études nord-américaines recensées par the Centers for Disease Control and Prevention (USA) donnent des pourcentages variants entre 18 et 23 % des jeunes LGB rapportant des agressions ou violences sexuelles3. Même une fois passée la période de l’adolescence, les personnes de la diversité sexuelle et de genre demeurent plus vulnérables aux agressions sexuelles (Bergeron et al., 2016; Lavoie et al., 2017). L’étude récente de Lavoie et ses collègues (2017), menée auprès de 1963 étudiants, étudiantes et membres du personnel de l’Université Laval, montre que 53% des personnes qui s’identifient comme faisant partie de la diversité sexuelle rapportent avoir été victimes d’au moins un épisode de harcèlement ou une agression à caractère sexuel. Ce pourcentage est significativement plus élevé que chez les personnes s’identifiant uniquement comme homme cisgenre, comme femme cisgenre, ou comme personne hétérosexuelle.

Une étude similaire menée auprès de 9 284 répondants dans six universités québécoises francophones (Bergeron et al., 2016) démontre une tendance similaire: les personnes de minorités de genre sont les plus nombreuses (56 %) à rapporter au moins un harcèlement ou une agression à caractère sexuel, bien davantage que les hommes cisgenres4 (26%) ou les femmes cisgenres (41%). Les personnes s’identifiant comme gais, lesbiennes, bisexuelles ou en questionnement sur leur orientation sexuelle étaient aussi plus nombreuses (49%) à rapporter des événements de violence sexuelle que les personnes d’orientation hétérosexuelle (35 %). Notons aussi que les aînés de la diversité sexuelle sont également à risque d’être touchés par différentes formes de violences à caractère sexuel (Beauchamp & Chamberland, 2015; Hébert, Chamberland, & Enriquez, 2012).

Autre problématique bien documentée : les personnes LGBT auraient un accès inégal aux services sociaux et de santé lorsque demandant de l’aide comme victimes, notamment en raison d’un manque d’ouverture d’esprit, de connaissances ou de sensibilité du personnel impliqué (Namaste, 2000; 2005). Certaines études ont montré que les personnes de la diversité sexuelle et de genre rapportent en effet divers problèmes dans leur accès aux services, qui vont d’un manque de formation des professionnels concernant leurs besoins et leurs réalités à la discrimination pure et simple (Bauer et al., 2013; Dumas, 2013; Grant et al., 2011; Kamgain, 2015). Certaines de ces études relatent même un phénomène d’évitement des

3 https://www.cdc.gov/lgbthealth/youth.htm

4 Le terme « cisgenre » désigne les personnes chez qui le genre ressenti correspond, selon les standards binaires en vigueur, au sexe biologique assigné à la naissance.

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services disponibles, même en cas de besoin, de peur d’être confronté à des attitudes homophobes ou transphobes de la part des intervenants dans les établissements de santé. L’étude de Dumas (2013), avec des participants ayant eu recours à des services de santé au Québec rapporte des statistiques préoccupantes : près d’un participant sur dix affirme avoir évité de demander une consultation dans un service de santé en raison de ses craintes concernant la non-reconnaissance de son orientation sexuelle.

Chez les personnes transidentitaires, cette angoisse est vécue presque une fois sur trois. De façon similaire, l’étude de Bauer et ses collègues (2013) rapporte que 21% des répondants rapportent avoir évité de demander des soins d’urgence en raison de la perception que leur identité de genre nuirait à la dispensation des services requis. Dans ce contexte, il apparait primordial de s’intéresser à l’accès aux services de santé pour les personnes de la diversité sexuelle et de genre ayant vécu des agressions sexuelles.

En octobre 2016, le gouvernement du Québec a rendu publique la Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles 2016-2021. Douze ministères et organismes se sont engagés dans la mise en œuvre de cette stratégie, qui cible surtout deux problématiques : les agressions sexuelles5 et l’exploitation sexuelle. La stratégie comprend 55 actions nouvelles, ou comportant des aspects novateurs, lesquelles s’ajoutent aux mesures déjà existantes ou les complètent. Cette stratégie se décline en trois axes interdépendants et complémentaires, soit l’Axe 1 — Prévenir, l’Axe 2 — Intervenir en matière psychosociale, médicale, judiciaire, policière et correctionnelle, et l’Axe 3 — Développer les connaissances et partager l'expertise pour mieux agir.

C’est dans ce contexte que l’action 49 de la Stratégie propose de mieux documenter la problématique des violences sexuelles commises envers les personnes de la diversité sexuelle et de genre. Pour ce faire le Secrétariat à la Condition Féminine a fait appel à deux équipes de recherche distinctes. D’une part, le Conseil Québécois LGBT a reçu le mandat de recenser et mieux connaître les connaissances en matière d’agressions et de violences sexuelles chez différents organismes communautaires LGBT œuvrant au Québec. Plus spécifiquement, la consultation menée par le Conseil Québécois LGBT a permis de documenter les questions suivantes : (1) Dans quelle mesure les organismes communautaires LGBT connaissent-ils les services offerts aux victimes d’agressions sexuelles ? Et les utilisent-ils ?; (2) Au sein

5 Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. Il s'agit d'un acte visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs par un abus de pouvoir, par l'utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite. Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l'intégrité physique et psychologique, et à la sécurité de la personne (Secrétariat à la condition féminine, 2018).

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des organismes du milieu communautaire offrant des services aux personnes LGBT, quels sont les besoins d’information et de formation en matière d’agression sexuelle ?; (3) Est-ce que ces groupes utilisent des outils de sensibilisation concernant les agressions sexuelles ? Si oui, lesquels ? Ces outils pourraient-ils être mieux adaptés aux réalités LGBT ? Ont-ils créé des outils qui leur sont propres ?; (4) Est-il pertinent d’avoir une campagne de sensibilisation gouvernementale ciblant l’enjeu des agressions sexuelles commises envers les personnes LGBT ? Suite à cette consultation, un rapport a été produit et déposé au Secrétariat à la Condition Féminine en octobre 20176.

D’autre part, la présente équipe de recherche de l’Université Laval, en collaboration avec deux organismes communautaires (le GRIS Montréal et le GRIS Québec), ont eu comme mandat de documenter les réalités des personnes LGBT au Québec en matière d’agressions sexuelles et l’aide reçue suite à ces dernières.

Recueillir des données pertinentes en lien avec les violences sexuelles chez les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre devrait permettre de mieux saisir leurs réalités et leurs besoins, et d’ajuster l’intervention et la prévention à leur endroit en conséquence. Ce fut le but de la présente recherche, soutenu financièrement par le Secrétariat à la Condition Féminine (entente de services E 280 413 970).

Méthodologie

La méthodologie déployée lors de cette recherche comprenait deux volets distincts. Un premier volet visait à mieux connaître l’offre de services des organismes publics, parapublics et communautaires venant en aide aux victimes d’agression sexuelle au Québec. Pour ce faire, un questionnaire comprenant des questions fermées et ouvertes a été développé et rendu disponible en ligne (voir Annexe 1 pour détails).

Des courriels personnalisés ont ensuite été envoyés aux responsables de 62 organismes que nous avons identifiés comme venant en aide aux victimes d’agression sexuelle au Québec (en fait, tous ceux que nous avons pu trouver et rejoindre), en leur demandant de répondre à ce questionnaire mis en ligne. Ce dernier avait pour but de connaître leur ouverture aux personnes de la diversité sexuelle et de genre dans la prestation des services annoncés et effectivement offerts. Nous avons obtenu 41 réponses, après relance.

Un second volet de l’étude, qualitatif celui-là, a permis de recueillir le témoignage de 40 personnes issues de la diversité sexuelle et de genre ayant fait appel à des services d’aide aux victimes d’agressions sexuelles, cela après avoir subi de telles agressions. Pour ce second volet, les données ont été recueillies à l’aide d’entrevues individuelles d’une durée moyenne d’environ 1h 30 (voir Annexe 2 pour détails).

6 http://www.conseil-lgbt.ca/AVS/Rapportfinal_AVS_cq-lgbt.pdf

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Cette étude s’est déroulée activement, dans ses deux volets, du début de l’été 2017 à janvier 2018.

Volet I. Sondage auprès des organismes d’aide aux victimes d’agressions sexuelles Description de l’échantillon final

Des 62 organismes ayant été invités à remplir le questionnaire en ligne, 41 ont accepté de participer à l’étude, ce qui représente un taux de réponse de 66% (ou deux tiers). À noter qu’il y eut deux appels (donc une relance pour les organismes n’ayant toujours pas répondu à la toute fin de l’été 2017, relance qui a permis de doubler le nombre de réponses qui avaient alors été obtenues).

Le tableau 1 illustre la répartition géographique des organismes ayant accepté de répondre au sondage en ligne : 39 organismes sont répartis localement dans toutes les régions administratives du Québec et deux organismes couvrent l’ensemble du territoire du Québec. Ce tableau démontre que notre échantillon est assez représentatif de l’ensemble des services offerts pour les victimes d’agressions sexuelles au Québec.

Tableau 1. Répartition des 41 organismes selon la région géographique couverte

Le tableau 2 nous renseigne quant à la nature des services offerts par les 41 organismes ayant répondu au sondage. Nous pouvons constater que l’éventail de services offerts par ces organismes est varié, allant de l’écoute téléphonique à de l’accompagnement dans certaines démarches, en passant par la prévention et l’information publique. Les services énumérés au tableau 2 sont offerts par une majorité des organismes contactés. La seule exception relève de l’évaluation psychosociale. Il se pourrait que ce faible pourcentage s’explique, en partie, par le fait que l’évaluation psychosociale requiert une expertise professionnelle particulière, étant un acte réservé par le Code des professions.

RÉGIONS ADMINISTRATIVES COUVERTES NOMBRE D’ORGANISMES Montréal, Laval, Lanaudière, Laurentides 8 (total pour les 4 régions) Centre-du-Québec, Estrie, Montérégie 7 (total pour les 3 régions) Chaudière-Appalaches, Bas St-Laurent 6 (total pour les 2 régions)

Mauricie, Capitale-nationale 5 (total pour les 2 régions)

Outaouais, Abitibi-Témiscamingue 5 (total pour les 2 régions) Saguenay-Lac-St-Jean, Nord-du-Québec 4 (total pour les 2 régions) Gaspésie-Îles- de-la-Madeleine, Côte-Nord 4 (total pour les 2 régions)

Ensemble du Québec 2

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Tableau 2. Nature des services offerts au sein des 41 organismes

Clientèles desservies par les organismes d’aide

Le tableau 3 indique le type de clientèle desservie par les 41 organismes ayant répondu au sondage en ligne. Il est à noter qu’un même organisme peut desservir plusieurs types de clientèles; un même organisme peut donc être représenté dans différentes catégories ici identifiées.

Tableau 3. Clientèle desservie par les 41 organismes (en pourcentage de réponses positives)

En ce qui a trait à la clientèle desservie, on voit qu’environ 90% des organismes ayant répondu au sondage (37/41), soit la vaste majorité, se disent être en mesure de desservir des enfants, des adolescentes ou des adultes de sexe féminin. Par ailleurs, uniquement 19 des organismes ayant répondu au sondage (autour de 45 %) sont en mesure de desservir des enfants, adolescents ou adultes de sexe masculin. La décision de cibler – ou non – une clientèle selon son sexe est une pratique ancrée dans des valeurs et des traditions qui sont au cœur même du fonctionnement de l’organisme, ont souligné plusieurs d’entre eux : il ne semble pas y avoir là une volonté active de discrimination. Finalement, le tableau 3 démontre que 54% de l’échantillon (22 des 41 organismes ayant répondus au sondage) se disent en mesure de répondre au besoin d’une clientèle transgenre, que cette clientèle s’identifie comme homme trans ou comme femme trans.

0 20 40 60 80 100

Femmes adultes Enfants et adolescents de sexe feminin

Hommes adultes Enfants et adolescents de sexe masculin Personnes transgenres

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Le tableau 4 montre la proportion des organismes ayant répondu au sondage étant en mesure d’accueillir des personnes transgenres. Étant donné qu’une majorité des services offerts aux victimes s’adressent spécifiquement ou majoritairement à un sexe ou un genre (les hommes ou les femmes; 15 organismes sur 41 disent desservir, quoique à des degrés très divers, les deux groupes), nous avons distingué les données recueillies en fonction du fait qu’ils pouvaient aussi desservir des femmes trans (transition de homme vers femme) ou des hommes trans (transition de femme vers homme).

Tableau 4. Organismes accueillant des personnes transgenres (selon le type de clientèle)

En somme, des 37 organismes desservant en totalité ou en partie une clientèle de femmes, 19 se sont dit en mesure d’accueillir des femmes transgenres (soit 51% de cet échantillon). De plus, des 19 organismes desservant en totalité ou en partie une clientèle masculine, 13 ont répondu être en mesure d’accueillir des hommes transgenres (ce qui représente 68% de ces organismes). Une petite proportion de ces organismes – soit 19% des organismes desservant les femmes et 5% des organismes desservant les hommes – ne sont pas en mesure d’accueillir des personnes s’identifiant comme transgenres. Une donnée importante ici concerne les organismes ne se sentant pas concernés par la situation, soit environ 30% des organismes (12/41 des organismes ayant répondu au sondage), vraisemblablement parce que ces organismes considèrent qu’il n’existe pas de clientèle s’identifiant comme transgenre pouvant potentiellement faire appel à leur organisme. Lorsque nous leur avons demandé pourquoi ils ne sentaient pas concernés par la situation, voici en effet ce que ces organismes nous ont répondu.

« Nous n’avons pas eu de demande spécifique à ce sujet et cette situation nous apparait plutôt exceptionnelle »

« Aucune trace d’hommes trans dans notre région »

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Nous avons également demandé aux organismes de nous donner approximativement la proportion de personnes de la diversité sexuelle et de genre faisant appel à leurs services. Le tableau 5 présente le pourcentage de la clientèle faisant partie de la diversité sexuelle et de genre desservi par les organismes ayant répondu au sondage. Des 37 organismes pouvant accueillir une clientèle de femmes adultes, 32%

(n=12/37) disent ne pas être en mesure d’estimer la proportion de leur clientèle s’identifiant comme non- hétérosexuelle; et 27% d’entre eux (n=10/37) affirment que les femmes s’identifiant comme lesbiennes ou bisexuelles représenteraient moins de 5% de leur clientèle. Les données montrent également que 35%

(n=13/37) des organismes participants soutiennent que les femmes lesbiennes ou bisexuelles représenteraient entre 5% et 10% de leur clientèle. Finalement, deux organismes offrant des services aux femmes adultes (6% de l’échantillon) affirment que plus de 15% de leur clientèle s’identifierait comme femmes non exclusivement hétérosexuelles.

Tableau 5. Pourcentage de la clientèle desservie s’identifiant comme faisant partie de la diversité sexuelle et de genre (41 organismes)

Parmi les 19 organismes offrant des services aux hommes, 42% disent ne pas être en mesure d’estimer la proportion de leur clientèle s’identifiant comme non-hétérosexuelle, 32 % affirment que les hommes s’identifiant comme gais ou bisexuels représenteraient moins de 5% de leur clientèle, 21% soutiennent que ces hommes représenteraient entre 5% et 10% de leur clientèle, 5% affirment que plus de 15% de leur clientèle s’identifierait comme hommes non exclusivement hétérosexuels. Enfin, des 22 organismes se disant en mesure d’offrir des services aux personnes transgenres, 41% d’entre eux (n=9/22) ne sont pas en mesure de se positionner sur la proportion de leur clientèle s’identifiant comme personnes transgenres.

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Prise en compte de la réalité des personnes de la diversité sexuelle et de genre dans l’offre de services Nous avons questionné les organismes offrant des services aux victimes d’agressions sexuelles sur la prise en compte de la réalité des personnes de la diversité sexuelle et de genre dans la nature même des services offerts (voir tableau 6). Notons d’abord que seulement 27% des organismes ayant répondus au sondage (n=11/41) spécifiait explicitement dans leur documentation (site web, dépliants, etc.) que leurs services étaient ouverts aux personnes de la diversité sexuelle et de genre (première partie du tableau 6).

Tableau 6. Importance perçue des spécificités chez les personnes de la diversité sexuelle et de genre pour la prestation de services (n=41 organismes)

Ce résultat est concordant avec une autre donnée recueillie, à savoir si les organismes venant en aide aux victimes d’agressions sexuelles percevaient que les personnes de la diversité sexuelle et de genre éprouvaient des besoins spécifiques lorsqu’elles ont subi des violences ou des agressions sexuelles (voir tableau 6, seconde partie). Il est intéressant de noter que les avis sont sur ce point très partagés, environ la moitié des répondants disant qu’il existe des besoins spécifiques, et l’autre moitié, l’inverse. Comme l’ont souligné certains organismes répondants, prendre en compte les besoins spécifiques des personnes de la diversité sexuelle et de genre – si tels besoins sont identifiés – peut être difficile pour certains, car sans ressources ni expertises particulières en ce domaine.

« Nous sommes en mesure d'apporter du soutien, mais nous manquons franchement de formation afin de répondre aux besoins spécifiques. »

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« L'an passé, nous avons pris position quant à l'accès à nos services pour les femmes trans. Nous sommes fières de pouvoir offrir nos services aux femmes trans. Toutefois, nous avons du travail afin de rejoindre ces femmes et adapter nos façons de faire à cette clientèle. »

« Il serait pertinent d'avoir de la formation et des d'outils afin de pouvoir répondre adéquatement au besoin de cette clientèle. »

Lorsque de telles ressources ne sont pas immédiatement disponibles, une alternative existerait toutefois : établir un partenariat avec des organismes travaillant sur les réalités de la diversité sexuelle et de genre.

Cette pratique est à des degrés divers présente chez plusieurs organismes ayant répondu au sondage.

Tableau 7. Collaboration avec un organisme travaillant sur les réalités de la diversité sexuelle et de genre (en pourcentage de réponses; n=41 organismes)

Les chiffres en bas de ce tableau représente des pourcentages, qui sont variables; cependant, lorsque nous faisons une synthétise de ce tableau 7, nous en arrivons à la conclusion que la majorité des organismes ayant répondu au sondage (n=32/41) disent en effet avoir déjà collaboré, d’une façon ou d’une autre, avec des organismes communautaires intervenant auprès des personnes de la diversité sexuelle et de genre. Ces motifs de collaboration sont divers: à des fins de références, afin de faire connaitre leurs services ou encore pour d’autres motifs (formations, sensibilisations, tables de concertation, etc.).

À ce stade-ci, il est important de mentionner que plusieurs organismes répondants ont mis de l’avant l’importance de favoriser des collaborations entre différents organismes afin d’être en mesure de mieux desservir les personnes de la diversité sexuelle et de genre victimes d’agression sexuelle. Voici les propos d’organismes émettant ce point de vue.

« Encourager la signature de protocoles clairs de référence entre les organismes desservant la communauté LGBT et les organismes offrant des services aux victimes d'abus sexuels. »

« Tisser des liens entre les organismes LGBT et les organismes en violence et agression sexuelle.

Partager les expertises entre les organismes LGBT et les organismes en violence (s'échanger des

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non oui; faire connaître nos services oui; référer des clients oui; formations, projets communs, etc.

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ateliers de formation, des outils d'intervention, etc.). Développer des projets communs. Créer une table de concertation. »

« Mise en place de lieux de concertation avec les organismes et associations LGBT et les services d'aide. Création de projets communs pour renforcer le partenariat. Financement adéquat pour être en mesure de réaliser tout ça ! »

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Volet II. Enquête auprès de 40 répondants et répondantes LGBT victimes d’agressions sexuelles Cette section du rapport a pour objectif de faire ressortir les grands constats issus de l’analyse des entretiens avec les 40 répondants et répondantes ayant pris part à l’étude. Dans un premier temps, un travail d’analyse a été effectué qui résume ce dont ont témoigné l’ensemble des participants et participantes; dans un second temps trois groupes distincts seront respectivement et spécifiquement analysés, soit : (1) les personnes ayant effectué un parcours de transition de sexe ou de genre (n=10); (2) les femmes cisgenres lesbiennes ou bisexuelles (n=11) et (3) les hommes cisgenres gais ou bisexuels (n=19). Le travail d’analyse consacré à chacun de ce sous-échantillon sera présenté dans le détail dans les chapitres 2, 3 et 4 du présent rapport. Se retrouvent dans ces chapitres: une brève recension de documentation scientifique concernant cette population, une description de l’échantillon analysé, les vulnérabilités (facteurs de risque, mythes ou préjugés, conséquences vécues suite aux agressions) et les facteurs de protection et les stratégies d’adaptation, la qualité de l’aide reçue – lorsqu’il y en a eu - suite aux agressions vécues et finalement les besoins exprimés afin d’améliorer l’aide offerte aux victimes d’agressions sexuelles.

Description de l’échantillon final

Les 40 participants et participantes à cette étude qualitative, menée de juin 2017 à janvier 2018, se définissaient comme faisant partie de la diversité sexuelle et/ou de genre. Toutes et tous furent recrutés via des sites de groupes communautaires LGBT ou des annonces du projet de recherche faites lors d’événements LGBT (en particulier les Fêtes de la Fierté). Quelques professionnels oeuvrant auprès de cette clientèle ont aussi relayé notre message. Un dédommagement pour frais de déplacement fut offert, le cas échéant. Les entrevues avec les participants se sont déroulées dans un endroit de leur choix, sans la présence de tiers et en toute confidentialité. La plupart furent enregistrées, quand l’accord de le faire fut obtenu. Une approbation éthique avait été préalablement demandée et obtenue de la part du CÉRUL (no 2017-064).

Plus de la moitié des participants ou participantes (62%) se définissent comme homosexuels (gais ou lesbiennes). Les autres orientations sexuelles représentées sont : bisexuelle (17% de l’échantillon), pansexuelle7 (8% de l’échantillon), ainsi qu’hétérosexuelle (10%), cette orientation ne se retrouvant que chez des personnes transgenres. Un participant était en questionnement quant à son orientation sexuelle.

7 Une personne pansexuelle est attirée amoureusement ou sexuellement par les personnes indépendamment de leur genre.

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Quant à l’identité de genre, la majorité des participants ou participantes (80%) se définissent comme hommes ou femmes. Quatre participants se sont définis comme hommes trans, une participante comme femme trans, et trois participants se décrivent comme non binaires ou queer.

En ce qui a trait aux autres caractéristiques personnelles, 60% des répondants de l’échantillon sont âgés entre 20 et 40 ans ; la plupart ont complété un niveau de scolarité universitaire. De plus, 80% des participants proviennent de milieux urbains (villes), 17% de milieux semi-urbains (banlieues); seulement un participant provient de milieu rural. Il y a une surreprésentation de participants avec un niveau de scolarité universitaire (plus de la moitié) sans doute vu la nature de notre méthode de recrutement. Au regard de ces statistiques, nous pouvons toutefois dire que l’échantillon reflète différentes orientations sexuelles et identités de genre que l’on retrouve chez les personnes de la diversité sexuelle et de genre au Québec.

Le tableau 8 ci-dessous illustre de façon synthétique le portrait des caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon total: leur orientation sexuelle ainsi que leur identité de genre sont identifiées telles que les personnes interviewées les définissent elles-mêmes, suivent leur groupe d’âge, leur niveau de scolarité, ainsi que leur milieu de vie.

Tableau 8. Caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon (n=40; ensemble de l’échantillon)

Orientation sexuelle Homosexuelle 25 (62%)

Bisexuelle 7 (17%)

Pansexuelle 3 (8%)

Hétérosexuelle 4 (10%)

En questionnement 1 (3%)

Identité de genre Homme 17 (42%)

Femme 15 (37%)

Homme trans 4 (10%)

Femme trans 1 (3%)

Non-binaire ou Queer 3 (8%)

Groupe d’âge [20 ans et 29 ans] 12 (30%)

[30 ans et 39 ans] 12 (30%)

[40 ans et 49 ans] 8 (20%)

[50 ans et 59 ans] 5 (12%)

60 ans et plus 3 (8%)

Niveau de scolarité Niveau primaire 1 (3%)

Niveau secondaire 8 (20%)

Niveau collégial 7 (17%)

Niveau universitaire 22 (55%)

Ne sais pas 2 (5%)

Milieu de vie Urbain 32 (80%)

Semi-urbain 7 (17%)

Rural 1 (3%)

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Quant au tableau 9, celui-ci illustre le(s) type(s) d’agression(s) vécue(s) par les participants et participantes. Il est à noter que 18 des 40 participants et participantes ont été victimes d’agressions multiples, c’est-à-dire ont subi plusieurs situations ou épisodes distincts d’agressions sexuelles au cours de leur vie. Ces personnes sont donc représentées dans plus d’une catégorie au sein du tableau 9. En contrepartie, ce tableau ne tient pas compte des participants ayant subi à répétition et durant une même période de temps des agressions par un même agresseur (ainsi, une femme ayant subi de nombreux actes d’agression par sa conjointe durant une période de 2 ans n’apparait qu’une fois dans le tableau puisque nous avons traité cette information comme étant une seule et même période d’agression aux mains d’un même individu).

Tableau 9. Détail des périodes d’agressions subies selon l’âge de la victime, le lien avec l’agresseur et le genre de l’agresseur8 (n=40; ensemble de l’échantillon)

Âge de la victime lors de(s) agression(s)

Enfance 21 (36%)

Adolescence 13 (22%)

Adulte 24 (42%)

Lien entre la victime et le(s) agresseur(s)

Entourage (ami, prêtre, gardienne, professeur, etc.)

16 (28%)

Famille ou fratrie 15 (27%)

Partenaire amoureux 12 (20%)

Inconnu (bar, date, party) 13 (22%)

Travail (clients) 2 (3%)

Identité de genre de(s) agresseur(s) Hommes cisgenres 49 (84%)

Femmes cisgenres 8 (14%)

Femme transgenre 1 (2%)

En analysant ces données, on peut constater que la majorité des agressions subies ont eu lieu soit pendant l’enfance soit pendant l’âge adulte. Les liens entre la victime et le(s) agresseur(s) sont divers : personnes de l’entourage (28% de l’échantillon), famille ou fratrie (27%), partenaire amoureux (20%), inconnu (22%) et clients dans le cadre d’un emploi, de travailleur du sexe (3%). La majorité (84%) des victimes se sont fait agresser par un ou plusieurs hommes cisgenres, et le cinquième de l’échantillon, surtout des femmes, ont eu comme agresseure une femme cisgenre; enfin, un participant a subi une agression par une femme transgenre.

8 Un participant a préféré ne pas aborder le contexte de l’agression lors de l’entretien; les informations le concernant ne sont donc pas incluses dans le tableau

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L’accès et la disponibilité des services offerts aux personnes de la diversité sexuelle et de genre victimes d’agressions sexuelles

Cette section de l’analyse vise à décrire et résumer la perception des 40 participants et participantes quant à l’accès et à la qualité des services qu’ils ont reçus après une demande d’aide effectuée suite à une ou plusieurs agressions sexuelles subies.

D’entrée de jeu, l’analyse des propos des répondants et répondantes démontre une évaluation très variable quant à l’adéquation des services reçus : cela va de la plus grande satisfaction à la plus grande insatisfaction. Chaque parcours est, sur ce plan, singulier. Plusieurs personnes répondantes se montrent très satisfaits du soutien reçu, en faisant état surtout des qualités personnelles ou professionnelles des personnes qui les ont accueillies et soutenues.

« C’est ça qui arrive avec mon psychologue actuel et qui est magique : c’est d’être capable de parler de toutes mes expériences puis qu’il ne les remette pas en doute. »

« Puis même la police, ils ont été neutres. Pas de discrimination. L’enquêteur a bien écouté, puis je l’aimais bien. Je voyais que pour eux c’était pas important, l’orientation sexuelle. C’était pas un facteur pour juger les événements et leur légitimité. Ça c’était cool. »

« …. Zéro utilisation du mauvais pronom, mais on s’entend-tu que sur ma carte c’est déjà changé, mon prénom, mon sexe aussi c’est changé. Non, j’ai eu zéro transphobie. Il était vraiment à l’aise. Il a cassé la glace, il m’a faite rire, même si je feelais pas. Vraiment convivial. »

Deux participants plus âgés dénotent l’amélioration des services durant les dernières années ou décennies.

« Une des réprimandes que j’ai depuis longtemps c’est de me dire à ce moment-là (des agressions), comment ça se fait que les professeurs n’ont pas dit ouin ben c’te bonhomme-là y est dangereux, puis y a un petit garçon dans sa maison. Ou peu importe les services sociaux, y a 53-55 ans, ce n’était pas fort. Au moins on a beaucoup fait de chemin depuis ce temps-là ! »

« Il y a 25 ans, cela n’existait pas les relations amoureuses entre deux femmes. Dans le sens que nous n’étions même pas en mesure de nous marier. Alors parler d’agressions sexuelles dans le cadre de relations conjugales entre deux femmes, oublie ça... Aujourd’hui, on en parle, on le reconnaît que c’est possible un couple de femmes. »

À l’inverse, certains des participants et participantes de l’étude ont eu à vivre des expériences difficiles lorsqu’ils ont voulu demander de l’aide suite à une agression sexuelle subie. La plus importante lacune déplorée se retrouverait dans les services offerts aux personnes trans. Il semblerait qu’il y ait une méconnaissance toute particulière des besoins de cette population, parfois même une négation de l’existence de cette réalité, tout simplement.

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« Ouin, a savait pu par quel bout le prendre. Puis tu sais, là je veux dire : C’est quoi? On dirait dans sa tête… J’ai vu passer dans sa tête : « Agressé ? . C’est un gars, une fille? C’est comment?

Je parle de pénis, de vagin? Je parle d’anus? Je parle de relations homosexuelles, je parle de relations hétérosexuelles?». Puis là, tu sais, j’ai vu passer tout ça dans sa face... »

Selon les dires de certains participants, il arrive que des professionnels invalident carrément l’identité de genre en l’ignorant. Par exemple, une participante nous raconte comment sa thérapeute a refusé d’utiliser les pronoms adéquats, ceux qu’elle porte couramment, lors de ses interventions.

« Mon nom, toutes mes informations étaient déjà changées, elle ne savait même pas c’est quoi mon ancien nom. Puis un moment donné, j’y ai dit : « Pourquoi, vous n’arrêtez pas de me genrer au féminin? « Puis elle a dit : « Parce que vous ne ressemblez pas à un homme, je ne vais certainement pas parler de vous au masculin. »

D’autres ont senti que que les interventions étaient dirigées, et de façon tout à fait inadéquate, autour de leur identité de genre, alors que leur besoin était tout autre.

« Quand tu vas voir une personne pour parler des agressions sexuelles, parce que c’est ça le problème, puis que la personne veut parler du fait que t’es trans, t’as plus l’impression que l’autre ne t’accepte pas parce que toi tu t’acceptes. On peut-tu parler des agressions sexuelles au lieu de parler de quelque chose qui n’est même pas un problème pour moi? »

Finalement, un préjugé tenace persisterait quant au lien de causalité entre le fait d’avoir vécu de la violence sexuelle et l’identité trans. À une exception près, la totalité des participants ayant fait une transition de genre rapporte qu’à un moment ou à un autre de leur parcours de demande d’aide, ils ou elles ont dû faire face à ce préjugé.

« Oui, puis je me le suis faite dire parce beaucoup de monde : C’est ça, tu veux juste changer de sexe parce t’as vécu une agression. Ça n’a pas rapport là. C’est juste que … Déjà que j’avais aucune confiance en moi avant, ben, ça a juste comme crashé là. Faut tout le temps justifier. Peu importe la personne, les questions qu’elle va te poser faut tout le temps que tu te justifies. »

« Ça me gosse quand les gens disent ça parce que y’ont aucune idée qu’une personne qui commence un parcours trans, ils ont, comme, aucune idée que ça peut être depuis l’enfance qu’on se questionne… »

« Mais dans la population générale, le stigma est tellement là! Je connais au moins 4-5 personnes trans et quand elles ont fait leur coming-out, elles se sont fait dire « non, c’est parce que t’as été violé que t’es devenu trans ». Par leurs parents, par leurs amis, par la DPJ, par tout le monde.

Je connais une fille trans qui s’est fait dire « non, tu penses juste que t’es une fille parce que tu t’es faite violer par un gars, tu penses que ce n’est pas correct être gai, tu veux devenir une fille ».

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Ces difficultés ne sont toutefois pas uniquement vécues par les personnes ayant effectué une transition de genre. Une femme cisgenre se définissant comme lesbienne rapporte qu’elle a rencontré deux professionnelles différentes ayant mis en doute autant son orientation sexuelle que son vécu d’agression.

« Donc j’étais juste attirée par des filles parce que j’avais été victime d’un gars, puis des choses comme ça puis c’était un peu ce message-là qui ressortait dans leurs discours, et j’ai comme pas voulu pousser vers ça. Juste la première réponse de « Ben t’étais tu consentante ou pas? » puis des choses de « ah c’tu pour ça que tu es lesbienne ? ».

Sentir que la validité de son témoignage suite à une agression sexuelle est mise en doute par le professionnel du seul fait du sexe, du genre ou de l’apparence de la victime est également relevé par des participants homosexuels.

« Après ça, tu peux aller à l’Hôtel-Dieu, c’est un bon service, mais on te remet en doute, on te pose des questions aussi. Tu te sens comme tellement analysé que tu commences à douter toi- même que c’est pas vrai, même si c’est vrai, mais tu n’as pas de preuves physiques. Puis là, ça dépend, du type d’agression sexuelle. »

« Quand t’as une agression sexuelle, c’est clair que tu t’attends pas au gros barbu musclé. Peut- être qu’ils en perdent leurs moyens, j’sais pas. Puis je sais pas si un autre gros gars musclé réussirait à dire ça « je me suis fais agresser ». Tu sais faut être fort, dans le sens qu’il faut faire preuve de vulnérabilité et avoir accès à cette vulnérabilité-là. Tu sais j’en ai fait un chemin par rapport à ça. J’ai accepté ma part de féminitude. À proprement dit, les gens ne m’ont pas nécessairement dit “il s’est pas défendu”, mais tu sais, j’ai jamais entré dans les détails alors je ne sais pas ce que les autres pensent. C’est comme un tabou puis on en parle pas trop. »

L’impact des discriminations vécues ou anticipées sur l’accessibilité aux services d’aide aux victimes d’agressions sexuelles

Être victime de préjugés provoque plusieurs conséquences en ce qui a trait à l’accès et à l’utilisation des services chez les victimes d’agressions sexuelles faisant partie de la diversité sexuelle et de genre. Une des conséquences les plus souvent mentionnées par les participants est de devoir parler longuement de leur genre ou de leur orientation sexuelle (qui, dans les deux cas, n’est pourtant pas du tout le problème au cœur de la consultation) au lieu de l’agression sexuelle comme telle.

« Tu sais, moi je n’ai pas envie de parler de ma conjointe, du fait que je suis lesbienne quand je risque de me faire répondre par des préjugés. Déjà que de vivre une agression c’est difficile, disons que l’on filtre l’information quand on va voir la psychologue. »

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« Je veux pas me mettre dans des situations où des gens, en me genrant ou en me disant des choses qu’ils sont pas supposés dire, me feraient sentir comme si je n’étais pas qui j’étais ou que mon identité n’était pas valide. ».

À ce titre, un participant énonce clairement qu’il « faut quasiment que tu choisisses entre avoir des services pour avoir été agressé sexuellement puis (des services pour) être trans, parce que les deux sont quasiment incompatibles. »

Une seconde conséquence des discriminations, réelles ou anticipées, a trait à l’hésitation qu’ont les victimes de rapporter leur agression sexuelle de peur de ne pas être crues, ou encore de faire face à des jugements inappropriés quant à leur orientation, leur identité ou leur intimité. Par exemple, un des répondants rapporte qu’il a trouvé plus facile de taire ses agressions que d’en parler. Cette hésitation à dévoiler ses agressions est principalement due à la peur de se faire juger.

« Puis par rapport à ce vécu à l’âge adulte, la dimension du silence est encore plus grande parce que je fais partie de la communauté LGBT qui est représentée souvent par leurs frasques sexuelles débridées, donc on ne peut pas comprendre qu’une personne qui a une sexualité active puisse subir une agression sexuelle sans qu’elle l’ait cherchée, sans que ses comportements soient jugés.»

« Il faut vraiment travailler autour de la question du consentement. Ce n’est pas parce que t’as été dans un espace où il y a de la drague et des activités sexuelles et que tu t’es fait violer que tu dois garder le silence. Cela ne te rend pas responsable de ton agression. »

Une femme relève également ne pas avoir voulu porter plainte contre son ex-conjointe puisqu’elle sentait qu’elle aurait à prouver que la violence entre femmes existe.

« C’était bizarre, je n’avais pas de repères. Pour moi, une agression c’était un homme qui pénétrait de force une femme. Avec mon ex, c’était plus subtil par exemple elle m’obligeait à lui faire du sexe oral même si je n’avais pas envie. Ça m’a pris du temps à comprendre que c’était de la violence sexuelle. Et puis là je me suis demandée si j’allais porter plainte. J’aurais voulu le faire, mais j’avais peur de me faire rire en pleine face. Que j’allais devoir prouver que c’était de la vraie violence mon affaire, que ça existe ces choses-là et que ce n’était pas seulement dans ma tête que je m’étais imaginée des affaires. »

La peur d’être victimes de préjugés, ou du moins d’incompréhension amène également à éviter certaines ressources ou services disponibles pour les victimes d’agressions sexuelles. Par exemple, un des participants à l’étude a hésité à prendre une ambulance postée à proximité du parc où il s’est fait agresser, de peur de se faire identifier comme fréquentant ce parc et de faire face alors à des jugements.

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« Tout de suite j’ai voulu aller à l’hôpital. J’aurais pu arrêter la police puis l’ambulance que j’avais vues juste à côté du parc, mais t’es gai quand tu sors de ce parc à cette heure-là, j’suis pas sûr que t’aies une bonne image. J’ai donc marché quelques coins de rue avant d’appeler une ambulance. »

Une autre participante illustre l'impact négatif des préjugés perçus de la part de son médecin sur le lien de confiance qu’elle a aujourd’hui envers les professionnels de la santé.

« Ouin, puis j’ai quitté mon médecin après parce que j’avais des doutes qu’il me mégenrait, qu’il se trompait sur mon genre. En pleine face aussi, il a dit «Give him that» à la secrétaire devant moi…Pense-tu que j’aurais envie face ce médecin-là de confier que j’ai été abusée sexuellement?

Pantoute là. C’est dur de trouver un médecin que tu peux avoir confiance en lui. »

La peur de rencontrer de telles incompréhensions ou des manques de respect agit comme une barrière ou un frein lorsque vient le temps de faire appel à des ressources venant en aide aux victimes d’agressions sexuelles. La crainte d’être à nouveau incompris ou jugé, voire discriminé ou stigmatisé, reste omniprésente.

« Si tu es une personne trans, après ça, il y a d’autres enjeux qui rentrent là-dedans. Après si tu es gai, ben là, tu vas peut-être de faire dire : estie de tapette. Tu sais, c’est tout le temps les craintes dues aux traumatismes qu’on a vécus puis la discrimination qu’on vit qui reviennent jouer là-dedans.»

« Moi je me suis fait tellement écœurer… j’ai dû travailler tellement fort pour faire reconnaitre que oui, être bisexuelle c’est une orientation sexuelle. Est-ce que dans les groupes d’entraide (pour victimes) il va falloir que je repasse à travers ce processus? »

Pour faire mieux : ce que nous disent ou suggèrent les participants et participantes

Les témoignages des participants et participantes démontrent parfois le malaise à aborder leur identité de genre ou leur orientation sexuelle lorsqu’ils font une demande d’aide suite à une agression sexuelle subie.

Étant donné cet enjeu, la question suivante peut se poser : devrait-on offrir des services spécifiques pour les personnes de la diversité sexuelle et de genre ? Cela revient à se demander si les personnes de la diversité sexuelle et de genre ont des besoins spécifiques en ce qui a trait aux services venant en aide aux victimes d’agressions sexuelles. Il ne semble pas y avoir de consensus à ce sujet chez nos répondants et répondantes.

Plusieurs ont mentionné être beaucoup plus à l’aise de demander de l’aide, y compris en relation avec des agressions subies, auprès d’organismes travaillant déjà directement, et uniquement, avec des personnes de la diversité sexuelle et de genre.

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« Pour les personnes trans, au moins, le fait que tu es dans un groupe avec d’autres personnes trans, ça aide. Le fait que tu n’as pas peur de te faire invalider ton identité de genre, déjà là…

C’est sûr que veut, veut pas, si on parle de violence sexuelle, il y a une part de dysphorie qui embarque pour les personnes trans. »

C’est sûr qu’être avec des gens qui savent c’est quoi de la dysphorie, du moins théoriquement parlant, ça aide. »

D’autres personnes, et malgré leur perception positive de ces derniers, mentionnent que les organismes travaillant avec des personnes de la diversité sexuelle et de genre n’ont pas forcément les connaissances et outils pour intervenir au niveau des agressions sexuelles.

« Mais je ne suis pas sûre qu’ils auraient eu les ressources par exemple. Ils sont pas mal ouverts à toutes les réalités. On s’entend là : je me dis que probablement, je ne sais pas s’ils sont spécialisés là-dessus pour me venir en aide. »

Spécifiquement en ce qui concerne les organismes pour les hommes gais, un participant propose qu’une solution soit de (mieux) former ces organismes aux réalités entourant les agressions sexuelles victimisant les personnes de la diversité sexuelle et de genre.

« Il faudrait qu’il y ait des réseaux, des vrais corridors de services. Moi je verrais que les organismes soient en première ligne puis eux ils te prennent et ils t’accompagnent. Eux, sont la main qui te pousse aux médecins. Il connaissent déjà communauté puis la réalité de la vie sexuelle des hommes puis la réalité culturelle aussi. Il y a une super belle expertise qui est déjà développée. Si tu les aides à mieux comprendre la réalité des violences sexuelles et des agressions et tu mets en place des services d’accompagnement satellites qui t’accompagnent vers la police. » Certains répondants soutiennent que l’important demeure de trouver un lieu, quel qu’il soit, où on peut être écouté et compris, en sentant un appui communautaire.

« […] eux ils m’ont vraiment beaucoup aidé parce que ça m’a permis de trouver des communautés d’hommes qui ont vécu des choses similaires, même si ce n’est pas pareil nécessairement (pour tous), en tout cas qu’on ait beaucoup de similitudes dans nos vécus, qu’on soit capable de partager là-dessus, ça m’a quand même aidé. »

Pour certains répondants, la question de l’identité de genre ou de l’orientation sexuelle ne serait pas pertinente à considérer lorsque l’on doit aborder en urgence les séquelles des agressions sexuelles.

Cependant, on perçoit que la réponse de certains organismes est conditionnée ou genrée, et que la réponse n’est pas la même pour toutes les victimes.

« Parce que t’es un gars, que t’as vécu des violences, puis ç’a même pas rapport avec mon orientation sexuelle, c’est comme, t’es là puis faut que t’attendes que tu sois accepté. Parce que

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certains organismes y vont prendre tout de suite la fille, puis elle n’attendra pas là. Toi t’es un homme puis faut que t’attendes puis t’es à risque… »

En somme, un consensus semble tout de même ressortir lorsque l’on analyse l’ensemble des propos des participants. Les réponses des participants mettent en évidence la nécessité d’avoir une offre de services de qualité et pertinents, exempts de préjugés et de discriminations à l’endroit des victimes LGBT d’agressions sexuelles, que cette réponse provienne d’organismes d’aide aux victimes ou d’organismes LGBT (ou encore de groupes qui tiendraient des deux, ce qui, pour l’instant, n’existe pas).

« Ben moi je pense qu’il y a différents besoins qui s’expriment, que ce soit en mixité ou en non- mixité puis que c’est important qu’il y ait différents types de groupes qui tiennent compte de ces besoins-là, qui importent. »

« Ça devrait être polymorphe. Ça devrait être comme toutes sortes de différentes choses, toutes sortes de différents niveaux pour que les gens puissent le faire de façon graduée. On ne devrait pas être aiguillé dans un sens ou dans un autre. »

Une piste mentionnée par plusieurs participants serait d’offrir une formation sur la réalité des agressions sexuelles à des organismes LGBT, lesquels sont déjà familiers avec les enjeux entourant la diversité sexuelle et de genre. Ces organismes pourraient profiter de cette formation sur les agressions à caractère sexuel pour mieux recommander ou accompagner les victimes qui se sentiraient plus à l’aise d’en parler à quelqu’un qui connait déjà bien la réalité de la diversité sexuelle et de genre.

« Moi je fais déjà affaire avec [nom de l’organisme] depuis six ans comme femme lesbienne.

C’est certain que si on pouvait m’offrir l’opportunité… si je savais que l’organisme pouvait suivre une formation sur les agressions sexuelles et à savoir comment on fait pour intervenir.

Bien c’est certain que je pense que ça serait un plus pour moi d’aller les voir à ce sujet. Je les connais déjà et je sais que je n’aurais pas des questions du style ‘ouain est-ce que c’était vraiment une agression ou encore elle a juste un peu insisté et toi parce que tu l’aimais tu lui as dit oui’. Parce que tu sais, il y a encore beaucoup de préjugés comme quoi ça ne se peut pas les agressions entre deux femmes dans certaines ressources qui sont mal informées à propos de la sexualité entre deux femmes. »

Il apparait important de mentionner que la quasi-totalité des répondants qui ont utilisé les services de l’IVAC se plaignent du délai pour avoir accès à leurs services et de la réticence de celui-ci à verser de l’aide (quand il finit par y en avoir). À ce niveau, les participants témoignent de la tracasserie administrative pour joindre la bonne personne et pour monter un dossier. L’attente pour avoir le service s’avère démesurément longue.

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