A NNALES DE L ’ UNIVERSITÉ DE G RENOBLE
H ENRY G ACHET
Sur les surfaces et les courbes déformables
Annales de l’université de Grenoble, tome 23 (1947-1948), p. 145-154
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Sur
les surfaces et les courbes déformables
par Henry GACHET
(Grenoble).
Les
problèmes
sur les surfaces et les courbes mobiles ne sontguère
abordésgéométriquement
que si elles sont indéformables.Dans ce cas l’utilisation de mouvements d’entraînement est souvent
commode ; cependant
la considération deplusieurs solides,
certains
pouvant
demeurer en coïncidence(cas fréquent
des surfaceset courbes
qui peuvent glisser
sur elles-mêmes :droites, plans, etc.),
cause souvent des lourdeurs et obscurités.
Le but de cette note est d’attirer l’attention sur une notion très
simple :
la « vitesse normale » d’une surface ou d’une courbe mobileen l’un de ses
points. L’emploi systématique
de cette notionpermet
de remédier aux inconvénients
signalés
et de traitergéométrique-
ment des
problèmes
avec surfaces et courbes déformables.Nous utiliserons un
système
d’axes de coordonnéestrirectangle.
Nous
appellerons
surface mobile l’ensembledes points qui
pourchaque
valeur dutemps
t, vérifient une mêmeégalité f (x,
y, z,t)
-- 0où
f
est une fonctionadmettant,
auvoisinage
dechaque système
de. valeurs
(xo,
yo, zo,to) (’) qui l’annule, quatre
dérivéespartielles
dupremier
ordrecontinues,
l’une au moins des troispremières
étantdifférente de zéro.
Nous
appellerons
courbe mobile l’ensemble despoints
communsà deux surfaces mobiles où celles-ci ne sont pas
tangentes.
Nous
appellerons point
mobile M toutpoint
défini pourchaque
valeur de 1 d’un intervalle ouvert contenant
tol
etayant
un vecteurvitesse
(ou plus
brièvement unevitesse)
pour ~==:ta.
(i) C’est-à-dire chaque variable demeurant dans un intervalle ouvert contenant la valeur
correspondante.
10
Remarque fondamentale. ---- Soit une surface mobile S
(ou
courbemobile
C)
et unpoint
P de saposition 80 (ou C~)
à l’instantto.
Lesvecteurs vitesses à
l’instant to
despoints
mobiles M demeurant sur S(ou C) qui passent
en P à cet instant(z),
ont mêmeprojection
ortho-gonale
sur la normale en P à80 (ou
leplan
normal en P àCo).
Le cas de la surface se déduit immédiatement de la
règle
dedérivation d’une fonction
composée ;
la valeurde f
en NI demeurantnulle,
on aà to
xo yo Zo - étant les cordonnées de P. En écrivant
le
premier membre, produit scalaire,
est la mesurealgébrique
de laprojection orthogonale
de la vitesse de M àto,
sur la normaleorientée à la surface
So
enP ;
le second membre montrequ’elle
estbien
indépendante
du mobile M.Dans le cas de la
courbe,
laprojection orthogonale
des vitesses des mobiles Mconsidérés,
sur leplan
normal en P àCo
est biendéterminée par ses deux
projections orthogonales
sur les normalesen P aux surfaces
qui
déterminentCo ;
elle est par suiteindépen-
dante de M.
DÉFINITION. - La
projection orthogonale
commune de la remarqueprécédente
seraappelée
vitesse normale de S(ou
deC)
en P àl’instant
ou plus
brièvement vitesse de la surface(ou courbe)
en P à
to (1) -
Dans les
applications,
on utiliserasystématiquement
la remarque fondamentale et les remarques suivantesqui
s’en déduisent.(2) La théorie classique des fonctions implicites montre qu’il y a de tels mobiles et que la projection orthogonale de leur vecteur vitesse sur le plan tangent en P à So (ou tan- gente en P à Co) peut être quelconque.
(3) Dans le cas où la figure est indéformable il ne faut pas confondre sa vitesse en P et la vitesse d’entraînement de P.
147
RELATIONS ENTRE LES DIVERSES VITESSES
a)
Nous avons vu comment construire la vitesse en Pà to
de lacourbe intersection de deux surfaces mobiles
passant
parP,
maisnon
tangentes
en cepoint,
àto,
connaissant la vitesse de celles-cien P à
10.
b)
Defaçon analogue
S et C étant une surface et une courbemobiles
passant
en Pà to
mais nontangentes
en cepoint,
on saitque le
point
d’intersection de S et Cqui
tend vers Pquand
t tendvers to
est un mobile NI demeurant sur S etC,
nous aurons doncsa vitesse par les
projections orthogonales
de celle-ci sur la normale àSo
et leplan
normal àCo
enP,
si nous connaissons les vitesses de S et Cen P à to.
c)
Si une surface mobile S et une courbe mobile C demeurenttangentes
en unpoint
mobileQ,
défini pour les valeurs de t d’un intervalle ouvert contenantto, qui
tend vers Pquand
tendvers to
lavitesse de S en P
à to
est laprojection orthogonalc
de celle de C sur la normale en P àSo (~).
Enparticulier
ces conditions demeurentréalisées si C demeure sur S.
d)
Si deux surfaces(ou courbes)
mobiles demeurenttangentes
enun
point
mobileQ,
défini pour les valeurs de t d’un intervalle ouvert contenantta, qui
tend vers Pquand
t tend vers to, alors elles ont même vitesse normale en P àto (~).
Enparticulier
si l’une dessurfaces est fixe et si le contact a lieu tout le
long
d’une courbe mobile C, la surface mobile a une vitesse normale nulle auxpoints
de C. Si le
point
de contact d’une courbe fixe et d’une courbe mobile C varie continûment avec t la vitesse de C aupoint
decontact est nulle.
Réciproquement :
s’il existe sur une courbe mobile C unpoint
mobile
Q
où C a une vitessenulle,
défini et muni d’un vecteur vitesse non nul dans un intervalle detemps
ouvert, C demeuretangente
enQ
au lieu de cepoint ;
s’il existe sur une surfacemobile S une courbe mobile C où sa vitesse demeure
nulle,
S demeuretangente
lelong
de C à la surfaceengendrée
par C excep- tion faite pour lespoints
où C a une vitesse nulle ; si un telpoint Q
(~) Immédiat si Q est remplacé par M, sinon on peut étendre les méthodes classiques
relatives aux enveloppes.
a une vitesse non nulle dans un intervalle de
temps
ouvert C demeu-rera
tangente
enQ
au lieu de cepoint.
Signalons rapidement
un résultat facile à démontrer où la vitesse normale intervient. Soit un volume variable limité en tout oupartie
par uneportion ~
d’une surface mobile S le reste de la sur-face limitante étant fixe ou
engendré
par le contour limitantsi
cette surface limitante est assez
régulière
la mesure du volume estune fonction V de t
ayant
une dérivée donnée parYt -’Ynds
t -E
oùdS est l’élément d’aire et
Yu
la mesurealgébrique
sur la normaleextérieure de la vitesse normale à S en un
point
décrivant ~.Résultat
analogue
pour l’aire A limitée en tout oupartie
parun arc ab de courbe mobile
At -- J’ ab Ynds,
ds étant l’élément d’arc.a
CAS PARTICULIERS. - Nous étudierons la
répartition
des vitesses normales à uninstant to
dans le cas duplan
II mobile et de ladroite D mobile. Pour cela nous
porterons
enchaque point
P deITo (ou Do)
le vecteur PP’représentant
la vitesse normale en P.Plan. - Tout mobile M demeurant dans le
plan
mobile vérifie OM u == a, u étant un vecteurunitaire ayant
des dérivéespartielles
continues
(5)
en dérivantl’égalité précédente
parrapport
à t, àto,
en
remarquant
que estorthogonal
à M on a leségalités
En les
ajoutant
membre à membre on en déduitqui
montre que P’ décrit unplan
Il’quand
P décritIl,,.
(5) On le verrait par exemple en remarquant que les points de rencontre du plan mobile
et d’un trièdre fixe à choisir admettent des vitesses continues.
149
Droite. - On
peut
trouver sur cette droite mobile unpoint
mobile
Mo
muni d’une vitesse continue et un vecteur unitaire de dérivé continu(6).
SoitPoPo la
vitesse normale de la droite enPo position
deMo
àto.
Si ~. est une fonction de t admettant une dérivéepour to
OM -OMa
+ 7.u définit un mobileM,
et àto
d’où en P
et en
ajoutant
qui
montre que P’ décrit une droiteD’quand
P décritDo.
DÉFINITION. - Les
plan
n’ et droite D’ serontrespectivement appelés plan
des vitesses de II et droite des vitesses de D àt.o.
On utilisera constamment la droite des vitesses dans les
applica-
tions et si D reste dans un
plan
fixe orientéest la vitesse
angulaire
deD,
par suite si deux droitesDi
etD2
mobiles dans un
plan
fixe font unangle
constant leurs droites des vitessesD~
etD~
font le mêmeangle.
Sphère.
- Le théorèmed’Huyghens
donnant la dérivée de lalongueur
d’unsegment
fournit larépartition
des vitessesnormales,
à
’0’ à
l’aide de la vitesse du centre et de la dérivée du rayon parrapport
autemps.
Il en est de même pour le cercle mobile dans unplan
fixe.APPLICATIONS
Ce
qui précède
est utile pour leproblème général
suivant :construire le vecteur vitesse à
l’instant to
d’unpoint
M d’unefigure,
(6) On pourra pour le voir, d’abord couper par un plan fixe à choisir, puis par la sphère mobile, de rayon un, centrée en ce point.
sachant
qu’un
certain nombre depoints qui
déterminent cettefigure
ont des vecteurs vitesses continus au
voisinage de to
et connaissantà l’instant to
lespositions
et les vecteurs vitesses de cespoints.
Si l’on connait une construction de M à la
règle
et au compas àpartir
deM1, M2’
...,Mp
valable dans un intervalle detemps
onpourra en
général
construire à larègle
et au compas la vitesse de Mà to
connaissantà to
lespoints M1, M2’
...,Mp et
leurs vecteursvitesse
0.
Le
paramètre
t pourra bien entendudésigner
autre chose que letemps.
Le lecteur a sans douteremarqué
lesapplications possibles
àla
géométrie,
construction detangentes, plans tangents, points caractéristiques,
etc.Retrouvons par
exemple
les résultats élémentaires pour les sur- facesréglées :
la droite des vitesses D’ de D à t fournissant la vitesse normale en toutpoint
de D à t fournit leplan tangent
en toutpoint
de D non sur D’. Une condition nécessaire et suffisante pour
qu’il
soitle même tout le
long
de lagénératrice
est donc que D et D’ soientcoplanaires.
S’il en estainsi,
il existe engénéral
unpoint
1 de D oùsa vitesse est
nulle ;
si cepoint
admet un vecteur vitesse non nuldans un intervalle de
temps,
D demeuretangente
au lieu de 1 etinversement si D reste
tangente
à une courbe en 1 variant conti- nûment avec t, D’ passe par 1(cas particulier
où 1 conserve unevitesse
nulle,
et celui où D’ demeureparallèle
àD ;
dans ce dernier cas- 6~H n.i ~ ~ , ~ C~M "r
B
H-{-
dlparallèle à rz entraîne du = o, dt rz fixe/
Dans le cas où D’et D ne sont pas
coplanaires
lesupport
de lavitesse normale en un
point
variable de D(t fixe) s’appuie
sur deuxdroites fixes en restant
parallèle
à unplan
fixe et par suiteengendre
un
paraboloïde hyperbolique ;
il en est donc de même de la normale à S. On voit encore que lepoint
central est lepied
de laperpendi-
culaire commune à D et à D’ ce
qui
est lié à un résultat bienconnu.
Passons maintenant à un
exemple cinématique.
JET VARIABLE. - Un
engin permet
de lancer àchaque
instant d’unpoint
fixe 0 uneparticule
avec une vitesseVo, qui
demeure dans un(7) On construira les vecteurs vitesse des points intermédiaires de la construction à l’aide des droites des vitesses et du théorème d’Huygens. Il y aura exception si un point
intermédiaire est obtenu comme commun à deux courbes accidentellement tangentes.
151
plan
fixe avec unelongueur V
constante et admet en outre un vec-teur dérivé continu. La
particule
est ensuite soumise à une forcequi
lui
imprime
uneaccélération g
constante, diteverticale,
de lon- gueur g, située dans leplan
fixe. Dans ces conditions il estclassique
que
chaque particule
décrit uneportion
deparabole (ou exception-
nellement de droite
si g
etV
sontparallèles) :
les directrices de cesparaboles
sont confondues en la droite horizontalepassant
par le- -ò>- v
02 point
H définiHO - g.
2g
,.Le mobile
parti
de 0 à l’instant t a unetrajectoire
Tqui dépend
de t, courbe mobile avec t. Cherchons sa vitesse normale en un de
ses
points
P à l’instant t ; pour cela nous allons construire la vitesseen P de la
tangente
à T aupoint
d’intersection R de latrajectoire
avec la
parallèle à g
menée par P. ,Soit K la
projection orthogonale
de P sur ladirectrice,
le point Rse trouve sur la média- trice
d1
dusegment FK,
F étant lefoyer
de la
parabole qui
estsymétrique
de H parrapport
ausupport ~
de
Vo.
La vitesse
angulaire
de
OF,
double decelle de A, nous per-
met de construire la vitesse de F et par suite celle du milieu 1 de FK ainsi que la droite des vitesses de FK. Nous savons que la droite
J1
des vites-ses de
~i
estorthogo-
nale à celle de FK, et
nous en connaissons un
point :
l’extrémité de la vitesse normale ded~
en1 ;
on en déduit01 qui
donne la vitesse normale Vde 03941
en P.V est le vecteurvitesse de la
trajectoire
T en P.Si une courbe mobile
(ou non)
avec t, passe en P àl’instant to
etFig. i.
n’y
est pastangente
àT,
lepoint
de rencontre Mqui
tend vers Pquand
tendvers to
a un vecteur vitesse à cetinstant,
que le vec-teur V
permet
de construire si l’on connaît àl’instant to
latangente
à C et le vecteur vitesse de C en P. Ceci donnerait la vitesse
Fig. a.
du
point
de chute sur C si letemps
mis par leprojectile
pour aller de 0 à P étaitnégligeable (g
etVo grands).
A
chaque
instant T lesparticules
lancées de 0 forment unefigure dépendant
de T que nousappellerons
lejet.
Nous l’obtiendronsen
prenant
pourchaque
valeur de t inférieure à T laposition
S de laparticule
lancée à l’instantt qui
avoyagé pendant
letemps
T - t. Pourcela on remarquera que la
projection
horizontale de laparticule
reste la même que si son mouvement était
rectiligne
uniforme avecmême vitesse initiale V. Le
point
S se trouve donc aupoint
de ren-contre de la
trajectoire
T et de la verticale menée par lepoint Q
défini par
OQ = Vo (z - t) (en supposant qu’à
l’instant t,Vo
n’estpas
vertical),
le vecteurOQ
admet donc un vecteur dérivé parrapport
à t, continu parrapport
à t et à r. Saprojection orthogonale
sur â est- Vo,
saprojection
sur la normale à 0394 estfournie par A’. La construction de
daS
en résulte ainsi que sa conti- oM153 nuité par
rapport
a t et r, ce vecteur nepeut
être nul que si V est nul etd~~
di vertical. Enexceptant
le casparticulier
où ceci seproduit
en P pour
t = to
et T = T° nous pouvons limiter t à un intervalleouvert
contenant 1.
lejet
J ainsi obtenu étant une courbe mobileavec
Le vecteur
d~s
donne alors latangente
en P à J et nous auronsla vitesse V’ de J en P à l’instant ro en
prenant
comme mobile demeu-rant sur J la
particule
lancée de 0 àl’instant t. ;
la vitesse de cemobile est déterminée par sa
projection
horizontalequi
est cellede
V
et sonsupport qui
est latangente
en P à T.Les
points caractéristiques
dujet
seront obtenusquand
V’ == o, onvoit par la construction de V’ que ceci se
produit
à la condition nécessaire et suffisante queY - 0,
c’est-à-dire soit si P est sur la.
~T
parabole
desécurité,
soit sidV
- o ; alorstrajectoire
etjet
sont
tangents.
dlDans le
premier
cas lepoint caractéristique
décrit uneportion
dela
parabole
desécurité ;
dans le second il décrit latrajectoire
de laparticule
lancée à l’instant oùd~ ° - o.
Si maintenant nous cherchons la vitesse du
point
de chute M sur une courbe C fixe ou mobile avec rpassant
en P àl’instant ’ro
et nontangente
en P à J il nous suffirad’opérer
avecV’,
commeprécé-
d
- ~
1 dO "demment
avec V,
le vecteur-
est continupar
rapport
a z.d~
Dans le cas où
V = o on a V’ ~ o
etdOM
dT o, il existe un inter-valle pour T
contenant 1"0
tel que M décrive une courbe mobile 1-’.A
chaque
instant lepoint
de chute sur C est aussipoint
de chutesur F ; la valeur de t
qui
luicorrespond
est une fonction de r, continue par construction de t, M est unpoint
commun à latrajectoire
Tcorrespondante
et à F.D’après
cequi précède,
si T et P ne sont pastangentes
en P àto,
elles ont un
point
de rencontre et un seul tendant vers Pquand
ttend
vers to
le vecteur dérivé que nous savons construire n’est pas nulpour to
etl’égalité
montre que
quand
2013r tend vers o, tend vers une limite finie nonnulle r définie par
Si le
point
0 lance àl’instant to
lesparticules
avec un débit d finiou non, défini comme la limite du
rapport 0394" ~>
0394 t oquand
~t tendvers o,
0394q
étant laquantité
departicules
émisespendant
l’intervalle detemps
dt.Le débit d’ reçu par la courbe
C,
défini defaçon analogue
pour lepoint
de chute Mqui
tend vers Pquand
tend vers io est la limite du1 [ 1 1 J 1
Le cas de r
négatif s’interprète facilement ;
on se trouve dans cecas avec un
jet
d’eaupuissant dirigé
vers le haut à l’ouverture du robinetpuis
rabatturapidement
vers le sol horizontal(cas
de lafigure).
Nous proposons au lecteur le cas où 0 est mobile avec une vitesse continue dans le
plan
fixe contenant lestrajectoires.
Les mêmesméthodes
s’appliquent
ets’appliqueraient
encore si 0 etVo
n’étaientpas astreints à demeurer dans un
plan
fixe.(Parvenu aux Annales le 15 janvier 1948.)