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L1 2019-2020, compl´ements de math´ematiques 2 : espaces vectoriels euclidiens

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(1)

L1 2019-2020, compl´ements de math´ematiques 2 : espaces vectoriels euclidiens

Antoine Douai March 9, 2020

Le programme et le cours officiel sont ceux trait´es en amphi. Ces notes seront modifi´ees au fur et `a mesure.

1 Espaces vectoriels euclidiens

Pr´erequis : le cours d’alg`ebre (espace vectoriel, base, dimension, application lin´eaire et matrices...

Pour des raisons de typographie, je ne mets pas toujours de fl`eches sur les vecteurs, le cadre ne prˆetera jamais `a confusion : les vecteurs sont les habitants d’un espace vectoriel, point).

1.1 Produit scalaire

Dans ce chapitre,E est un espace vectoriel surR, pas n´ecessairement de dimension finie.

D´efinition 1.1 Un produit scalaire sur E est une application

< , >:E×E −→R (1)

telle que :

1. < , > est bilin´eaire,

2. < , > est sym´etrique, c’est `a dire < u, v >=< v, u >por tout u, v∈E, 3. < , > est positive, c’est `a dire < u, u >≥0 pour tout u∈E,

4. < , > est d´efinie, c’est `a dire si < u, u >= 0 alorsu= 0E.

On dit qu’un produit scalaire est une forme bilin´eaire, sym´etrique, d´efinie positive.

Exemple(s) 1.2 1. Rn (avec le produit scalaire canonique),

2. E=C0([0,1]) (espace vectoriel des fonctions continues sur [0,1]), 3. E=R[X](espace vectoriel des polynˆomes).

Jusqu’`a la fin de ce paragraphe, E est un espace vectoriel sur R muni d’un produit scalaire

(2)

Th´eor`eme 1.3 (In´egalit´e de Cauchy-Schwarz) On a

< u, v >2≤< u, u >< v, v >: (2) pour tout u, v∈E avec ´egalit´e si et seulement si u et v sont colin´eaires.

D´efinition 1.4 On appelle norme euclidienne d’un vecteur u∈E le nombre r´eel

||u||=√

< u, u >. (3)

Exemple(s) 1.5 Si E=Rn avec son produit scalaire canonique alors

||u||= q

x21+· · ·+x2n si u= (x1,· · ·, xn)∈E.

Th´eor`eme 1.6 On a, pour tout u, v∈E et toutλ∈R, 1. ||u|| ≥0,

2. ||λu||=|λ|||u||,

3. ||u||= 0 si et seulement si u= 0E, 4. ||u+v|| ≤ ||u||+||v||.

Proposition 1.7 (Identit´es remarquables) On a, pour tout u, v∈E,

1. ||u+v||2 =||u||2+ 2< u, v >+||v||2, 2. ||u−v||2 =||u||2−2< u, v >+||v||2,

3. ||u+v||2+||u−v||2 = 2(||u||2+||v||2) (identit´e du parall´elogramme), 4. ||u+v||2− ||u−v||2 = 4< u, v >.

En particulier, ||u+v||2 =||u||2+||v||2 si et seulement si < u, v >= 0.

D´efinition 1.8 On appelle distance euclidienne entre les vecteurs u et v le nombre r´eel

d(u, v) =||u−v||. (4)

(3)

1.2 Orthogonalit´e

Dans ce chapitre,Eest un espace vectoriel surR, pas n´ecessairement de dimension finie, muni d’un produit scalaire< , >.

D´efinition 1.9 1. Deux vecteurs u, v∈E sont orthogonaux si< u, v >= 0.

2. Une famille(e1,· · ·, ep)est dite orthogonale si les vecteurs qui la composent sont orthogonaux deux `a deux c’est `a dire < ei, ej >= 0 pour tout i6=j.

3. Un vecteur u∈E est unitaire si ||u||= 1.

4. Une famille (e1,· · · , ep) est dite orthonorm´ee si les vecteurs qui la composent sont unitaires et orthogonaux deux `a deux c’est `a dire < ei, ej >=δij pour tout i, j.

D´efinition 1.10 On appelle orthogonal d’une partie F de E l’ensemble, not´e F, des vecteurs orthogonaux `a tous les vecteurs de F :

F={u∈E, < u, v >= 0 ∀v∈F} (5)

Proposition 1.11 L’orthogonalF d’une partie F de E est un sous espace vectoriel de E.

D´efinition 1.12 Deux sousespaces vectoriels F et G deE sont orthogonaux si< u, v >= 0pour tout u∈F et tout v∈G.

Exemple(s) 1.13 Si F est un sous espace vectoriel de E alors F et F sont orthogonaux. Re- marquons que F ∩F ={0E} (parce que le produit scalaire est une forme bilin´eaire d´efinie) : ces deux espaces sont en somme directe.

1.3 Espaces vectoriels euclidiens

D´efinition 1.14 Un espace euclidien E est un espace vectoriel de dimension finie muni d’un produit scalaire.

Exemple(s) 1.15 Rn avec sa base et son produit scalaire canonique(s). Dans les exercices, on aura souvent n= 2 ou n= 3.

1.4 Bases orthonorm´ees

D´efinition 1.16 (Bases orthonorm´ees)

SoitE un espace euclidien. On dit qu’une base(f1,· · · , fn) est orthonorm´ee si< fi, fj >=δij pour tout i, j= 1,· · ·n.

Exemple(s) 1.17 La base canonique deRnmuni de son produit scalaire canonique est orthonorm´ee.

Th´eor`eme 1.18 (Gram-Schmidt)

Soit E un espace euclidien et (e1,· · ·, en) une base de E. Alors il existe une base orthonorm´ee (f1,· · ·, fn) de E telle que

V ect(f1,· · ·, fk) =V ect(e1,· · ·ek)

(4)

Preuve. Par r´ecurrence : on posef1 = ||ee1

1||. Pour trouverf2on le cherche sous la formef2 =e2+af1 o`u a est un nombre r´eel qui donne l’orthogonalit´e : en ´ecrivant < f1, f2 >= 0 on trouve que a=−<e||f2,f1>

1||2 et on normalise. Puis fk+1=ek+1−Pk

i=1

<ek+1,fi>

||fi||2 fi, et on normalise.

Corollaire 1.19 Un espace vectoriel euclidien admet (au moins) une base orthonormale.

Pourquoi travailler en base orthonorm´ee? Parce que cela simplifie l’existence (disons que cela devient aussi facile que dansRn muni de son produit scalaire et de sa base canonique)!

Th´eor`eme 1.20 (Composantes d’un vecteur en base orthonorm´ee)

Soit E un espace vectoriel euclidien muni d’une base orthonorm´ee (f1,· · · , fn). Alors, pour tout u∈E,

u=

n

X

i=1

< u, fi > fi. (6)

Preuve. Ecrireu=Pn

j=1ajfj et calculer< u, fi>.

Le corollaire suivant est important (il nous permettra par exemple de d´efinir les projections orthogonales) :

Corollaire 1.21 Soit F un sous-espace vectoriel de E. Alors F est un suppl´ementaire de F dansE : E=F⊕F.

Preuve. Nous avons d´ej`a vu queF∩F={0E}. L’espace vectorielF est euclidien. Il admet donc une base orthonorm´ee (f1,· · · , fp). Siu∈E, on v´erifie queu=v+wo`uv=Pp

i=1< u, fi > fi ∈F etw=u−v∈F. Ainsi, E =F+F.

1.5 Projections et sym´etries orthogonales

Soit E un espace euclidien et (e1,· · · , en) une base de E. Soit F un sous-espace vectoriel de E:

l’orthogonalF est un suppl´ementaire de F.

D´efinition 1.22 Soit E un espace vectoriel euuclidien et F un sous-espace vectoriel de E.

1. On appelle projection orthogonale sur F l’application lin´eairepF :E=F⊕F−→E d´efinie par pF(u+v) =u, u∈F et v∈F.

2. On appelle sym´etrie orthogonale par rapport `aF l’application lin´eairesF :E =F⊕F−→E d´efinie par sF(u+v) =u−v, u∈F etv ∈F.

Remarque(s) 1.23 On a sF = 2pF −IdE.

Il est facile d’exprimer les projections (et donc les sym´etries) dans les bases orthonorm´ees, et c’est ce qui explique entre autre leur utilit´e :

(5)

Th´eor`eme 1.24 Soit (f1,· · · , fp) une base orthonorm´ee de F. Alors pF(u) =

p

X

j=1

< u, fj > fj (7)

pour tout u∈E.

Preuve. On compl`ete (f1,· · ·, fp) en une base orthonorm´ee (f1,· · · , fn) de E. Alors, pour tout vecteur u de E on a u = Pn

i=1 < u, fi > fi et donc, par lin´earit´e, p(u) = Pn

i=1 < u, fi > p(fi).

Mais, par d´efinition d’une projection, p(fi) =fi si fi∈F etp(fi) = 0 sifi ∈/F. Corollaire 1.25 (Projection sur une droite vectorielle)

Soit F =V ect(a) aveca vecteur non nul. Alors

pF(u) =< u, a > a

||a||2 (8)

pour tout u∈E.

Preuve. Une base orthonorm´ee de F est ||a||a .

Corollaire 1.26 (Projection sur un hyperplan vectoriel) Soit F =V ect(a) avec a6= 0. Alors

pF(u) =u−< u, a > a

||a||2 (9)

pour tout u∈E.

Preuve. En effet,IdE−pF est la projection orthogonale sur la droiteF=V ect(a) et on applique le corollaire pr´ec´edent.

On peut ainsi projeter surF ouF: les calculs pr´ec´edents montrent qu’il est souvent plus judicieux de projeter sur le plus petit...

1.6 Distances dans un espace vectoriel

Un produit scalaire sert `a calculer des distances. Dans ce paragraphe,Ed´esigne un espace vectoriel euclidien. Rappelons que la distance entre deux vecteurs u et v est alors d´efinie par d(u, v) :=

||u−v||.

D´efinition 1.27 On appelle distance d’un vecteur u de E `a un sous-espace vectoriel F de E le nombre r´eel d(u, F) = infv∈F d(u, v).

Th´eor`eme 1.28 On a d(u, F) =||u−PF(u)|| o`upF(u) d´esigne la projection orthogonale sur F.

(6)

Preuve. Remarquons tout d’abord que ||u−v|| ≥ ||u−PF(u)|| pour toutv∈F : en effet,

||u−v||=||u−pF(u) +pF(u)−v||

o`uu−pF(u)∈F(c’est la d´efinition de la projection) etpF(u)−v∈F (parce quepF(u)∈F etF est un espace vectoriel). En utilisant le th´eor`eme de Pythagore (les vecteursu−pF(u) etpF(u)−v sont orthogonaux), on obtient donc

||u−v||2=||u−pF(u)||2+||pF(u)−v||2≥ ||u−pF(u)||2

et on a ´egalit´e si et seulement sipF(u) =v. On en d´eduit que infv∈Fd(u, v) =||u−pF(u)||.

Corollaire 1.29 (Distance `a une droite vectorielle) Soit D=vect(w), w6= 0. Alors

d(u, D) =||x−< x, w > w

||w||2||

pour tout u∈E.

Preuve. On a en effetpF(u) =< u, w > ||w||w2 pour toutu∈E.

Corollaire 1.30 (Distance `a un hyperplan vectoriel) Soit H=vect(w), w6= 0. Alors

d(u, H) =|< u, w >| 1

||w||

pour tout u∈E.

Preuve. On a en effetpF(u) =u−< u, w > ||w||w2 pour tout u∈E.

Exemple(s) 1.31 On supposeE muni d’une base orthonorm´ee. Si l’´equation deH s’´ecrit a1x1+

· · ·anxn= 0 et siu= (u1,· · · , un) dans la base consid´er´ee alors d(u, H) = |a1u1+· · ·+anun|

pa21+· · ·+a2n . (10)

En effet, H=vect(w) avec w= (a1,· · · , an).

1.7 Automorphismes orthogonaux. Matrices orthogonales Ce chapitre est `a laisser de cˆot´e en premi`ere lecture.

D´efinition 1.32 Soit E un espace vectoriel euclidien. On appelle endomorphisme orthogonal de E tout endomorphisme de E qui conserve le produit scalaire, c’est `a dire tel que

< f(x), f(y)>=< x, y > (11)

pour tout x∈E et touty∈E.

(7)

Exemple(s) 1.33 Sisest une sym´etrie orthogonale, on a< s(x), s(y)>=< x, y >: une sym´etrie orthogonale est donc un endomorphisme orthogonal. Une projection orthogonale n’est pas un endo- morphisme orthogonal.

Dans ce texte, A> d´esignera la transpos´ee de la matriceA.

D´efinition 1.34 Une matrice A∈Mn(R) est dite orthogonale si

AA>=I (12)

En d’autres termes, A est orthogonale siA est inversible et siA>=A−1. Le lien entre les deux notions est pr´ecis´e par le th´eor`eme suivant :

Th´eor`eme 1.35 Dans Rn, muni du produit scalaire et de la base canoniques, il y a ´equivalence entre :

1. l’endomorphismef est orthogonal, 2. la matrice de f est orthogonale.

Preuve. La base canonique deRnest orthonormale.

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