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ORGANISATION MONDIALE

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Texte intégral

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DU C OMMERCE

WT/WGTDF/W/27 24 novembre 2004

(04-5106)

Groupe de travail du commerce, de la dette et des finances

Original: anglais

COMMUNICATION DE LA CNUCED

Le Secrétariat de la CNUCED a fait parvenir au Secrétariat la communication ci-après, datée du 22 novembre 2004, préalablement à l'exposé qu'il fera devant le Groupe de travail le 10 décembre.

_______________

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LES ENJEUX DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE EN ÉCONOMIE OUVERTE:

COHÉRENCE ENTRE LE COMMERCE ET LA FINANCE1 Exposé préparé par Heiner Flassbeck

Administrateur chargé de la

Division de la mondialisation et des stratégies de développement

TABLE DES MATIÈRES

Page

I. LE COMMERCE ET LA FINANCE DANS LA THÉORIE ... 2

II. UNE SOLUTION PRAGMATIQUE: LE CONCEPT DE COMPÉTITIVITÉ ... 5

III. LES CONDITIONS DE LA COMPÉTITIVITÉ À L'ÉCHELLE MICRO-ÉCONOMIQUE: RÔLE CLÉ DE L'INVESTISSEMENT INNOVANT ... 6

IV. COMPÉTITIVITÉ DES ENTREPRISES À L'ÉCHELLE DE L'ÉCONOMIE NATIONALE ... 8

V. MÉCANISMES DE TRANSMISSION ENTRE L'ÉCONOMIE NATIONALE ET L'ÉCONOMIE INTERNATIONALE ... 10

VI. MESURE DE LA COMPÉTITIVITÉ: LE TAUX DE CHANGE RÉEL ... 13

VII. LA SOUS-ÉVALUATION, SOLUTION GÉNÉRALE?... 14

BIBLIOGRAPHIE ... 18

I. LE COMMERCE ET LA FINANCE DANS LA THÉORIE

1. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, on a estimé que l'instauration d'un ordre économique international cohérent permettait l'intégration de certains aspects de l'ordre monétaire et financier à l'ordre commercial et aux étapes futures devant mener à la pleine libéralisation des flux de marchandises et de capitaux. Les architectes du système de Bretton Woods ont bien compris que, sans l'intégration de la monnaie et du commerce, il serait impossible d'instaurer un ordre stable, porteur de réussite en matière de croissance durable et d'emploi. Dans une intervention à la Chambre des Lords en mai 1944, Lord Keynes s'est exprimé en ces termes au sujet de l'ordre économique mondial en gestation:

"Pour commencer, il y a une raison logique de traiter d'abord des propositions monétaires. Il est extrêmement difficile d'élaborer des propositions sur les tarifs douaniers si les pays sont libres de modifier la valeur de leur monnaie à brève échéance et sans accord. Les tarifs douaniers et la dépréciation monétaire sont, dans bien des cas, les deux volets d'une même alternative. Sans accord monétaire, vous n'avez aucune base solide pour discuter de tarifs douaniers. De même, les plans visant à réduire les fluctuations des prix internationaux n'ont aucune signification interne pour les pays concernés tant que la valeur de la monnaie ne constitue pas pour nous une base solide. Les autres dispositifs ne sont donc pas essentiels en tant que préalables au dispositif monétaire, mais il est permis d'affirmer, selon moi, que le

1 Le présent document (sections 2 à 7) s'inspire, pour l'essentiel, du chapitre IV du Rapport sur le commerce et le développement, 2004 de la CNUCED. L'introduction présente l'opinion de l'auteur et ne reflète pas nécessairement les vues de la CNUCED.

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dispositif monétaire procure un fondement solide qui pourra servir d'ancrage aux autres. Il est très difficile, dans une situation de chaos monétaire, d'instaurer un ordre quelconque dans les autres sphères.2

2. Malheureusement, après l'effondrement du système de Bretton Woods au début des années 70, le système monétaire mondial est retombé dans le "chaos monétaire" qui avait caractérisé la période d'avant-guerre, avec des conséquences économiques et politiques néfastes. Même après la disparition du système de Bretton Woods, les décideurs publics ont poursuivi la libéralisation du système commercial comme s'il existait une approche cohérente sur le front monétaire, c'est-à-dire un ordre monétaire cohérent. Ce n'est que récemment, sous l'effet de la crise asiatique et des turbulences monétaires de l'Amérique latine, que les inconvénients du "chaos monétaire" et ses répercussions sur le système commercial ont été reconnus même dans la théorie économique dominante et par l'OMC.

3. L'instabilité inhérente à la multiplicité des régimes de change – l'éventail des régimes va du flottement libre à l'arrimage ferme – a incité bon nombre d'observateurs à préconiser une approche mondiale des affaires monétaires ou, à tout le moins, une amélioration de la coopération régionale en la matière. L'instabilité n'est toutefois qu'un aspect de la question. Étant donné la fréquente surréaction des taux de change depuis l'effondrement du système de Bretton Woods, une question plus pressante concerne les distorsions réelles dans l'affectation des ressources et la désincitation à investir que suscite la sphère monétaire de l'économie. Si les mouvements de change suivent une marche aléatoire, autrement dit si la valeur internationale des monnaies fluctue sans rapport avec les fondamentaux économiques, dans un contexte de marchés ouverts (marchandises et capitaux), les théories commerciales traditionnelles perdent rapidement prise sur la réalité, et la libéralisation du commerce perd une grande partie de sa justification présumée.

4. La philosophie de la libéralisation du commerce à l'échelle mondiale repose encore largement sur la doctrine de l'"avantage comparatif" ou des "coûts comparatifs".3 Dans un monde composé de deux pays produisant deux marchandises et ayant une monnaie commune, par exemple l'étalon-or, la logique de cette doctrine est simple et irréfutable. David Ricardo écrivait ceci en 1821:

"Deux hommes savent faire des chapeaux et des chaussures. L'un excelle davantage que l'autre dans les deux productions. Toutefois, pour les chapeaux, sa marge de supériorité est de seulement un cinquième, soit 20 pour cent, alors que pour les chaussures elle peut être d'un tiers, soit 33 pour cent. Ne serait-il pas dans l'intérêt des deux que le plus compétitif se consacre exclusivement à la confection de chaussures et le moins compétitif, à la confection de chapeaux?"4

5. Cet exemple tend à prouver que même les pays nettement désavantagés sous l'angle des coûts absolus de production ont une chance de participer à la division du travail et au partage des revenus.

Cependant, même s'ils sont dotés d'une monnaie commune, les pays n'ont pas toujours les mêmes caractéristiques que des personnes vivant sur le même territoire. L'exemple de Ricardo est probant si les deux hommes perçoivent la même rémunération en dépit de leurs talents différents. D'un pays à l'autre, ce n'est pas forcément le cas. Si la main-d'œuvre n'est pas mobile et qu'au plan national le salaire de chacun est le reflet exact de sa productivité, autrement dit si le salaire du plus compétitif est largement supérieur à celui de son concurrent moins compétitif, le résultat de la concurrence n'est pas

2 J.M. Keynes (1980), page 5.

3 Viner (1975), page 451.

4 Ricardo (1951), page 136.

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aussi simple. Lorsqu'on passe à un contexte multipays et multiproduits, la complexité du problème ne fait qu'augmenter.

6. Compte tenu des écarts de salaires et de productivité entre pays et entre produits, l'"avantage comparatif" n'est guère facile à cerner. Dans le monde réel, l'avantage absolu tenant aux salaires et/ou à la technologie (productivité) pour la production d'un bien donné peut être bien plus important que l'avantage comparatif (coûts moindres) construit selon les hypothèses de Ricardo. En outre, si les prix et les coûts en termes monétaires sont les principaux déterminants du commerce et que les capitaux sont mobiles, un pays où les salaires sont relativement modestes bénéficie d'avantages énormes même lorsqu'il produit des biens faisant partie de l'éventail de production des pays à salaires élevés – par exemple des puces électroniques – s'il peut importer et appliquer la technologie de ces pays. Avec le binôme bas salaires/haute technologie, la fabrication de produits de haute technologie dans les pays à bas salaires engendre un surprofit ou une augmentation de la part de marché pour les producteurs nationaux ou les investisseurs étrangers. Cette rente supplémentaire, ignorée par la théorie commerciale dominante et les politiques commerciales, peut constituer une importante source de rattrapage pour les pays en développement.

7. Face aux écueils de l'approche classique "commerce et avantage comparatif", l'utilisation des coûts et des prix nominaux, y compris les écarts de salaires et de productivité et les mouvements de change, est une démarche plus prometteuse. Même dans ce monde, les pays en développement à bas salaires exportent un certain nombre de produits qui se situent à l'extrémité inférieure de l'échelle de productivité, profitant ainsi de coûts moindres. Pour leur part, les pays industrialisés exportent des produits qui se situent à l'extrémité supérieure de l'échelle de productivité, en dépit de salaires plus élevés. Malgré cette typologie sommaire, il n'existe aucune règle simple pour expliquer la division internationale du travail. Les pays en développement exportent des biens manufacturés qu'ils peuvent produire à meilleur coût en raison de salaires plus modestes et en dépit d'une main-d'œuvre moins qualifiée. La fabrication de ces produits peut faire appel à la haute technologie comme à la basse technologie, sans qu'il n'y ait de règle précise à cet égard. Enfin, dans un contexte de "chaos monétaire", tout ce processus se conjugue en permanence à des chocs monétaires et à d'énormes écarts entre les importations et les exportations, essentiellement imputables à la fluctuation des taux de change réels.

8. Le concept classique selon lequel l'avantage ou le désavantage commercial résulte de

"dotations factorielles" différentes au chapitre du travail, du capital ou des ressources naturelles a perdu de son pouvoir explicatif car les hypothèses qui le sous-tendaient ne se vérifient plus. Ce concept introduit une dichotomie entre les analyses réelles d'une part et les analyses monétaires d'autre part, faisant croire aux décideurs publics que les deux sphères peuvent être abordées séparément. Cependant, les flux commerciaux dans le monde réel sont faussés par des écarts énormes au chapitre de la formation des salaires, des taux d'inflation et, plus encore, de la surévaluation ou la sous-évaluation à grande échelle des taux de change. En fait, de nombreux types de chocs

"monétaires ou nominaux" engendrent des distorsions dans la division du travail entre le monde industrialisé et le monde en développement. Lorsque des taux de change fluctuent de 20 pour cent en une semaine ou que des pays ou des régions parviennent à maintenir une sous-évaluation de leur monnaie à hauteur de 10 à 20 pour cent (avec des taux fixes ou flexibles) sur des périodes de cinq à 20 ans, une analyse fondée sur le paradigme classique est trompeuse.

9. Le présent document vise principalement à analyser les conditions qui doivent exister à l'échelle micro et macro-économique ainsi que dans le processus de transmission entre l'économie nationale et l'économie internationale pour que les entrepreneurs puissent tirer profit des investissements innovants. Après une brève analyse du concept de compétitivité dans l'acception ici retenue et de son applicabilité aux pays en développement, les sections 3 à 5 se concentrent sur ces conditions. La section 6 traite des mesures de la compétitivité. La section 7 examine la possibilité

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d'utiliser la sous-évaluation de la monnaie comme solution générale pour la préservation de la compétitivité, et la dernière section présente les conclusions et les incidences au plan des politiques.

II. UNE SOLUTION PRAGMATIQUE: LE CONCEPT DE COMPÉTITIVITÉ

10. L'histoire nous enseigne que l'accroissement de la productivité du travail entraîne une amélioration du niveau de vie des populations. Cet accroissement résulte d'une profonde transformation du schéma sectoriel de production et de l'emploi – qui passent des produits agricoles aux produits industriels – et de l'abandon des activités à fort coefficient de main-d'œuvre en faveur d'un éventail croissant d'activités à forte intensité de capital et de technologie. La structure de production d'une économie revêt une importance primordiale pour son processus de développement car à tout moment le niveau de productivité, comme le potentiel de progrès technique et de croissance de la productivité, varie considérablement aussi bien entre l'agriculture, l'industrie et les services qu'au sein même de ces secteurs.

11. La transformation de la structure de production exige la présence d'entrepreneurs aptes et disposés à investir dans des activités nouvelles au sein de l'économie nationale. À cet égard, Schumpeter (1911) a souligné l'importance de l'investissement innovant pour le développement économique, et Baumol (2002) soutient que l'innovation et par ricochet le gain de productivité expliquent dans une large mesure la croissance exceptionnelle que plusieurs régions du monde ont obtenue depuis la révolution industrielle. Baumol laisse entendre que les pressions de marché résultant de la concurrence oligopolistique forcent les entreprises à intégrer des investissements innovants à leurs activités et processus décisionnels courants – le processus d'innovation n'est donc ni largement autonome, ni largement fortuit. Les forces du marché assument une grande partie de ce rôle par le jeu des incitations financières, en assurant une meilleure rentabilité aux entreprises qui sont plus efficientes ou dont les produits sont mieux adaptés aux souhaits des consommateurs.

12. Néanmoins, la concrétisation d'un investissement innovant n'est pas automatique, elle peut se heurter à des obstacles d'ordre structurel et institutionnel. De plus, l'environnement macro-économique peut s'avérer inapproprié pour encourager et soutenir les investisseurs qui s'efforcent de créer ou d'accroître une capacité de production, notamment ceux qui veulent augmenter leur productivité et leur compétitivité internationale. La principale incitation qui pousse un investisseur à produire un nouveau bien ou à découvrir une méthode plus efficiente pour produire un bien existant est la possibilité de s'approprier au moins une partie de la rente que génère la création d'un nouveau savoir. Pour que l'entrepreneur innovant puisse récolter les fruits de son investissement, plusieurs conditions doivent se réaliser à différents niveaux.

13. Ces dernières années, les couplages entre l'investissement, les gains de productivité, l'intégration réussie dans le système commercial et financier international et le développement économique ont été perçus sous l'angle de la compétitivité internationale. On a élaboré toute une panoplie de critères et de mesures de la compétitivité des pays, dont plusieurs ont fait l'objet d'une vaste diffusion. En fait, non seulement le mot "compétitivité" fait désormais partie du jargon de la gestion, mais il est abondamment utilisé dans le domaine économique et dans la prise de décisions à caractère économique.

14. Le concept de compétitivité peut contribuer à faire comprendre la répartition de la richesse au plan tant national qu'international si l'on reconnaît que: i) ce concept peut s'appliquer à l'échelle des entreprises comme à celle des pays; ii) lorsqu'il s'applique à l'échelle des entreprises, il renvoie aux profits ou aux parts de marché; iii) lorsqu'il s'applique à l'échelle des pays, il renvoie aux résultats en matière de revenu national et de commerce international, notamment pour ce qui concerne les secteurs industriels spécifiques qui apportent une contribution importante à l'emploi, à la productivité ou au potentiel de croissance, par exemple; iv) il est fondé sur la logique schumpetérienne, qui perçoit le développement capitaliste comme une succession d'investissements innovants assortis d'une

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concurrence dynamique imparfaite et de gains de productivité et qui attribue un rôle majeur aux politiques publiques dans la facilitation des investissements porteurs de productivité5, et v) tous les pays ne peuvent améliorer simultanément la compétitivité de leurs entreprises ou de leurs secteurs d'activité par rapport aux autres pays, mais tous les pays peuvent simultanément augmenter la productivité et les salaires et améliorer ainsi le bien-être économique global sans porter atteinte à leur compétitivité relative.

15. Si l'innovation technologique sous la forme d'une augmentation du capital par travailleur (progrès technique incorporé) est au cœur du processus de développement qui permet aux nations de s'enrichir et que le progrès technique incorporé est le fruit d'un investissement axé soit sur les innovations des entrepreneurs nationaux ou sur l'utilisation efficiente des biens d'équipement importés, l'analyse du concept de compétitivité dans le contexte du développement économique exige que soit prise en compte l'interdépendance entre l'investissement, le commerce, la finance et la technologie.

16. Lorsqu'on examine le concept de compétitivité sous l'angle de l'interdépendance, il se pose deux questions essentielles, à savoir i) comment les différents mécanismes en matière de prix, de salaires, de taux de change et de commerce influencent les déterminants de l'investissement innovant et ii) comment ces mécanismes déterminent si les gains de productivité de chaque entreprise se traduiront par des retombées positives pour l'ensemble de l'économie – attestées par l'élévation du niveau de vie – tout en préservant l'équilibre externe.

17. En privilégiant la perspective de l'interdépendance, on admet également que la compétitivité sur les marchés internationaux est déterminée par des facteurs tant réels que monétaires.

L'amélioration de la compétitivité peut être le fruit des gains de productivité relativement importants des entreprises ou de l'économie nationale dans son ensemble, mais elle peut aussi résulter de la dépréciation du taux de change effectif réel par suite d'une dépréciation du taux de change effectif nominal ou d'une progression moins importante du ratio salaires/productivité (coût salarial unitaire) par rapport à celui des autres pays.6

III. LES CONDITIONS DE LA COMPÉTITIVITÉ À L'ÉCHELLE

MICRO-ÉCONOMIQUE: RÔLE CLÉ DE L'INVESTISSEMENT INNOVANT

18. Les couplages entre l'accumulation de capital, le progrès technique et les mutations structurelles sont le fondement qui conditionne une croissance rapide et soutenue de la productivité, l'élévation du niveau de vie et l'intégration réussie à l'économie mondiale. L'investissement occupe une place centrale dans ces couplages car il peut simultanément générer du revenu, accroître la capacité de production et induire de fortes complémentarités avec d'autres éléments du processus de croissance, tels que le progrès technique, l'acquisition de compétences et le renforcement des institutions.

19. Cependant, un taux d'investissement donné peut générer différents taux de croissance, en fonction de la nature des investissements, de leur composition ainsi que du degré d'efficience dans l'utilisation des capacités de production. L'investissement dans de nouvelles techniques et/ou de nouveaux produits est particulièrement important pour la croissance de la productivité et les mutations

5 Fagerberg, Knell et Srholec (2004) présentent une argumentation du même ordre.

6 Le concept de compétitivité dans l'acception ici retenue est pertinent pour les pays dont la réussite économique dépend des investissements entraînant une amélioration soutenue de la productivité. Cela exclut une grande partie des pays les plus pauvres, où l'accumulation de capital peut contribuer à accroître le revenu par habitant et à élever le niveau de vie simplement en permettant une meilleure utilisation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles sous-exploitées, sans agir sur l'efficience avec laquelle les ressources sont utilisées.

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structurelles. En effet, les nouvelles techniques permettent généralement d'abaisser les coûts de production des produits établis; de leur côté, les nouveaux produits ont souvent plus d'attrait aux yeux des consommateurs que toute solution préexistante. Dans l'hypothèse de salaires constants, un investissement innovant fructueux se traduira par des gains de parts de marché si l'investisseur choisit de répercuter la rente d'innovation sur le consommateur sous la forme d'une baisse des prix, ou par des profits monopolistiques (temporaires) s'il choisit de laisser les prix de vente inchangés et de profiter de la rente d'innovation découlant de la hausse du ratio revenus/coûts jusqu'à ce que des concurrents parviennent à imiter l'innovateur. La stratégie retenue par l'investisseur dépend de l'intensité de la concurrence. Cela signifie que dans la sphère micro-économique, l'évolution de la compétitivité est corrélée à l'évolution de la productivité relative du travail d'une entreprise à l'autre, tandis que le progrès technique et par ricochet les gains de productivité du travail (vecteurs d'une compétitivité croissante et durable) sont associés à une concurrence oligopolistique plutôt qu'à une concurrence parfaite.

20. Dans les pays développés, l'investissement innovant repousse les frontières technologiques.

À l'opposé, dans les pays en développement il concerne généralement l'adoption, l'imitation et l'adaptation de technologies inventées ailleurs. Bien que cela n'affecte pas l'importance fondamentale des investissements porteurs de productivité pour la compétitivité à l'échelle des entreprises ni n'altère sensiblement les déterminants des décisions d'investissement, trois enjeux concernent spécifiquement l'investissement porteur de productivité dans les pays en développement. Premièrement, lorsqu'ils s'emploient à renforcer leurs capacités industrielles et leur position concurrentielle, les nouveaux pays industrialisés doivent généralement importer de grandes quantités de biens d'équipement et d'intrants intermédiaires. Cependant, l'incapacité de générer des recettes d'exportation additionnelles (si les produits du pays ne sont pas compétitifs sur les marchés internationaux ou qu'ils se heurtent à des obstacles prohibitifs en matière d'entrée ou d'accès aux marchés) et, partant, de financer les importations peut gravement hypothéquer le processus d'industrialisation. Aux premières étapes de l'industrialisation, l'ampleur de ces contraintes de balance des paiements et la dépendance des pays en développement à l'égard des technologies étrangères incorporées aux biens d'équipement importés atteignent peut-être un niveau crucial. Toutefois, la nécessité d'importer à grande échelle des machines et des équipements subsiste pendant la majeure partie du processus d'industrialisation, surtout lorsque le rattrapage repose sur l'imitation des chefs de file technologiques.

21. Deuxièmement, en plus de contribuer directement à relever le niveau technologique des entreprises nationales, le fait que les pays en développement importent des marchandises incorporant des technologies étrangères a une incidence positive sur l'imitation et l'innovation au plan interne. Par exemple, l'une des caractéristiques majeures du processus d'avancement technologique des économies de l'Asie de l'Est aux premiers stades de leur industrialisation est la place prépondérante qui a été accordée à la recherche-développement (R-D), non seulement pour l'ingénierie à rebours mais aussi pour égaler ou surpasser la qualité des produits étrangers en adaptant et en améliorant les technologies importées. L'ingénierie à rebours permettait notamment aux entreprises de bien évaluer les avantages d'une nouvelle technologie étrangère – pour déterminer si elles devaient ou non se procurer une licence – et de "dégrouper" les technologies, ce qui rehaussait leur pouvoir de négociation dans les rapports avec les fournisseurs. À mesure que le processus d'industrialisation prenait de l'ampleur et que les entreprises en venaient à maîtriser l'imitation, une part croissante des dépenses de R-D a été consacrée à l'innovation interne (Rapport sur le commerce et le développement, 1994, deuxième partie, chapitre premier). Une étude empirique récente (Connolly, 2003) s'inscrivant dans une perspective géographique plus large et portant sur un grand nombre de pays de toutes les régions en développement révèle comment l'importation de technologies en provenance de pays développés a une incidence positive sur l'imitation et l'innovation intérieures dans les pays en développement.

22. Troisièmement, le progrès technique dans les pays en développement a un rapport étroit avec le niveau de compétence de la main-d'œuvre – qui détermine le volume et le degré de complexité de la technologie qui peut être adoptée et utilisée avec efficience – et avec les capacités de gestion, qui

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doivent répondre aux impératifs d'un fonctionnement efficace dans de nouveaux secteurs et sur de nouveaux marchés. Dès lors, l'avancement de la technologie dans les pays en développement est généralement associé à un processus d'apprentissage laborieux et cumulatif. La formation du capital humain, notamment par l'apprentissage, est déterminante pour empêcher la baisse du produit marginal du capital, malgré la rapide croissance du ratio capital-travail provenant de l'accumulation accélérée du capital physique. Elle contribue également à empêcher la baisse du produit marginal du travail, malgré la hausse des salaires qui entraîne une élévation du niveau de vie.

23. Les filiales de sociétés transnationales ont toutes chances de l'emporter sur les entreprises locales au plan de la compétitivité. Ces filiales ont généralement une meilleure productivité du travail que leurs homologues locales car elles combinent les coûts salariaux comparativement moins élevés du pays d'accueil7 aux techniques de production et de gestion avancées en usage dans le pays d'origine et à des approvisionnements en matières premières et en intrants intermédiaires obtenus au meilleur coût.8 En effet, dans l'optique de la compétitivité, lorsqu'une entreprise prend la décision d'investir à l'étranger, c'est généralement pour réduire ses coûts salariaux unitaires de production. En faisant abstraction des autres caractéristiques du pays d'accueil (telles que le régime de l'impôt sur le revenu et sur les bénéfices des sociétés, ou l'existence d'infrastructures), cela signifie que pour qu'un investissement étranger direct se réalise, l'investisseur doit s'attendre à ce que le ratio de la productivité du travail aux salaires dans la filiale soit supérieur à celui de la société-mère. En d'autres termes, si une société transnationale s'attend à ce que ses coûts salariaux unitaires soient moins élevés dans le pays d'accueil que dans le pays d'origine, elle envisagera de délocaliser une partie de sa production.

IV. COMPÉTITIVITÉ DES ENTREPRISES À L'ÉCHELLE DE L'ÉCONOMIE NATIONALE

24. À l'échelle de l'économie nationale, le facteur décisif qui conditionne le progrès technique et les mutations structurelles attribuables à la productivité est la possibilité pour l'investisseur de commercialiser le fruit de ses innovations de produit ou de procédé sans une évolution importante des conditions de coût (profit monopolistique temporaire). En d'autres termes, si une économie se caractérise par une forte mobilité interne de la main-d'œuvre et par des niveaux de salaires uniformes pour les travailleurs possédant les mêmes qualifications, sa dynamique de développement sera impulsée par les différentiels de profits plutôt que par les différentiels de salaires. Comme l'a souligné Keynes (1930: 141), "le profit réel supérieur à zéro est le moteur du changement dans le monde moderne … C'est l'évolution du taux de profit dans une certaine direction qui peut inciter les entrepreneurs à produire ceci plutôt que cela, et c'est l'évolution du taux de profit général qui peut les inciter à modifier la rémunération moyenne des facteurs de production".

7 Si la mobilité de la main-d'œuvre dans le pays d'accueil est élevée, le niveau des salaires sera déterminé par le niveau moyen de productivité du travail à l'échelle de l'économie plutôt que par la productivité marginale du travail.

8 L'impact de l'investissement étranger direct sur le développement du pays d'accueil dépend d'une diversité de facteurs dont l'importance des externalités technologiques entre filiales de sociétés étrangères et sociétés locales, la création de liaisons en amont et en aval et les incidences sur l'investissement intérieur.

L'abondante littérature consacrée à cette question, y compris la série des Rapports sur l'investissement dans le monde de la CNUCED, dégage un tableau ambigu et montre que l'impact dépend largement des caractéristiques du pays d'accueil et du mode de fonctionnement des filiales.

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25. Dès lors, plus la situation réelle sur le marché de l'emploi obéit à la loi du "prix unique", plus forte est l'incidence des différentiels de profits sur l'évolution des systèmes économiques.9 On souligne fréquemment que l'asymétrie observée entre le caractère inégal des gains de productivité et la croissance plus uniforme des salaires entre les entreprises ou les secteurs industriels constitue un important facteur de mutation structurelle au sein d'une économie et d'évolution de l'avantage-coûts comparatif d'un pays dans un secteur industriel donné. Le caractère variable des gains de productivité d'une entreprise à l'autre, conjugué à la croissance plus uniforme des taux de salaires, signifie que les travailleurs des branches relativement plus productives sont en fait sous-payés.

26. Dans un tel scénario, l'investisseur innovant peut décider de laisser le prix de vente inchangé et d'obtenir un surprofit appréciable équivalant à la différence entre son gain de productivité et le gain de productivité moyen à l'échelle de l'économie. À l'opposé, il peut choisir de réduire les ventes du montant correspondant à l'accroissement du profit par unité de production et d'accroître ainsi sa part de marché, à supposer que l'élasticité-prix de la demande soit normale. Il en résultera une hausse du profit absolu correspondant à la hausse de la production vendue. Ce potentiel de surprofit est la principale incitation qui explique le déclenchement du processus de "construction créative" ou

"destruction" selon la théorie Schumpeter et, partant, la réalisation d'investissements innovants. En revanche, si les salaires de chaque entreprise augmentent plutôt en fonction de ses propres gains de productivité, l'investisseur innovant obtient un surprofit largement inférieur, ce qui risque de tempérer l'incitation à innover.

27. L'entreprise dont les gains de productivité sont inférieurs à la moyenne nationale verra ses profits s'amoindrir si les coûts de main-d'œuvre augmentent au même rythme dans toutes les entreprises. Elle devra donc tenter de relever le prix de vente de ses produits de manière à ne pas risquer une érosion complète de ses profits.10 Cela signifie que des gains de productivité inégaux d'un secteur à l'autre, conjugués à une hausse uniforme des coûts salariaux à l'échelle de l'économie, engendrent des pressions sur les prix dans les secteurs non innovants. Toutefois, l'incidence nette de cet effet d'offre est subordonnée aux effets de demande. L'accroissement de la productivité du travail entraîne une hausse des revenus, donc de la consommation. Si la demande croissait au même rythme pour les produits innovants et les produits non innovants, les effets de demande ne feraient pas dévier la pression sur les prix vers un groupe de produits ou l'autre, de sorte que l'effet d'offre serait dominant. À l'opposé, si la demande augmentait plus rapidement pour les produits innovants que pour les autres produits, l'effet d'offre serait annulé en partie ou en totalité. Et si la demande était biaisée en faveur d'activités aux gains de productivité modestes (comme les services), l'effet de demande renforcerait l'effet d'offre. C'est ce qui se produit, notamment, lorsque les gains de productivité sont importants dans le secteur des biens échangés alors que la demande de consommation intérieure est biaisée en faveur des biens non échangés.

9 Abordant la question dans la perspective des pays développés, Scarpetta et Tressel (2004) soulignent qu'en plus des régimes de négociation salariale, deux aspects majeurs de la politique du marché du travail et du cadre institutionnel influent largement sur la propension d'une entreprise à investir pour innover et pour étendre ses installations de production. Ce sont: i) la rigueur des lois de protection de l'emploi, qui influe sur le coût de l'embauche et des licenciements et ii) les interactions possibles entre ces lois et les caractéristiques technologiques propres à chaque branche de production. L'importance de ces facteurs pour les pays en développement n'entre toutefois pas dans le cadre du présent rapport.

10 Ce raisonnement suppose que l'entreprise innovante et l'entreprise non innovante opèrent dans des secteurs différents, de sorte qu'elles ne sont pas en concurrence directe. Si elles opéraient dans le même secteur et que l'entreprise non innovante essayait de relever ses prix, elle risquerait encore davantage de se faire évincer du marché.

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28. Autre condition importante pour que l'investissement innovant régisse l'évolution du système économique: l'entreprise doit avoir accès à des sources de financement fiables, adéquates et rentables pour ses investissements. La situation optimale à cet égard est que les profits soient la principale source de financement des investissements. En effet, si un lien investissement-profit peut être activé, le profit découlant d'un investissement innovant renforce à la fois l'incitation de l'entreprise à investir et sa capacité à financer de nouveaux investissements.11 Lorsqu'une entreprise est lourdement tributaire des emprunts pour combler ses besoins d'équipement et de fonds de roulement, comme c'est le cas pour les nouvelles entreprises, la politique monétaire nationale revêt une importance critique car les taux d'intérêt réels et nominaux élevés augmentent généralement les coûts de production. Outre ses effets défavorables sur le coût du capital, une politique monétaire restrictive peut biaiser les décisions d'investissement en faveur des actifs financiers ou des investissements fixes dans des activités de production dont les paramètres de coût et de demande sont connus, au détriment des activités de production novatrices qui exposent l'investisseur à des incertitudes quant au volume de vente et aux coûts réels de production.

V. MÉCANISMES DE TRANSMISSION ENTRE L'ÉCONOMIE NATIONALE ET L'ÉCONOMIE INTERNATIONALE

29. L'entrepreneur investit dans le secteur industriel du pays où il s'attend à rentabiliser au mieux son investissement. Les écarts interpays quant à la rentabilité escomptée – exprimée dans une monnaie commune – tiennent à différents facteurs dont les taux relatifs de croissance des revenus, les salaires relatifs et la productivité du travail, les facteurs d'ordre macro-économique et institutionnel influant sur le niveau moyen des coûts salariaux nominaux à l'échelle de l'économie, les coûts relatifs des facteurs de production intermédiaires, les coûts de transaction relatifs liés à l'information, aux communications, aux transports et à la distribution, et l'utilisation de monnaies différentes. En outre, l'accès aux marchés, les conditions d'entrée et les possibilités de financement des échanges déterminent si l'amélioration de la compétitivité-coûts induit une amélioration des résultats à l'exportation. Comme on le voit, bien des conditions doivent se conjuguer pour que des entreprises compétitives sur le marché intérieur deviennent des exportateurs prospères.

30. L'existence d'infrastructures de transport, de moyens de communication et de systèmes d'information adéquats influe de manière décisive sur l'aptitude des entreprises des pays en développement à s'orienter vers le commerce extérieur et à affronter avec succès la concurrence sur les marchés étrangers.12 Dans les pays où les frais de communication, de transport et d'information sont comparativement élevés, l'investisseur innovant devra peut-être compenser ce désavantage en offrant des salaires plus modestes ou en réduisant ses charges dans une autre composante du processus de production pour pouvoir affronter la concurrence sur les marchés mondiaux. Les entreprises des pays enclavés ou géographiquement distants des grandes voies de transport internationales sont particulièrement désavantagées à cet égard. Bien qu'il s'agisse d'un problème notoire, l'impact exercé sur les flux commerciaux par d'autres formes de facilitation du commerce, dont l'existence de systèmes d'information en réseau et l'application de normes de produits, n'a fait que croître ces dernières années.

11 Comme l'ont fait valoir Akyüz et Gore (1996), la présence de cette articulation investissement-profit a joué un rôle important dans l'industrialisation de l'Asie de l'Est. De même, elle a joué un grand rôle dans la croissance économique de l'Europe de l'Ouest durant les trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.

12 Les coûts locaux liés au commerce de gros et de distribution influent eux aussi sur le coût des échanges. Toutefois, comme ils s'appliquent tant aux importations qu'aux produits locaux, ils n'influencent ni les prix relatifs ni la compétitivité internationale.

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31. Deuxièmement, le financement des échanges procure à l'entreprise les liquidités dont elle a besoin pour mettre ses produits sur le marché. L'exportateur aux prises avec une pénurie de fonds de roulement doit souvent recourir au crédit pour importer des matières premières ou des facteurs de production intermédiaires et pour financer la fabrication des produits en attendant de recevoir les paiements. Les échanges peuvent être financés directement, par les prêts de banques commerciales, les avances de paiement des acheteurs et les délais de paiement accordés par les fournisseurs, ou indirectement par les organismes de crédit à l'exportation (sous forme de garanties de crédit, d'assurance et de prêts garantis par l'État), les compagnies d'assurance privées ou les banques multilatérales de développement.

32. Troisièmement, à supposer que les taux de change nominaux soient constants, la préservation de la compétitivité-coûts internationale des entreprises exige que le ratio de la moyenne des coûts salariaux nominaux à la moyenne de la productivité intérieure n'augmente pas plus rapidement dans l'économie nationale que dans le reste du monde. Différents facteurs d'ordre macro-économique et institutionnel y contribuent largement. Par exemple, les pressions en faveur d'une hausse importante et généralisée des salaires seront probablement plus fortes dans une économie frôlant le plein emploi que dans une économie confrontée à un taux de chômage élevé. De plus, l'indexation des hausses salariales sur des facteurs autres que les gains de productivité risque d'engendrer des écarts profonds et durables entre l'évolution des salaires et celle de la productivité.13

33. Quatrièmement, la stabilité des taux de change nominaux est peut-être la principale condition qui détermine la conversion des gains de productivité interne en gains de compétitivité internationale.

Les fluctuations de change altèrent la compétitivité relative des entreprises de pays différents. D'une part, cela signifie que l'appréciation de la monnaie d'un pays annule le gain de compétitivité internationale que ses entreprises innovantes ont réalisé en améliorant la productivité du travail, si la hausse du taux de change est supérieure au gain de productivité. Si le progrès technique est subordonné à des innovations successives et cumulatives qui, individuellement, génèrent des gains de productivité comparativement modestes, les fluctuations de change n'ont pas besoin d'être spectaculaires pour que cela se produise.14 En revanche, la dépréciation de la monnaie peut renforcer encore davantage la compétitivité internationale des entreprises innovantes et préserver à court terme la compétitivité relative des entreprises non innovantes. Il ne fait toutefois aucun doute que la réussite économique à long terme et le maintien de la compétitivité internationale exigent une amélioration constante de la productivité. En outre, le recours à la dépréciation de la monnaie peut apporter une bouffée d'oxygène, le temps de s'ajuster à la compétitivité relative des concurrents étrangers, mais il risque également de déclencher un processus de dévaluations compétitives.

13 C'est ce qui se produit, entre autres, lorsque les hausses de salaires sont indexées à l'inflation et que celle-ci est fortement influencée par des chocs extérieurs du côté de l'offre, comme le renchérissement des produits importés (pétrole, par exemple).

14 Par exemple, selon Gordon (2003: 208), la croissance moyenne de la productivité du travail aux États-Unis durant le boom des technologies de l'information et de la communication (1995–2000) a été d'environ 2,5 pour cent.

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Encadré: La compétitivité-coûts à l'échelle de l'entreprise et les résultats à l'exportation

Pour comprendre comment les mécanismes analysés ici fonctionnent dans la pratique, envisageons l'hypothèse d'un monde composé de deux pays: un pays en développement où la faiblesse des coûts salariaux moyens se conjugue à celle de la productivité moyenne du travail, et un pays développé affichant un niveau élevé de coûts salariaux et de productivité du travail. Exprimés dans la même monnaie, ces niveaux s'établissent, par hypothèse, à cinq et dix pour le pays en développement et à 50 et 100 pour le pays développé (cas no 1 du tableau). En outre, à supposer que dans l'un et l'autre pays les coûts salariaux moyens reflètent la productivité moyenne du travail, le coût salarial unitaire moyen est le même pour les entreprises des deux pays (soit 0,5 unité monétaire). Si le travail est le seul facteur de production dépourvu de mobilité internationale, ces hypothèses impliquent que les entreprises des deux pays sont, en moyenne, compétitives au plan international.

De surcroît, si ces entreprises fixent leurs prix de vente sur la base d'une marge de 100 pour cent en sus de leurs coûts salariaux, le niveau absolu de profit dans le pays développé sera dix fois supérieur à celui du pays en développement.15

Le cas n° 2 du tableau introduit les effets de l'investissement innovant en supposant que la productivité augmente de 20 pour cent dans les entreprises innovantes des deux pays. Si le poids de ces entreprises au niveau national est trop faible pour que ces gains de productivité aient une incidence notable sur la productivité moyenne de l'économie, les coûts salariaux nominaux demeureront inchangés, et le coût salarial unitaire dans les entreprises innovantes baissera de 20 pour cent. Les profits par unité de production demeureront eux aussi inchangés si les entreprises innovantes abaissent leurs prix de vente en fonction de la baisse des coûts salariaux unitaires. Cela signifie que les entreprises innovantes de l'un et l'autre pays verront augmenter tant leurs parts de marché à l'exportation que leur niveau absolu de profit. À l'opposé, les entreprises non innovantes subiront une baisse de leurs parts de marché à l'exportation et une contraction de leurs profits, parce que leurs prix de vente augmenteront par rapport à ceux des entreprises innovantes.

Le cas n° 3 du tableau montre que les filiales d'entreprise transnationale peuvent réaliser des gains de compétitivité internationale appréciables en combinant une technologie de pays développé à des coûts salariaux de pays en développement. Leurs coûts salariaux unitaires seront largement inférieurs à ceux de la société mère (pays développé) comme à ceux des entreprises locales du pays en développement. Certes, il est peu probable que les travailleurs relativement moins éduqués du pays en développement puissent égaler en productivité les travailleurs du pays développé, mais il est probable que l'entreprise transnationale abaissera considérablement ses coûts salariaux unitaires en délocalisant ses activités de production à fort coefficient de travail vers un pays à bas salaires.

Les variations du taux de change nominal qui résultent des flux de capitaux "autonomes" (c'est-à-dire non liés aux flux de marchandises) peuvent annuler les effets décrits plus haut. Dans le cas n° 1, des parts de marché à l'exportation passeront des entreprises du pays dont la monnaie s'apprécie à celles du pays dont la monnaie se déprécie, même si aucune des entreprises n'a effectué d'investissement porteur de productivité et que les coûts salariaux unitaires, mesurés dans les monnaies nationales, n'ont changé pour aucune d'elles. Plus encore, les entreprises innovantes du cas n° 2 perdront, plutôt que de gagner, des parts de marché à l'exportation si l'appréciation du taux de change est supérieure à leurs gains de productivité. Par exemple, à supposer que l'appréciation de la monnaie du pays en développement soit supérieure aux gains de productivité réalisés par les entreprises innovantes, celles-ci perdront des parts de marché à l'exportation en faveur des entreprises tant innovantes que non innovantes des pays développés. Cet exemple montre que les chocs monétaires exogènes peuvent anéantir les gains de compétitivité internationale que les exportateurs des pays en développement réalisent en faisant des investissements innovants et en abaissant leurs coûts salariaux unitaires.

15 Cependant, le pays développé sera enclin à utiliser dans la production un stock de capital plus important que celui du pays en développement. Ainsi, le taux de rendement du capital (c'est-à-dire le profit absolu par rapport à la valeur du stock de capital) peut être très similaire dans les deux pays. En d'autres termes, l'exemple repose sur l'hypothèse selon laquelle le facteur dépourvu de mobilité internationale – le travail – absorbe l'intégralité de la différence de richesse entre le pays développé et le pays en développement, tandis que le facteur doté d'une mobilité internationale – le capital – obéit à la loi du prix unique.

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Investissement innovant, taux de change et compétitivité internationale: un exemple chiffré

Cas ° 1 Cas n° 2 Cas n° 3

Pas d'investissement

innovant

Moyenne des entreprises innovantesa

Moyenne des entreprises non innovantes

Filiale d'entreprise transnationale investissant dans un

pays en dévelop- pement (production à vocation exportatrice)

Pays en

dévelop- pement

Pays développé

Pays en développement

Pays développé

Pays en dévelop- pement

Pays développé

Productivité 10 100 12 120 10 100 120>productivité>10

Coûts salariaux nominaux

5 50 5 50 5 50 5

Coûts salariaux unitaires

0,5 0,5 0,4 0,4 0,5 0,5 0,5>CSU>0,04

Profit par unité de production

5 50 5 50 5 50 115>profit>5

Prix 1 1 1-x 1-y 1+x 1+y 1-z

1. Taux de change nominal inchangé Part de marché à

l'exportation

inchangée inchangée en hausse en hausse en baisse en baisse en hausse 2. Appréciation de plus de 20 pour cent du taux de change nominalb

Part de marché à l'exportation

en baisse en hausse en baissec en haussec en baissec en haussec en hausse 3. Taux de change nominalb

Part de marché à l'exportation

en hausse en baisse en haussec en baissec en haussec en baissec en hausse

a Le scénario illustré dans ce tableau repose sur l'hypothèse selon laquelle les investisseurs innovants répercutent intégralement leur hausse de profit par unité de production sous forme de réductions de prix.

b Monnaie du pays en développement/monnaie du pays développé.

c L'incidence nette dépend de la relation entre le gain de productivité et le mésalignement du taux de change. L'hypothèse qui sous-tend les incidences consignées dans le tableau est que le mésalignement dépasse de beaucoup le gain de productivité.

Notes: x et y représentent la part des produits des investisseurs innovants dans la consommation totale de leurs économies respectives.

z représente la part du produit réimporté de la société transnationale dans la consommation totale du pays de la société-mère.

Source: Calculs de l'auteur.

VI. MESURE DE LA COMPÉTITIVITÉ: LE TAUX DE CHANGE RÉEL

34. La compétitivité étant un enjeu complexe, il n'est pas surprenant qu'elle fasse l'objet d'une multitude d'indicateurs. Certains analystes utilisent des indices de compétitivité qui agrègent plusieurs douzaines de mesures spécifiques couvrant un large éventail de facteurs économiques et non économiques. Les deux indices de compétitivité qui sont probablement les plus connus figurent dans le Global Competitiveness Report du Forum économique mondial et dans le Rapport mondial sur la compétitivité de l'International Institute for Management Development; ils sont fréquemment invoqués dans les débats sur les politiques et dans la prise des décisions à caractère économique.

Cependant, la manière dont ces indices combinent un très large éventail d'indicateurs spécifiques n'est

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pas transparente; plus encore, les enjeux théoriques complexes qui sous-tendent le concept de compétitivité ne sont pas suffisamment analysés.16

35. En revanche, l'indicateur le plus couramment utilisé dans l'analyse économique appliquée est le taux de change réel, fondé sur les indices de prix et/ou de coûts relatifs exprimés dans une monnaie commune. Les indices de taux de change réel basés sur les coûts salariaux unitaires relatifs constituent peut-être la mesure privilégiée de la compétitivité, notamment pour les économies dotées d'une assise industrielle bien établie et d'importantes liaisons en aval. Cette mesure est définie comme le ratio de la rémunération par employé (y compris les charges non salariales) au volume de production par employé (valeur ajoutée en prix constants), exprimé dans une monnaie commune. Les coûts salariaux unitaires relatifs sont la résultante des coûts salariaux relatifs par travailleur, de la productivité relative du travail et du taux de change. Dès lors, une décélération de 10 pour cent de la hausse des coûts salariaux nominaux, une dépréciation de 10 pour cent du taux de change ou une accélération de 10 pour cent des gains de productivité du travail ont toutes la même incidence sur les coûts salariaux unitaires relatifs. En outre, le taux de change réel basé sur les coûts salariaux unitaires relatifs permet de décomposer l'évolution de la compétitivité internationale pour distinguer l'incidence relative des évolutions endogènes (gains de productivité et variations des salaires nominaux) et des évolutions attribuables aux relations internationales (variations des taux de change nominaux).17 L'un des inconvénients de cette mesure est qu'elle tend à surestimer l'incidence des fluctuations de change sur la compétitivité des exportateurs nationaux dans la mesure où les exportations sont tributaires d'intrants intermédiaires importés. Lorsque la part d'importations dans les marchandises exportées est relativement élevée, l'avantage concurrentiel résultant de la dépréciation de la monnaie est en grande partie annulé. Par ailleurs, les données complètes dont il faudrait disposer pour calculer les coûts salariaux unitaires relatifs ne sont pas disponibles. C'est pourquoi l'évaluation empirique de l'évolution du taux de change réel repose généralement sur les variations des prix relatifs à la consommation.18

VII. LA SOUS-ÉVALUATION, SOLUTION GÉNÉRALE?

36. Pour les décideurs publics des pays en développement, le fait que les mouvements de change puissent influer sur la compétitivité globale d'un pays et améliorer directement les résultats commerciaux de la plupart de ses entreprises ainsi que sa balance des paiements constitue une perspective encourageante. En revanche, l'utilisation du taux de change comme instrument efficace de politique économique se heurte souvent à l'influence que le marché mondial des capitaux et la politique des autres pays exercent en la matière. Le taux de change de toute monnaie constitue, par définition, un phénomène multilatéral, et toute variation de taux a des répercussions multilatérales.

37. Durant les trois dernières décennies, les économies en développement et les économies à marché émergent des principales régions du monde ont dû affronter des crises financières ou leurs effets de contagion dès qu'elles ont tenté de gérer unilatéralement leur taux de change ou même opté

16 Cependant, Lall (2001) a grandement contribué à clarifier la manière dont ces indices sont construits.

17 Certains analystes, dont Boltho (1996), ont fait valoir que l'utilisation du taux de change réel comme indicateur de la compétitivité reflétait des préoccupations de gestion macro-économique à court terme.

Cependant, lorsqu'un pays est confronté à des chocs extérieurs fréquents en raison de la forte volatilité du taux de change nominal ou des prix des produits de base – qui ont un effet préjudiciable sur ses termes de l'échange - ou à un mésalignement sur longue période du taux de change, les préoccupations relatives au taux de change réel concernent également les objectifs de développement à long terme.

18 Cependant, Turner et Golub (1997) ont démontré que dans la plupart des pays pour lesquels on dispose de données complètes, il existe une forte corrélation positive entre les deux mesures du taux de change réel, malgré les vastes écarts qui surviennent dans le moyen terme, notamment pour les pays développés.

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pour le libre flottement. Toutefois, sous l'ère de Bretton Woods et pendant la période de flottement ou de flottement contrôlé qui a suivi, on a vu émerger divers schémas d'ajustement au comportement erratique du marché international des capitaux, et ces schémas ont été de plus en plus appliqués dans les politiques économiques et financières des pays en développement. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les expériences de rattrapage réussi – comme celles de l'Europe de l'Ouest, du Japon et des nouvelles économies industrialisées – portent à croire, entre autres, qu'une sous-évaluation sur longue période de la monnaie peut être éminemment utile pour récolter tous les avantages des marchés ouverts. De nos jours, étant donné qu'il n'existe aucun accord multilatéral à l'échelle mondiale, la stratégie consistant à éviter la surévaluation par tous les moyens est devenue l'instrument privilégié pour bon nombre d'administrations nationales et de banques centrales.

38. Cette situation contraste nettement avec l'expérience latino-américaine de la décennie 1990.

Pendant cette décennie, les pays d'Amérique latine ont maintenu un arrimage souple ou ferme de leur monnaie, assorti d'une certaine surévaluation, et ils ont utilisé le taux de change comme point d'ancrage nominal pour obtenir une déflation rapide. Cela s'est traduit par une amélioration impressionnante de leur stabilité monétaire (Fischer, 2001: 9; Mussa et al., 2000) mais aussi par une appréciation monétaire qui nuisait à la compétitivité de leurs exportations. Aujourd'hui, avec la faiblesse et la stabilité relatives des taux d'inflation, conséquence d'une conjoncture intérieure favorable, l'adoption d'une stratégie visant à éviter la surévaluation est devenue possible pour un bien plus grand nombre de pays en développement. Récemment, bon nombre de ces pays (notamment la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud) se sont employés à éviter une réévaluation monétaire en recourant à des interventions directes de leur banque centrale, avec pour résultat l'accumulation d'importantes réserves de devises.

39. Il est évident que pour ces pays, éviter la surévaluation de la monnaie n'est pas seulement un moyen de préserver ou de renforcer la compétitivité macro-économique mais aussi une assurance contre le risque de crises financières futures. L'accumulation de déficits courants et la fréquence des crises financières, assorties de dépréciations monétaires abruptes, se sont avérées très coûteuses par le passé. Les poussées d'inflation, les énormes pertes de revenu réel et l'alourdissement du fardeau de la dette sont des traits communs à toutes les crises financières récentes.

40. Cependant, comme l'indique le Rapport sur le commerce et le développement 2004, il n'est pas facile de mettre en œuvre une stratégie pour éviter la surévaluation de la monnaie si le compte de capital est ouvert. Si les taux d'inflation des pays en développement sont supérieurs à ceux des pays développés ou que l'on anticipe une appréciation monétaire imminente, la politique monétaire se heurtera souvent à un dilemme en essayant de maintenir le taux de change à un niveau stable qui permette cependant de préserver la compétitivité-coûts internationale des exportateurs. Les calculs effectués par le Secrétariat de la CNUCED démontrent qu'il suffit d'une légère divergence d'évolution de l'inflation entre deux économies ouvertes pour que des flux de capitaux internationaux à court terme hautement volatiles contraignent la banque centrale du pays à inflation élevée à abandonner sa stratégie de sous-évaluation ou à assumer les importants coûts budgétaires qui peuvent y être associés.19

41. Les résultats de ces calculs sont explicites. C'est seulement si le taux d'intérêt nominal à court terme d'une économie à marché émergent ouverte aux flux de capitaux dépasse celui d'un pays développé par une marge supérieure au différentiel de croissance que le taux de change nominal de

19 Les tendances inflationnistes divergentes en économie ouverte sont beaucoup plus importantes pour la viabilité d'une stratégie de change que la notion courante du "choc asymétrique", introduite par Mundell dans son article sur les zones monétaires optimales (Mundell, 1961). En présence de tendances inflationnistes divergentes ancrées dans des régimes d'emploi différents, les arguments avancés pour défendre l'arrimage aux monnaies fortes ou la dollarisation (voir, par exemple, Calvo, 1999) ne s'appliquent plus car on recherche des solutions à long terme, et pas seulement des mesures ponctuelles, pour préserver la compétitivité.

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cette économie devrait être déprécié, à un taux (annuel) correspondant à l'écart de taux d'intérêt (annuel). Si ce n'est pas le cas, la situation n'est pas soutenable car le taux d'intérêt élevé ou le taux de change surévalué entrave le développement durable de l'économie à marché émergent.

42. Dès lors, le choix politique consistant à combiner le flottement de la monnaie à une politique monétaire restrictive afin de réduire l'inflation se soldera par une déstabilisation du compte extérieur.

La spéculation sur des parités de taux d'intérêt non couvertes procurera des rendements élevés aux investisseurs internationaux de portefeuille jouant un rôle d'arbitrage, les taux d'intérêt réels et nominaux étant plus élevés dans les économies en développement que dans les principales économies industrialisées. Les monnaies des pays à inflation élevée auront tendance à s'apprécier, ce qui, temporairement, incitera encore davantage les investisseurs étrangers à acquérir des avoirs dans ces pays, tout en incitant les emprunteurs nationaux à emprunter à l'étranger.

43. Au total, le dilemme que constitue pour les décideurs publics des pays en développement une situation dans laquelle les investisseurs internationaux obtiennent des rendements élevés dans ces pays malgré la contraction des revenus réels, des profits et de l'emploi au niveau national, ne peut être résolu dans un contexte de libre circulation des capitaux. Ces décideurs sont généralement incapables d'abaisser les taux d'intérêt pour stopper les entrées de capitaux spéculatifs, car une telle mesure menacerait la crédibilité de leur politique monétaire au plan interne. La décision de maintenir les taux d'intérêt nominaux à un niveau élevé traduit la volonté politique de parvenir à la stabilité monétaire.

Il reste à savoir pendant combien de temps un déséquilibre externe faisant suite à un arrimage ou une appréciation du taux de change peut demeurer soutenable; la question est ouverte. Face à des déséquilibres extérieurs croissants et visibles, la politique de change du pays en développement commencera à perdre de sa crédibilité sur les marchés. Dès que les investisseurs auront acquis la conviction que le pays d'ancrage ne parviendra pas à décélérer en douceur l'accroissement de sa dette extérieure, la confiance ira se dégradant. Il en résultera pour le pays en développement un regain de crises, une diminution des réserves puis une dépréciation du taux de change.

44. Au demeurant, les modifications de taux de change sont nécessaires pour compenser l'évolution divergente des coûts et des prix entre pays à inflation élevée et pays à faible inflation. Tant que les pays en développement ne parviendront pas à une convergence parfaite, en termes nominaux, avec les pays développés, les dévaluations seront inévitables pour préserver la compétitivité des pays à inflation élevée. Toutefois, on ne peut laisser aux marchés le soin de régir les taux de change, et en particulier les taux de change réels, qui déterminent la compétitivité d'une économie dans son ensemble. Compte tenu des possibilités d'arbitrage entre pays à inflation élevée et pays à faible inflation, une règle de neutralité concurrentielle du taux de change, comme la règle de la PPA, doit être appliquée par les administrations et/ou les banques centrales. Idéalement, une telle règle devrait être le fruit d'accords multilatéraux puisque les taux de change ont des répercussions multilatérales.

Mais si la communauté internationale ne peut convenir de règles pour éviter les dévaluations compétitives et les énormes chocs déstabilisateurs, les pays continueront de contrôler unilatéralement le flottement de leur monnaie.

45. Le flottement contrôlé pose néanmoins un problème supplémentaire au niveau mondial. Tous les pays ne peuvent pas, en même temps, contrôler les variations de leur taux de change et atteindre les objectifs fixés. Le taux de change est, par définition, un phénomène multilatéral, et les tentatives de nombreux pays visant à maintenir leur monnaie à un taux sous-évalué peuvent aboutir à une course à l'abîme – c'est-à-dire à des dévaluations compétitives – qui serait dommageable pour l'économie mondiale, à l'image de ce qui s'est passé dans les années 30. En outre, compte tenu de l'ampleur et de l'instabilité inhérente des flux de capitaux internationaux à court terme, seuls les pays en développement dont la taille et la compétitivité sont suffisantes pour résister aux tentatives systématiques des marchés financiers internationaux d'orienter leur taux de change seront capables de contrôler le flottement de leur monnaie. Un petit pays en développement à économie ouverte aurait

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bien du mal à lutter contre une forte tendance à l'appréciation de sa monnaie pendant des années, voire des décennies.

46. Des accords multilatéraux, voire mondiaux, seraient la meilleure solution à ce problème.

L'objectif d'un système monétaire mondial fondé sur la coopération serait de garantir, au niveau multilatéral, l'application des mêmes règles à toutes les parties concernées, plus ou moins à l'image des règles commerciales multilatérales qui s'appliquent uniformément à toutes les parties. En effet, le principal objectif de la création du Fonds monétaire international dans les années 40 était d'empêcher les dévaluations compétitives. Dans un système monétaire mondial bien conçu, la nécessité et les avantages d'une dépréciation de la monnaie d'un pays donné doivent être comparés aux désavantages causés dans les autres pays. Comme les variations de taux de change qui faussent la parité de pouvoir d'achat influent sur le commerce international exactement de la même façon que les tarifs douaniers et les taxes à l'exportation, elles devraient être régies par une réglementation multilatérale. Un régime multilatéral imposerait notamment aux pays d'expliquer les raisons d'une dépréciation de leur taux de change réel et l'ampleur des ajustements nécessaires. Si de telles règles étaient appliquées de manière stricte, les taux de change réels de toutes les parties concernées demeureraient plus ou moins constants car les arguments tendant à justifier la création d'avantages concurrentiels au niveau national seraient rarement acceptables.

47. Dans un monde sans solution multilatérale aux problèmes monétaires, la seule issue pour les pays à inflation élevée ou à forte croissance qui ne sont pas membres d'une union monétaire régionale est de contrôler les flux de capitaux à court terme ou de suivre une stratégie de sous-évaluation et de fixation unilatérale des taux de change. Si les pays en développement parviennent à éviter les entrées et les sorties déstabilisantes de capitaux, soit en taxant ces flux, soit en limitant leur impact en intervenant directement sur le marché, les choix les plus difficiles et les mauvaises allocations de ressources dus à des parités instables peuvent être évités, mais les contrôles ou les interventions permanentes ne devraient pas dispenser de la mise en place d'un système de taux de change approprié au niveau régional ou au niveau mondial.

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