FACULTE DE
MÉDECINE
ET DE PHARMACIE DE BORDEAUXm
ANNEE 1895 — 1896 N° 105.
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE
DE LA
FRFlIlfiïF VF
jlluUijUuJj VLi
■
j SE
DE LA PEAU
THESE
POUR LE DOCTORAT EN
MÉDECINE
Présentée et soutenuepubliquement le 31 Juillet 1896
Constantin R.OBEFF
JNé àMONASTIR(Turquie-d'Europe), leS Février 1870
( MM. ARNOZAN
, . . > VERGELY
Examinateurs de la These.. SARRAZÈS
I
LE DANTECprofesseur Président professeur j
agrege
agrégé luges
Le Candidat répondraà toutesles questions qui lui seront faites sur les diverses parties de l'enseignement médical
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU
MIDI, P. CASSIGNOL
91, RUE PORTE-DIJEAUX, 911896
Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M. PITRES Doyen.
PROFESSEURS
M. MICÉ
AZAM Professeurs honoraires
Unique interne.
Messieurs
PICOT.
PITRES,
t DEMONS.
Clinique externe
j
LANELONGUE.Pathologie
interne DUPUY.
Pathologie et
thérapeutique générales VERGELY.
Thérapeutique
ARNOZAN.
Médecine
opératoire MASSE.
Clinique d'accouchements
MOUSSOUS.
Anatomie pathologique
COYNE.
Anatomie BOUCHARD.
Anatomiegénéraleet
Histologie VIAULT.
Physiologie
JOLYET.
Hygiène
LAYET.
îviedecinelégale
MORACHE.
Physique.
BERGONIE.
Chimie BLAREZ.
Histoire naturelle GUILLAUD.
Pharmacie FIGUIER.
Matière médicale de NABIAS
Médecine
expérimentale FERRE.
Clinique
ophtalmologique BADAL.
Clinique des
maladies chirurgicales des enfants PIECHAUD.
Clinique
gynécologique BOURSIER.
AGRÉGÉS EN EXERCICE
MESNARD.
GASSAET.
Pathologie interne etMédecine légale
( AUCHE.
SABRAZÈS.
LE DAN TEC.
SECTION DE MÉDECINE
SEC 110 1 DE CHIRURGIE ET ACCOUCHEMENTS V ILE AIL
Accouchements.
Anatonne
P.itho!o<*'ie exIerne J
RINAUD.
i ..tnoio-ie externe
^ BRAQUEIIAYE.
I RIVIÈRE.
) CHAMBRELENT.
SECTION DES SCIENCES ANATOMIQUES ET l'Il YSIOI.OCIQUES
1 PRINCETEAU.
) CANNIEU.
physiologie
PACHON.
Histoire naturelle BEILLE.
SECTION DES SCIENCES PHYSIQUES
Physique S1GALAS.
ChimieetToxicologie DENIGES.
Pliar m acie B AR TH E.
COURS COMPLÉMENTAIRES
Clinique int. des enf. MM.
MOUSSOUS
Cliniquedesmaladiescutanéesetsyphilitiques
DUBREMLH
fliniq. des maladiesdes voiesurin. POUSSON
Kat. dularynx,desoreillesetdunez MOURE
Le Secrétaire de laFaculté :LEMAIRE Maladiesmentales.
Pathologie externe.
Accouchements... .
Chimie
MM. REGIS.
DENUCE UIVIÈRE DENIGÈS
Par délibération du 5 août 1879, la Faculté a arrêté que les opinions émises dans
les Thèses qui lui sont présentées, doivent être considérées comme propres a leurs
auteurs etqu'elle n'entend leur donner ni approbation ni improbation.
A MON PÈRE ET A MA MÈRE
A MES SŒURS ET MES BEAUX-FRÈRES
A MES FRÈRES
A MES AMIS
Robeff
1
A MONSIEUR
LE DOCTEUR
W. DUBREUILHPROFESSEUR AGRÉGÉ A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BORDEAUX
MÉDECIN DES HOPITAUX
CHARGÉ DU COURS DES MALADIES SYPHILITIQUES ET CUTANÉES
,
.
-
,
AVANT-PROPOS
En consacrant notre thèse
inaugurale à l'étude de la tuber¬
culose verruqueuse
de la
peau, nousn'avons
pasl'intention
de faire une
monographie envisageant complètement cette
lésion sous sesdiverses
phases;
nousvoulons simplement rapporter quelques observations nouvelles, les étudier
aupoint de
vueclinique et chercher les conclusions qui
endécoulent,
en nousaidant
aubesoin de quelques publications particulièrement intéressantes.
Nous avons mis le
plus grand soin à l'étude de
nosobser¬
vationsau
point de
vueétiologique,
parce quec'est de
cecôté qu'elles
nousont
parusurtout intéressantes,
nouspermettant
de conclure à l'identité du mode de
production de la lésion qui
nous occupeet du lupus tuberculeux (lupus de Willan).
Avant pour
but de faire
untravail purement clinique et documentaire,
nouslaissons de
côté toutela partie bactério¬
logique et expérimentale de la question, considérant
commesuffisamment
démontrée,
parles travaux
parus sur cesujet,
la nature tuberculeuse de la tuberculose verruqueuse
et du
lupus vulgaire.
Bien que nous soyons
modeste, dans
nosprétentions,
nous reconnaissons bien quenotre travail laisse beaucoup à
désirer ;
les difficultés
que nous avons euà surmonter dans
sa rédaction étaient encore
augmentées
parnotre qualité
d'étudiant
étranger
;mais,
nousespérons
que nosjuges
vou¬dront bien tenir
compte du bon vouloir
que nous avonsapporté dans l'étude de notre sujet et accorderont toute leur
bienveillance à notre
modeste
travail.Avant d'aller
plus loin, qu'il
noussoit permis d'adresser
nos
plus vifs remerciements et l'expression de notre plus profonde reconnaissance à M. le docteur Dubreuilh, qui
a bien voulu nous
inspirer l'idée de
cetravail et dont les
conseils
précieux sont
venus enaide à notre inexpérience.
Nous n'oublierons
jamais les
marquesd'intérét
quenotre
maître
distingué
nous aprodigué durant la rédaction de cette
thèse.
Notre
plus grande gratitude est acquise également à
M. le
professeur Arnozan, qui
asi obligeamment daigné
nous faire l'honneur
d'accepter la présidence de notre
thèse.
Nous sommes heureux
d'exprimer notre profonde
recon¬naissance aux
professeurs dévoués de la vieille école de Montpellier, où
nous avonscommencé
nosétudes, ainsi qu'à
nos maîtres de la Faculté de
Bordeaux,
pourla bienveil¬
lance
qu'ils ont toujours mise à
nousguider dans
nos études et dont les conseils éclairés ne nous ontjamais fait
défaut.
CONTRIBUTION
AL'ÉTUDE
DE
HISTORIQUE
L'histoire de ia tuberculose verruqueuse
de la
peauest de
date relativement récente. La nature intime de la lésion étant
complètement
ou presquecomplètement inconnue, elle
n'offrait
qu'un intérêt médiocre
aux yeuxdes observateurs qui la passaient le plus souvent
soussilence. Aussi,
nous ne trouvons dans lesauteurs,
avant1877,
aucunedescription
qui se
rattache directement
à cetteaffection.
En
1860, Hardy donne, dans
sonTraité des maladies
de la peau,la description d'une tuberculose
cutanéesuperficielle, qu'il désigne du
nomde scrofulide
verruqueuse.D'après l'auteur, cette lésion n'est jamais primitive, mais apparaît toujours
sur uneulcération succédant
à cequ'il appelle
unescrofulide pustuleuse
;le tableau clinique qu'il
en donne est un peu
différent de celui de la vraie plaque
Robeff o
— 10 —
verruqueuse,
aussi
nous nesavons pas si, dans ce cas, il
s'agit cle la lésion même qui
nousoccupe en ce moment.
En
1875, Baumgarten (1) rapporte
uncas de tubercule
anatomique papillomateuœ, qu'il accompagne d'un examen
liistologique.
Mac Coll Anderson
donne,
en1877, dans
seslectures of clinical medicin, la description d'une affection qu'il dési¬
gne
du
nomde scrofuloderma verrucosum, et dont les carac¬
tères
cliniques
serapprochent beaucoup de ceux de la tuber¬
culose verruqueuse.
En 1882 et
1883, Leloir
etVidal (2) décrivent,
sousle
nom delupus sclèreux,
uneaffection qui ne diffère point de la
tuberculose verruqueuse
de la
peau.Ils accompagnent cette description d'une courte étude liistologique de la lésion.
Ce travail sur le
lupus scléreux avait passé à
peuprès inaperçu et semblait oublié lorsqu'en 1886, Riehl et Paltauf,
assistants de la
Clinique de Kaposi,
sebasant
surl'observa¬
tion de
quinze malades, décrivirent la tuberculosis verrucosa
cutis
(3), lésion cutanée qu'ils voulaient considérer comme
uneentité
morbide nouvelle. L'excellente description qu'ils
en donnaient
était accompagnée de recherches histologiques
et
bactériologiques très complètes, et d'inoculations expéri¬
mentales
qui n'avaient
pas encoreété faites.
Ce travail des
médecins de Vienne fut le point de départ
d'une série
de nouvelles publications, et Raymond, Hanot, Brissaud, Morel-Lavallée, Sevestre, Dubreuilh et Auché,
Batut,
Etienne, Heller, Hirsch publièrent de nombreuses
observations et
de fort importants mémoires sur la question.
e
(1) Revue de Hayeni, 1875.
(2) Leloir et Vidal. — Comptes rendus de
In Société de biolor/le, 1N82.
—\ idal.
— Annales de dermatologie,1883.
(3) Viertejahressechr. furdermat. u.
si/philis, 188(1, Mefl. 1.
Observation" i
(Clinique Dermatologique de la Faculté.)
Lupus verruqueux de la main par inoculation.
MIIU! N...,
âgée
do quarante-cinq ans, neprésente
aucun antécédenttuberculeux personnel, mais elle a récemment perdu sa fille, morte de tuberculose |)ulmonaire.
Pendantqu'elle la soignait, il y a environ un an, elle s'est fait une
essoreà la mainavec une bûche. Cette plaie n'a jamais guéri et à
saplace est sorti un petit nodule;-au bout de quelque temps, mie lésion analogue est apparue sur l'autre main.
Le 14mars1895, on trouve, sur la face dorsale du médius droitet de l'index gauche, deux placards larges
de
2centimètres
environ, saillants, rouges,infiltrés
et croùteux. Dans les intervalles des croû¬tes, la surface est
inégale,
verruqueuse, et la pression faitsortir du pus par les orifices multiples.Ignipuncture.
Guérison après plusieurs séances.
Observation 11
(Clinique Dermatologique de la Faculté.)
Tuberculose verruqueuse de la main
consécutive
à une morsure de chien.Marie D..., marchande.
âgée
desoixante-cinq
ans, est venu con¬sulter M. lu docteurW. Dubreuilh, le24juin 1893.
«
D'une bonnesanté habituelle et sans,le moindreantécédent suspect
ni du côté de ses parents, ni du côté de ses collatéraux, elle n'a jamais fait aucune maladie sérieuse.
Un mois et demi environ avant sa
présentation
à laClinique, elle
fut mordue par un
petit
chien dans lemilieu
du dos dela main droite.L'ulcération, consécutive à la morsure, donna lieu à la formation d'un abcès qui, à la suite d'application de cataplasmes, s'ouvrit
après
quelquesjours, laissant écouler
unequantité
assezconsidérable
depus. Lepus a
continué
à suinter en petitequantité
et l'ulcération pri¬mitive, prenant le
caractère
papillomateux, s'estétendue
pour former une plaque grande comme unepièce
de2 francs.Le petit roquet qui a
mordu
la malade a dans le quartier une mau¬vaise réputation; il est
très
voleur, enlève les morceauxde viandesurlesquels il peut tomber, etne se fait pas
faute
de fouiller dans toutes les saletésqu'il peut rencontre]'.Actuellement, sur le dos de la main droite, à 2 ou 3 centimètres en arrière du second espace
interdigital,
on voit uneplaqueverruqueuse, ulcérée et surélevée, papillomateuse dans toute son étendue. Cette plaquea lesdimensions d'une pièce de
1franc,
ses bords sont verru- queux etulcérés, déchiquetés
par places et assezsurélevés
pour atteindre le niveaude la plaque qui mesure2 millimètres de hauteur environ. Elle est formée par de nombreuses villosités agglomérées,divisées en
petits départements
pardes
fissuresà direction
verticale.Croûtesrares depuis lavages
phéniqués
quefait
la malade (depuis quatrejours)
; cescroûtes
sontgrisâtres, épaisses et très adhérentes,
présentantdes prolongements
filiformes qui les rattachent intimementauxvillosités de la plaque. Vers la partie
supérieure
de laplaque, on voitunpetit espacegrand comme unelentille
etentouré
par deslésions
verruqueuses
correspondant à l'application de l'une des dents du
chien.La peau
à
ceniveau est
roseet nullement surélevée.
Induration assez nette dans toute l'étendue delà plaque. Déman¬
geaisons très légères.
— 13 —
Pas de suppuration depuis l'application d'eau
phéniquée.
Observation III
(Clinique Dermatologique de la Faculté.)
Tuberculose verruqueuse de la main par inoculation directe.
Le nommé P..., tonnelier,
âgé
devingt-quatre
ans, estné de parents sains, sans taretuberculeuse.Lui-même a toujours joui d'une excellente santé.
L'interrogatoire
ne nous permet pas de découvrir des tuberculeux dans son entou¬
rage.
T.1 y a trois ans, il s'est fait une écorchure avec unepointe au niveau de la cinquième articulation
métacarpo-phalangienne.
Quelque temps après, à l'endroit lésé, estapparu un placard qui s'est étendu progres¬sivement.
l^e 19 décembre 1895, on sent un petit ganglion épitrochléen,
légè¬
rement douloureux à la pression; pas de ganglions tuméfiés dans l'aisselle.
Ce même jouron faitune séance
d'ignipuncture
qui fut suivie pen¬dant quelque temps de plusieursautres à huit ou quinze joursd'inter¬
valle, puis application pendant quinzejours de pommade
pyrogallique
à 50/0.
Malgré
ces interventions, la lésion ne s'améliore pas et, en février,on a recoursà un raclage à fond de toute la plaque.
La cicatrisation se faitassezlentement et donne une cicatrice saine, saufen un ou deuxpoints suspects sur le bord.
Dans le courant de mars, il se
développe,
sur le dos de la main à— 14 —
3 centimètres environ au-dessus de là lésion
primitive,
une tumeurd'apparence furonculeuse qui s'ulcère
etprend
l'aspectd'une
gomme tuberculeuse.Enavril,
ignipuncture
des points suspects de la plaqueprimitive.
Injection de
naphtol camphré dans la
gommetuberculeuse consé¬
cutive.
Observation IV
(Clinique Dermatologique delaFaculté.)
Tuberculose verruqueuse de la main par inoculation.
M. V...,
âgée
de cinquante-huitans,journalière,seprésente àla Clini¬que de
Dermatologie,
le21 janvier
1894.Cettefemme, mariéeet mère de deux enfants bien portants, ne
pré¬
sente aucun antécédent personnel, ni héréditaire quant à la tuber¬
culose.
Au mois dejuillet
1893 elle
alavé quelques mouchoirs de savoisine,atteinte detuberculosepulmonaireavancée.Quinzejours
après,
appa¬raissaitun petit tubercule occupant la face dorsale de la main gauche.
Depuis
cette époque la lésion
n'a pas cessé de s'aggraver et de s'étendre.Lejour où la malade vient consulter pour sa lésion, celle-ci se
présente
sousl'aspect d'une plaque de
25 millimètres delong
sur 15de large, rouge, un peu
violacée, à
rougeurdiffusant vers lapériphé¬
rie,
infiltrée
assezprofondément,
parfaitement mobile sur les partiesprofondes, couverte d'une desquamation
nacrée, peu abondante, A.surface àpeu
près lisse, laissant
voir par transparence un semis de pointsjaunâtre,
gros comme unetête d'épingle
et constitué par du— 15 —
pus. Par la pression on fait sourdre du pusjaune, sanguinolent, sor¬
tant par ungrand nombre d'orifices.
Pas de douleurs bien marquées; quelques élancements et déman¬
geaisons.
(xuérison complète le 26 février1894 après quelques
séances
d'igni- puncture.Mai 1896. — La guérison s'est maintenue.
Observation Y
(Clinique Dermatologique de la Faculté.)
Auto-inoculation probable dans une
plaie
accidentelle.P..., garçon de
café,
âgé devingt-neufans, est d'une famille saine,sans tare tuberculeuse. Ses parents sont en vie et bien portants. Il a un frère qui est en bonne santé.
Lui atoujours
été
d'une constitution faible. Il est pâle, amaigri ettousse depuis quelque temps. L'examen de la poitrine montre que les deux sommets sontpris. A l'auscultation, on trouve une expiration
rude et
prolongée
en avant ducôté
droit et en arrière du côté gauche.Ll y aquatre ans, le
malade
s'estcoupé,
en nettoyant un verre,au niveau du quatrièmeespace
interdigital gauche.
A l'endroitlésé,
quatre ou cinq moisaprès
lacicatrisation de la plaie
età
l'endroitmême de la coupure, s'est
formé
unpetit bouton qui
aguéri, paraît-
il, à plusieurs reprises,mais qui s'est toujours reproduit. La lésion
s'est progressivement
étendue à
presquetoute la main,
en commenantpar la face dorsale de
l'annulaire et les faces latérales du même
doigt, lebord cubital de la main, le dos de l'index et du
pouce.— 16 —
Actuellement, sur le dos du pouce, au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne, onvoit unesaillie de 2 cent. 1/2 de long sur 2 delarge,
saillante
de 4 à 5millimètres,
pourvue de deux parties :une bordure et unplateau. La bordure est rose, lisse, s'élève en pente douce au-dessus des parties saines. Le plateauest aplati, anfractueux,
inégal
etmamelonné, composé
de petites saillies rose pâle, assez résistantes, de la grosseur d'un grain de milou d'ungrain de chanvre et, dans leurs intervalles, avec un grand nombre de petits boutons cornés de couleurjaune sale. Lorsqu'ondétache
ces petites masses,on aperçoit une petite
dépression
cupuliforme d'un 1/2 millimètre à1 millimètre de profondeur, dont
s'échappe
une gouttelette de pus lorsqu'on presse l'ensemble de la tumeur.Sur le dos de la main onvoitun grand placard qui monte presque
jusqu'au carpe et qui
s'élève jusqu'à
2 centimètres au-dessous de l'ar¬ticulation
métacarpo-phalangienne.
Ce placard est rouge, guéri au centre, mais sur toute la bordure estconstitué par des massespapil-
lomateuses et cornées, que nous avons décrites, qui forment une tra¬
vée de3 ou 4 millimètres delarge.
Dans
le deuxième espace intcrdi- gitalontrouve unîlot
gros comme un haricot.Sur le dos de la
première
articulationonvoit des lésionssemblables, ainsi que sur tout le dos et la faceinférieure
du petit doigt. Ce dernierdoigt
estenvoie de guérison, il
y amoins de
masses papillomateuseset de boutons cornés. La peau est rugueuse,
légèrement
rouge et squameuse.On trouveunebande analogue comme aspect, de
2 centimètres de
large,qui
fait suite àcelle des doigts, longe le bordcubital
de la mainet remonte
jusqu'à l'extrémité inférieure du cubitus.
Pas de douleurs ni à la pression
ni spontanées; gêne dans
les mou¬vements de flexion des doigts.
Observation VI
(Clinique Dermatologique de la Facultés)
Tuberculose verruqueuse de la main. — Auto-inoculation probable.
MnieR...,
âgée
de trente-six ans, vient à la consultation de M. le docteur Dubrenilh du 10 mai 1894 pour une lésion cutanée de la main gauche, qui adébuté
il y a deux anset demi.La malade toussait et crachait
beaucoup
à cette époque. Aucuneaffection depoitrine dans safamille, ni dans son entourage.
La lésion est apparue sous formed'un placard au niveau du deu¬
xième espace
interdigital
gauche; elle s'est étendue progressivementenformantplusieurs
placards
: un sur la face dorsale de la main, au niveau du premier et dudeuxième métacarpiens;
unautre sur la face dorsale de l'articulation radio-carpienne et deux autres sur la face dorsale de l'avant-bras à 3 centimètres au-dessus de l'articulationradio-carpienne. Ces
placards
sont arrondis, rouges, entourés d'unezone bruneavec nodulesjaunâtres etsquames à la surface. Au niveau du deuxième espace interdigital, on voit une masse verruqueuse, cornée, avec des sillons peu profonds autour d'une zone rouge violacé.
Le 10 mai 1894, grattage des
lésions
etapplication
de chlorure de zinc.Ce mêmejourla malade présente unemauvaise mine, elle est pâle, amaigrie. A la percussion, on trouve de la
submatité
au sommet dupoumon droit; l'auscultation du
même
sommetdonne
unerespiration
rude et uneexpiration prolongée.
Robeff 3
— 18 -
Le31 mai 1894, presque
toutes les lésions locales sont paieries, sauf
unequi reste encore.
Curettage de ce
dernier point.
Observation VII
(Clinique Dermatologiquede
la Faculté.)
Tuberculose verruqueuse
de la main droite
parinoculation.
G. G..., cultivatrice,
âgée de quarante-huit
ans,est d'une famille
suspecte.
Elle-même s'est toujours
bien portée, mais
sasœuraînée, est morte
il y a trois ans
de tuberculose pulmonaire.
G... a été la
garde-malade de
sasœurpendant les derniers mois de
sa vie, lavant
elle-même
sonlinge et
sescrachoirs.
C'estquelque
temps après la mort de
sasœur qu'elle s'est aperçue
de.salésion, se
présentant alors
sousforme d'un petit tubercule occu¬
pant
le dernier
espaceinterdigital de la main droite.
Le 17juin
1893, époque de la présentation de la malade à la consul¬
tation, la lésiona
l'aspect d'une plaque
rouge,de 6 millimètres de long-
sur5 de large,
couverte de
squamesépaisses et adhérentes, formant
croûtes.
La malade n'a jamais
senti de douleurs ni de démangeaisons
auniveau de la lésion.
Le17
juin,
oncommenceà traiter la lésion par des ignipunctures.
17juillet.
—Malgré les séances répétées d'ignipuueture la rougeur persiste.
Le 5 décembre on obtient la
guérison complète de la lésion.
24 mai 1896. —La
guérison s'est maintenue.
— 19 —
Observation VIII
(Clinique Dermatologique de laFaculté.)
Tuberculose verruqueuse
de la main
parinoculation. Adénite.
M. P...,
dgé de quarante-deux
ans, seprésente à la consultation de
la Maison de Santéle 13 mars 1894.
L'interrogatoire ne nous permet
de découvrir
aucunantécédent
héréditaire de tuberculose.
Quanta ses antécédents
personnels, il
sont unpeususpects. Le
ma¬ladeaeu une laryngite qui a
duré
un an, surla nature de laquelle
onnepeut
tirer
aucunrenseignement. Il présente
ausommet du
poumon droit quelquessignes d'emphysème pulmonaire.
Levoisin du malade, son ami intime, est mort
il
y aquelques mois
detuberculose
pulmonaire.
Lemalade passait
aveclui
unegrande
partiede
sajournée.
Lalésion a débuté, il y a un an, par un
petit bouton occupant le
centrede la lésion actuelle.Elle s'est
graduellement étendue et
a en¬vahi les régions
voisines.
Actuellementelle se
présente
sousla forme d'une large plaque de
6centimètres de long sur 3
de large, occupant la plus grande partie
de lalace dorsale de l'index droit et empiétant sur la
face dorsale de
la main, saillante, verruqueuse,
infiltrée,
rougeviolacé,
sanscroû¬
tes ni
suppuration. La partie centrale est affaissée
sans apparencecicatricielle bien nette.
Lesganglions
de l'aisselle et du coude sont engorgés, ils sont durs,
roulantsous le doigt et quelquepeu
douloureux.
Observation IX
(Clinique Dermatologique de laFaculté.)
Lupus
verruqueuxconsécutif à
une plaie de la main.B. S...,
âgée
deonze ans, neprésente
aucun antécédent personnelde tuberculose.
Onne trouve pas nonplus des tuberculeux danssa famille ni dans
son
entourage.
Au mois de décembre 1895 elle s'est fait une écorchure avec une bûche sur la face dorsale de la
première
phalange du pouce droit.Le 5 mars 1895 on trouve à l'endroit lésé une
plaque
de 10 millimè¬tres de
long
sur8 delarge, rougeâtre, couverte de squamesépaisses
et adhérentes ressemblant à des croûtes.
Après ^'arrachement des
croûtes on trouve un
épiderme
mince et nacré couvrantunepeau rouge, dure, manifestement infiltrée, danslaquelleon ne distinguepas de nodulesjaunes.Jamais dedouleurs,
légères démangeaisons.
Gomme traitement on afait
plusieurs séances d'ignipuncture. Gué-
rison.
24 mai 1896. —La
guérison
s'est maintenue.Observation X
(CliniqueDermatologique de laFaculté.)
Tuberculose verruqueuse de la main par inoculation.
MmeL...,
âgée
de quarante ans, vient le 20 juillet1895, consulterM. ledocteur Dubreuiiii pour unevaste lésion cutanée occupant le dos
de la main droite.
Sans le moindre antécédent personnel de tuberculose, elle aperdu,
il y a seizeans, un fds «mort de la poitrine».Apart ce casprobablede tuberculose, elle prétend n'avoir jamais étéen contact avec des tuber¬
culeux.
La lésion a débuté il y a cinq mois, par un petit nodule qui s'est progressivement
étendu
et afini par envahir la plus grande partie dela face dorsale de la main droite.
Actuellement etle a l'aspect d'une plaque rouge, infiltrée, de la grandeur d'une pièce de cinq francs, douloureuse au toucher, recouverte de squames très adhérentes recouvrant de petits clapiers.
Observation XI
(Clinique Dermatologique de la Faculté.)
Tuberculose verruqueuse de la main par inoculation.
Lanommée M.
B...,âgée
decinquante-cinqans, atoujours joui d'unebonne santé et n'a présenté à aucun moment de sa vie le moindre accident strumeux.
Elleporte depuis deuxansdeux plaques de tuberculose verruqueuse typique. L'une deces plaques,ayant une longueur de 6 centimètres
sur unelargeur de 5 centimètres,
siège
à la face palmaire du poi¬gnet droit. L'autre, un peu plus petite, occupe la face dorsale de la main, du même côté.
La malade a
soigné
sa fille morte, il ya un mois, de tuberculose pulmonaire.— 22 —
Observation XI1
(CliniqueDermatologique de laFaculté.)
Plaque de
tuberculose
verruqueusede la face dorsale de la main
ayant
débuté il
y atrois
ans.Observation XIII
(CliniqueDermatologique de laFacullé.)
Plaque
de tuberculose cutanée du dos de la main chez
unefemme
de
quatre-vingt-trois
ans,datant de douze
ans.Observation XIV
(CliniqueDermatologique de la Faculté.)
Plaque de
tuberculose cutanée du petit doigt ayant débuté il
ya
sept mois.ÉTIOLOGIE
La tuberculose verruqueuse
de la
peauest toujours le
résultat d'une inoculation du bacille tuberculeux par une
plaie
;aussi,
pour que cedernier agent puisse
secantonner
dans la peau,
il faut essentiellement
quedeux conditions
seréalisent : 1° la
présence de
cemême bacille; 2° il faut
que letégument présente, à
sasurface,
uneplaie quelconque,
une solution de
continuité, si minuscule qu'elle soit, qui lui
servirait de
porte d'entrée.
Nous trouvons ces
deux conditions essentielles, seules
ouaccompagnées d'autres accessoires, dans la plupart de
nos observations et decelles publiées
parles auteurs.
Il est vrai que
dans certains
cas,et ils sont relativement fréquents, puisque
noustrouvons cette particularité dans cinq de
nosobservations, la porte d'entrée du germe infec¬
tieux a pu passer
inaperçue
parle médecin et le malade lui-
môme;
mais, faut-il cependant
supposerdans
ces cas quela
lésion n'a pas connu pour
origine
uneinoculation du virus
par
voie externe ? Nous
nele
pensons pas.Il est probable,
il est
certain,
quedans
ces casparticuliers de tuberculose
verruqueuse, comme
dans les
castypiques de cette affection,
il
s'agit, d'une contagion directe, et, si le malade n'a
pas puconserver le
souvenir de
lalésion initiale, nécessaire à l'in¬
troduction du germe
dans l'économie, c'est qu'elle
aété assez
insignifiante
pouréchapper à
sa vueet suffisamment
ouverte pour
permettre la pénétration des bacilles dans
le
système lymphatique.
A une certaine
époque,
eneffet, la nature des chancres syphilitiques extra-génitaux était complètement méconnue;
on ne concevait pas que
la syphilis pût s'introduire dans l'organisme
pard'autres points que les organes génitaux.
Cependant l'aspect de la lésion et son évolution étaient
identiques quel
quefût
sonsiège. De même, les cas de tuber¬
culose verruqueuse
dont
on netrouve
pasle point d'inocula¬
tion ont les mômes caractères
objectifs et anatomo-patho- logiques, la même évolution que ceux pour lesquels
l'inoculation estmanifeste.
La
porte d'entrée du
germeinfectieux reste parfois incon¬
nue d'autant
plus facilement qu'elle
nedoit
pasêtre néces¬
sairement bien
volumineuse.
Eneffet, malgré les assertions
de
Bollinger et
sonélève Schmidt, qui ont soutenu que l'ino¬
culation tuberculeuse ne
pouvait
sefaire
que parl'introduc¬
tion du virus sous la peau,
il est généralement admis aujourd'hui
quela plus légère érosion de l'épiderme suffit,
dans certains cas, à
l'introduction du bacille.
L'origine du virus, de môme
que saporte d'entrée, est
bien souvent fort obscure.
Tandis
quedans certains
caselle
est
évidente,
commechez la malade de Tscherning (Obs. XX) qui
a vusa lésion succéder à une blessure faite avec un frag¬
ment de crachoir
infecté
;dans d'autres, et ils
nesont
pas bien rares,il
estcomplètement impossible de retrouver
saprovenance. Ainsi la malade qui fait l'objet de l'Observa¬
tion
X,
sans aucunantécédent personnel de tuberculose,
s'aperçoit
unjour d'un petit nodule siégeant à la face dorsale
— 25 —
de la
main, envahissant
peuà
peula plus grande partie de
cette
région, nodule
reconnuaprès
pourêtre d'origine tuber¬
culeuse,
sansqu'elle puisse
serappeler d'avoir été,
unseul
moment, en contact avec un
sujet
ou unobjet quelconque
contaminés. Il estvrai que
la malade avait soigné
sonfils phtisique, mais il est mort seize
ansavant le début de la
lésion.
Il serait téméraire de considérerces
derniers
casde tuber¬
culose verruqueuse,
de même
que ceuxprécédemment cités,
où la
porte d'entrée du virus infectieux est inconnue, comme
n'étant pasdus à
uneinoculation directe du bacille par voie
externe, parce que
quel est le médecin qui pourrait certifier
que
jamais le malade n'a été
encontact avec un sujet tuber¬
culeux ou un
objet quelconque infecté.
En étudiant de
près le mode de production de la lésion qui
nous occupe,il est facile de voir qu'il est tout un groupe
de tuberculoses verruqueusesqu'on
a pudénommer
pro¬fessionnelles; ce sont
celles qu'on observe chez des sujets
ex¬posés, soit
parleur profession, soit par leur situation sociale,
à être en contact
fréquent
avecdes substances contenant le
bacille de Koch.
Les étudiants en
médecine, les médecins,
parles
examens demalades, sont absolument exposés à la contagion. Les
personnes
qui s'occupent des tuberculeux, soit en lavant
leurs mouchoirs
(Obs. IV) imprégnés de leurs crachats, soit
en les
soignant
commeinfirmiers, courent le danger d'être
atteintes par
le virus infectieux. L'habitation sous le même toit, les rapprochements
avecdes tuberculeux dans les ate¬
liers,
etc.,sont la
sourced'un danger incessant.
Nous voyons ces
conditions réalisées à peu près dans la
moitié des
observations
que nousrapportons dans cette thèse.
Dans
cinq de
cesobservations les sujets atteints de la lésion
en
question ont été des gardes-malades.
Robeff ï
Ainsi la malade
qui fait l'objet de la première observation,
âgée de quarante-cinq
ans,sans aucun antécédent personnel
ni héréditaire de
tuberculose, s'est fait
uneblessure à la
main avec une bûche
pendant qu'elle soignait sa fille, atteinte
de tuberculose
pulmonaire, et morte depuis. A l'endroit lésé
est apparu un
petit nodule qui s'est progressivement étendu
et a fini par
atteindre
unelargeur de 2 centimètres.
Les Observations VII et XI sont, au
point de
vueétiolo- gique, calquées sur celle que nous venons de citer : les mala¬
des furent atteintes
de leurs plaques verruqueuses après avoir
soigné l'une
safille, l'autre sa soeur, mortes après toutes les
deux
phtisiques.
Dans
l'Observation IV
nous voyons une .cultivatrice de
bonne santé
habituelle,
sansle moindre antécédent hérédi¬
taire
suspect, laver
unjour quelques mouchoirs de tubercu¬
leux ;
quinze jours après apparaissait à la face dorsale de la
main un
petit tubercule qui s'est progressivement étendu et
a fini par
envahir une grande partie de cette région du
corps.
L'observation de MM. W. Dubreuilh etB. Auché (Obs.XXII) présente les plus grandes analogies avec la précédente. La
malade, âgée de vingt-trois ans, fut atteinte de sa lésion de
la main
après avoir lavé les mouchoirs de sa maîtresse phti¬
sique, morte après, chez laquelle elle a été pendant un mois
en service.
Notre Obs. VIII ne
diffère
pasbeaucoup de celles que nous
venons de
citer. Ici il s'agit d'un homme de quarante-neuf
ans,
qui, malgré son état général laissant beaucoup â désirer
et sa
laryngite antérieure, sur la nature de laquelle nous ne
sommes pas
fixé, ne présentait, le jour où il est venu à
la
consultation de M. le docteur Dubreuilh, aucun signe bien
manifeste
de tuberculose pulmonaire. Ce malade s'aperçoit
(le sa lésion
quelques mois après la mort de
sonvoisin
etami, atteint de tuberculose,
aveclequel il passait la plus grande partie de
sajournée.
Dans les six observations que nous venons
de mentionner,
c'est un
sujet tuberculeux qui
ainoculé directement
ouindi¬
rectement au malade le virus
qui
aproduit la plaque tuber¬
culeuse. Mais il y a
des
casoù
cen'est plus
unhomme, mais
un animal
qui est le sujet contaminant. L'Observation
II fournit un belexemple de
ce genred'inoculation tubercu¬
leuse. La malade
qui fait l'objet de cette observation,
une vieille femme desoixante-cinq
ans, atoujours joui d'une
excellente santé. Un mois et demi à peu
près avant
sapré¬
sentation à la
Clinique, elle fut mordue
par unpetit chien
dans le milieu du dos de la main. La
plaie consécutive
à cet accident, au lieu de se cicatrisernormalement,
nefit
que suppureret s'aggraver et,
commedernier résultat de
cette morsure,c'est
uneplaque
verruqueusequi est sortie à l'en¬
droit lésé. Le
petit chien,
causepremière de l'affection,
ne se faisait pasfaute,
audire de la malade, de fouiller dans
toutes les saletés
qu'il pouvait rencontrer dans les
rues.Nous pensons que
dans
ce casc'est
par sasalive,
oùdevaient
setrouver
quelques bacilles de Ivoch, qu'il
ainfecté la plaie
au moment môme de la morsure.
Assez souvent c'est par
l'intermédiaire d'un objet quelcon¬
que que se
fait l'inoculation. Parfois cet objet peut être infecté
et
porter
aveclui le virus; dans
ce cas,l'infection de la
peause fait au moment môme de la
production de la blessure;
d'autres
fois,
et c'estcequi arrive le plus souvent, l'objet étant
propre, noninfecté,
apréparé tout simplement la porte d'en¬
trée flu bacille
spécifique, et
cen'est
queplus tard, d'une façon
bien
différente,
parl'air,
parl'eau,
parle sol,
parles vête¬
ments que se
fait la contamination.
— 28 —
C'est de cette
dernière façon, pensons-nous, que se sont produites les plaques verruqueuses chez nos malades des
Observations III et
IX. Dans
cesdeux
cas,les malades se
sont aperçus
de leur lésion après s'être fait une petite écor-
chure à la
main, l'un
avec unclou, l'autre
avec unebûche.
Un groupe
de faits très intéressants est celui où la lésion
estapparue
après la perforation de l'oreille. Mais nous ver¬
rons
plus bas
quedans ce dernier cas, au lieu d'une plaque
verruqueuse,
c'est le plus souvent un lupus tuberculeux qui
se
développe.
Nous laisserons
ici de
côtéles
casde tuberculose consécu¬
tive à la
circoncision, qui forment
ungroupe bien distinct
tant au
point de
vuesymptomatique qu'au point de vue éco¬
logique. Cette marche spéciale des lésions est due évidem¬
ment au
jeune âge des malades qu'elles atteignent.
Le virus
infectieux, localisé
audébut de l'affection seule¬
ment sur le
tégument, finit
parenvahir parfois les vaisseaux lymphatiques, les ganglions où ces derniers aboutissent et,
dans des cas trèsrares,
le
poumonlui-même. Par suite de
cette
propagation de proche en proche du bacille au poumon,
il se
développe, à la longue, une tuberculose pulmonaire qui
enlève
le malade. Mais il est des
cas, assez rarescependant,
où cette
tuberculose pulmonaire précède la lésion cutanée.
Dans ce cas,
cette lésion
sefait le plus souvent par auto ino¬
culation. On
peut expliquer cette auto-inoculation de deux
façons:
oubien que, sous l'influence du traumatisme, la
tuberculose s'est localisée secondairement
aupoint lésé,
cepoint présentant dans le cas particulier une minoris resirten-
tiœ pour
le bacille, ou bien, ce qui est encore plus vraisem¬
blable,
quele malade en s'essuyant la bouche avec le dos de
la main et surtout
du
pouce,s'inocule les bacilles de ses
proprescrachats. Le siège fréquent de la lésion au niveau
— 29 —
de la face dorsale du pouce
et du premier métacarpien rend
cette
explication très plausible. Ce
genred'inoculation tuber¬
culeuse se fait
d'autant plus facilement
quel'existence d'une
tuberculose
pulmonaire constitue,
pourle sujet qui en est atteint,
unterrain
propre audéveloppement du bacille de Koch,
cequi s'ensuit des expériences de Charrin qui a
démontré quela tuberculose
nedonne aucune immunité, et
que
chez
unanimal rendu tuberculeux par une première
inoculation,
onpeut
provoquer unenouvelle tuberculose
locale
qui offrira la même marche et les mêmes lésions que
lapremière. Dans
cesderniers cas, lorsque la tuberculose
verruqueuse se
développe à la suite d'une auto-inoculation
chez un
sujet atteint de tuberculose pulmonaire, non encore
parvenuà la période de consomption, non encore phtisique,
elle
présente, d'après Besnier, quelques caractères parti¬
culiers.
Nous trouvons
deux exemples de tuberculose
verruqueuseproduite
parauto-inoculation dans les Observations Y et VI.
Le malade
qui fait l'objet de l'Observation V, âgé de vingt-
neuf ans,
de profession
garçonde café, présente tous les signes de la tuberculose pulmonaire du début. La lésion cuta¬
née est apparue
à la suite d'une coupure qu'il s'est faite au
milieu du
quatrième espace interdigital, en nettoyant un
verre. Dans
l'Observation VI, il s'agit d'une malade chez laquelle
ontrouve aussi manifestement une induration du
sommet droit.
Ici, il
estimpossible de trouver l'origine de la
porte d'entrée du bacille.
Il y a
des cas où une plaque verruqueuse s'est montrée
dans une
région éloignée du foyer tuberculeux primitif. Notre
Observation Iest un
bon exemple de
cemode d'inoculation.
La malade s'est
fait
uneplaie
aumédius droit avec une
bûche. Cetteplaie n'a jamais guéri, elle a suppuré, elle a
donné naissance à une
petite ulcération et, quelque temps
- 30 —
après,
unelésion semblable est apparue à l'index gauche.
Lors de la
présentation de la malade à la Clinique, elle por¬
tait deux
placards de 2 centimètres de large aux endroits
même où
siégeaient les ulcérations. Il est rationnel, nous semble-t-il, d'attribuer dans
ce casla lésion de l'index
gau¬che à une
auto-inoculation
partransport de l'agent virulent pris
auniveau du foyer tuberculeux primitif du médius droit.
On
pourrait rapprocher de ces faits ceux où un foyer tuber¬
culeux
profond, tel qu'une carie
osseuse ou unetumeur blan¬
che, s'inocule
àla
peau,à l'orifice d'une fistule
parexemple.
Les observations de
Volkman, Liebreiht, Jeanselme, Leser
montrent que
dans
cescas, aulieu d'une plaque verruqueuse,
c'est unlupus tuberculeux qui
seproduit le plus souvent. Il
semblerait que
c'est
parsuite de
sonéloignement du foyer
tuberculeux riche en
bacilles,
quela tuberculose tégumen-
taire se
présente, dans
cesderniers
cas, sous uneforme
moins
virulente, la forme lupeuse classique.
Cependant il
11e manquepas d'exemples de tuberculose
verruqueuse
développée par inoculation secondaire à la
suite d'ouverture de
foyers tuberculeux profonds. C'est ainsi
que
le professeur Leloir rapporte dans son Traité pratique, théorique et thérapeutique de la scrofulo-tuberculose de la
peau et des muqueusesadjacentes, trois
casde lupus scléreux-papil-
lomateux
développé dans
cesconditions.
Dans le
premier de
cestrois
casil s'agit d'un lupus sclè- reux-papillomateux inoculé
aupourtour d'une fistule consé¬
cutive à une carie
du calcanéum
etqui
afini
parenvahir la
peau
de la malléole externe et de la face externe du pied.
Dans le
deuxième"
cas,la lésion
a eu pourorigine
unecoxalgie suppurée et, enfin, dans le troisième
cas,elle s'est
montrée autour
d'une fistule rectale d'origine tuberculeuse et
s'est étenduesur lapeau
de la fesse et de la région périnéale.
Besniera observé aussi un cas de tuberculose verruqueuse à la suite d'une fistule
périnéale.
Lyot et Gautier (1) relatent
un casde tuberculose
verru¬queuse
ayant
pourpoint de départ
unelésion
osseusede
nature tuberculeuse
siégeant à l'épicondyle.
Prioleau
(de Brives) (2)
aobservé aussi
unetuberculose
verruqueuse
secondaire à
unefistule tuberculeuse consécutive
elle-même à une carie dupremier métacarpien.
De toutes ces observations on voit bien que
la tuberculose
cutanée
produite
parpropagation du virus infectieux,
nédans
un
foyer tuberculeux profond, peut
seprésenter parfois
sousl'aspect de la tuberculose
verruqueuse.bien qu'elle
prenne leplus souvent l'aspect du lupus tuberculeux typique.
De même
qu'il
y ades
casde tuberculose
verruqueuse pro¬duite non pas par
inoculation directe du virus
parvoie
externe,
mais
parcontinuité
pardes foyers tuberculeux
pro¬fonds, il
y en ad'autres où l'inoculation directe externe
a donné lieu à la formation aupoint inoculé d'un lupus classi¬
que.
Ce fait est d'une importance capitale
parce quecertains
auteurs nient d'une
façon absolue
cetteorigine du lupus. Se
basantsurcertains caractèresdifférentiels
qui séparent le lupus vulgaire de la tuberculose
verruqueusede la
peau, cesder¬
niers
dermatologistes s'obstinent à reconnaître la même origine
pour cesdeux lésions, qui,
en somme, neforment
que deux variétés d'une seule et même affection. Ils disent que l'inoculation de la peau parle virus
venude dehors peut don¬
ner naissance à l'ulcération
tuberculeuse,
àla
tuberculose verruqueuse,mais jamais
aulupus vulgaire qui
neprésente
rien de commun avec la tuberculose cutanée.
(1)Bulletin de la Société anatomique, 1888.
(2) Etudes e.rpêr. etcliniquesur la tuberculose, 1891.
— 32 —
Plusieurs auteurs ont
publié des cas d'inoculation tubercu¬
leuse
donnant naissance à
unlupus vulgaire typique.
Dans nos
trois observations suivantes nous trouvons cette
même
particularité.
Observation XV
(Clinique Dermatologique
de la Faculté.)
Lupus
tuberculeux du front chez une femme âgée.
—Inoculation
probable.
Mme M...,
âgée cle cinquante
ans,est d'une famille sans tare tuber¬
culeuse et
jouit elle-même d'une excellente santé.
Son mari estmort il y a
huit à dix
ans,de tuberculose pulmo¬
naire.
Il y a onze ans,
elle
aremarqué sur le côté droit du front une petite lésion qui
aconstamment grandi depuis, formant une ulcération
croûteuse.
Ellea consulté il y a
quelques mois, M. le docteur B... qui a fait des
cautérisations àl'acide lactique
et qui
aamené
unecicatrisation pres¬
que
complète de la lésion. Elle vient consulter le 16 avril 1895 M. le
docteur W. Dubreuilh.On trouve
alors
surla bosse Irontale droite, à
la lisièredes cheveux, une
plaque de lupus tuberculeux typique de la grandeur d'une pièce de cinq francs, de forme très irrégulière, consti¬
tuée par
des
amasde tubercules rougeâtres, mous, séparés par des
brides cicatricielles dures.
Amélioration
progressive
sousl'influence du traitement chirurgical,
sousforme de.séances
répétées d'ignipuncture
oude curettage.
Observation XII
(Personnelle).
Lupus tuberculeux du lobule de l'oreille consécutif à sa
perforation.
Y. L...,
âgée
de quatorze ans, se présentele 19 mai 1896 àla Maison de Santé, à la consultation de M. le docteur Dubreuilh, pour une lésion cutanéesiégeant
au niveau du lobule de l'oreille gauche.On netrouve rien d'important du côté de ses antécédents hérédi¬
taires. Sesparents sont en vie et bien portants; ellea trois sœursbien portantes aussi. Pas de tuberculeux dans son entourage.
Elle-même a toujours joui d'une excellente santé; elle n'a jamais faitaucune maladie sérieuse et n'a présenté, à aucun moment de son
existence, le moindre accident strumeux.
Il ya seize mois, un bijoutier lui a percé les deux oreilles avec la même
épingle.
La plaie de l'oreille droite,consécutive
à laperforation,s'estcicatrisée vite et a
guéri
au boutde quelques jours, sanscompli¬cation. La plaie de l'oreille gauche a mis plus longtemps pour
guérir.
Le bijoutier ayant
déchiré
le lobule de l'oreille presque tout entier, la plaie, résultant de cettedéchirure,
asuppuré pendant très longtempset cen'est qu'au bout de trois mois,
après
un traitement long et bien mené, qu'elle a cicatrisé. Elle est restée cicatrisée et parfaitement guériependant sept mois.Ilya six mois, les parents de la malade ontvoulului faire repercer l'oreille, mais, pensant que le retard de la cicatrisation de laplaie
en question était du à une faute de l'opérateur, ils ont changé de bijoutier.
Quelques
jours après cette nouvelleperforation, l'oreille paraissaità peu
près guérie
et la malade commença à porter des pendantsRobeff 5