Résumé :La maladie de Kikuchi-Fujimoto ou lymphadénite histiocytaire nécrosante est une affection de description récente caractérisée sur le plan clinique par la survenue d’adénopathies, habituellement cervicales, souvent doulou- reuses affectant le sujet jeune. D’autres manifestations peuvent s’y associer : fièvre, arthralgies, myalgies, éruption cutanée. Biologiquement une leucopénie existe dans 50% des cas avec parfois présence de lymphocytes atypiques.
L’évolution est spontanément favorable en 3 mois en moyenne. Le diagnostic repose sur l’étude anatomo-patholo- gique des ganglions qui montre une nécrose intéressant 25 à75% de la surface corticale et médullaire avec une pro- lifération histiocytaire et monocytaire. L’histologie ganglionnaire permet en outre de faire le diagnostic différentiel avec les autres causes de nécrose ganglionnaire (Lupus érythémateux systémique, lymphomes, infections).
L’étiologie de la maladie de Kikuchi-Fujimoto reste inconnue, elle pourrait résulter d’une hyperstimulation immune locale succédant à une infection virale, bactérienne ou parasitaire. Dans quelques cas elle est associée ou suivie d’une maladie systémique type lupus, connectivite mixte ou maladie de Still de l’adulte.
Mots-clés :Adénite nécrosante, Maladie de Kikuchi.
LA MALADIE DE KIKUCHI KIKUCHI’S DISEASE
L. ESSAADOUNI, Z. TAZI, M. ADNAOUI, M. AOUNI, A. MOHATTANE, A. MAAOUNI, A. BERBICH
Abstract : Kikuchi-Fujimoto’s disease or histiocytic necrotizing lymphadenitis was recently described. Painful, pal- pable lymphadenitis is localized to one or two sites in the head and neck territories in young adults. Other clinical manifestations are associated: Fever, arthromyalgias, cutaneous eruption sweating, splenomegaly. Biologically leu- copenia is present in 50% of the cases with atypical lymphocytes sometimes. A spontaneously favorable outcome is noted after a mean of 3 months. The diagnosis is based on histopathological study of the lymph node showing lymph node necrosis of 25 to 75% of the lymph nodes in the cortex and the medulla with histiocytic and monocytic proli- feration. Histological study of lymph nodes allows differential diagnosis with other causes of necrotizing lymph nodes (SLE, malignant lymphoma, pyogenic infections). The etiology of Kikuchi’s disease is still unknown, To can be the result of local hyperimmune stimulation by viral, bacterial or parasitic infection. In some cases KFD, is asso- ciated with systemic disease like SLE or adult still’s disease.
Key-words : Necrotizing lymphadenitis, KiKuchi’s disease.
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Tiré à part :L. Essaadouni Service de médecine interne “A” Hopital Ibn Sina Rabat, Maroc.
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L. Essaadouni et coll. La maladie de Kikuchi
Maroc Médical, tome 24 n°1, Mars 2002 39
INTRODUCTION
La maladie de Kikuchi Fujimoto ( M.K.F) ou lympha- dénite histiocytaire nécrosante (LHN) est une affection rare, décrite pour la première fois en 1972 simultanément par Kikuchi (1) et Fujimoto (2).
Plus de 1 000 cas ont été publiés dans différentes éth- nies : asiatiques, européennes, nord- africaines et améri- caines (3). Elle pose le problème de diagnostic étiologique car la cause pourrait être un agent infectieux (virus, bac- térie, parasite ) ou une maladie inflammatoire systémique.
(lupus érythémateux systémique, Still). Elle est caractéri- sée cliniquement par une hypertrophie ganglionnaire tou- chant habituellement le territoire cervical, souvent doulou- reuse et fébrile. Le diagnostic différentiel se pose avec plusieurs affections ganglionnaires bénignes ou malignes.
ETIOLOGIE
La maladie Kikuchi résulterait d’une réaction hyper- immune conduisant à l’apoptose et à la nécrose des cel- lules ganglionnaires. L’étiologie pourrait être un agent infectieux (virus, bactérie, parasite). Parmi les virus les principaux incriminés sont l’epstein-barr-virus (21,22), l’herpès virus (23), le parvovirus B19 (20), le VIH (21 ) et le cytomegalovirus . Les principales bactéries incriminées sont représentées par : Yersinia enterocolitica (24,25) et l’agent de la maladie des griffes du chat (26).
Quelques cas de toxoplasmose sont rapportés : ( 4,25,28).
CLINIQUE
La M.K.F peut s’observer à tous les âges (extrêmes 4-76 ans) mais touche principalement l’adulte jeune (âge moyen 25 ans). La prédominance féminine est constante avec un sex ratio de 1.1 à 9 femmes pour un homme (3). La M.K.F s’observe dans toutes les races, bien que la plupart des publications soient originaires de l’Extrême Orient (Japon, Taiwan, Hongkong).
Elle se manifeste cliniquement par l’existence d’adéno- pathies (100%) localisées à un ou deux territoires cervi- caux ; les territoires les plus touchés sont la chaîne trapé- ziènne et jugulo-carotidienne, elles peuvent être uni – ou bilatérales. Beaucoup plus rarement localisées, dans les autres aires ganglionnaires, superficielles ou profondes. Elles sont exceptionnellement généralisées (4). Il s’agit d’adénopathies fermes souvent douloureuses dans 10 à 59% des cas (3) dont le diamètre varie entre 2 à 7 cm (5). Ces adénopathies ne s’ulcèrent jamais. Elles s’accompagnent dans prés de la moitié des cas d’un syndrome fébrile important à 39-40°C avec parfois des signes généraux à type d’amaigrissement,
de sueurs, de frissons et d’arthromyalgies. On décrit dans 30 à 40% des cas un rash cutané urticarien maculo-papu- leux ou morbiliforme et des signes digestifs à type de nau- sées, vomissements, diarrhées et douleurs abdominales.
Une splénomégalie et une hépatomégalie sont rappor- tées dans respectivement 6.5 et 2% des cas.
Les localisations extra-ganglionnaires sont rares mais une infiltration myocardique (6) et médullaire (7) ont été déjà décrit.
BIOLOGIE
Aucun élément biologique n’est pathognomonique . Le syndrome inflammatoire est classique (5,8) et la VS est presque toujours élevée (9). On observe le plus souvent une leucopénie. L’hyperleucocytose est très rare (3), des lymphocytes atypiques sont signalés dans 2 séries chez 25 à 33 % des patients (10).
On observe souvent une élévation des LDH et beaucoup plus rarement une cytolyse, une choléstase ou une throm- bopénie (4-7-11-12) .
EVOLUTION
L’évolution est spontanément favorable en 1 à 24 mois, (3 mois en moyenne.) avec disparition de l’adénopathie sans traitement spécifique ; des cas de récidives à distance ont été rapportés parfois après 20 ans (4,13). Les formes prolongées (jusqu'à 5ans ) sont exceptionnelles. C’est une maladie bénigne mais 2 cas mortels ont déjà été observés.
Le premier dans le cadre d’une probable myocardite (6), le deuxième par atteinte neurologique centrale (14). L’évolution vers un lupus systémique a été rarement décrite ( 4,5,9,15).
HISTOLOGIE
Seule l’étude anatomopathologique du ganglion permet le diagnostic en montrant (16) :
- une nécrose acidophile de coagulation en plages irré- gulières dans la corticale mais surtout en interfolliculaire et profonde.
- une hyperplasie histiocytaire cernant la nécrose consti- tuée de macrophages, contenant des débris nucléaires ou présentant un cytoplasme spumeux.
- des plages de cellules moyennes dites plasmocytoïdes autour des vaisseaux et où la nécrose semble débuter.
- de nombreuses cellules en apoptose avec beaucoup de débris nucléaires dans la nécrose.
- une hyperplasie immunoblastique faite de grandes cel- lules lymphoïdes à grand noyau clair nucléolé présentant
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souvent une différenciation plasmocytaire dispersée en périphérie des plages histiocytaires et parmi les lympho- cytes cernant les plages.
Le signe négatif majeur est représenté par l’absence de neutrophiles et ou d 'éosinophiles dans et autour des gan- glions.
Selon la prédominance de l’une de ces lésions élémen- taires, trois variétés histologiques peuvent être reconnues (10) :
- La forme nécrosante qui est la plus fréquente et la plus typique.
- La forme proliférative, pseudo-tumorale simulant un lymphome en raison d’une nécrose limitée et d’une hyper- plasie marquée.
- La forme xanthomateuse liée à l’accumulation de macrophages chargés en lipides issus de la digestion de membranes des cellules nécrosées et qui apparaissent comme des histiocytes au cytoplasme clair et spumeux.
En immunohistochimie, les grandes cellules sont des histiocytes exprimant CD68 et les cellules moyennes d’as- pect plasmocytoide sont des monocytes exprimant CD68 et CD4
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
Le diagnostic différentiel se pose essentiellement avec un lymphome malin de haut grade, avec une adénite lupique ou infectieuse (17,18,19) mais aussi avec d’autres pathologies .
Il existe des similitudes histologiques entre la lympha- dénite nécrosante de Kikuchi et la nécrose ganglionnaire observée dans certaines adénites lupiques. Le critère dis- tinctif essentiel en faveur du syndrome de Kikuchi est la prédominance de lymphoytes T à l’inverse du lupus ou prédominent les lymphocytes B (20).
Les autres caractères histologiques qui permettent de
faire le diagnostic différentiel sont : l’absence de cellules épitheloïdes et géantes et l’absence de polynucléaires neu- trophiles dans la maladie de Kikuchi. L’infiltration histio- cytaire au cours des adénites herpétiques est moins impor- tante qu’au cours de la MKF les polynucléaires y sont sou- vent présents : la présence de lésions cutanées ou muqueuses d’herpès dans le territoire de drainage de l’adénopathie et la découverte d’inclusions virales confirment le diagnostic. Les éléments de diagnostic différentiel entre un lymphome à grandes cellules et la MKF sont représentés par la présence au cours de la maladie de Kikuchi d’un fond cellulaire poly- morphe associé à de nombreux histiocytes, élément excep- tionnel au cours des lymphomes non hodgkiniens.
Enfin, La tuberculose ganglionnaire peut prêter à confu- sion avec la maladie de Kikuchi tant sur le plan clinique que sur le plan histologique imposant la réalisation d'un bilan phtysiologique (19).
TRAITEMENT
Dans la plupart des cas, la MKF guérit spontanément en quelques semaines). La prise de corticostéroïdes à de fortes doses (1mg/kg/j d’équivalent prédnisone) agit favorablement sur les manifestations systémiques. Le risque de récidive est rare.
L’utilisation de médicaments antiviraux et de cytokines ne semble pas avoir d’intêret dans cette affection qui reste une maladie bénigne spontanément régressive.
CONCLUSION
La MKF est une entité clinique et histologique se tra- duisant par des adénopathies cervicales touchant la femme jeune avec au plan histologique un aspect caracté- ristique. Elle peut simuler un LMNH. Cette affection qui mérite d’être connue.
L. Essaadouni et coll. La maladie de Kikuchi
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