en temps réel par le web
Bilan de deux ans de mise à l’essai
Denis Harvey Eric Norman Carmel
Laboratoire pour l’intégration des technologies informatiques en enseignement médical (www.litiem.umontreal.ca), Université de Montréal
3200 rue Sicotte, Saint-Hyacinthe, Québec, Canada [email protected]
RÉSUMÉ. La demande de plus en plus forte dans toutes les sphères d’activité pour de la formation adaptée aux besoins spécifiques d’une clientèle hétéroclite et exigeante pose un défi pédagogique et organisationnel important à nos universités. Depuis plus de trois ans nous avons mis à l’essai différents scénarios pédagogiques et plusieurs solutions technologiques nous permettant de faire de la formation à distance en temps réel. Les avantages et les limites des scénarios pédagogiques retenus et des technologies utilisées ont été évalués. A quelques rares exceptions près les participants furent enchantés de leur expérience autant du point de vue organisationnel que technique et pédagogique. Nous pouvons donc conclure que malgré certaines difficultés principalement liées aux problèmes de stabilité de l’Internet, la formation à distance en temps réel sur le web est maintenant une solution technologiquement stable et pédagogiquement pleine d’avenir.
ABSTRACT. The demand for flexible distance learning adapted to the often highly specific needs of an increasingly demanding clientele represents a major organizational and teaching challenge for our universities. For the past three years, we have been testing teaching scenarios and technical solutions for providing real-time distance learning over the Internet including video streaming. In general, the users found the platform to be very stable and user-friendly. With few exceptions, they were all satisfied with their experience, from the organisational, technical and teaching viewpoints. We conclude that despite certain difficulties mainly related to the stability and reliability of the Internet, Web-based real-time remote training can now be considered a technologically stable solution and a promising future avenue for teaching.
MOTS-CLÉS : e-learning, télé-apprentissage, université, formation continue, formation à distance en temps réel.
KEYWORDS: e-learning, university, continuing education, real-time distance learning.
Introduction
La demande de plus en plus forte dans toutes les sphères d’activité pour de la formation adaptée aux besoins spécifiques d’une clientèle hétéroclite et exigeante pose un défi pédagogique et organisationnel important à nos systèmes d’enseignement. Pour compliquer les choses, la formation à distance est souvent le choix privilégié par plusieurs afin de permettre à chacun de mieux adapter ses activités de formation aux contraintes de plus en plus grandes de la vie professionnelle et privée.
Malheureusement, des cours à distance élaborés grâce à l’utilisation de l’Internet et au recyclage de matériel pédagogique souvent tiré de cours dits traditionnels ont souvent été la seule offre faite par nos universités pour répondre à cette demande grandissante (Carrière et al., 2001 ; Hollingsworth, 2000). Mais dans la plupart des cas, cette simple mise en ligne de matériel pédagogique est une solution boiteuse et incomplète. En effet, pour la plupart des professeurs et des étudiants, la formation initiale ou continue ne peut se limiter à la lecture de textes choisis et à la validation des acquis par des examens sommatifs. Les forums de discussion ou les sessions de clavardage (« chat ») peuvent dans certains cas être très utiles. Toutefois, quand c’est possible, les étudiants semblent généralement préférer se rencontrer entre eux et aussi discuter, au moins périodiquement, avec le professeur (Hooper, 1992 ; Uribe et al., 2003).
Les nouvelles plates-formes de télétravail sur le web en temps réel (mode synchrone), qui permettent aux formateurs et aux étudiants de se retrouver ensemble et en même temps dans des espaces virtuels adaptés, devraient théoriquement pouvoir combler plusieurs de ces lacunes (Souya et al., 2001). En effet, ces nouveaux outils permettent aux utilisateurs d’échanger du matériel numérique, de se voir grâce à l’utilisation de petites caméras et de discuter à l’aide de micros. Les formateurs peuvent ainsi à tous moments évaluer les connaissances des étudiants, poser des questions à ceux-ci ou diriger la discussion. Un branchement Internet à basse vitesse, un ordinateur standard et un micro sont généralement le seul matériel requis pour permettre à n’importe qui, situé n’importe où sur la planète, de participer à ces sessions de formation en mode synchrone.
Ces plates-formes de formation sur le web en mode synchrone sont maintenant de plus en plus conviviales, stables et accessibles. Il est donc important d’en faire la mise à l’essai en situation réelle de formation avec des scénarios pédagogiques variés qui répondent aux différentes situations rencontrées sur le terrain. On pourra alors évaluer les avantages et les inconvénients de ce type de formation et éventuellement arriver à proposer des façons de procéder qui tiennent compte des observations faites.
Mise à l’essai Contexte
Depuis plus de deux ans, les membres du Laboratoire pour l’intégration des technologies informatiques en enseignement médical (LITIEM) de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal ont mis à l’essai différents systèmes conçus pour faire de la formation à distance sur l’Internet en temps réel.
Les systèmes « clients-serveur » mis à l’essai au LITIEM devaient répondre à certains critères bien précis. Il fallait qu’ils soient stables et qu’ils emploient des technologies standard. Les utilisateurs devaient pouvoir participer aux sessions de formation même s’ils ne disposaient que d’un branchement à Internet par modem téléphonique. Ces systèmes devaient aussi offrir des outils d’interaction conviviaux et des modules d’évaluation diversifiés. La possibilité d’archiver les sessions de formation pour permettre une utilisation ultérieure en mode asynchrone des cours déjà diffusés devait aussi être possible. Après beaucoup de recherches et de comparaisons des caractéristiques propres à chaque système, certains d’entre eux ont été mis à l’essai avec plus ou moins de succès. Le choix s’est finalement porté sur une plate-forme1 qui répondait à presque toutes les exigences fixées.
Scénarios pédagogiques utilisés
Les différents scénarios pédagogiques mis à l’essai tenaient compte des situations spécifiques d’enseignement rencontrées, des objectifs pédagogiques des différentes sessions et des besoins de formation des populations visées.
Conférencier à distance et grands groupes en classe
Ce scénario a été utilisé à plusieurs reprises, surtout pour permettre à un conférencier « invité » de participer à un cours sans avoir à se déplacer. Des classes d’étudiants au Québec et en France ont ainsi pu assister en simultané à des conférences données par des professeurs qui se trouvaient soit en France, soit au Québec. Dans un autre cas, nous avons même réuni des classes du Brésil et du Mexique avec des conférenciers du Québec, de France et du Brésil, dans le cadre d’une journée de cours intensifs en chirurgie. Durant ces cours, le professeur utilisait généralement une approche classique, de type magistral, soit une conférence avec diffusion en temps réel de diapositives électroniques via Internet suivie d’une période de questions et de discussions. Les étudiants pouvaient poser des questions au conférencier « à distance » par l’intermédiaire d’un modérateur « local ». Le conférencier répondait alors directement aux étudiants.
1. CentraOneTM, Centra Software Inc. (Lexington).
Conférencier et étudiants à distance
Ce scénario a surtout été utilisé pour rejoindre des professionnels en exercice répartis sur tout le territoire québécois. Il s’agissait de sessions créditées dans le cadre du programme de formation continue obligatoire des vétérinaires du Québec.
L’objectif principal des ces sessions était de permettre aux participants de mettre leurs connaissances scientifiques et médicales à jour afin qu’ils puissent résoudre plus efficacement les problèmes rencontrés dans leur pratique quotidienne. Une vingtaine de ces sessions ont ainsi été réalisées. Les participants, généralement entre 10 et 20 personnes par session, se branchaient à l’Internet à partir de leur domicile ou de leur clinique. Afin de susciter la discussion et les commentaires de chacun, le formateur présentait des cas cliniques à l’aide de diapositives électroniques et de matériels multimédias. La discussion était généralement complétée par des sondages ou des sessions d’évaluation formative qui permettaient à tous d’avoir une idée assez juste de l’état de leurs connaissances et de leur capacité à résoudre efficacement le type de cas présentés. A la fin de chacune de ces sessions, les participants devaient répondre en ligne à un court examen afin de pouvoir recevoir les crédits de formation continue. Finalement, les participants inscrits qui n’avaient pas pu assister en direct à la session pouvait le faire en différé en visualisant l’enregistrement de celle-ci qui était publié sur le serveur quelques minutes après la fin de la séance.
Les rondes virtuelles
Cette formule des rondes virtuelles a été mise sur pied afin de favoriser des échanges réguliers entre des groupes d’étudiants diplômés (internes et résidents) québécois et européens. Cette approche avait comme premier objectif de permettre à chacun de comparer et de discuter les façons d’aborder et de résoudre des problèmes médicaux spécifiques. Les étudiants étaient responsables de présenter rapidement et à tour de rôle un cas clinique auquel ils avaient été confrontés récemment. Les participants devaient ensuite poser des questions et suggérer des solutions aux interrogations soulevées. Les professeurs cliniciens présents des deux cotés de l’Atlantique pouvaient intervenir pour commenter les cas présentés, souligner les points importants et orienter la discussion.
Un projet pilote a également été mené en utilisant cette formule pédagogique en collaboration avec l’université du Québec à Trois-Rivières dans le cadre du programme de formation des sages-femmes au cours du trimestre de l’hiver 2003.
Des professeurs de ce programme ont ainsi encadré les discussions hebdomadaires d’une quinzaine d’étudiantes de dernière année du baccalauréat durant tout le trimestre. Ces étudiantes étaient réparties un peu partout à travers le territoire québécois dans les maisons de naissance et même à l’étranger, notamment en Alaska, en Jamaïque et en Tunisie.
Observations faites et discussion Problèmes techniques rencontrés
La mise en ligne de sessions de formation sur le web en temps réel demande beaucoup d’organisation et de coordination. Il faut d’abord tenir compte des différents fuseaux horaires et des aléas des réseaux et de l’Internet. De plus, les compétences très variables en informatique des participants compliquent souvent la tâche des organisateurs. Par exemple, dans certains cas, il a été difficile de faire comprendre à quelques participants que leurs problèmes dépendaient seulement de la qualité, de la vitesse et de la stabilité de leur connexion à l’Internet. Dans ces cas, la majorité des participants possédaient des connaissances minimales en informatique, ce qui les empêchait de comprendre les limites et les contraintes inhérentes aux différentes technologies utilisées. Dans le même ordre d’idées, il ne faut pas non plus sous-estimer la fréquence des problèmes techniques reliés à la configuration et au fonctionnement des ordinateurs de certains des participants. Malgré un effort constant de l’équipe pour assister à distance ces personnes, il arrivait très souvent que celles-ci ignoraient comment utiliser un micro avec leur ordinateur ou qu’elles négligeaient tout simplement d’en faire le calibrage avant les sessions de travail.
Curieusement, la simple gestion du volume sonore du micro a été le principal problème technique rencontré ! La qualité du son dans les échanges était pourtant un élément crucial pour maintenir le rythme et l’intérêt des participants.
Pour certains participants, particulièrement en Afrique du Nord et Amérique latine, la non-disponibilité d’un branchement fiable à l’Internet fut une limite importante à leur participation régulière aux sessions de formation. Même si ces personnes pouvaient généralement se brancher et se joindre au groupe, elles perdaient très souvent leur connexion durant les sessions, ce qui rendait alors leur participation assez aléatoire. Par contre, sauf exception, la qualité des branchements autant en France qu’au Québec n’a jamais causé de problèmes sérieux. Dans quelques rares cas, des participants ont cependant dû changer de fournisseurs d’accès à l’Internet après quelques sessions afin de se garantir un branchement plus stable.
Observations pédagogiques et organisationnelles
Il a été très vite évident que les professeurs ou les conférenciers qui étaient reconnus comme de bons formateurs en classe étaient aussi de bons pédagogues en ligne ! En effet, quand il faut tout médiatiser, du contenu du cours à l’image vidéo du formateur jusqu’aux interactions entre les participants, l’importance d’une structure de cours cohérente et surtout d’une bonne prestation du professeur devient encore plus critique. Il est donc important de souligner que les principales faiblesses pédagogiques notées lors de ces sessions à distance relevaient des problèmes bien connus de tous les designers de systèmes de formation, qu’ils soient médiatisés ou
non. En effet, il apparaît clairement que ce n’est pas parce que l’on médiatise un cours et surtout qu’on le met en ligne, même en mode synchrone, que l’on peut faire l’économie d’une organisation pédagogique serrée, bien au contraire !
Avantages et convénients des scénarios mis à l’essai
Les avantages et les inconvénients des scénarios mis à l’essai, de même que les forces et les limites des technologies utilisées, ont été évalués à l’aide de sondages, de questionnaires et d’observations des participants en action.
Sessions aux grands groupes
Le plus gros avantage des conférences ou des cours faits à de grands groupes par un conférencier à distance était évidemment d’éviter à ce dernier de se déplacer ! Ceci nous permettait « d’inviter » des conférenciers à faire de courtes interventions spécialisées dans le cadre de cours plus généraux sans entraîner de dépenses importantes. La possibilité de faire participer plusieurs classes à distance au même cours est aussi un avantage « organisationnel » non négligeable. Pouvoir assister en direct à des discussions entre le professeur et le conférencier à distance a été un des éléments le plus apprécié par les étudiants lors de ces sessions. Par contre, avec ce scénario, il a été assez difficile d’éviter de reproduire la formule du cours magistral classique avec toutes les limites qu’entraîne cette approche pédagogique.
Finalement, il est important de souligner que la logistique qu’impose ce genre d’organisation peut à certains moments devenir très complexe ! Par exemple, il nous est arrivé à quelques reprises que deux groupes ne se branchent pas à la même heure ou que le conférencier se « présente » avec une heure de retard à cause de la gestion compliquée des décalages horaires entre l’Europe et le Québec !
Conférencier et étudiants à distance
Cette approche pédagogique a été régulièrement évaluée par les participants qui devaient répondre à un sondage à la fin de chaque session. Evidemment, le fait de ne pas avoir à se déplacer était particulièrement apprécié, surtout par les personnes des régions éloignées. Plusieurs ont aussi souligné qu’ils étaient très heureux de pouvoir participer à ce genre d’événements même s’ils ne disposaient que d’une ligne téléphonique pour se brancher à l’Internet. La possibilité de discuter directement avec les spécialistes sur des cas concrets a aussi été jugée très positivement par la grande majorité des sujets. Finalement, les outils d’interaction comme les sondages et les questionnaires anonymes étaient toujours très prisés. Encore une fois, les principales frustrations ont été causées par des problèmes techniques comme l’instabilité du branchement à l’Internet commercial entraînant, pour certains, des coupures temporaires de l’audio ou du vidéo. Cette approche nous a donc permis d’adapter notre offre de cours en proposant des sessions de formation continue très spécialisées destinées à un nombre restreint de participants.
Les rondes virtuelles
Les avis des étudiants impliqués dans la préparation de ces rondes étaient assez partagés. En effet, certains étaient très contents de pouvoir communiquer en direct avec des confrères d’outre-Atlantique tandis que d’autres ont trouvé l’expérience inutilement stressante. Pour ces derniers, présenter un cas à des spécialistes en même temps qu’à des inconnus tout en apprivoisant une nouvelle façon de travailler fut une expérience éprouvante. Il faut par contre souligner qu’après une session ou deux, la plupart des étudiants se disaient relativement à l’aise avec cette formule. Ils ont aussi souvent mentionné qu’il était très intéressant de pouvoir entendre l’opinion d’autres professeurs que les leurs sur des sujets controversés !
Commentaires généraux
En général, les utilisateurs ont donc trouvé la plate-forme très stable et conviviale. Mises à part quelques rares exceptions, ils ont toujours été très satisfaits de leur expérience, tant du point de vue organisationnel que technique et pédagogique. Les 200 participants interrogés ont tous répondu à l’unanimité qu’ils se réinscriraient à d’autres sessions s’ils en avaient la possibilité. Des différents scénarios proposés, il ressort que ce n’est pas tellement l’organisation formelle des sessions qui importait le plus mais plutôt le degré et la qualité de l’interactivité offerte aux participants. Par exemple, la possibilité de pouvoir discuter entre eux, de poser des questions directement au professeur et d’obtenir une réponse immédiatement constituait l’élément qui suscitait toujours la meilleure cote dans les évaluations des sessions. L’utilisation par les formateurs de sondages anonymes permettant aux participants de répondre aux questions sans risquer de se tromper devant tout le monde était aussi un des points très appréciés. Le fait de voir le professeur en direct grâce à l’utilisation d’une petite caméra semblait rendre les sessions plus attrayantes pour ceux qui disposaient d’un branchement assez rapide à l’Internet. Par contre, ceux qui étaient branchés au réseau à l’aide d’un modem téléphonique devaient arrêter la réception de l’image vidéo du formateur afin de garder assez de bande passante pour pouvoir participer à la session.
Curieusement, très peu de personnes se sont plaintes de l’isolement imposé par ce genre de système. Au contraire, plusieurs participants ont souligné le plaisir qu’ils ont eu à converser avec des collègues qu’ils avaient perdu de vue depuis un certain temps même si la majorité des participants affirme que ce genre de rencontre ne pourrait pas remplacer complètement les réunions en présence. Le principal problème rencontré par certains fut la stabilité de leur branchement à l’Internet. Par exemple, il n’a jamais été possible pour une des étudiantes qui était en Tunisie de se joindre au groupe plus de quelques minutes sans interruption. Les étudiantes qui étaient aux Antilles ont aussi éprouvé beaucoup de difficultés à se brancher et ont donc manqué plusieurs sessions de formation. Des problèmes de connexions avec une université au Mexique nous ont également obligés à annuler quelques présentations durant une journée de formation en chirurgie à laquelle participaient simultanément des personnes du Brésil, de la France et du Québec.
Les diapositives électroniques et l’utilisation du multimédia
Très souvent, les formateurs voulaient malheureusement présenter beaucoup trop de diapositives électroniques dans la période de temps qui leur était allouée. De plus, ces diapositives étaient très fréquemment trop chargées et complexes. En fait, comme c’est régulièrement le cas lors des présentations en classe, certains formateurs avaient tendance à surestimer l’efficacité du texte sur leurs diapositives et à sous-utiliser les explications narratives et surtout les éléments multimédias disponibles. En plus, plusieurs diapositives ne respectaient pas bien les règles élémentaires d’ergonomie d’interface comme l’équilibre, la symétrie, la cohérence et la simplicité (Al-Hunaiyyan et al., 2000 ; Park et al., 1993 ; Reeves, 1992). Comme dans le cas des diapositives, les participants préféraient que le formateur commente en temps réel les séquences vidéos plutôt que de laisser jouer une bande sonore préenregistrée. Toutefois, l’ajout d’une bande sonore préenregistrée était tout à fait justifié quand il s’agissait de faire entendre des bruits comme des auscultations, à condition que l’ensemble soit commenté après écoute par le formateur. Il a aussi été noté que les séquences vidéos devaient être courtes afin de ne pas briser le rythme de la présentation. Il était donc suggéré aux conférenciers de fractionner ces séquences vidéos et surtout de ne présenter que les éléments essentiels au propos de l’exposé.
Les sessions qui ont le mieux fonctionné étaient celles où on privilégiait la description audio de diapositives simples qui contenaient surtout des images et des photos ou des séquences vidéos courtes et pertinentes. Les règles connues (Harvey, 1999) d’intégration des différents médias dans les systèmes d’apprentissage multimédias interactifs devaient donc être appliquées ici aussi !
L’interactivité
Dans les situations de formation en présence, la qualité des interactions entre le professeur et les étudiants est un des éléments-clés qui permet un apprentissage efficace (Giardina, 1992 ; Liang, 2000 ; Ward, 1992). C’est par ses questions et ses commentaires que le formateur oriente le débat et favorise les échanges entre les participants. En situation de formation à distance en temps réel, ce rôle de gestionnaire des interactions nous semblait encore plus important, compte tenu de l’isolement des participants et des barrières imposées par la médiatisation du dialogue. Il est vite devenu évident que les sessions qui fonctionnaient le mieux étaient celles où le formateur utilisait souvent les sondages et les questionnaires anonymes pour permettre à chacun d’évaluer ses compétences et de comparer ses réponses à celles des autres sans risquer de s’exposer au jugement de ses pairs. Par contre, dans les cas où les interactions n’étaient pas planifiées et prenaient la forme de questions ouvertes posées à l’auditoire, le résultat était généralement assez décevant. En effet, comme on le voit souvent en classe, dans le pire des cas personne n’osait se compromettre et, au mieux, c’était toujours les mêmes participants qui demandaient la parole. Dans les rondes cliniques par exemple, ce genre de questions ouvertes finissaient la plupart du temps par un monologue d’un des cliniciens présents ! On peut postuler que le fait d’être à distance rendait les intervenants
encore plus craintifs que s’ils avaient été ensemble dans une classe. Le risque de se tromper « devant » tout le monde sans pouvoir se corriger rapidement semblait paralyser la plupart des participants.
L’organisation et l’encadrement des sessions
L’organisation et l’encadrement des sessions de formation à distance et en mode synchrone requièrent méthode et rigueur. Plusieurs éléments doivent être coordonnés précisément par les membres de l’équipe afin d’assurer aux formateurs et aux participants des sessions intéressantes et utiles. Il faut d’abord souligner l’importance de fournir à l’avance aux participants le matériel imprimé requis pour chaque session. Qu’il s’agisse de simples notes de cours ou d’informations spécifiques nécessaires à la résolution des problèmes présentés, la plupart des participants préféraient travailler sur une copie imprimée, même durant les sessions en ligne. Il était donc important que ces documents soient mis à la disposition de tous plusieurs jours avant le cours pour que chacun puisse les télécharger et les imprimer à temps. Ceci était particulièrement important pour les personnes qui devaient se brancher à l’Internet par un modem téléphonique.
L’organisation physique des lieux où se déroule la session est aussi à surveiller dans certain cas. Par exemple, il a souvent été remarqué que si plusieurs participants assistent à un cours à partir d’un laboratoire informatique où chacun dispose d’un ordinateur mais peut facilement converser avec son voisin, il y a généralement beaucoup de discussions parallèles entre les personnes dans le laboratoire, ce qui se traduit fréquemment par une perte d’intérêt pour les discussions en ligne. Dans ces cas, les participants « distants » ne bénéficient pas de ces discussions « locales », ce qui complique rapidement la gestion de ce genre de sessions ! Si un tel dispositif doit être utilisé, nous pensons qu’il serait peut-être préférable d’isoler physiquement les personnes dans le laboratoire ou de privilégier l’option « classe-classe » avec un modérateur afin de diminuer ces discussions locales. Il est aussi essentiel de prévoir des sessions relativement courtes et interactives car les participants peuvent facilement être distraits par une autre activité durant les présentations sans que personne ne le sache. Par exemple, quand une session s’éternisait un peu, nous avons
« surpris » à plusieurs reprises des participants dans des forums de discussion alors qu’ils devaient normalement être présents dans la classe virtuelle ! Il faut aussi souligner que si, lors de conférences dans un amphithéâtre, il est parfois difficile pour le modérateur de faire respecter l’horaire, lors des sessions en ligne la gestion du temps est encore plus compliquée. En effet, il arrive fréquemment que l’on perde de précieuses minutes à régler des problèmes de branchement et de calibrage de micros au début de chaque session. De plus, les formateurs ont souvent beaucoup trop de matériel pédagogique à présenter pour le temps qui leur est alloué. Il faut se souvenir que le rythme des présentations en ligne est plus lent que ce qui se fait en classe car tout doit être diffusé sur Internet avant d’être commenté. Ainsi, il faut attendre un peu que tous aient reçu la dernière diapositive avant de poursuivre l’exposé. Contrairement à ce qui se passe régulièrement en classe, il est assez
difficile durant les sessions en ligne d’accélérer le rythme de la présentation sans perdre les participants qui ne disposent pas d’un branchement à haute vitesse. Il a aussi été noté qu’il est souvent malaisé pour le modérateur d’interrompre le conférencier ou de lui proposer de raccourcir sa présentation, surtout quand celui-ci en est à sa première expérience de conférence en ligne. L’insécurité qu’entraîne cette nouvelle expérience empêche souvent le conférencier d’improviser comme il le ferait en classe. Il est donc essentiel de prévoir des sessions modulaires qui permettront aux formateurs de s’ajuster facilement, si le temps vient à manquer.
Le formateur
Fournir le matériel pédagogique (diapositives, photos, vidéos…) Préparer les questions ou les sondages à utiliser durant la session Donner la conférence et gérer le travail des participants ! Le techno-pédagogue (avant la session)
Veiller à la médiatisation et à la mise sur le réseau du matériel pédagogique Expliquer au formateur le fonctionnement du système
Adapter le matériel disponible au scénario pédagogique retenu Prévoir un scénario alternatif et voir à optimiser l’interaction Le modérateur (durant la session)
Gérer les micros et l’enregistrement de la session Assister le formateur dans la gestion de la classe virtuelle Au besoin, reprendre le contrôle du système en cas de problèmes Gérer le clavardage (« chat »)
Gérer l’horaire Le technicien
Inscrire les participants à la session et gérer les accès au serveur Veiller au bon fonctionnement du serveur
Assister (par téléphone) les participants qui ont des difficultés de branchement au serveur ou des problèmes avec leur ordinateur
Tableau 1. Rôles des membres de l’équipe lors d’une session de formation sur le web en mode synchrone
Le tableau 1 contient un résumé du rôle de chacun des membres de l’équipe responsable de mener à bien une session de formation synchrone. Evidemment, ces rôles peuvent changer et très souvent, la même personne peut être responsable de
plusieurs rôles en même temps. Durant la session, la présence en ligne d’un modérateur qui comprend bien le fonctionnement du système est un atout important.
Si, en plus, ce modérateur connaît un peu le sujet traité, le travail du formateur sera alors beaucoup plus facile. Au fil des sessions, les formateurs prennent de l’expérience et le rôle du modérateur peut s’effacer.
Finalement, il est primordial de faire une courte évaluation en ligne dès la fin de chaque session afin de recueillir les commentaires des participants et pouvoir apporter les correctifs qui s’imposent. Les informations recueillies « à chaud » auprès des participants peuvent être archivées dans une banque de données pour permettre ultérieurement une analyse approfondie.
Conclusion
Malgré la complexité relative des technologies utilisées, comme la discussion en directe avec des micros ou la diffusion de séquences vidéos et d’animations, les problèmes techniques rencontrés ont été somme toute très limités, indépendamment du scénario pédagogique utilisé. Compte tenu des observations faites, il ressort qu’il est essentiel de pouvoir compter sur un système « clients-serveur » éprouvé et fiable puisque c’est le seul élément technique sur lequel les organisateurs ont directement le contrôle. Malheureusement, tous les systèmes mis à l’essai n’ont pas été à la hauteur des attentes. En effet, les premières sessions, faites avec un système en développement, se sont avérées très décevantes à plusieurs points de vue. Le manque de stabilité du système et les nombreuses pannes ont même rendu ces sessions de formation pénibles, particulièrement pour les organisateurs ! Par contre, le système retenu après la période de mise à l’essai s’est avéré très stable et performant. En un peu plus de deux ans d’utilisation et plusieurs dizaines de sessions de formation, le serveur n’a jamais causé le moindre problème sérieux.
Comme c’est le cas lors de la production de systèmes d’apprentissage multimédias interactifs (SAMI), l’utilisation intensive des technologies de l’information et des communications dans ces sessions de formation a tendance en mettre en évidence certaines faiblesses pédagogiques qui autrement pourraient passer inaperçues. Une réflexion et un design pédagogique adaptés et rigoureux devraient cependant permettre d’améliorer significativement la qualité de ces sessions. Par exemple, il nous est vite apparu essentiel d’encadrer les formateurs afin d’éviter qu’ils ne retombent rapidement dans les « ornières » de la présentation magistrale traditionnelle où l’interactivité est généralement marginale. Il est évident que quand le formateur est un pédagogue efficace et qu’en plus il est relativement à l’aise avec les technologies utilisées, la qualité de la session se trouve être automatiquement bonifiée.
Cette mise à l’essai et l’évaluation des outils de formation à distance en mode synchrone nous permet donc de conclure que malgré certaines difficultés principalement liées aux problèmes de stabilité et de fiabilité de l’Internet
commercial, la formation à distance en temps réel sur Internet est maintenant une solution techniquement stable et pédagogiquement pleine d’avenir.
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