BIOFUTUR 324 • SEPTEMBRE 2011 1
ÉDITO
Le placenta est un organe mystérieux, apparu au cours de l’évolution avec la viviparité et permettant la nutrition de l’embryon puis du fœtus à l’inté- rieur de l’organisme maternel. Cet organe présente une grande variation de forme, de structure d’une espèce à l’autre. Défini dans l’espèce humaine comme une galette, son existence et sa structure ont attiré l’attention depuis l’an- cienne Égypte. Dans de nombreuses cultures, en différents endroits du monde, il est le compagnon des profondeurs, le jumeau – il a le même génome que le fœtus – dont on fait le deuil à la naissance avec respect pour éviter des effets néfastes pour l’enfant ou la communauté.
Le placenta permet l’implantation de l’embryon, assure le bon déroule- ment de la grossesse en métabolisant, transformant, coopérant avec l’organisme maternel et fœtal, il participe encore au déclenchement de l’accouchement.
C’est un organe complexe, aux spécificités remarquables, dont la compré- hension fait appel à de nombreuses connaissances biologiques. Pour le biologiste cellulaire, le trophoblaste humain est un exemple unique d’une cellule qui envahit et détruit autour d’elle comme une cellule cancéreuse ou métasta- tique. Mais cette invasion est contrôlée et limitée dans le temps et dans l’espace.
Pour l’immunologiste, cet organe, qui possède pour moitié les gènes pater- nels est remarquable car non rejeté par la mère comme du non soi. Il est capable de neutraliser les défenses maternelles mais aussi de coopérer avec elles pour favoriser son développement. L’endocrinologiste, lui, y décèle des hormones spécifiques, qui prennent en charge et orchestrent l’organisme maternel pour permettre l’initiation et le déroulement de la grossesse mais aussi l’afflux énergétique vers le fœtus. Le généticien y trouve des gènes qui y sont exclusivement exprimés, reflets de notre évolution et directement impli- qués dans la placentation. Le toxicologue, quant à lui, doit tenir compte de la spécificité du trophoblaste qui protège rarement le fœtus contre les molé- cules exogènes mais qui représente une cible pour ces molécules. Toute altération du développement ou du fonctionnement du placenta retentit sur la croissance du fœtus. Le gynécologue obstétricien sait que de nombreuses pathologies de la grossesse ont une origine placentaire et qu’une implanta- tion anormale de cet organe peut être la cause d’un drame obstétrical. Le pédiatre reconnaît également l’influence de l’environnement fœto-placentaire sur la croissance de l’enfant et la santé de l’adulte.
Àtravers les avancées biologiques et technologiques récentes, ce dossier illustre comment cet organe à la durée de vie limitée résume notre expérience de la vie terrestre et comment son étude, malgré sa complexité, est absolument nécessaire et ouvre de nouvelles perspectives dans les domaines de la biologie, de l’imagerie médicale, de la médecine régénérative, ou encore dans la recherche de l’origine développementale des maladies à l’âge adulte. G
Danièle Evain-Brion
Directrice de l'UMR 767 Inserm Université Paris Descartes Grossesse normale et pathologique Directrice générale de la fondation PremUP Une réaction ? Un commentaire ? Une seule adresse :
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