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BIOFUTUR 324 • SEPTEMBRE 2011 29 L’augmentation de la morbidité et de la morta-
lité fœtale et néonatale chez le garçon était déjà connue du temps du médecin irlandais Joseph Clarke, auteur en 1786 d’une méthode pour effec- tuer la délivrance du placenta (1). Les garçons ont par ailleurs un poids plus important à la naissance.
En outre, dans les grossesses avec naissance prématurée, la survie néonatale et le devenir de l’enfant semblent meilleurs chez la fille (2).
Non expliquées, ces différences constatées régulièrement depuis le XVIIIesiècle sont géné- ralement ignorées lorsqu’on étudie les compli- cations de la grossesse (2-5).
Les mécanismes impliqués dans ces différences néonatales entre filles et garçons étaient inconnus jusqu’à présent. Mais le mystère est en passe d’être levé car des données récentes mettent en évidence un rôle majeur du « sexe du placenta » dans ces observations. Puisqu’il possède le même caryotype que le fœtus, le placenta est en effet masculin ou féminin. Plusieurs études chez l’homme suggèrent que des adaptations spéci- fiques de cet organe à l’environnement utérin pourraient être au centre des différences de crois- sance fœtale et de survie néonatale entre filles et garçons (6). Ainsi, Vickie Clifton, du Département de pédiatrie et de reproduction du Robinson Institute d’Adelaïde, en Australie, a émis l’hypo- thèse d’une différence d’adaptation du fœtus masculin ou féminin au stress lié à un environ- nement maternel anormal pendant la vie intra- utérine (figure ci-contre).
Dans un environnement utérin défavorable (anomalie nutritionnelle ou maladie maternelle, défaut de vascularisation utérine…), la réponse du placenta masculin est minimaliste. Peu de gènes, de protéines ou de fonctions sont modi- fiés et ces modifications sont orientées vers un
maintien de la croissance fœtale à tout prix. La persistance d’un environnement défavorable ou toute agression supplémentaire aboutit alors à un retard de croissance intra-utérin, à une prématurité ou à la mort in utero. A contrario, chez la fille, le placenta s’adapte à un environne- ment défavorable en mettant en place les mécanismes nécessaires à la poursuite d’une croissance fœtale correcte sub-optimale. Cette capacité d’adaptation permet la survie dans de meilleures conditions.
Ces variations d’adaptation à l’environne- ment utérin sont liées à des différences « sexe- dépendantes » de la régulation et de l’expression des gènes placentaires, des stéroïdes et de la structure placentaire. À titre d’exemple, les cellules endothéliales placentaires ont une réceptivité différente à l’insuline et à l’IGF2, facteurs majeurs de croissance fœtale, selon qu’elles se trouvent dans un placenta masculin ou féminin (7). De même, les analyses du transcriptome et du protéome humains révèlent des différences liées au sexe dans le transport des acides aminés et le métabolisme placentaire (8). Il est aujour- d’hui clair que ces différences sont le fruit de mécanismes épigénétiques et pas seulement d’un effet direct des hormones dépendantes du sexe du fœtus.
Le sexe du placenta ne peut plus être ignoré scientifiquement et doit donc être désormais pris en compte dans toute expérimentation. G
Danièle Evain-Brion Inserm U 767 Paris Descartes, Fondation PremUP
(1)Clarke J (1786) Philos Trans R Soc Lond 76, 349-64 (2)Vatten IJ (2004) Early Hum Dev 76, 47-54 (3)Papageorgiou AN (1981) Pediatrics 67, 614-17 (4)Di Renzo GC (2007) Gend Med 4, 19-30 (5)Steveson DK (2000) Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed 83, F182-5
(6)Clifton VL (2010) Placenta 31, S33-9 (7)AL-Kahn A (2010) Placenta 32, S590-9 (8)Sood R (2006) Proc Natl Acad Sci USA (2006) 103, 5478-83
Une histoire de sexe
© BSIP/INGRAM
Mâle Femelle
• Pression des gènes et des protéines
placentaires
• Orientation vers un maintien de la croissance fœtale
à tout prix
• Risques majeurs d’adaptation minimale dans l’exe complications
• Adaptation multiple dans l’expression des gènes et des protéines
placentaires
• Faible diminution de la croissance fœtale
• Augmentation de la survie
Stress et environnement utérin
© DR