Universit´e Pierre et Marie Curie – Paris 6 Licence de Math´ematiques, 2`eme ann´ee
Fonctions de plusieurs variables, analyse vectorielle,
int´ egrales multiples
2M216 Automne 2016 et Automne 2017
Patrick Polo
ii
Ce polycopi´e trouve son origine dans un
«fascicule de r´esultats
»(sans d´emonstrations) pour le cours LM216, ´ecrit par Albert Cohen puis r´evis´e par Laurent Boudin. Ce texte a
´et´e augment´e en 2015-2016 en un polycopi´e (avec des d´emonstrations) par Jean-Fran¸cois Babadjian ; certains passages en sont repris ici avec son autorisation, et sur d’autres points la pr´esentation adopt´ee ici est l´eg`erement diff´erente. Donc, mˆeme si le mat´eriau couvert sera essentiellement le mˆeme, ce cours 2M216 enseign´e ` a l’automne 2016 et celui enseign´e au printemps 2017 par Jean-Fran¸cois Babadjian pourront pr´esenter de petites diff´erences dans l’accent mis sur tel ou tel point.
Remerciements.
Parmi les ´etudiants de mai 2016, je remercie Shana Diallo, Med Salah Mimouna, Tom Resseguier et Xavier Tinel pour des questions et commentaires qui ont contribu´e ` a am´eliorer ce polycopi´e. Je remercie ´egalement Nicolas Lerner de m’avoir sugg´er´e l’approche des int´egrales multiples adopt´ee dans la premi`ere section du chapitre 4 (que l’on trouve par exemple dans le livre de Serge Lang, Undergraduate analysis).
Parmi les ´etudiants de l’automne 2017, Yvon Bossut, Nassim Bourarach, Johan Leydet,
Paul Martin et Tran Trung Nghiem m’ont signal´e des coquilles ; je les en remercie.
TABLE DES MATI ` ERES
1. Fonctions continues sur Rn, compacit´e et cons´equences. . . 1
1. Fonctions continuesRn→Rp : un r´esum´e. . . 1
2. Parties compactes deRn : un r´esum´e. . . 5
2. Normes et topologie surRn. . . 9
3. Distances et normes. . . 9
4. Topologie : ouverts et ferm´es, parties connexes ou convexes. . . 15
5. In´egalit´e de Cauchy-Schwarz et norme euclidienne. . . 19
6. Compacit´e via Borel-Lebesgue. . . 21
3. Applications diff´erentiables. . . 23
7. D´efinitions et premi`eres propri´et´es. . . 23
8. Diff´eomorphismes. Exemple des coordonn´ees polaires, cylindriques et sph´eriques. . . 34
9. In´egalit´e des accroissements finis. . . 39
10. D´eriv´ees partielles d’ordre deux, matrice hessienne, application aux extrema. . . 41
11. Extrema li´es : cas d’une sph`ere euclidienne. Cons´equences. . . 48
12. Champs de vecteurs et ´equations diff´erentielles. . . 50
13. Une application : l’´equation de transport en dimension 1. . . 55
14. Formes diff´erentielles de degr´e 1 et int´egrales de chemins. . . 57
4. Int´egrales multiples. . . 59
15. Int´egrales d´ependant d’un param`etre. . . 59
16. Int´egration sur un pav´e et th´eor`eme de Fubini. . . 61
17. Int´egration sur un compact quarrable. . . 66
18. Formule de changement de variables. . . 73
19. Int´egration de fonctions `a valeurs dansRp, exemple des centres d’inertie. . . 77
5. Int´egrales de chemins et formule de Green-Riemann. . . 81
20. Int´egrales de chemins. . . 81
21. Formule de Green-Riemann. . . 89
22. Int´egrales de surfaces dansR3 et formules d’Ostrogradsky et de Stokes. . . 93
CHAPITRE 1
FONCTIONS CONTINUES SUR R
n, COMPACIT ´ E ET CONS´ EQUENCES
1. Fonctions continues Rn→Rp : un r´esum´e
(1) (2)Le but du cours est de d´efinir et ´etudier les fonctionsf :Rn→Rpqui sont diff´erentiables et dont les d´eriv´ees partielles sont continues. Il faut donc commencer par introduire la notion de fonction continueRn→Rp.
Terminologie 1.1 (Applications et fonctions). — SoientX, Y deux ensembles.
(1) Une application f :X→Y est la donn´ee pour tout x∈X d’un ´el´ementf(x)∈Y.
(2) Une fonction f :X →Y est une application `a valeurs dansY qui n’est d´efinie que sur un sous-ensemble de X, appel´e ledomaine de d´efinition de f et not´eDf. Ce sous-ensemble n’est en g´en´eral pas explicit´e et sa d´etermination est laiss´ee au lecteur.
Exemple 1.2. — La fonctionf :R2 →Rdonn´ee parf(x, y) = log(x2+y2−3) n’est d´efinie au point (x, y) que six2+y2>3. Son domaine de d´efinition est doncDf ={(x, y)∈R2|x2+y2>3}; c’est le compl´ementaire du disque ferm´e de centre (0,0) et de rayon√
3. D’autre part, anticipant sur la d´efinition qui va suivre, les fonctions P :Df →R∗+, (x, y)7→x2+y2−3 et log :R∗+ →R, t7→log(t) sont continues, doncf = log◦P est continue sur son domaine de d´efinitionDf. (On verra plus loin quef est diff´erentiable surDf.)
D´efinition 1.3 (Distance surR et surRn). — On note |t| la valeur absolue d’un r´eel t.
(Q)
Comme fonction d’une variable, ce n’est pas une fonction tr`es int´eressante, mais la fonction de deux variablesd(x, y) =|x−y|est int´eressante, car elle mesure la distance entre les r´eelsxet y:✲
✛
x y
|x−y|
Elle v´erifie les propri´et´es suivantes :
(1)Version du 31 aoˆut 2016.
(2)Les symboles(Q)dans la marge signalent des ´enonc´es (d´efinitions ou r´esultats) qu’il faut absolument assimiler et qui pourront faire l’objet de questions de cours `a l’examen.
2 CHAPITRE 1. FONCTIONS CONTINUES SURRn, COMPACIT´E ET CONS ´EQUENCES
(1) (S´eparation) d(x, y) = 0⇐⇒x=y.
(2) (Sym´etrie) d(x, y) =d(y, x).
(3) (In´egalit´e triangulaire) d(x, z)≤d(x, y) +d(y, z) pour toutx, y, z.
En effet, (3) s’´ecrit|x−z| ≤ |x−y|+|y−z|et d´ecoule de l’in´egalit´e|u+v| ≤ |u|+|v|appliqu´ee
`au=x−y etv=y−z.
De fa¸con g´en´erale, si E est un ensemble, une applicationd : E×E → R+ v´erifiant ces trois propri´et´es est appel´ee unedistance surE. On peut alors d´efinir une distance surRn comme suit : pour toutx= (x1, . . . , xn), on pose
kxk= max
i=1,...,n|xi|. et pourx, y∈Rn on pose
d(x, y) =kx−yk= max
i=1,...,n|xi−yi|.
Il est clair que (1) et (2) sont v´erifi´ees, prouvons (3). Soitx, y, z∈Rn. Pour tout indiceion a :
|xi−zi| ≤ |xi−yi|+|yi−zi| ≤ kx−yk+ky−zk d’o`ukx−zk ≤ kx−yk+ky−zken prenant le max du terme de gauche.
D´efinition 1.4 (Fonctions continues). — Soitf une fonctionRn→Rp.
(Q)
(i) Soita∈Df. On dit quef est continue enasi pour toutε >0 il existeδ >0 tel que pour toutx∈Df on ait :
kx−ak< δ=⇒ kf(x)−f(a)k< ε.
(ii) SiAest un sous-ensemble deDf, on dit quef est continue surAsi elle est continue en tout point deA.
(Sin= 1 =p, on retrouve la d´efinition connue pour une fonctionf:R→R.)
Terminologie 1.5. — Lorsqu’on dira«f est continue en a»ou«f est continue surA»ou«f est une fonction continue deAdansRp», ceci sous-entendra toujours quea∈Df et A⊂Df. Notation 1.6. — Pour tout sous-ensembleAdeRn, on noteraC(A,Rp) l’ensemble des fonctions continues deAdansRp.
On peut aussi d´efinir la notion de suite convergente :
D´efinition 1.7 (Limite d’une suite). — Soit (xk)k∈N une suite d’´el´ements de Rn.(3) On dit que (xk)k∈Nconverge vers une limitea∈Rn, et on notexk→a, si pour toutε >0 il existek0∈N tel que pour toutk≥k0, on aitkxk−ak< ε.
Proposition 1.8. — Soit (xk)k∈N une suite dans Rn.
(Q)
(i) (xk)k∈Nconverge vers une limitea∈Rnsi et seulement si, pouri= 1, . . . , n, la suite(xki)k∈N
des i-`emes coordonn´ees converge vers un r´eel ai. Dans ce cas, a= (a1, . . . , an).
(ii) Par cons´equent, si elle existe, la limite de(xk)k∈N est unique.
(3)Les termes de la suite sont not´esxk, avecken exposant, afin de pouvoir noterxk1, . . . , xkn les coordonn´ees du vecteurxk.
1. FONCTIONS CONTINUES Rn→Rp: UN R ´ESUM ´E 3
D´emonstration. — Supposonsxk→a. Soitε >0 ; il existek0∈Ntel que pour toutk≥k0, on ait kxk−ak< ε. Comme|xki −ai| ≤ kxk−ak pour touti, on obtient|xki −ai|< εpour toutk≥k0, ce qui montre quexki →ai dansR.
R´eciproquement, supposons quexki →ai pour touti. Soitε >0 ; il existe ki ∈Ntel que pour toutk≥ki, on ait|xki −ai|< ε. Posonsk0= max(k1, . . . , kn) eta= (a1, . . . , an). Alors pour tout k≥k0, on a|xki −ai|< εet donckxk−ak< ε, ce qui montre quexk →a.
Ceci prouve (i), et (ii) en d´ecoule (par l’unicit´e d´ej`a connue des limites dansR).
On v´erifie facilement qu’on a les propri´et´es suivantes, comme dans le cas des fonctionsR→R. Proposition 1.9. — Consid´erons deux fonctionsf :Rn→Rp etg:Rp→Rq.
(Q)
(i) Soit a∈Df. Si f est continue enaetg continue enf(a), alorsg◦f est continue ena.
(ii) Par cons´equent, si f ∈C(A,Rp)etg∈C(f(A),Rq)alors g◦f ∈C(A,Rq).
Proposition 1.10. — Soientf :Rn→Rp eta∈Df. Les propri´et´es suivantes sont ´equivalentes :
(Q)
(i) f est continue ena.
(ii) Pour toute suite(xk)k∈N deRn convergeant versa, la suitef(xk)de Rp converge versf(a).
Remarque 1.11. — En g´en´eral, pour montrer qu’une fonction donn´ee f est continue, on utilise direc- tement la d´efinition 1.4. Par contre, la caract´erisation en termes de suites convergentes est utile pour d´emontrer des r´esultats g´en´eraux sur les fonctions continues, en se ramenant `a des r´esultats d´ej`a d´emon- tr´es pour les suites.
Proposition 1.12. — Soit E un sous-ensemble deRn.
(Q)
(i) Toute combinaison lin´eaire de fonctions continues E → Rp est continue. Autrement dit, C(E,Rp)est unR-espace vectoriel.
(ii) Soient f, g:E→Rdeux fonctions continues. Alors la fonction f g:E →R,x7→f(x)g(x) est continue.
(iii) Si f : E→ Rest continue en a etf(a)6= 0, alors la fonction 1/f est d´efinie et continue en a.
SoitAun sous-ensemble deRn. Remarquons qu’une applicationf :A→Rp est donn´ee par ses papplications coordonn´eesfi:A→R, i.e. pour toutx= (x1, . . . , xn) dansAon a :
f(x) = (f1(x), . . . , fp(x)).
Proposition 1.13. — Soit f = (f1, . . . , fp)une application A→Rp.
(Q)
(i) Soit a∈A. Alors f est continue ena ssi lesfi (i= 1, . . . , p)le sont.
(ii) Par cons´equent, f est continue surA ssi chaquefi l’est.
D´emonstration. — (i) Supposons f1, . . . , fp continues ena. Soitε >0. Commefiest continue en a, il existeδi>0 tel que pour toutx∈Aon ait
kx−ak< δi =⇒ |fi(x)−fi(a)|< ε.
Soit δ= minδi, alors δ >0 et pour toutx ∈A tel que kx−ak < δ, on a|fi(x)−fi(a)| < εet donckf(x)−f(a)k< ε. Ceci montre quef est continue ena. La r´eciproque est analogue (et plus facile) et laiss´ee au lecteur. Ceci prouve (i), et (ii) en d´ecoule.
4 CHAPITRE 1. FONCTIONS CONTINUES SURRn, COMPACIT´E ET CONS ´EQUENCES
On a ainsi ramen´e l’´etude de la continuit´e des fonctionsRn →Rp`a celle des fonctionsRn →R. Attention :on ne peut pas aller plus loin, i.e. se ramener au cas des fonctions d’une variablefai:R→R d´efinies parfai(t) =f(a1, . . . , ai−1, t, ai+1, . . . , an). Consid´erons en effet l’exemple suivant :
Exemple 1.14. — Soitf:R2→R, d´efinie par
f(x, y) = ( xy
x2+y2 si (x, y)6= (0,0), 0 si (x, y) = (0,0)
et soit a= (0,0). L’application partiellefa1 :t7→f(t,0) = 0 est nulle, donc continue sur R, et il en est de mˆeme defa2 :t7→f(0, t) = 0. Par contre,f n’est pas continue en a= (0,0). En effet, la suite d´efinie parxk= (1/k,1/k) pourk∈N∗converge versamais l’on af(xk) = 1/2 doncf(xk) ne converge pas vers f(a) = 0.
Un cas particulier d’applications continues est le suivant.
D´efinition 1.15 (Applications lipschitziennes). — Soit A ⊂ Rn et soit f une application A→Rp.
(Q)
(i) On dit quef estL-lipschitzienne(4), o`uLest un r´eel>0, si pour toutx, y∈A on a :
(∗) kf(y)−f(x)k ≤Lky−xk.
(ii) Il est clair qu’alorsf est continue sur A : pour tout ε >0 et x, y ∈ A, on a l’implication ky−xk< ε/L=⇒ kf(y)−f(x)k< ε.
(iii) SiLest le plus petit r´eel>0 v´erifiant (∗), on dit queLest la constante de Lipschitz def.
Exemples 1.16 (d’applications continues Rn→Rp). — (1) Pour tout i, la projection πi : Rn→R, (x1, . . . , xn)7→xi est 1-lipschitzienne, donc continue.
(2) Toute application lin´eaire f : Rn → Rp est continue. En effet, chaque composante
(Q)
f1, . . . , fp de f est une forme lin´eaire(5), ce qui nous ram`ene au cas o`u p = 1. Dans ce cas, f(x) =a1x1+· · ·+anxn doncf est une combinaison lin´eaire desπi, donc est continue.(3) Une fonction polynomiale (ou polynˆome) surRn est une fonctionP :Rn→Rde la forme
P(x) = X
k=(k1,...,kn)∈Nn
akxk11· · ·xknn
o`u les ak ∈ R sont nuls sauf pour un nombre fini d’indices. Si les ak ne sont pas tous nuls, on pose deg(P) = max{k1+· · ·+kn |ak 6= 0}. Tout polynˆome est continu surRn puisque c’est une combinaison lin´eaire de produits de fonctions continues.
Exemple 1.17(de polynˆome). — Pourn= 2, un polynˆome de degr´e 2 s’´ecrit sous la forme P(x1, x2) =a0,0+a1,0x1+a0,1x2+a2,0x21+a1,1x1x2+a0,2x22,
avecai,j∈R.
Pour ´etudier la d´erivabilit´e enad’une fonctionf :R→R, on a besoin quef soit d´efinie sur un intervalle ouvert contenanta. Ceci nous conduit `a introduire les parties ouvertes deRn :
D´efinition 1.18 (Ouverts et ferm´es). — SoitF un sous-ensemble deRn.
(Q)
(4)Rudolf Lipschitz, math´ematicien allemand (1832-1903).
(5)SiEest unR-ev, uneformelin´eaire surEest une application lin´eaire surE`a valeurs dansR.
2. PARTIES COMPACTES DERn: UN R ´ESUM ´E 5
(i) On dit queF est un ferm´esi pour toute suite (xk)k∈N d’´el´ements deF qui converge dans Rn vers une limiteℓ, on a ℓ∈F. (Noter que, par d´efinition,∅est ferm´e, ainsi queRn.)
(ii) Un sous-ensembleU deRn est ditouvertsi son compl´ementairecU =Rn−U est ferm´e.
Terminologie 1.19 (Image r´eciproque). — Soitf :X →Y une application.
(Q)
(1) Pour tout sous-ensembleBdeY, on notef−1(B) et l’on appelleimage r´eciproque deBpar f l’ensemble desx∈X tels quef(x)∈B, i.e.
f−1(B) ={x∈X|f(x)∈B}. (2) Alors, pour tout sous-ensembleAdeX, on a l’´equivalence :
A⊂f−1(B)⇐⇒f(A)⊂B.
Proposition 1.20. — Soit f :Rn→Rp une application continue.
(Q)
(i) SiF est un ferm´e deRp, son image r´eciproque f−1(F)est un ferm´e deRn. (ii) De mˆeme, si U est un ouvert deRp alors f−1(U)est un ouvert de Rn.
D´emonstration. — (i) SoitF un ferm´e de Rp et (xk)k∈N une suite d’´el´ements def−1(F) conver- geant vers une limiteℓ∈Rn. Commef est continue, la suitef(xk) converge vers f(ℓ), et comme cette suite est `a valeurs dansF qui est ferm´e, on af(ℓ)∈F et doncℓ∈f−1(F). Ceci prouve que f−1(F) est un ferm´e deRn.
(ii) SoitU un ouvert deRp etF =Rp−U le ferm´e compl´ementaire. Alors on a Rn=f−1(F)⊔f−1(U)
o`u le symbole ⊔ d´esigne une r´eunion disjointe (en effet, tout ´el´ement de Rn est envoy´e par f soit dans U, soit dans F). D’apr`es (i), f−1(F) est ferm´e donc son compl´ementaire f−1(U) est ouvert.
La proposition pr´ec´edente est tr`es utile pour montrer qu’un sous-ensemble deRn est ouvert ou ferm´e. Donnons-en des exemples.
Exemples 1.21. — (1) L’applicationRn→R, (x1, . . . , xn)7→P
ix2i est polynomiale donc conti- nue et le singleton{1}est un ferm´e deR. Par cons´equent, la sph`ere unit´e (pour la norme euclidienne) :
Sn−1={x∈Rn|x21+· · ·+x2n= 1} est un ferm´e deRn.
(2) Soit U := {(x, y, z) ∈ R3 | x2+y2 > z2} la r´egion «`a l’ext´erieur» du cˆone d’´equation x2+y2 =z2. La fonctionf : (x, y, z)7→x2+y2−z2 est continue sur R3 et U =f−1(]0,+∞[).
Comme ]0,+∞[ est ouvert dansR, on en d´eduit queU est ouvert dansR3.
2. Parties compactes de Rn : un r´esum´e
D´efinition 2.1. — On dit qu’une partie A de Rn est born´ee s’il existe un r´eel R > 0 tel que
(Q)
kak ≤Rpour touta∈A. Dans ce cas, siB⊂Ail est clair queB est aussi born´e.Exemple 2.2 (important). — Soit (xk)k∈N une suite convergeant dans Rn vers une limite ℓ.
Alors l’ensemble{xk, k∈N} ∪ {ℓ}est born´e.
En effet, prenant ε= 1 il existek0 tel quekxk−ℓk <1 pour tout k > k0. D’apr`es l’in´egalit´e triangulaire, on a :
kxkk ≤ kxk−ℓk+kℓk<1 +kℓk.
6 CHAPITRE 1. FONCTIONS CONTINUES SURRn, COMPACIT´E ET CONS ´EQUENCES
Par cons´equent, posant R0 = maxk≤k0kxkk et R = max(R0,kℓk+ 1), on obtient kℓk ≤ R et kxkk ≤Rpour toutk.
D´efinition 2.3. — Une partieKdeRn est ditecompactesi elle v´erifie la propri´et´e de Bolzano-
(Q)
Weierstrass, c.-`a-d. : de toute suite (xk)k∈N d’´el´ements deK, on peut extraire une sous-suite qui converge vers un ´el´ementadeK.Rappel 2.4. — On rappelle que, pour touta≤b dansR, l’intervalle [a, b] est compact.
Th´eor`eme 2.5. — (i) Pour j = 1, . . . , n, soient aj ≤bj dansR et Ij = [aj, bj]. Alors le «pav´e ferm´e»
(Q)
P=I1× · · · ×In={x= (x1, . . . , xn)∈Rn|aj ≤xj ≤bj pourj= 1, . . . , n} est un compact deRn.
(ii) Une partieK de Rn est compacte si et seulement si elle est ferm´ee et born´ee.
D´emonstration. — (i) Soit (xk)k∈N une suite d’´el´ements de P. Alors, pourj = 1, . . . , n, chaque suite xkj est `a valeurs dans l’intervalle Ij = [aj, bj]. D’apr`es 2.4, on peut extraire une sous-suite xϕ1(k) dont la premi`ere coordonn´ee converge vers un r´eel a1 ∈ I1, i.e. telle que la suite xϕ11(k) converge versa1.
Puis on peut extraire de cette suite une sous-suite xϕ2(k) (i.e.ϕ2(k) = ϕ1(ψ(k)) pour une certaine fonction ψ : N → N strictement croissante) dont la seconde coordonn´ee converge vers un r´eela2 ∈I2. Apr`es n extractions, on obtient une suiteyk =xϕn(k) dont laj-`eme coordonn´ee converge vers un r´eelaj∈Ij, pourj = 1, . . . , n. Alorsykconverge versa= (a1, . . . , an)∈P. Ceci prouve queP est compact.
(ii) Supposons K ferm´e et born´e, disons kak ≤ R pour tout a ∈ K. Soit (xk)k∈N une suite d’´el´ements de K. Comme K est contenu dans le pav´e In, o`u I = [−R, R], il existe une suite extraite xϕ(k) d’´el´ements de K qui converge vers un ´el´ement a de In, et comme K est suppos´e ferm´e on aa∈K. Ceci prouve queK est compact.
R´eciproquement, supposons K compact et montrons que K est ferm´e et born´e. Soit (xk)k∈N
une suite d’´el´ements deKconvergeant dansRn vers une limiteℓ. CommeK est compact, il existe une suite extraitexϕ(k) convergeant vers une limitea∈K et commexk →ℓon a n´ecessairement ℓ=adoncℓ∈K. Ceci montre queK est ferm´e. Montrons qu’il est born´e. Dans le cas contraire, il existerait une suite xk d’´el´ements deK telle quekxkk > kpour tout k, et toute suite extraite serait non born´ee, donc non convergente (d’apr`es l’exemple 2.2), une contradiction. Ceci montre queKest born´e.
Th´eor`eme 2.6. — Soit K un compact deRn etf :K→Rp une application continue.
(Q)
(i) f(K)est un compact deRp.
(ii) En particulier, si p= 1 alors f est born´ee et atteint ses bornes, i.e. il existe a, b∈K tels quef(a)≤f(x)≤f(b)pour toutx∈K.
D´emonstration. — (i) Soit (yk)k∈Nune suite d’´el´ements def(K) et, pour toutk, soitxkun ´el´ement de K tel que f(xk) =yk. CommeK est compact, on peut extraire de la suite xk une sous-suite xϕ(k)convergeant vers un ´el´ementa∈K. Commef est continue, la suiteyϕ(k)=f(xϕ(k)) converge versf(a)∈f(K). Ceci montre quef(K) est compact (donc ferm´e et born´e).
2. PARTIES COMPACTES DERn: UN R ´ESUM ´E 7
(ii) D’apr`es ce qui pr´ec`ede,f(K) est une partie ferm´ee et born´ee deR: elle poss`ede donc une borne inf´erieureα(resp. sup´erieureβ) et comme f(K) est ferm´e on a α, β∈f(K) donc il existe a, b∈K tels queα=f(a) et β=f(b).
D´efinition 2.7. — Soient A ⊂Rn, f : A → Rp une application continue et B =f(A). On dit quef est unhom´eomorphismedeAsurB si :
(1) f est continue et bijective.
(2) L’application inversef−1:B→A est continue.
Noter que la condition (2) n’estpascons´equence de la condition (1) : par exemple, l’application f : [0,2π[→S1,t 7→eit est continue et bijective, mais n’est pas un hom´eomorphisme. (Exercice : le d´emontrer !) Par contre, une propri´et´e agr´eable des compacts est la :
Proposition 2.8. — Soit K un compact de Rn et f :K→Rp une application continue et bijec- tive. Alorsf est un hom´eomorphisme de K surf(K).
D´emonstration. — Il suffit de montrer quef−1est continue en tout pointbdef(K). Soit (yk)k∈N
une suite d’´el´ements de f(K) convergeant vers b = f(a). Montrons que la suite xk = f−1(yk) converge versa.
Supposons que ce ne soit pas le cas. Alors il exister >0 et une suite extraiteuk =xϕ(k)telle quekuk−ak ≥rpour tout k. CommeKest compact, on peut extraire de (uk)k∈N une sous-suite vk =uψ(k) qui converge versℓ ∈K, et l’on akℓ−ak ≥r doncℓ6=a. Commef est continue, la suitef(vk) converge versf(ℓ). D’autre part,f(vk) est une suite extraite de (yk)k∈N, donc converge versb=f(a). Doncf(ℓ) =f(a), contredisant la bijectivit´e def.
Une autre propri´et´e importante des parties compactes, qui sera utile pour la d´efinition des int´egrales multiples, est donn´ee par le th´eor`eme ci-dessous.
D´efinition 2.9. — Une fonctionf :Rn→Rp est dite uniform´ement continuesur une partie AdeRn si, pour toutε >0, il existeδ >0 tel que pour toutx, y∈A,
kx−yk< δ=⇒ kf(x)−f(y)k< ε.
Remarque 2.10. — Cette propri´et´e estplus forte que la continuit´e en tout pointxdeA. En effet, dans la d´efinition de la continuit´e en un pointx, leδd´epend `a la fois deεet dex. Par contre,ε´etant donn´e, la d´efinition plus haut exige l’existence d’unδqui donne la majorationkf(x)−f(y)k< εde fa¸con«uniforme» enx, i.e. pour toutx∈Aet touty∈Atels quekx−yk< δ.
Par exemple, on pourra v´erifier que la fonctionf:R∗+→R∗+,x7→1/xest continue maispasuniform´e- ment continue.
Th´eor`eme 2.11 (Heine). — Soit f :Rn→Rp une fonction continue sur un compactK deRn.
(Q)
Alorsf est uniform´ement continue sur K.D´emonstration. — On raisonne par l’absurde. Supposons que f n’est pas uniform´ement continue sur K. Alors il existe ε0 > 0 tel que pour tout k ∈ N∗, on peut trouver xk, yk ∈ K tels que kxk−ykk<1/k etkf(xk)−f(yk)k ≥ε0. CommeK est compact, on peut extraire une sous-suite xϕ1(k) qui converge vers un ´el´ement xde K, puis une sous-suite yϕ1(ϕ2(k)) qui converge vers un
´el´ementy de K. Posantϕ=ϕ1◦ϕ2 et notantuk =xϕ(k) et vk=yϕ(k), on obtient queu→xet v→y.
8 CHAPITRE 1. FONCTIONS CONTINUES SURRn, COMPACIT´E ET CONS ´EQUENCES
Commef est continue,f(uk)−f(vk) converge vers f(x)−f(y) et l’on en d´eduit quekf(x)− f(y)k ≥ ε0. D’autre part, comme kuk −vkk < 1/ϕ(k) ≤ 1/k, on en d´eduit que x = y, d’o`u f(x) =f(y) ce qui contredit l’in´egalit´ekf(x)−f(y)k ≥ε0.