Premiers pas dans le monde des standards pour la formation en ligne
Paradoxes, défis et propositions
Monique Grandbastien
Laboratoire LORIA, équipe AIDA Université Henri Poincaré Nancy 1 Campus scientifique, BP 239 F-54539 Vandoeuvre cedex [email protected]
RÉSUMÉ. Le domaine des standards pour la formation en ligne est récent et en rapide évolution. Plusieurs propositions sont en discussion dans des groupes différents, propositions qui soulèvent des questions allant bien au-delà du champ technique qui leur a donné naissance. Cet article a pour objectif d’introduire un lecteur néophyte dans l’univers complexe des standards pour la formation en ligne. Il apporte successivement des définitions, une liste des organismes travaillant à élaborer des spécifications de standards pour la formation en ligne ainsi que leurs relations, des exemples de standards existant ou en cours de développement. Il souligne enfin les enjeux de ces tentatives de standardisation et les défis que les acteurs du domaine de l’Education doivent relever.
ABSTRACT. The e-learning standards domain has been established recently and it is rapidly evolving, several candidate specifications are being discussed in different groups, raising questions that go far beyond the technical matter that gave birth to them. This paper aims at introducing newcomers to the complex universe of standards for e-learning. It provides definitions, a list of relevant organizations working on draft standards for e-learning and their interrelationships, examples of existing or under development standards. Finaly the paper underlines crucial problems hidden behind technical requirements and the challenges that educators have to face.
MOTS-CLÉS : formation en ligne, interopérabilité, métadonnées, standards.
KEYWORDS: e-learning, interoperability, metadata, standards.
Introduction
Parler de normes et standards pour des ressources pédagogiques peut sembler paradoxal tant les concepts de normalisation et de pédagogie paraissent éloignés. En effet, il n’est heureusement pas question de normaliser la pédagogie ! En revanche, le développement des ressources en ligne nécessite la création de nouvelles normes pour permettre interopérabilité et réutilisation de ces ressources. Un des objectifs de cet article est d’attirer l’attention des utilisateurs sur l’intérêt qu’ils ont à participer activement à l’élaboration de ces définitions normatives pour ne pas se voir imposer des cadres qui ne répondraient pas à leurs besoins et restreindraient la créativité pédagogique.
En effet, les descriptions normalisées proposées dans le domaine de la formation en ligne ont des enjeux bien plus importants que les questions techniques à propos desquelles elles apparaissent. En conséquence, il apparaît nécessaire de guider les premiers pas des novices dans le maquis des standards pour la formation en ligne et de leur permettre de s’approprier les réflexions que leur élaboration ou leur adoption suscitent. L’article contient donc beaucoup de références à d’autres sources documentaires pour le lecteur désireux d’approfondir l’un ou l’autre des points rapidement évoqués.
Après une présentation de quelques-uns des objectifs, des paradoxes et des enjeux majeurs apparus ces dernières années, quelques définitions et repères relatifs aux processus de normalisation sont apportés. Un paragraphe est ensuite consacré à la présentation des principaux acteurs et un autre, à l’exposé des principales propositions. Enfin, la conclusion insiste sur le caractère encore provisoire de tous ces chantiers et sur le temps nécessaire aux maturations issues de mises en œuvre à grande échelle et d’analyses d’usages qui font encore cruellement défaut. Le LOM, standard IEEE de métadonnées, est présenté en annexe à titre d’exemple.
Objectifs et enjeux des processus de standardisation
Chacun apprécie que le format des prises de courant soit le même partout dans son pays, mais découvre en voyageant que d’autres formats existent. De même nous utilisons en Europe des feuilles de papier dimensionnées 21 cm par 29,7 cm, mais il existe un autre format aux Etats-Unis. Il y a donc à la fois des accords techniques existants, mais aussi des domaines dans lesquels les acteurs ne sont pas encore parvenus au consensus qui conduit à la proposition d’un standard.
Dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, il existe par exemple le standard UNICODE1 pour décrire tous les caractères utilisés.
Et pourtant chacun a encore l’expérience de « caractères bizarres » affichés en lieu et place de ceux attendus, preuve que certains logiciels ne respectent pas ce standard de 1. http://www.unicode.org/
codification. Donc il ne suffit pas qu’un standard existe, encore faut-il ensuite qu’il soit effectivement applicable, accepté et appliqué.
Ce contexte de la normalisation étant rappelé, quels sont les besoins de normes identifiés dans le domaine de la formation en ligne ? Peut-on y répondre en utilisant des standards existants ou bien présentent-ils des caractères particuliers qui nécessitent l’adoption de nouveaux standards.
Les besoins identifiés
Les premiers besoins sont apparus, il y a une dizaine d’années, à propos de l’échange de ressources numériques pour la formation au travers du web. En effet, la distribution de l’archivage et de la recherche des ressources électroniques induit un besoin de cohérence et d’uniformité dans leur description et leur mise en œuvre.
Comment décrire une ressource afin de permettre qu’elle soit efficacement repérée par un formateur ou un apprenant ? Comment la présenter afin qu’elle soit exécutable dans n’importe quel environnement informatique support de formation ?
A côté de normes relativement techniques déjà connues, par exemple celles relatives au codage des images ou des caractères, mais encore insuffisamment appliquées, les acteurs de la formation en ligne doivent parvenir à des définitions consensuelles pour des concepts relativement nouveaux qui sont nés dans des contextes différents et ne sont souvent même pas nommés de façon équivalente dans différentes langues. Il s’agit par exemple de décrire le contenu d’une ressource pour la formation, l’intention et le contexte pédagogiques prévus par l’auteur, le niveau et les prérequis exigés des apprenants, les compétences acquises après l’utilisation de la ressource, la façon de décrire la granularité et les types de ressources (prêtes à l’emploi, semi-finies à assembler) ainsi que leur cycle de vie.
Plus récemment, la généralisation de l’usage de plates-formes et la création d’environnements numériques de travail (ENT) et autres portails dédiés à la formation ont mis en évidence de nouveaux besoins. Dans (SDET), N. Chung précise que les ENT offrent « des services synchrones ou non, structurés ou non, transactionnels ou non, ce qui demande de faire appel à un ensemble assez vaste de standards ». Ces services doivent échanger des données sur les ressources, mais aussi d’autres informations comme celles relatives à la gestion des scolarités au niveau local et des profils d’apprenants décrivant les niveaux de formation atteints pour les échanges nationaux et internationaux.
Globalement, la normalisation vise à rendre accessible dans des environnements technologiques différents une application particulière, condition première pour permettre la mutualisation des ressources, leur réutilisation, leur transposition dans des environnements divers, leur adaptation à des profils différents d’utilisateurs ou encore leur pérennité au-delà des évolutions technologiques. En effet, une ressource pédagogique numérique de qualité s’avère très coûteuse à produire, il faut donc
organiser sa réutilisation, sa transposition dans d’autres cadres, son adaptation à des profils d’apprenants ou des contextes pédagogiques différents, enfin sa pérennité au- delà des évolutions technologiques2.
Enfin, l’adoption de normes permet l’attribution de labels de qualité et de certifications aux produits et aux offres de formation. Elle est aussi une condition nécessaire à l’établissement d’un marché international de la formation d’une part, et au développement d’un libre accès au savoir d’autre part.
Les enjeux
Une norme, c’est « un document établi par consensus, qui fournit, pour des usages communs et répétés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour des activités ou leurs résultats, garantissant un niveau d’ordre optimal dans un contexte donné. » (extrait du Guide ISO/CEI 23). B. Blandin écrit dans (Blandin, 2003) « La lecture attentive de cette définition soulève plusieurs questions :
– Qui établit le consensus, et en vertu de quelle légitimité ?
– A qui s’impose le « niveau d’ordre optimal » garanti ? A ceux qui ont établi le consensus, ou à d’autres ?
– Si le « niveau d’ordre optimal » garanti s’impose à d’autres que ceux qui l’ont approuvé, est-il acceptable par ceux à qui il s’impose ?
Tant que la norme concerne des objets techniques ou des procédés industriels, le processus de normalisation peut se satisfaire d’un consensus entre experts représentant les concepteurs de l’objet ou du procédé, garantissant un résultat optimal obtenu avec l’objet ou par les procédés aussi bien aux concepteurs qu’à ceux qui vont les utiliser ou les mettre en œuvre.
Avec la normalisation des technologies de l’information, on ne normalise plus un objet ou un procédé, mais la représentation numérique de cet objet ou de ce procédé et les traitements que l’on peut opérer sur ces représentations.
Ce qui peut changer beaucoup de choses, car les objets que l’on peut représenter peuvent être des objets abstraits de toute nature ; de plus ils peuvent être le résultat de pratiques sociales et/ou relever de conventions sociales d’un autre ordre que le simple consensus d’experts : les traitements associés à l’identifiant numérique d’une personne sont régis par la loi ; la représentation des référentiels décrivant les certifications professionnelles fait l’objet d’une concertation entre les partenaires sociaux à travers une commission ad hoc, etc.
2. Ce paragraphe est inspiré de propos de Y. Bourda rapportés dans le compte rendu du séminaire sur les normes et standards tenu à Lyon en 2003, voir (Educnet).
3. ISO : International Organization for Standardization.
Avec la normalisation des représentations numériques et de leur traitement, on peut donc aisément sortir du champ légitime d’application des procédures de normalisation technique, et les experts peuvent s’attribuer des prérogatives qui sont celles de la négociation sociale ou du législateur. »
Les enjeux sont clairement décrits. La société civile, et au premier rang, les enseignants sont concernés par les normes en cours d’élaboration pour les TICE. Il faut donc voir plus précisément comment ces normes sont élaborées, depuis quand et par qui, sur quoi elles portent exactement.
Définitions et processus
Avant toute définition, il faut avoir en mémoire le fait que les normes sont avant tout des produits de consensus, il n’y a pas obligation légale de fabriquer des normes, en revanche, il peut y avoir obligation d’utiliser des normes existantes. De plus, dans le domaine des TICE, on parle de normes, de standards et de recommandations, nous allons donc tenter une clarification de l’usage de ces termes.
Quelques définitions
A la rubrique « normes et standards » du site educnet (Educnet) du ministère français de l’éducation nationale, on trouve les trois définitions suivantes :
Norme : un ensemble de règles de conformité qui sont édictées par un organisme de normalisation, comme l’ISO au niveau international ;
Standard : un ensemble de recommandations développées et préconisées par un groupe représentatif d’utilisateurs. C’est par exemple le cas des RFC (Request For Comments) de l’IETF4 ou des recommandations du W3C5, de l’IEEE6, de l’ISMA7... ;
Position dominante : il ne s’agit ni d’un standard, ni d’une norme mais de la domination d’un produit logiciel particulier sur le marché : on pourrait dans cette logique citer MS Office ou Explorer. Contrairement aux deux notions précédentes, il n’existe pas forcément de description de l’implémentation de ce produit, ce qui rend le contrôle de sa conformité à certaines règles difficile, voire impossible, ou le développement d’un produit reposant sur les mêmes bases, aléatoire.
La première est conforme à celles de la plupart des dictionnaires. Le Larousse donne par exemple « règle fixant les conditions de la réalisation d’une opération, de
4. IETF : Internet Engineering Task Force.
5. W3C : World Wide Web Consortium.
6. IEEE : Institute of Electrical and Electronics Engineers.
7. ISMA : Internet Streaming Media Alliance.
l’exécution d’un objet ou de l’élaboration d’un produit dont on veut unifier l’emploi ou assurer l’interchangeabilité ». En revanche la seconde pose problème car une des difficultés de vocabulaire dans ce domaine vient du fait que les anglo-saxons ne font pas de différence entre les deux termes. Les textes anglais font quasi exclusivement référence aux « standards », et par traduction rapide beaucoup de textes francophones8 aussi. D’ailleurs le Larousse ne s’y trompe pas et indique pour standard : « en informatique et dans l’audiovisuel, synonyme de norme ».
On ferait alors plutôt une différence entre standard de facto et standard de jure.
Le premier fait référence soit à une position dominante, soit aux recommandations de certains organismes. C’est ainsi qu’on peut voir des contenus de formation certifiés conformes au standard AICC9, c’est-à-dire en fait aux recommandations édictées au sein de cet organisme pour ses besoins et ceux de ses partenaires, lesquelles n’avaient pas à l’origine vocation à être utilisées plus largement. Le second désigne ce qui est promulgué par un organisme national ou international de standardisation.
Enfin, s’agissant du terme « recommandations », il faut rappeler qu’il est couramment utilisé dans le monde des technologies de l’information et de la communication, plus particulièrement pour l’usage de l’internet qui repose largement sur les « recommandations » émises par le W3C, consortium international qui fait autorité en la matière et permet par exemple que les documents qui respectent certaines de ses recommandations soient ouverts depuis n’importe quel navigateur web sur n’importe quelle machine.
Ces premières définitions étant posées, nous pouvons aborder les processus de construction de normes.
Les processus de construction de normes
Le processus de base d’élaboration des normes est le même pour toutes les organisations qui en sont chargées, nationales comme internationales. Voici les différentes étapes suivies :
– Reconnaissance du besoin d’une nouvelle norme au sein de l’organisation, – Etude préliminaire et préparation de l’ébauche de ses grandes lignes, – Formation d’un comité (existant ou nouveau),
– Réunions du comité et établissement d’un consensus sur une proposition,
8. Cependant le « Standards Council of Canada » se décline en français comme le « conseil canadien des normes ».
9. AICC : Aviation Industry Computer-based training Committee. Créé en 1988, il est à l’origine des premières spécifications de standards pour la description des ressources et de leur mode d’exécution.
– Vote en vue de l’approbation de la proposition, – Publication de la norme.
La proposition d’un chantier nouveau peut venir d’un groupe de travail extérieur à l’organisme de normalisation qui veut ainsi faire légitimer une proposition élaborée dans ce groupe. Dans d’autres cas, il s’agit de l’identification d’un besoin et, lors de l’étude préliminaire, on regarde ce qui dans l’existant pourrait servir de base de travail. C’est ainsi que lorsque le besoin de standards pour les métadonnées à associer à une ressource de formation est apparu, les experts se sont intéressés à des travaux très avancés et utilisés dans le monde de l’aéronautique. Le problème est que ces spécifications n’avaient pas été conçues pour toute ressource de formation, mais pour une catégorie particulière de ressources utilisées dans un environnement bien spécifique. Le LOM, issu de ce processus au sein de l’IEEE LTSC10 porte les traces de ce cheminement. Nous allons donc maintenant présenter les principales organisations qui œuvrent dans ce secteur.
Les acteurs de la normalisation pour la formation en ligne
Les organismes qui sont mentionnés ci-après œuvrent à la définition de standards pour la formation en ligne. Une description plus détaillée de chacun d’entre eux peut être trouvée sur le portail Educnet déjà cité, rubrique « normes pour les ressources » ou sur le site de chacun d’eux. Le lecteur aura peut-être déjà constaté une nouvelle difficulté de vocabulaire du secteur qui amène une nouvelle mise en garde. On assimile trop souvent un organisme et l’une des spécifications qu’il propose, notamment lorsque cette spécification n’a pas de nom particulier. Par exemple, on parle de LOM (nom de standard pour les métadonnées décrivant des ressources pédagogiques), standard promulgué par IEEE, mais du standard AICC (nom de l’organisme qui l’a élaboré) ! On confond aussi parfois SCORM avec l’initiative ADL du département US de la défense qui a produit ce modèle, SCORM est un ensemble de spécifications, pas un organisme.
Groupes et consortium
ADL (Advanced Distributed Learning), créé en 1997, rassemble des acteurs du ministère de la défense aux Etats-Unis. Il est à l’origine du standard de fait SCORM (Sharable Content Object Reference Model), repris par d’autres consortium.
AICC (Aviation Industry Computer-based training Committee), créé en 1988, représente les avionneurs, avec une extension à d’autres secteurs d’activité grâce à son statut de pionnier. Ses spécifications techniques (appelées souvent standard AICC) permettent de travailler sur la description des cours et sur l’échange de
10. IEEE LTSC Learning Technology Standards Committee de l’IEEE.
données entre le contenu et la plate-forme, pour ce qui touche notamment au parcours de l’apprenant, à son score enregistré, au temps passé sur la formation, etc.
ARIADNE (Alliance of Remote Instructional Authoring and Distribution Networks for Europe), créé en 1996 comme projet européen à l’initiative de la Suisse, et prolongé en 2003 par une fondation qui rassemble des acteurs du secteur public et universitaire européen. Il a été à l’initiative de travaux qui ont été intégrés au LOM, propose des outils, une plate-forme et une mutualisation de ressources de formation entre ses membres.
Dublin Core Metadata Initiative (DCMI), créé en 1995, rassemble des bibliothécaires et des documentalistes au niveau international, il définit des métadonnées génériques pour toute ressource documentaire (il a produit le Dublin Core Metadata Element Set, ensemble de métadonnées couramment nommé Dublin Core) et développe des outils pour implémenter des métadonnées dans les ressources. Plus récemment, des groupes de travail sectoriels ont été mis en place, en particulier le Dublin Core Education pour ce domaine.
IMS (Instructional Management Systems), consortium sans but lucratif créé en 1997, rassemble des universités et des entreprises, qui adhèrent par une cotisation, majoritairement américaines. Depuis 1999, IMS développe des spécifications ouvertes pour assurer l’interopérabilité des systèmes et ressources de formation en ligne. Plus de 30 spécifications sont téléchargeables librement sur leur site, certaines deviennent des standards de fait pour le domaine comme IMS LD qui fait l’objet d’un article complet (Lejeune, 2004) dans ce numéro ou LIP décrit dans (Gebers, Arnaud, 2004).
IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers), basé aux Etats-Unis, rassemble des entreprises et des universités. Le sous-comité LTSC pour
« technologies éducatives » de l’IEEE a de nombreux groupes de travail. Il est à l’origine du LOM (Learning Object Metadata).
Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, et bien d’autres regroupements contribuent aux réflexions et propositions pour la définition de normes dans le domaine de la formation en ligne.
Organismes nationaux et internationaux de normalisation
Nous avons expliqué que la promulgation d’une norme ou d’un standard ne pouvait venir que d’un organisme ayant vocation à ce type d’activité, même si les propositions soumises à l’approbation de ces organismes sont souvent élaborées à l’extérieur de ceux-ci. Dans le domaine qui nous intéresse ici, un seul organisme international a vocation à proposer des normes, il s’agit de l’ISO par l’intermédiaire de son comité ISO/JTC1/SC36.
Ce comité est organisé en groupes de travail qui, d’une part se saisissent des propositions issues d’autres organismes, les soumettent aux remarques et demandes de modification des représentants des organismes nationaux membres, et d’autre part élaborent des propositions à l’initiative de leurs membres. A la date de rédaction de cet article, une seule norme a été définitivement adoptée et promulguée par l’ISO dans le domaine de l’apprentissage en ligne, elle concerne l’identification des participants à une action de formation en ligne. La lenteur et la lourdeur des processus en vigueur dans les organisations internationales de ce type (fonctionnement par recherche de consensus, réunions biannuelles, experts souvent bénévoles) expliquent en partie cette situation.
Au plan national, chaque pays s’est doté d’un ou plusieurs organismes ayant vocation à promulguer des normes nationales. Ces mêmes organismes ont pour rôle d’alimenter en experts les groupes internationaux et de préparer réactions et propositions du pays lors des réunions internationales. On peut citer en France l’AFNOR et sa commission CN36, miroir du SC36 de l’ISO ou le Conseil Canadien des Normes au Canada.
L’apparition de l’Europe en tant qu’entité, mais surtout lieu de concertation et de réflexion entre partenaires européens apporte un niveau supplémentaire.
L’organisme compétent y est le CEN (comité européen de normalisation) avec le CEN/ISSS workshop on Learning Technologies. Les normes élaborées avec la participation du CEN (Comité européen de normalisation) à partir d’un mandat de l’Union européenne ont maintenant valeur de directive. Il est donc nécessaire de s’assurer aussi que le consensus autour de ces modèles est bien réalisé au bon niveau de concertation.
Principaux chantiers en 2005
Les normes en cours d’établissement à l’ISO concernent cinq grands domaines : – Le vocabulaire et la terminologie avec pour objectif la stabilisation des concepts et la proposition de termes pour nommer des organisations et des rôles, des systèmes techniques et des outils, des ressources et des contenus, des activités d’enseignement et d’apprentissage, ainsi que des données personnelles à conserver ;
– Les techniques collaboratives avec pour objectif la proposition de modèles de description des environnements d’apprentissage et de travail collaboratifs, ainsi que des modèles d’interaction de personne à personne ou au sein d’un groupe ;
– L’information sur les participants, avec pour objectif la détermination des données nécessaires à identifier un participant, et la liste des données le concernant, parmi lesquelles les données identitaires, la description des compétences et des parcours de formation suivis, le profil d’apprentissage ;
– La gestion et la mise en œuvre de l’apprentissage, de l’éducation et de la formation, avec pour objectif la définition de langages de description des parcours
de formation, des situations et des ressources (Educational Modelling Languages – ELM, Metadata for Learning Resources – MLR, etc.) ;
– Le cadre général de description et la qualité, avec pour objectif de définir un modèle de description des systèmes de formation, ainsi qu’un modèle qualité portant sur le management de la qualité, l’assurance qualité et la mesure de la qualité des systèmes d’éducation, de formation et d’apprentissage.
Il est important que la validation des propositions de modèles d’objets complexes tels que les dispositifs de formation ou les référentiels de compétences soit systématiquement réalisée par des experts nationaux reconnus dans ces domaines, afin de s’assurer que ces modèles reflètent bien les pratiques en cours.
Pour se faire une idée plus précise des spécifications existantes ou en cours de développement, le lecteur peut consulter l’ensemble de descripteurs retenus pour les métadonnées (l’indexation) d’une ressource pédagogique, le LOM, en annexe de ce texte, la présentation complète d’IMS LD, spécification proposée pour décrire des scénarios pédagogiques avec activités, acteurs, ressources, etc., par A. Lejeune dans ce même numéro ainsi que les représentations possibles des interactions de l’apprenant avec la machine dans le cadre du suivi de cet apprenant décrites par E. Gebers et M. Arnaud toujours dans ce numéro.
Une source d’informations assez complète et régulièrement mise à jour est le site Educnet. Il comporte une rubrique particulière sur les normes et standards, contient beaucoup de références à d’autres sites et ressources. Enfin, il est conseillé de visiter les sites très attractifs des différents organismes cités précédemment, à partir desquels beaucoup de documents peuvent être téléchargés.
Conclusion et perspectives
Au terme de ce propos, le lecteur aura découvert ou précisé la signification de quelques termes parmi les plus fréquents, pris connaissance des enjeux, des acteurs et des principaux chantiers en cours. D’autres sujets sont étudiés, par exemple une description standardisée des droits attachés à un document qui permettrait avec des règles appropriées de calculer les droits attachés à un document composé à partir des droits des documents composants.
Aucun des sujets évoqués n’a de caractère purement technique : tous ont des incidences sociales, culturelles, éthiques fortes, tous doivent être envisagés pour atteindre les objectifs d’interopérabilité énoncés en début d’article. Peut-on imaginer un échéancier ?
Paradoxe de la société de l’information qui nous amène à « normaliser » des descriptions de formation avec des concepts et des modèles souvent construits à la hâte et loin d’être stabilisés, à décrire des pratiques qui changent au rythme des évolutions technologiques, alors que la mise au point de nouveaux dispositifs et l’observation de leurs utilisations en formation ne peuvent se faire que dans la durée.
Comment combiner le temps « court » des technologies avec le temps « long » de l’Education ? Le défi scientifique à relever est énorme, la révolution informatique arrive par là où on ne l’attendait pas. Je veux dire qu’on s’est préoccupé depuis des décennies de l’introduction des machines dans les classes et des changements pédagogiques induits, de présence et de distance ou d’ubiquité de la formation, ce qui était (et qui demeure) nécessaire, les réflexions sur ce plan sont en effet loin d’être achevées. Mais on ne s’est pas assez préoccupé en parallèle de construire et d’expérimenter les modèles qu’impose la rigueur (certains diront la rigidité) des traitements informatisés.
Cette révolution-là n’en est qu’à ses balbutiements, il faut bien se dire en effet que les pédagogues conçoivent et décrivent de façon informelle des séquences d’activités pour des apprenants depuis des siècles et que, pour la première fois dans l’histoire, on leur en demande une modélisation formelle interprétable par une machine, ce qui représente un saut conceptuel considérable. De tels modèles existent, mais ils étaient réservés au cercle fermé des chercheurs. Qu’est-ce qu’il est possible, raisonnable de modéliser à grande échelle dans ces conditions ? Comment ? Avec quels bénéfices et quels effets pervers ?
Saut conceptuel donc, mais saut culturel aussi : depuis des siècles, dans le respect des traditions et des cultures, des habitudes se sont créées et transmises de formateur à formateur. Certes la mondialisation est en marche et les branches professionnelles ont déjà travaillé au niveau international à harmoniser les formations, le cas de l’aéronautique cité précédemment en est un bon exemple. Jusqu’où l’uniformisation peut-elle et doit-elle aller ? Parce que les réseaux informatiques le permettent, on voudrait soudainement savoir modéliser en orient comme en occident, dans les pays industrialisés comme dans ceux en développement la description d’une séance de formation, les compétences à acquérir et les programmes d’enseignement ! Ces modèles, c’est l’homme qui doit les créer et il va moins vite que la machine. Il y a donc fort à parier qu’il faudra de nombreuses fois remettre l’ouvrage sur le métier avant de parvenir à des résultats satisfaisants.
Mais n’est-ce pas là une nouvelle aventure passionnante ?
Bibliographie
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AILF, Traduction en français de LOM v.1.0, 2002, http://www.ailf.asso.fr ARIADNE, fondation, http://www.ariadne-eu.org
Blandin B., Enjeux des normes sur les TIC pour l’éducation, la formation et l'apprentissage, 2003, http://www.educnet.education.fr/tech/normes/blandin1.htm
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De La Passardière B., Grandbastien M., « Présentation de LOM v1.0, standard IEEE, Ressources numériques, XML et éducation », revue STE, hors série 2003, pp. 211-218.
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la recherche, voir la rubrique « documentation » et l’onglet Technique/Normes/Standards, http://tice.education.fr/EducNet/Public/technique/normes/
Educnet, site web du ministère français de l’éducation nationale dédié aux TICE, http://educnet.education.fr
Gebers E., Arnaud M., « Standards et suivi des apprenants », Distances et Savoirs, vol. 2, n° 4, 2004, 36 p.
IMS, IMS Global Learning Consortium, Inc. http://www.imsglobal.org/
ISO/JTC1/SC36 Information technology for learning, education and training, http://www.iso.org et http://jtc1sc36.org/
Lejeune A., « IMS Learning Design, étude d’un langage de modélisation pédagogique », Distances et Savoirs, vol. 2 n° 4, 2004, 44 p.
LO, http://ltsc.ieee.org/wg12/
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SDET, schéma directeur des espaces numériques de travail, 2003, http://www.educnet.education.fr/chrgt/SDET.pdf
SDTICE, Normes et standards pour les activités numériques d'enseignement, Séminaire de Lyon et Saint-Clément-les-Places, 9 et 10 octobre 2003,
http://www.educnet.education.fr/tech/normes/lyon10-03.htm
Annexe : Nomenclature des éléments de LOM version 1.0 (source : Document IEEE 1484.12.1-2002, version française élaborée par l’AILF11 (AILF, 2002))
Une présentation de la genèse du standard IEEE LOM peut être trouvée dans (De La Passardière, Grandbastien, 2003) dont cette annexe est extraite. Par ailleurs, dans ce même numéro (Abel, 2004) fait une description plus précise de certains champs et des insuffisances de LOM sont mise en évidence dans (Delestre, Bourda, 2004).
11. AILF : Association des Informaticiens de Langue Française.
1. Généralités (Caractéristiques globales de l’objet pédagogique) 1.1 Identifiant de l’objet pédagogique
1.1.2 Nom du catalogue 1.1.1 Entrée dans le catalogue 1.2 Titre
1.3 Langue utilisée 1.4 Description du contenu 1.5 Mots-clés
1.6 Couverture (en termes d’époque, de culture, de géographie…) 1.7 Structure de l’objet pédagogique
1.8 Niveau d’agrégation
2. Cycle de vie (Historique et état de l’objet pédagogique) 2.1 Version de l’objet pédagogique
2.2 Statut de l’objet pédagogique
2.3 Contribution à l’évolution de l’objet pédagogique 2.3.1 Rôle de l’intervenant
2.3.2 Identification de la personne ou de l’organisme 2.3.3 Date
3. Méta-métadonnées (Informations sur les métadonnées) 3.1 Identifiant des métadonnées
3.1.1 Nom du catalogue 3.1.2 Entrée dans le catalogue 3.2 Contribution à l’évolution des métadonnées
3.2.1 Rôle de l’acteur
3.2.2 Identification de l’acteur (personne ou organisme) 3.2.3 Date de la contribution
3.3 Schéma de métadonnées utilisé 3.4 Langue utilisée dans les métadonnées
4. Informations techniques (Caractéristiques et exigences techniques) 4.1 Format (type MIME)
4.2 Taille de l’objet pédagogique 4.3 Localisation
4.4 Exigences techniques 4.4.1 Composé OU
4.4.1.1 Type de technologie (système d’exploitation, navigateur) 4.4.1.2 Nom de la technologie nécessaire
4.4.1.3 Version minimale 4.4.1.4 Version maximale
4.5 Remarques sur l’installation de l’objet pédagogique 4.6 Informations sur les autres logiciels et matériels nécessaires 4.7 Durée en utilisation continue
5. Informations pédagogiques (Caractéristiques pédagogiques de l’objet pédagogique)
5.1 Type d’interactivité
5.2 Type de ressource pédagogique 5.3 Niveau d’interactivité
5.4 Densité sémantique par rapport à la taille ou à la durée 5.5 Rôle présumé de l’utilisateur final
5.6 Contexte d’utilisation 5.7 Tranche d’âge type
5.8 Difficulté vis-à-vis du public type ciblé 5.9 Temps d’apprentissage type
5.10 Commentaires sur l’utilisation de l’objet pédagogique 5.11 Langue de type ciblé
6. Droits (Propriété intellectuelle et conditions d’usage) 6.1 Coût d’utilisation
6.2 Droit d’auteur et autres restrictions
6.3 Commentaires sur les conditions d’utilisation
7. Relations (Liens entre l’objet pédagogique et d’autres objets pédagogiques) 7.1 Type de la relation
7.2 Objet pédagogique référencé
7.2.1 Identifiant de l’objet pédagogique 7.2.1.1 Nom du catalogue 7.2.1.2 Entrée dans le catalogue 7.2.2 Description de l’objet pédagogique
8. Commentaires (Commentaires sur l’utilisation pédagogique) 8.1 Personne qui crée le commentaire
8.2 Date du commentaire 8.3 Commentaire
9. Classification (Description des systèmes de classification dans lesquels peut figurer l’objet pédagogique)
9.1 Objectif de la classification 9.2 Chemin du taxon
9.2.1 Nom du système de classification 9.2.1.1 Identifiant du taxon 9.2.1.2 Entrée du taxon
9.3 Description de l’objet pédagogique vis-à-vis de l’objectif de la classification 9.4 Mots clé de l’objet pédagogique vis-à-vis de l’objectif de la classification