CHAPITRE 12
SUITES NUMÉRIQUES
I Généralité sur les suites réelles . . . . 3
I.1 Vocabulaire . . . . 3
I.2 Relation d’ordre . . . . 4
I.3 Propriété vraie à partir d’un certain rang . . . . 8
II Limite d’une suite réelle. . . . 9
II.1 Suites convergentes . . . . 9
II.2 Limites infinies. . . . 12
II.3 Caractère asymptotique de la notion de limite . . . . 15
III Opération sur les limites . . . . 17
III.1 Opérations sur les suites convergentes . . . . 17
III.2 Opérations sur les limites infinies . . . . 18
III.3 Inverse et quotient . . . . 19
III.4 Résumé des paragraphes précédents . . . . 21
III.5 Passage à la limite dans les inégalités . . . . 22
III.6 Utilisation de la continuité. . . . 23
IV Théorèmes d’existence d’une limite . . . . 24
IV.1 Quand on a une idée de la limite . . . . 24
IV.2 Théorème d’encadrement. . . . 24
IV.3 Approximation décimale . . . . 25
IV.4 Théorème de la limite monotone . . . . 26
IV.5 Suites adjacentes . . . . 27
V Suite extraite . . . . 29
VI Suites complexes. . . . 33
VII Suites définies par récurrence. . . . 38
VII.1 Suites définies par une formule explicite – Suites définies par récurrence . . . . 38
VII.2 Suites arithmétiques . . . . 38
VII.3 Suites géométriques. . . . 39
VII.4 Suites arithmético-géométriques . . . . 41
VII.5 Suites récurrentes de la formeun+1=f(un) . . . . 42
VIII Suites récurrentes linéaires d’ordre 2. . . . 48
IX Comment étudier la convergence d’une suite ? . . . . 50
X Suites implicites . . . . 51
Extrait du programme
CONTENUS CAPACITÉS&COMMENTAIRES
b) Généralités sur les suites réelles
Suite majorée, minorée, bornée. Suite stationnaire, monotone, stric- tement monotone.
Une suite (un)n∈Nest bornée si et seulement si¡
|un|¢
n∈Nest majo- rée.
Mode de définition d’une suite réelle : explicite, implicite, par récur- rence.
c) Limite d’une suite réelle
Limite finie ou infinie d’une suite. Les définitions sont énoncées avec des inégalités larges.
Unicité de la limite. Notationsun−→`, limun.
Suite convergente, divergente.
Toute suite convergente est bornée.
Opérations sur les limites : combinaison linéaire, produit, quotient. Produit d’une suite bornée et d’une suite de limite nulle.
Passage à la limite d’une inégalité large.
Si (un)n∈Nconverge vers`>0, alorsun>0 à partir d’un certain rang.
Existence d’une limite par encadrement (limite finie), par minoration (limite+∞), par majoration (limite−∞).
Utilisation d’une majoration de la forme |un−`| Évn, où (vn) converge vers 0.
d) Suites monotones
Théorème de la limite monotone.
Théorème des suites adjacentes.
Approximations décimales d’un réel. Valeurs décimales approchées à la précision 10−npar défaut et par excès. Tout réel est limite d’une suite de rationnels.
e) Suites extraites
Suite extraite. Tout développement théorique sur les suites extraites est hors pro-
gramme.
Si une suite possède une limite, toutes ses suites extraites possèdent la même limite.
Utilisation pour montrer la divergence d’une suite.
Si (u2n) et (u2n+1) tendent vers`, alors (un) tend vers`.
Le théorème de Bolzano-Weierstrass est hors programme.
f) Suites complexes
Brève extension des définitions et résultats précédents. Caractérisation de la limite en termes de parties réelle et imaginaire.
g) Suites particulières
Suites arithmétiques, géométriques, arithmético-géométriques. Pour une relation de récurrenceun+1=aun+boùa∈C\{1} etb∈C, recherche d’une solution constante, détermination des solutions.
Suites récurrentes linéaires homogènes d’ordre 2 à coefficients constants.
Présentation de l’étude des suites définies par une relation de récur- renceun+1=f(un) sur quelques exemples simples. Représentation géométrique. Si (un) converge vers un élément`en lequel f est continue, alorsf(`)=`.
Cette étude est l’occasion d’introduire la notion d’intervalle stable par une fonction. Pour l’étude de la monotonie de (un), on souligne l’intérêt, d’une part, de l’étude du signe def(x)−x, et, d’autre part, de l’utilisation de la croissance éventuelle def.
SUITES NUMÉRIQUES I. GÉNÉRALITÉ SUR LES SUITES RÉELLES
I. Généralité sur les suites réelles
I.1. Vocabulaire
Définition 12.1 – Suite Unesuite réelleest une applicationudeNdansR.
u: N → R n 7→ u(n).
Pour toutn∈N, le réelu(n) est notéunet est appelé len-ième terme de la suiteouterme de rang/d’indice n.
La suiteuest notée (un)n∈Net est appelée suite determe général un. L’ensemble des suites réelles est notéeRN.
1. Il ne faut pas confondre les notations (un)n∈Netun. La première désigne la suite et la seconde son terme général.
2. Soitn0∈N. On appelle également suite réelle toute applicationu: n0,+∞ → R n 7→ u(n).
La suiteuest notée (un)nÊn0et on dit que la suiteuestdéfinie à partir du rang n0.Toutes les définitions et tous les résultats du chapitre s’étendent aux suites définies à partir d’un rang.
3. On note parfois (un) au lieu de (un)n∈Nou (un)nÊn0, mais il ne faut pas oublier les parenthèses.
4. Soient A∈P(R) etu=(un)n∈Nune suite. On dit que la suiteuestà valeurs dans Alorsque : pour tout n∈N, un∈A. C’est équivalent à :©
un|n∈Nª⊂A, l’ensemble des valeurs de la suiteuest inclus dansA.
Remarque 12.1
Il y a deux façons de représenter une suite.
Ï On peut utiliser la droite réelle.
0 un u0
u1
u2 u3
Ï On peut utiliser un graphe.
−1 1 2 3 4 5 6 7 8
−4
−3
−2
−1 1 2 3 4 5
un u0
u1 u2
u3
Remarque 12.2 – Représentation graphique d’une suite
I. GÉNÉRALITÉ SUR LES SUITES RÉELLES SUITES NUMÉRIQUES
Définition 12.2 – Suite constante, suite stationnaire Soitu=(un)n∈Nune suite. On dit que la suiteuest :
Ï constantelorsque, pour toutn∈N,un+1=un.
Ï stationnairelorsqu’il existeN∈Ntel que, pour toutnÊN,un+1=un. Dans ce cas, on dit que la suiteuest constante à partir d’un certain rang.
Ï Une suiteu=(un)n∈Nest constante si, et seulement si, pour toutn∈N,un=u0.
Ï Soit u=(un)n∈N une suite. La propriété « la suite u est stationnaire » s’écrit à l’aide de quantificateurs :
∃N∈N,∀nÊN,un+1=un. Remarque 12.3
Définition 12.3 – Opération sur les suites Soientu=(un)n∈Netv=(vn)n∈Ndeux suites etλ∈R.
Lasomme des suites u et vest la suite notée (u+v)n∈Ndéfinie par :
∀n∈N, (u+v)n=un+vn. Leproduit des suites u et vest la suite notée (u×v)n∈Ndéfinie par :
∀n∈N, (u×v)n=un×vn.
Leproduit de la suite u par un scalaireλ∈Rest la suite notée (λ.u)n∈Ndéfinie par :
∀n∈N, (λ.u)n=λ×un.
On étend bien sûr ces définitions aux suites définies à partir d’un certain rang.
Remarque 12.4
I.2. Relation d’ordre
Définition 12.4 – Monotonie d’une suite Soitu=(un)n∈Nune suite.
On dit que la suiteuest :
Ï croissantelorsque :∀n∈N,unÉun+1;
Ï strictement croissantelorsque :∀n∈N,un<un+1; Ï décroissantelorsque :∀n∈N,un+1Éun;
Ï strictement décroissantelorsque :∀n∈N,un+1<un; Ï monotonelorsque la suite est croissante ou décroissante ;
Ï strictement monotonelorsque la suite est strictement décroissante ou strictement croissante.
1. La suite (n2)n∈Nest strictement croissante.
2. La suite µ1
n
¶
n∈N?
est strictement décroissante.
Exemple 12.1
SUITES NUMÉRIQUES I. GÉNÉRALITÉ SUR LES SUITES RÉELLES
3. Soita∈R?+. La suite (an)n∈Nest
• strictement décroissante lorsque 0<a<1 ;
• constante lorsquea=1 ;
• strictement croissante lorsquea>1.
Exercice 12.1
Soitf :R+→Rune fonction croissante.
1. Montrer que la suite¡ f(n)¢
n∈Nest croissante.
2. Montrer que la suite µ
f µ1
n
¶¶
n∈N?
est décroissante.
Résolution
1. Soitn∈N. On sait quenÉn+1.
Donc, par croissance def, on a :f(n)Éf(n+1).
Donc, la suite¡ f(n)¢
n∈Nest croissante.
2. Soitn∈N?. On sait que 0<nÉn+1.
D’où, 1 n+1É1
n
Donc, par croissance def, on a :f µ 1
n+1
¶ Éf
µ1 n
¶ . Donc, la suite
µ f
µ1 n
¶¶
n∈N?
est décroissante.
Exercice 12.2
Déterminer l’ensemble des suites qui sont à la fois croissantes et décroissantes.
Résolution
On procède par analyse-synthèse.
Analyse.Soitu=(un)n∈Nune suite croissante et décroissante.
Soitn∈N. Commeuest croissante, on aunÉun+1. De plus, commeuest décroissante,un+1Éun. D’où,un=un+1. Ceci est vrai pour toutn∈N. Donc,uest constante.
Synthèse.Soitu=(un)n∈Nune suite constante.
Pour toutn∈N, on aunÉun+1. Donc,uest croissante.
Pour toutn∈N, on aunÊun+1. Donc,uest décroissante.
ÏAinsi, l’ensemble des suites qui sont à la fois croissantes et décroissantes est l’ensemble des suites constantes.
Proposition 12.1 – Opérations sur les suites monotones La somme de deux suites croissantes est croissante.
La somme de deux suites décroissantes est décroissante.
Le produit d’une suite monotone par un scalaire est monotone. Plus précisément, on a le résultat suivant : uest croissante uest décroissante
λÊ0 (λ.u) est croissante (λ.u) est décroissante λÉ0 (λ.u) est décroissante (λ.u) est croissante
Le produit d’une suite strictement monotone par un scalairenon nulest strictement monotone. Plus précisé-
I. GÉNÉRALITÉ SUR LES SUITES RÉELLES SUITES NUMÉRIQUES
ment, on a le résultat suivant :
uest strictement croissante uest strictement décroissante λ>0 (λ.u) est strictement croissante (λ.u) est strictement décroissante λ<0 (λ.u) est strictement décroissante (λ.u) est strictement croissante Le produit de deux suites de même monotonie à valeurs positives est croissante.
Le produit de deux suites de monotonie contraire à valeurs positives est décroissante.
Démonstration
Conséquences immédiates des propriétés des relations de comparaisonÉet<.
Méthode 12.1 – Étudier la monotonie d’une suite Soitu=(un)n∈Nune suite.
Pour montrer queuestcroissante, il y a deux méthodes.
1. On peut vérifier que, pour toutn∈N,un+1−unÊ0.
2. Lorsque, pour tout n∈N,un>0, on peut vérifier que, pour toutn∈N, un+1 un Ê1.
Pour montrer queueststrictement croissante, il y a deux méthodes.
1. On peut vérifier que, pour toutn∈N,un+1−un>0.
2. Lorsque, pour tout n∈N,un>0, on peut vérifier que, pour toutn∈N, un+1 un >1.
Pour montrer queuestdécroissante, il y a deux méthodes.
1. On peut vérifier que, pour toutn∈N,un+1−unÉ0.
2. Lorsque, pour tout n∈N,un>0, on peut vérifier que, pour toutn∈N, un+1 un É1.
Pour montrer queueststrictement décroissante, il y a deux méthodes.
1. On peut vérifier que, pour toutn∈N,un+1−un<0.
2. Lorsque, pour tout n∈N,un>0, on peut vérifier que, pour toutn∈N, un+1 un <1.
Pour montrer queu n’est pas croissante, il suffit de déterminer Ntel queuN>uN+1 Pour montrer queu n’est pas décroissante, il suffit de déterminerNtel queuN<uN+1
La méthode précédente s’adapte évidemment au cas des suites définie à partir d’un certain rang (un)nÊn0, oùn0∈N. Remarque 12.5
Soitu=(un)n∈Nla suite de terme général
un= (2n)!
22n×(n!)2. Montrons que la suiteuest strictement monotone.
Ï Pour toutn∈N,un>0.
Ï Soitn∈N. On a : un+1
un = (2n+2)!
22n+2×((n+1)!)2×22n×(n!)2
(2n)! =(2n+2)×(2n+1)
22×(n+1)2 =2n+1 2n+2<1.
Exemple 12.2
SUITES NUMÉRIQUES I. GÉNÉRALITÉ SUR LES SUITES RÉELLES
Donc, pour toutn∈N,un+1<un.
On en déduit que la suiteuest strictement décroissante.
Définition 12.5 – Suite majorée, suite minorée, suite bornée Soitu=(un)n∈Nune suite.
On dit que la suiteuest :
Ï majoréelorsque :∃M∈R,∀n∈N,unÉM.
Ï minoréelorsque :∃m∈R,∀n∈N,mÉun. Ï bornéelorsqueuest majorée et minorée.
Autrement dit, il existe (m,M)∈R2tel que, pour toutn∈N,mÉunÉM.
1. La suite de terme général (−1)nest bornée : pour toutn∈N,−1É(−1)nÉ1.
2. La suite de terme généraln2 est minorée (par 0) et n’est pas majorée.
Exemple 12.3
Une suiteu=(un)n∈Nest majorée (respectivement, minorée, bornée) si, et seulement si, l’ensemble©
un|n∈Nªest majoré (respectivement, minoré, borné).
Remarque 12.6
Proposition 12.2 Soitu=(un)n∈Nune suite.
La suiteuest bornée si, et seulement si, la suite (|un|)n∈Nest majorée.
Démonstration
(⇒) On suppose queuest bornée. Il existe (m,M)∈R2tel que, pour toutn∈N,mÉunÉM.
On noteC=max(|m|,|M|). On a :MÉ |M| ÉCetmÊ −|m| Ê −C.
D’où, pour toutn∈N, on a :−CÉmÉunÉMÉC. Donc, pour toutn∈N,|un| ÉC.
Donc, la suite (|un|)n∈Nest majorée.
(⇐) On suppose la suite (|un|)n∈Nmajorée. Il existeC∈Rtel que, pour toutn∈N,|un| ÉC.
D’où, pour toutn∈N,−CÉunÉC.
Donc, la suiteuest minorée et majorée. Elle est donc bornée.
Proposition 12.3
ÏLa somme et le produit de deux suites bornées sont des suites bornées.
ÏLe produit d’une suite bornée par un scalaire est une suite bornée.
Démonstration
Conséquences immédiates des propriétés de la relation de comparaisonÉ
I. GÉNÉRALITÉ SUR LES SUITES RÉELLES SUITES NUMÉRIQUES
I.3. Propriété vraie à partir d’un certain rang
Définition 12.6 SoitP(n) une propriété dépendant den∈N.
On dit qu’une suiteuvérifieP(n) à partir d’un certain rang lorsqu’il existeN∈Ntel que, pour toutnÊN,P(n) est vraie.
Ï Une suiteuest positive à partir d’un certain rang lorsqu’il existeN∈Ntel que, pour toutnÊN,unÊ0.
Par exemple, la suite (n−3)n∈Nest positive à partir d’un certain rang.
Ï La suiteuest croissante à partir d’un certain rang lorsqu’il existeN∈Ntel que, pour toutnÊN,unÉun+1. Exemple 12.4
SUITES NUMÉRIQUES II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE
II. Limite d’une suite réelle
II.1. Suites convergentes
Définition 12.7 Soientu=(un)n∈Nune suite et`∈R.
ÏOn dit queu converge (ou tend) vers`lorsque :
∀ε>0,∃N∈N,∀n∈N,£nÊN ⇒ |un−`| Éε¤ . Dans ce cas, on noteun−−−−−→
n→+∞ `.
ÏOn dit queu convergelorsqu’il existe`∈Rtel queuconverge vers`. Dans le cas contraire, on dit queu diverge.
Ï On peut réécrire la définition de la manière suivante :∀ε>0,∃N∈N,∀nÊN,|un−`| Éε. Ï Les suites constantes et les suites stationnaires convergent.
Remarque 12.7
La définition de «uconverge (ou tend) vers`» se réécrit :
∀ε>0,∃N∈N, ∀n∈N,£nÊN ⇒`−εÉunÉ`+ε¤
| {z }
à partir du rangN, tous les termes de la suiteu sont à une distance inférieure àεde`
.
On lira alors : pour tout réelε>0, il existe un rang à partir duquel tous les termes de la suiteusont à une distance inférieure àεde`.
Ï Sur la droite réelle.
ε ε
uN−1 uN+1 uN uN+2 un(nÊN)
`
h `+iε
`−ε
Ï Sur un graphe.
Remarque 12.8 – Visualisation
II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE SUITES NUMÉRIQUES
1. On considère la suite (un)n∈N? de terme généralun=1
n. Montrons que 1
n−−−−−→
n→+∞ 0.
Soitε>0. On chercheN∈Ntel que, pour toutnÊN,|un| Éε. Soitn>0. On a :
|un−0| Éε ⇐⇒
¯
¯
¯
¯ 1 n
¯
¯
¯
¯Éε ⇐⇒ 0<1
nÉε ⇐⇒ nÊ1 ε. On noteN=
¹1 ε º
+1. On aN>1 ε. D’où, pour toutnÊN, on a :nÊ1 ε.
Ainsi, pour toutnÊN,|un−0| Éε. Ceci est vrai pour toutε>0.
Donc,un−−−−−→
n→+∞ 0.
2. Soitq∈]−1, 1[ avecq,0. On considère la suite (un)n∈Nde terme généralun=qn. Montrons queqn−−−−−→
n→+∞ 0.
Soitε>0. On chercheN∈Ntel que, pour toutnÊN,|un| Éε. Soitn∈N. On a :
|un−0| Éε ⇐⇒ ¯
¯qn¯
¯Éε ⇐⇒ |q|nÉε ⇐⇒ n×ln(|q|)Éln(ε) ⇐⇒ nÊ ln(ε) ln(|q|). La dernière équivalence découle du fait que|q| ∈]0, 1[ et donc ln(|q|)<0.
On noteN=
¹ ln(ε) ln(|q|)
º
+1. On aN> ln(ε) ln(|q|). D’où, pour toutnÊN, on a :nÊ ln(ε)
ln(|q|).
Ainsi, pour toutnÊN,|un−0| Éε. Ceci est vrai pour toutε>0.
Donc,un−−−−−→
n→+∞ 0.
3. On considère la suite (un)n∈Nde terme généralun=(−1)n. Montrons que la suite (un)n∈Ndiverge.
Par l’absurde, supposons qu’il existe`∈Rtel que :un−−−−−→
n→+∞ `. Prenonsε=1
2 >0 dans la définition de convergence :∃N∈N,∀nÊN,¯
¯(−1)n−`¯
¯É1 2. Or, 2NÊN et 2N+1ÊN. D’où,
|1−`| =¯
¯
¯(−1)2N−`¯
¯
¯É1
2 et |1+`| = |−1−`| =¯
¯
¯(−1)2N+1−`¯
¯
¯É1 2. Donc, par inégalité triangulaire,
2= |2| = |(1−`)+(1+`)| É |1−`| + |1+`| É1 2+1
2É1.
Absurde.
Donc, (un)n∈Ndiverge.
Exemple 12.5 – Résultats à connaître (on pourra les utiliser sans justification)
On sait que :|un−`| = |(un−`)−0|et|un−`| =¯
¯|un−`|¯
¯=¯
¯|un−`| −0¯
¯. Donc, on a les équivalences suivantes :
un−−−−−→n
→+∞ ` ⇐⇒ un−`−−−−−→n
→+∞ 0
⇐⇒ |un−`| −−−−−→n
→+∞ 0.
Remarque 12.9
SUITES NUMÉRIQUES II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE
Théorème 12.1
Toute suite convergente est bornée.
Démonstration
Soitu=(un)n∈Nune suite qui converge vers`∈R.
On applique la définition de convergence avecε=1>0. Donc,
∃N∈N,∀nÊN,|un−`| É1.
D’où, par inégalité triangulaire, pour toutnÊN,|un| = |un−`+`| É |un−`| + |`| É1+ |`|.
À ce stade, on a montré que la suite est bornée à partir du rang N. En fait, lorsqu’une suite est bornée à partir d’un rang, alors elle est bornée. Montrons-le.
On noteM=max¡
|u0|,|u1|, . . . ,¯
¯uN−1¯
¯, 1+ |`|¢
∈R+ Alors, pour toutn∈N,|un| ÉM.
Donc, (un)n∈Nest bornée.
Toute suite bornée n’est pas nécessairement convergente. La suite (un)n∈Nde terme général un=(−1)nest un contre-exemple.
Attention
Théorème 12.2 Soit (un)n∈Nune suite.
1. On suppose que (un)n∈Ntend vers`>0. Montrer que les termes de la suite (un)n∈Nsont strictement positifs à partir d’un certain rang. Autrement dit,
∃N∈N,∀nÊN,un>0.
2. On suppose que (un)n∈N tend vers `<0. Montrer que les termes de la suite (un)n∈N sont strictement négatifs à partir d’un certain rang.
Démonstration
1. Par définition, on a :∀ε>0,∃N∈N,∀nÊN,`−εÉunÉε+`. En prenantε=`
2>0, il vient :∃N∈N,∀nÊN,`−` 2Éun. D’où,∀nÊN,unÊ`
2>0.
Donc, les termes de la suite (un)n∈Nsont strictement positifs à partir d’un certain rang.
2. Par définition, on a :∀ε>0,∃N∈N,∀nÊN,`−εÉunÉε+`. En prenantε= −`
2>0, il vient :∃N∈N,∀nÊN,unÉ −` 2+`.
D’où,∀nÊN,unÉ` 2<0.
Donc, les termes de la suite (un)n∈Nsont strictement négatifs à partir d’un certain rang.
Pour démontrer le théorème suivant, nous avons d’abord besoin d’un lemme.
Lemme 12.1
Soitx∈Rtel que :∀ε>0,|x| Éε. Alors,x=0.
Démonstration
On raisonne par l’absurde. On suppose quex,0.
D’où,|x| >0.
On applique l’hypothèse avecε=|x|
2 >0.
II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE SUITES NUMÉRIQUES
D’où,|x| É|x|
2.
Comme|x| >0, il vient 1É1
2. Absurde.
Donc,x=0.
Théorème 12.3 – Unicité de la limite si elle existe Soitu=(un)n∈Nune suite.
Si la suite (un)nÊn0converge vers un réel`, alors ce réel est unique et est appelélalimite de la suite(un)n∈N. On note`= lim
n→+∞un. Démonstration
Soit (`1,`2)∈R2tel queun−−−−−→
n→+∞ `1etun−−−−−→
n→+∞ `2. En utilisant le lemme, montrons que`1−`2=0.
Soitε>0. On utilise la définition de convergence avecεremplacé parε 2:
∃N1∈N,∀n∈N,£nÊN1⇒ |un−`1| Éε 2
¤ et ∃N2∈N,∀n∈N,£nÊN2⇒ |un−`2| Éε 2
¤
On noteN=max(N1,N2)∈N. D’où, pour toutnÊN, on a :|un−`1| Éε
2et|un−`2| Éε 2. Donc, par l’inégalité triangulaire,
|`1−`2| =¯
¯(`1−uN)−(`2−uN)¯
¯É¯
¯`1−uN¯
¯+¯
¯`2−uN¯
¯Éε 2+ε
2Éε.
Ceci est vrai pour toutε>0. Donc, par le lemme,`1=`2.
Proposition 12.4 Soitu=(un)n∈Nune suite.
Si (un)n∈Ntend vers`, alors (|un|)n∈Ntend vers|`|. Démonstration
Soitε>0. On chercheN∈Ntel que :∀nÊN,¯
¯|un| − |`|¯
¯Éε. Soitn∈N. Par inégalité triangulaire, on a :¯
¯|un| − |`|¯
¯É |un−`|.
Or,un−−−−−→
n→+∞ `. Donc :∃N∈N,∀nÊN,|un−`| Éε. Ainsi, pour toutnÊN,¯
¯|un| − |`|¯
¯É |un−`| Éε. Donc,|un| −−−−−→
n→+∞ |`|.
On considère la suite (un)n∈Nde terme généralun=(−1)n. Ï On sait déjà que la suite (un)n∈Ndiverge.
Ï De plus, la suite (|un|)n∈Nest la suite constante égale à 1, donc elle converge (vers 1).
Attention – La réciproque est fausse
II.2. Limites infinies
Définition 12.8 – Limites infinies Soitu=(un)n∈Nune suite.
ÏOn dit queu tend vers+∞lorsque :
∀A∈R,∃N∈N,∀n∈N,£nÊN⇒unÊA¤ .
SUITES NUMÉRIQUES II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE
Dans ce cas, on noteun−−−−−→
n→+∞ +∞. ÏOn dit queu tend vers−∞lorsque :
∀A∈R,∃N∈N,∀n∈N,£nÊN⇒unÉA¤ . Dans ce cas, on noteun−−−−−→
n→+∞ −∞.
Ï La définition de «utend vers+∞» se réécrit :
∀A∈R,∃N∈N,∀nÊN,unÊA.
De plus, on peut remplacer «∀A∈R» par «∀A∈R+» ou encore «∀A∈R?+».
Ï La définition de «utend vers−∞» se réécrit :
∀A∈R,∃N∈N,∀nÊN,unÉA.
De plus, on peut remplacer «∀A∈R» par «∀A∈R−» ou encore «∀A∈R?−».
Ï On a l’équivalence :un−−−−−→
n→+∞ +∞si, et seulement si−un−−−−−→
n→+∞ −∞. Remarque 12.12
La définition de «utend vers+∞» se réécrit :
∀A∈R,∃N∈N, ∀n∈N,£nÊN ⇒unÊA¤
| {z }
à partir du rangN, tous les termes de la suiteusont supérieurs à A
.
Ï Sur la droite réelle.
uN−1 uN+1 uN uN+2
un(nÊN) Ah
Ï Sur un graphe.
Remarque 12.13 – Visualisation
1. On considère la suite (un)n∈N? de terme généralun=n2. Montrons quen2−−−−−→
n→+∞ +∞. SoitA∈R+. On chercheN∈Ntel que, pour toutnÊN,n2ÊA.
Exemple 12.6 – Connaître les résultats (on pourra les utiliser sans justification)
II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE SUITES NUMÉRIQUES
Soitn∈N. On a :
unÊA ⇐⇒ n2ÊA ⇐⇒ nÊp A On noteN=jp
Ak
+1. On aN>p A.
D’où, pour toutnÊN, on a :nÊp A.
Ainsi, pour toutnÊN,unÊA. Ceci est vrai pour toutA∈R+. Donc,un−−−−−→
n→+∞ +∞.
2. Soitq>1. On considère la suite (un)n∈Nde terme généralun=qn. Montrons queqn−−−−−→
n→+∞ +∞. SoitA∈R?+. On chercheN∈Ntel que, pour toutnÊN,unÊA.
Soitn∈N. On a :
unÊA ⇐⇒ qnÊA ⇐⇒ n×ln(q)Êln(A) ⇐⇒ nÊln(A) ln(q). La dernière équivalence découle du fait queq>1 et donc ln(q)>0.
On noteN=
¹ln(A) ln(q) º
+1. On aN>ln(A) ln(q). D’où, pour toutnÊN, on a :nÊln(A)
ln(q).
Ainsi, pour toutnÊN,unÊA. Ceci est vrai pour toutA>0.
Donc,un−−−−−→
n→+∞ +∞. Proposition 12.5
Soit (un)n∈Nune suite. On suppose queun−−−−−→n
→+∞ +∞. Alors,
1. (un)n∈Nn’est pas majorée.
2. (un)n∈Nest minorée. Plus précisément, (un)n∈Nest minorée par un réel strictement positif à partir d’un certain rang.
Démonstration
On sait que,
∀A∈R,∃N∈N,∀nÊN,unÊA.
1. Par l’absurde, on suppose (un)n∈Nmajorée.
Par définition, il existeM∈Rtel que, pour toutn∈N,unÉM.
Or, en prenantA=M+1∈R, on a :M+1ÉuNÉM. Donc, 1É0. Absurde.
Donc, (un)n∈Nn’est pas majorée.
2. Il suffit de choisir unA>0 et il vient :∃N∈N,∀nÊN,unÊA.
Donc, (un)n∈Nest minorée par un réel strictement positif à partir du rangN.
En notantm=min¡
u0, . . . ,uN−1,A¢
, il vient :∀n∈N,unÊm.
Donc, (un)n∈Nest minorée.
Proposition 12.6
Soit (un)n∈Nune suite. On suppose queun−−−−−→
n→+∞ −∞. Alors,
1. (un)n∈Nn’est pas minorée.
2. (un)n∈Nest majorée. Plus précisément, (un)n∈Nest majorée par un réel strictement négatif à partir d’un certain rang.
Démonstration
Adapter la démonstration de la proposition précédent.
SUITES NUMÉRIQUES II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE
En particulier, si une suite (un)n∈Ntend vers+∞ou−∞, alors elle n’est pas bornée.
Donc, la suite (un)n∈Nne converge pas.
Remarque 12.14
Théorème 12.4 – Unicité de la limite lorsqu’elle existe Soit (un)n∈Nune suite.
Si la suite (un)n∈N tend vers`∈R∪{−∞,+∞}(c’est-à-dire`est un réel ou`= −∞ ou`= +∞), alors`est unique et est appelélalimite de la suite(un)n∈N.
On note`= lim
n→+∞un. Démonstration
Soient`1∈R∪{−∞,+∞}et`2∈R∪{−∞,+∞}tels queun−−−−−→
n→+∞ `1etun−−−−−→
n→+∞ `2. ÏCas 1:`1∈R. On sait alors que (un)n∈Nest bornée.
Donc,`2∈R(sinon, d’après la remarque précédente, la suite (un)n∈Nne serait pas bornée).
On a déjà vu qu’alors`1=`2. ÏCas 2:`1= +∞.
Donc, la suite (un)n∈Nest minorée. Donc,`2,−∞
De plus, (un)n∈Nn’est pas majorée donc n’est pas bornée. Donc,`2∉R. D’où,`2= +∞ =`1.
ÏCas 3:`1= −∞.
Donc, la suite (un)n∈Nest majorée. Donc,`2,+∞
De plus, (un)n∈Nn’est pas minorée donc n’est pas bornée. Donc,`2∉R.
D’où,`2= −∞ =`1.
II.3. Caractère asymptotique de la notion de limite
Proposition 12.7
Soient (un)n∈Net (vn)n∈Ndeux suites égales à partir d’un certain rang.
Siun−−−−−→
n→+∞ `1∈R∪{−∞,+∞}etvn−−−−−→
n→+∞ `2∈R∪{−∞,+∞}, alors,`1=`2. Démonstration
Les suites (un)n∈Net (vn)n∈Nsont égales à partir d’un certain rang. Donc, il existeN1∈Ntel que, pour toutnÊN1,un=vn. ÏCas 1:`1∈R.
Soitε>0.
On sait que :∃N2∈N,∀nÊN2,|un−`1| Éε.
En notant,N=max(N1,N2)∈N, on a :∀nÊN,|vn−`1| = |un−`1| Éε. Ceci est vrai, pour toutε>0. Donc,vn−−−−−→
n→+∞ `1. Donc, par unicité de la limite,`1=`2.
ÏCas 2:`1= +∞. SoitA∈R.
On sait que :∃N2∈N,∀nÊN2,unÊA.
En notant,N=max(N1,N2)∈N, on a :∀nÊN,vn=unÊA.
Ceci est vrai, pour toutA∈R. Donc,vn−−−−−→
n→+∞ `1. Donc, par unicité de la limite,`1=`2.
ÏCas 3:`1= −∞. SoitA∈R.
On sait que :∃N2∈N,∀nÊN2,unÉA.
En notant,N=max(N1,N2)∈N, on a :∀nÊN,vn=unÉA.
Ceci est vrai, pour toutA∈R. Donc,vn−−−−−→
n→+∞ `1.
Donc, par unicité de la limite,`1=`2.
II. LIMITE D’UNE SUITE RÉELLE SUITES NUMÉRIQUES
On peut reformuler ce résultat de la manière suivante : on ne change pas le comportement asymptotique d’une suite en changeant un nombre fini de termes.
On retiendra aussi quele comportement asymptotique d’une suite ne donne pas d’information sur ses premiers termes.
Remarque 12.15