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Dualit´es entre l’alg`ebre et la g´eom´etrie

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

Dualit´ es entre l’alg` ebre et la g´ eom´ etrie

Ivo Dell’Ambrogio

Universit´e de Lille 1

Journ´ee de rentr´ee du Laboratoire Paul Painlev´e 19 octobre 2012

(2)

“Dualit´ es” alg` ebre - g´ eom´ etrie : partout dans les maths !

Un exemple connu par tous : g´eom´etrie

euclidienne oo

choix de coordonn´ees

cart´esiennes // alg`ebre vectorielle dansR3 d´eductions axiomatiques

(sophistiqu´ees) oo //

recettes calculatoires (faciles) Imaginez-vous les ing´enieurs travailler sans l’alg`ebre vectorielle !

(3)

Comme par exemple : Isidore de Milet, physicien et math´ematicien, et Anth´emius de Tralles, math´ematicien Archim´edien, quand ils bˆatirent la cath´edrale de Sainte Sophie (Hagia Sophia) `a Costantinople, en 532-537 :

Coordonn´ees :

Descartes,Discours sur la m´ethode, 1637

Fermat, Ad locos planos et solidos isage, 1636/1679 Alg`ebre verctorielle : XIXe si`ecle !

(4)

XIX

e

si` ecle : graduelle alg´ ebrisation des math´ ematiques

Boole (∼1850), logicien, et Pierce (1880), logicien et philosophe.

Formalisation des op´eration logiques de disjonction ∨(“ou”), conjonction∧ (“et”) et n´egation ¬(“non”) de propositions.

Question : quelles lois charact´erisent ces op´erations ? Exemples : ¬¬(a) =a

a∧(b∨c) = (a∧b)∨(a∧c)

¬(a∨b) =¬(a)∧ ¬(b) (loi de De Morgan) . . . quoi d’autre ?

Remarque : D´ej`a `a cette ´epoque, on savait que la question revenait pr´ecis´ement `a vouloir capturer l’alg`ebre des propri´et´es, ou des classes.

Les op´erations ∨,∧,¬correspondent alors aux op´erations ensemblistes ∪,∩,(−)c.

(5)

Une solution

Depuis Boole & Co : Si X est un ensemble, les op´erations ∪,∩,(−)c font devenir l’ensemble puissance P(X) unealg`ebre de Boole: un ensemble ordonn´e (B,6) avec ´el´ement plus petit (0) et plus

grand (1), avec sup (∨) et inf (∧) binaires (⇒ c’est un treillis) qui se distribuent l’un l’autre, et avec un compl´ement (¬) pour tout ´el´ement.

Th´eor`eme(Lindenbaum-Tarski 1935)

Une alg`ebre de BooleB est isomorphe `a l’alg`ebre des sous-ensembles d’un ensemble X (en symboles : B ∼=P(X)) ssi elle est compl`ete et atomique.

B est compl`ete: le supibi et le infibi sont d´efinis pour chaque famille{bi}i d’´el´ements.

B est atomique: pour tout 06=b ∈B, il exist una∈B minimal (un atome) tel quea6b.

(6)

La r´ eponse am` ene des nouvelles questions

On obtient la dualit´e : ensembles

X7→ P(X)

= .. alg`ebres de Boole compl`eteset atomiques

{atomes deB} ←[B

mm

Formulation en termes moderne :

“dualit´e” = ´equivalence de cat´egories contravariante.

Marshall Stone (1930’s), un analyste fonctionnel (!) :

Certains op´erateurs sur un espace de Hilbert (des projections commutant les unes avec les autres) forment une alg`ebre de Boole . . . ni compl`ete, ni atomique !

Question : comment repr´esenter “concr`etement” de telles alg`ebres de Boole ? En g´en´eral, qu’est-ce qu’il faut mettre `a gauche ?

(7)

Stone introduit la topologie

1`ere id´ee : une alg`ebre de Boole estla mˆeme chose qu’un anneau commutatif dont tout ´el´ement est idempotent : b2=b (“anneau de Boole”). Traduction : ab=a∧b,a+b= (a∧ ¬b)∨(¬a∧b), et `a l’inversa∨b =a+b−ab, a∧b=ab, ¬a= 1−a.

2`eme id´ee : on enrichit l’ensemble X en y rajoutant une topologie.

Th´eor`eme(Stone 1935-6)

La dualit´e de Lindenbaum-Tarski admet la g´en´eralisation suivante : espaces compactes

compl`etement discontinus

X 7→Clopen(X)

= -- anneaux de Boole (= alg. de Boole)

Max(B)[B

nn

Clopen(X) ={Y ⊆X |Y ouvert et ferm´e }avec ∪et ∩.

Max(B) ={id´eaux maximaux deB}=Spec(B), avec la topologie de Zariski.

(8)

Stone introduit la topologie

Th´eor`eme(Dualit´e de Stone 1935-6)

espaces compactes compl`etement discontinus

X 7→Clopen(X)

= -- anneaux de Boole (= alg. de Boole)

Max(B)[B

nn

Selon P.T. Johnstone : c’est peut-ˆetre le premier exemple non-trivial d’une ´equivalence de cat´egories d´emontr´ee explicitement en d´etails (10 ans avant que Eilenberg et Mac Lane d´efinissent la notion!).

Stone trouve les applications suivantes :

I Compactification de Stone-ˇCech d’un espace compl`etement r´egulier.

I Le th´eor`eme d’approximation de Stone-Weierstrass.

(9)

1

`ere

g´ en´ eralisation : dualit´ e de Gelfand

Il y a une abondance d’espaces compactes int´eressants, pas n´ecessairement compl`etement discontinus : Vari´et´e topologiques compactes, sous-ensembles ferm´es deRn, . . .

Question : quelles sortes d’alg`ebres faut-il mettre `a droite, si on veut capturer tousles espaces compactes ?

Th´eor`eme(M. Stone 1940-1 R, I.M. Gelfand 1939-41 C)

espaces compactes

X 7→C(X)

= .. C*-alg`ebres unitales commutatives

Max(A)[A

nn

(10)

1

`ere

g´ en´ eralisation : dualit´ e de Gelfand

Th´eor`eme(Stone 1940-1 R, Gelfand 1939-41C)

espaces compactes

X 7→C(X)

= .. C*-alg`ebres unitales commutatives

Max(A)[A

nn

Explications (variante sur C) :

- C*-alg`ebre A: une alg`ebre de Banach complexe (A,k · k) avec kabk6kakkbket k1k= 1, munie d’une involutiona7→a t.q.

a∗∗=a, (ab) =ba, (za+b) =za+b,kaak=kak2. - C(X) = alg`ebre des fonctions continues X →C;f(x) :=f(x).

- Max(A) ={id´eaux maximaux deA} avec la topologie de Zariski

∼={charact`eres χ:A→C}avec la topologie faible-* .

(11)

1

`ere

g´ en´ eralisation : dualit´ e de Gelfand

espaces compactes oo Gelfand

= // C*-alg`ebres unitales commutatives

?? C*-alg`ebres

Exemples : A=Mn(C). Plus en g´en´erale :

A=L(H) ={op´erateurs lin´eaires sur un espace de Hilbert H}, avec les op´erations : ab=a◦b,a = op´erateur adjoint,kak= supv6=0 kavkkvk. Aussi : A⊆ L(H) une sous-alg`ebre ferm´ee par k · k et (·).

Question : est-ce qu’on peut aussi repr´esenter les C*-alg`ebres non-commutatives de fa¸con concr`ete ?

Th´eor`eme(Gelfand-Naimark 1943)

Chaque C*-alg`ebre est isomorphe `a une sous-alg`ebre de L(H).

(12)

1

`ere

g´ en´ eralisation : dualit´ e de Gelfand

On obtient un v´eritable croisement d’id´ees, permettant le transfer d’intuition et techniques entre diff´erents domaines.

g´eom´etrie //

&&

alg`ebre

yy

oo

analyse

99ff

(13)

2

`ere

g´ en´ eralisation de Stone : Grothendieck !

Dualit´e de Stone :

espaces compactes compl`etement discontinus oo

X 7→Clopen(X) Spec(A)[A

// anneaux commutatifs de Boole

Qu’est-ce qui correspond “`a gauche” aux anneaux commutatifs quelconques?

L’espace topologiqueX =Spec(A) ne suffit plus . . . Mais on peut le munir d’uneg´eom´etrie(= faisceaux d’anneaux “de fonctions sur X”).

Th´eor`eme / d´efinition (A. Grothendieck, depuis 1959) sch´emas affines

(X,OX)

sections globales

= -- anneaux commutatifs

(SpecA,OSpecA)[A

mm

(14)

Version classique

En g´eom´etrie alg´ebrique surC (ou sur n’importe quel autre corps alg´ebriquement clos), on peut reformuler cette dualit´e de fa¸con plus classique, et sans faisceaux, comme il suit :

Th´eor`eme(∼ Nullstellensatz de Hilbert)

ensembles alg´ebriques affines X =Z(f1, . . .fr)⊆Cn

I:={f|fX≡0}

= .. anneaux affines A=C[x1, . . . ,xn]/I

X:=Z(I)

nn

(15)

R´ef´erences :

P.T. Johnstone, Stone Spaces, 1982, Cambridge Univ. Press.

(Nombreuses autres r´ef´erencesibid.)

Merci pour votre attention !

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