CONTRIBUTION A L’ÉTUDE
DE L’UTILISATION DIGESTIVE
DES PULPES DE BETTERAVES DESSÉCHÉES
PAR LES PORCS ET LES RUMINANTS
A.
M. LEROY, G. LERY,
Z. ZELTERLaboratoire de recherches de la Chaire de Zootechnie,
Institut national
agronomique,
ParisPour une récolte annuelle moyenne de betteraves
sucrières,
laquantité
totale de
pulpe qui
est mise à ladisposition
del’Elevage français
estde 7 mil-
lions de tonnes,
représentant
à l’état frais 5oo.ooo milliers d’unitésfourragères, équivalant
à 5 millions dequintaux
de céréales. Cettepulpe
estpauvre en matière
sèche,
et sa conservation dans le cours de l’hiver et au début duprintemps
pose desproblèmes qui
sont loin d’être tous résolus d’une manière satisfaisante. Lapulpe
doit êtretransportée
de la sucreriejusque
dans lesfermes,
cequi
entraîne desdéplacements longs
et coûteux. La conservationen
silos, entreprise trop
souvent dans de très mauvaisesconditions,
s’accom-pagne de
pertes qui peuvent
atteindre à la fin de lapériode
de conservationjusqu’à
60%
des matériaux nutritifs initiaux.Dans d’autres pays que le
nôtre,
et notamment enAllemagne,
en Grande-Bretagne
et enSuède,
cespulpes
sont séchées dans lesusines, jusqu’à
une teneuren matière sèche voisine de go
%,
cequi permet
de les conserver sansrisquer
deleur voir
perdre
leur valeuralimentaire,
mêmeaprès
unstockage
deplus
d’uneannée.
L’aliment
ainsi obtenu serapproche
par sacomposition
des aliments con-centrés,
commel’indique l’analyse suivante, qui provient
des résultats moyens de 6 échantillonsdifférents,
examinés par la méthode de référencepréconisée
par l’Institut Professionnel de Contrôle et de RecherchesScientifiques
des Industries de l’Alimentation animale(i), ( 2 ), ( 3 )
sur des échantillonsprovenant
de sucre-ries
françaises
outilléesspécialement
pour leséchage
de leurssous-produits.
Annales de Zootechnie. - 1952
La teneur en matières
azotées,
bien quefaible,
n’est donc pasnégligeable,
et
peut
se comparer, à cepoint
de vue, à celles des caroubesdénoyautées.
Il
existe,
sur la valeur alimentaire despulpes sèches,
uneimportante
docu-mentation
d’origine étrangère (q.), (5), (6).
-D’après
une récente étude faiteen Suède
( 7 ),
ladigestibilité
de la matièreorganique
contenue dans cet alimentserait,
pour desvaches
enlactation,
de7 6, 7 %,
tandis que ladigestibilité
dela matière azotée
correspondante
ne serait que de 43,7%.
Afin de
renseigner
noséleveurs,
nous avons cherché à vérifier l’exactitude de cesdonnées,
en travaillantsuccessivement
sur desboeufs,
des moutons et desporcs.
L’étude
de labibliographie
nous avait d’ailleurs montré l’absence presquecomplète
de documents concernant l’utilisation de lapulpe
desséchée parles
porcs.
PRINCIPE ET CONDUITE DES
EXPÉRIENCES
Les animaux que nous avons mis en
expérience
ont été d’abord soumis àune alimentation
témoin, dépourvue
depulpe.
Dans une deuxièmephase
desessais,
unepartie
de l’aliment de référence a étéremplacée
par de lapulpe.
Lacomparaison,
danschaque
cas, desingesta
et des excreta solides nous apermis
de calculer par différence les coefficients de
digestibilité
des divers constituants de lapulpe.
Nous savons évidemment que cette méthode n’est pas à l’abri des
critiques,
en raison de l’influence bien connue de l’introduction d’un nouvel aliment sur
la
digestibilité
de la fraction de la rationprimitive,
mais larépétition
des essaisavec, dans la mesure du
possible,
des animauxd’espèces différentes,
nous apermis
d’éviter engrande partie
ces inconvénients.Les
périodes
d’étudesproprement
dites ont été en moyenne de 10jours,
afin d’éliminer les
[erreurs
dues auxirrégularités
de l’émission des déchets di-gestifs.
Lespériodes d’adaptation
aux différentsrégimes
étudiés ont étéplus
ou moins
longues,
suivant lesespèces
etl’importance
des variations durégime
ali-mentaire ;
nous avons fixé leur durée minimum à 6jours
pour lesexpériences
sur porcs, et à 10
jours
pour lesexpériences
avec ruminants.Nous avons pu étudier chez les ovins la
digestion
de lapulpe
sèche dis-tribuée
seule,
au cours d’unepériode
de 7jours ;
il ne nous a malheureusement pas étépossible
deprolonger plus longtemps
cet intéressantessai,
à cause del’apparition
d’une diarrhéesanguinolente
observée sur l’un de nossujets, pré-
lude de troubles
plus
graves.PROTOCOLE
EXPÉRIMENTAL
Choix des animaux
Les porcs et les brebis ont été choisis dans des
élevages
inscrits auxLivres
Généalogiques
de leur race,pratiquant depuis longtemps
lasélection,
defaçon
à
pouvoir
utiliser des animaux aussihomogènes
quepossible.
Les boeufs nous ont été aimablementprêtés
par desagriculteurs
de larégion parisienne,
pour la durée de nos essais.Méthode de
prélèvement
des matières fécalesLes porcs et les brebis ont été
placés séparément
dans des cages métal-liques
dont ladescription
a été donnéeprécédemment
par nous ; leprotocole expérimental
que nous avons utilisé aégalement
faitl’objet d’explications
dé-taillées(8).
Deux
systèmes
de collecte de matières fécales ont été utilisés pour lesboeufs,
basésrespectivement
surl’emploi
d’un harnaisspécial
ou surl’aménage-
ment de stalles
appropriées.
Dans le
système
desharnais,
on recueillait les matières fécales dans un sac de toile caoutchoutéerésistante, portant
une ouverture circulaireappli- quée
autour de l’anus de l’animal. Ce sac était retenu par deux courroies dor- sales que l’onentrecroisait, complétées
de deux courroies latéralesprenant
toutes lesquatre appui
sur unelarge sangle
entourant lapoitrine
de l’animal. Unléger
collier relié à la
sangle empêchait
cette dernière deglisser
en arrière. Unelarge
bande de toile
partait
du bord inférieur de l’ouverture du sac et descendait entre les cuisses de l’animal. Des courroies ventrales reliaient cette bande à lasangle
depoitrine.
I,e saccomportait
à sapartie supérieure
unelarge
fenteque l’on
pouvait
ouvrir pourprocéder
à la récolte des matièresfécales,
et refer-mer au moyen d’une fermeture-éclair. Un anneau
permettait
de soutenir lapartie postérieure
du sac à unetringle
fixée auplafond
afin d’éviter que lepoids
des matières fécales soit
supporté
entièrement par l’animal.Les boeufs étaient
placés
dans une étable dutype classique
« tête au mur »que M.
T HIERY ,
Directeurdu Laboratoire
de recherches vétérinairesd’Alfort,
avait aimablement mise à notre
disposition.
Ces stallescomportaient
une auge et unrâtelier ;
les animaux étaientrégulièrement
abreuvés au seau.Ce
système présentait
deux inconvénients. Il arrivaitparfois
que les ani-maux en remuant
déplaçaient légèrement
l’ouverture du sac parrapport
àl’anus ;
unepartie
des matières fécales tombait alors sur lesol ;
ces matières étaient facilementrécupérables,
car les animaux n’avaient pas de litière.D’autre
part,
lesystème
de courroies et desangles fatiguait
les animaux.Le
poids
du harnaisplein atteignait
de 15 à 2okg ;
il fallait doncsangler
trèsfortement les
sujets
pour que l’ensemble neglisse
pas vers l’arrière. Les courroies frottaienttoujours
aux mêmesendroits
du corps et les animaux en find’expé- rience,
ontprésenté
des blessures de la peau assezgênantes
et douloureuses.Pour améliorer les conditions de vie de nos
sujets,
nous avons mis aupoint
unsystème
de stalles courtes, étroites et surélevées. Le schéma n° 3ci- annexé montre comment a été conçue cette installation. Pour recueillir sans la moindreperte
les matières fécales nous avons fixé à lapartie postérieure
de nos.
boeufs,
au lieu d’unharnais,
ungrand
tablier de caoutchoucqui
conduisait les fèces directement dans un bac. Lessangles
étaient nettement moins serrées que dans lesystème précédent puisqu’elles
nesupportaient
que lepoids
du tablier.Nous avions
placé,
deplus,
pourprotéger
legarrot
de l’animal du frottement de lasangle,
un coussinetprotecteur.
Les boeufs n’avaient pas delitière ;
lesparties
antérieure etpostérieure
de la stalle étaient recouvertes debriques
creuses rainées
(briques
Z EB).
Lapartie
centrale en ciment étaitlégèrement
creusée en forme de cuvette, afin de
permettre
la récolte de l’urine.Un
grand
bouclier de tôle d’aluminiumprévenait
lesprojections
horizon-tales de matières
fécales, toujours possibles
avec desrégimes émollients,
etpermettait
de lesrécupérer
sansperte.
Une
grille
mobile autour de son axe inférieur étaitplacée
entre l’animalet son auge, et servait à
régler
à volonté laposition
du corps de l’animal.L’uti-
lité de cedispositif
était de maintenir l’arrière-train del’animal
aussiprès
quepossible
du bordpostérieur
de la stalle. Unléger
rebord arrondiempêchait
l’animal de
déraper
et deglisser
en arrière. Une barremétallique
scellée dans laparoi prévenait
par sa saillie la chute accidentelle de l’animal dans le bac de récolte. Lessujets
étaient attachés par l’encolure au moyen d’un collier métal-lique
dutype américain,
et lalargeur
des stalles avait été calculée de manière à limiter leplus possible
les mouvements latéraux de nosanimaux,
conditionsindispensables
à la récolte convenable des fèces.Ajoutons, enfin,
que des abreuvoirsautomatiques
leurpermettaient
deboire à volonté.
Après
unepériode d’adaptation,
nous avons reconnu la nécessité de faire circulerchaque jour
les animauxpendant
unquart
d’heure aumoins,
afin de leur éviterl’ankylose
par unléger
exercice. Undressage rapide
leur apermis
dequitter
leur stalle et de larejoindre
sansdifficulté,
à l’aide d’unplan
inclinémobile
spécialement aménagé
à cet effet. Unerécupération
aussicomplète
quepossible
des matières fécales émisesexceptionnellement
en dehors des stallesa
permis
d’éviter lespertes qui
auraient au seproduire
dans cette éventualité.La distribution des repas
Les porcs recevaient deux repas par
jour,
le matin vers 10heures, après
lenettoyage
des cages, et le soir vers 18 heures. Les deux repas étaientidentiques
et
toujours présentés
sous forme d’une bouillieliquide.
Les repas des brebis étaient
composés
de foin et depulpe.
Pendant les essais avecpulpe,
cet aliment était distribué lematin,
cequi permettait
desurveiller les
sujets
et d’éliminer les refus pour les peser. Le foin était donnéen une ou deux
fois,
selonl’importance
de la rationconsommée, qui
variaitavec le taux de
pulpe
dans la ration. Laplus
forte ration de foin ou la rationunique
de cefourrage
était distribuée lesoir,
de manière àpermettre
aux bêtes de manger à leurguise pendant
la nuit. Les refus étaient ainsi recueillis etpesés
le matin. ’
Pour éviter le
gaspillage
etrécupérer plus
facilement lesrefus,
nous avonscoupé
le foin auhachoir,
de manière à obtenir destronçons
de 3à 4
cm delongueur.
Cettefaçon
deprocéder
nous apermis
une récoltecomplète,
ainsiqu’un
bonéchantillonnage
des refus.Le
rythme
de distribution était le même pour les boeufs que pour les bre- bis. La seule différenceprovenait
de ce que le foin destiné aux boeufs était dis- tzibué sanshachage préalable.
Les échantillons
Pour tous les
animaux,
les récoltes étaient effectuées tous les matins. Les matières fécales et l’urine étaientéchantillonnées, proportionnellement,
pour lespremières
à leurpoids,
et pour laseconde,
à son volume. Les échantillons de matières fécales étaient immédiatement séchésjusqu’à poids
constant à l’étuveà ioooet à
partir
d’octobre igq.g, avec l’aide d’un séchoir à rayonsinfra-rouges.
Après séchage,
elles étaient conservées et formaient ainsi en find’expérience
un échantillon
global
moyen destiné àl’analyse. L’urine
était mise englacière
avec
quelques gouttes
de chloroformejusqu’au
moment de son examen aulaboratoire. ,
Sur tous les aliments
distribués,
on effectuaitjournellement
unprélève-
ment pour le
dosage
de la matière sèche et les échantillons ainsiprélevés
taient réunis en un échantillon moyen soumis à
l’analyse complète.
En faisant usage de leurs abreuvoirs
automatiques,
les boeufs mouillaient leurs refus defoin,
cequi
nous aobligés
àeffectuer journellement
lesdosages
dela matière sèche sur lesdits
refus ;
d’autrepart,
nos animaux triaient leur foin pour en consommer lesparties
lesplus fines,
cequi
nous aobligés
à effectuerune
analyse spéciale
de cesrefus,
afin de tenircompte
desparticularités
de leurcomposition
dans nos calculs. Toutes lesanalyses
ont été effectuées par les méthodesprécédemment indiquées (i), ( 2 ), ( 3 ), sous
la direction de A. FRAN- çois,Chargé
de Recherches.EXPÉRIENCES
SUR PORCSTrois porcs
Large White, âgés
de 3 mois1/2
au début del’expérience,
ont été observés
depuis
octobre 1945jusqu’à janvier 194 6.
En raison de la teneur en matières
cellulosiques
de lapulpe, qui
estplus
élevée que celle des aliments ordinaires du porc, nous avons été amenés à con-
cevoir un
régime
decomparaison
de richessecellulosique identique
à celuiqui comportait
despulpes,
enincorporant
à un aliment de base formé d’ali- ments concentrés(céréales,
tourteaux, farine deviande)
de lapaille
de bléfinement
broyée.
Nous avons tenté
d’incorporer
dans lerégime expérimental
unequantité
de
pulpe
sèche aussi élevée quepossible. Après
avoir constaté des accidents de diarrhée pour des teneurssupérieures
à zo%,
nous avons maintenu ce pour-centage
à1 6,8 % ( 1 ) pendant
les deuxpériodes expérimentales.
Au cours de lapremière période,
lapulpe
a été utiliséeaprès
unbroyage simple,
tandis que pour la secondepériode,
nous avonspoussé
lebroyage jusqu’à
éclatement desparois
cellulaires( 1 ).
Tous les animaux ont été soumis ensemble et successive- ment aux différentsrégimes,
distribués dans l’ordreci-après : régime témoin, régime
avecpulpe broyée E l > régime
avecpulpe
éclatéeE 2 .
La croissance a été
régulière
et constante au cours des essais. Legain
moyen de
poids
vif a été de 450 g parjour
pour les porcs n° i et n° 2, et de5
8
0
g, pour le porc n° 3.Le tableau I
bis, ci-après
donne les résultatsd’analyses
des aliments uti- lisés au cours desexpériences,
ainsi que celles des fèces émisespendant
lespériodes correspondantes.
Nous avons été amenés à
apporter
une correction auxquantités
de matières fécales recueillies afin de tenircompte
des éléments lesplus
fins de ces matièresentraînés avec les eaux de
lavage.
Pour effectuer cettecorrection,
le volumequotidien
de ces eaux a cétéajusté
à 6 litres.La teneur en matières sèches des matières fécales récoltées a été de 20
%.
Elle s’est maintenue relativement constante pour tous les animaux et pour tous les
régimes.
Le tableau II donne les coefficients de
digestibilité
des matériauxingérés
pour les différents
régimes.
Nouspublions
en annexe à la fin durapport
les détails des calculsqui
ontpermis
d’arriver à ces résultats.Les
erreurs-types permettent
de s’assurer de laprécision
desprincipaux
résultats.
!, _ matière sèche de la pulpe ingérée (1)’ ’ Ce pourcentage ! ° correspond ! à l’expression !
!!!!ç!!! !!!!!
matière sèche totalela pulpe
ingéréeingérée
X 100. (2
) Cet éclatement a été obtenu par hydratation du produit et passage entre des rouleaux com-
presseurs et sécheurs (procédé Doitteau).
( 3
) Les aliments Elet E. contiennent 16,8 % de pulpe.
En raison des faibles
quantités
de celluloseingérée
et del’imperfection
relative de la méthode
empirique
dedosage (méthode !!!!rrD!)
utilisée pour cetélément,
les résultatscorrespondants
sont évidemment entachés d’erreurs etl’application
à ce casparticulier
de la méthode par différence faitapparaître
pour la cellulose de la
pulpe
unedigestibilité supérieure
à 100%.
Il est d’ailleurs vraisemblable que la faible
digestibilité
de la cellulose observée au cours del’expérience
témoincorrespondait
à une insuffisanteadaptation
del’appareil digestif
de nos animaux à l’utilisation d’une dose anor-malement élevée de cellulose. Notons,
cependant
que lesrégimes
contenant dela
pulpe
de betterave étaientlégèrement plus chargés
de cellulose que lerégime
témoin : nous sommes amenés ainsi à conclure à l’amélioration de
l’attaque
des matières
cellulosiques
de la ration au cours de nospériodes expérimentales.
Le calcul de la valeur
fourragère
de lapulpe
donned’après
la méthode mise aupoint
par l’un de nous( 9 )
avec les coefficients dedigestibilité ci-après :
les valeurs suivantes :
a)
pour lapulpe
utilisée au cours de cetteexpérience (considérée
à8go o / 00
de matière
sèche)
valeurfourragère
parkg
= 1,03 u. f.b)
pour lapulpe
decomposition
moyenne citée au début de ce mémoirevaleur
fourragère
parkg
= 1,07 u. f.La
pulpe
sèche de betteraves s’est donc révélée comme un excellent aliment pour le porc, à la condition de ne pas être introduite dans les rations à des tauxsupérieurs
à 15%.
En raison de sa teneur encellulose,
cettepulpe
doit êtreconsidérée comme un excellent aliment de
lest,
à la condition expresse de la fairetremper
avant de ladistribuer,
afin d’éviter des accidentsd’indigestion
par
surcharge.
EXPÉRIENCES
SUR BOVINS ET OVINSIl nous a semblé
plus logique, après
examen desdonnées,
deprésenter
ensemble tous les résultats que nous avons obtenus en
expérimentant
avecdes ruminants.
De mars à
juin 194 6,
nous avons étudié sur 3brebis, âgées
de 2 et 3 ans,de race
Ile-de-P’rance,
ladigestibilité
d’unrégime
mixte de foin de luzerne et depulpe,
danslequel
lepourcentage
depulpe atteignait 4 6, 1
°/o(rapport
dela matière sèche de la
pulpe ingérée
à la matière sèche totaleingérée),
et nousl’avons
comparée
à celle’,d’un régime
de foin pur(groupe d’expériences
n°
2 ).
Ces
expériences
ont étéreprises
de février à mai 1947, avec 3 autresbrebis,
de même race,
âgées
de 3 ans. Dans lerégime mixte,
lepourcentage
depulpe
a été abaissé à
33 ,6 % (groupe d’expériences
n°3 ).
Au cours de
l’expérience
n° 4,qui
a été conduiteaprès
le dernier essai du groupe 3, les brebis ont reçu unrégime composé
exclusivement depulpe.
Les
premières expériences
sur bovins ont été effectuées à l’Ecole Vétéri- naired’Alfort,
de décembre 1947à mai194 8 (groupe d’expériences
n°5 ). Quatre
boeufs de race
normande, âgés
de 18mois,
ont reçu d’abord du foinseul, puis
un
mélange
du même foin et depulpe.
Nous avons cherché àincorporer
dansl’alimentation de ces animaux la
plus
fortequantité possible
depulpe. Après
avoir constaté des accidents
digestifs
pour despourcentages supérieurs
à 50%,
nous avons fixé le taux de
pulpe
dans lerégime expérimental
à 42%.
Puis,
de novembre 1949 à mars ig5o, nous avons effectué à l’Institut NationalAgronomique
la séried’expériences
du groupe6,
sur 2 boeufs derace
Maine-Anjou, âgés
de 20 à 24 mois. Lerégime
mixteexpérimenté
necontenait que 2g,5
%
depulpe.
Tous les animaux ont maintenu leur
poids
sansgain
niperte, pendant
ladurée de ces
expériences,
saufpendant l’expérience
n° 4, au cours delaquelle
les brebis consommaient exclusivement de la
pulpe
enquantités simplement
limitées par leur propre
appétit.
Le tableau III fait connaître les résultats des
analyses
desfoins,
des refus defoin,
despulpes
et des fècescorrespondant
à ces diversesexpériences.
Celles-ciayant
été effectuées à desépoques différentes,
nous avons utilisé pour chacune d’elles des foins et despulpes
de diversesorigines,
cequi explique
la variabilité des données de ce tableau.Pour toutes ces
expériences,
lesprécautions prises
pour la récolte des fèces et leur consistance nous apermis
de les recueillir sanspertes.
Les teneurs en matières sèches des matières fécales des brebis ont montré des variations assez considérables avec le
régime
et avec l’animalétudié,
et par- fois au cours d’un mêmerégime,
d’unjour
à l’autre.Les variances pour
chaque animal,
au cours d’une mêmepériode,
se sonttoujours
montréesimportantes.
En fonction des alimentsétudiés,
nous avons constaté laprédominance,
tantôt des influencesindividuelles,
et tantôt des influencesdépendant
durégime
distribué.Le tableau IV
ci-après,
montrel’importance
de cette variation dans les résultats d’observations.Chez les
boeufs,
les variations des teneurs en matières sèches des matières fécales se sont montrées très faibles. Le tableau V donne ces teneurs. Nousavons
joint
aux résultats desexpériences ci-rapportées,
ceux d’autresexpé-
riences effectuées sur ces mêmes animaux. 1
Nous constatons ainsi que la méthode par différence utilisée avec les don- nées d’un nombre d’observations suffisamment
grand,
fournit des résultatspratiquement
en bon accord avec ceux de la méthode directe.Il faut mettre en évidence le
parfait
accord de nos résultats avec lesplus
récents travaux
publiés
enSuède, qui
donnent comme coefficients dedigesti-
bilité de la
pulpe
mesurés avec des vaches laitières :La recherche des causes de variation observées d’une
expérience
à l’autres’avère délicate car les différents facteurs à
envisager
ont été modifiés simul- tanément :qualité
dufoin, qualité
de lapulpe, pourcentage
depulpe
dans lerégime mixte ;
l’insuffisance du nombre de données pour chacun de cesfacteurs n’en
permet
pas une étudestatistique.
La très forte
dispersion
des coefficients dedigestibilité
obtenus pour les matières grasses,s’explique
par les difficultésparticulières
dudosage
de cessubstances dans les aliments comme dans les matières fécales
( 1 ).
Le calcul de la valeur
fourragère
de lapulpe
decomposition
moyenne effectué à l’aide des coefficients dedigestibilité
del’expérience
directe : ma-tières azotées :
3 8 ;
matières grasses : 45 ; matièrescellulosiques :
73 ; extrac- tifs non azotés :8 4
donne le résultat suivant :valeur fourragère par kg = 0,804.
En nous basant sur les coefficients déterminés par différence : matières azotées :
3 6 ;
matières grasses :2 8 ;
matièrescellulosiques : 8 0 ;
extractifsnon azotés :
8 4 ;
nous arrivons au résultatci-après :
valeur fourragère par kg = o,8oy.
qui peut
être considérée commepratiquement équivalente
à lapremière.
RÉSUMÉ
ET CONCLUSIONSi)
Lapulpe
sèche de betteraves se classeparmi
les aliments concentrés peu riches en matières azotées. Leséchage
fournit une excellente solution duproblème
de la conservation de lapulpe qui
esttoujours
délicat à réaliser par leprocédé
del’ensilage, plus
couramment utilisé en France. Mais lestechniques
du
séchage exigent
malheureusement unappareillage
coûteux et une très fortedépense
de combustible.2
)
Nous avonsprocédé
à l’étude de ladigestibilité
de lapulpe
sèche surles
espèces
suivantes :porcins; ovins,
bovins.3
)
Ladigestibilité
de lapulpe
sèche a été calculée par différence entreun
régime
témoin et unrégime expérimental,
différant dupremier uniquement
par la
présence
depulpe.
4
)
Les coefficients dedigestibilité
de lapulpe
sèche chez le porc sont pour chacun descomposants :
5
)
La valeurfourragère correspondante
est de 1,13 u. f. parkg
si l’onconsidère la
pulpe
utilisée au cours de cetteexpérience
et de 1,07u. f. si l’onprend
en considération lacomposition
de lapulpe
moyenne citée en référenceau début de ce travail.
6)
Les coefficients dedigestibilité
de lapulpe sèche,
mesurés sur des bovins et des ovins soitdirectement,
soit calculés pardifférence,
sont entière-ment
comparables
les uns aux autres et en accord avec les résultatspubliés
récemment en Suède.
7
)
La valeurfourragère correspondante s’élève,
selon les coefficients dedigestibilité
choisis à0 ,8 04
et0 ,8 07 ,
résultatsqui peuvent
êtrepratiquement
confondus.
8) Limites
de tolérance.Nos observations
expérimentales
nouspermettent
d’affirmerqu’il
existeun seuil maximum de tolérance pour la
pulpe sèche, qui
n’est pas le même pour les troisespèces
animales que nous avons étudiées.Pour les
porcins, l’apparition
de troubles intestinaux seproduit lorsque
le
pourcentage
depulpe
atteint 20%
de laration,
cequi
donne à penser que le seuil d’utilisation ne doit pasdépasser
15%.
Chez les
bovins,
les troublesn’apparaissent
que pour unpourcentage supérieur
à 45% ;
le seuil d’utilisation seplace
donc aux environs de 35%.
Pour les ovins
qui paraissent présenter
une toléranceplus grande
que lesbovins,
ils convientégalement
de limiter l’utilisation de lapulpe sèche,
afin de ne pasdéséquilibrer
l’ensemble durégime.
Nous pensonsqu’il
convient aussi derespecter
cette même limite maximum de 35%.
Ces indications
correspondent
aurapport
existant entre la matière sèche de lapulpe
et la matière sèche totale de la ration distribuée.L’existence d’une limite de
tolérance, qui
est en relation avec la forte teneur despulpes
en matièrespectiques,
se trouveimplicitement expliquée
par lestravaux de
M ICHAUX ,
sur l’utilisationdigestive
de ces substances( 10 ) ( II ).
BIBLIOGRAPHIE - RÉFÉRENCES (i ) Journal
Officiel,
Paris, 5 avril r 948.(z) LExoY (A. M.).
Normes pour l’alimentationénergétique.
Rapports généraux du 5econgrès
international de zootechnie. Paris 1949, p. 7.( 3
)
LEROY(A.-M.),
MICHAUX(A.).
Fanrrçols(A.),
Notes de laboratoire sur ledosage
des matières
cellulosiques
par la méthode Weende.Congrès
international des IndustriesAgricoles,
Paris, 1948.( 4
)
Snyl,ox(Ch.-F.).
-Sugar
beetpulp
as animal food.Progress of Beet : Sugar Industry
1902.
( 5
)
PFEIFFER(Th.).
- Die Verdaulichkeitgetrockneter
Rübenschnitzel sowie die Bes-timmung
derVerdauungs
coefficientenstickstoffhaltiger
Futterbestandtheile imAlge-
meinen.
J.
F. Landwirts, 34, p. 425, 1886.(6)
FINGERLING(G.).
- Einfluss fettreicher und fettarmer Kraftfuttermittel auf die milch- secretion bei verschiedenemgrundfutter.
Landw. Versuch.rt, 64, p. 299, 1906.( 7
)
FOLKE JARI. -Utfodringsfôrsôk
med ensilerad och terkad betmassa samtsulfitjàsttill mjolkkor. Lanlbrukshogskolan. Husdjursfôrs8ksanstalten.
Meddelande n. r., 31, p. 1,1938.
(8)
LEROY(A.-M.),
LÉRY(G.).
- Utilisation des déchets de cornehydrolysés
pour l’ali- mentation du porc. AnnalesAgronomiques,
2, p. 264, 1947.( 9
)
LEROY(A.-M.),
LucAS(J.).
- Leséquivalents fourragers.
( 10
) LEROY
(A.-M.),
MICHAUX(A.).
- L’utilisation des matièrespectiques
parl’organisme
animal. C. R. Acad. Sci. Paris, 229, p. 1034, 1950.
( II
)
MICHAUX(A.).
- Les substances réductricesd’origine pectique
au cours de ladiges-
tion chez les ruminants. C. R. Acad. Sci. Paris, 230, p. 2051, 1950.