Universit´ es Paris 6, Paris 7, Paris 11, ´ Ecole Polytechnique & ´ Ecole Normale Sup´ erieure Master CFP – Parcours de Physique Quantique : de l’atome au solide
Int´ egrale de chemin – Examen
Lundi 4 Juin 2012
Dur´ ee de l’´ epreuve : 3 heures.
Recommandations :
R´ edigez succintement et clairement votre r´ eponse.
Pensez aux informations en annexe.
Bar` eme indicatif :
Exercice 1 : 8 pts. Exercice 2 : 7 pts. Exercice 3 : 5 pts (+ bonus).
1 Constante de diffusion d’un unique chemin brownien
On consid` ere un mouvement brownien libre ~ x(τ ), avec τ ∈ [0, t], en dimension d. La mesure de Wiener associ´ ee ` a une trajectoire est
D~ x(τ ) e −
4D1R
t0
dτ
d~x(τdτ)2. (1)
On d´ efinit la variable al´ eatoire D t
def
= t
21 d
R t
0 dτ ~ x(τ ) 2 , qui mesure une
constante de diffu- sion
obtenue par moyenne temporelle ` a partir d’une unique courbe. L’objet de l’exercice est d’en ´ etudier les propri´ et´ es statistiques. On introduit la fonctionnelle du mouvement brownien (adimensionn´ ee)
χ[~ x(τ )]
def= D t
D = 1 dDt
Z t 0
dτ
t ~ x(τ ) 2 . (2)
1/ On ´ ecrit le propagateur de la diffusion (probabilit´ e conditionnelle) comme P ( X, t| ~ ~ 0, 0) =
Z ~ x(t)= X ~
~ x(0)= ~ 0
D~ x(τ ) e −
4D1R
0tdτ
d~x(τdτ) 2. (3)
Rappeler ` a quelle ´ equation diff´ erentielle il ob´ eit. Donner son expression explicite.
2/ On note h· · ·i la moyenne sur toutes les courbes browniennes issues de ~ x(0) = ~ 0, pour un temps t, quel que soit le point d’arriv´ ee ~ x(t) = X. V´ ~ erifier que hχ[~ x(τ )]i = 1.
3/ Exprimer la fonction caract´ eristique
Γ(p)
def= h e −p χ[~ x(τ )] i (4) de la fonctionnelle χ[~ x(τ )] ` a l’aide d’une int´ egrale de chemin. Montrer qu’elle se factorise comme d int´ egrales s´ eparables identiques : Γ(p) = [γ (p)] d , o` u γ(p) fait intervenir une int´ egrale de chemin sur un mouvement brownien unidimensionnel. Montrer que γ (p) peut ˆ etre ´ ecrit sous la forme
γ (p) = Z
dx h x | e −tH
p| 0 i (5)
o` u l’on pr´ ecisera l’expression de l’op´ erateur H p .
4/ Calculer explicitement γ(p) (cf. annexe). Montrer que
Γ(p) = 1
cosh
d22 p p/d
. (6)
1
D´ eduire l’expression des deux premiers moments ainsi que la variance de χ[~ x(τ )]. Dans quelle situation la variable al´ eatoire D t donne-t-elle la meilleure estimation de la constante de diffusion D ? Pourquoi ?
5/ On introduit la distribution π 1 (y) =
∞
X
n=0
(−1) n π(2n + 1) e −
π2
4
(2n+1)
2y = 1
√ π y 3/2
∞
X
n=0
(−1) n (2n + 1) e −(2n+1)
2/4y (7) dont la transform´ ee de Laplace est R ∞
0 dy π 1 (y) e −py = 1/ cosh √
p. Exprimer la distribution P (χ) de la fonctionnelle χ[~ x(τ )] en fonction de π 1 (y) lorsque d = 2. Analyser les comportements limites de P (χ) et tracer soigneusement son allure.
+ Pour en savoir plus
• Les distributions associ´ ees aux dimensions paires ont ´ et´ e calcul´ ees explicitement dans : C. Texier
& C. Hagendorf, Effect of boundaries on the spectrum of a one-dimensional random mass Dirac Hamiltonian, J. Phys. A : Math. Theor. 43, 025002 (2010).
• Une variante du probl` eme consiste ` a consid´ erer la variable D e t
def
= R t 0
dτ t
~ x(τ)
22dτ . Cette version a
´
et´ e consid´ er´ ee dans D. Boyer, D. S. Dean, C. Mej´ıa-Monasterio & G. Oshanin, Optimal estimates of the diffusion coefficient of a single Brownian trajectory, Phys. Rev. E 85, 031136 (2012).
2 Propagateur pour un champ de gravitation
L’objet du probl` eme est de calculer le propagateur de la m´ ecanique quantique K(z, t|z 0 , 0) = h z | e −iHt |z 0 i pour H = 2m 1 p 2 z + mgz o` u p z = −i dz d .
1/ Ecrire le lagrangien ´ L(z, z) et d´ ˙ eduire l’´ equation du mouvement.
2/ Exprimer la solution classique z class (τ ), pour τ ∈ [0, t], telle que z(0) = z 0 et z(t) = z 1 . 3/ Soit S[z] = R t
0 dτ L(z(τ ), z(τ ˙ )). Montrer que l’action de la trajectoire classique est donn´ ee par
S class (z 1 , t|z 0 , 0) = m(z 1 − z 0 ) 2
2t − 1
2 mg (z 1 + z 0 ) t − 1
24 mg 2 t 3 . (8) Calculer − ∂S ∂z
class0
, ∂S ∂z
class1
et − ∂S ∂t
classet v´ erifier qu’on retrouve les impulsions initiale et finale, ainsi que l’´ energie.
4/ Ecrire le propagateur ´ K (z 1 , t|z 0 , 0) sous la forme d’une int´ egrale de chemin sur le chemin z(τ ).
Dans l’int´ egrale de chemin, on proc` ede au changement de variable z(τ ) = z c (τ ) + η(τ ), o` u z c (τ ) est une fonction suppos´ ee connue et η(τ ) la nouvelle variable d’int´ egration ( R
Dz −→ R Dη).
Comment choisir z c (τ ) et quelles conditions doit satisfaire η(τ ) pour que
S[z c + η] = S[z c ] + S 0 [η] , (9) o` u S 0 [z] est l’action libre (en l’absence de potentiel) ? En d´ eduire l’expression de K(z 1 , t|z 0 , 0).
5/ Pourquoi le r´ esultat pr´ ec´ edent co¨ıncide-t-il exactement avec le r´ esultat de l’approximation semiclassique
K semiclassique (z 1 , t|z 0 , 0) = s
−1 2πi
∂ 2 S class
∂z 0 ∂z 1 e iS
class(z
1,t|z
0,0) ? (10)
2
3 Polym` ere dirig´ e dans un environnement d´ esordonn´ e
Nous ´ etudions un mod` ele qui a suscit´ e beaucoup d’int´ erˆ et en physique statistique depuis une vingtaine d’ann´ ees : la physique statistique (d’´ equilibre) d’un
polym` ere dirig´ e
dans un espace bidimensionnel, d´ ecrit par une ligne x(τ ) avec τ ∈ [0, t], soumis ` a un potentiel d´ esordonn´ e V (τ, x) (ici τ et x sont des coordonn´ ees associ´ ees ` a deux directions spatiales orthogonales ; le polym` ere est dit
dirig´ e
car on exclut les retours en arri` ere de la ligne). L’´ energie du polym` ere est donn´ ee par un terme ´ elastique et un terme d’´ energie potentielle d´ ecrivant l’interaction du polym` ere avec le milieu d´ esordonn´ e. La fonction de partition du polym` ere prend la forme
Z t (y, 0) =
Z x(t)=y x(0)=0
Dx(τ ) e −
T1R
0tdτ
12 dx(τ)
dτ
2+V (τ,x(τ))
, (11)
o` u T est la temp´ erature. Nous notons · · · la moyenne sur le potentiel d´ esordonn´ e V (τ, x). Ce dernier est distribu´ e par une mesure gaussienne caract´ eris´ ee par V (τ, x) = 0 et la fonction de corr´ elation
V (τ, x)V (τ 0 , x 0 ) = δ(τ − τ 0 ) R(x − x 0 ) , (12) locale dans la variable τ et o` u R(x) est une fonction d´ ecroissant vite ` a l’infini.
( x τ ) y
x
0 t
τ
Figure 1 – Un polym` ere dirig´ e dans un espace bidimensionnel est soumis ` a un potentiel d´ esordonn´ e (des impuret´ es repr´ esent´ ees par les croix) susceptible d’accrocher la ligne (le mod` ele peut ´ egalement s’appliquer ` a un probl` eme d’interface). ` A T = 0, la ligne r´ ealise un compromis pour minimiser son ´ energie potentielle, en passant par des minima du potentiel d´ esordonn´ e, tout en ´ evitant les trop fortes distorsions qui g´ en` ereraient une ´ energie ´ elastique importante.
1/ Soit b(τ, x) une fonction connue, exprimer la fonctionnelle caract´ eristique
e R dτ R dx V (τ,x) b(τ,x) . (13)
Montrer que
e θ R dτ P
aV (τ,x
a(τ)) = exp 1
2 θ 2 Z
dτ X
a,b
R(x a (τ ) − x b (τ ))
. (14)
2/ Nous consid´ erons les corr´ elations ` a n points de la fonction de partition. Montrer que la fonction de corr´ elation peut s’´ ecrire ` a l’aide de l’int´ egrale de chemin comme
Z t (y 1 , 0) Z t (y 2 , 0) · · · Z t (y n , 0) =
Z x
1(t)=y
1x
1(0)=0
Dx 1 (τ ) · · ·
Z x
n(t)=y
nx
n(0)=0
Dx n (τ ) e −S[x
1(τ),···,x
n(τ)] , (15) o` u l’action S[x 1 , · · · , x n ] d´ ecrit un syst` eme de n particules en interaction sur une ligne.
3/ La fonction de corr´ elation peut ˆ etre ´ ecrite en terme d’un op´ erateur H
Z t (y 1 , 0) Z t (y 2 , 0) · · · Z t (y n , 0) = h y 1 , · · · , y n | e −tH | 0, · · · , 0 i (16) Donner l’expression de l’hamiltonien H d´ ecrivant les n particules en interaction.
3
Les derni` eres questions sont facultatives (points en Bonus)
4/ On s’int´ eresse ` a la limite o` u R(x) est ` a tr` es courte port´ ee. Dans ce cas on isolera le terme constant proportionnel ` a R(0) et on proc´ edera ` a la substitution R(x) −→ σ δ(x) dans les termes d’interaction entre particules distinctes apparaissant dans l’action S[x 1 , · · · , x n ].
L’´ energie de l’´ etat fondamental | Ω i du mod` ele de Lieb-Lininger pour une interaction attrac- tive, H = − 2m 1 P n
a=1
∂
2∂x
2a− λ P
16a<b6n δ(x a − x b ), a ´ et´ e calcul´ ee par la technique de l’ansatz de Bethe : 1 E Ω (n) = − mλ 24
2n(n 2 − 1). D´ eduire l’expression du moment d’ordre n de la fonc- tion de partition Z t (y, 0) n dans la limite t → ∞, en fonction des param` etres du probl` eme (la
longueur
du polym` ere t, la temp´ erature T et le d´ esordre σ).
5/ M´ ethode des r´ epliques.– On admet que l’on peut analyser les propri´ et´ es statistiques de l’´ energie libre du polym` ere F = −T ln Z, par prolongement aux n r´ eels du moment
G(n)
def= Z n = e −n F /T , (17) qui s’interpr` ete comme la fonction g´ en´ eratrice des moments de F (
n
est le param` etre r´ eel conjugu´ e de F ). Par exemple la moyenne est donn´ ee par ln Z = lim n→0
+∂n ∂ Z n ). ` A partir de l’expression de G(n) obtenue dans la limite t → ∞ ` a la question pr´ ec´ edente, d´ eduire les premiers cumulants de F . Comment les fluctuations de F d´ ependent-elles de la longueur t du polym` ere ?
+ Pour en savoir plus
• Un des aspects particuli` erement int´ eressant du mod` ele est l’existence de fluctuations de F pr´ esentant un scaling non trivial avec la longueur du polym` ere. La distribution compl` ete est donn´ ee par la c´ el` ebre loi de Tracy Widom. On pourra consulter l’article de revue :
Victor Dotsenko, Universal randomness, Physics-Uspekhi 54(3), 259–280 (2011).
Annexe : Propagateurs de la m´ ecanique quantique
Propagateur libre
Soit K 0 (z, t|z 0 , 0)
def= h z | e −iH
0t | z 0 i avec H 0 = 2m 1 p 2 z , on rappelle que K 0 (z, t|z 0 , 0) =
r m
2πit exp i m(z − z 0 ) 2
2 t (18)
Propagateur de l’oscillateur harmonique
Soit H = − 2m 1 dx d
22+ 1 2 mω 2 x 2 . On rappelle que h x | e −tH | x 0 i =
r mω
2π sinh(ωt) exp − mω 2 sinh(ωt)
cosh(ωt) (x 2 + x 2 0 ) − 2xx 0
(19)
1