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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
Faculté des Sciences Psychologiques et de l’Education Evaluation par la mère de la qualité de l’accompagnement de son
enfant visitant son père en prison
Quitterie MANO
Mémoire réalisé sous la direction de Monsieur le Professeur Assaad E. AZZI en vue de l’obtention du grade de Master en
Psychologie Clinique et Psychopathologie
Année Académique 2009-2010
Aux volontaires de la Croix-Rouge qui ont diffusé le questionnaire.
Aux mères qui ont accepté de répondre au questionnaire et ont rendu possible cette étude.
A Monsieur Assaad E. Azzi, Professeur pour le Service de Psychologie Sociale à la Faculté des Sciences Psychologiques et de l’Education de l’ULB, pour sa disponibilité, sa patience, ses conseils et le temps qu’il nous a consacré.
A Madame Anne Courtois, Professeur pour le Service de Psychologie du Développement et de la famille à la Faculté des Sciences Psychologiques et de l’Education de l’ULB, pour son accompagnement clinique et pour nous avoir aider à sortir des impasses.
A Monsieur Christophe Leys, Assistant pour le service de Psychologie Sociale à la Faculté des Sciences Psychologiques et de l’Education de l’ULB, pour avoir pointer du doigt nos difficultés et nous avoir aider à les dépasser.
A la Croix-Rouge et au Fonds Houtman, pour nous avoir permis de réfléchir sur les thèmes de la parentalité, de l’enfance et de l’incarcération, pour la qualité de leur accueil dans leurs locaux.
Aux mémorants de l’ULB investis dans l’évaluation d’Itinérances, pour leur soutien.
A notre famille, pour leur soutien et pour avoir cru en nous.
A nos amis de la promotion 2008-2010 du Master de Psychologie Clinique et Psychopathologique de l’ULB, pour leur soutien.
A Cécile Lacoste, Psychologue Clinicienne et amie, pour avoir pris le temps de réfléchir avec nous sur la cohérence et l’intérêt clinique de notre travail, pour son soutien et son amitié.
A Clément Puyo, Educateur spécialisé en formation, pour sa logique et son amitié.
A Cécile Camin, Sébastien Filloux, Jeanne Dussarat, Romain Dussarat, Camille Hervé, Mélanie Perotti, Simon Mercier, Alice Lejeune et Marine Kirzin, pour avoir pris le temps de relire des parties de notre travail…
…. Merci
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Tables des matières
Introduction ... 1
CHAPITRE 1 : Les liens enfant-parent à travers les relations filiatives et la parentalité ... 7
I. Définitions générales ... 7
II. Filiation instituée et exercice de la parentalité ... 7
Les liens symboliques et de contraintes ... 7
III. Filiation narcissique et expérience de la parentalité ... 8
Les liens imaginaires et d’investissement psychique ... 8
IV. Filiation de corps à corps et pratique de la parentalité ... 10
Les liens réels du corps ... 10
CHAPITRE 2 : Création du lien enfants-parents et développement d’une sécurité de base chez l’enfant ... 12
I. Les conditions d’attachement d’un enfant ... 12
1. Les liens qui rassurent l’enfant ... 12
a. Définition du processus d’attachement/différenciation ... 12
b. Type d’attachement : « Les comportements d’attachement » sécures ... 13
2. Les liens qui permettent le processus de séparation ... 14
a. Equilibre entre système d’attachement et conduites d’exploration ... 14
b. Qui sont les figures d’attachement pour l’enfant ... 14
Figure d’attachement principale ... 14
Figure d’attachement secondaire ... 15
II. La fonction maternelle : les dispositions de la Mère à son enfant ... 16
1. « La préoccupation maternelle primaire » ... 16
2. Le « Holding », le « Handling » et l’ « Objet presenting »... 17
3. « La mère suffisamment bonne » ... 17
4. Le « médium malléable » et la « fonction dépolluante » de la mère : intrication
pulsionnelle et début de la vie imaginaire de l’enfant ... 18
CHAPITRE 3 : Impact des liens structurants et non structurants sur le développement psychoaffectif et les relations ultérieures de l’enfant ... 19
I. Investissement adéquat dans la création du lien enfants-parents ... 19
1. Développement psychique et pulsionnel : construction des assises narcissiques suffisantes pour l’enfant ... 19
2. Supporter l’éloignement et gérer sa vie interne ... 20
II. Les difficultés d’investissement dans la création du lien enfants-parents : les liens sont menacés ... 21
1. Entrave aux processus d’attachement et conséquences : attachement et souffrance dans la séparation ... 21
2. Perturbations de l’accordage maternel à son enfant ... 22
CHAPITRE 4 : Création des liens père-enfant ... 24
I. La paternité : le temps de la présence, réalité familiale et les liens affectifs ... 24
1. La sécurisation et l’autonomie : les deux objectifs du lien d’attachement ... 25
2. Autonomisation et socialisation ... 26
3. Sexualisation ... 26
II. La fonction paternelle : le temps de l’absence, le langage et les liens symboliques 27 1. La métaphore ... 28
2. La loi du père ... 29
3. Faire preuve de la loi... 29
III. Le langage et le social ... 29
CHAPITRE 5 : Menace du lien père-enfant ; le cas de l’incarcération du père ... 32
I. Perturbations des liens indirects aux relations père-enfant ... 32
5
1. Les difficultés économiques de la famille du détenu ... 32
2. Situation émotionnelle de la famille du détenu ... 33
3. Conflits dans le couple parental ... 35
II. Perturbations des liens directs aux relations père-enfant ... 37
1. Maintenir les relations père-enfant alors que le lien est menaçant ... 37
a. Permanence du lien dans l’éloignement ... 37
b. Les risques que prennent le père et l’enfant lorsqu’ils sont éloignés l’un de l’autre dans la situation d’incarcération ... 38
Pour le père ... 38
Pour l’enfant... 39
2. Impact du contexte de la prison sur les liens affectifs et symboliques père- enfant... 40
Le père fragilisé dans sa capacité à exercer, à pratiquer et à faire l’expérience de sa fonction parentale ... 40
III. Les visites enfant-parent : un moyen de traitement de la relation ... 42
1. Jusqu’où est-on capable de donner les moyens à ceux qui vont accompagner l’enfant auprès de son parent ?... 42
2. Indications de travail pour l’accompagnement de la relation père-enfant ... 43
CHAPITRE 6 : Contexte de la recherche-action : accompagnement Itinérances .... 45
I. Le rôle des volontaires ... 46
II. Les caractéristiques et les spécificités de la mission des volontaires ... 47
III. Indications de travail pour les volontaires lors de la formation et des Intervisions ... 48
IV. L’enfant et les volontaires confrontés à des logiques hétérogènes ... 49
CHAPITRE 7 : Introduction à notre méthodologie ... 50
I. Population cible ... 52
Données relatives aux familles de détenu ... 52
II. Caractéristiques de notre population ... 53
Qui a répondu au questionnaire ? ... 53
Durée de l’accompagnement Croix-Rouge par enfant ... 53
Durée de l’incarcération du père ... 53
Ages des enfants accompagnés par la Croix-Rouge ... 54
Le nombre d’enfant par foyer ... 54
III. Déroulement de l’étude ... 54
1. L’information préalable aux participants et déontologie ... 54
2. Distribution des questionnaires ... 54
CHAPITRE 8 : Construction du questionnaire ... 55
I. Objectifs conjugués : Croix-Rouge et recherche ... 55
II. Mode d’analyse des moyennes ... 58
III. Hypothèses ... 61
1. Hypothèses principales ... 61
2. Opérationnalisation des hypothèses secondaires théoriques et empiriques ... 63
a. Hypothèses théoriques secondaires... 63
b. Hypothèses empiriques secondaires ... 66
CHAPITRE 9 : Présentation des résultats ... 73
I. La perturbation des liens familiaux ... 73
1. Les mères souffrent d’une précarité économique, sociale et éducative. ... 73
2. Crise familiale et solitude dans l’éducation de leur enfant ... 75
3. Perturbation du lien dans le couple parental ... 76
4. Perturbation du lien mère-enfant, de l’enfant à lui-même et avec les autres enfants ... 77
5. Perturbation du lien père-enfant ... 79
II. Accompagnement Itinérances ... 80
1. Regards des mères sur l’accompagnement Itinérances ? ... 80
7
2. Satisfaction par rapport à l’accompagnement ... 82
3. Lien enfant-volontaires ... 84
4. Lien mères-volontaires... 85
III. Regards croisés mères-volontaires ... 88
1. Loyauté des volontaires vis-à-vis de l’enfant ... 88
2. Les enjeux de la visite pour la mère ... 89
CHAPITRE 10 : Résumé des résultats ... 91
I. La perturbation des liens familiaux ... 91
II. Accompagnement Itinérances ... 93
III. Regards croisés Mères/Volontaires ... 96
CHAPITRE 11 : Interprétation des résultats ... 97
I. Perturbation des liens familiaux... 98
Des mères qui soutiennent les relations et le lien père-enfant ... 98
II. Les fonctions des volontaires ... 102
1. Le volontaire : une figure symbolique dans la relation mère-enfant et de soutien à la fonction parentale ... 102
2. Le volontaire : une aide à la symbolisation du père ... 105
3. Le volontaire : une figure d’attachement pour l’enfant ? ... 106
III. Les fonctions du père à l’épreuve de l’incarcération ... 107
1. Différentes configurations du lien père-enfant : impact sur l’accompagnement de leur relation ... 108
Age pré-verbal de l’enfant et difficultés de base dans la création du lien père-enfant ... 108
Lorsque le père représente une figure d’attachement ... 110
2. Filiation et parentalité : soutien et témoignage de la parole du père ... 111
Angoisse du lien ... 111
CHAPITRE 12 : Critiques méthodologiques ... 113
I. Taille et choix de l’échantillon ... 113
II. Hypothèses et mode d’analyse des résultats ... 114
III. Le questionnaire ... 116
Conclusion ... 118
Qu’est-ce que les différentes fonctions du volontaire vont permettre à l’enfant, et à ses parents ? ... 118
De l’évaluation à l’analyse des pratiques : le "pas de côté"... 120 Bibliographie
Annexes
1
Introduction
La protection de l’enfance est devenue un enjeu majeur de notre société depuis les années 70’. L’enfant est devenu un « bien suprême ». Dans le même temps, nous assistons à une vulgarisation du discours psychologique. Tout le monde utilise ce discours désormais pour parler de ses problèmes et des problèmes de la société. Les discours sur la psychologie et la protection de l’enfance n’ont eu de cesse également de se communiquer dans le grand public à travers les médias.
Notre société est de fait très sensible et se questionne beaucoup autour de l’éducation et de la construction de l’enfant. Selon Ducousso-Lacaze (2005), trois grandes représentations sociales sont véhiculées par le discours sur l’enfance : l’enfant est nécessairement victime des adultes. Ceux qui se placent comme défenseur de l’enfance, se définissent alors une place valorisante, celle du défenseur de la victime. L’enfant est progressiste. Il est nécessairement prometteur d’un avenir meilleur. Les adultes favorisent le « bon développement » de l’enfant pour améliorer la société, pour construire un futur adulte meilleur. L’enfant dysfonctionne : étudié par la science, mesuré et changé par elle (par exemple avec des médicaments). La défense du droit des enfants est alors devenue un enjeu politique, social, anthropologique et psychologique majeur. Pendant que le changement du statut de l’enfant évoluait, un changement de statut s’est opéré aussi du côté des parents. Nous avons assisté au passage de la puissance paternelle à l’autorité parentale partagée. Protéger l’enfance implique d’abord de le protéger des adultes, voire même de ses parents. En effet, l’Etat se réserve le droit d’intervenir s’il estime que les parents sont défaillants.
S’intéresser au maintien des relations parent-enfant dans le contexte de l’incarcération du parent est en lien étroit avec l’intérêt que porte la société à l’enfance, et à la parentalité. Les professionnels ne cessent de se questionner sur l’impact que les visites enfant-parent peuvent avoir sur l’enfant, sur le parent ainsi que sur l’environnement familial et social proche. Dans l’optique de notre société actuelle, avoir des relations régulières et dans de bonnes conditions avec son parent incarcéré est devenu nécessaire, pour l’enfant et son parent. Promouvoir leur relation est devenu un enjeu
majeur pour les politiques et les professionnels de la santé. Défendre ce droit de l’enfance contribue à répondre aux trois représentations sociales précédemment citées.
Comme nous venons de le voir les thématiques de l’enfance et de la parentalité sont des sujets qui amènent à beaucoup de réflexion et en particulier lorsqu’un des parents est incarcéré. Tous les questionnements relatifs à l’enfance et à la parentalité dans la situation d’incarcération d’un parent, ne pourront pas être traités dans ce travail. La recherche qui va suivre a été effectuée en collaboration avec la Croix-Rouge et le Fonds Houtman. Ils étaient en possession d’une demande bien précise. Ils nous ont proposés de réfléchir sur le maintien des relations de l’enfant et de son parent incarcéré à travers l’évaluation de l’accompagnement volontaire d’enfant visitant leur parent (père ou mère) en prison. Cet accompagnement est appelé le projet Itinérances. Une des particularités de notre recherche est que plusieurs mémorants de Master de psychologie de l’ULB partagent le même objectif : celui de l’évaluation de l’accompagnement d'enfant visitant son parent incarcéré. Afin de baliser tous les maillons de la chaîne humaine qui encadre l’accompagnement de ces enfants, chaque mémorants est chargé d’évaluer l’accompagnement Itinérances auprès d’une population cible différente : l’enfant, les volontaires, le parent incarcéré, le parent qui s’occupe de l’enfant, et le personnel de contact en prison (les Services Lien), à l’aide d’outils méthodologiques différents. Notre population cible sera le parent qui s’occupe de l’enfant et notre outil méthodologique sera le questionnaire. La forte proportion1 des hommes par rapport aux femmes incarcérées en Belgique et dans le reste du monde nous a conduits à nous intéresser plus particulièrement au cas des pères incarcérés. Nous concevons donc dans notre recherche le projet Itinérances comme s’inscrivant dans le projet plus général qui favorise et facilite les relations père-enfant. Itinérances s’inscrit dans une perspective théorique fondamentale selon laquelle le maintien des relations entre le père détenu et ses enfants sont importants pour l'enfant et pour le père. Ce projet concourt à soutenir l’idée selon laquelle la paternité est nécessaire à la vie de l’enfant et l’exercice de cette paternité importante à maintenir pour les pères incarcérés.
1 L’institut pour l’égalité des femmes et des hommes (2006), a recensé 9000 hommes incarcérés pour moins de 1000 femmes en Belgique en 2005
3 Notre partie théorique va alors servir à expliquer et à justifier l’activité d'accompagnement, à travers sa contribution au maintien des relations entre père et enfant. Notre fil rouge sera le lien enfant-parent puis le lien père-enfant afin de le mettre à l’épreuve dans la situation de l’incarcération. Pour pouvoir expliquer comment et pourquoi les relations père-enfant sont nécessaires, il nous faut d’abord définir les différents liens qui unissent l’enfant à ses parents. Si les parents sont égaux du point de vue de l’autorité parentale nous différencierons la maternité de la paternité, en tant que deux positions fondamentalement différentes. Nous défendrons l’idée selon laquelle l’égalité n’est pas l’identité, que l’expérience de père est différente de celle de mère.
Nous étudierons ensuite les liens père-enfant dans une perspective plus générale pour pouvoir ensuite parler de la situation de l’incarcération comme un cas particulier de séparation. Nous envisagerons tout au long de la partie théorique le paradoxe selon lequel, le lien enfant-parent est à la fois une contrainte mais aussi une nécessaire pour la survie de l’enfant et sa construction psychique. Nous étudierons alors les liens affectifs, d’attachement (réels et imaginaires) et les liens symboliques qui les transcendent. Pour ce faire, nous nous servirons des concepts tels que : la filiation, la parentalité, l’attachement, la paternité, la maternité et la fonction maternelle et paternelle, dans des théories d’obédiences psychanalytiques. Au vue de la diversité des liens parent-enfant et des concepts en jeu, nous procèderons à une division de notre partie théorique en cinq chapitres.
Dans le premier chapitre, nous nous servirons d’une analyse transdisciplinaire de la parentalité afin de décrire de façon dynamique les liens unissant le parent à son enfant.
Les trois axes proposés par Dayan (2000) nous permettront de définir et comprendre les enjeux de la parentalité : son exercice, son expérience, et sa pratique. L’apport théorique de Guyotat (1995) nous permettra de faire le lien entre la parentalité et trois types de filiation (instituée, narcissique et de corps à corps). Définir les liens de filiation et la parentalité nous permettra de situer l’enfant et ses parents dans des liens généalogiques, psychiques, conscients et inconscients, et de saisir les enjeux de leurs différents liens dans la vie psychique de l’enfant et de ses parents.
Dans un second chapitre, nous nous servirons de la théorie de l’attachement de Bowlby (1981), afin de décrire et de comprendre la manière dont se construisent les
premiers liens affectifs et comment, à travers l’enfant, nous repérons la nature et la qualité des soins parentaux. Nous complèterons l’apport théorique de Bowlby avec celui de Winnicott (1956 ; 1975 ; 1977 ; 1978 ; 1989 ) et de Roussillon (1995 ; 2001 ; 2007) pour étudier les caractéristiques spécifiques attendues de la part de la mère pour répondre adéquatement aux besoins de son enfant.
Cela nous permettra, dans un troisième chapitre, de dégager les caractéristiques adéquates et inadéquates des réponses parentales pour le développement de l’enfant.
Nous dégagerons également le rôle essentiel des expériences affectives infantiles, et des liens uniques, durables, émotionnellement importants, dans la structuration de la personnalité et le développement de l’enfant.
Dans un quatrième chapitre, nous nous servirons de théoriciens, successeurs de Bowlby et de Winnicott : Le Camus, (2002 ; 2005) Pierrehumbert, (1999), Duparc, (2004), et Miljkovitch, (2005), pour définir la paternité et ce que le père apporte de différent à la vie de l’enfant par rapport à ce que lui apporte la mère. Puis nous nous servirons des théories structurales psychanalytiques de Lacan, (1998) et Dor, (2002 ; 2003) pour définir la fonction paternelle et ce qu’implique l’exercice de cette fonction pour le père, la mère et l’enfant.
Dans un cinquième chapitre, à l’aide de travaux anglophones et francophones, nous étudierons les liens indirects père-enfant pouvant jouer un rôle important dans la perturbation de leurs liens. Pour cela, nous envisagerons les répercussions possibles de l’incarcération sur l’organisation familiale, tant au niveau économique que psychologique. Plus particulièrement nous étudierons les répercussions émotionnelles, psychologiques, sociales, économiques et parentales de l’incarcération, à la fois sur la conjointe, le détenu et leur enfant. Nous aborderons également les façons de se protéger contre les stigmates sociaux de la conjointe du détenu et les différentes réactions de l’environnement social de la famille face à la détention. Puis nous verrons, à l’aide de la théorie de Bouregba (2002 ; 2004 ; 2007) sur la parentalité et les liens familiaux à l’épreuve du pénal, ce que ce contexte peut engendrer comme perturbation des liens directs père-enfant, et s’il est juste ou non théoriquement de parler de rupture du lien dans ce contexte. Puis nous verrons ce que peut provoquer chez le père et son enfant le manque de relation entre eux. Enfin, nous étudierons plus particulièrement le contexte de
5 l’incarcération qui vient perturber l’exercice, la pratique et l’expérience de la parentalité du détenu et les conséquences sur le lien à son enfant. Nous verrons aussi les controverses théoriques et juridiques sur le maintien des relations père-enfant dans un tel contexte et nous étudierons la proposition de Bouregba qui est de maintenir les relations père-enfant à tout prix. Nous tenterons d’expliquer les raisons pour lesquelles il défend cette idée et quelles sont les conditions dans lesquelles cette idée est défendable.
Dans un sixième chapitre, qui marquera le début de la partie empirique de notre recherche, nous décrirons, avec la plus grande précision possible, le terrain sur lequel elle s’est déployée. Nous parlerons de la mission d’accompagnement des volontaires, de leur rôle, et des caractéristiques de leur mission. Nous apporterons une brève réflexion autour des enjeux auxquels les volontaires et les enfants qu’ils accompagnent sont confrontés.
Dans un septième chapitre, nous expliquerons ce qui nous a conduit à choisir les mères comme population cible. Nous étudierons également certaines caractéristiques de notre population et le déroulement de l’étude.
Dans un huitième chapitre, nous aborderons la façon dont nous avons construit notre questionnaire. Pour cela nous présenterons les hypothèses principales qui nous ont guidés dans la construction du questionnaire puis nous les détaillerons par la déclinaison d’hypothèses secondaires. Nous distinguerons des hypothèses empiriques liées à l’accompagnement Itinérances des hypothèses théoriques. Puis, nous proposerons notre méthode d’analyse des résultats.
Enfin, dans un neuvième chapitre, nous présenterons les résultats. Nous distinguerons également les résultats qui concernent la théorie sur la perturbation des liens familiaux des résultats qui concernent l’accompagnement Itinérances.
Dans un dixième chapitre, qui marquera le début de la partie discussion de notre recherche, nous reprendrons nos hypothèses vérifiées, partiellement vérifiées et non vérifiées avant de résumer nos résultats.
Dans un onzième chapitre, nous interpréterons nos résultats. Nous expliquerons, à l’aide de la théorie, le résultat selon lequel les mères de notre échantillon soutiennent les relations et le lien père-enfant. Puis nous mettrons à l’épreuve de la théorie les hypothèses selon lesquelles le volontaire est une figure symbolique dans la relation mère- enfant, un soutien à la fonction parentale, une aide à la symbolisation du père et une
figure d’attachement pour l’enfant. Nous proposerons également une série de questionnements sur les fonctions du père à l’épreuve de l’incarcération.
Enfin, dans un douzième chapitre, nous aborderons les critiques méthodologiques.
Nous ferons la critique des hypothèses, de notre questionnaire et du mode d’analyse des résultats.
Nous conclurons notre travail par un résumé des apports théoriques à notre travail. Nous verrons ceux qu’ils ont apportés dans la compréhension de certains enjeux pour les familles de permettre le maintien des relations père-enfant lorsque le père est incarcéré. Nous reprendrons également brièvement l’étude de la diversité des liens enfant-parent et l’impact de l’incarcération du père, sur ces liens. Ce résumé nous permettra d’introduire la synthèse des différentes façons qu’ont les volontaires de contribuer à la qualité de la relation père-enfant. Nous verrons ce que leurs différentes fonctions permettent à l’enfant et à ses parents. Nous proposerons ensuite de soutenir les volontaires dans ces différentes fonctions mises en évidence par notre étude. Nous terminerons ce travail par l’expression de nos difficultés et ce qu’elles ont pu susciter comme interrogations sur le travail du psychologue, lorsqu’il a pour mission d’effectuer une analyse de pratique.
7
CHAPITRE 1 : Les liens enfant-parent à travers les relations filiatives et la parentalité
I. Définitions générales
Guyotat (1995) définit le lien de filiation comme ce qui désigne ce par quoi un sujet se situe et est situé par rapport à ses ascendants et descendants réels, institués et imaginaires. Ces filiations sont constitutives de la construction du sentiment identitaire et permettent la subjectivation de chacun des membres de la famille. Selon Guyotat (1995) la subjectivation pourrait se définir ainsi : processus par lequel on devient sujet en alternant les mouvements d’appartenance et de différenciation.
Les individus sont en ce sens liés les uns aux autres par l’organisation générationnelle à laquelle ils appartiennent. En même temps c’est ce qui leur permet d’en être indépendants. Inscrire son enfant dans sa filiation est étroitement lié aux processus par lesquels les nouveaux parents doivent faire face pour devenir parent et inscrire leur enfant à la place générationnelle et sexuelle qui doit être la sienne. Les parents ne sont pas dans un processus de parentalité simplement par ce qu’ils ont un enfant. Selon A. Ducousso- Lacaze, (2005), la parentalité désigne l’ensemble des processus conscients et inconscients par lesquels on devient parent du point de vue psychique.
II. Filiation instituée et exercice de la parentalité
Les liens symboliques et de contraintes
La filiation instituée décrite par Guyotat (1995) et Legendre (1990) s’oppose à la tendance à la fusion avec un impératif de différenciation. La place qui nous est instituée à la naissance est contingente et déterminée socialement. Cette place est la contingence fondamentale de l’identité sociale de chacun. Le sujet est assigné à une place identitaire.
Elle est générationnelle et sexuelle. Selon A. Ducousso-Lacaze (2005), le sujet qui naît est ce qu’on lui dit qu’il est. Il est à la place qui lui est désignée. La parole instituante est
hétérogène et violente, mais en même temps elle garanti une forme de liberté. La place attribuée au sujet est unique et théoriquement personne ne pourra lui prendre. Cette place est censée protéger le sujet du désir de toute puissance des autres. En effet, ceux qui nomment le sujet sont eux-mêmes soumis aux principes de la filiation instituée. Les adultes ne font pas la loi, eux-mêmes y sont soumis. Dans l’optique de Guyotat (1995), la filiation instituée encadre l’imaginaire.
L’enfant est lié à ses parents d’abord par ce lien de filiation symbolique. Il est fils de- et frère de-. Ce lien institue le sujet, lui attribue une place, un nom, une généalogie.
Nous reprendrons cette notion dans la partie sur la fonction paternelle. Ce sont deux notions étroitement liées.
Lorsque les parents exercent leur parentalité (Dayan, 2000) c’est qu’ils inscrivent leur enfant dans leur communauté, leur filiation, leur généalogique et dans la logique de parenté qui leur est propre, dans les obligations sociales et les interdits. Exercer sa parentalité, c’est inscrire son enfant dans des liens symboliques. Les termes illustrant ces liens et leur exercice reflètent tout autant les liens d’alliance que les prescriptions et les prohibitions. Les règles qui régissent cet ensemble garantissent pour chacun les limites d’un espace social où il peut librement exercer ses droits. Dans une conception psychodynamique, l’exercice de la parentalité se rattache aux interdits qui organisent le fonctionnement psychique de tout sujet, et notamment le tabou de l’inceste.
III. Filiation narcissique et expérience de la parentalité
Les liens imaginaires et d’investissement psychique
Selon Guyotat, (1995) et Ducousso-Lacaze (2005), la filiation narcissique et à envisager d’un point de vue de l’individu et d’un point de vue groupal. Au niveau individuel, la filiation narcissique alimente nos fantasmes d’être né ailleurs. La conscience de l’attribution à une place instituée constitue une blessure narcissique. Selon Ducousso-Lacaze (2005), la blessure narcissique causée par l’institutionnalisation de sa place rend plus difficile de s’aimer soi-même. Or, l’enjeu de la filiation narcissique est de pouvoir s’aimer soi-même. Le sujet réagit par un surcroît de narcissisme en s’inventant
9 des parents idéaux. L’image des parents idéaux se fonde sur l’image des vrais parents d’avant leur désidéalisation. Ces fantasmes ont des fonctions dans le psychisme de chacun : compensation narcissique, et envisager sur le plan imaginaire de vivre un jour sans ses parents. D’un point de vue groupal, la filiation narcissique tient compte du mythe familial. Neuburger (1995) définit le mythe familial comme une expression qui rend compte d’une production partagée, d’une mise en commun des imaginaires individuels qui aboutit à une construction de groupe. Le mythe est un récit sur les origines, des histoires sur les grands-parents et les arrière-grands-parents. Le mythe désigne des rôles. Il a aussi pour fonction de réduire les contradictions et incertitudes dans la famille et d’apporter des explications aux problèmes rencontrés par chacun des membres qui seraient conforme au mythe familial. Ce récit conscient se raconte ensemble et enjolive la réalité par la narration d’histoires légendaires. Ce qui est à l’œuvre en-deçà du mythe, c’est l’idéal du moi familial. La famille se donne une image qui satisfait son narcissisme groupal et individuel.
Selon Neuburger, (1995), ce qui permet au sujet de se différencier du mythe familial, c’est le conflit entre la place qu’il s’attribue imaginairement dans la filiation (roman familial) et la place imaginaire que lui attribue la famille (mythe familial).
Dans toute famille, les parents attribuent une place imaginaire à leur enfant, différente de celle instituée. Selon Ducousso-Lacaze, cette transgression de l’instituée par l’imaginaire est aussi indispensable et témoigne de l’investissement des parents vers l’enfant. L’imaginaire et le narcissisme des parents donnent des points d’ancrage, des pôles identificatoires à l’enfant à venir (« il fera le même métier que moi » ; « ce sera un littéraire comme son grand-père »). S’il n’y avait pas de projection (imaginaire) de la part des parents, l’enfant serait à une place vide, instituée seulement (symbolique). Selon Legendre (1990), avant de naître, tout sujet est pris dans un jeu familial de représentations et de discours : le discours familial est le discours effectivement tenu dans une famille, porteur de représentations inconscientes et à ce titre fondateur d’un sujet donné.
L’expérience de la parentalité (Dayan, 2000) désigne les éprouvés subjectifs, la parentalité réelle et fantasmatique et la représentation de la satisfaction de désirs infantiles inconscients. C’est aussi la réélaboration des différentes modalités
identificatoires qui ont émaillées son histoire et lui ont permis d’accéder à la maternité.
Pour la future mère, ces processus exigent la gestion des conflits d’ambivalence à sa propre mère revivifiés par la grossesse et la maternité (Bydlowski, 1999). Pour devenir
« bonne » mère il faut pouvoir s’identifier à la mère des premiers soins de la vie, à la mère toute bonne plutôt qu’à la mère œdipienne et rivale. Il faut pouvoir faire le deuil de sa propre enfance, le deuil de l’enfant imaginaire, la perte de l’objet maternel, et faire face aux reviviscences des conflits infantiles, des traumatismes et des deuils. Faire l’expérience de sa parentalité, est un travail psychique nécessaire et inconscient pour que le parent puisse placer son enfant à une place d’enfant et à une place d’enfant différent de ce que son imaginaire a désiré pour lui pendant la grossesse (désir réactualisé par ses reviviscences infantiles).
IV. Filiation de corps à corps et pratique de la parentalité
Les liens réels du corps
Dans la définition de la filiation de corps à corps, Guyotat (1995) différencie le corps du soma. Le corps est le support de notre sentiment d’exister. La façon dont on va toucher, porter, soigner ce corps témoigne de l’investissement psychique et physique envers son enfant. Le soma n’existe en tant que corps que dans la mesure où des adultes s’en sont occupés. Les parents, lors de la période avant l’accès au langage, donnent du sens en fonction des expériences que le corps de l’enfant lui fait vivre : le plaisir, la douleur. Puis ils s’occupent de ce corps. Guyotat (1995) nous propose de considérer le corps comme « une surface d’écriture ». Il est porteur de traces de notre filiation, de notre appartenance à un groupe familial, à une culture. Il est porteur aussi des traces de la filiation instituée et narcissique (attitudes, postures à travers des processus identificatoires). Lire des ressemblances dans le corps de l’enfant c’est interpréter ce corps et lui attribuer une place dans la filiation narcissique et l’inscrire en même temps dans la filiation instituée.
La pratique de la parentalité (Dayan, 2000) désigne donc l’ensemble des soins parentaux, des changes au nourrissage, des premières interactions à l’éducation, de la
11 formation de l’habitus qui crée le familier, des motions inconscientes aux principes éducatifs. Pratiquer sa parentalité c’est alors nouer les trois logiques de filiation entre elles : nouage du corps, à travers l’imaginaire et le symbolique. L’enfant est soigné, porté, touché, parce qu’il est identifié comme un enfant mais aussi comme un prolongement physique et psychologique de ses parents et comme un sujet porteur d’une histoire familiale et d’un projet de vie.
Un enfant qui vient au monde est porteur des traces des 3 filiations : symboliques, imaginaires et de corps à corps.
L’enfant est donc en lien avec ses parents à travers ces différentes contraintes (dans le sens où il ne les choisit pas) symboliques, imaginaires et de corps à corps. Le corps à corps de Guyotat (1995) nous permet d’introduire le concept d’attachement développé par Bowlby. Ici, c’est d’abord un élan vital de la part de l’enfant qui le pousse à s’attacher, à se lier avec une personne puis à plusieurs personnes. Ces liens d’attachement sont tout aussi fondamentaux que les précédents mais cette fois-ci, c’est l’enfant qui en fait la « demande ». L’enfant a un besoin inné d’attachement pour sa survie et sa sécurité affective. Nous allons voir comment la pratique et l’expérience de la parentalité vont influencer la qualité de l’attachement de l’enfant à ses parents et des parents à leur enfant.
Selon Delage (2009), l’attachement apparaît comme un régulateur de lien et la théorie de l’attachement comme une théorie du lien. Lamas (2006) nous rappelle que la théorie de l’attachement n’est pas une théorie globale du fonctionnement psychique, mais permet de comprendre un des systèmes motivationnels et de connaître l’impact des liens uniques, durables, émotionnellement importants, sur le développement et les relations ultérieures. Le modèle de l’attachement permet la compréhension de certains troubles du comportement, l’évaluation et la compréhension de certains évènements de vie pour l’enfant (par exemple, séparation ou perte parentale) et la compréhension des situations de maltraitance.
CHAPITRE 2 : Création du lien enfants-parents et développement d’une sécurité de base chez l’enfant
I. Les conditions d’attachement d’un enfant
1. Les liens qui rassurent l’enfant
a. Définition du processus d’attachement/différenciation
Bowlby (1981) a développé sa théorie de l’attachement en partant du postulat selon lequel, l’enfant en situation de dépendance totale (impéritie) va instinctivement s’attacher au sens propre et figuré aux personnes qui lui attribuent les premiers soins de façon régulière. L’attachement est instinctuel et vital pour l’enfant et son développement psychoaffectif. Selon Bouregba (2007), la période chez l’enfant qui précède l’accès au langage est une période pendant laquelle il a besoin du contact avec ses parents pour son édification psychique. L’attachement est défini comme le lien fondamental qui se construit en interaction entre les besoins du bébé et les réactions de son environnement dans un processus continuel d’adaptation réciproque. L’attachement d’une mère à son bébé est aussi un processus maturatif, évolutif, qui nécessite des conditions spécifiques pour pouvoir se développer de façon satisfaisante notamment sur le plan psychique.
Nous développerons dans la partie réservée à la fonction maternelle ce que Winnicott (1956) a décrit de l’état psychique singulier que la mère doit ressentir (stade d’hypersensibilité) pour que l’attachement entre un nouveau-né et sa mère puisse commencer à se développer. Nous verrons qu’il faut que la mère atteigne cet état très particulier, et que sa santé mentale soit d’assez bonne qualité pour qu’elle puisse s’adapter à ces phénomènes d’hypersensibilité affectifs et sensoriels. Selon Bowlby (1981), l’attachement repose sur un paradigme : la recherche de proximité de l’autre en situation de détresse afin de restaurer le sentiment de sécurité. Le comportement d’attachement répondrait ainsi à un besoin inné et biologiquement déterminé de proximité. Ce besoin de proximité serait équivalent, dans son importance pour la survie, à celui de la nutrition et de la satisfaction de ses besoins d’attachement, notamment
13 durant les trois premières années de sa vie. En situation de détresse l’enfant a un besoin inné de proximité, puis de disponibilité et enfin d’accessibilité de personnes spécifiques.
Elles sont sources pour lui d’un sentiment de protection et de sécurité. Dans la première année de vie d’un enfant, les réponses apportées par ces figures d’attachement, à ses sollicitudes, dans des situations de détresse, le conduisent à employer certains comportements (pattern d’attachement) de manière privilégiée.
b. Type d’attachement : « Les comportements d’attachement » sécures
Selon Bowlby (1981), le type d’attachement développé par l’enfant lorsque la réponse de l’environnement, de la disponibilité, et de l’accessibilité de la figure d’attachement est adéquate est dite sécure. Dans l’attachement qualifié de sécure tout se passe simplement pour l’enfant. Il apprend dans les interactions précoces à pouvoir compter inconditionnellement sur une ou plusieurs figures d’attachement quand il est en détresse. Une des sources possibles de détresse, au début, est l’éloignement de la base de sécurité que constitue la figure d’attachement.
Sutter et al. (2004) donne en exemple la crèche, puis l’école maternelle. L’enfant est confronté à une petite épreuve, à un stress, qui l’amène, lors de la séparation, à activer son système d’attachement, son besoin de sécurité. En même temps, il a appris à être confiant et à ne pas trop paniquer par le non familier. Il pleure un peu, il est un peu en souffrance, mais il est assez vite rassuré par l’attention qu’on lui porte. Cette épreuve est au bout du compte structurante, car elle lui permet de développer la composante représentationnelle de l’attachement.
2. Les liens qui permettent le processus de séparation
a. Equilibre entre système d’attachement et conduites d’exploration
Selon Lamas (2006), les figures d’attachement constituent les bases à partir desquelles l’enfant pourra explorer son environnement dans un système d’aller-retour, de balancement discontinu entre système d’attachement et de conduites exploratoires, ou négocier des conflits et crises. En effet, pour lui (2006), l’enfant se situe selon deux pôles complémentaires s’inhibant mutuellement. L’enfant alternant des périodes de « collage » et « d’attitudes héroïques ». Les réponses apportées par les figures d’attachement aux sollicitations de l’enfant et à sa recherche de proximité vont influencer peu à peu la sélection de certains comportements d’attachement, en fonction de la sécurité ressentie par l‘enfant face à ces réponses. Les comportements les plus à même d’apporter un sentiment de sécurité interne vont être employés préférentiellement. L’enfant met en place des stratégies adaptatives en fonction de la réponse de l’environnement, de la disponibilité et de l’accessibilité de la figure d’attachement.
b. Qui sont les figures d’attachement pour l’enfant
Lamas (2006) fait la distinction entre le lien d’amour et le lien d’attachement. Les liens d’attachement sont durables et concernent une personne spécifique, non interchangeable. La relation comporte une implication émotionnelle. Ils motivent un désir de proximité et un sentiment de détresse en cas de séparation involontaire. A l’âge adulte, la personne ressent sécurité et réconfort dans la relation à l’objet d’attachement.
Figure d’attachement principale
Selon Lamas (2006), la figure d’attachement principale serait la personne qui apporte à l’enfant le plus fort sentiment de sécurité en sa présence. Ce « choix » d’une figure d’attachement principale par l’enfant serait déterminé par : le temps passé avec l’enfant, la qualité des soins, l’investissement émotionnel de l’enfant par les adultes, la
15 constance de la présence au fil du temps. Selon Bowlby (1981), la personne à laquelle l’enfant serait le plus attaché serait celle qui répond le plus aux pleurs et qui serait la plus disponible aux interactions sociales. La mère, part le souci constant qu’elle a du bien-être de son enfant, constitue le plus souvent la figure d’attachement principale. Il s’agit d’un processus adaptatif, où l’enfant a pour principale figure d’attachement celle qui, réciproquement, est la plus à même d’investir son développement harmonieux et de le favoriser.
Figure d’attachement secondaire
La relation à la figure principale n’est pas exclusive. Il existe des figures d’attachement secondaires disponibles pour l’enfant. Ces personnes sont souvent les personnes familières au cours de la première année de vie de l’enfant. L’enfant a en général des alternatives vers lesquelles se tourner en l’absence de la figure principale d’attachement (le père, la fratrie, ou les personnes impliquées au quotidien). Sera susceptible de devenir figure d’attachement secondaire toute personne qui s’engage dans une interaction sociale animée et durable avec l’enfant et qui répondra à ses sollicitations et ses signaux.
Selon Miljkovitch (2001), ce que nous enseigne l’attachement c’est son existence tout au long de la vie. Des remaniements de l’attachement sont possibles. Il existe plusieurs « périodes sensibles » au cours de la vie au-delà de la période des interactions précoces : l’adolescence, la vieillesse par exemple. Des rencontres affectives significatives ou des évènements peuvent apporter d’importantes modifications à la qualité de l’attachement. Un travail thérapeutique peut également apporter des modifications. Selon Bouregba (2007) l’enfant va intégrer ces figures en lui, à partir desquelles il pourra regarder son passé pour se diriger vers le futur. L’enfant a besoin de sécurité mais c’est une sécurité qui n’est pas simplement tournée vers l’extérieur. Elle l’est également vers l’intérieur, par rapport à son monde interne qui risque de déborder à tout moment. Ses pulsions, ses désirs, son agressivité, sa violence peuvent l’anéantir et c’est pourquoi il a besoin pendant quelques temps d’être contenu. Les parents servent de
membrane, de pare-excitation. Lorsque les parents ont joué convenablement leur rôle de pare-excitant pendant cette période qui précède l’accès au langage, les figures dans lesquelles ils vont être enfermés joueront leur rôle de contenance.
Le processus qui lie l’enfant et ses figures d’attachement est porté par ce que l’on appelle les « interactions » parents-enfants. Une interaction est la réaction réciproque de deux phénomènes qui évoluent dans un même système. Le processus interactif (décrit par Lebovici, 1983) décrit 3 grands types d’interactions : comportementales, affectives et fantasmatiques. Nous ne décrirons pas ces interactions sous l’angle d’analyse de Lebovici mais sous celle de Winnicott et de Roussillon. Les interactions précoces se font au travers des soins maternels et de la disponibilité psychique de la mère à son enfant. Les soins, sont de ce fait des liens de corps à corps mais aussi imaginaires.
II. La fonction maternelle : les dispositions de la Mère à son enfant
1. « La préoccupation maternelle primaire »
Winnicott (1956) décrit le stade d’hypersensibilité ou la préoccupation maternelle primaire comme : un état qui se développe graduellement pour atteindre un degré de sensibilité accrue pendant la grossesse et spécialement à la fin… il dure encore quelques semaines après la naissance de l’enfant… La mère qui a atteint cet état … fournit à son enfant des conditions dans lesquelles sa constitution pourra commencer à se manifester.
La préoccupation maternelle primaire définit alors les dispositions psychiques et physiques de la mère à son enfant pour permettre à l’enfant de construire sa matrice psychique. Elle s’accorde psychiquement et physiquement avec son bébé.
Roussillon (2007) nous rappelle que la préoccupation maternelle primaire s’accompagne, la plupart du temps de ce dont parlait D. Stern : la constellation maternelle. C’est tout l’environnement de la mère et du bébé qui est dans une préoccupation particulière. Les pères font une couvade, prennent du poids, modifient leur sommeil et l’ensemble de l’entourage de la mère participe à son état de préoccupation
17 maternelle primaire. La mère est elle-même « entourée ». Cet entourage lui permet de se centrer sur son état particulier et de s’adapter aux conditions de vie du bébé.
Winnicott a décrit ces différents soins.
2. Le « Holding », le « Handling » et l’ « Objet presenting »
Le Holding ou le portage : la manière dont la mère porte l’enfant, le soutient. Il donne à l’enfant l’impression de sécurité et de solidité.
Le Handling ou le maniement : la manière dont la mère « manipule » le bébé. Le rythme des soins, leur adéquation à ceux du bébé, l’harmonie de la gestuelle. Ils apportent leur contribution au fait que le bébé commence à se sentir « une personne ».
L’Objet presenting : la manière dont la mère présente à son enfant les objets du monde extérieur. Autant des objets inanimés que des objets « autres sujet », le père par exemple. L’environnement représente pour l’enfant un miroir. Ce miroir lui renvoie une image de lui avec laquelle il va devoir se construire.
3. « La mère suffisamment bonne »
Selon Winnicott (1989) suffisamment bon désigne l’aptitude à s’adapter à l’infans, puis progressivement échouer à d’adapter. Cela permettra à l’enfant de développer sa capacité, en grandissant, de prendre en compte la défaillance. En effet, Winnicott a proposé ce terme pour décrire la suffisante adaptation de la mère aux besoins du bébé. Ce n’est pas une mère idéale. Elle présente les caractéristiques suivantes : présente au bébé une constance affective suffisante, est suffisamment prévisible, suffisamment cohérente, suffisamment harmonieuse dans sa gestuelle ; mais elle est aussi saisissable, atteignable, et transformable.
4. Le « médium malléable » et la « fonction dépolluante » de la mère : intrication pulsionnelle et début de la vie imaginaire de l’enfant
Roussillon propose un certain nombre de caractéristiques maternelles nécessaires au développement adéquat de l’enfant qui reprennent les idées de Winnicott sur la fonction « suffisante » de la mère.
Le médium malléable (et l’infinie transformation) : Roussillon utilise la métaphore de la pâte à modeler pour expliquer que l’enfant a besoin d’objets solides mais aussi d’objets malléables pour lui permettre de domestiquer sa vie intérieure. La mère doit pouvoir recevoir, être transformée tout en restant la même. Ainsi, la mère fait le réceptacle de la destruction de son enfant mais elle maintien son identité.
L’inconditionnelle disponibilité : la mère est disponible, constante dans ses soins, et reste la mère malgré les pulsions agressives de son enfant projetées sur elle.
L’indestructibilité : l’objet (Mère) doit être atteint et détruit mais l’objet doit survivre. Elle n’est pas détruite par la transformation de quantité à qualité.
Extrême sensibilité : la mère est sensible à son enfant, empathique.
La fonction de dépollution : la mère doit pouvoir transformer les pulsions de mort de son enfant en pulsions de vie. Celle-ci prend le versant messager de la pulsion agressive de l’enfant et verbalise ce que vit l’enfant comme désagréable ou agréable.
L’animation propre : la mère opère un retrait narcissique dans sa relation avec son enfant, elle reprend sa vie propre tout en étant disponible. Cela autorise la vie fantasmatique de l’enfant dans le sens où il doit essayer de comprendre pour quoi sa mère manque, et pour qui. Bien qu’elle se prêt à la malléabilité, elle vit pour elle et pour quelqu’un d’autre que son enfant.
Après avoir étudié les dispositions singulières de la mère dans sa relation à son enfant, nous allons voir l’impact des liens structurants et non structurants sur le développement psychoaffectif et les relations ultérieures de l’enfant.
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CHAPITRE 3 : Impact des liens structurants et non structurants sur le développement psychoaffectif et les relations ultérieures de l’enfant
I. Investissement adéquat dans la création du lien enfants-parents
Nous avons vu que, lorsque les liens entre un bébé et ses parents sont de bonne qualité, l’enfant développe une base de sécurité (Bowlby, 1981). Cela lui permettra de réguler ses émotions, et lui ouvrir un accès à l’autonomisation. Lamas (2006) précise que la sécurité de l’attachement constitue un élément important dans la mesure où elle représente un socle qui donnera plus de souplesse et de ressources à l’enfant pour aborder les challenges de sa vie ultérieure, les émotions négatives liées aux conflits de développement. Cela accroît ses capacités d’autonomie.
1. Développement psychique et pulsionnel : construction des assises narcissiques suffisantes pour l’enfant
Dans la théorie de Winnicott, la préoccupation maternelle primaire va permettre à la mère de prodiguer les soins suffisamment adéquats pour que son enfant puisse se sentir
« sujet ». Les soins corporels (dans leur versant physique et psychique) sont aussi importants dans leur fonction d’autoconservation et dans l’apparition des premières formes de structuration de la subjectivité. La mère, dans sa fonction de régulateur des premières relations (rythme, continuité, répétition) permet la consolidation de la relation narcissique primaire en double et le développement de la capacité de prévoir pour l’enfant. Elle se prête totalement à l’enfant avec une amorce de démarquage. La mère donne l’impression à son enfant que tout vient de lui (tout toujours, maintenant, ensemble) ce qui va construire son terreau narcissique primaire. La mère va ensuite peu à peu différencier les sensations du bébé. Dans ce sens, la préoccupation maternelle primaire permet aussi l’émergence de la séparation, la différenciation interne/externe, la différence Moi/non Moi et le début de l’accès à sa vie interne, la naissance de sa vie fantasmatique et la construction de sa matrice psychique.
Dans la théorie de Roussillon (2007), l’ajustement de la mère et de son bébé est indispensable pour que le bébé ait le sentiment d’être dans un monde qui peut prendre en compte ses spécificités propres, mais aussi dans un monde qu’il peut transformer en fonction de ses besoins et sur lequel il peut agir et influer. Si la mère est suffisamment ajustée à son enfant elle est capable de proposer la réponse suffisamment adéquate dont il a besoin. L’enfant trouve dans le monde extérieur ce qu’il crée dans son monde interne.
Cette mise en coïncidence d’une hallucination interne et d’une perception ajustée est ce que Winnicott a proposé d’appeler le trouver-créer. Il veut le sein, le sein arrive, il a créé le sein. Cela permet à l’enfant d’éviter de gérer le dilemme de savoir si la satisfaction vient de lui ou de l’objet, dilemme qu’il n’a pas les moyens de traiter correctement dans les premiers temps. Le bébé doit pouvoir se croire créateur de ce qu’il trouve.
2. Supporter l’éloignement et gérer sa vie interne
Selon Bouregba (2007), la présence des parents dans la construction initiale de son appareil psychique est essentielle. Bouregba reprend les différentes angoisses auxquelles l’enfant doit faire face, au fur et à mesure de son développement, décrites par Mélanie Klein (1967) : les angoisses d’anéantissement, dépressives et de castration.
Selon Bouregba, la qualité de la présence parentale sera fondamentale pour le développement de l’enfant, pour qu’il puisse être relativement en lien et de façon structurante avec sa vie pulsionnelle interne. Nous verrons ces 3 temps de façon succincte.
Comme nous l’avons vu, lors des tous premiers temps de sa vie, l’enfant vit dans un monde où les choses ne sont rattachées à rien de connu. Tout élément est original, l’enfant est émietté comme le monde est émietté, rien en lui ne lui permet d’inscrire le monde dans un ordre continu. Il est en contact avec le réel en permanence. Il survit à cette période en lisant le monde à travers le visage de sa mère. Si sa mère ne manifeste pas d’inquiétude, il sait qu’il n’a pas besoin d’être inquiet. Le visage de sa mère lui raconte le monde, et le récit qu’elle fait du monde permet à l’enfant de maîtriser les émotions qui l’assaillent. La mère se substitue à l’absence de langage.
21 Lors de la deuxième période de développement, l’enfant est assailli par une inquiétude de ne pas être suffisamment conforme au désir de sa mère. Cela fait émerger des angoisses dépressives. Le rôle de la mère est ici essentiel. L’enfant est dans une dialectique de l’ordre de : « être ou ne pas être l’objet du désir de sa mère ». Lorsque celle-ci reprend sa vie propre.
Il passe ensuite vers une dialectique de l’ordre de : « avoir ou ne pas avoir l’objet du désir de la mère ». C’est cette phase qui introduit le père, qui devient une présence référentielle pour l’enfant.
Une fois ces phases traversées il a intégré suffisamment de figures et de représentations parentales pour pouvoir supporter l’éloignement. Les parents demeurent en lui, agissent en lui. Il a tout de même toujours besoin de les actualiser, pour se confronter à de nouvelles angoisses qui peuvent l’assaillir.
Selon Sutter (2004), le processus d’attachement est fragile et nécessite des capacités d’adaptation constantes de la part des parents. Lorsque les troubles de la parentalité surviennent dans cette période cruciale qu’est la période pré-natale, la stabilité relationnelle parents-enfants risque d’être entravée et les processus d’attachement altérés.
Nous allons voir comment se manifestent les difficultés d’investissement dans la création du lien enfant-parent et les conséquences qu’elles peuvent avoir sur le développement de l’enfant. Nous étudierons les difficultés décrites par Bowlby, Winnicott et Roussillon.
II. Les difficultés d’investissement dans la création du lien enfants-parents : les liens sont menacés
1. Entrave aux processus d’attachement et conséquences : attachement et souffrance dans la séparation
Selon Bowlby (1983), le type d’attachement développé par l’enfant lorsque la réponse de l’environnement, de la disponibilité, et de l’accessibilité de la figure d’attachement n’est pas adéquate, est insécure ou insécure ambivalent.
Insécure : l’enfant se développe dans un climat affectif où la régulation émotionnelle et relationnelle s’effectue mal. L’enfant ne reçoit pas suffisamment de
réponses satisfaisantes à ses besoins de sécurité. Dans ces conditions, il développe des stratégies comportementales et relationnelles qui l’entraînent dans des liens peu fonctionnels : soit il inhibe ses besoins d’attachement et construit un attachement évitant, soit il hyperactive ses besoins d’attachement.
Insécure ambivalent : ici non seulement l’enfant amplifie ses signaux de détresse, mais il manifeste aussi son insatisfaction à celui ou celle qui devrait l’apaiser en résistant aux tentatives d’apaisement, en se montrant éventuellement agressif. Pour cet enfant, la séparation est une épreuve. Quand il doit aller à l’école, il risque de pleurer longtemps, il est difficilement consolable, il est mal avec les autres. Le non familier l’inquiète durablement. Il est très occupé par la tentative de gérer ses émotions négatives et reste peu disponible pour s’ouvrir au monde extérieur et à des expériences nouvelles qui apparaissent comme des sources d’insécurité. Delage (2010) fait l’hypothèse selon laquelle : l’enfant construit un lien insécure avec une mère insécure. La mère active d’autant plus son système d’attachement si elle n’est pas sécurisée par l’environnement et qu’elle vit avec un homme ne parvenant pas à apaiser son anxiété.
2. Perturbations de l’accordage maternel à son enfant
Winnicott (1956) décrit comment les carences maternelles interrompent le continuum de l’enfant et peuvent engendrer une menace d’annihilation, laquelle correspond à l’angoisse primitive très réelle qui met en péril l’existence du self.
Le Holding : certaines formes de portage peuvent donner l’impression au bébé de ne pas être tenu, de menacer de tomber, l’impression du monde qui risque de se dérober, de s’effondrer.
Le Handling : un maniement, une maintenance brusque, imprévisible, saccadée donne à l’enfant l’impression d’être davantage« sac à patates », qu’une personne qui possède son individualité.
Ajustement réciproque : Roussillon (2007) note que l’impossibilité pour l’enfant de « transformer » sa mère, provoque des états de détresse et d’impuissance radicale qui laissent à l’enfant l’impression qu’il ne peut agir sur le monde, qu’il est impuissant à le
23 transformer et donc qu’il lui faut se soumettre à celui-ci, se retirer ou retirer son investissement.
a. Perturbations des réactions de la mère au versant agressif de la pulsion chez l’enfant
Roussillon propose plusieurs façons inadéquates de réagir à l’agressivité normale du bébé :
La mère qui s’effondre : la mère ne supporte pas l’agressivité de son bébé et pleure face à elle.
La mère punching-ball : la mère renvoie à l’enfant son agressivité. Le bébé reçoit alors en double l’éprouvé destructeur. Le sien et celui de sa mère.
La mère idéal-rejet moral : la mère refuse l’agressivité de son enfant sous couvert de la morale.
Annulation : la mère refuse l’évolution du bébé. Elles réagit contre les réactions nouvelles de son enfant.
Surcompensation : la mère surcompense les dommages qu’elle inflige à son enfant en son absence pendant le temps qu’elle est en sa présence.
Retrait affectif : la mère opère un retrait affectif vis-à-vis des sollicitations de son enfant. Le bébé ressent un sentiment d’effondrement, et l’idée qu’il en est la cause.
Selon Bouregba (2007), quand la relation de l’enfant à son parent est compromise, dans cette période, c’est la qualité de la relation que le sujet entretient à lui-même, que l’on compromet durablement. Quand, au cour de la phase initiale, les parents n’ont pas su ou pu jouer ce rôle de renforcement des liens psychiques qui les unissent à leur enfant, l’enfant doit grandir sans le confort d’une contenance, dans laquelle il peut se « nidifier » avant d’étayer totalement sa subjectivité. Il est déterminé à une autonomie précoce. Il doit faire sans le confort de figures auxiliaires. Cette autonomie psychique à laquelle il est soumis est la source d’un risque psychopathologique. L’enfant peut avoir tendance à mettre ses angoisses à distance, à rompre la relation avec lui-même. Cela peut le conduire à une position dépressive majeure. La dépression peut prendre la forme d’inhibitions.
L’inhibition est le premier risque auquel l’enfant est confronté, dès lors qu’il n’a pas en lui le confort d’une permanence parentale qui puisse contenir l’ensemble de ses pulsions, ses émotions et angoisses.
Qu’en est-il de la place, du rôle et de la fonction du père dans la création des liens enfants-parents ? En quoi la place, le rôle et la fonction du père sont fondamentaux à la création du lien enfant-parent pour le développement l’enfant.
Bouregba (2002) propose de différencier la paternité de la fonction paternelle. La paternité, à l’inverse de la maternité n’est pas fondée sur l’expérience mais sur une déclaration. La première déclaration est faite par la mère, qui informe le père que l’enfant qu’elle porte est le sien. La seconde est faite par l’enfant, qui s’attend à ce que son père assume ses responsabilités. La paternité est fondée sur un lien d’attachement émotionnel et la fonction paternelle sur un lien symbolique qui transcende la paternité.
CHAPITRE 4 : Création des liens père-enfant
I. La paternité : le temps de la présence, réalité familiale et les liens affectifs
Miljkovitch et Pierrehumbert (2005), ont montré l’importance du père dans la vie affective de l’enfant. Ils considèrent le père comme une figure d’attachement distincte et différente de la mère. Ils se sont demandés ce que le père pouvait apporter en plus de la mère dans la vie de l’enfant. Ils pensent que le fait d’avoir, pendant longtemps, considéré le père et la mère comme équivalents a mené certains chercheurs à étudier le père comme une mère, et finalement à constater que les pères n’arrivaient pas à être la hauteur des mères. Le père n’est pas l’égal de la mère, pas parce qu’il est moins important mais parce qu’il est différent et qu’il contribue à sa manière à la sécurité de l’enfant. Le Camus (2000) pense que les nouvelles recherches devraient prendre en compte la bipolarité parentales et la bipolarité des besoins de l’enfant : le père et la mère ne sont pas fonctionnellement interchangeables et l’enfant est en quête aussi bien de sécurisation que d’autonomisation.
25 1. La sécurisation et l’autonomie : les deux objectifs du lien
d’attachement
Selon Le Camus (2000), le père apparaît assez compétent pour recevoir les manifestations de recherche de proximité, déclenchées par la présence de « l’étranger ».
Cependant, dans les cas où le protocole permet de comparer la mère et le père sous l’angle de la capacité de sécurisation, il s’avère que généralement, la mère est supérieure au père dans le score des comportements d’attachement. Ainsi la demande de protection reste en faveur de la mère et ce d’autant plus que la situation se fait plus contraignante pour l’enfant. Le père et la mère n’apportent pas les mêmes ressources à l’enfant représentant tous deux des figures d’attachement importantes. La mère permet à son enfant d’acquérir un sentiment de quiétude en veillant sur lui avec beaucoup de constance, le père montre à son enfant comment discerner et apprivoiser les difficultés venant de l’extérieur.
Selon Miljkovitch et Pierrehumbert (2005), les recherches montrent que le père met en place avec son enfant des jeux vigoureux. Ces jeux représentent pour l’enfant une prise de risque. En poussant l’enfant à expérimenter des choses nouvelles, qui à première vue lui paraissent inquiétantes mais dont le père sait qu’elles ne mettent pas en cause sa sécurité, il développe une confiance en sa capacité à affronter le monde et à acquérir de l’autonomie. Le père a la capacité de sécuriser l’enfant au moment de sa prise de risque.
Le père propose également plus de jeux non conventionnels. Il a tendance à se montrer plus déstabilisateur, alors que la mère est plus didactique. La mère passe plus de temps dans les interactions de soins que dans les interactions ludiques. A l’inverse, les pères manifestent une prédilection pour les échanges ludiques, et ce d’autant plus que l’enfant affirme ses compétences. Labrell (1992, in Le Camus, 2000) constate que les pères cherchent à ce que l’enfant résolve la tâche par lui-même, tout en l’aidant si besoin est. Il évoque ces stratégies d’aide en termes de méthode socratique d’apprentissage, favorisant un fonctionnement cognitif accommodateur. Le père contribue également à la