POUR UN CHANGEMENT D'ATTITUDE
Roland GERARD
Mission Environnement, Fédération Nationale des Foyers Ruraux, Paris.
MOTS CLES : ZONES RURALES - OBJECTIFS EDUCATIFS - METHODE.
RESUME:Une grande association d'éducation populaire peut jouer un rôle pour renouer les liens entre l'homme et le paysage. L'approche sensible n'est pas une simple technique d'animation, elle est un état d'esprit qu'on retrouve dans la démarche éducative. Changer d'attitude c'est aussi: avoir la capacité de prendre la paroleàl'heure des choix qui conditionnent la qualité des paysages de demain.
SUMMARY : An important popular association for education can play a role in reaffirming relationships between man and the landscape. The sensitive approach is not a simple animation technique, ifs a frame of mind which canhefound in education procedures. To change attitudes also means toheable to speak out when the choices concerning tomorrow's landscape quality are to be made.
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Association connue mais souvent mal connue, il n'est peut être pas inutile de faire une rapide présentation des Foyers Ruraux.
Les Foyers Ruraux œuvrent pour l'animation et le développement en milieu rural. Déclenché par l'impulsion du Ministère de l'Agriculture à partir de 1946, c'est un mouvement qui réunit aujourd'hui 2800 associations du milieu rural et qui continue à se développer. Nous comptons aujourd'hui 71 Fédérations Départementales et 18 Unions Régionales, l'ensemble est coordonné par la Fédération Nationale des Foyers Ruraux (F.N.F.R.). Environ 30 ()()() bénévoles et 250 permanents constituent les acteurs de terrain de ce grand réseau (500 000 adhérents) qui trouve de nombreuses ramifications dans les lycées agricoles.
1. POURQUOI L'ENVIRONNEMENT ?
Les activités de culture scientifique et technique sont pratiquées dans de nombreux foyers et associations, micro-informatique, astronomie, météo, espace, beaucoup de domaines scientifiques sont abordés, mais ce sont probablement les sciences qui concernent l'environnement qui sont les plus pratiquées.
Ily a de nombreux intérêtsàdévelopper l'éducationà l'environnement en milieu rural; les ruraux façonnent le paysage au quotidien, ils le vivent et l'accompagnent dans ses multiples transformations. Mieux connaître et mieux comprendre son environnement permet,àchacun, d'agir utilement et de s'investir en connaissance de cause au moment des choix. Gestion des déchets, qualité des eaux, protection de zones naturelles remarquables, propreté de la rivière, qualité du cadre de vie, flore et faune de la commune, éducation des jeunesàl'environnement...
Toutes ces questions et de nombreuses autres qui ont trait àl'environnement concernent l'ensemble des citoyens car elles influent sur la qualité de nos viesàtous.
Le projet environnement des foyers ruraux viseàdonner à chacun les moyens nécessaires pour qu'il puisse agir pour un environnement meilleur individuellement ou en groupe en changeant ses propres attitudes et en s'investissant dans un projet d'association.
2. UN COURS DE RATTRAPAGE
L'objectif final de notre action est que les ruraux s'approprient leur paysage en particulier en recréant des liens étroits entre l'homme et la nature. Cette action va dans le sens du maintien des populations en milieu rural et de la préparation des jeunes à des professions d'accueil et d'animation où les connaissances de la nature et de l'environnement sont de plus en plus utiles. L'éducationà l'environnement a toujours existé et en particulier en milieu rural où chaque parcelle du paysage avait
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sa fonction, les plantes, les animaux sauvages avaient leur inscription dans les usages et dans la culture. Les jeunes ruraux étaient éduqués à ce paysage plus complexe qu'aujourd'hui, ils le parcouraient accompagnant les plus âgés et ainsi se l'appropriaient et en devenaient partie intégrante. La mare, la terrasse, le béaI, la haie, la lisière, le saule, le cornouiller, le plantain, les truites, les grenouilles, etc. ; autant d'éléments rencontrés, observés, compris comme utiles et possédés, et enfin intégrés comme une partie de soi.
Ainsi notre action d'éducation à l'environnement dans le paysage quotidien des ruraux apparaît un peu comme un cours de rattrapage. Nous essayons de faire ce qui a été négligé dans l'éducation des jeunes et qu'on juge aujourd'hui très utile. Ne nous y méprenons pas; ce n'est pas la chanson du bon vieux temps où tout était merveilleux. - L'obscurantisme dans les campagnes régnait souvent en maître, chouettes qui portent malheur, salamandres maléfiques, peur de la nuit. Les légendes et croyances ont la vie dure et il ne s'agit plus de rattrapage mais d'un apport culturel nouveau quand on refait les rencontres avec les bêtes avec un regard de scientifique, comme une relecture avec de nouvelles lunettes moins troubles. - Le milieu rural vit de ceux qui y entreprennent. Ces décideurs qui sont agriculteurs, chefs de P.M.E., artisans, élus doivent apercevoir que l'impact économique d'un projet, aussi positif soit-il, est loin d'être le seul et qu'ils sont responsables, devant les générations futures, des impacts esthétiques et écologiques. C'est la haie qu'on conserve ou qu'on "fait sauter" le chêne tricentenaire qu'on respecte ou qu'on abat. Voilà le sens concret de notre action.
3. METHODE
Une action d'éducationà l'environnement ne peUl se comprendre qu'inscrite dans une démarche cohérente.
D'abord percevoir le milieu soi-même avec ses sens, entrer en contact direct avec les plantes, les animaux, les formes, les couleurs, saveurs et parfums. Se refaire, s'offrir un regard neuf, enfant prendre tout simplement, adulte retrouver quelque chose de celte approche enfantine des choses et des êtres comme une naïveté première. C'est entrer à nouveau en contact avec le monde, celui que nos existences civilisées nous poussent à rejeter loin de nos espaces et de notre temps.
Concrètement: découvrir un arbre avec ses mains les yeux bandés, marcher sans bruit, s'arrêter un quart d'heure écouter le vent, poser le genou àterre ou s'allonger pour regarder une plante autrement; laisser un capricorne ou une lucane se promener sur sa main, se promener seul en forêt la nuit, s'approcher doucement de la vipère assoupie. Cette première phase vise seulementàapprendre, àveniràl'écoute du monde avec les immenses capacités que nous avons tousàle faire, laisser loin derrière les peurs et appréhensions sans fondements autres que fantasmatiques.
Bien dans le milieu, bien dans le groupe nous pourrons approfondir les observations, dessiner le paysage, en examiner tous les détails. L'observation dans de bonnes conditions est le préalable de tout travail scientifique sur le terrain. Vient ensuite le moment du classement des observations et des
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récoltes et c'est un nouveau pas dans la démarche scientifique. Ainsi nous nous faisons une représentation personnelle du monde qui nous entoure et nous pourrons la confronter aux guides de détermination, aux représentations des autres. La reconstitution de milieux, l'expérimentation, l'étude précise d'une espèce ou d'un phénomène particulier sera le plus souvent l'objet du travail d'un groupe puis l'occasion d'une communicationàtous. Cette découverte de terrain de façon autonome et en petits groupes n'a d'autres objectifs que de confronter les enfants (ou les stagiaires) à la réalité.
Nous avons tous un propre rapport au mondeàdécouvrir etàenrichir et le plus souvent ceux qui sont sensés nous yaider nous encombrent d'une culture bien reconnue, bien normative, de concepts parachutés, de nom de planteà n'en plus finir et pour finir nous éloignent du monde duquel nous sommes mais qui nous restera encore inaccessible. L'animation nature environnement n'est pas l'occasion pour un animateur de transférer sa culture (aussi reconnue soit-elle) à un groupe, mais l'occasion de mettre en rapport des mondes qui le plus souvent s'ignorent. Cette indifférence, à n'en pas douter, serait bien la cause profonde de tous les problèmes d'environnement que nous connaissons aujourd'hui.
Changeons notre regard sur le monde, tentons une démarche plus humble vers les êtres faibles qui peuplent le monde nous en sortirons enrichis, sachant mieux ce qui compte.
4. UN LIEU D'ENTENTE
Le monde a besoin qu'on agisse pour lui. Si la réussite de ce passage du comportement de parasiteà celui de symbiote (voir Michel SERRES"Lecontrat naturel",ed. F. BOURIN) est l'enjeu primordial,iln'empêche que l'action concrète est urgente. Le milieu a plusieurs usagers,ilest l'objet de convoitises et de projets parfois contradictoires.Lefoyer rural plus que le lieu d'un parti doit devenir le lieu de la parole et pourquoi pas un jour pour le plus grand bien de nos paysages, de notre eau, de notre air, un lieu d'entente.