Lycée Ste-Marie Fénelon – la Plaine Monceau Classe de MP
Année 2018-2019 Mathématiques
Devoir maison n ◦ 2
À rendre le vendredi 28 septembre
Durée : 2 heures pour le premier jet Toute calculatrice interdite
On note R[X] l’algèbre des polynômes à coefficients réels et, pour tout entier naturel n, Rn[X] le sous-espace vectoriel de R[X] constitué des polynômes de degré inférieur ou égal à n. On note R(X) le corps des fractions rationnelles à coefficients réels.
Pour tout polynômeP ∈R[X], on noteP0 le polynôme dérivé de P et, pour tout entier natureln, on noteP(n) le n-ième polynôme dérivé de P. Pour tout entier naturel non nul n, on note Mn(R) l’algèbre des matrices carrées d’ordrenà coefficients réels.
Première partie : questions préliminaires
Soitnun entier naturel non nul.
1. SoitP etQdeux polynômes non nuls à coefficients complexes.
1.a. Démontrer que siP etQn’ont aucune racine complexe commune, alorsP etQsont premiers entre eux (on pourra raisonner par l’absurde).
1.b. On suppose que P et Q sont premiers entre eux. En utilisant le théorème de Gauss, démontrer que si P et Qdivisent un troisième polynômeRà coefficients complexes, alors il en est de même pour le polynôme P Q.
2. Soit (Pi)1≤i≤n une famille de polynôme non nuls de R[X]. On considère le polynôme P ∈R[X]et la fraction rationnelleQ∈R(X)définis par P=
n
Y
i=1
Pi etQ= P0 P. Démontrer par récurrence queQ=
n
X
i=1
Pi0 Pi.
Deuxième partie : interpolation de Hermite
SoitIun intervalle non vide deR,pun entier naturel non nul,(xi)1≤i≤pune famille d’éléments deIdistincts deux à deux et(ai)1≤i≤p et (bi)1≤i≤p deux familles de réels quelconques.
3. Définition du polynôme interpolateur de Hermite
3.a. SoitP ∈R[X] eta∈R. En utilisant la formule de Taylor, démontrer que : siP(a) =P0(a) = 0 alors(X−a)2diviseP.
3.b. En utilisant la question préliminaire1, démontrer que l’applicationϕdeR2p−1[X]versR2p définie par ϕ(P) = (P(x1), P(x2), . . . , P(xp), P0(x1), P0(x2), . . . , P0(xp))
est une application linéaire bijective de R2p−1[X]surR2p.
3.c. Démontrer qu’il existe un unique polynômePH ∈R2p−1[X]tel que, pour tout entier ivérifiant1≤i≤p, on a PH(xi) =ai et PH0 (xi) =bi.
Le polynômePH est appelé polynôme interpolateur de Hermite.
4. Étude d’un exemple
Déterminer le polynôme d’interpolation de Hermite (défini à la question3) lorsquep= 2,x1=−1, x2= 1, a1= 1, a2= 0, b1=−1et b2= 2.
Si, au cours de ses calculs, le candidat a besoin d’inverser une matrice, il pourra le faire sans justification à l’aide de sa calculatrice.
5. Une formule explicite
Pour tout entieritel que 1≤i≤p, on considère le polynômeQi=
p
Y
j=1 j6=i
X−xj
xi−xj 2
.
5.a. Soitiun entier vérifiant 1≤i≤p. CalculerQi(xk)pour tout entierktel que1≤k≤pet démontrer que l’on a
Q0i(xk) = 0 si k6=i et Q0i(xi) =
p
X
j=1 j6=i
2 xi−xj
.
On pourra utiliser la question préliminaire2.
5.b. Démontrer que le polynômeP défini par la formule P =
p
X
i=1
[(1−Q0i(xi)(X−xi))ai+ (X−xi)bi]Qi
est le polynôme d’interpolation de Hermite défini à la question 3.
5.c. Retrouver le polynôme de la question4en utilisant cette formule.
Troisième partie : polynômes de Hermite
Soit(Hn)n∈Nla famille des polynômes définie parH0= 1et, pour tout n∈N,Hn+1=XHn−Hn0. 6. Démontrer que, pour toutn∈N,Hn est un polynôme unitaire de degrén.
7. Démontrer que, pour toutn∈N,Hn+10 = (n+ 1)Hn.
Lycée Ste-Marie Fénelon – la Plaine Monceau Classe de MP
Année 2018-2019 Mathématiques
Devoir maison n ◦ 2 – d’après CCP 2016 MP maths 2
éléments de correction
Première partie : questions préliminaires
Pour deux polynômesAet B,A|B signifie queAdiviseB.
1. 1.a. On supposeP et Qn’ont aucune racine complexe commune.
Par l’absurde supposons queP et Qne sont pas premiers entre eux. Ceci nous fourniraitR∈C[X]tel que degR≥1,R|P etR|Q.
Or Rest non constant, donc le théorème de D’Alembert-Gauss nous fournissentλ∈Ctel que R(λ) = 0.
De plus il existeP1etQ1 tel queP =P1R etQ=Q1RcarR|P etR|Q, par conséquentP(λ) =Q(λ) = 0.
AinsiP etQont une racine complexe commune : absurde.
Finalement si P et Qn’ont aucune racine complexe commune, alorsP et Qsont premiers entre eux . 1.b. On suppose queP etQdivisent un troisième polynômeR.
Ceci nous fournitU et V tel queP U =QV =R, doncQ|P U. OrQ∧P = 1, d’où d’après le théorème de Gauss il vientQ|U.
Ceci nous fournitW tel queU =W QdoncR=P U =P QW, d’où P Q|R. On a donc montré que : siP et Qdivisent un troisième polynôme Rà coefficients complexes, alors il divise le polynômeP Q .
2. Pour p∈[[1, n]], on considère la propriété Hp :Qp =
p
X
i=1
Pi0 Pi
où Qp =
p
Y
i=1
Pi
!0
p
Y
i=1
Pi
. Prouvons cette propriété par
récurrence sur p.
Initialisation
Pour p= 1 c’est évident.
Pour p= 2, on aQ2=(P1P2)0 P1P2
=P10P2+P1P20 P1P2
=P10 P1
+P20 P2
. On a bienQ2=
2
X
i=1 p
Y
i=1
Pi
!0
p
Y
i=1
Pi .
Hérédité
Soitp∈[[1, n−1]]tel queHp. MontronsHp+1, c’est-à-direQp+1=
p+1
X
i=1
Pi0
Pi. Par dérivation d’un produit de deux éléments, il vient
Qp+1 =
" p
Y
i=1
Pi
!
×Pp+1
#0
p
YPi
!
×Pp+1
=
p
Y
i=1
Pi
!0
×Pp+1+
p
Y
i=1
Pi
!
×Pp+10
p
YPi
!
×Pp+1
= Qp+Pp+10 Pp+1
En particulier, on a Hn. OrQn=Q, ce qui permet de conclure : Q=
n
X
i=1
Pi0 Pi
.
Deuxième partie : interpolation de Hermite
3. Définition du polynôme interpolateur de Hermite
3.a. On suppose P(a) = P0(a) = 0. La formule de Taylor pour les polynômes s’écrit, pour tout Q ∈ K[X] : Q=
+∞
X
k=0
Q(k)(0)
k! Xk (somme finie en fait).
On l’applique au polynôme Q=P(X +a), qui vérifie Q(k)=P(k)(X+a)par récurrence immédiate. Par conséquent
P(X+a) =
+∞
X
k=0
P(k)(a) k! Xk =
+∞
X
k=2
P(k)(a) k! Xk =
+∞
X
k=2
P(k)(a)
k! (X−a)k = (X−a)2
+∞
X
k=2
P(k)(a)
k! (X−a)k−2.
Or
+∞
X
k=2
P(k)(a)
k! (X−a)k−2est un polynôme donc siP(a) =P0(a) = 0alors(X−a)2 diviseP . 3.b. • Linéarité
En utilisant la linéarité de la dérivation, nous avons pour tous (P, Q)∈R2p−1[X]et (λ, µ)∈R,ϕ(λP + µQ) =λϕ(P) +µϕ(Q). Par conséquentϕest linéaire.
• Kerϕ={0}
On sait queKerϕ⊃ {0}. On va montrer queKerϕ⊂ {0}.
SoitP ∈R2p−1[X]tel queϕ(P) = 0.
Pour i∈[[1, p]], on a P(xi) =P0(xi) = 0donc(X−xi)2 diviseP d’après3.a.
Par récurrence immédiate, on peut généraliser1:
si P1,· · ·Pp sont des polynômes deux à deux premiers entre eux et diviseurs du polynôme P, alors le polynôme
p
Y
i=1
Pi diviseP.
En appliquant ceci aux polynômes(X−xi)2, on obtient
p
Y
i=1
(X−xi)2diviseP. Ordeg
p
Y
i=1
(X−xi)2
!
= 2pet degP ≤2p−1doncP = 0.
• ϕbijective
On vient de voir queϕest injective entre deux espaces vectoriels de même dimension finie2p. Finalement ϕest bijective.
Nous venons de prouver que ϕest une application linéaire bijective entreR2p−1[X]etR2p . 3.c. Le2p-uplet(a1,· · · , ap, b1,· · ·, bp)∈dimR2p admet un unique antécédent parϕ, notéPH.
Ainsi il existe un unique PH ∈R2p−1[X]tel que PH(xi) =ai etPH0 (xi) =bi pour touti∈[[1, p]]. 4. Étude d’un exemple
SoitP =x+yX+zX2+tX3∈R3[X]où(x, y, z, t)∈R4le polynôme d’interpolation de Hermite lorsquep= 2, x1=−1, x2= 1, a1= 1, a2= 0, b1=−1etb2= 2.
Nous en déduisonsP(1) = 1,P(−1) = 0,P0(−1) =−1,P0(1) = 2 etP0=y+ 2zX+ 3tX2. Ainsi
x −y +z −t = 1 x +y +z +t = 0 y −2z +3t = −1 y +2z +3t = 2 d’où, d’après la calculatrice :
x y z t
=
1 −1 1 −1
1 1 1 1
0 1 −2 3
0 1 2 3
−1
1 0
−1 2
=
−1/4
−1 3/4 1/2
.
Donc pour cet exemple on trouve : PH =−1
4 −X+3X2 4 +X3
2 . 5. Une formule explicite
5.a. Si p6= 1, lesxk pour k∈[[1, p]]\ {i} sont des racines de multiplicité2deQi doncQi(xk) =Q0i(xk) = 0.
Par ailleursQi(xi) =
p
Y
j=1 j6=i
xi−xj xi−xj
2
= 1. On applique la question2àQi=
p
Y
j=1 j6=i
PjoùPj=
X−xj xi−xj
2
, ce
qui nous fournitQ0i=Qi
p
X
j=1 j6=i
Pj0 Pj
. Or pourj6=i,Pj0 =2(X−xj)
(xi−xj)2. Ainsi Pj0 Pj
= 2
X−xj
et Pj0(xi) Pj(xi)= 2
xi−xj
.
Finalement Qi(xk) =Q0i(xk) = 0 sik6=i, et Qi(xi) = 1 etQ0i(xi) =
p
X
j=1 j6=i
2 xi−xj .
Remarquons que cette formule reste valable sip= 1:Q1= 1(produit vide) etQ01= 0et doncQ01(x1) = 0 (somme vide).
5.b. Pour i∈[[1, p]], on adeg(Qi) = 2p−2 (même si p= 1) etdegh
(1−Q0i(xi)(X−xi))ai+ (X−xi)bii
≤1.
Par produit
degh
(1−Q0i(xi)(X−xi))ai+ (X−xi)bii Qi
= degh
(1−Q0i(xi)(X−xi))ai+ (X−xi)bi
i
+ deg(Qi) ≤ 2p−1.
Par sommedegP ≤2p−1 et ainsi P ∈R2p−1[X].
Soitj∈[[1, p]]. Prouvons maintenant queP(xj) =aj et P0(xj) =bj. D’une part P(xj) =
p
X
i=1
h
(1−Q0i(xi)(xj−xi))ai+ (xj−xi)bi
i Qi(xj).
Puis à l’aide de la question précédenteP(xj) = 1−Q0j(xj)(xj−xj)
aj+ (xj−xj)bj, d’où P(xj) =aj comme espéré .
D’autre partP0=
p
X
i=1
h−Q0i(xi)ai+bi
i Qi+h
(1−Q0i(xi)(X−xi))ai+ (X−xi)bi
i Q0i
.
p
D’après la question précédente, seul le terme pourivalantj est éventuellement non nul : P0(xj) =h
−Q0i(xi)ai+bi
i +h
(1−Q0i(xi)(xi−xi))ai+ (xi−xi)bi
i
Q0i(xi) =−Q0i(xi)ai+bi+aiQ0i(xi).
Finalement comme attenduP0(xj) =bj . Il s’ensuit que
P=
p
X
i=1
h
(1−Q0i(xi)(X−xi))ai+ (X−xi)bi
i
Qi est le polynôme d’interpolation de Hermite . 5.c. Nous avonsx1=−1,x2= 1, a1= 1,a2= 0,b1=−1 etb2= 2.
Par suiteQ1=(X−1)2
4 etQ01=X−1
2 ;Q2=(X+ 1)2
4 etQ02=X+ 1 2 . On en déduit Q01(x1) =−1etQ02(x2) = 1. La formule donne alors
P = h
(1−Q01(x1)(X−x1))a1+ (X−x1)b1
i Q1+h
(1−Q02(x2)(X−x2))a2+ (X−x2)b2
i Q2
= h
(1 + (X+ 1))−(X+ 1)i Q1+h
(1−(X−1)) 0 + (X−1)2i
Q2=Q1+ (2X−1)Q2
= (X−1)2+ (2X−2)(X+ 1)2
4 = X2−2X+ 1 + 2X3+ 4X2+ 2X−2X2−4X−2
4 .
On retrouve bien X3 2 +3X2
4 −X−1
4, polynôme de la question4.
Troisième partie : polynômes de Hermite
6. Initialisation. On a bienH0 unitaire et de degré0.
Hérédité. Soit n∈Ntel queHn soit un polynôme de degrén.
On adeg(XHn) = deg(X) + deg(Hn) = 1 +n > n−1≥deg(Hn0)doncdeg(Hn+1) = deg(XHn−Hn0) =n+ 1 d’où l’hérédité.
Conclusion. On a montré par récurrence que pour toutn∈N,Hn est un polynôme unitaire de degrén. 7. Initialisation. On a H0= 1et H1=X ainsi on a bienH0+10 = (0 + 1)H0.
Hérédité. Soit n∈Ntel queHn+10 = (n+ 1)Hn. On a
Hn+20 = (XHn+1−Hn+10 )0 = XHn+10 +Hn+1−Hn+100 = (n+ 1)XHn+XHn−Hn0 −(n+ 1)Hn0 doncHn+20 = (n+ 2)(XHn−Hn0) = (n+ 2)Hn+1.
Conclusion On a montré par récurrence que pour tout n∈N,Hn+10 = (n+ 1)Hn .