Editorial
Au seuil des 25 ans de I'IASR la douleur chronique demeure un deft majeur o0 le savant melange du savoir-faire et du savoir-r qu'offre une approche pluridisciplinaire represente les determinants majeurs qui permettent un abord therapeutique optimal.
Le savoir-faire est inestimable et ouvre la voie a une meilleure compre- hension des mecanismes pathologiques en identifiant de nouvelles cibles therapeu- tiques.
Chez les patients douloureux chroniques, I'intention premiere est de ne pas nuire et les risques encourus doivent 6tre estimes avant toute intervention th6rapeutique. Le savoir-faire dans le domaine de la therapeutique m6dicamenteuse progresse sensiblement Iorsque I'on songe a I'identification r6cente des isoenzymes de la cyclooxygenase (COX) et aux espoirs qu'ils vehiculent, avec la synthese d'inhibiteurs selectifs discut~s par S. Borel. Ceux-ci nous permettront-ils d'envisager un traitement symptomatique plus sQr, ou ne sommes-nous que le terrain de jeu d'un marketing imaginatif ? Comme se le demandent certains sages,
~ COX est-il synonyme d'intox ?>~.
Lorsque I'on privilegie la securit6, le savoir-faire s'adresse, dans le domaine de la th@rapeutique aussi, @ une meilleure connaissance du metabolisme des medicaments. Ainsi les anatg@siques et co-analg6siques sont soumis a un intense metabolisme h@patique. Les donnees r6centes, en particulier les modeles in vitro et les tests de ph6notypisation in vivo, permettent une avancee dans ce domaine. Ces tests simples d'acces identifient les voies metaboliques d'un medicament et permettent de quantifier in vivo les capacit6s metaboliques d'un individu donne dans des conditions donn6es. L'objectif principal demeure une meilleure individualisation de la th6rapeutique, en prevenant les interactions medica- menteuses qui conduisent a une inefficacite th6rapeutique ou ~ une toxicite si elles ne sont pas prealablement identifi6es. Hormis les tests de phenotypisation, des tableaux simples d'emploi s'appuyant sur les donn6es de la litt6rature rendent attentifs aux interactions medicamenteuses au potentiel nefaste, c o m m e le souligne le Dr Bonnabw.
Le savoir-faire, c'est aussi red6couvrir les vertus oubli@es de certaines therapeutiques qui nous accompagnent depuis des annees et qui r@velent leur potentiel neuromodulateur, comme cela semble 6tre le cas pour le dextrome- thorphan dont traite le Dr Kondo. Ce produit pourrait avoir un inter@t dans certains types de douleurs neurogenes.
Le savoir-@tre demeure la pierre de touche du therapeute, c o m m e nous le rappellent les Drs A.-R Allaz et Ch. Cedraschi. La douleur, @ I'instar d'autres domaines therapeutiques, a vu naftre I'abord pluridisciplinaire conjoint. Cette approche offre un espace oQ le patient peut legitimer sa plainte, en <~ offrant >> son corps, par lequel s'exprime sa douleur, et autour duquel les regards du psychiatre ou du psychologue viennent se joindre ~ celui du somaticien, au contraire d'une prise en charge sequentielle o0 I'intervention du psychiatre est pergue c o m m e un ultime Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-dea.revuesonline.com 69
recours, ou c o m m e un rejet de la part du somaticien. La consultation conjointe permet un regard different qui questionne le vecu du sympt6me douloureux et tente d'approcher le sens donne ~ ce sympt6me et aux representations que le patient et le therapeute se font de la maladie. De telles relectures du sympt6me sont egalement importantes en geriatrie ou les douleurs chroniques et un long parcours medical sont frequents et oQ le recours aux medicaments est souvent difficile voire insuffisant c o m m e le souligne le Dr N. Vogt.
Alors que I'on c61ebre la journ6e internationale de la f e m m e chaque printemps, le Dr V. Piguet souligne les differences exp6rimentales entre les genres mais redecouvre aussi les injustices d'une prise en charge moins rapide chez la f e m m e Iorsque s'installe la douleur. D'obscurs archaTsmes ou des motifs econo- miques resistent & I'id6e que la reconnaissance de la souffrance appartient egalement dans son integralite aux hommes et aux femmes.
C'est a partir de cet art partage, en constant devenir, que I'on evitera I'ecueil des impasses therapeutiques que croise le chemin du patient douloureux chronique.
Dr J. Desmeules
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