LE FLOT BINORMAL, L’´EQUATION DE SCHR ¨ODINGER ET LES TOURBILLONS FILAMENTAIRES
[d’apr`es Valeria Banica et Luis Vega]
par Evelyne MIOT
INTRODUCTION
Le but de cet expos´e est de pr´esenter un ensemble de travaux de V. Banica et L.
Vega [BV08, BV09, BV12, BV13, BV13-a, BV15] `a propos de l’´equation du flot par courbure binormale. Cette ´equation, issue de la m´ecanique des fluides, d´ecrit l’´evolution des tourbillons filamentaires – ´ecoulements de fluides pour lesquels le tourbillon se concentre le long d’une courbe de l’espace. Il existe une famille remarquable de solutions auto-similaires de ce flot, qui d´eveloppent une singularit´e ponctuelle `a temps ´egal `a z´ero. Ce sont les questions d’existence et de stabilit´e de cette dynamique singuli`ere qui constituent le cœur des r´esultats expliqu´es ici. L’approche repose de fa¸con essentielle sur le lien qui unit le flot binormal et l’´equation de Schr¨odinger.
1. LE FLOT PAR COURBURE BINORMALE 1.1. Une br`eve pr´esentation
L’objet d’´etude de cet expos´e est l’´equation du flot par courbure binormale(1)
(B) ∂tχ=∂xχ∧∂xxχ.
Ici, χ :R+×R → R3, (t, x)7→ χ(t, x) d´esigne une courbe param´etr´ee par la longueur d’arc x ∈ R au temps t ∈ R+. L’´equation (B) est un mod`ele asymptotique r´egissant l’´evolution des tourbillons filamentaires – ´ecoulements de fluides o`u le tourbillon se concentre pour tout temps t ∈R+ le long d’une courbe de l’espace. Il a ´et´e obtenu de fa¸con formelle, `a partir des ´equations de la m´ecanique des fluides, par Da Rios [DR1906], puis red´ecouvert par Arms et Hama [AH65]. On mentionne ´egalement l’article r´ecent de Jerrard et Seis [JS16] pour une d´erivation rigoureuse sous des hypoth`eses plus faibles de concentration du tourbillon. Bien que certaines des caract´eristiques physiques des filaments ne soient pas retrouv´ees au travers de ce mod`ele, l’´equation (B) pr´esente des propri´et´es math´ematiques riches et permet de pr´edire certaines dynamiques singuli`eres, notamment celles des solutions auto-similaires.
1. Dans toute cette note, ∂y d´esigne la d´eriv´ee partielle ∂/∂y par rapport `a y et ∂yy la d´eriv´ee partielle d’ordre deux∂2/∂y2.
En notant c(t,·) la courbure, τ(t,·) la torsion, et (T(t,·), n(t,·), b(t,·)) le rep`ere de Serret-Frenet associ´es `a la courbe χ(t,·)(2), de sorte que T(t,·) = ∂xχ(t,·) : R → S2, on remarque que ∂xχ∧∂xxχ = T ∧∂xT = cT ∧n. Ainsi, (B) admet une forme plus condens´ee qui explique son appellation :
∂tχ=cb.
Par ailleurs, en d´erivant chacun des termes de (B) par rapport `a x, on obtient une
´equation pour le vecteur tangent uniquement, nomm´ee ´equation pour les applications de Schr¨odinger(3).
(1) ∂tT =T ∧∂xxT.
1.2. Quelques r´esultats d’existence de solutions
Le flot binormal admet plusieurs solutions explicites et simples :
• Les droites de R3 (qui forment des solutions stationnaires) ;
• Les courbes qui forment des cercles se propageant en translation uniforme dans la direction perpendiculaire `a celle du cercle, `a vitesse ´egale `a l’inverse du rayon du cercle ;
• Les courbes qui forment des h´elices.
Il s’agit dans ces exemples de solutions r´eguli`eres ; il existe aussi une th´eorie pour des solutions non n´ecessairement deux fois d´erivables. Par exemple, on peut donner une formulation de (B) au sens des distributions pour des courbes appartenant `aL∞(H3/2).
De plus, d’apr`es le paragraphe pr´ec´edent, les probl`emes de Cauchy pour (B) et pour (1) peuvent se traiter en parall`ele. Ceci permet d’obtenir le caract`ere globalement bien pos´e dans L∞(H3) pour (B), par combinaison des articles de Ding et Wang [DW01]
et Chang, Shatah et Uhlenbeck [CSU00] ou d’apr`es Nahmod, Shatah, Vega et Zeng [NSVZ06]. Plus r´ecemment, Jerrard et Smets [JS12] (voir aussi [S13]) ont ´etabli des r´esultats de stabilit´e pour (B) et (1) dans des espaces de r´egularit´e plus faible.
L’´evolution de courbes trop singuli`eres pour entrer dans le cadre pr´ec´edent a ´et´e consid´er´ee par diff´erents auteurs. Jerrard et Smets [JS15] ont introduit une formu- lation faible permettant de traiter des filaments avec des auto-intersections. Le cas de filaments en forme de polygones r´eguliers, comportant donc plusieurs singularit´es de type coin, a ´et´e ´etudi´e par De la Hoz et Vega [DLHV15] grˆace `a des tech- niques alg´ebriques. Ceci fait ´egalement l’objet d’un travail en cours de Banica et Vega [BV16]. Des simulations num´eriques pour la dynamique de ces filaments polygonaux ont ´egalement ´et´e r´ealis´ees par Smets [S13].
Enfin, les filaments qui forment des courbes r´eguli`eres sauf en un point (t, x) en lequel le filament forme un coin, ainsi que leurs perturbations, constituent l’objet central des travaux de V. Banica et L. Vega et b´en´eficieront d’un traitement `a part dans la suite de cet expos´e.
2. Voir (4) ci-apr`es pour un rappel de la d´efinition pr´ecise.
3. Schr¨odinger map equation, dans la terminologie anglo-saxonne.
1.3. Les solutions auto-similaires
Comme mentionn´e plus haut, des solutions remarquables de (B) sont donn´ees par des courbes auto-similaires. On les recherche sous la forme suivante :
(2) χ(t, x) = √
tG x
√t
, t >0, x∈R,
o`u G est une fonction lisse d´efinie sur R. En effet, la variable auto-similaire x/√ t est la seule compatible avec les ´echelles de l’´equation. De telles solutions sont r´eguli`eres `a t >0 et d´eveloppent une singularit´e `at = 0. Celle-ci est n´ecessairement de type coin
`
a l’origine, au sens que χ(0, x) est la r´eunion de deux demi-droites formant un angle non nul `ax= 0 :
(3) χ(0, x) = A+x1R+(x) +A−x1R−(x),
avec A+ et A− deux vecteurs non colin´eaires de R3. Les filaments de la forme (2) apparaissent dans diff´erents contextes en physique, et leur comportement est illustr´e par les figures 1 et 2 : dans les fluides, comme expliqu´e pr´ec´edemment, dans les superfluides [S85, LI02, LI03] et en ferromagn´etisme [LD81, LRT76, B88].
D’un point de vue math´ematique, des calculs simples, connus depuis longtemps, per- mettent de voir que les solutions auto-similaires (2) forment une famille `a un param`etre a, dont la courbure et la torsion en (t, x) valent a/√
t et x/2t respectivement (voir l’annexe 1 de [GRV03]).
L’analyse approfondie de telles solutions, comportant une description pr´ecise de leur comportement au voisinage de la singularit´e, a ´et´e r´ealis´ee par Guti´errez, Rivas et Vega [GRV03]. Nous donnons ici une version partielle de leur principal r´esultat.
Th´eor`eme 1.1 (Existence et description des solutions auto-similaires, [GRV03]) Soient A+ et A− deux vecteurs de R3 non colin´eaires. Soit a >0 d´etermin´e par la formule sin
(A\+, A−)/2
=e−πa
2 2 .
Il existe une unique solution, not´ee χa, `a l’´equation (B) de la forme (2) sur R∗+×R, o`u G est de classeC∞, et qui se comporte comme (3) `a t= 0 au sens que
sup
x∈R
χa(t, x)−A+x1R+(x)−A−x1R−(x) ≤a√
t.
De plus, pour t >0, la courbure de la courbe χa(t,·) est constante, ´egale `a a/√
t, et sa torsion au point x est ´egale `a x/2t.
Enfin, il existe deux vecteurs B+ et B− de C3, qui sont orthogonaux `a A+ et A−
respectivement, tels que B±= lim
t→0(n+ib)(t, x)eix
2 4teia2ln
|x|
√ t
, pour ±x >0.
]
Figure 1. Tourbillons filamentaires dans un fluide rencontrant un obstacle triangulaire de type aile delta, H. Werl´e, ONERA 1963.
Figure 2. Tourbillons filamentaires apr`es une reconnexion de lignes de tour- billon quantique dans du h´elium superfluide, E. Fonda et al., Proc. Nat. Acad.
Sci. (2014), 4707-4710.
Mentionnons qu’une ´etude semblable a ´et´e men´ee r´ecemment par Guti´errez et De Laire [GDL15] pour une version dissipative de l’´equation (1), l’´equation de Landau- Lifshitz-Gilbert r´egissant l’´evolution de mat´eriaux ferromagn´etiques avec aimantation T ∈S2 :
∂tT =T ∧∂xxT −αT ∧(T ∧∂xxT),
o`uα >0. Dans ce cadre, les solutions auto-similaires de [GDL15] d´eveloppent le mˆeme type de singularit´e coin `a t = 0 et leur torsion a la mˆeme expression que dans le Th´eor`eme 1.1 pr´ec´edent. Toutefois le caract`ere dissipatif se retrouve au niveau de la courbure, donn´ee par c(t, x) = ae−αx
2 4t /√
t.
2. STABILIT´E ET EXISTENCE AUTOUR DE LA DYNAMIQUE SINGULI`ERE : ´ENONC´ES DES R´ESULTATS
Le programme des articles [BV08, BV09, BV12, BV13] vise `a analyser les probl´ematiques de stabilit´e et d’existence autour de la solution auto-similaire χa d´ecrite au Th´eor`eme 1.1. Plus pr´ecis´ement, la notion de stabilit´e qui a motiv´e ces travaux est celle de la stabilit´e de la formation de la singularit´e de type coin `a t = 0.
En partant d’un filament proche - en un sens `a d´efinir - de χa(1) et en le laissant
´evoluer par le flot par courbure binormale, y-a-t-il encore formation d’un coin `a t = 0 ? Le cas ´ech´eant, quelles en sont les principales caract´eristiques g´eom´etriques ? Des r´eponses abouties dans ce sens sont apport´ees par [BV15] `a l’aide du panel de
r´esultats des articles pr´ec´edents [BV08, BV09, BV12, BV13]. Nous en donnons ici des formulations simplifi´ees. Le premier d’entre eux(4) concerne lastabilit´e de la formation de la singularit´e `a t = 0.
Th´eor`eme 2.1 (Stabilit´e de la formation de la singularit´e coin, [BV15])
Soit a > 0. Soit χin une courbe appartenant `a C4(R,R3) qui est proche de χa(1) dans un sens d´efini au paragraphe 4 (voir (19)) ci-apr`es. Il existe une unique solution χ∈C([0,1],Lip(R,R3))∩C((0,1], C4(R,R3)) `a l’´equation (B)telle que χ(1) =χin. De plus, cette solution v´erifie les propri´et´es suivantes.
• Il existe une courbeχ0 ∈Lip(R,R3)∩C1(R∗,R3) telle que χ(t,·)converge vers χ0 et T(t,·) vers T0 = ∂xχ0 lorsque t tend vers z´ero au sens suivant : il existe C1 > 0 et pour tout α <1/6, pour tout ε >0, il existe C(ε, α)>0 tel que
sup
x∈R
|χ(t, x)−χ0(x)| ≤C1
√
t, sup
|x|≥ε
|T(t, x)−T0(x)| ≤C(ε, α)tα.
• Il existe T±∞ ∈S2, N±∞ ∈C3 et C2 >0 tels que sup
t∈(0,1]
T(t, x)−T±∞
≤ C2
p|x|, ∀x∈R∗, sup
t∈(0,1]
(n+ib)(t, x)eix
2 4t eia2ln
|x|
√ t
−N±∞
≤ C2
p|x|, ∀ ±x >0.
• A translation et rotation pr`` es, la courbe χ exhibe en (t, x) = (0,0)une singularit´e de mˆeme structure que celle de χa, au sens que(5)
lim
x→0±T0(x) = A±, lim
x→0±lim
t→0
(n+ib)(t, x)eiR0xτ(t,y)dyeia2ln
|x|
√ t
=B±.
Le r´esultat suivant permet d’´etendre la solution au del`a de la formation de la singu- larit´e pour des temps strictement n´egatifs :
Th´eor`eme 2.2 (Continuation de la solution apr`es le temps de singularit´e,[BV15]) Sous les mˆemes hypoth`eses qu’au Th´eor`eme 2.1, il existe une courbe
χe∈C([−1,1],Lip(R,R3))∩C([−1,1]\ {0}, C4(R,R3))
telle que χe = χ sur (0,1] ×R et qui v´erifie l’´equation par courbure binormale sur [−1,0)×R∪(0,1]×R. Cette solution est unique parmi les courbes de telle r´egularit´e et telles que χ(−1) est une perturbation de χa(1) au sens du paragraphe 4.
De plus, le vecteur tangent Te(t, x) = ∂xχ(t, x)e v´erifie les propri´et´es et estimations du Th´eor`eme 2.1, en rempla¸cant t par |t|.
4. L’ordre que nous choisissons ici est diff´erent de celui de [BV15], pour des raisons de pr´esentation.
5. On rappelle queτ(t, y) d´esigne la torsion deχ(t,·) eny.
Remarque 2.3. — Il est possible de formuler l’´equation (B) dans un sens faible pour le vecteur tangent sur tout l’ensemble [−1,1]×R (voir (19) dans [BV15]), en remarquant queTe∧∂xxTe=∂x(Te∧∂xTe) et queTe∧∂xTeest une mesure de Radon ; plus exactement, Te∧∂xTe−δ(t,x)=(0,0) ∈L1([−1,1]×R).
Comme ´etape suivante se pose la question naturelle du caract`ere bien pos´e de (B) avec donn´ee initiale singuli`ere de mˆeme nature que les prototypes de tourbillons donn´es par (2).
Th´eor`eme 2.4 (Le probl`eme aux donn´ees initiales singuli`eres)
Soit χ0 une courbe appartenant `a C4(R\ {0},R3) et qui est singuli`ere en x= 0 au sens suivant : il existe deux vecteurs non colin´eaires A+ et A− tels que
lim
x→0±∂xχ0(x) = A±. Soit a > 0 d´efini par sin
(A\+, A−)/2
=e−πa2/2. On suppose que la courbure c de χ0, d´efinie sur(−∞,0)∪(0,+∞), v´erifie des hypoth`eses de petitesse par rapport `aa : pour tout 0< γ <1/2, il existe C(a, γ)>0 tel que
k(1 +|x|4)ckL2(−∞,0)+k(1 +|x|4)ckL2(0,+∞)+ sup
x∈(0,1]
|x|γc(x) + sup
x∈[−1,0)
|x|γc(x)≤C(a, γ).
Alors il existe une unique courbe
χ∈C([−1,1],Lip(R,R3))∩C([−1,1]\ {0}, C4(R,R3))
solution r´eguli`ere de (B) sur [−1,0)× R∪ (0,1] × R, qui v´erifie les propri´et´es des Th´eor`emes 2.1 et 2.2 avec cette courbe χ0.
Remarque 2.5. — Le Th´eor`eme 2.4 autorise bien les prototypes de filaments avec un coin, `a savoir les χ0 =χa(0) donn´es par (3) pour tout a > 0. En effet, la courbure est alors nulle pourx6= 0. Il permet de consid´erer ´egalement des perturbations (en termes de la courbure) de ces filaments `a coin.
Remarque 2.6. — La notion de proximit´e entre courbes mise en jeu aux Th´eor`emes 2.1 et 2.4 est d´efinie de fa¸con locale, au voisinage de la singularit´e, et s’appuie sur la correspondance avec l’´equation de Schr¨odinger d´ecrite ci-dessous. Elle ne signifie pas n´ecessairement une proximit´e g´eom´etrique en tout point.
3. VERS L’´EQUATION DE SCHR ¨ODINGER
3.1. Transformation de Hasimoto, une correspondance formelle
Nous introduisons `a pr´esent une nouvelle ´ecriture de l’´equation du flot par courbure binormale qui fait appel `a une transformation due `a Hasimoto [H72]. Dans ce para- graphe, toutes les fonctions en jeu sont suppos´ees assez r´eguli`eres pour que les calculs
puissent ˆetre effectu´es. Rappelons que (T, n, b) d´esigne le rep`ere de Serret-Frenet associ´e
`
a la courbe, et notonscetτ la courbure et la torsion, d´efinies par les formules de Frenet
(4) ∂x
T n b
=
0 c 0
−c 0 τ 0 −τ 0
T n b
.
Hasimoto d´emontre alors que si la courbure ne s’annule pas, la fonction suivante, appel´ee fonction filament
(5) ψ(t, x) =c(t, x) exp
i
Z x 0
τ(t, y)dy
, v´erifie l’´equation de Schr¨odinger non-lin´eaire cubique
(S) i∂tψ+∂xxψ+ψ
2 |ψ|2−A(t)
= 0,
o`uA(t) est d´efinie explicitement en fonction dec(t,0) etτ(t,0). Plus exactement, on a A(t) =
2∂xxc2−cτ2 c +c2
(t,0).
Notons ici qu’en posant
Ψ(t,·) = ψ(t,·) exp i
2 Z t
0
A(s)ds
on est ramen´e `a l’´equation de Schr¨odinger cubique classique
(6) i∂tΨ +∂xxΨ + 1
2Ψ|Ψ|2 = 0.
L’id´ee de preuve dans [H72] consiste `a utiliser les ´equations de Frenet en diff´erentiant deux fois le vecteur normal complexe
(7) N(t, x) = (n+ib)(t, x) exp
i Z x
0
τ(t, y)dy
,
puis en identifiant les d´eriv´ees partielles ∂txN et ∂xtN. Ainsi que l’a remarqu´e Koiso [K95], il est possible de s’affranchir de l’hypoth`ese de non annulation de la courbure en consid´erant, au lieu du rep`ere de Serret-Frenet, un rep`ere orthonormal parall`ele (T(t,·), e1(t,·), e2(t,·)) qui v´erifie
(8) ∂x
T e1 e2
(t,·) =
0 α β
−α 0 0
−β −0 0
T e1 e2
(t,·);
alors ψ(t,·) = α(t,·) +iβ(t,·) est solution de l’´equation (S) pour une certaine autre fonction A(t). On renvoie le lecteur `a l’annexe A de l’article de revue [P06] pour le d´etail des calculs.
L’op´eration r´eciproque, qui consiste `a retrouver le flot par courbure binormale depuis l’´equation de Schr¨odinger, s’effectue formellement de la fa¸con suivante (voir par exemple la section 2 dans [BV13]). Soitψ une solution suffisamment r´eguli`ere de (S). Soient
α= Reψ, β = Imψ.
Un rep`ere orthonorm´e initial (T, e1, e2)(0,0) ´etant fix´e, on d´etermine d’abord (T, e1, e2)(t,0) pour tout t ≥0 via le syst`eme
(9) ∂t
T e1 e2
(t,0) =
0 −∂xβ ∂xα
∂xβ 0 −12(|ψ|2−A(t))
−∂xα 12(|ψ|2−A(t)) 0
(t,0).
Puis, on cherche (T, e1, e2)(t,·) comme l’unique solution correspondante de (8). En posant
N =e1+ie2
et en utilisant le fait queψ satisfait (S), on v´erifie d’une part que (10)
∂xT = Re (ψN), ∂xN =−ψT
∂tT = Im (ψN), ∂tN =−i∂xT − i
2 |ψ|2−A(t) N, et d’autre part que
∂tT =T ∧∂xxT.
Le syst`eme (10) interviendra au paragraphe 5.2 dans la preuve du Th´eor`eme 2.1.
Finalement, il suffit de fixer (t0, x0)∈ R+×R et un point M0 ∈R3, puis de d´efinir χ(t, x) par la formule
(11) χ(t, x) = M0+ Z x
x0
T(t, y)dy+ Z t
t0
(T ∧∂xT)(s, x0)ds
qui est alors bien une solution du flot par courbure binormale tel que χ(t0, x0) =M0. Remarque 3.1 ([BV13]). — Les quantit´es d´efinies ci-dessus sont li´ees par les formules (lorsque ψ ne s’annule pas)
c=|ψ|, τ = Im ∂xψ
ψ
,
N(t, x) = (e1+ie2)(t, x) = (n+ib)(t, x) exp
i Z x
0
τ(t, y)dy
. 3.2. D’autres connections avec l’´equation de Schr¨odinger
Il existe un autre passage c´el`ebre entre le domaine de la m´ecanique des fluides et celui des ´equations de Schr¨odinger, mis en lumi`ere par Madelung [M27]. La transformation de Madelung associe `a une solution ψ de l’´equation de Gross-Pitaevskii
(12) i∂tψ+1
2∆ψ+ψ(1− |ψ|2) = 0, ψ :R×Rd→C, d∈ {2,3}
une densit´e ρ = |ψ|2 et un vecteur v = ∇arg(ψ). Alors les variables ρ et v satisfont `a un syst`eme de type Euler compressible avec pression quantique, appel´eforme hydrody- namique de (12)
(13)
∂tρ+∇ ·(ρv) = 0
∂tv+ (v· ∇)v+∇(1−ρ) = ∇ ∆√
ρ 2√
ρ
.
On pourra consulter l’article de revue de Carles, Danchin et Saut [CDS12] pour davan- tage de d´etails `a ce sujet. Ainsi, la transformation de Hasimoto peut ˆetre vue comme la transformation inverse `a celle de Madelung, en posant ρ=c2 etv = 2τ.
Lorsque le module |ψ| de la solution de l’´equation de Gross-Pitaevskii est proche de un, la forme hydrodynamique (13) s’identifie `a l’´equation d’Euler incompressible. Or, c’est de cette derni`ere que provient le flot par courbure binormale dans les fluides com- portant des filaments. Il est en fait conjectur´e que le flot binormal est un mod`ele limite pertinent dans certains r´egimes asymptotiques de l’´equation de Gross-Pitaevskii(6). Ceci a ´et´e ´etabli rigoureusement, pour le cas du cercle en translation uniforme, par Jerrard [J02].
Enfin, mentionnons l’apparition desyst`emesd’´equations de Schr¨odinger non lin´eaires r´egissant l’interaction de plusieurs filaments tourbillonnaires. Lorsque ces derniers sont suppos´es ˆetre de petites perturbations deN filaments droits et tous parall`eles au mˆeme axe, leurs positions peuvent ˆetre d´ecrites `a l’aide de fonctions Ψj : R×R → C qui
´evoluent selon un mod`ele obtenu par Klein, Majda and Damodaran [KMD95] : i∂tΨj+ Γj∂xxΨj +X
k6=j
Γk Ψj −Ψk
|Ψj −Ψk|2 = 0, 1≤j ≤N,
o`u les Γj ∈R sont les circulations des filaments. Notons que ce syst`eme se r´eduit `a un syst`eme d’´equations diff´erentielles ordinaires (syst`eme des tourbillons ponctuels) pour des filaments droits c’est-`a-dire lorsque Ψj(t, x) = Ψj(t).
3.3. Fonctions filaments des solutions particuli`eres
En calculant les courbures et torsions des solutions particuli`eres ´enum´er´ees pr´ec´edemment, nous pouvons donner les formules explicites des fonctions filament correspondantes :
• Pour les lignes droites, la courbure cest identiquement nulle, donc ψ ≡0, A≡0 ;
• Pour les anneaux en translation uniforme, la courbure c = c0 est constante, la torsionτ est identiquement nulle, donc ψ(t, x) = ψ0 est constante et A(t) =A0 =c20;
• Pour les h´elices, c = c0 et τ = τ0 sont constantes, donc ψ(t, x) = c0exp(iτ0x) et A(t) = −2τ02+c20;
6. Apr`es changement d’´echelle en temps et en espace.
• Venons-en aux solutions auto-similaires. Pour χa d´efinie au Th´eor`eme 1.1, nous avons vu que ca(t, x) =a/√
t et τa(t, x) =x/2t. Donc
(14) ψa(t, x) = a
√texp ix2
4t
, de sorte que A(t) = a2/t etψa est solution de l’´equation
(15) i∂tψ+∂xxψ+ ψ
2
|ψ|2− a2 t
= 0.
Dans le formalisme de Hasimoto, les singularit´es de type coin pour le filament se tra- duisent par une masse de Dirac pour la fonction filament. Plus pr´ecis´ement, la fonction filament du filament constitu´e de deux demi-droites de directionsA− etA+, c’est-`a-dire la limite χa(0, x) de χa(t, x) lorsquet tend vers z´ero, est la mesure de Dirac
ψa(0, x) = aδx=0.
De fa¸con r´eciproque, la proc´edure pr´esent´ee plus haut permet de construire, `a partir de solutions explicites pour (S), de nouvelles solutions explicites mais plus complexes pour l’´equation (B). C’est le cas par exemple de la solution en forme de filament avec propagation de soliton trouv´ee dans [H72] :
ψ(t, x) = 1 2√
2
1
cosh(x−2N t)exp −iN2t+iN x
, A(t) = −1, o`u N ∈R.
4. FORMULATION DES PROBL`EMES DE STABILIT´E ET
D’EXISTENCE AUTOUR DE LA DYNAMIQUE SINGULI`ERE La cl´e des d´emonstrations des Th´eor`emes 2.1, 2.2 et 2.4 tient dans la reformulation syst´ematique des probl´ematiques envisag´ees en termes de fonction filament et d’´equation de Schr¨odinger. La difficult´e majeure r´eside dans le fait que l’on consid`ere des donn´ees - initiales ou finales, selon le point de vue - de type mesure de Dirac, qui n’appartiennent pas aux espaces de r´esolution usuels pour l’´equation de Schr¨odinger non lin´eaire : pour tout s≥0, le probl`eme de Cauchy est globalement bien pos´e dansHs (voir les articles [GV79, CW90]) et mal pos´e lorsque s <0 [KPV01]. Plus exactement, le probl`eme est mal pos´e lorsque la donn´ee initiale est la mesure de Diracaδ0 : sinon, l’unique solution serait eia2lntψa(t, x) qui n’a pas de limite en t= 0.
Latransformation pseudo-conforme est un moyen d’ˆoter la mesure de Dirac dans la donn´ee initiale ψa(0, x) et de se ramener `a l’´etude de la solution lorsque t tend vers l’infini. Elle consiste `a poser, pour une solution ψ de (15),
(16) ψ(t, x) =Tv(t, x) = eix
2
√4t
t v 1
t,x t
.
Alors la fonction v est solution de
(17) i∂tv+∂xxv+ v
2t |v|2−a2
= 0.
De plus, lorsque ψ =ψa, on av =a.
Finalement, le probl`eme de stabilit´e pour les solutions χ du flot par courbure bi- normale, autour des solutions auto-similaires χa au voisinage de la formation de la singularit´e, c’est-`a-dire lorsque t tend vers z´ero, peut ainsi se reformuler en les termes suivants.Analyser le comportement des solutions de (17) de la forme v =a+u lorsque t tend vers l’infini, lorsque la perturbation u appartient `a un espace fonctionnel appro- pri´e, a une petite norme dans cet espace - au moins initialement, c’est-`a-dire `a t= 1, et v´erifie l’´equation
(18) i∂tu+∂xxu+ a+u
2t |a+u|2−a2
= 0,
compl´et´ee ´eventuellement de la donn´ee initiale u(1) = uin. Dans ce dernier cas, la fonction filament de la courbe correspondante χin `a t= 1 est donn´ee par
(19) ψin(x) = ψ(1, x) = aeix
2
4 +uineix
2 4 .
On convient de dire que la courbe χin est proche de χa(1) si uin, ainsi que ses quatre premi`eres d´eriv´ees, sont assez petites dans un espace fonctionnel appropri´e, d´efini dans (21) ci-dessous.
L’analyse de (18) comporte plusieurs volets, ´etudi´es dans les diff´erents articles [BV08, BV09, BV12, BV13, BV15] que nous rapportons ci-dessous. Les propri´et´es dites de
scattering(7) - op´erateurs d’ondes, compl´etude asymptotique - li´ees au caract`ere dispersif de l’´equation jouent un rˆole central dans la d´emonstration du Th´eor`eme 2.4, comme nous l’expliquerons au paragraphe 5.3 ci-apr`es.
• L’existence globale d’une solution de (18) dansC([1,+∞), H1), pour toute donn´ee initiale uin ∈ H1, est ´etablie dans [BV08]. Ce r´esultat repose sur l’´energie associ´ee `a (17),
E(t) = 1 2
Z
R
|∂xv|2dx+ 1 4t
Z
R
|v|2−a22
dx, qui v´erifie l’estimation de d´ecroissance
d
dtE(t) =− 1 4t2
Z
R
|v|2−a22
dx≤0.
• La construction d’op´erateurs d’ondes fait l’objet de [BV09] sous des hypoth`eses de petitesse dea. Plus pr´ecis´ement, sis∈N, soitu+ petit dans l’espace ˙H−2∩Hs∩Ws,1.
7. Diffusion en fran¸cais, mais ce terme est davantage utilis´e en anglais.
Alors il existe une unique solution u ∈ C([1,+∞, Hs) de (18) telle que pour tout 1≤k ≤s,
sup
t≥1
√ t
u(t)−eia2ln
√
tei(t−1)∂xxu+ L2 + sup
t≥1
t
u(t)−eia2ln
√
tei(t−1)∂xxu+ ˙
Hk
≤C(a, u+).
On appelle u+ ´etat final. On parle de ph´enom`ene longue port´ee car la solution ainsi construite se comporte de fa¸con asymptotique comme la solution de l’´equation lin´earis´ee de (18) avec donn´ee initiale u+ `a un facteur eia2ln
√t pr`es.
En particulier, ceci signifie que la fonction filament ψ(t, x) se comporte comme
(20) a
√teix
2
4t +eia2ln
√t
√4πi uc+
−x 2
lorsque t tend vers z´ero. Nous verrons plus loin qu’en d´epit de cette divergence, la courbe χ(t, x), ainsi que ses vecteurs tangent et normal, ont quant `a eux une limite lorsque t tend vers z´ero.
• La compl´etude asymptotique est ´etablie dans [BV12] au sens suivant. Pour un certain 0< γ <1/2, les auteurs introduisent l’espace
(21) Xγ =n
f ∈L2|ξ7→ |ξ|γf(ξ)ˆ ∈L∞([−1,1])o .
Soits∈Net soituintel queu(k)in soit petit dansXγ, pour tout 0≤k≤s. Alors il existe une unique solution globaleu de (18) telle que u(1) =uin et∂xku∈L∞((1,+∞), Xγ)∩ L4((1,+∞), L∞). De plus, il existeu+ ∈Hs, avec u(k)+ ∈Xγ, tel que
sup
t≥1
tα
u(t)−eia2ln
√t
ei(t−1)∂xxu+
Hs ≤C(a, uin, α),
pour tout α <1/2−γ. En termes g´eom´etriques, ce r´esultat implique que toute courbe χin qui est proche de la courbe χa - au sens o`u la perturbationuin a une norme petite dans Xγ, ainsi que ses d´eriv´ees - donne lieu `a une solution r´eguli`ere `at >0 du flot par courbure binormale et qui d´eveloppe une singularit´e de type coin `a t = 0. Il s’agit l`a d’un premier r´esultat important de stabilit´e de la formation de la singularit´e, dont les caract´eristiques g´eom´etriques ne sont `a ce stade pas encore totalement pr´ecis´ees.
• L’existence d’op´erateurs d’ondes est `a nouveau ´etudi´ee dans [BV12], dans lequel les hypoth`eses d’appartenance `a ˙H−2 et de petitesse deade [BV09] sont lev´ees. Il y est
´etabli que si u+ est tel queu(k)+ est petit dans Xγ pour 0≤ k≤s, il existe une unique solution globale u de (18) telle que ∂xku ∈ L∞((1,+∞), Xγ)∩L4((1,+∞), L∞) et qui v´erifie
sup
t≥1
tα
u(t)−eia2ln
√tei(t−1)∂xxu+ Hs
≤C(a, u+, α), pour toutα <1/2−γ.
• Une description g´eom´etrique pouss´ee de la formation de la singularit´e est fournie dans [BV13, Theorem 1.1]. Sous des hypoth`eses suppl´ementaires pour la perturbation uin (appartenance `a des espaces de Sobolev `a poids), le comportement de la solution du flot binormal χ, construite `a partir de la courbe χin dont la fonction filament `a t = 1 est donn´ee par (19), est d´ecrit de fa¸con quantitative via des estimations pour les vecteurs tangentT et normal complexe N semblables `a celles du Th´eor`eme 2.1. En particulier, on retrouve la formation du mˆeme coin que pour χa `a t = 0, pour toute perturbation initiale de χa(1). Ceci d´emontre donc que la dynamique singuli`ere des solutions auto-similaires χa est stable.
5. ESQUISSES DE PREUVE
Le but de cette section est d’apporter des ´el´ements de preuve des diff´erents r´esultats pr´esent´es plus haut.
5.1. Scattering pour (18)
Ce paragraphe est d´edi´e `a la construction d’op´erateurs d’ondes pour (18) : ´etant donn´e un certain profil asymptotique w, il s’agit de construire une solution u globale qui en est proche lorsque ttend vers l’infini. La strat´egie usuelle, pour les ´equations de type Schr¨odinger non lin´eaires, consiste `a chercher un point fixe `a l’infini, autrement dit un point fixe u pour l’application r´esultant de la formule de Duhamel
(22) u7→w−i Z +∞
t
ei(t−s)∂xx
a+u
2s |a+u|2−a2
−(i∂tw+∂xxw)(s)
ds.
Si l’on cherche comme profil asymptotique une solution de l’´equation de Schr¨odinger lin´eaire
w(t) =eit∂xxu+,
les termes lin´eaires du terme source - qui sont les plus d´elicats `a contrˆoler - dans l’int´egrale du membre de droite se comportent, lorsque t tend vers l’infini, comme
F1(t, eit∂xxu+) = a2 Z +∞
t
ei(t−s)∂xx
eis∂xxu+
2s
ds, F2(t, eit∂xxu+) = a2
Z +∞
t
ei(t−s)∂xx eis∂xxu+ 2s
! ds.
A l’inverse du second terme, le premier terme lin´` eaireF1est a priori source de difficult´es, puisque d´epourvu d’oscillations :
Z +∞
t
ei(t−s)∂xx
eis∂xxu+ 2s
Hs
ds=ku+kHs
Z +∞
t
1
2sds= +∞.
Ceci sugg`ere de consid´erer le cas longue port´ee, en rempla¸cant u par ue−ia2ln
√t, ce qui ram`ene `a l’´equation
(23) i∂tu+∂xxu+ a2
2t1+ia2u=F(t, u).
Ici, F est une fonction non lin´eaire en u qui n’implique que des termes cubiques et quadratiques. L’analyse des propri´et´es de scattering comporte dans un premier temps l’´etude de l’´equation lin´eaire correspondante
(24) i∂tu+∂xxu+ a2
2t1+ia2u= 0.
• Premi`eres estimations pour l’´equation lin´eaire (24).
On commence par des estimations ´etablies dans [BV12, Lemme 2.1, Lemme 2.2], puis am´elior´ees dans [BV13, Lemma 6.1], concernant la croissance des modes de Fourier pour l’´equation lin´eaire.
Lemme 5.1. — Soit u une solution de (24). Pour tout δ >0, il existe C(δ) tel que
|bu(t, ξ)| ≤C(δ)tδ(|bu(1, ξ)|+|u(1,b −ξ)|), ∀ξ∈R, ∀t≥1,
|bu(t, ξ)| ≤
1 + C(δ)
|ξ|δ
(|u(1, ξ)|b +|bu(1,−ξ)|), ∀ξ∈R∗, ∀t ≥1.
Preuve (esquisse) — La transform´ee de Fourier de (24) donne i∂tu(t, ξ)b −ξ2u(t, ξ) +b a2
t1+ia2bu(t, ξ) = i∂tu(t, ξ)ˆ −ξ2u(t, ξ) +b a2
t1+ia2u(t,b −ξ) = 0.
En multipliant paru(t, ξ), puis en prenant la partie imaginaire, cette identit´b e m`ene `a 1
2∂t|bu(t, ξ)|2 =−a2Im 1
t1+ia2u(t,b −ξ)bu(t, ξ)
. Ainsi,
(25) ∂t|u(t, ξ)| ≤b a2
t |u(t,b −ξ)|,
et il en va de mˆeme en rempla¸cantξ par−ξ. D’o`u, en appliquant le Lemme de Gronwall
`
a la fonction t7→ |bu(t, ξ)|+|bu(t,−ξ)|,
|u(t, ξ)| ≤b ta2(|bu(1, ξ)|+|u(1,b −ξ)|).
Le fait qu’il soit possible d’obtenir une croissance polynomiale en t ind´ependante de a est d´emontr´e dans [BV13, Lemma 6.1], `a l’aide de calculs de nature tr`es technique portant sur les quantit´esRedu etImdu. Nous les omettons ici.
Dans l’optique d’´etablir la propri´et´e de compl´etude asymptotique, on d´eduit du Lemme 5.1 une estimation pour le terme de DuhamelF2(t, u) correspondant `a lapartie oscillante du lin´earis´e de (18). D´efinissons, pourt2 ≥t1 ≥1,
At1,t2(ξ) =F e−it1∂xxF2(t1, u)−e−it2∂xxF2(t2, u)
(ξ) =a2 Z t2
t1
e−i(t−s)ξ2u(s,ˆ −ξ) s1+ia2 ds.
Le Lemme 2.5 dans [BV12] stipule alors que
Lemme 5.2. — Soit u une solution de (24). Pour tout δ > 0, il existe C(δ) tel que pour ξ6= 0,
|At1,t2(ξ)| ≤C(δ) 1 +|ξ|−δ|bu(1, ξ)|+|u(1,b −ξ)|
t1ξ2 . Preuve (esquisse) — Par int´egration par parties,
At1,t2(ξ) = eit2ξ2u(tˆ 2,−ξ)
iξ2t1+ia2 2 −eit1ξ2u(tˆ 1,−ξ) iξ2t1+ia1 2
− Z t2
t1
eisξ2 iξ2
∂su(s,ˆ −ξ)
s1+ia2 −(1 +ia2)u(s,ˆ −ξ) s2+ia2
! ds.
D’apr`es (25) et la seconde estimation du Lemme 5.1, ceci implique que
|At1,t2(ξ)| ≤C
1 + C(δ)
|ξ|δ
|u(1, ξ)|b +|bu(1,−ξ)|
ξ2
1 t1 + 1
t2 + Z t2
t1
ds s2
et la conclusion s’ensuit.
• Scattering pour l’´equation lin´eaire
L’estimation du Lemme 5.2 sugg`ere un traitement s´epar´e des basses fr´equences|ξ| ≤1 et hautes fr´equences|ξ| ≥1. Ceci explique l’introduction de l’espaceXγ dans (21) ainsi que de son pendant pour les fonctions d´ependant du temps
Yγ =
f ∈L∞([1,+∞), L2)| kfkYγ = sup
t≥1
kf(t)kL2 +t−γ
|ξ|γf(t, ξ)ˆ
L∞([−1,1])
<+∞
. Soit uin ∈ Xγ. Nous savons d´ej`a qu’il existe une solution globale unique u de (24) dans l’espace C([1,+∞), L2) telle que u(1) = uin. D’une part, la premi`ere estimation du Lemme 5.1, avec δ=γ, implique que
t−γk|ξ|γbu(t, ξ)kL∞([−1,1])≤C(γ)k|ξ|γu(1)kb L∞([−1,1]) ≤C(γ)kuinkXγ.
D’autre part, d’apr`es la seconde estimation de ce mˆeme lemme, en rappelant que 0<
γ <1/2,
kbu(t)kL2 =kbu(t)kL2([−1,1])+ku(t)kb L2(R\[−1,1])
≤C(γ)
|ξ|−γ
L2([−1,1])k|ξ|γu(1)kb L∞([−1,1])+ 2ku(1)kb L2 ≤C(γ)kuinkXγ. Il en r´esulte que u∈Yγ et que
(26) kukYγ ≤C(γ)kuinkXγ.
On en vient ensuite `a la propri´et´e de compl´etude asymptotique, ´equivalente au fait quee−it∂xxu(t) admet une limite lorsque t tend vers l’infini, soit encore `a
t1,tlim2→+∞
e−it2∂xxu(t2)−e−it1∂xxu(t1) = 0,
o`u la norme k·k d´esigne la norme L2 ou Hs. D’apr`es la formule de Duhamel, u est donn´ee par
u(t) =eit∂xxu+−ia2 Z +∞
t
ei(t−s)∂xxu(s) 2s1+ia2 ds,
et il s’ensuit que la transform´ee de Fourier dee−it2∂xxu(t2)−e−it1∂xxu(t1) est pr´ecis´ement At1,t2.
En vertu du Lemme 5.2, on a d’une part
kAt1,t2kL2(R\[−1,1])≤Ckbu(1)kL2
t1 ≤CkuinkXγ
t1 et d’autre part
kAt1,t2kL2(1/t1≤ξ2≤1) ≤ k|ξ|γu(1)kb L∞([−1,1])
t1
|ξ|−2−γ−δ
L2(1/t1≤ξ2≤1) ≤C kuinkXγ
t1/4−(γ+δ)/2 1
. Les autres r´egions 1/t2 ≤ ξ2 ≤ 1/t1 et ξ2 ≤ 1/t2 sont trait´ees par des d´ecoupages judicieux utilisant `a nouveau les estimations des Lemmes 5.1 et 5.2. Finalement, on obtient effectivement que
t1lim→+∞kAt1,t2kL2 = 0,
et la compl´etude asymptotique - ainsi que les taux de convergence ´enonc´es plus haut - en d´ecoulent. On renvoie au paragraphe 2 de [BV12] pour les d´etails.
• Scattering pour l’´equation non lin´eaire (23).
Afin d’´etablir les propri´et´es de scattering pour l’´equation non lin´eaire, on consid`ere cette derni`ere comme une perturbation de l’´equation lin´eaire en cherchant la solution sous la forme
u(t) =S(t,1)uin+ Z t
1
S(t, s)F(s, u(s))ds,
o`uS(t, t0)f d´esigne la solution de (24) issue def `at=t0. Cette analyse est effectu´ee au paragraphe 3 de [BV12] `a l’aide des estimations pr´ec´edentes pourS(t,1). En particulier, le Corollaire 3.3 ´etablit que si la norme deu(k)in dansXγ est petite pour 0≤k ≤s, alors la solution u v´erifie l’estimation analogue `a (26) dans le cas lin´eaire pours= 0 : (27)
s
X
k=0
∂xku
Yγ∩L4([1,+∞),L∞)≤C(a)
s
X
k=0
u(k)in
Xγ.
5.2. Comportement asymptotique des vecteurs tangent et normal : preuve du Th´eor`eme 2.1
Soit χin une courbe de R3 comme dans le Th´eor`eme 2.1, c’est-`a-dire telle que la fonction filament associ´ee v´erifie (19) pour une fonctionuintelle queu(k)in soit assez petite dans Xγ pour tout 0 ≤ k ≤ 4. D’apr`es ce qui pr´ec`ede, il existe une solution globale u∈Yγ correspondante, et il existeu+ ∈Xγ tel queusoit proche de eia2ln
√
teit∂xxu+(x)
lorsque t tend vers l’infini. Soit v = a +u, puis d´efinissons ψ pour t ∈ (0,1] par la transformation pseudo-conforme (16), soit par
(28) ψ(t, x) = eix
2
√4t
t (a+u) 1
t,x t
.
Enfin, construisons des vecteurs tangent et normal en r´esolvant le syst`eme (10) pour t∈(0,1] avec comme donn´ee initiale (T, N)(1,0) = (e1, e2+ie3), o`u (e1, e2, e3) d´esigne la base canonique de R3. Puis, posons M0 = 0 et on d´efinissons χ(t,·) pour t ∈ (0,1]
par la formule (11) ; ainsi, on a χ(0,0) = 0.
• Comportement asymptotique de T(t,·) et N(t,·).
Le but de ce paragraphe est d’obtenir les estimations du Th´eor`eme 2.1 pour T(t, x) etN(t, x) lorsquet ∈(0,1] est fix´e et|x|tend vers l’infini. En int´egrant le syst`eme (10) par rapport `a x, avec ψ donn´e par (28), on a par int´egration par parties
T(t, x2)−T(t, x1)
= Re Z x2
x1
e−iy
2
√4t
t (a+u) 1
t,y t
N(t, y)dy
!
= Re 2i√ t
Z x2
x1
∂y
e−iy
2 4t
a+u 1t,yt
y N(t, y)dy
!
=−Re
2i√ t
Z x2
x1
e−iy
2 4t 1
t∂yu 1
t,y t
N(t, y) y dy
−Re
2it Z x2
x1
ψ(t, y)−N(t, y) y2 dy
−Re
2it Z x2
x1
ψ(t, y)
y ∂yN(t, y)dy
−Im
2tψ(t, x2) x2
+ Im
2tψ(t, x1) x1
. En utilisant `a nouveau (10) pour N, on obtient
T(t, x2)−T(t, x1)
= Im 2
√t Z x2
x1
e−iy
2 4t∂yu
1 t,y
t
N(t, y) y dy
+ Im
2t
Z x2
x1
ψ(t, y)−N(t, y) y2 dy
−Im
2tψ(t, x2) x2
+ Im
2tψ(t, x1) x1
.
Puisque H1(R)⊂L∞(R), on akψkL∞ ≤C(a+ku(1/t)kH1)/√
t, ainsi
T(t, x2)−T(t, x1)−Im 2
√t Z x2
x1
e−iy
2 4t∂yu
1 t,y
t
N(t, y) y dy
≤C
√t
x1(a+ku(1/t)kH1).
Puisque ∂xu(1/t)∈L2, l’in´egalit´e de Cauchy-Schwartz implique que
Z x2
x1
e−iy
2 4t∂yu
1 t,y
t
N(t, y) y dy
≤ Ck∂xu(1/t)kL2
p|x1| .
En faisant tendrex2 vers l’infini, on obtient donc l’existence de vecteursT+∞(t) etT−∞(t) qui v´erifient les estimations du Th´eor`eme 2.1. Le fait qu’ils s’av`erent ind´ependant de t
est d´emontr´e au paragraphe 3.2 de [BV13]. Les comportements asymptotiques pour N sont d´etermin´es au paragraphe 3 de [BV13] par des arguments similaires.
• Comportement de T(·, x) et de N(·, x) pour x6= 0 lorsque t tend vers z´ero.
L’existence de T0 ∈ L∞ tel que T(t, x) converge vers T0(x) pour x 6= 0 selon les estimations du Th´eor`eme 2.1 fait l’objet de [BV15, Proposition 3.6] (voir aussi [BV13-a, Par. 3.2.2]). Dans [BV13, Par. 4], il est ´egalement ´etabli que
(29) |T(t, x)−T0(x)| ≤C(
Dku Xγ)P
√ t
|x|
, o`uP(z) est une combinaison lin´eaire dezk, 1≤k ≤4.
De plus, le comportement du rep`ere parall`ele (N, T) peut ˆetre pr´ecis´e. Posons N(t, x) =e N(t, x) exp(ia2ln
|x|
√t
.
Alors d’apr`es [BV15, Par. 3.2], il existe une limite de Ne(t, x) lorsque t tend vers z´ero, et de plus, `a rotation pr`es :
(30)
Ne0(x) = N∞+ Z ∞
x
uc+
y 2
eia2ln|y|T0(y)dy, T0(x) =T∞−Re
Z ∞ x uc+y
2
e−ia2ln|y|Nb0(y)dy
, ∀x >0,
et les formules analogues ont lieu pour x < 0. Ces ´egalit´es sont bas´ees sur le r´esultat de compl´etude asymptotique d´ecrit par (20).
• Comportement de χ lorsque t tend vers z´ero.
Rappelons que c(t) = |ψ(t)|, donc kc(t)kL∞ ≤ C(kDukXγ)/√
t. Puisque ∂tχ = cb, ceci implique queχ(t) a bien une limite χ0 lorsque t tend vers z´ero, et de plus
sup
x∈R
|χ(t, x)−χ0(x)| ≤ Z t
0
kc(s)kL∞ ds≤C(kDukXγ)√ t.
• Formation de l’angle de T0
On ´ebauche la preuve du dernier point du Th´eor`eme 2.1, `a savoir la formation de l’angle `a t = 0 et x = 0. On renvoie `a la d´emonstration de la Proposition 5.1 dans [BV13] pour les d´etails. Puisque u ∈ L4([1,+∞), L∞) (voir (27)), il existe une suite (tn) qui tend vers z´ero telle que ku(1/tn)kL∞ tend vers z´ero. Introduisons les fonctions d’une variable
Tn(x) =T(tn,√
tnx), Nn(x) =N(tn,√
tnx), x6= 0,
o`utn tend vers z´ero lorsquentend vers l’infini. On se focalise ainsi sur la limite en (0,0) selon une direction bien particuli`ere. En ins´erant l’expression (28) dans le syst`eme (10),
on a
Tn0(x) = √
tnRe ψ(tn,√
tnx)Nn(x)
= Re ae−ix
2
4 Nn(x) + Re
eix
2 4 u
1 tn, x
√tn
Nn(x)
, Nn0(x) = −√
tnψ(tn,√
tnx)Tn(x) = −aeix42Tn(x)−eix
2 4 u
1 tn, x
√tn
Tn(x).
Comme|Tn(x)|= 1 et|Nn(x)|= 2, le th´eor`eme d’Ascoli-Arzela assure l’existence d’une sous-suite telle que (Tnk)k∈N et (Nnk)k∈N convergent uniform´ement sur les compacts de R∗ vers une solution (T∗, N∗) du syst`eme
T∗0(x) = Re ae−ix
2
4 N∗(x)
N∗0(x) =−aeix42T∗(x), pour x6= 0.
Ainsi,
T∗(x),Re
e−ix
2 4 N∗(x)
,Im
e−ix
2 4 N∗(x)
est le rep`ere de Serret-Frenet d’une courbe dont la courbure et la torsion sont donn´ees par a et x/2 respectivement pour x 6= 0. D’une part, l’´etude r´ealis´ee par [GRV03] pour un tel syst`eme impliquent qu’`a rotation et translation pr`es, on a le comportement asymptotique lorsque x tend vers l’infini :
x→±∞lim T∗(x) =A±; D’autre part, on a pourx6= 0
T∗(x) = lim
n→+∞ T(tn,√
tnx)−T0(√ tnx)
+ lim
n→+∞T0(√ tnx), o`u
sup
n∈N
|T(tn,√
tnx)−T0(√
tnx)| ≤ C
|x|
d’apr`es (29). Il s’ensuit que
x→0lim±T0(x) = A±. 5.3. Preuve du Th´eor`eme 2.4
Consid´erons la solution auto-similaire χa du Th´eor`eme 1.1, dont l’asymptotique en t = 0 est le filament (3) dont l’angle est donn´e par celui de χ0, c’est-`a-dire par les directions des vecteursA+ etA−. Par ailleurs, les vecteurs B± d´esignent les limites des vecteurs normaux complexes :
B±= lim
x→0±lim
t→0 Ne(t, x).
L’argument central de [BV15] consiste `a consid´erer la courbe χ0 comme un ´etat final pour une courbe construite par le Th´eor`eme 2.1 comme perturbation de χa, `a partir d’une solution globale u de l’´equation (18). L’´etat final u+ v´erifie n´ecessairement le syst`eme (30). Ceci am`ene `a raisonner selon les ´etapes d´ecrites bri`evement ci-dessous.
• Construction de l’´etat final