S´ eries enti` eres, s´ eries de Fourier 1 Rappels
1.1 Convergence d’une s´ erie num´ erique sur un espace de Banach
Rappelons qu’un espace de Banach est un espace vectoriel norm´e complet, c’est-`a-dire dans lequel toutes les suites de Cauchy sont convergentes.
Soit (un)n≥0 une suite d’un espace vectoriel norm´e (E, k.k). On note (Sn) la suite des sommes partielles de la suite (un), c’est-`a-dire : S0 = u0 et pour tout n ≥ 0, Sn+1 = Sn+ un+1.
D´efinition :
– La s´erie de terme g´en´eral un est convergente si la limite de la suite des sommes partielles (Sn) existe dans (E, k.k). On notera S la somme de la s´erie. Dans ce cas, la suite (Tn)n = (S − Sn)n est bien d´efinie et converge vers 0 dans (E, k.k). On dit que la queue de la s´erie tend vers 0.
– La s´erie de terme g´en´eral un est absolument convergente si la s´erie de terme g´en´eral kunk converge. Cette derni`ere s´erie est `a termes r´eels positifs. La suite de ses sommes partielles est donc une suite croissante sur R.
Remarque : Si la s´erie de terme g´en´eral un est convergente, il est clair que la suite (un) tend vers 0. On se sert plus souvent de la contrapos´ee de cette remarque : si la suite (un) ne tend pas vers 0, la s´erie de terme g´en´eral (un) diverge.
Proposition : Si la s´erie de terme g´en´eral (un) est absolument convergente sur l’espace vectoriel norm´e complet (E, k.k), alors elle est convergente dans (E, k.k).
Preuve : En effet, supposons que la s´erie de terme g´en´eral (un) est absolument convergente, et montrons que la suite (Sn) des sommes partielles des (un) est une suite de Cauchy sur (E, k.k).
Soient n et p deux entiers positifs.
On a
Sn+p− Sn=
p
X
k≥1
un+k On en d´eduit que
kSn+p− Snk = k
p
X
k≥1
un+kk ≤
p
X
k≥1
kun+kk ≤X
k≥1
kun+kk
Fixons un r´eel > 0. Comme la s´erie de terme g´en´eral kunk est convergente, il existe un entier naturel N tel que, pour tout n ≥ N ,
X
k≥1
kun+kk ≤ .
On d´eduit que la suite des sommes partielles est une suite de Cauchy sur (E, k.k) :
Pour tout > 0, il existe N ∈ N tel que, pour tout n ≥ N et tout p ≥ 0, on ait kSn+p−Snk ≤ Puisque (E, k.k) est un espace complet, on en d´eduit que la suite des sommes partielles
(Sn) est convergente dans (E, k.k).
1.2 Convergence d’une suite ou d’une s´ erie de fonctions sur un espace vectoriel norm´ e complet
NB : Ce paragraphe est r´edig´e pour des suites ou s´eries de fonctions d’un espace de Banach, et `a valeurs dans un espace de Banach. Rien ne vous empˆeche, si c’est plus parlant pour vous, de le r´e´ecrire pour des fonctions de R dans lui-mˆeme ou de C dans lui-mˆeme. Il suffit de remplacer les normes k.k par des valeurs absolues ou modules !
On consid`ere une suite de fonctions (fn: E → F ) entre deux espaces de Banach et on note (Gn) la suite des sommes partielles : G0 = f0, et pour tout n ≥ 0, Gn+1 = Gn+ fn+1. Pour toute fonction h : E → F , on d´efinit la norme infinie de h par : khk∞ = supx∈Ekf (x)k.
D´efinition : La suite de fonctions (fn) converge simplement ou point par point vers une fonction f si, pour tout x ∈ E, la suite (fn(x)) converge dans F . On note alors f la fonction limite. De la mˆeme fa¸con, la s´erie de terme g´en´eral fn converge simplement si la suite des sommes partielles (Gn) converge simplement.
D´efinition : Soit D un ouvert de E. La suite (fn) (resp. la s´erie de terme g´en´eral fn) converge uniform´ement vers une fonction f : E → F (resp. G : E → F ) si, pour tout
> 0, il existe N tel que pour tout n ≥ N et tout x ∈ D,
kfn(x) − f (x)k ≤ (resp. kGn(x) − G(x)k ≤ )
ce qui peut se traduire : pour tout > 0, il existe N tel que pour tout n ≥ N , kfn−f k∞ ≤ (resp. kGn− Gk∞ ≤ )
Il est facile de voir que, si (fn) converge uniform´ement vers f sur D ⊂ E et si pour tout n, fn est continue sur D, alors f est continue : en effet, consid´erons un point x0 ∈ D et un r´eel > 0. Il existe un rang N tel que pour tout n ≥ N , kfn− f k∞ ≤ /3 : fixons un tel N . La fonction fN ´etant continue en x0, il existe η tel que pour tout x ∈ D tel que kx − x0k ≤ /3, on a kfN(x) − fN(x0)k ≤ /3.
Majorons kf (x) − f (x0)k, pour tout x ∈ D tel que kx − x0k ≤ η :
kf (x) − f (x0)k ≤ kf (x) − fN(x)k + kfN(x) − fN(x0)k + kfN(x0− f (x0)k ≤
Nous pouvons donc affirmer que f est continue en x0.
Ce r´esultat est bien sˆur faux si on n’impose pas `a la convergence d’ˆetre uniforme. Par exemple, pla¸cons-nous sur R et consid´erons les fonctions fn affines par morceaux, nulles sur R− et constantes ´egales `a 1 sur [1/n, +∞[. Cette suite de fonctions converge point par point vers la fonction indicatrice de l’intervalle ]0, +∞[ : en effet, si x est n´egatif, fn(x) = 0 = f (x) et si x est strictement positif, fn(x) est ´egale `a 1 pour tout n suffisamment grand, ce qui justifie la convergence de fn vers la fonction indicatrice de ]0, +∞[.
Montrons maintenant que la convergence n’est pas uniforme. Pour cela, remarquons que fn est lin´eaire de pente ´egale `a n sur [0, 1/n]. D’o`u, pour tout n et pour tout k ∈ N∗, on a fn(1/nk) = n−k+1 donc, pour tout n,
kfn− f k∞ ≥ |fn(n−k) − f (n−k)| = 1 − n−k+1
En prenant le supremum sur k du membre de droite, on obtient que, pour tout n, kfn− f k∞= 1.
D´efinition : Une s´erie de terme g´en´eral fn converge normalement sur E si la s´erie de terme g´en´eral kfnk∞ est convergente.
La convergence normale de la s´erie P fn implique sa convergence uniforme et, pour tout x ∈ E, la convergence absolue de la s´erie de terme g´en´eral fn(x).
Remarquons qu’une s´erie peut converger (et mˆeme converger uniform´ement) sans converger normalement. Consid´erons par exemple la suite de fonctions (fn : R → R)n d´efinie pour tout n par : fn: x 7→ sinn2x1]nπ,(n+1)π[.
La s´erieP
nkfnk∞diverge, mais en tout x fix´e, au plus une des valeurs des fonctions fn est non nulle doncP
nfnconverge uniform´ement (et absolument en tout point, puisqu’elle est `a termes positifs).
Il existe d’autres mode de convergence d’une suite de fonctions : il suffit pour cela de construire une norme sur l’espace des fonctions. Par exemple, si on consid`ere les fonctions
`
a valeurs r´eelles d´efinies sur un intervalle I de R et int´egrables sur cet intervalle, une norme possible est khk1 =R
I|f (t)| dt, et si on consid`ere les fonctions de carr´e int´egrables, khk2 = (R
I(f (t))2 dt)1/2 d´efinit une autre norme. Les normes k.k∞, k.k1 et k.k2 ne sont pas
´
equivalentes : on peut donc construire des suites de fonctions qui convergent pour l’une de ces normes mais pas pour les autres (notamment si I n’est pas born´e).
2 S´ eries enti` eres
Nous nous int´eressons `a partir de maintenant aux s´eries enti`eres qui sont des s´eries de fonctions de C (ou R) dans lui-mˆeme. Ces deux espaces sont bien ´evidemment des espaces de Banach.
D´efinition : Une s´erie enti`ere est une s´erie de fonctions de la forme X
n≥0
anzn
o`u les coefficients (an) forment une suite r´eelle ou complexe.
Le rayon de convergence R de cette s´erie est d´efini par R = supn
|z|, o`u z ∈ C est tel que X
anzn convergeo
∈ R+∪ {+∞}
Par exemple, la s´erie enti`ere P
n2nzn est de rayon de convergence 1/2, la s´erie enti`ere P
nzn/n! est de rayon de convergence infini, et la s´erie enti`ere P
nnnzn est de rayon de convergence nul.
Le Lemme d’Abel permet d’obtenir une minoration du rayon de convergence : Lemme d’Abel : Si, pour un r´eel r > 0 fix´e, la suite (anrn) est born´ee, alors la s´erie P
nanzn converge absolument sur le disque ouvert de centre 0 et de rayon r.
Ainsi, une s´erie enti`ere converge absolument en tout point situ´e `a l’int´erieur du disque de centre 0 et de rayon son rayon de convergence, appel´e disque ouvert de convergence, et cette convergence est uniforme sur tout disque ferm´e inclus dans le disque ouvert de convergence.
Par ailleurs, la s´erie P
nanzn diverge grossi`erement (son terme g´en´eral ne tend pas vers 0) en tout point situ´e `a l’ext´erieur du disque ferm´e de centre 0 et de rayon R.
On peut ´egalement remarquer que les s´eries P anzn et P |an|zn ont le mˆeme rayon de convergence. Par contre, lorsque l’on se place sur un point du bord du disque de convergence, ces deux s´eries n’ont pas n´ecessairement le mˆeme comportement.
Les deux r´esultats suivants se d´eduisent du lemme d’Abel et permettent de calculer le rayon de convergence d’une s´erie enti`ere :
– Th´eor`eme de Cauchy-Hadamard : Le rayon de convergence de la s´erieP
nanzn
est ´egal `a
R = 1/(lim sup |an|1/n)
– R`egle de d’Alembert : Si, pour tout tout n suffisamment grand, an est non nul, le rayon de convergence de la s´erieP
nanzn est ´egal `a 1/(lim an+1/an), lorsque cette limite existe.
Les op´erations usuelles (somme, produit...) de s´eries enti`eres sont donc licites `a l’int´e- rieur du disque de convergence, le rayon de convergence de la s´erie somme/produit ´etant sup´erieur au minimum des deux rayons de convergence des s´eries initiales. Il est ´egalement possible de composer deux s´eries enti`eres f ◦ g, sur un petit disque de convergence inclus dans dans le disque de convergence de g.
Proposition : Toute s´erie enti`ere est de classe C∞ sur le disque de centre 0 et de rayon le rayon de convergence de la s´erie.
La s´erie d´eriv´ee d’une s´erie enti`ere, obtenue en la d´erivant terme `a terme, est une s´erie enti`ere de mˆeme rayon de convergence.
Preuve : Consid´erons S(x) =P anxnune s´erie enti`ere de rayon de convergence R ∈]0, +∞]
et notons T : x 7→P nanxn. T est une s´erie enti`ere et le lemme d’Abel implique que T et S ont mˆeme rayon de convergence que S.
Montrons `a la main que T est la d´eriv´ee de S. Soit x0 ∈ C tel que |x0| < R et soit
> 0 tel que |x0| + < R.
Pour tout h ∈ C tel que |h| < , et pour tout n ≥ 2, on a (x0+ h)n− xn0 − nhxn−10
=
n
X
k=0
n k
hkxn−k0 − xn0 − nhxn−10
≤
n
X
k=2
n k
|h|k|x0|n−k
≤ h2
n
X
k=2
n k
|h|k−2|x0|n−k
≤ h2
n
X
k=0
n k
k−2|x0|n−k = h2(|x0| + )n
Par ailleurs, pour n=0 ou 1, on a (x0+ h)n− xn0 − nhxn−10 = 0.
On en d´eduit alors que
|S(x0+ h) − S(x0) − hT (x0)| ≤X
n
|an|
(x0+ h)n− xn0 − nhxn−10
≤ h2X
n≥2
|an|(|x0|+)n
Or, par choix de , le point |x0| + est `a l’int´erieur du disque de convergence de la s´erie P |an|xn, donc, en divisant chacun des membres de l’in´egalit´e ci-dessus par h, on conclut que, pour tout x0 fix´e, S(x0+h)−S(xh 0) converge vers T (x0) lorsque h tend vers 0.
On peut ´egalement montrer que la convergence du taux de variation est uniforme sur tout disque ferm´e strictement inclus dans le disque de convergence.
NB : Cette propri´et´e peut se prouver un utilisant les r´esultats de d´erivation d’une s´erie :
´
enoncez le r´esultat en question, et v´erifiez son application dans ce cas ! A l’int´` erieur du disque de convergence, on peut donc d´eriver et int´egrer une s´erie enti`ere terme `a terme.
Lorsque l’on fait tendre x vers un point du bord, la convergence n’est plus assur´ee :
´
etudions trois exemples typiques : 1. La s´erie enti`ere P
n≥1xn/n2 est de rayon de convergence 1, et la s´erie P
n≥1xn/n2 est convergente en tout point du bord de ce disque (Tout se passe bien !).
2. La fonction x 7→ 1/(1 + x) est d´eveloppable en s´erie enti`ere, de rayon de convergence
´
egal `a 1, et on a, pour tout x de module strictement inf´erieur `a 1, 1
1 + x =X
n≥0
(−1)nxn
Lorsque x tend vers 1 par valeurs inf´erieures, 1/(1 + x) tend vers 1/2, alors que la s´erie de terme g´en´eral (−1)n est divergente (La fonction converge, la s´erie diverge).
3. La s´erie enti`ere P nxn = x/(1 − x)2 est de rayon de convergence 1, et pour tout point du bord du disque de centre 0 et de rayon 1, la s´erie P nxn est divergente, ce qui n’empˆeche pas la fonction d’ˆetre continue mis `a part en 1 (La s´erie et la fonction divergent en 1).
2.1 Unicit´ e, existence
Le d´eveloppement en s´erie enti`ere, s’il existe, est unique : en effet, si f est une fonction de classe C∞, et si f admet un d´eveloppement en s´erie enti`ere de la forme f (x) =P
nanxn de rayon de convergence non nul, on peut d´eriver terme `a terme ce d´eveloppement en s´erie enti`ere et on obtient, pour tout k ≥ 0 et pour tout x `a l’int´erieur du disque de convergence :
f(k)(x) = X
n≥k
n(n − 1) · · · (n − k + 1)anxn−k
En substituant x par 0, il vient : f(k)(0) = k!ak. Le d´eveloppement en s´erie enti`ere co¨ıncide donc avec le d´eveloppement en s´erie de Taylor.
Il existe des fonctions de classes C∞ qui ne sont pas d´eveloppables en s´erie enti`ere. Par exemple la fonction f : x 7→ exp(−1/x2) est de classe C∞ sur R. Ses d´eriv´ees de tout ordre en 0 sont nulles, donc la s´erie P fk(0)xk/k! est de rayon de convergence infini, mais pour tout x non nul, on a f (x) 6= P fk(0)xk/k!.
Les fonctions admettant un d´eveloppement en s´erie enti`ere sont les fonctions analy- tiques, c’est-`a-dire les fonctions d´erivables en tant que fonction d’une variable complexe.
Si nous revenons `a la fonction f : x 7→ exp(−1/x2), on peut remarquer qu’elle n’est pas continue sur C en 0. En effet, si h ∈ R, f (h) tend vers 0 lorsque h → 0, alors que f (ih) tend vers +∞, toujours lorsque h tend vers 0.
2.2 Quelques d´ eveloppements en s´ eries enti` eres ` a connaˆıtre
∀x ∈ C tel que |x| < 1, 1
1 − x =X
n≥0
xn
∀x ∈ C tel que |x| < 1, 1
1 + x =X
n≥0
(−1)nxn
∀x ∈ R tel que |x| < 1, ln(1 + x) = X
n≥0
(−1)n−1 n xn
∀x ∈ C tel que |x| < 1, 1
(1 − x)2 =X
n≥1
nxn−1=X
k≥0
(k + 1)xk
∀x ∈ [−1, 1], arctan x =
+∞
X
n=0
(−1)n x2n+1
2n + 1 , et en particulier, π = 4
+∞
X
n=0
(−1)n 2 n + 1.
∀x ∈ C, exp(x) =X
n≥0
1 n!xn
∀x ∈ C, cos(x) = X
n≥0
(−1)n (2n)!x2n
∀x ∈ C, sin(x) =X
n≥0
(−1)n
(2n + 1)!x2n+1
Il est ´egalement indispensable de savoir que si la fonction est paire (resp. impaire), son d´eveloppement en s´erie enti`ere ne comporte que des termes d’ordre pair (resp. impair).
2.3 Applications
Connaˆıtre le d´eveloppement en s´erie enti`ere d’une fonction peut servir bien sˆur `a expliciter la valeur d’une s´erie num´erique. Une autre application beaucoup plus utile est la r´esolution des ´equations diff´erentielles : on cherche si une ´equation diff´erentielle (lin´eaire, homog`ene ou avec second membre) (E) admet une solution d´eveloppable en s´erie enti`ere, c’est-`a-dire s’il existe une suite (an) telle que f : x 7→ P
nanxn soit solution de (E). On calcule les d´eriv´ees de f sous forme de s´eries (sans se pr´eoccuper de justifier la convergence de ces s´eries), on r´einjecte dans l’´equation diff´erentielle, et on identifie les termes de mˆeme degr´e en x. Une fois que l’on a obtenu une suite (an) solution, il reste `a v´erifier que la s´erie enti`ere obtenue est de rayon de convergence strictement positif, et, le plus souvent,
`
a calculer/identifier cette s´erie.
Expliciter un d´eveloppement en s´erie enti`ere peut ´egalement ˆetre utilis´e pour calculer les d´eriv´ees successives de f en 0.
3 S´ eries de Fourier
3.1 S´ eries trigonom´ etriques
Pr´eliminaire : pour tout entier relatif ` non nul, et tout r´eel T > 0, on a Z T
0
e2i`πt/T dt = 1
2i`π/Te2i`πt/TT 0 = 0.
Consid´erons maintenant une suite (cn)n∈Z de nombres complexes et notons, lorsque la s´erie converge
P (t) = X
n∈Z
cne2inπt/T
En posant a0 = 2c0, et pour tout n ≥ 1, an = cn+ c−n et bn = i(cn− c−n), on peut aussi ´ecrire P sous la forme
P (t) = a0
2 +X
n≥1
ancos2nπt
T + bnsin2nπt T
On peut remarquer que, P est T -p´eriodique, continue sur tout intervalle o`u la s´erie est uniform´ement convergente et, pour peu que les s´eries ci-dessus convergent uniform´ement sur [0, T ], on a pour tout k ∈ Z
1 T
Z T 0
P (t)e−2ikπt/Tdt = 1 T
X
n
cn
Z T 0
P (t)e2i(n−k)πt/T
dt = ck
On a ´egalement : an = 2
T Z T
0
P (t) cos2πt
T dt et bn= 2 T
Z T 0
P (t) sin2πt T dt
3.2 S´ eries de Fourier
3.2.1 Coefficients de Fourier
Soit une fonction f de p´eriode T , int´egrable sur l’intervalle [0, T ] et d´efinissons, pour tout n ∈ Z, les coefficients de Fourier de f pour tout n ∈ Z
cn(f ) = 1 T
Z T 0
f (t)e−2inπt/T dt et la s´erie de Fourier de f :
Sf(t) =X
n∈Z
cn(f )e2iπnt/T On notera ´egalement a0(f ) = 2c0(f ) et pour tout n ≥ 1,
an(f ) = cn(f ) + c−n(f ) = 2 T
Z T 0
f (t) cos2nπt T dt bn(f ) = i(cn− c−n) = 2
T Z T
0
f (t) sin2nπt T dt
Il est clair que si f est `a valeurs r´eelles, cn et c−n sont des complexes conjugu´es, et que si f est une fonction paire (respectivement impaire), les coefficients bn(f ) (respectivement an(f )) sont tous nuls.
Exercice : D´eterminer les coefficients de Fourier des fonction f suivantes :
• f est de p´eriode 1, impaire et constante ´egale `a 1 sur [0, 1/2[.
• f est de p´eriode 1, paire, ´egale `a 1 sur [0, 1/4[ et ´egale `a −1 sur [1/4, 1/2[.
• f est de p´eriode 2π et pour tout x ∈ [−π, π[, f (x) = x.
• f est de p´eriode 2π et pour tout x ∈ [−π, π[, f (x) = |x|.
• f est de p´eriode 2π et pour tout x ∈ [−π, π[, f (x) = | sin x|.
3.2.2 Lemme de Riemann-Lebesgue
Enon¸cons le lemme de Riemann-Lebesgue : Soit f une fonction continue par mor-´ ceaux sur un intervalle [a, b]. On note, pour tout n ∈ Z,
αn = Z b
a
f (t)eintdt Alors on a limn→+∞αn= limn→−∞αn = 0
En effet :
• Supposons que f est constante ´egale `a λ sur [a, b] : on a pour tout n non nul,
αn(f ) = Z b
a
λeint dt = λ
in einb− eina La suite (αn) tend donc bien vers 0 lorsque n tend vers +∞ ou −∞.
• Supposons maintenant que f est en escalier sur [a, b] : il existe une subdivision a = t0 < t1 < . . . < tp = b de l’intervalle [a, b] telle que, pour tout k ≤ p − 1, f est constante et ´egale `a un certain λk sur l’intervalle ]tk, tk+1[. En utilisant le 1er cas, on obtient que, pour tout n 6= 0,
cn(f ) = 1 n
p−1
X
k=0
λk eintk− eintk+1
qui tend `a nouveau vers 0 lorsque n tend vers +∞ ou vers −∞.
• On termine en ´etudiant le cas d’une fonction f continue par morceaux : on utilise pour cela la densit´e des fonctions en escalier. Toute fonction continue par morceaux sur un intervalle [a, b] est limite uniforme d’une suite (fk) de fonctions en escalier.
Pour tout > 0, il existe un rang K tel que pour tout k ≥ K, sup[a,b]|fk − f | ≤
/(2(b − a)). On a alors, pour tout n ∈ Z,
|αn(fk) − αn(f )| ≤ Z b
a
|fk(x) − f (x)| dx ≤ /2
Choisissons un tel k. La suite (αn(fk)) tend vers 0 lorsque n tend vers +∞, donc il existe N tel que pour tout n ≥ N , on a |αn(fk)| ≤ /2.
Pour tout n ≥ N , on aura :
|αn(f )| ≤ |αn(f ) − αn(fk)| + |αn(fk)| ≤
On d´eduit imm´ediatement du lemme de Riemann-Lebesgue le corollaire suivant : Corollaire : Soit f une fonction continue par morceaux sur [0, T ], p´eriodique de p´eriode T . Alors ses coefficients de Fourier tendent vers 0 lorsque n tend vers l’infini.
3.2.3 Th´eor`eme de Dirichlet
Th´eor`eme : Soit f une fonction T -p´eriodique, continue par morceaux sur [0, T ]. Si f admet, en un r´eel t fix´e, une d´eriv´ee `a droite et une d´eriv´ee `a gauche, alors la s´erie de Fourier de f converge en t et sa somme vaut (f (t+) + f (t−))/2.
Preuve : Pour simplifier l’´ecriture, on se contentera d’´etudier le cas des fonction π- p´eriodiques. Consid´erons la suite (fn) des sommes partielles de la s´erie de Fourier de f :
fn(t) =
n
X
k=−n
ck(f )eikt
Par d´efinition de cn(f ), on en d´eduit : fn(t) = 1
2π Z π
−π n
X
k=−n
eikte−ikuf (u) du
= 1
2π Z π
−π n
X
k=−n
eik(t−u)f (u) du
= 1
2π Z π
−π n
X
k=−n
e−iksf (t + s) ds Changement de variable u = t + s
= 1
2π Z π
−π n
X
k=−n
eik˜sf (t − ˜s) d˜s Changement de variable s = −˜s Par ailleurs, on remarque que
Z π
−π n
X
k=−n
e−iks ds = 2π
et n
X
k=−n
e−iks = eins− ei(n+1)s
1 − eis = sin((n + 0.5)s) sin(s/2) =
n
X
k=−n
eiks On a donc
fn(t) − 1
2(f (t+) + f (t−)) = 1 2π
Z π
−π
sin((n + 0.5)s)
sin(s/2) (f (t + s) + f (t − s) − f (t−) − f (t+)) ds Pour t fix´e, consid´erons la fonction
φ : s 7→ 1
sin(s/2)(f (t + s) + f (t − s) − f (t−) − f (t+))
Comme f est d´erivable `a droite en t, (f (t + s) − f (t+))/s converge lorsque s → 0+. Donc (f (t + s) − f (t+))/ sin(s/2) converge lorsque s → 0+.
De mˆeme, (f (t − s) − f (t−))/ sin(s/2) converge lorsque s tend vers 0 par valeurs sup´erieures. On peut donc en d´eduire que φ est continue `a droite en 0 : φ est par cons´equent une fonction continue par morceaux sur [0, π]. On peut alors lui appliquer le lemme de Riemann-Lebesgue et conclure que (fn(t) − 12(f (t+) + f (t−)))n converge vers 0 lorsque n tend vers +∞, c’est-`a-dire que la s´erie de Fourier de f est convergente en t, et admet pour limite (f (t+) + f (t−))/2.
3.2.4 Egalit´´ e de Parseval :
Soit f une fonction T -p´eriodique et continue par morceaux. On a alors 1
T Z T
0
|f (t)|2dt =X
n
|cn(f )|2 On en d´eduit que
• Si tous les coefficients de Fourier d’une fonction p´eriodique et continue par morceaux sont nuls, cette fonction est nulle.
• Puis que si la s´erie de Fourier d’une fonction f T -p´eriodique et continue, converge uniform´ement, alors cette fonction est la somme de sa s´erie de Fourier.
Exercice : Soit f la fonction 2π-p´eriodique telle que f (x) = x2 pour tout x ∈ [0, 2π[.
D´eterminer ses coefficients de Fourier. En d´eduire la valeur de la s´erie de terme g´en´eral 1/n2, puis de la s´erie de terme g´en´eral 1/n4.
3.2.5 Convergence normale d’une s´erie de Fourier
Th´eor`eme : Soit f une fonction T -p´eriodique, continue et de classe C1 par morceaux sur [0, T [. Alors la s´erie de Fourier de f est normalement (donc uniform´ement) convergente et de somme f .