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LES POSSÉDÉES DÉ LOiDi

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(1)

SCIENCE ET RELIGION

Éludes pour

le

temps

présent

LES POSSÉDÉES DÉ LOiDi

ET

URBAIN GRANDIER

ETUDE HISTORIQUE

PAR

I.

BERTRAIVI»

Qiiatrièitie

édition

PARIS

LIBRAIRIE BLOUD ET

G'«

4, RUE MADAMEET RUEDE RENNES, 50 Tousdroits réservés.

(2)
(3)

SCIENCE ET RELIGION

Éludes ponr

le

temps

prenent

LES PdSSiDtES DE MM

URBAIN GRANDIER

ETUDE HISTORIQUE

PAR

I.

BERTRAND

PARIS

LIBRAIRIE BLOUD ET

G*-

4, RUK MADAMEET RUBDK RENNES, 59 Tousdroits réservés.

(4)

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auteur

:

34.

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Godard

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105. L'Occultisme

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193.

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physionomiques,

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Hélot

(Charles)

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L'Hypnose

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sédés,2'éd 1 vol.

81.

Le

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35.

L'Hypnotisme

franc et

l'Hypnotisme

vrai,

4'éd 1 vol

Imbert-Gourbrvre(D').

65.

L'Hypnotisme

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Jeanniard doDot(A.).

16.

Où en

estl'Hypnotisme, sonhistoire, sa. natureetsesdangers, 6'éd.. 1 vol.

17.

enest leSpiritisme, sa natureet sesdan-

gers, éd 1 vol

39.

L'Hypnotisme

et la Science catholique,

3*éd 1 vol.

50.

L'Hypnotisme

transcendant

en

face de la philosophiechrétienne,4" éd 1 vol.

LoDiEL(R. P.).

159.

Les Phénomènes

télépathi- ques et le secret

de

l'Au-delà, 3* éd 1 vol.

Matignon (P.A.).

198.

L'Evocation

des Morts,

3-éd 1 vol.

(5)

Les Possédées de Loudun

ET URBAIN GRANDIER

I

UrbainGrandier, curé de Saint-Pierre de Loudun.

Jugements portés sur luipar leshistoriens.

Le

18 août 1634,

un

prêtre, quesesmalheurs et leségarementsde savieontrendutristementcélèbre, expiraitsur

un

bûcher enla villedeLoudun, audio- cèse dePoitiers.

Quel étaitsoncrime?

Voici textuellementcequeportait l'arrêtde con-

damnation

:

«

Avons

déclaré et déclarons Urbain Grandier

dûment

atteint etconvaincu

du

crimedemagie,

ma-

léfice,etpossessionsarrivéesparsonfait,espersonnes d'aucunesreligieuses Ursulines decettevilledeLou-

dun

etautres séculières, ensembleses autres cas et

crimes résultant d'icelui,pour réparation desquels avons icelui Grandier

condamné

et

condamnons

à

faire

amende

honorable, nu-tête, la corde

au

cou, tenant àla

main

unetorcheardentedupoidsde

deux

livres, devant la principale portedel'églisedeSaint- Pierre du Marché,etdevant celle de Sainte-Ursule deladite ville ; etlà, à genoux,

demander

pardon à Dieu,

au

roi etàlajustice; etcefait, êtreconduità

laplace

pubhque

de Sainte-Croix, pour y être atta- ché à

un

poteau sur

un

bûcher, qui, pour cet effet, seradressé audit lieu, etyêtresoncorps brûlé tout vifavec lespactesetcaractères magiquesrestantau greffe, ensemble leUvre manuscrit

composé

par lui contrelecélibatdesprêtres, et lescendresjetées

au

vent.

Avons

déclaré etdéclarons tous et chacun de ses biens confisqués

au

roi, sur iceux préalablement

(6)

pris la

somme

de cent cinquante livres, pour être employée àl'achatd'une lamedecuivre,surlaquelle seragravé le présentarrêt parextrait, et icelle ap- posée dans

un

lieu éminentdeladite églisedesUr- sulines, pour y demeurer à perpétuité. Et aupara- vant que d'être procédé à l'exécution

du

présent arrêt,ordonnons que ledit Grandierseraappliquéà

la question ordinaire et extraordinaire, sur le chef deses complices, etexécuté le ISaoùc 1634.»

Le document

qu'on vientde lireasoulevéet sou- lèveencoredansla pressedespolémiques irritantes.

Les protestantset les libres penseurss'ensont fait

une

arme

contre l'Eglise,comu.e si elle avait elle-

même

institué le tribunal devant lequel comparut l'accusé.

Qu'était-ce qu'Urbain Grandier? Les Ursuliues étaient-ellesréellement possédées, etcettepossession doit-elle être considérée

comme

le résultatde prati-

ques

magiques?

Urbain Grandier avait-il

commis

lescrimes pour lesquels il fut

condamné au

feu?

Autant de questions que

nous

aurons à examiner dans cette étude.

Urbain Grandier naquitau

Mans,

disent les uns, àlaRovère, affirment lesautres. Quelques-uns opi- nent pour Sablé, où sonpère exerçait lesfonctions de notaireroyal.

Il fit la plus grande partiede ses étudesà

Bor-

deaux,au collègedes PèresJésuites.Ses succèsclas- siques lui valurent,danslasuite,laprotectionde ses anciens maîtres, qui usèrent de leur influence pour

lefaire

nommer

curé de Saint-Pierre de

Loudun.

Il obtint, enoutre, une prébende

au

chapitredeSainte- Croix, dans la

même

ville.

Celadit, nouslaisserons la parole

aux

écrivains quiontpris sa défenseetsesont attachésàlejusti- fier

du

faitdesorcelleriepourlequelilfut

condamné

à

mort.

(7)

ET URBAIN GRANDIER 5

«

Le

clergéde

Loudun,

écritLouisFiguier, ne vit

pas sans quelque jalousie secrète

un

prêtre investi dedeux bénéficesdans une ville à laquelle il était étrangerpar sa naissance.»

C'est unesuppositionpurementgratuiteetsana valeur historique,

«

On

enviaitlapositiondeGrandier, d'autantplus, poursuitle

même

auteur, qu'il y faisaithonneur par des mérites divers.

Bon

prédicateur,écrivain facile et

même

élégantpourcette époque, mais surtoutbel espritet

homme

du monde, plus qu'ilneconvenait à

un

ecclésiastique, il avait,

comme couronnement

de touscesdons,lesavantagesd'unextérieurséduisant.

Non

seulement il était beauet lesavait, mais il ne repoussaitni labeauté,ni lesjouissances qui l'accom- pagnent.

Son

espritétait pleind'orgueil (1). »

Aubin, auteur de VHistoire des Diables de

Lou-

dun^ écrit desoncôté: « Ce n'était pa«î seulement des rivaux qu'il avaitàcraindre, c'étaient des pères etdesmaris, outrés etfurieux delamauvaise répu- tation que sesfréquentes visitesattiraientsur leurs familles (2). »

Nous

ferons observeren passantqu'Aubin écrivit son livrecinquante-neuf ans après l'événement, et que, tenantpour

non

avenusles procès-verbaux cer- tifiés sincèrespar des

hommes

dont la bonne foi et les lumières ne peuvent être misesen doute, iltraita l'histoiredes possédées de

Loudun

aveclesans-gêne dontses coreligionnaires sont coutumiers,

quand

il s'agit defaits quiintéressent l'Eglise catholique.

«

Quant

à ses rivaux, poursuit de son côté Louis Figuier, Grandier provoquait leurs attaques plutôt qu'il ne les attendait. Cet

homme, doux

et civUàl'égarddesesamis,montrait contresesadver-

(1)Louis Figuier,HistoireduMeroeilleux,t.I, p.97 et suiv, (2)Hisioiredes DiablesdeLoudun, Amsterdam, 1693.

(8)

sairesunefierté hautaine. Jaloux deson rang, ilne rabattait jamaisrien deses prétentions; ildéfendait ses intérêiset repoussait les injures avec une vio- lence quilaissaitdans les espritsdes blessurespro- fondes(1). »

L'auteurcitequelques faits àl'appui de son dire.

Les

voicitextuellement reproduits:

« Dès l'année 1620,dansuneaffaireportéedevant

l'officialde Poitiers,il avaitobtenu contre

un

prêtre

nommé Mounier

une sentencequ'il fitexécuteravec

ladernière rigueur. Quelque temps après,

nouveau

procès contre les chanoines de Sainie-Croix, ses collègues,

au

sujet

dune maison

qu'il ne craignait pas de disputer

au

Chapitre.

Le

solliciteur de ce procès pour les chanoines, etparconséquentl'adver- sairede Grandier, était Mignon, maintenant direc- teurdes Ursulines.

Ce

fut Grandier qui l'emporta, etil insultaavectant defierté lapartievaincue,

que Mignon

en conserva une rancune profonde et vivace(2). »

Comme on

le voit, Urbain Grandierétait

un

plai-

deur passionné et souvent heureux. Il aurait dû, semble-t-il, se montrer généreux dans la victoire, faisant ainsi preuve d'habileté.

Mais

sa

mauvaise

nature lepou-sait, au contraire,à user de procédés humiliants à l'égard deceux qu'il avait battus.

Parmi

les personnages avec lesquels ileut encore maille à partir figurent

deux

oncles de

Mignon,

BarotetTrinquant.

Le

p emier était président des Elusde la ville, etle second, procureur du Roi.

Ilfutenfin mêlé à une aventurescandaleuse oùil

eut pour rival le procureur

Menuau,

parent, lui aussi, de l'inévitableconfesseur des Ursuhnes.

La

plupart des historiensprétendentqueles

mem-

(1) Louis Figuier, ibid.

(2) LouisFiguier, ibid»

(9)

ET CRBAIN GRANDIER 7 bres influentsde cette famille fomentèrent sourde-

ment

la plainte qui fut portée contre le curé de Saint-Pierre devantl'official dePoitiers, plainte où

on

l'accusait, entreautres choses, dene jamaisdire son bréviaire,

ce qui était, semble-t-il. difficile

à

prouver,

etd'avoir débauchéplusieurs

femmes

ou jeunes filles.

On

allait jusqu'à affirmer qu'ilavait

Commis un

deces actesdans sonéglise.

Urbain Grandier futdécrété d'^ prise de corps et

enfermé dansla prison de l'évêché.

Faisons observer, à sa décharge, que les dénon- ciateur?ne donnaient pas les

noms

des personnes quele prévenuaurait séduites, et que ni maris, ni pères,nituteursne se portèrent partiesplaignantes.

Le

juge dut doncconsidérer

cumme non

avenue, fautede preuves, l'accusation d'immoralité, ce qui ne i'empéchapas de

condamner

Urbain Grandier à jeûner troismoisau pain eta l'eau,et de l'interdire

a

divirasdanslediucèsedePoitierspendantcinq ans.

Le

curé en appela à l'archevêque de Bordeaux.

De

leur côté, s^s ennemis le déférèrent

au

Parle-

ment

de Paris

comme

d'abus, dans l'espoir de le ruineretdele réduireàl'impuissance. Mais Gran- dier n'était pas

homme

àse laisser intimider. Il fit

plaidersa cause, et le Parlement renvoya l'affaire

devantle présidial de Poitiers pour être jugée en dernierressort.

«

Or

, dans l'instruction à laquelle procéda le lieutenant criminel de cette \i\\e, plusieurs témoins avouèrentqu'ilsavaientétéinfluencés parles enne- mi- de l'accusé;

un

des délateurs se désista de son action,et

deux

prêtresde Loudun, dontl'un envoya

même

son désaveupar écrit, déclarèrent qu'on leur avait fait diredans leurs dépositionsdes chosesaux- quelles ilsn'avaientjamais s^ngé (1). »

(1)Louis Figuier, ihid.

(10)

Grandier eutgain de cause.

D'autrepart,

Mgr

de Sourdis,archev^nuedeBor- deaux, frappé del'animosité que sesennemis

met-

taient àle poursuivre, rendit en sa faveurune sen- tence d'absolution, dé larant nul le jugement de

l'officialité de Poitiers. Cela fait, il lui cunseilla de quitter

Loudun,

sage conseil que Grandier refusade suivre.Il poussa

même

l'imprudencejusqu'à.rentrer chez lui en triomphateur, une branche d'olivier

à

lamain.

Cettebravade devait lui coûter cher.

Non

content de reprendre pos>:essionde ses béné- fices, il exigea desesadversaires larestitution des fruits perçus en son absence et réparation des

dommages

causés.

Le

docteur Bertrand, dans son livresur VExtase, parle de Grandier de la façon la

moins

flatteuse.

Que

le curé de Saint-Pieire fût

un

prêtrepeuédi- fiant, nous le croyons sans peine; lui-même en

a

faitl'aveu avant de mourir, mais de à admettre

qu'il se renditcoupablede touteslesinfamies qu'on

luiareprochées, ily aloin.

« Plusd'une raison, écritBertrand, à propos des possessions de

Loudun,

devait fixer l'attention des religieuses (Ursulines) sur ce prêtre, qui, depuis quelque temps, faisait j^rand bruit dans la ville.

C'était, en effet,

un homme

d'un esprit cultivé,d'un extérieur agréable, etplus portéà lagalanteriequ'il n'auraitété convenableàsa profession. Les aven- tures scandaleuses qu'on luiimputaitfaisaieutlesujct des conversations...., etquoique absousd'uninterdit prononcé par son évêque, ce curé n'en était pas

moins un

scau'îale pour la plus grandepartiedes habitants de

Loudun

(1). »

Le

docteur Calmeil, ancien médecin de l'Asilede

(1) Bertrand, Del'Extase, p.339.

(11)

ET URBAIN GRANDIER 9 Charcnton, nous dit, de son côté

, que Grandier

« était

un homme

distingué parl'esprit,le talent, lesavantages physiques; éclatdes manières,

mœuis

faciles et galantes

, procès scandaleux, inimitiés passionnées, alternatives dereversetdefortune, neu.

n'avait

manqué

à l'existence touràtour enviée ou tourmentée de cet

homme

véritablement su- perbe(1). »

Maintenant que nous connaissons le personnage,

autantdu moinsqu'il estpossibledelecunnaîvre,

vo^'onsà lasuitede quelsévénements iltut

mclé à

l'affaire des possessions.

II

LesUrsulines de Loudunautribunal de laScionce.

Fondé

en Italie vers la findu xvi^ siècle,l'Institut des Ursulinesne tarda pas à pénétreren France.

Une

maisonde l'Ordres'établit à

Loudun.

M'"^ Jeanne de Belfiel,dela famille

du

baron de Cose,étaità latête de la

communauté. On

y remar- quait, en outre,

comme

simples religieuses,

M™»

Claire de Sazilly, parente de Richelieu, les

deux dames

de Barbézieux, dela

maison

de

Noga-

ret, les deux

dames

d'Escoubleau,de la maison de Sourdis, etc.

« Ces dames, fait observer le docteur Calmeil, ne le cédaientà aucune personnedeleur sexe parla culture del'esprit, la politessedes manières, le suin qui avait présidé à leur éducation. Toutes se vouaient, en se conformant

aux

règlesdeleurordre,

à

l'instructiondesjeunesfilles qui leur étaient con-

fiées àtitredepensionnaires ou d'externes(2). »

(1) Calmeil,DelaFolie, t. II,p.32.

(2) Calmeil,De laFolie,p. 8.

(12)

Les Ursulines avaient eu d'abord

comme aumô- mer un

prêtredu

nom

de Moussaut.

On

a écrit qu'à sa mort,Urbain Grandieravait exprimé le désir de luisuccéder, sans résilier pour cela ses fonctions de curéde Saint-Pierre, etqu'on

lui préféra l'abbéMignon, chanoinede Sainte-Croix et son

ennemi

personnel.

Quoiqu'il en soit,au printemps de 1632, onparla

vaguement

de faitsextraordinaires dontle couvent des Ursulines était,disait-on, le théâtre.

« Les religieuses se plaignaient d'être obsédées, la nuit, par desspectres.

Un

de ces fantômes avait parlé à unejeune

sœur

en termesobscènes.D'autres avaient reçu des coups dansl'obscurité et en

mon-

traient les marques.

Tous

ces désordres, causés probablement par de simples accès de

somnambu-

lisme survenus à l'une desreligieuses, fait observer Louis Figuier que l'idée d'une intervention supra- naturelle horripile, étaient attribués par elles à

un

revenant{!). »

Mis au

courant de ce qui se passait.

Mignon

trouva que lachoseétaitgrave.

Quelques écrivains onttraitéceprêtre d'halluciné.

A

lesen croire, il avait une tendance à voir

une

intervention diabolique dans tous les événements dont l'explicationlui échappait.

Sans

être

un

prêtre éminent,

Mignon

valait

mieux

que laréputation qu'ons'estpluàluifaire.

Ceux

qui

nous

lereprésentent

comme

un être borné etsupers- ,titieux calomnientsamémoire.

Après un

examen

f^érieux des faits, il

demanda à

l'ordinaire l'autorisation de procéder à des exor- cismes.

N'ayant obtenu

aucun

résultat, il fît appel à

un

prêtre de ses amis, l'abbé Barré, curé de Saint-

Ci)Louis Figuier, HistoireduMerveilleux,t. I, p.87.

(13)

ET URBAIN GRANDIER 11 Jacques de Chinon. Pierre Barré était quelque peu entiché dediablerie. Il n'hésita donc \^.ias à prêter son concours à Mignon.

Pour

donner plus de solennité à son entrée

à

Loudun, il se fit

accompagner

processionnellement parses paroissiens.

Aidés de quelques Carmes,

Mignon

et Barré exorcisèrent d'abord secrètement les religieuses possédées.

Mais

l'arrivéedu curéde Saint-Jacques avait trop faitde bruit pour quelapopulationrestâtlongtemps ignorante del'étatdanslequel setrouvaientlesUrsu-

lines.Lesexorcistesdurent donc,au boutdequelques jours, aviser les magistrats de la ville.

Guillaume de Cérizai de la Guérinière, bailli

du

Loudunois,et Louis Chauvet, heutenant civil, se rendirentau couvent.

Barré vint lesrecevoir à la grille et leur fit

un

récitsuccinctdes

phénomènes

qu'ilavait constatés.

«

Nos

religieuses, dit-il, ontété obsédées,pendant huit à dix jours, de spectres et de visions épou- vantables.

La

supérieure et

deux sœurs

ont été visiblement possédées jusqu'à ce que, par

mon

ministère, celuidu chanoine

Mignon

etdequelques Carmes, le

démon

ait été expulsé de leur corps.

Mais, dans lanuitd'hier, lasupérieureetune

sœur

laie ont été tourmentées de nouveau. Interrogés pendantles premiersjours, les

démons

sont restés

muets

; maisils viennentenfin de parler. Ils décla- rentquele

mal

estarrivépar

deux

pactes, dontl'un

a

pour

marque

trois épines, et l'autre

un

bouquet de roses.

Le démon

qui possède la supérieure s'appelle Astarothetse ditl'ennemi de Dieu; celui dela

sœur

laie s'appelleSabulon (1). »

(1) LouisFiguier, HistoireduMeroeilleua:,t.I, p. 87

(14)

Mais

avantd'allerplusloin,entronsdansquelques explicationsqui nous semblentnécessaires.

L'auteur de V Histoire des diables de

Loudun,

le

protestant Aubin, a prétendu que les Ursulines faisaient partie d'uncomplot tramé parles ennemis d'UrbainGrandier, et qu'àl'instiuation de

Mignon,

leuraumônier, ellesavaient ouélerôlede possédées etaccusé le curéde Saint-Pierre d'être l'auteur de leur possession.

L'accusation ne tientpas debout.

On

adit é^alemont que Grandier, en jetant

un

sort

aux

Ursulines, avait voulu se venger d'elles, parce qu'elles avaient refusé de l'agréer

comme

directeur.

Cette assertion paraîttoutaussi inexacte que la précédente. Lors de la confrontation

du

curé de Saint- Pierre avec les rel'gieuses, ces dernières déclarèrentne l'avoirjamais vu jusque là. D'autre part, lePère Tranquille, un des exorcistes,aaffirmé dans ses écrits queGrandiernes'était

jamais

occupé des affaires des Ursulines.

Quant

à la comédie qu'auraient jouée ces reli- gieuses,voici ce qu'ena écrit le docteur Bertrand,

un

bon juge s'ilen fût:

« Il n'y eutpas surl'affairede Grandierla

même

unanimitéd'opinion dans le public que parmi les juges... Tandisque lescatholiques voulaient à tout prix voir des miracles dans ce que faisaient les religieuses, les protestants, qui n'étaientpas

comme

eux

témoins de tous les exorcismes, prétendaient quetout ce qui se passait n'était qu'un jeu pour faire périr le

malheureux

Grandier, que les juges étaient gagnés, que les exorcistes étaient des scélérats et que les religieuses ne faisaient que répéter en public une comédie qu'on leur avait fait étudierlongtemps àl'avance. Cette dernière opinion est celle qu'on a conservée sur cettemalheureuse

(15)

ET URBAIN GRANDIER 13 affaire, surtout depuis la publication de Vlllsloire desdiables de Loudiin... J'ai dit plus haut quelle confianceonpeut accorder àcet historienquiécrivit prèsd'un siècleaprès l'événement, et je crois avoir prouvé combien ses conjectures hasardées, sans preuves, sont absurdes.

Que Laubardemont

soit entré dans

un

complut infâme pour faire périr

un

innorent, je le veux bien.

Que

les douze juges fussentaussi daiis le complot,jel'accorderaiencore, quoiqu'il soit bien difficile de concevoir

comment

douzejuges(choisis paraii les grands

hommes

de bien de laprovince) auraientpu serendre coupables d'une pareille horreur; mais que les religieuses soient entrées dans ce complot, c'est ce que

ma

raisonse refuse à croire.Jamais on ne

me

persua- dera que, dans une

communauté

peu nombreuse, on aittrouvé huit femmes, huit jeunes filles aussi endurcies dans lecrime... »

Le

docteur Bertranddémontre ensuite l'impossi- bilité de cette comédiesacrilège en se plaçantà

un

autre point de vue.

« Il auraitfallu, dit-il, quede longue

main

elles eussent étudié lalangue latine pour répondre

aux

questions qui leurétaientposées danscette langue.

Ilauraitfallu qu'ellesselussent étudiéeslongtemps àl'avanceà feindrecesépouvantablesconvulsions...

queles plus habiles saltimbanques nesauraient imi- ter... Or, imagine-t-on rien de plus horrible que l'infernalrassemblement de huit

femmes

s'exerçant en secret à la plus épouvantablecomédieV

Pour-

quoi?

Pour

conduire à une

mort

cruelle

un mal-

heureux prêtre innocent qu'elles n'avaient

aucun

intérêt à faire périr...

Une

pareille horreur ne se conçoit pas dans la nature...

On

répugneraità la

supposerdans

un

seul

homme mù

parle plusgrand intérêt,

— comment

l'imagine-t-on dans huit femmes, huit jeunes filles ?...Ilrésulte pour moi,

(16)

de l'ensemble de ces considérations, une preuve moralesi forteque

mon

esprit se refuseabsolument àallercontre cequ'elle établit(1). »

Le même

auteur reconnaît, en outre, avec sa bonnefoi habituelle, que ces malades

c'est ainsi qu'ilqualifielesreligieusessoumises

aux

exorcismes

réunissaient en elles tout ce qui, d'après les théologiens, caractérise lapossession diabolique.

Le

docteur Calmeil ne raisonne pas autrement que son docteconfrère.

« Les écrivains protestants, dit-il, ont soutenu que ces religieuses s'entendaient avec les

ennemis

d'un

homme

dont on avait décidé la perte, et qu'elles n'avaient jamais éprouvé les

symptômes

d'une véritable

monomanie

convulsive.

Cette

CALOMNIE EST RÉFUTÉE

PAR

LE SEUL EXPOSÉ DES FAITS,quelquedéfigurés qu'ilssoientdans lesrécits des exorcistesetdanstous les

mémoires

quitraitent de l'affaired'Urbain Grandier(2). »

Comme

le docteur Bertrand, le savant

mani-

graphedéfend les Ursulines contre les imputations odieuses des écrivains protestants.

Mais

il n'estplus d'accordaveclui,

quand

ils'agit d'indiquerle genre de maladie dont elles étaient atteintes.

Le

premier nous parle d'extase naturelle et le second de

monomanie

eonvulsive. Lequel des

deux

araison?

Beaucoup

degens penseront,

comme

nous,qu'ilsont tort l'unet l'autre.

Faisons remarquerencorequeledocteurBertrand ne

met

en doute ni l'exactitude, ni la

bonne

foi des exorcistes et des témoins, tandis que le docteur Calmeil les accuse d'avoir défiguré les faitsdans leurs récits et les

mémoires

qui traitent de l'affaire.

L'accusation estd'autant plus regrettable qu'elle

(1)Docteur Bertrand,Del'Extase,p. 346.

(2) Calmeil,Dela Folie, p. 8.

(17)

ET URBAIN GRA.NDIER 15 ne s'appuie sur rien. Ajoutons que le docteur Calmeil la formule,après avoir proclamé la bonne foideceux qu'il

met

en cause.

Comment

expliquer une pareille contradiction chez

un homme

decette valeur?

a

Ne

serait-ce pas, écrit

M.

de Mirville,parce quecesquelques inexactitudes gêneraient tant soit

peu vos théories, et qu'après avoir blâmé cette

méthode

chezles autres, vous n'accepteriez, à votre tour, quedesfaitsquivousparaîtraientacceptables? Il n'y a pas de milieucependant;

quand

il s'agitde faitsqui durèrentsix ans, à laclartédu soleil et en présence de plusieurs milliers de témoins, il faut supposerou l'artificedans leur production,

comme

l'ont fait les protestants, ou lasincérité des juges et la fidélité des rédacteurs. Or, puisque vous déclarez souverainement absurde la supposition d'artifice, acceptez bravement,

comme

votre célèbre confrère,la fidélitéd'uncompte rendusigné parcette

masse

de témoins réhabilitéspar

vous-même

(1). » Disons, à ladéchargedu docteur Calmeil, qu'a- près avoir écrit que les exorcistesavaient défiguré les faits, il les rapporte lui-même sans leur faire subir de sérieuses modifications. Il secontentede passersous silenceceux quilegênent le plus dans l'exposé deses théories.

Ne

pouvantdonnerdes

phénomènes

qu'il

énumère une

explication vraimentacceptable, il laisse tom- ber de sa

plume

cette réflexion beaucoup trop dédaigneuse pour être la fidèle expression de sa pensée : « Aujourd'hui la puissance magnétique détermine

une

partie des effets donton prétendait alors rendre le

démon

responsable(2). »

(1) Mirville,Desesprits etdeleursmanifestations fluidiques, p. 132.

(2)Calmeil, ibid.

(18)

«

A

merveille, riposte

M.

de Mirville ; mais auparavant il eûtfallu nousdirece que c'estque la puissancemagnétique^ car nous nesortons pas des pétitions de principes (1), »

D'aucuns prétendent qu'entre

une

intervention diabolique et le magnétisme, auquel, soit dit en passant,le docteur Calmeil ne croyait guère, quoi- qu'il s'en servît, en la circonstance,

comme

d'un

argument

àl'appui de sa thèse, il y a

un

lien de parenté plusétroitqu'on ne le pense.

III

Uneparenthèse endeux parties.

LesEsprits, lesPèreset les docteurs.

LeRituel. Lesfaits. Le Diableexiste.

Bon nombre

deceuxqui raisonnent surle

magné-

tisme

manquent

de certaines notions pour le faire en pleineconnaissancede cause. Ils oublient géné- ralement

sijamaisils l'ontsu

ce que l'Eglise nousenseigne sur les êtres invisiblesqui nous envi- ronnent età l'influencedesquels ilnousest difficile d'échapper.

Le

docteur Brièrede

Boismont

aditqueles «idées follesvoltigentautour de nous, semblablesà ces in- sectesqu'on voit tourbillonnerparmilliers,dans

une

bellesoirée d'été(2). »

Des idées folles supposent la raison, mais

une

raison dont l'équilibre est

momentanément rompu

ou en dangerde se

rompre

parlefaitdemystérieuses influences.

De

à penseravecsaint Augustin que « les dé-

mons

sonttombésdes plushautes

demeures du

ciel

(1)De Mirville, ibid.

(2)Brière de Boismont,Des hallucinations

(19)

ET URBAIN GRANDIER 17 dans les bas-fonds de notre ténébreuse atmo- sphère» (1),il n'ya qu'un pas.

«Cesesprits, écritsaint Hilaire,sontsi

nombreux

et siforts, que sans lagrâce de Dieu, que sans les

anges préposés au soutiende notre faiblesse,rienen nous ne pourrait résisterà cette formidable conju- ration de ruinesetdehaines(2). »

«Revêtez-vous des

armes

que Dieu vous donne, lisons-nousdansTEpître desaintPaulauxEphésieus, afin de triompher des

embûches

et desartifices

du démon. Vous

avez à combattre

non

pas contre les

hommes

de chair etde sang, maiscontre les princi- pautés et lespuissancesinfernales,contrelesprinces de ce

monde

deténèbres, contrelesespritsde malice t'épandus dansl'air (3). »

Saint Pierren'est pas

moins

explicite:

«Soyezsobreset veillez,dit-il,carle

démon

tourne autourde vous

comme un

lionrugissant, cherchant quel est celuiqu'il pourra dévorer(4).»

Bossuet, qui n'ajamais passé,quenoussachions, pour

un

espritfaible, s'exprime ainsidans son pre- mier

sermon

sur les

démons

:

«Qu'ily aitdansle

monde un

certaingenre d'es- prits malfaisants que nous appelonsdémons, outre

le témoignage éclatant des Ecrituresdivines, c'est une chosequi aété reconnue par le consentement

commun

de toutes les nationsetde touslespeuples.

Ce

qui lesaportés à cettecréance, ce sontleseffets extraordinaires etprodigieux qui ne pourraientêtre rapportés qu'à quelquesmauvaisprincipes,etàquel- que secrète vertu, dont l'opération fut maligneet pernicieuse.Etcela seconfirmeencoreparcettenoire

(1)Enchiridion,ch. xxvni.

(2)Saint Hilaire,Inpsalm, ch. xvi.

Id.Inpsalm,ch. xi.

(3 SaintPaul, Epîtreaux Ephésiens, ch. vL

(4) Saint Pierre,1" Epître,ch. v, v.8.

LKS POSSÉDÉES DE LOUDUN S

(20)

science de la

magie

à laquelle plusieurspersonnes trop curieusessesontadonnéesdans toutes lespar- tiesdela terre. »

«

La

subtilitéde cesesprits, fait observer Tertul- lien, leur

donne

unemerveilleuse aptitudeàpe/ié^rer la double substancede

l'homme

(1). »

Nous

trouvons, dans lelivre desMachabées,

une

démonstration irréfutable del'existencedes esprits, bons ou mauvais, etdes manifestations auxquelles

ils se livrent parfois.

«

En

ce temps-là, ditl'historien sacré, Antiochus

Epiphane

?epréparait pourfaire une seconde fois la guerre enEgypte.

«

Or

ilarrivaque l'on vitdanstoute la villedeJé- rusalem, pendant quarante jours, des

hommes

à cheval qui couraienten l'air, habillésdedrap d'or et

armés

de lances,

comme

des troupesde cavalerie.

«

Des

chevaux rangés par escadrons qui cou- raient les unscontrelesautres;descombatsde

main

à

main

; des boucliers agités ; une multitude de gens

armés

de casques et d'épéesnues; des dards lancés, des

armes

d'or toutes brillantes, etdes cui- rasses de toutes sortes.

« C'est pourquoi tous priaient que ces prodiges tournassent àleur avantage(2). »

Mais

c'était là lessignesavant-oureursd'un affreux désastre. Jason, qu'Antiochusavait dépouillé de la souveraine sacrificature, profita du bruit qui avait couru de la

mort

de ce prince pours'en remettre en possession.

Ayant

donc pris mille

hommes

avec lui, il s'empara de la ville et la remplit de

sang

etde carnage.

Lesespritforts, quinesoct le plus souvent

que

(1)Tertullien,Apolog.,ch.xxm.

(2)Mach.,1.II,ch.v.

(21)

ET URBAIN GRANDIKR 19 de pauvresintelligences, ne

manqiieronfpasdenous

dire: «

Vous

croyezdonc au diable? »

Voicinotre réponse; elle seraaussi nettequepos- sible:

Nous

croyons au

démon

d'unefoi très vive.

Savez-vous pourquoi? Parcequesi on supprime le démiin, l'édificereligieux s'écrouletout entier.

Vous

prétendez que Satan est

un mythe

?

Mais

alors la chute originelle n'estplus qu'une légende.

Si lachute originellen'estqu'une légende,il faut bifferl'Incarnation du Verbe et la divinitéde Jésus- Christ. Si Jésus-Christ n'est pas le Fils de Dieu, l'Evangile est

un

vulgaire roman. Mais si l'Evan- gileest un roman, l'Eglise catholique et les

commu-

nions chrétiennesdissidentesdoiventêtreconsidérées

comme

des institutions

purement

humaines, sans valeurdogmatique, sansautorité morale.

Seule lacroyance en Dieu échappera

au

naufrage.

Or., ceDieu ne ressembleguère àceluideschrétiens.

Relégué dans lesprofondeurs desonéternité,illaisse à chacun le soin dese conduire

comme

il l'entend et de setirerd'affaire

au

petit bonheur.

Quant au dogme

des peinesetdes récompenses,il ne saurait enêtre question.

Ce

que nous disons du Christianisme s'applique

aux

autres religions, car toutes ontpour baseladé- chéance originelle de l'humanité,déchéance en de- hors de laquelleleculteextérieuretleculte intérieur, les sacrifices sanglants et

non

sanglants n'ont au- cuneraisond'être.

Qu'on ne nous parle pas de fautes personnellesà expier. Toute faute suppose la préexistence d'une

loi morale. Or, si vous supprimez le

démon,

etpar voie de conséquence, la chute originelleet la révé- lation qui en a été lasuite logique, où trouverez- vous le codequi renfermecetteloi V

Dans

le témoignage de la conscience? Mais, la conscience,livrée à elle-même, peut-elle nous faire

(22)

distinguer le bien du mal, le juste de l'injuste, le bienet le mal, le juste et l'injuste n'existant pas, faute de la loi morale qui établit cette distinc- tion?

Est-ceque,parmi lessectateursd'une

même

reli- gion, tous apprécient les choses de la

même ma-

nière? Est-ceque la conscience n'est pas fausséele plussouvent par les préjugés, par le milieu dans lequel on vit,parles exemples que l'on a sous les

yeux, parles passions auxquelles on se livre, par

les entraînements aveugles du cœur,parletempé-

rament

dont lanature nous a doués et que

nous

n'avons passu ou voulu combattre?

La

conscience

du

catholique diffèredecelle du

musulman,

etcelle

du

musulman

ne ressemble pointàcelledu sauvage delaTerre de Feu. Les grandsprincipesde morale sontà peu près les seuls qui soient connussinon respectés de ceuxqui sontnés etont vécu dans

une

desreligions positives qui se partagentle

monde

et enseignentl'existencedeDieuet

du démon,

desbons

etdes

mauvais

génies.

Enfin nous croyons

au

diable parce que tous les peuples y ont cru, et quesi lediable n'existaitpas, le

monde

deviendrait pour le savant

comme

pour l'ignorant

une énigme

indéchiffrable.

Mais

si le

démon

existe, si l'airdanslequel nous /ivons est peuplé d'esprits déchus,il estévident de toute évidence qu'entre cesesprits-iàetnous il existe des rapportsdontle

mode

nous échappe, maisqu'il est difficilede nier.

Les enseignements de l'Egliseàl'endroit decette questionnelaissentpriseà

aucun

doute.

Bornons-nous, pour nepasêtretrop long,àinter- rogerlerituelcatholique, etnousserons pleinement

édifiés.

Voici, par exemple, la formule dont se sert le prêtre pourfairel'eau bénite :

(23)

KT URBAIN GRANDIER 21

« Créature

du

sel,je t'exorcise au

nom

du Dieu vivant... Deviens la santé de

rame

et

du

corps!Par- toutoù tu seras jetée, que YEsprit

immonde

soit

mis enfuite

; quetout caprice, que touteruse, que toute malicedudiables'évanouisse. »

Puis, setournant vers l'eau, leprêtrepoursuiten ces termes:

« Créaturede l'eau,

au nom

du Dieu tout-puis- sant, lePère, le Fils et le Saint-Esprit, sois exor- cisée. Reçois la puissancede mettreen fuitel'enne- mi, de l'arracher, de le déraciner lui-même,

non moins

queses anges apostats... Seigneur, quecette créature de l'eau, qui sert à vos mystères, ait la puissance de cha'<ser les

démons

et de mettre en

fuite les maladies. Sur quelquemaison, surquelque

lieuappartenant

aux

fidèles que vienne à

tomber

cette eau, faites que toute impureté disparaisse, faitesque VEsprit de peste et que lesouffle desa corruption cessed'y résider! Arrière tous les pièges

\enà\i%

par

l'ennemi (\u\ se cache! Arrière tout ce qui peut nuire

au

repos et à la santé des habi- tants!

« Seigneur,vousqui brisezlesforées delapuis- sancerebelle;Seigneur, vousqui domptez la fureur deDotre

ennemi

rugissant, faites que toute asper- sionde cescréatures du sel etde l'eaurepousseles assauts de l'esprit immonde., et chasse

au

loin la terreur que répandleserpentvenimeux!»

La

bénédictiondes cierges n'est pas moinscarac- téristique. Lisezplutôt:

« Seigneur, bénissez ces lumières... partout où

elles serontallumées ou placées, quelesprinces des ténèbresse retirent;qu'ils tremblent frappés deter- reur, eux et leurs ministres ; qu'ils fuientde ces demeures, qu'ilsn'aient plus l'insolence de troubler

ou

de molester vosserviteurs. »

Citons encore les règles que l'Eglise trace

aux

(24)

exorcistes,

quand

ils sontenprésence d'une posses- sion diabolique:

«

L

exorciste, ditle Rituel, porterason attention sur lesru?es, surles fourberies dont usent les dé-

mons

afin de donner le change.

Car

une de leurs habitudesest d'entasser les

mensonges

etdene se manifester qu'avecpeine,àseulefinderebuterl'exor ciste par la fatigue,ou bien pour quela

personm

qu'ils possèdent semble ne pas être possédée. Qufe l'exorciste évite les vaines questions, qu'il réprime ou méprise les rires, les scurrilités, lesfacéties

du démon

;etc... »

Viennent ensuite les formules de l'exorcisme, formules que nous ne rapporterons point ici, car ellesn'ajouteraient rienà lapreuvequenous venons de faire.

On

nepeutnier lefait despossessions diaboliques sans méconnaître iautorité doctrin.ilede l'Eglise, et

sans refuser à l'Evangile toute valeur historique, car, àchaque page

du

livre inspiré, nous voyons le

Sauveur user de sa puissance pour chasser lesdé-

mons du

corpsde ceux qu'ilstourmentaient.

Les représentants de lascience moderne, qui ont la prétention de tout expliquer scieniifiquement, donnent à ces faits de possession

démoniaque

le

nom

demononianie religieuse^ et se flattentd'avoir ainsi résolu le prol>lème.

Nous

nous

demandons,

etbeaucoup se

demande-

rontaprès nous, s'il est possible de se contenter d'une démonstration qui ne démontre rien, puis- qu'elle se borne à classer les possédés,

au

sens ca- tholique

du

mot, parmi les monomaties, expression vague, élastiqueetsonoredontse ser-ventlessacanit pourvoiler la pauvretéde leurs systèmes.

Nous

serionstenté dedire qu'entrele

démoniaque

(25)

ET URBAIN GRANDIBR 23 etle doctepersonnagequi ala prétention d'en faire

un

vulgaire malade, le plus

monomane

des

deux

n'estpas celuiqu'on pense.

« Aujourd'hui, écrivait ledocteur Calmeil, dans son ouvrage surlaFoUe^lesecclésiastiques qui font la traversée des mers pour aller répandre les lu- mières de lafoijusquedans lesdéserts du

Nouveau- Monde,

sontsouvent très surprisde rencontrer des

énergumènes

parmi les néophytes dontse

compose

leur

nouveau

troupeau, tandis qu'il estrare, deleur propre aveu, quele

démon

prenne àprésent posses- sion desfidèles au sein de la mère-patrie.

La

lettre

quejevais ra;;porter et qui fut adressée à

Winslow

(célèbre médecin) en 3738, par

un

digne mission- naire, prouvequele délirede ladémonopathiepeut devenir partoutlepartage des

âmes

faiblesettimo- rées. »

Le

Délire de la démonopathie!

Des

mots, tou- joursdes mots! C'estpar des motsd'un vide déses- pérantquele docteur Calmeilcroyait pouvoir expli- quer les

phénomènes

constatés dans le récit du missionnaire, récitdontilne songe pas, d'ailleurs,

à

contester Texactitude.

« Jene puis enfin

me

refuser à votre empresse- ment, écrit le mis'^ionnaire au docteur

Winslow,

d'avoir parécrit le détail de ce qui s'est passé

au

sujetduCochinchinuis possédé, dont j'ai eu l'hon- neur devous parler. L'an 1733, environ au mois de

mai

oude juin, étant dans la province de

Cham^

royaume

de Cochinchine, dans l'église d'un bourg

qu

on

nomme

Chéta^ distantd'une demi-lieue envi- rondela capitile de la province, on

m'amena un

jeune

homme

de18 à 19ans,chrétien... Ses parents

me

dirent qu'il étaitpossédé du démon...

Un

peu incrédule, je pourrais

même

dire à

ma

confusion, troppourlors^ à cause de

mon peu

d'expérience^

dans cessortesdechoses, dontjen'avais jamais eu

(26)

d'exemple et dont

néanmoins

j'entendais souvent parler

aux

chrétiens, je lesquestionnai pour savoir

s'iln'yaurait pas dela simplicité ou de la malice dans le fait. Voici cequ'ils

me

dirent... »

Suitle récitdes parents.

Le

jeune

homme,

après avoir faitune

communion

sacrilège, avait disparu.

Retiré dans les montagnes, il se livrait à toutes sortesd'extravagances etne se

nommait

plus lui-

même

quele traîtreJudas.

« Sur cet exposé, reprend le missionnaire, et après quelques difficultés, je

me

transportai dans l'hôpital où étaitcejeune

homme,

bien résolu à ne rien croire, à moins que je ne visse des

marques

au-dessus de la nature; et, au premier abord, je l'interrogeai en latin dontje savaisqu'il ne pouvait avoir

aucune

teinture. Etendu qu'il était à terre, bavantextraordinairement, ets'agitant avec force,

il selevaaussitôtsur son séantet

me

répondit très distinctement:

Ego

nescio loqui latine (jene sais pas parler latin).

Ma

surprise fut si grande que,

touttroublé,je

me

retii-ai épouvanté, sans avoir le

courage de l'interroger davantage.

« ... Toutefois, quelques jours après, je

recom-

mençai par de

nouveaux commandements

proba- toires, observanttoujours de lui parlerlatin, que le jeune

homme

ignorait; et, entre autres,ayant

com- mandé

au

démon

de lejeter parterre sur-le-cham[), je fus obéi dans le

moment

; mais il le renversa avec une si grande violence, tous ses

membres

tendus etraides

comme

une barre,qu'on aurait cru, par le bruit, que c'était plutôt une poutre qu'ua

homme

quitombait... Lassé, fatigué de sa longue résistance,jepris larésolution de faire

un

dernier effort, ce futd'imiter l'exemple de

Mgr

Tévêque de Tilopolis en semblable occasion. Je m'avisai donc, dan^

un

exorcisme, de

commander

au

démon,

en

laitri, dele transporter

au

plancher de l'église, les

(27)

ET URBAIN GRANDIBR 25 pieds lespremiers, et la tête en bas. Aussitôt son corps devintraide, et,

comme

s'il eût été impotent de tous ses

membres,

il fut traîné du milieu de

l'église à une colonne, et là, les piedsjoints^ le dos

colléàlacolonne, sanss'aider de ses mains^ il fut transporté en

un

clind'œil au plancher,

comme un

poids qui seraitattiré d'en haut avec vitesse sans

qu'il parut qu'il agît.

Suspendu

au plancher, les pieds collés et la tête en6as,jefis avouer

au démon, comme

je

me

l'étais proposé, pour le confondre, l'humilieretl'obligeràquitter prise, la fausseté de

lareligion païenne. Jeluifis confesserqu'il était

un

trompeur, eten

même

temps je l'obligeai d'avouer

la saintetéde notre religion. Je le tins plus d'une demi-heure en l'air, etn'ayantpaseu assezde cons- tance pour l'y tenir plus longtemps, tant j'étais effrayé

moi-même

de cequejevoyais,je lui ordon- nai delerendre à

mes

pieds sans luifaire du mal...

Il

me

lerejeta sur-le-champ

comme un

paquet de linge sale sans l'incommoder, et depuis ce jour-là

mon

énergumène, quoique pas entièrement délivré, futbeaucoup soulagé; chaque jour, ses vexations diminuaient, mais surtout lorsquej'étais à la

mai-

son, il paraissait si raisonnable qu'on l'aurait cru entièrementlibre...

« Il resta l'espaced'environ cinq mois dans

mon

église, et au bout de ce temps il se trouva enfin délivré, et c'est aujourd'hui le meilleur chrétien peut-être qu'ilyaiten Cochinchine. »

Comprenant

que pour expliquer le fait qu'on vient de lire, il ne suffisait pas de le qualifier de déliredémonopathique,le docteurCalmeil ajoutait :

«

On

doitsavoir gré au frère Delacourde n'avoir pas gardé le silencesur ceprétendufait de posses- sion, car ce missionnairea décrit, à son insu, les

phénomènes

dela

monomanie

religieuse,etilest clair pour tout le

monde

aujourd'hui qu'il n'a exorcisé

(28)

qu'un

homme

atteint de délire... Espérons qu'une méprise pareillene sera plus

commise

par les ecclé- siastiques qui sevuuent

aux

missions(1). »

Etvoilà pourquoi votre filleestmuette.

Il fautavouer quel'explicationdudocteurCalmeil laissepar trop à désirer.

Singulierdélirequecelui qui donne à

un

Cochin- chinois la faculté de parler latin, bien que cette langue lui soit parfaitement inconnue!

Grimper

jusqu'au plafond d'une église , les pieds joints,le

dos contre unecolonne, et sans s'aider des mains,

y

rester suspendu, la tête en bas, et, dans cette

position, qui n'arien de

commode

et qu'aucune loi

ne peutexplir[uer, discuterpendant une demi-heure avec

un

interlocuteur auquel on

donne

la réplique en une langue dont on n'a jamais su le premier

mot

; retomber en bas

comme un

sac deferraille

ou un

paquetde linge sale, sans se faire le moindre mal, et sans que le pouls soit plus agité que de coutume, voilà ce que nos savants appellent

une monomanie

religieuse.

De

pareilles théories se réfutent d'elles-mêmes.

Que

dis-je ?

Le

docteur Calmeil se borne à classer le fait qu'il rapporte parmi les

monomanies,

sans

même

tenterdedonner une explication quelconque des

phénomènes

que décritle missionnaire. Magisterdixit :

La

Faculté

a

prononcé, faites

un

acte de foi. Evitez surtout, si

vous ne voulez pas être éconduits, de poser la moindrequestion indi^^crète.

Aux demandes

d'éclair- ci>;sementsque vous formulerez, on vous répondra :

Délire dela démonopathie!

Monomanie

religieuse!

Le

docteur Bertrand se serait contenté de dire :

Extase naturelle!

C'est ainsi que, de nosjours encore,on a la pré- tentionde démontrerqu'il n'yaplus de mystères,le

(1)Dela Folte, p.424.

(29)

ET URBAIN GUANDIER 27 flambeaudelascienceayantenfin dissipé les ténè- bres ducléricalisme.

Des

faitsdu genrede celui que nous venons de rapporter ne sontpoint rares en Orient.

«

Vous

devriez bien

m'accompagner

en Chine, disait

Mgr

Favier, évêque de Pékin, à

M. Gaston

Mérv, directeurde

VEcho du

Merveilleux et rédac- teuràlaLihre Parole. C'est que vous enverriez,

du

merveilleux !

On

en rencontre à chaque pas.

D'ailleurs, on Ta dit, la Chineestlepaysdesdiables.

Oui, venez,ce n'e^^tpas loin (1). »

Inutile de faire observer que

Mgr

Favier n'est pas le premier venu. Pas plus que nos

besux

esprits, naguère l'ornement

du

Quartier Latin, docteurs en droitou virtuoses du bistouri, il n'est

homme

à se payer de mots. S'il

admet

le

mer-

veilleux,y comprisles obsessionsetles possessions, c'est qu'il y a de tout cela dans les contrées qu'il

évangélise.

Nous

apportons tous, en venant au

monde,

des

inclinations mauvaises

triste héritage dela faute originelle

que nous devons combattre avec l'aide de Dieu. Ces inclinations, l'Eglise catholique les divise en sept classes qui constituent ce que le

catéchisme désigne sous le

nom

depéchéscapitaux.

Toutes les fautes, tous les crimes que

l'homme commet

serattachentà l'unede ces catégories.

Nous

ne

sommes

pas également enclins à toutes les passions. Les uns sont portés à l'o^^gneil, les autres à lacolère, ceux-ci àlacupidité,ceux-là

aux

plaisirssensu Is.

Le démon,

quiconnaît notre côté faible, agit en conséquence.

Sa

tactiqueest celle de l'ennemi qui assiège une place.

Quand l'homme

veutsecorrigerd'un vice

domi-

(1)LibreParole, numéro du 12février 1901.

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