L e s C o n s u l a t s s u i s s e s à l ' é t r a n g e r r e ç o i v e n t l e j o u r n a l . pa
Dixième Année.— N0103.
P r i x d u n u m é r o 1 0 c e n t i m e s
Jeudi 24 Décembre 1896.
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I i
O b s e r v a t o i r e de N e u c h â t e l Sur l'intelligente initiative de Henri Grantljean, du Locle, le Grand Conseil créa en 1859 un observatoire cantonal à Neuchâtel et appela p o u r l'organiser et Ie diriger M. le I)' A. Hirsch, qui est encore maintenant à la tète de cet éta- blissement. Installé hors de la ville sur la colline du Mail, l'Observatoire de Neuchâtel est supérieurement outillé en instruments astronomiques et électri- q u e s servant à la mesure précise du temps.
Nous nous bornerons ici à parler du rôle industriel de l'Observatoire. On lui doit avant lotit un service et un réseau de distribution télégraphique de l'heure qui place sous ce rapport notre petit pays en rang très honorable.. Chaque jour, une pendule électrique est com- parée ehronographiquement avec la pendule sidérale, contrôlée elle-même dans sa marche par les observations astronomiques du soleil et surtout d'é-
toiles fondamentales. Après avoir été mise exactement à l'heure (à 0S,01 près), au moyen d'un pendule auxiliaire, cette horloge électrique envoie automatique- ment à 1 heure de l'après-midi (heure de Neuchâtel), un courant passant par Neuehàtel-Yillc, La Chaux-de-Fonds et Le Locle; de là, après s'être embran- ché par une pile de relais à la maison Paul-D. Nardin et aux Brenets, le cou- rant de l'observatoire continue son che- min par les Ponts et Flcurier, S^-Croix, le S e n t i e r , jusqu'au Brassus. Dans toutes ces stations, le courant décroche directement une pendule de coïncidence qui indique à '/«« de seconde près Ia correction du régulateur de la station.
Le courant transmet ainsi chaque jour l'heure rigoureusement exacte, à quel- ques centièmes de seconde près aux centres industriels qu'il traverse.
Dans plusieurs de ces villes (Neu- châtel, La Chaux-de-Fonds, Le Locle, etc.) le régulateur local, qui est ainsi corrigé tous les j o u r s d'après le signal de l'Observatoire, l'ait marcher de son côté dans les rues et clans de n o m b r e u x ateliers et bureaux tout un réseau de cadrans électriques (système Hipp) qui profitent ainsi de Ia précision astrono- mique de tout le système.
L'heure de Neuchâtel est transmise de m ê m e électriquement chaque jour, en passant par Bienne et St-Imier, au bureau central des télégraphes de Berne.
Là, l'heure de Neuchâtel, exprimée alors en temps de l'Europe centrale, est ren- voyée à toutes les stations de chemin de 1er, à lous les bureaux de postes et de télégraphes. C'est donc l'Observa- toire de Neuchâtel qui donne l'heure à toute la Confédération.
Le second service pratique de 1'Ob- servaloire consiste à recevoir, pour leur délivrer des bulletins de marche, quatre catégories de m o n t r e s :
A. Des chronomètres de marine qui restent deux mois en observation : les épreuves son I subies à la température ambiante, à l'étuve et à la glacière.
JJ. Des chronomètres de poche (à échappement libre ou à ancre) qui sont observés dans cinq positions différentes et soumis à un examen de six semaines.
Ils sont observés deux semaines dans la position horizontale, y compris deux j o u r s à l'étuve et à la glacière, deux semaines dans la position verticale, pendant en haut, puis deux j o u r s dans chacune des positions suivantes : posi- tions verticales pendant à gauche et pendant à droite et position horizontale, cadran ©n b a s , enfin de nouveau huit
j o u r s dans la position horizontale, ca- dran en haut.
C Des chronomètres de poche ne devant rester q u ' u n mois en observa- tion ; ils sont observés quinze j o u r s au p e n d u , ainsi qu'à l'étuve et à la glacière.
J). Des chronomètres de poche et montres compensées ne devant rester que quinze jours ; ils sont observés dans la position horizontale seulement et à la température ambiante.
Si. les chronomètres montrent pen- dant l'épreuve des variations dépassant 2 secondes d'un jour à l'autre, ou une variation du plat au p e n d u dépassant 10 secondes, ou une variation à l'étuve de plus de 0,5 secondes par degré centi- g r a d e , enfin si Ia marche s'éloigne du temps moyen (ou cas échéant du temps sidéral) de plus de 10 secondes, ils sont retournés sans bulletin officiel à leurs propriétaires.
Le directeur de l'Observatoire canto- nal présente à la lin de chaque année, au Conseil d'Etat, un rapport sur les chronomètres observés pendant l'année, en établissant le rang des chronomètres de chaque classe d'après la variation moyenne d'un jour à l'autre.
Tous les chronomètres des trois pre- mières classes observés pendant l'année et ayant reçu un bulletin de marche, pourvu qu'ils proviennent d'un fabri- cant neuehàlelois et ne portent pas le nom d'un fabricant étranger, p e u v e n t concourir pour les prix suivants :
Deux prix de IV. 200 et Ir. 150 p o u r les chronomètres de marine.
Trois prix de fr. 130, fr. 120, fr. 110 p o u r les chronomètres de la classe B.
Quatre prix de fr. 100, fr. 80, fr. 60, fr. 50 p o u r ceux de la classe C.
Un prix général de fr. 200 est de plus destiné à récompenser le fabricant qui aura envoyé à l'Observatoire, dans le courant de l'année, les chronomètres de
538 L A F E D E R A T I O N H O R L O G E R E S U I S S E poche au n o m b r e de 12 au moins dont
la moyenne aura m o n t r é la marche la plus régulière et le réglage le plus par- fait.
Le fabricant ayant remporté Ie prix général, ainsi que les propriétaires des chronomètres couronnés, reçoivent, outre les prix qui reviennent aux chrono- mètres, des diplômes constatant qu'ils o n t remporté un prix au concours insti- tué par l'Etat à l'Observatoire cantonal et contenant le résultat de marche des chronomètres couronnés.
E n compulsant les 25 derniers rap- ports, nous t r o u v o n s que de 1870 à 1894, l'Observatoire de Neuchâtel a reçu, p o u r être soumis aux épreuves régle- mentaires, 127 chronomètres de marine et 555G chronomètres de poche.
Q u a n t à la qualité des chronomètres et la précision d u réglage, on p e u t juger de leur développement, en constatant que la variation diurne a diminué en m o y e n n e annuelle de ± ls, 2 7 à ± 0S, 5 0 , la variation du plat au p e n d u de =t8s,21 à ± l96 3 , et la variation pour un degré centigrade de + 0a, 4 8 à + 0S, 0 7 .
E n général, les résultats consignés dans les r a p p o r t s annuels du directeur m o n t r e n t q u e l'art chronomélrique a constamment progressé dans le canton de Neuchâtel; ils attestent les services éminents r e n d u s par l'Observatoire de Neuchâtel à l'industrie nationale.
Conseil national
Séance du 21 décembre
Traité de commerce avec le Japon. — MM. Cramer-Frey et Martin rapportent. La commission propose de ratifier le traité avec le Japon, mais sans aucun enthousiasme. Sa première opinion était défavorable au traité.
Le Conseil fédéral n'encourt aucun blâme ; il a fait ce qu'il a pu. Mais le résultat obtenu n'est pas très brillant. Les orateurs analysent les principales dispositions du traité. Celui-ci n'est accompagné d'aucun tarif. Les conces- sions accordées à la Suisse sont celles qui ont été accordées à d'autres pays qui ont un traité avec le Japon. Aucune concession spéciale n'a été faite à la Suisse. En particulier, le traité ne fixe aucun droit pour l'horlogerie, qui est le principal article d'exportation de la Suisse dans l'extrême Orient. C'est là le grave défaut du traité. D'autant plus que les droits sur l'horlogerie ne sont pas encore fixés par le Japon.
Mais la commission s'est convaincue que le Conseil fédéral avait fait tous ses efforts pour obtenir la fixation de droits sur l'horlogerie.
Ses efforts n'ont pas abouti. Le Conseil fédéral s'est cependant décidé à accepter le traité et, après examen, la commission a été amenée à partager cette opinion.
Le traité stipule encore la suppression de la juridiction consulnire. Cette suppression quoi- que regrettable s'imposait du moment que les grandes puissances y avaient aussi renoncé*
La commission propose la ratification du traité et se déclare aussi d'accord avec l'inten- tion du Conseil fédéral de transformer le con- sulat suisse au Japon en légation.
M. Calamo-Golin se rend compte des grandes difficultés qu'a rencontrées le Conseil fédéral, mais le but poursuivi n'est pas atteint.
Les intérêts du commerce suisse ne sont pas
suffisamment garantis. L'orateur regrette la suppression de la juridiction consulaire, mais reconnaît, du moment où les autres pays l'avaient abandonnée, qu'il n'y avait rien à faire. En revanche, il présente des objections sur les droits stipulés par le traité. Ses droits doivent donner satisfaction à l'Allemagne et à l'Angleterre, mais ne donnent pas satisfac- tion à la Suisse. Parmi les droits convenus, il y en a qui n'ont aucun intérêt pour la Suisse, parce qu'ils s'appliquent à des objets que la Suisse n'exporte pas. En revanche, aucun droit n'est prévu pour l'horlogerie, qui représente la moitié de l'exportation de la Suisse au Japon. Pour que le traité eut une valeur, il était nécessaire que l'horlogerie fut comprise dans le traité. Le Conseil fédéral dit que le tarif japonais sera fiscal et non protec- tionniste. Mais ce ne sont que des espérances sans aucune garantie.
Deux fabriques d'horlogerie ont déjà été fondées au Japon. Dans ces conditions, l'ora- teur propose que le Conseil national renvoie à la session de mars la ratification du traité et invite le Conseil fédéral à reprendre les né- gociations dans l'intervalle pour chercher à obtenir des concessions en faveur de l'indus- trie de l'horlogerie. Ce retard n'aura aucun inconvénient, puisqu'en tout cas le traité n'entrera pas en vigueur avant 1899. La dis- cussion est ici interrompue et la séance est levée à sept heures quarante.
Séance du 22 décembre
Voici le texte de la proposition que M. Ca- lame-Colin a déposée hier:
1° Le Conseil national ajourne à la session de mars la discussion du traité de commerce avec le Japon.
2° Il invite le Conseil fédéral à bien vouloir examiner s'il peut être donné satisfaction à l'industrie horlogère en ouvrant des négocia- tions pour que la montre soit placée, comme d'autres articles, au bénéfice de droits con- venus spécialement.
M.Tissotcombatla proposition de M. Calame- Golin. Il estime qu'elle ne permettrait pas au Conseil fédéral d'obtenir de nouveaux résul- tats. On ne peut pas ajourner un traité de commerce comme on ajourne un objet-owli- naire. L'orateur a toujours soutenu les inté- rêts des horlogers, mais il croit que les hor- logers seront encore plus mal placés si les Chambres ne ratifient pas le traité de com- merce. Notre pays ne doit pas s'isoler. U doit chercher à renouer des relations commerciales dans toutes les directions. M. Tissot ratifiera le traité.
M. le conseiller fédéral Doucher combat la proposition de M. Calame. Il estime que, même en se plaçant spécialement au point de vue de l'horlogerie, il y a avantage à ratifier le traité. L'orateur jette un coup d'œil rapide sur les négociations. Le Japon a élaboré des tarifs conventionnels uvec l'Angleterre, l'Alle- magne, les Etats-Unis et la France. L'expor- tation de ces quatre pays au Japon représente le 90% de l'importation japonaise. Tous les autres pays réunis, la Suisse comprise, ne re- présentent que le H)0/»· Le Japon s'est entendu avec ces quatre pays, puis il a offert aux au- tres pays le traitement de la nation la plus favorisée. C'est à prendre ou à laisser. Nous n'obtiendrons pas davantage. Si nous ne vou- lons pns accepter ces conditions, nous n'au- rons pas de traité avec le Japon.
L'orateur reconnaît que pour l'horlogerie la situation nouvelle qui résultera du traité sera plus défavorable que la situation actuelle.
Mais le Conseil fédéral a fait tout ce qu'il a pu pour obtenir mieux. Les protocoles des négociations en font foi. Tous ceux qui veulent s'en convaincre peuvent les lire. Le représen- tant'du Conseil fédéral a remis au représen- tant du Japon un mémoire détaillé sur la si- tuation de l'horlogerie. Le Japon a répondu que, après avoir négocié avec tous les pays
sur les bases qu'il nous offrait, il ne pouvait pas accorder de concessions spéciales à la Suisse. Sans cela il se rendrait coupable d'un manque de parole vis-à-vis de l'Italie, des Pays-Bas. de la Belgique, de la Russie, pays qui tous ont réclamé des concessions spéciales mais auxquels le Japon a refusé ces conces- sions en promettant de n'accorder de tarifs conventionnels qu'aux quatre pays mention- nés ci-dessus (Allemagne, Angleterre, France, Etals-Unis). Le Japon ne pouvait donc pas accorder de tarif spécial à la Suisse.
Les négociateurs du Conseil fédéral ont consacré sept séances à la question de l'hor- logerie, Ils ont formulé des demandes pré- cises. Le Japon n'a pas voulu entrer en ma- tière sur ces demandes. Il ne servirait à rien de revenir à la charge. Les Japonais sont d'habiles diplomates. Ils ont commencé à traiter avec les grandes puissances commer- ciales. Après quoi, ils ont traité avec les pays de moins d'importance pour eux. Ils ont re- fusé des concessions spéciales même à la Russie. Par conséquent, ils n'en accorderaient pas à la Suisse.
La question est de savoir si nous voulons ratifié le traité ou rompre complètement avec le Japon. Une rupture serait très fâcheuse même pour l'horlogerie. Sur la demande du Conseil fédéral, l'envoyé du Japon a, dans une note écrite, déclaré que le tarif général japonais sera fiscal et non pas protectionniste et qu'il ne portera pas préjudice au commerce d'importation. C'est une garantie pour le mo- ment où le Japon établira un tarif général, spécialement en ce qui concerne l'horlogerie.
M. Deucher espère donc qu'après ces expli- cations, M. Galame-Colin voudra bien retirer sa proposition. Il recommande chaudement, en terminant, la ratification immédiate du traité.
M, Hilty appuie la ratification du traité et donne des renseignements intéressants sur le Japon et les Japonais. On ne peut pas trop en vouloir anx Japonais d'interdire aux étran- gers d'acquérir du territoire en dehors des concessions. Dans certains cas, cela peut être une nécessité pour un pays. De même on ne peut pas trop regretter la suppression de la juridiction consulaire. Cette juridiction est un état de choses exceptionnel, une marque de défiance vis-à-vis des tribunaux d'un pays, et il est tout naturel qu'un pays cherche à s'en débarrasser. Sans douls, on aurait pu obtenir davantage en s'entendant avec tous les autres pays avec lesquels le Japon n'avait pas conclu de traité spécial. Mais du moment qu'on ne l'a pas fait, il faut accepter le traité tel qu'il est. En revanche, l'orateur n'est pas très per- suadé de la nécessité de transformer notre consul général au Japon en un ministre résident.
M. Galame-Colin remercie M. le conseiller fédéral Deucher des explications qu'il a don- nées et le Conseil fédéral des efforts qu'il a faits. U ne regrette pas d'avoir formulé sa proposition puisqu'elle a donné à M. Deucher l'occasion de fournir au Conseil de précieuses informations. Apres les explications données, M. Calame reconnaît qu'il n'était pas possible d'obtenir davantage. Il retire donc sa propo- sition.
Nouvelles diverses
R e t r a i t d e p l a i n t e . — Ensuite de l'inter- vention d'amis, qui ont dégagé l'ancien direc- teur du Comptoir des ébauches de ses respon- sabilités en vers l'établissement, les liquidateurs du dit comptoir ont retiré la plainte qu'ils avaient du porter contre l'ancien directeur, et celui-ci a été mis en liberté samedi.
Conseil f é d é r a l . — Le Conseil fédéral 0 procédé comme suit à la répartition des dé- partements pour 1897 : Département politique:
LA FEDERATION HORLOGERE SUISSE 539
M. Doucher, président de la Confédération, s u p p l é a n t : M. Ruffy; intérieur: M. Ruffy, s u p p l é a n t : M. Z e m p : justice et police: M.
Mûller, suppléant: M. L a c h e n a l ; militaire:
M. F r e y , suppléant: M. Mûller: finances et d o u a n e s : M. Hauser, suppléant: M. F r e y ;
•commerce, industrie, a g r i c u l t u r e : M. Lache- n a l , suppléant: M. Deucher; postes et che- m i n s de fer : M. Zemp, suppléant : M. Hauser.
Loi sur les jeux en Belgique. — Le
S é n a t a adopté l'article de la loi sur les jeux portant que les marchés à terme sont recon- n u s et peuvent être exécutés comme toute convention licite. L'article 3 , disant: «Est
•considérée comme pari ou jeu de bourse toute convention dans laquelle l'intention des par- ties est d'exclure la livraison ou Ia réception d e denrées, marchandises ou valeurs mobi- lières s u r lesquelles elles ne traitent qu'en apparence, et de borner l'objet du contrat à u n e simple différence sur la hausse ou la baisse des c o u r s » , est aussi adopté.
Egypte et l'exposition de 1900. — On
dit à Alexandrie qu'en ne prenant pas part à l'exposition universelle de It)OO, le gouverne- ment égyptien reste fidèle à tous les précé- dents, qu'il n'a jamais accepté de participer à a u c u n e exposition internationale, quelle que fût la nation qui en eût pris l'initiative. Il faut cependant remarquer qu'à l'exposition internationale de Vienne en 1873, le khédive Ismaïl-pacha fil construire à ses frais un pa- villon arabe magnifique dont il fit cadeau à la cour de Vienne et qui est encore debout.
Le p r i x d u f r o m e n t , qui avait tant haussé, a fléchi par le fait des grandes quantités qui o n t été tirées des Etats-Unis on tous les che- mins de fer ont été encombrés par les trains c h a r g é s de g r a i n s , et d'où l'Angleterre a reçu
4 millions de q u i n t a u x , en novembre dernier, contre 3 millions '/3 en novembre 1895, la Grande Bretagne a de même reçu des envois plus considérables de la Roumanie, de l'Au- triche et de Ia Turquie, en même temps que l'importation d'orge, d'avoine et de maïs augmentait également. Une certaine influence a aussi été exercée s u r les prix par suite des pluies qui sont enfin tombées dans quelques- uns des districts qui souffrunt de la famine aux Indes.
Juste fierté
Sous le titre: Juste fierté. et sous la signa- ture Alfred Gapus, le Figaro publie la bou- tade s u i v a n t e :
L'électeur. — Et vous dites combien?
Le député. — Trois milliards et demi.
L'électeur, avec un frisson d'orgueil. — Nous avons un budget de trois milliards et demi !
Le député. —• Oui, mon a m i . Ah! nous pouvons nous vanter de ne pas appartenir à une nation ordinaire.
L'électeur. — Y a-t-il d'autres peuples qui aient des budgets aussi gros?
Le député. — P a s u n . . . Et ils sont assez embêtés, les autres peuples. Mais ils a u r o n t beau faire, j a m a i s ils n'auront u n budget comme le notre.
L'électeur. — Ils doivent rager.
Le député. — On n'empêchera pas la F r a n c e d'être la première nation du monde pour les budgets.
L'électeur. —• El dans l'antiquité ou dans les autres époques?
Le député. — O n ne peut rien citer d'équi- valent. Les Romains ne dépensaient pas par
an le q u a r t de ce que dépense aujourd'hui une simple ville comme Reims, par exemple.
L'électeur. — Et les Grecs?
Le député. — Ah! a h ! les Grecs... Athènes avait un budget dans le genre de celui de La Ferté-sous-Jouarre.
L'électeur. — Ça fait pitié.
Le député. — Savez-vous que vous payez"
à vous tout seul plus d'impôts qu'un Anglais, qu'un T u r c et qu'un Américain réunis?
L'électeur. — C'est admirable.
Le député. — Mais ce n'est pas fini...
L'électeur. — Oh ! oh !
Le député. — A la Chambre, nous voulons atteindre quatre milliards. Tant que nous n ' a u r o n s pas un budget de quatre milliards, nous ne serons pas contents.
L'électeur. — Nos fils verront de belles choses.
Le député.
cinq milliards!
L'électeur. — Le député. — mon a m i .
- Ils verront le budget de Ah ! que je voudrais être là I Ce sera pour votre vieillesse,
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