ARTICLE ORIGINAL /ORIGINAL ARTICLE DOSSIER
Un travail d ’ élaboration psychique lors de la traversée du cancer : le cas de Francine
Psychical working through for the patient with cancer: the case of Francine
F. Ait-Kaci
Reçu le 2 avril 2010 ; accepté le 21 juin 2010
© Springer-Verlag France 2010
Résumé Lors de la survenue du cancer et des multiples pertes qu’il entraîne, la reconstruction de soi s’impose. Il s’agit alors de comprendre et d’assimiler l’expérience afin de rétablir l’équilibre identitaire déstabilisé par la maladie.
Ce processus de guérison psychique est une démarche d’intégration d’une réalité pour soi, touchant un sujet unique et ayant des conséquences qui lui sont propres, compte tenu de sa personnalité et de son histoire. Le cas de Francine rend compte de cette singularité à travers les différentes étapes de son cheminement psychique face au cancer. Déni et clivage du moi, réactivation de la rivalité fraternelle, liquidation de l’agressivité latente à l’égard de l’objet, levée du déni, reprise de l’activité onirique et élaboration du rapport au corps et à la maladie. Le travail de liaison et de mise en sens sous-tendus au processus de guérison psychique a été soutenu par le cadre psychothérapeutique facilitant ainsi, le rétablissement de la continuité psychique et par là même, la projection dans un avenir même menacé.
Mots clésGuérison psychique · Psychothérapie · Identité · Intégration de la réalité
AbstractAt the onset of cancer and multiple losses it entails, the reconstruction of itself is needed. It is then to understand and assimilate the experience in order to restore the balance of identity disrupted by illness. This process of psycho- logical recovery is a process of integration, a reality for itself, concerning a single subject and having its own consequen- ces, given its personality and history. Francine’s case reflects this singularity through the different stages of her psychic course in front of cancer. Denial and ego splitting, reactiva- tion of sibling rivalry, liquidation of the latent aggression towards the object, lifting of denial, recovery of dreaming and elaboration of the relationship to the body and disease.
Liaison work and making sense underlying the process of psychological recovery has been supported by the psychothe- rapeutic framework facilitating the restoration of psychic continuity and thus, the projection into the future even threatened.
Keywords Psychological recovery · Psychotherapy · Identity · Reality integration
Introduction
Parce qu’il rappelle à l’homme sa finitude, le cancer est une véritable crise identitaire venant bouleverser les sentiments d’intégrité et de continuité sur lesquels repose l’homéostasie psychique du sujet, d’où un réaménagement psychique inévitable. Ce « processus de guérison psychique » prend toute sa dimension au moment de la fin des traitements et varierait selon les sujets, entre une « répression émotionnelle bien tempérée » de l’angoisse de mort associée au cancer, qui permet à un grand nombre de patients de rétablir leur conti- nuité identitaire, la nécessité d’une « réévaluation positive » de l’existence et enfin, pour un certain nombre d’entre eux, le vécu traumatique du cancer réactive des traumatismes antérieurs :« un travail de“liaison”entre le vécu du cancer et l’ensemble de la vie du sujet doit s’opérer pour rétablir l’harmonie perdue du moi » [8]. L’itinéraire psychique de Francine se propose d’illustrer ce travail d’élaboration psychique et de saisir comment l’expérience du cancer vient générer une sorte d’urgence incontournable pour faire entendre la souffrance psychique accolée à un événement mal assimilé venant faire barrage à l’élaboration de l’événe- ment actuel, en l’occurrence, la survenue du cancer.
Histoire de Francine
Francine est une femme joviale de 58 ans, divorcée depuis une vingtaine d’années, mère d’une fille de 30 ans et grand-
F. Ait-Kaci (*)
Équipe de psycho-oncologie, centre Oscar-Lambret,
3, rue Frédéric-Combemale, BP 307, F-59020 Lille cedex, France e-mail : [email protected]
Psycho-Oncol. (2010) 4:203-206 DOI 10.1007/s11839-010-0272-4
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com
mère d’un garçon de trois ans. En décembre 2007, elle pré- sente une extension osseuse d’un cancer du sein traité par mastectomie totale en 2003. Pour stabiliser l’évolution, six séances de chimiothérapie lui ont été prescrites. C’est à la fin de son traitement que je la rencontre pour la première fois à son initiative.
Émergence de la demande : « respecter le système familial » ou « écouter son désir »
Lors du premier entretien
Alors que les éléments du dossier médical indiquent une évolution de la maladie, l’entretien est tourné vers la vie.
Depuis la fin des traitements, Francine projette de reprendre une activité bénévole, de faire des travaux dans sa nouvelle demeure, d’aller rendre visite à sa sœur qui habite une autre région, etc. Dans le même temps, elle s’inquiète de trop dormir. L’hypersomnie, la fatigue, les patchs de morphine ne sont à aucun moment associés au cancer. Francine semble montrer un détachement face à sa propre maladie créant l’illusion d’une apparente sérénité.
Sa demande est celle-ci : « j’aimerais apprendre à m’occuper de moi, car jusqu’ici, je me suis toujours sacrifiée pour les autres ». Avant sa récidive, Francine m’explique qu’elle était très investie dans des tâches consacrées aux autres, que ce soit dans sa famille ou dans son travail d’infirmière. Elle aimerait maintenant « se reposer et être un peu tranquille ». Au fil de l’entretien, elle me rapporte un événement qui a suscité sa demande de rencontrer un psychologue. Chaque année selon la tradition familiale, Francine convie toute sa famille au repas traditionnel de printemps. Pour ce faire, elle a pris pour habitude de faire les achats la veille, afin de préparer le repas le lendemain matin. Cette fois-ci, Francine s’est assoupie : « j’ai eu un trou », me dit-elle en parlant du sommeil. Au réveil, elle s’affole, court chez le boucher. Arrivée là-bas, elle s’effondre avec une sensation d’oppression et d’étouffement suivi de sanglots. « Ce n’était pas moi qui pleurais, c’était mon corps », me confie-t-elle. Elle ajoute que ce repas était une corvée et qu’elle n’avait aucune envie de recevoir. Toutefois, ne voulant pas décevoir sa famille qui comptait sur« son dévouement », elle n’a pas osé décommander. À travers ces propos, le corps semble perçu comme difficile à dominer entraînant un vécu de clivage de soi en deux parties distinc- tes. Il révèle à Francine son fonctionnement propre imposant une prise en compte de son existence et de sa réalité.
C’est alors qu’elle voit s’écrouler, me semble-t-il, le scénario répétitif de dévouement à l’égard des autres, dont son iden- tité dépend, « payer de sa personne » pour acquérir l’affec- tion et les gratifications de ceux qui l’entourent. La crise d’angoisse semble avoir été provoquée par ce conflit entre
« respecter le système familial » ou « écouter son désir » au
risque de perdre l’amour des siens. Tout se passe comme si Francine se trouvait confrontée à une relation d’objet inconsciente de dépendance à l’égard des autres, qu’elle a, jusqu’alors, transformée en son contraire en se rendant indispensable à eux, afin de pouvoir fonctionner avec une certaine autonomie.
Au fil de la causalité psychique :
réactivation de la rivalité fraternelle et élaboration de l’agressivité latente à l’égard de l’objet
À l’entretien suivant
Francine aborde son histoire familiale en commençant par ces termes : « tout ce qui me nuit, c’est mon entourage, mon histoire familiale surtout ma sœur Marie » Francine est la quatrième d’une fratrie de cinq, dont trois sœurs.
L’aînée, Thérèse, est décrite comme une« femme admirable aux petits soins » pour elle. La seconde sœur, Nicole, est aussi une personne « très dévouée » qui a soigné leur mère, décédée d’un cancer. Mais à la suite du décès, le frère cadet a poursuivi cette sœur en justice, car « elle a profité »de leur mère. C’est à propos de sa sœur Marie née un an après elle que Francine va exprimer un ressentiment.
Percevant que la famille de Francine a déjà été éprouvée par le cancer, du côté de la lignée maternelle, je souligne à Francine que la maladie, dans l’histoire familiale, est peut- être investie d’une manière singulière : l’amour que se porte les uns les autres semble matière à conflit et source de riva- lité. Cela l’a fait associer sur un autre événement médical marquant pour elle et sa famille : la méningite de sa jeune sœur Marie, contractée à l’âge de cinq ans. Du fait de cette fragilité, précise Francine, sa sœur a toujours été gâtée par
« ses parents qui étaient en or ». Elle ajoute :« nos parents nous demandaient d’être indulgents à son égard, car elle n’était pas comme nous ». C’est donc cette sœur cadette qui représente la source de son mal être actuel. Francine m’explique bien qu’elle a toujours soutenu sa jeune sœur dans les moments difficiles.
Depuis sa maladie, Francine ne peut plus être aussi présente auprès de sa sœur, et celle-ci est de plus en plus distante : « elle ne comprend pas que je suis malade. Elle se comporte dans le mauvais sens. C’est elle qui devrait s’occuper de moi maintenant », ajoute-t-elle. La maladie paraît être, pour Francine, l’occasion d’être confortée dans l’amour que lui porte son entourage, apparemment la seule stratégie possible pour capter l’attention sur soi. Francine ne semble plus en mesure de « comprendre » sa sœur et attend d’elle une réparation du « sacrifice » qu’elle a consenti pour elle, en respectant la règle familiale.
Cet excès de réparation envers sa sœur peut s’expliquer par la présence d’une culpabilité inconsciente provenant de
204 Psycho-Oncol. (2010) 4:203-206
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com
vœux agressifs qu’elle a pu ressentir à son égard, celle-ci étant née tout juste un an après elle et ayant pris beaucoup de place auprès de sa mère. Le cancer semble ainsi réactiver une grande rivalité fraternelle.
Aux rencontres suivantes
Francine ouvre le conflit avec sa sœur. « Ulcérée par son silence, je l’ai appelée pour lui dire que c’est à cause d’elle que je suis malade », me rapporte-t-elle. Cette manière de dire paraît répondre au besoin d’utiliser l’événement actuel pour régler des points en suspens de son histoire et dénouer ce qui est obstinément douloureux [5]. À la question de la place de sa sœur dans la cause de son mal, Francine m’explique : « tout tournait autour de ma sœur. C’était normal puisqu’elle était malade. Elle n’était pas comme nous, disait maman. Par contre, maman était exigeante avec nous ».
Par associations successives, Francine renoue avec son passé. Elle a le sentiment de n’avoir pas été aimée comme elle aurait dû l’être. Cela lui laisse une grande amertume comme une blessure sensible qui se ravive sous l’impact de la maladie. La souffrance née de cette situation de déséqui- libre de traitement, par la mère semble n’avoir jamais été exprimée. Ce n’est donc pas par hasard que l’explication causaliste, de la patiente met en relation le cancer et sa sœur à laquelle elle s’identifie à travers la maladie. Il reste à Francine de se défaire de cette causalité psychique accolée au cancer, afin de se réconcilier avec elle-même [3].
Levée du déni et élaboration du rapport au corps et à la maladie
Plusieurs entretiens
Ils ont été l’occasion pour Francine d’exprimer l’hostilité longtemps refoulée à l’égard de sa sœur. Il faudra du temps, pour que puisse s’élaborer et être assimilée cette agressivité qui, jusqu’alors, était frappée par l’interdit paren- tal. Dans le même temps, cette élaboration semble permettre à Francine d’aborder pour la première fois l’histoire de sa maladie [6]. Dans toutes les rencontres précédentes, à aucun moment, elle ne m’a fait part du vécu de sa maladie et ne prononçait pas le mot cancer. Elle me paraissait déta- chée de son corps et cloisonnée dans son être. Les associa- tions faites avec les événements de sa vie, au cours des séances précédentes, semblent avoir permis la liquidation d’une partie de la surcharge pulsionnelle. Ce travail paraît donner à Francine la possibilité de commencer à intégrer l’événement actuel dans le cours de son existence. C’est ainsi qu’elle évoque l’annonce du diagnostic. À la veille du mariage de sa fille, son médecin traitant lui demande de se rendre d’urgence à son bureau. Celui-ci lui annonce alors
qu’elle est atteinte« d’un cancer agressif »et lui demande de« prendre les choses en main ». Francine lui répond alors :
« laissez-moi faire la bringue au mariage de ma fille et ensuite, je me remets entre vos mains ». L’impact premier de l’annonce, faite en des termes chargés d’une forte symbo- lique, semble avoir mobilisé un mouvement régressif. Fran- cine continue : « hier, j’ai craqué, j’ai pleuré. Pour moi, jusqu’à maintenant, je n’étais pas malade malgré l’annonce de ma rechute. Maintenant, je dois faire avec la maladie. Je ne peux plus la fuir ». Francine souligne bien le déni dans lequel, elle se trouvait et indique une première prise de cons- cience de la réalité en même temps qu’une réunification de l’esprit et du corps. Ce n’est plus son corps qui pleure, mais elle dans son unité. La levée du déni permet ainsi au travail de deuil de commencer [4].
Lors d’un entretien suivant
Celui où elle évoque le souvenir du vécu de son annonce diagnostique, Francine nous fait part de sa colère contre sa maladie cancéreuse et se plaint de faire d’horribles cauche- mars. Francine narre le premier rêve :« en haut de la colline, il y a une fête. Je fais signe à un groupe de personnes, mais les gens ne sont pas convenables. Je ne veux pas les suivre.
L’un d’entre eux est ensanglanté ». Ce rêve est associé à l’annonce du diagnostic faite le jour du mariage de sa fille abordée à la séance précédente :« lors du mariage, je fonc- tionnais comme un automate. J’étais comme sur un nuage.
C’est comme si je me dédoublais et je me regardais. J’étais à la fête et ailleurs. D’ailleurs, je n’ai aucun souvenir du mariage. Pendant trois mois, je faisais passer la cassette du mariage en boucle pour tenter de me réapproprier ce moment effacé de ma mémoire. On voit bien sur le film que je me sentais seule. J’errais ». Francine décrit ici un véri- table phénomène de dépersonnalisation accompagné d’une paralysie psychique révélant l’état de choc provoqué par l’annonce. Francine poursuit sur le second rêve : « il y a urgence dans un bâtiment, mais les secours n’arrivent pas alors j’insulte le personnel. Je suis révoltée ». Enfin, le der- nier rêve est rapporté en ces termes :« j’habite une ferme. Un ancien collègue vient me voir et tente de me violer. J’ai peur.
On veut m’agresser ». Par association, elle nous parle« du corps de ferme »qu’elle a acheté voilà un an. Elle le voudrait accueillant, mais actuellement, il est en travaux. Elle ajoute qu’elle voudrait posséder une« ferme complète », mais elle n’en a pas les moyens. À travers ses rêves et ses propos, s’exprime la souffrance de son corps de femme mutilé et agressé. Dans le même temps, l’expression d’un fantasme de viol semble souligner la « persistance d’élan libidinal » qui peut être parfois activé par un temps dorénavant compté, comme l’a décrit De M’uzan [3]. L’élaboration de la situa- tion traumatique semble être en marche. En effet, si doulou- reux qu’ils soient, ces rêves permettent un maniement
Psycho-Oncol. (2010) 4:203-206 205
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com
économique de l’angoisse [7]. La dimension actuelle de la maladie cancéreuse avec la souffrance relative au choc de l’annonce et à l’image du corps altérée s’élabore dans le
« travail du rêve ».
Peu à peu le rapport au corps et à la maladie a pu être abordé
Le travail d’élaboration a permis à Francine de trouver une nouvelle capacité d’affronter la réalité de son corps et notamment son identité sexuelle jusqu’alors évitée transpa- raissant d’abord en filigrane dans ses rêves, Francine peut dire :« je commence à connaître mon corps. La maladie, je la surveille, je la prends en main, je la guide ». Francine montre que ne pouvant plus nier la maladie, elle tente de l’asservir à sa volonté pour mieux la maîtriser. Ce phéno- mène de maîtrise est un des mécanismes de défense utilisés par certains patients pour combattre la souffrance psychique.
Il donne le sentiment d’avoir une prise sur le corps et celui de pouvoir influencer le cours de l’inéluctable [9]. Mais, Francine n’est pas dupe comme le montre ces propos :
« tout ce que je demande, c’est qu’on me laisse souffler, qu’on me donne l’illusion ». Francine souligne ici la perte de son sentiment d’invulnérabilité qu’elle tente de rétablir dans l’imaginaire : « en ce moment, je me fais du cinéma.
Je positive toute la nuit. Je m’invente des tas de projets.
C’est idiot, je me fais rire ». Les fantaisies conscientes et l’autodérision apparaissent comme un moyen d’endiguer l’angoisse de mort. Francine continue sur l’image qu’elle donne d’elle-même : « je fais illusion. Je me grime pour venir à l’hôpital. Depuis la maladie, je me mets en pantalon.
Je me cache le corps. Quand je vais voir le médecin, je me mets en femme ». L’identité sexuelle s’appuie sur la façon, dont chacun se montre aux autres et les vêtements y partici- pent. Francine met en lumière l’expression tenace de la libido aucunement diminuée par la perspective de la mort [3]. Mais dans le même temps, elle cache sa féminité qui semble être vécue à ce moment comme quelque chose d’interchangeable ou d’instable.
Francine a effectué alors un retour sur le passé allant chercher dans ses souvenirs qui elle était pour retrouver sa propre trace, son identité. C’est ce travail historique qui a constitué l’essentiel des derniers entretiens.
Conclusion
Lors de la survenue du cancer et des multiples pertes qu’il entraîne, la reconstruction de soi s’impose. Il s’agit alors de comprendre et d’assimiler l’expérience. Tel est l’objet du
« processus de guérison psychique »dans la traversée du cancer [8]. Ce processus peut être arrêté par des difficultés
propres à l’individu et notamment par la réactivation d’expériences vécues autour de l’angoisse de perte d’objet.
La reprise du travail de deuil est alors nécessaire pour sur- monter ces événements signifiants restés en suspens et ainsi permettre l’élaboration de l’événement actuel. La causalité psychique apportée par les patients comme une vérité sur leur maladie est une première tentative d’humanisation du processus mortifère induit par le cancer [1]. Au-delà du sens, l’expérience clinique montre que ce discours est pris dans des réseaux complexes anciens et paraît constituer inconsciemment une ouverture psychique qui renvoie à cette détresse antérieure. Ainsi,« si la question du sens est vitale, n’est-il pas aussi urgent de suivre le fil de la causalité psychique accolée au cancer pour permettre au sujet de s’en détacher et enfin d’innocenter son corps, l’autre et lui-même »[2]. Dans le cas de Francine, le cancer a réactivé une grande revendication d’amour, une hostilité latente vis-à-vis de la figure maternelle. L’élaboration de cette cons- truction, en particulier, la libération de l’agressivité à l’égard de l’objet et déplacée sur la sœur a permis la levée du déni de la gravité du cancer. La mise en route de l’activité onirique a ensuite donné lieu à une nouvelle capacité d’affronter la réalité du corps et d’accéder au travail de deuil. Cette psychothérapie d’orientation psychanalytique a facilité le rétablissement d’une continuité passé–présent permettant par là même de se projeter dans l’avenir même menacé.
Ainsi, peu à peu, Francine a commencé à instaurer un nou- veau rapport à soi et aux autres. Le rapport conflictuel à sa sœur s’est fortement atténué. Elle se dit plus sereine et son corps redevient objet de soins malgré l’évolution du cancer.
Conflit d’intérêt :l’auteur déclare ne pas avoir de conflit d’intérêt.
Références
1. Alby N (1999) Pourquoi faut-il donner un sens au cancer ? J Psychol 173:23–6
2. Deschamps D (1997) Psychanalyse et cancer : au fil des mots…
un autre regard, L’Harmattan, Paris
3. De M’uzan (1977) De l’art à la mort. Gallimard, Paris, pp 182–99 4. Freud S (1915) Deuil et mélancolie. Métapsychologie. Gallimard.
Paris. 1968, pp 145–71
5. Glicenstein M et al (1987) Cancer et histoire : comment le sujet réécrit son histoire. Rev Med psychosom 9: 27–32
6. Hanus M (1994). Le travail de deuil. Le deuil. Rev Fr Psychanal Monogr pp 13–31
7. Luquet P (1987) Du préconscient. Rev Fr Psychanal Tome LI, PUF
8. Pucheu S (2004) La guérison psychique du cancer ou le retour à l’harmonie du « moi ». Rev Francoph Psycho-oncologie 2: 61–4 9. Ruszniewsi M (1995) Face à la maladie grave. Patients, familles,
soignants. Dunod. Paris
206 Psycho-Oncol. (2010) 4:203-206
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-pson.revuesonline.com