Résumé La fragilité spécifique des sujets âgés les rend plus vulnérables aux différents stress entraînés par la maladie cancéreuse et ses traitements. Cette vulnérabi- lité, multifactorielle, rend plus complexe leur adaptation psychologique, d’autant plus que la maladie entraîne une perte d’autonomie parfois non réversible. Les difficultés émotionnelles et les troubles cognitifs sont plus fréquents, ce qui peut impacter les échanges d’information et les processus décisionnels et favoriser un risque de perte de chance oncologique. À l’occasion du 27e Congrès de la Société française de psycho-oncologie, dédié aux aspects psychologiques de la prise en charge des patients âgés atteints de cancer, un groupe de travail multidisciplinaire composé d’experts dans le champ de la psychiatrie, de la
neuropsychologie, de la gériatrie, de l’oncologie, de l’on- cogériatrie, a travaillé à écrire les recommandations de prise en charge suivantes, discutées et validées ensuite lors d’une session spécifique durant le congrès. Elles préconi- sent de compléter l’évaluation de la fragilité spécifique du sujet âgé, incluant les troubles cognitifs, par une évalua- tion de son état émotionnel et de sa vulnérabilité psychia- trique éventuelle. L’identification des ressources de santé et des ressources sociales et familiales permettra à la fois de connaître les soutiens possibles pour la personne, mais aussi de repérer d’éventuels besoins d’aide de l’entou- rage lui-même. L’évaluation psycho-oncologique sera autant que possible réalisée par un professionnel du soin psychique, et devrait être systématique lors de la phase d’annonce, à chaque phase de modification thérapeutique et à l’issue des traitements. Elle doit être tracée dans le dos- sier médical. L’accès du patient âgé à des prises en charge psycho-oncologiques de qualité doit être assuré, y compris par l’adaptation de ces prises en charge, psychothérapeu- tiques comme médicamenteuses. Une action d’éducation aux soins psychiques peut être nécessaire pour favoriser cette accessibilité. Un haut degré de collaboration avec les soignants est nécessaire, tout comme une formation adé- quate de ceux-ci aux particularités psychiques de la prise en charge de ces patients. Enfin, des actions de recherche devront être facilitées, dans les domaines de l’adaptation de l’évaluation et des prises en charge, comme sur la place de l’âge dans le système de soins oncologiques et sa prise en compte par les soignants ou le corps social.
Mots clés Cancer · Psycho-oncologie · Adaptation psychique · Fragilité
Quelle prise en charge psychologique pour les patients âgés atteints de cancer ?
Les propositions de la Société française de psycho-oncologie
What kind of psycho-oncological care for elderly cancer patients?
Short guidelines from the French Society of Psycho-Oncology
S. Dauchy· I. Léger· G. des Guetz · F. Ellien· L. Tidjani· L. Zelek· C. Charles· B. Desclaux· J.-P. Spano
© Springer-Verlag France 2012
S. Dauchy · I. Léger · C. Charles (*) Institut Gustave-Roussy, Villejuif, France
[email protected] ; [email protected] ; [email protected] e-mail :
G. des Guetz · L. Tidjani · L. Zelek (*) CHU Avicenne, Seine-Saint-Denis, France
[email protected] ; [email protected] ; e-mail :
[email protected] F. Ellien (*)
Réseau de santé ville–hôpital SPES, Champcueil (91), France [email protected]
e-mail : B. Desclaux (*)
Institut Claudius-Rigaud, Toulouse, France [email protected] e-mail :
J.-P. Spano (*)
GH Pitié-Salpetrière - Université Paris 6 [email protected] e-mail :
RECommAnDATIonS DE LA SFPo / SFPO GUIDELINES
Abstract The specific frailty of the elderly make them more exposed to the multiple stresses of cancer and treat- ments. Psychological adjustment in older cancer patients may be impaired by their multifactorial vulnerability, especially when cancer threatens their autonomy in daily life. Emotional and cognitive disorders are more frequent.
Exchanges of information and decisional processes can be impaired. The 27th Congress of the French Psycho- oncology Society was dedicated to the psychological care of older cancer patients. A multidisciplinary group of experts from psychiatry, neuropsychology, oncology, and geriatric oncology, worked to establish some guidelines for psycho-oncological care of the elderly. Those guidelines were discussed and validated in a plenary session during the congress. This paper summarizes those guidelines, and emphasizes the following main points: 1) psychological evaluation of cancer patients must include the systematic evaluation of frailty; this involves evaluating the patient’s emotional state and psychiatric history; 2) identification of socio-familial support is needed, as much as the iden- tification of the carers potential support needs; 3) the psycho-oncological evaluation should be performed by a psycho-oncologist, and at least at the time of the diagnosis, at every important treatment change, and at the end of the treatments; 4) the report of this psycho-oncological eva- luation must be integrated in the medical chart; 5) access of the elderly to psychotherapeutic and pharmacological care must be promoted via an educational process giving them information on psychological distress and psycholo- gical care; 6) a high level of collaborative care is required, and professional caregivers should benefit from specific training particularly in the psychological evaluation of older patients; 7) research should be promoted in order to better adjust the care system to these patients, from cancer screening to cancer treatments and rehabilitation.
Keywords Cancer · Psycho-oncology · Psychological adjustment · Frailty
Introduction
Le 27e congrès de la Société française de psycho- oncologie, qui s’est tenu à Toulouse du 16 au 18 novem- bre 2011, a été consacré aux aspects psychologiques de la prise en charge des patients âgés atteints de cancer.
En France aujourd’hui, la prise en charge psychologique de ces patients est encore insuffisamment structurée. Un des objectifs de ce congrès a donc été la rédaction d’une synthèse des différentes recommandations susceptibles d’améliorer la prise en charge de ces aspects psychiques.
Cette synthèse préparée au cours des mois précédant le
congrès par un groupe de travail multidisciplinaire a été validée et enrichie par la relecture d’un groupe d’experts1 issus du conseil scientifique du congrès et du conseil d’administration de la Société française de psycho- oncologie, avant d’être présentée et discutée au cours de la session de clôture du congrès.
Contexte
La prise en compte spécifique des patients âgés doit tenir compte de leur fragilité particulière [12], la fragilité étant définie ici comme une diminution de l’homéostasie et de la résistance au stress augmentant vulnérabilité et risque d’évolution défavorable lors d’une agression physique et/ou psychique [8]. Le processus de sénescence induit en effet un équilibre précaire, que peuvent venir déstabiliser les stress de la maladie cancéreuse et de ses traitements, ajoutés à d’éventuels facteurs pathologiques préexistants, aigus ou chroniques [1].
La prise en compte des spécificités des aspects psycho- logiques des patients âgés est un élément incontournable de leur prise en charge. En effet, la vulnérabilité multi- factorielle (physique, cognitive, sociale…) de ces patients rend plus complexe leur adaptation psychique et la réali- sation d’une prise en charge globale adéquate. La symp- tomatologie émotionnelle et en particulier dépressive (jusqu’à 20–25 %) est fréquente dans cette population [2], comme celle des troubles des fonctions supérieures (17,8 % de patients atteints de démence dans la cohorte PAQUID) [10], avec l’impact de ces différents troubles sur les échanges d’information et les processus décisionnels.
La polymédication notamment psychotrope est également accrue dans cette tranche d’âge. Les situations de dépen- dance (au sens du besoin de l’intervention d’autrui dans le quotidien) ou de perte d’autonomie (au sens de perte de la capacité à décider pour soi) sont nombreuses, l’impor- tance du soutien sociofamilial est accrue, comme la charge des proches.
La vulnérabilité particulière des patients âgés est éga- lement liée au risque de perte de chance oncologique par l’acceptabilité parfois médiocre de patients présentant des troubles du comportement ou des troubles cognitifs [16]. Enfin, le poids potentiel des représentations sociéta- les négatives du sujet âgé peut venir entraver l’accès aux
1. Ce texte intègre les commentaires et avis des experts suivants : C. Bernard-Marty (oncologue, Toulouse), S. Chapiro (gériatre, Villejuif), S. Dolbeault (psychiatre, Paris), Y. Libert (psychologue, Bruxelles), M.F. Maugourd (gériatre, Toulouse), L. Mourey (oncolo- gue, Toulouse), E. Sales (psychologue, Toulouse), H. Pujol (oncologue, Montpellier).
soins comme l’investissement narcissique du patient par son entourage familial et soignant.
La prise en compte des particularités psychologiques du patient âgé est donc essentielle, et se décline en termes :
d’évaluation : intégration dans l’évaluation spécifique
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du sujet âgé des facteurs psychologiques (évaluation initiale ou ultérieure) ;
de prise en charge thérapeutique : possibilité d’une inter-
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vention psycho-oncologique adaptée, pour le patient et son (ses) proche(s) ;
de soutien et de formation des équipes oncologiques
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et gériatriques : l’implication du psychologue ou du psychiatre dans la collaboration entre les acteurs doit faciliter celle-ci, en particulier par la formation.
Intégration des paramètres psycho-oncologiques dans l’évaluation spécifique du sujet âgé
Première recommandation : une évaluation psycho- logique doit être systématiquement proposée à tous les patients atteints de cancer âgés de 75 ans et plus.
Elle est en effet nécessaire à la bonne compréhension des enjeux oncologiques, individuels et familiaux et à l’élaboration d’un projet thérapeutique adapté.
Cette évaluation comporte par essence une part subjec- tive qui vient compléter l’évaluation objective gériatrique et cancérologique, et l’évaluation des troubles cognitifs. Cette évaluation doit s’intégrer dans le dispositif existant et en particulier le dispositif d’annonce ou le screening oncogé- riatrique. notons qu’une telle évaluation devrait idéalement concerner tous les patients âgés de 70 ans. Cela étant encore difficile dans la pratique quotidienne par manque d’acteurs, on retiendra l’objectif d’évaluation systématique de tous les patients âgés de 75 ans et plus ; les patients de 70 à 75 ans seront systématiquement évalués en cas de comorbidités.
Un préalable nécessaire : l’évaluation de la fragilité L’évaluation systématique de la fragilité avant la réunion de concertation pluridisciplinaire thérapeutique est un objectif du Plan cancer 2.
L’utilisation d’une échelle est nécessaire à l’évaluation de cette fragilité ; elle ne permettra pas de diagnostic pré- cis, mais permettra selon son score d’orienter le patient vers un gériatre pour une évaluation gériatrique plus pous- sée [4]. L’échelle G8 [15], évaluant la fragilité en termes de risque de décompensation, est recommandée pour ses qua- lités (facile, rapide, acceptable). Elle peut être réalisée par un médecin ou un soignant formé. Cette échelle évalue la fragilité en termes de risque de décompensation. Elle doit
être complétée par l’évaluation de la dépendance, par les échelles I-ADL (évaluation des activités instrumentales, comme l’utilisation d’outil/d’objet) et ADL (évaluation des activités simples, mesurant l’autonomie du patient).
L’évaluation de la fragilité inclut logiquement l’évalua- tion cognitive, compte tenu de la prévalence des troubles des fonctions supérieures chez les patients âgés. Cette évaluation cognitive fait au minimum appel à l’associa- tion des trois tests complémentaires suivants : mmS [7], Test de l’horloge [3], test des cinq mots de Dubois et al [6]. Chez les sujets à haut niveau socioculturel, capables de masquer l’altération de leurs fonctions supérieures, il est souhaitable de compléter l’évaluation par des épreuves faisant appel à des capacités de raisonnement (par exemple les histoires absurdes de Luria [9].
L’évaluation cognitive sera faite que des troubles cogni- tifs soient ou non connus, car elle permettra de préciser la situation de base. Si l’évaluation fait apparaître des trou- bles, des évaluations complémentaires sont nécessaires :
en cas d’altération cognitive récente, exploration d’un
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syndrome confusionnel (bilan étiologique « classique » complété si besoin ou selon les résultats par l’avis d’un gériatre) ;
si l’altération est plus ancienne, avis d’un neurologue
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ou d’un gériatre pour évaluation neuropsychologique plus poussée, permettant diagnostic et traitement éven- tuel des troubles cognitifs.
Deuxième recommandation : l’évaluation de la fragi- lité, incluant l’évaluation des troubles cognitifs, est un préalable à l’évaluation psychologique. Selon le mode d’entrée du patient, elle pourra être réalisée par diffé- rents acteurs : psychologue, équipe gériatrique, équipe médicale. Le premier rôle du psychologue ou du psy- chiatre en cancérologie sera de soutenir la réalisation de ce processus, qu’il s’agisse d’évaluer lui-même, de s’assu- rer de la réalisation ou de soutenir ceux qui la réalisent.
Évaluation de l’état émotionnel et du risque suicidaire
L’évaluation de la souffrance psychique est recommandée chez tous les patients atteints de cancer, et repose en règle en première intention sur l’équipe oncologique. Chez les patients âgés de 75 ans et plus, les symptômes émotionnels sont plus fréquents, le risque suicidaire est accru, la symp- tomatologie psychique est atypique [14] : l’évaluation sera plus complexe et devra plus souvent s’appuyer sur les professionnels de la psycho-oncologie.
L’évaluation de l’état émotionnel du patient âgé per- mettra de rechercher une symptomatologie anxieuse ou
dépressive, verbalisée ou non ; une telle symptomatologie est fréquente et devra faire rechercher systématiquement un trouble syndromique comme un trouble de l’humeur.
on peut utiliser des échelles soit spécifiques des patho- logies somatiques comme la HADS [17], soit spécifiques des patients âgés comme la GDS (GDS-15 ou mini-GDS, par exemple) [5,13].
L’évaluation de l’état émotionnel est indissociable de la recherche d’antécédents psychiatriques qui peuvent témoigner d’une maladie mentale nécessitant une prise en charge psychiatrique au long cours (exemple : maladie bipolaire), ou encore d’une vulnérabilité psychologique particulière (antécédents dépressifs, existence d’un trouble de personnalité). Une notion de suivi psychiatrique ou psy- chothérapeutique antérieur, d’éventuelles hospitalisations en psychiatrie seront recherchées en particulier. Il s’agit aussi, le cas échéant, d’être attentif à d’éventuels antécé- dents familiaux psychiatriques tels que décès par suicide ou hospitalisations en psychiatrie.
Toute prise de psychotrope sera notée, en précisant la dose, la durée et la tolérance de ces médicaments, et devra être réévaluée en tenant compte du rapport bénéfice/
risque, mais aussi du risque d’interactions médicamenteu- ses ou d’accidents de sevrage (contact nécessaire avec le prescripteur, très souvent le médecin traitant). L’existence d’une addiction sera également recherchée : addiction au tabac, à l’alcool, ou dépendance médicamenteuse en parti- culier aux benzodiazépines.
Troisième recommandation : l’évaluation psycho- oncologique devra comporter une évaluation de l’état émotionnel et la recherche d’antécédents psychologi- ques et psychiatriques. Le recueil soigneux de toute médication, psychotrope ou non, doit être systématique, ainsi que la réévaluation du rapport bénéfice/risque.
Évaluation de l’environnement sociofamilial on identifiera l’environnement social et l’environnement familial (vie seul[e], en famille, en collectivité, existence d’une famille ou d’aidants, proximité géographique de ceux-ci, disponibilité pratique…). Le recueil d’information auprès du proche vivant au quotidien avec le patient est fon- damental pour mieux évaluer l’état de celui-ci, son degré de dépendance, les modifications de ceux-ci. on incitera dans ce sens le patient à venir le plus possible avec un proche.
on identifiera toute tierce personne présente au cours du processus de soins, l’âge du patient ne dispensant natu- rellement pas de préciser le rôle de celle-ci et de rechercher l’accord du patient. on recherchera systématiquement une personne de confiance (information donnée au patient et à ses proches sur son rôle et ses modalités de désignation),
qui n’est pas forcément le principal proche aidant. Ses coordonnées seront notées dans le dossier. même en cas de désignation d’une personne de confiance, ou de présence d’un proche aux côtés du patient, il est capital de prêter une attention particulière au maintien du patient au centre des échanges d’information et des prises de décision, sauf demande expresse contraire de sa part.
L’identification des ressources de santé permettra d’identifier notamment les soignants de premier recours (infirmier[e] libéral[e], médecin traitant), l’intervention éventuelle d’un réseau, les aides à domicile s’il y en a.
L’évaluation de l’environnement sociofamilial inclut l’identification d’un éventuel besoin de prise en charge ou de soutien psychologique des aidants.
Quatrième recommandation : l’évaluation psycho- oncologique intègre l’évaluation des ressources socia- les, familiales et de l’environnement de santé.
Autres objectifs de l’évaluation psychologique Les autres aspects de l’évaluation psycho-oncologique ne sont pas spécifiques aux personnes âgées, mais peuvent être particulièrement importants pour adapter la prise en charge à leurs attentes et à leur vulnérabilité. Il s’agit d’évaluer la réalité psychique du patient dans son rapport singulier à la maladie et au traitement, afin d’éclairer des aspects de la dynamique subjective pouvant influer sur son engagement dans ses soins et sur la relation thérapeutique.
En dehors de l’état émotionnel et d’une éventuelle vulné- rabilité psychiatrique, ces aspects seront en particulier :
ses ressources psychiques ;
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sa compréhension de la situation, et les représentations
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associées ;
l’existence d’éventuels facteurs de vulnérabilité,
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psychologique ou sociale ;
des événements de vie récents ou significatifs
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(et la notion des réactions du patient devant ces événements) ;
des propositions d’hypothèses sur le fonctionnement
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psychique (existence, efficience, diversité des mécanis- mes défensifs et d’adaptation) peuvent également être formulées.
Conditions pratiques de l’évaluation psychologique Quels acteurs ?
Autant que possible, cette évaluation clinique doit pouvoir être menée par un psychologue clinicien, c’est à dire formé spécifiquement à la psychopathologie, ou un psychiatre.
L’évaluation de l’état émotionnel et de l’environne- ment, comme des antécédents et de la polymédication, pourra parfois être intégrée dans une évaluation gériatri- que spécialisée, ou dans une évaluation par un soignant.
Elle ne se substitue pas à la rencontre avec un psychologue qui peut venir la compléter.
Le soutien du psychologue à l’ensemble du processus et la qualité de la collaboration multidisciplinaire sont d’essentiels garants de l’intégration de la subjectivité du patient dans les soins.
Si pour des raisons de limitation de ressources tous les patients ne peuvent rencontrer systématiquement de psy- chologue, la priorité serait donnée :
aux patients présentant des antécédents psychiatriques
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ou une forte probabilité de trouble de l’humeur après utilisation d’échelles comme la GDS ;
aux patients isolés socialement surtout si cet isole-
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ment est récent ou conflictuel (veuvage, décès récent d’un proche…) ;
aux situations de refus de traitement et d’inobser-
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vance ;
aux prises en charge avec discordance entre les
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acteurs.
Cinquième recommandation : l’évaluation psycho- oncologique doit idéalement être faite par un psycholo- gue ou un psychiatre. Elle pourra éventuellement être en partie déléguée à des acteurs du soin formés (soignants, gériatres pour les patients bénéficiant d’une EGS).
Quels moments ?
Cette évaluation devra avoir lieu au minimum au moment du dispositif d’annonce, car les résultats en sont indispen- sables pour l’établissement du programme personnalisé de suivi. En cas de trouble cognitif récent, on tiendra compte du fait que l’annonce d’un cancer, par le bouleversement émotionnel entraîné, l’afflux d’informations qui l’accom- pagne et la possible perte de repères liée aux contacts avec le milieu hospitalier, peut entraîner une majoration passagère de difficultés antérieures : l’évaluation neuro- psychologique sera alors éventuellement à répéter à dis- tance (entre quatre et six semaines après, délai qui permet à la fois d’observer l’efficacité de la mise en place d’un traitement psychotrope lors de la phase diagnostique, et d’être le plus possible en dehors de la phase parfois sidé- rante pour la cognition de l’annonce).
Cette évaluation psycho-oncologique devrait idéale- ment être répétée lors de la prise en charge à chaque fois que se modifient soit le comportement ou les symptômes du patient, soit le projet de soins (lors des prises de déci- sions thérapeutiques notamment). Elle devrait également
être intégrée dans le bilan de sortie, l’impact du cancer et de ses traitements pouvant avoir modifié l’équilibre de vie antérieure du patient âgé.
Sixième recommandation : une telle évaluation psycho- logique est nécessaire lors du dispositif d’annonce, puis à chaque phase de prise de décision thérapeutique ainsi qu’à l’issue des traitements.
Quelle transmission ?
À l’issue de l’évaluation psychologique, une transmis- sion d’informations devra être faite et un éventuel contact avec d’autres intervenants de soins de support recherché si nécessaire. La transmission se fonde sur la notion d’utilité de celle-ci. Une information utile est définie ici comme une information qui manquerait à la prise en charge glo- bale si elle n’était pas transmise.
Certaines informations sont essentielles à transmettre, sous réserve d’une absence d’opposition du patient bien entendu. Les fondamentaux de l’évaluation de ces patients présentés ci-après en font naturellement partie :
bilan des fragilités ;
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évaluation cognitive ;
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évaluation de l’état émotionnel ;
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évaluation des ressources sociofamiliales.
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Peuvent également être transmises des informations sur les choix et/ou attentes des patients, les représentations des patients quant aux traitements, si ces éléments ont un impact potentiel sur le processus de soin (par exemple, antécédents familiaux marquants et susceptibles de reten- tir sur l’acceptation d’un traitement), ou tout autre élément utile. Ces règles de transmission sont celles de toute trans- mission en psycho-oncologie.
La traçabilité écrite est, dans ces prises en charge des patients âgés, capitale, car permettant :
d’avoir un point de repère dans le temps (évaluation
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sur laquelle on puisse revenir par la suite, comparaison avec résultats des évaluations ultérieures) ;
de servir de support à la transmission entre différents
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intervenants, parfois très éloignés, ou entrant en action dans des temporalités différentes.
Septième recommandation : l’évaluation psycho-oncolo- gique doit être tracée dans le dossier médical du patient.
Prises en charge psycho-oncologiques
Les prises en charge usuelles en psycho-oncologie seront adaptées aux attentes des patients et à leur compréhension dans le cas de troubles cognitifs.
Elles peuvent être psychothérapeutiques ou médica- menteuses, selon le type de problématique et les options
thérapeutiques disponibles (abords psychanalytiques, mais aussi cognitivocomportementaux, familiaux…). Une réelle attente de soins psychiques existe de la part des sujets âgés, même s’il faut parfois adapter ceux-ci et s’ils peu- vent apparaître parfois moins demandeurs que les sujets les plus jeunes. La prise en charge psycho-oncologique peut également comporter des aspects psychoéducation- nels, même s’ils ont des objectifs limités. De tels objectifs peuvent aussi s’appliquer en prévention à des patients âgés connaissant mal leur fonctionnement corporel et les possi- bilités de dépistage des cancers. Les traitements pharma- cologiques, en particulier des troubles de l’humeur, restent naturellement possibles sous réserve d’un choix adapté de la molécule et de la posologie [11].
La prise en charge pourra également concerner les proches et en particulier le(s) proche(s) aidant(s) ; ceux-ci peuvent être en difficulté en raison de la charge entraînée par la maladie de la personne âgée, ce d’autant que la maladie d’une personne âgée peut venir déstabili- ser l’autonomie parfois fragile de son conjoint et entraî- ner la perte d’autonomie des deux membres du couple âgé. Parfois, ce sont les difficultés de communication, de transmission d’informations, de prise de décision (respect de la capacité de décision du patient âgé, situa- tions familiales complexes) qui rendront l’aide psycholo- gique nécessaire.
La prise en charge psycho-oncologique doit pouvoir être organisée à tout moment du parcours du patient si celui-ci en a besoin, sur sa simple demande ou sur demande de l’équipe ou des proches alarmés par l’apparition ou la majoration d’une souffrance psychologique, de troubles du comportement, de troubles du sommeil…
Huitième recommandation : des prises en charge psy- chothérapeutiques et/ou médicamenteuses doivent être proposées aux patients âgés comme aux sujets plus jeu- nes. Ces prises en charge devront être adaptées. Une infor- mation, voire une action d’éducation thérapeutique des patients (sur l’identification de la souffrance psychique et les solutions thérapeutiques éventuellement disponibles) comme un bon degré de collaboration avec les soignants sont nécessaires pour que les patients les plus âgés aient accès à ces prises en charge.
Soutien et formation des équipes oncologiques Le rôle du psychologue par rapport aux équipes soignantes, oncologiques et/ou oncogériatriques, est ici fondamental.
Il s’agit en premier lieu d’un rôle de formation et de trans- mission de compétences :
formation des équipes oncologiques à la prise en
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compte d’un patient fragile et/ou dépendant et/ou en
perte d’autonomie, alors même que l’idéologie sociétale survalorise le patient acteur, actif, autonome, informé ; formation de ces équipes au travail en collaboration
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avec le(s) proche(s) : information, prise de décision, communication triangulaire, mais aussi capacité à met- tre les ressources du soin en complémentarité avec les ressources familiales ;
dans les cas où l’évaluation psychologique devrait être
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partiellement déléguée, formation des équipes à l’éva- luation spécifique des troubles émotionnels du sujet âgé et à la recherche d’une vulnérabilité sociale ou psycho- logique.
Les équipes de psycho-oncologie pourront également être sollicitées pour participer à un travail d’analyse des pratiques et de réflexion sur les attitudes des soignants par rapport au vieillissement, à la dépendance, à la perte d’autonomie ; elles participeront ainsi au respect de l’éthique et de la bientraitance.
Le psycho-oncologue pourra également jouer un rôle facilitant dans la collaboration entre les deux disciplines oncologiques et gériatriques appelées à collaborer autour du patient atteint de cancer, et exposées au risque de frag- mentation de la prise en charge plus que de réelle intégra- tion des deux expertises de ces regards croisés.
neuvième recommandation : des formations initiales et continues (analyse des pratiques) doivent être proposées aux soignants ayant en charge des patients âgés.
Perspectives
Des recherches sont à prévoir pour améliorer la prise en compte des spécificités psychiques de cette population de patients :
élaboration d’outils de repérage et de diagnostic psy-
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chologique ou psychiatrique adaptés à la population de patients âgés ;
élaboration ou validation de prises en charge psycho-
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oncologiques adaptées à cette population spécifique ; dans une optique plus large, recherche d’une meilleure
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compréhension d’aspects comme la place du patient dans l’information et la prise de décision, ou le rôle des soignants (investissement et positionnement des soig- nants par rapport à la prise en charge de la personne âgée en cancérologie).
Dixième recommandation : des actions de recherche doi- vent être favorisées, concernant non seulement des aspects sociétaux (regard sur les patients âgés, par exemple), mais également des aspects psychopathologiques (en particulier développement d’outils permettant de mieux identifier les troubles, validation de modes de prise en charge adaptés) ou de parcours de soin.
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Références internet
www.siog.org (Société internationale d’oncologie gériatrique) www.sofog.fr (groupe d’échange de pratique en oncogériatrie)