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La perception des jeunes des effets de la vie sociale en ligne sur la socialisation

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Academic year: 2021

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La perception des jeunes des effets de la vie sociale

en ligne sur la socialisation

Mémoire

Erika Demers

Maîtrise en service social

Maître en service social (M. Serv. Soc.)

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La perception des jeunes des effets de la vie sociale

en ligne sur la socialisation

Mémoire

Erika Demers

Sous la direction de :

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Résumé

Cette étude exploratoire s’intéresse aux jeunes et à leur utilisation des plateformes sociales telles que Facebook, Twitter, Instragram et plusieurs autres. Cette nouvelle génération d’espace social permet aux jeunes de communiquer et de créer des relations interpersonnelles indépendamment du temps et de l’espace. En vue de répondre à la question « Quelle perception ont les jeunes des effets de la vie sociale en ligne sur leur socialisation? », 12 jeunes de 18 à 24 ans du Cégep de Sainte-Foy ont été rencontrés individuellement. C’est sous l’angle du constructivisme et de l’interactionnisme qu’a été réalisée cette démarche s’intéressant au point de vue des jeunes et à leur interprétation de leur utilisation des médias sociaux. Le développement des connaissances entourant cette question permet de comprendre comment les jeunes perçoivent l’incidence de la vie sociale en ligne sur leur construction identitaire personnelle et sociale. Les résultats permettront ainsi de décrire trois profils d’utilisateurs percevant une incidence différente sur leur construction identitaire.

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Abstract

This exploratory study focuses on young people and their use of social platforms such as Facebook, Twitter, Instragram and many others. This new generation of social context allows young people to communicate and build relationships regardless of time and space. In order to answer the question "How do young people perceive the effects that social life online has on their socialization? ", 12 young people from 18 to 24 years of age from Cégep de Sainte-Foy were interviewed individually. In a perspective of constructivism and interactionism, this approach as been applied to learn more about how the youth perspective and interpretation of their use of social networks. Knowledge development surrounding this issue helps to understand how young people perceive the impact of social life online on their personal and social construction.

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Table des matières

RESUME ... III ABSTRACT ... IV TABLE DES MATIERES ... V LISTE DES TABLEAUX ... VII LISTE DES FIGURES ...VIII REMERCIEMENT ... IX

INTRODUCTION ... 1

CHAPITRE I : PROBLEMATIQUE ... 3

LA PERIODE DE LA JEUNESSE ... 3

LES JEUNES ET LEURS HABITUDES DE NAVIGATION ... 3

LA VIE SOCIALE EN LIGNE ... 4

LES NORMES SOCIALES EN LIGNE ... 5

LA SOCIALISATION EN LIGNE ... 7

LES PREOCCUPATIONS ASSOCIEES A LA VIE SOCIALE EN LIGNE ... 7

LES BENEFICES ASSOCIES AUX INTERACTIONS EN LIGNE ... 9

RECHERCHE DOCUMENTAIRE ET LIMITES DES ETUDES ...12

PERTINENCE SOCIALE ET SCIENTIFIQUE ...13

CHAPITRE II : CADRE D’ANALYSE ... 16

CADRE D’ANALYSE ...16

L’interactionnisme symbolique ...16

La socialisation ...20

CHAPITRE III : METHODOLOGIE ... 24

APPROCHE METHODOLOGIQUE ...24

POPULATION A L’ETUDE ET CHOIX DU TERRAIN ...25

CRITERES D’INCLUSION ...25

METHODE ET TECHNIQUE D’ECHANTILLONNAGE ...25

MODE DE RECRUTEMENT ...26

METHODE DE COLLECTE DE DONNEES ...27

TECHNIQUE D’ANALYSE DE DONNEES ...27

CONSIDERATIONS ETHIQUES ...28

CHAPITRE IV : PRESENTATION DES RESULTATS ... 30

PROFIL DES PARTICIPANTS ET DE LEUR UTILISATION...30

PRESENTATION DES RESULTATS ...32

Motivations d’utilisation des plateformes sociales en ligne ...32

Activités en ligne ...35

CHAPITRE V : ANALYSE DES RESULTATS ... 52

LES TROIS SPHERES DE L’IDENTITE PERSONNELLE D’APRES LES RESULTATS ...52

Identité imaginée ...53

Identité assignée ...56

Identité engagée ...58

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Troisième groupe : une identité discontinue ...66

CHAPITRE VI : DISCUSSION DES RESULTATS ... 73

ANALYSE DES FORCES ET LIMITES DE L’ETUDE ...76

PISTES DE RECHERCHE FUTURES ...79

CONCLUSION ... 80

ANNEXE A: COURRIEL DE RECRUTEMENT ... 85

ANNEXE B : FORMULAIRE DE PARTICIPATION ... 86

ANNEXE C : GUIDE D’ENTREVUE ... 87

ANNEXE D: FORMULAIRE DE CONSENTEMENT ... 89

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Liste des tableaux

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Liste des figures

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Remerciement

Je tiens d’abord à remercier les jeunes du Cégep de Sainte-Foy ayant pris part à l’étude et sans qui ce projet n’aurait pu être réalisé. Votre collaboration, votre confiance et votre ouverture ont contribué à la réalisation de ce projet et ce fut un plaisir d’échanger avec chacun d’entre vous.

Je remercie également le Cégep de Sainte-Foy pour son accueil et son support dans la démarche de recrutement et de collecte de données au sein de leur institution. Un merci tout spécial à Mme Jolicoeur, conseillère pédagogique et à M. Rochette travailleur social. Je suis très reconnaissante pour l’aide apportée lors du recrutement et des entrevues.

Mes remerciements vont aussi au personnel de l’Université Laval ayant contribué de près ou de loin à la réalisation de ce projet de recherche. Je fais ici référence aux enseignants, à la direction de programme et aux membres du comité éthique ayant révisés, évalué et commentés ce projet et ainsi contribué à l’amélioration de celui-ci.

Je suis également reconnaissante envers mes proches qui m’ont offert leur aide et soutien lors du processus de rédaction. Je remercie les membres de ma famille et amis ayant révisé et commenté mon travail ainsi que mes partenaires d’étude grâce à qui j’ai pu concilier plaisir et étude. Merci spécialement à Audrey, André, Kelly, Jean-Philippe, Elizabeth N. et Elizabeth C.

Je tiens finalement à présenter mes plus sincères remerciements à Annie Fontaine, ma directrice de recherche, pour sa précieuse collaboration. Je suis très reconnaissante pour ta grande disponibilité, ton soutien à chaque étape de réalisation, ton ouverture et tes précieux commentaires. Ce fut un réel plaisir de travailler à tes côtés.

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Introduction

La vie sociale en ligne est un sujet d’actualité qui soulève des débats importants. Les nouvelles technologies de la communication permettent de créer des relations interpersonnelles indépendamment du temps et de l’espace. Ainsi, la croissance d’internet a amené des changements significatifs en créant une nouvelle zone sociotemporelle, un nouveau mode de communication et un nouvel environnement social (Zhao, 2006). Selon Lardellier (2008), une réelle révolution sociale s’opère et se répercute jusqu’aux contours de l’identité et jusqu’au statut de la relation. Cette nouvelle modalité de communication a une incidence sur les processus de socialisation (Zhao, 2006). Il est donc connu que ce nouvel environnement social a des conséquences sur maintes sphères de la société et de l’individu, mais la nature de ces conséquences reste encore méconnue. Il importe donc de se poser la question suivante : « Quelle perception ont les jeunes des effets de la vie sociale en ligne sur leur socialisation? »

Le développement des connaissances entourant cette question vise à mieux comprendre comment les jeunes perçoivent l’incidence de la vie sociale en ligne sur leur construction personnelle et sociale. Puisqu’on s’intéresse à la notion de perception des participants, c’est sous l’angle du constructivisme qu’a été réalisée cette démarche. Le paradigme constructiviste s’inscrit de façon cohérente dans la stratégie de la présente recherche puisqu’il adhère à une ontologie relativiste selon laquelle les réalités sont multiples (Nguyên-Duy & Luckerhoff, 2007). Selon la perspective constructiviste, les réalités sont construites par les individus à partir de leur histoire personnelle et de ce qui est véhiculé dans la société. Ce sont les acteurs qui donnent un sens à leur monde, d’où l’importance de s’intéresser au sens qu’ils accordent aux réalités qui les entourent (Berger & Luckmann, 1986). Nous nous intéressons à une réalité subjective au centre de laquelle se trouvent les pensées, les émotions et les actions des acteurs qui y participent. Nous cherchons le pourquoi de leurs interactions sociales en ligne, les perceptions et les interprétations des acteurs. Suivant cette logique, le chercheur tente donc de comprendre l’acteur et entre en intersubjectivité avec celui-ci dans une démarche de collecte de données qualitatives lui permettant ainsi de partager sa perception et son interprétation de ses actions réalisées dans le contexte de la vie sociale en ligne (Zhao, 2006).

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Ainsi, une compréhension plus globale du sens que les jeunes donnent à l’incidence de la vie sociale en ligne sur leurs actions liées à la socialisation résulte de la démarche scientifique. Afin de répondre à la question de recherche, la problématique sera d’abord présentée. Ce premier chapitre permet une meilleure compréhension de l’objet d’étude en présentant l’état des connaissances ainsi que la pertinence sociale et scientifique. Le cadre théorique et la méthodologie permettront pour leur part de présenter la mise en application de la question de recherche.

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Chapitre I : Problématique

Internet a fait irruption dans le quotidien des jeunes à une vitesse surprenante et cela nous amène à nous interroger sur les répercussions de son utilisation. Selon Peron Verloove (2010, cité dans Rihs, 2010), il est impossible de dresser une liste exhaustive des effets bénéfiques et nocifs associés aux activités en ligne tant l’utilisation que l’on peut faire du Web est variée et infinie. Veenhof, Wellman, Quell, et Hogan (2008) affirment que « les questions du type : Internet est-il bon ou mauvais?

et

Nos sociétés sont-elles affaiblies ou renforcées par Internet?

sont simplistes » (p.5). Le contexte social en ligne a des effets positifs et négatifs, mais avant tout transformateurs (Veenhof et al., 2008).

La période de la jeunesse

Selon Anderson et Brown McCabe (2012), l’adolescence peut se prolonger jusqu’à la mi-vingtaine, âge auquel on devient un jeune adulte. Les dernières années, qui s’étendent de l’âge de la majorité québécoise (18 ans) à la mi-vingtaine, sont ainsi une période de transition qui peut varier d’un individu à un autre. En effet, ce ne sont que des repères temporels pratiques puisque la jeunesse est une catégorie sociale muable dont les caractéristiques et la durée varient d’un individu à un autre. Chaque individu évolue et mature différemment en raison du parcours de vie et des traits de personnalité propres à chacun. Pour les biens de la présente démarche scientifique, ces repères temporels seront employés pour définir la jeunesse. Ce sont ainsi les 18 à 24 ans qui sont au cœur de cette recherche. La position sociale dans cette période de vie est précaire en raison de sa position « entre-deux » (Dauphin, 2012). La période d’extension de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte est caractérisée par de « l’instabilité, de l’exploration identitaire, de l’égocentrisme, et un sentiment d’avoir de multiples possibilités » (Anderson & Brown McCabe, 2012). Une augmentation des comportements à risque est aussi associée à cette période de la jeunesse (Anderson & Brown McCabe, 2012).

Les jeunes et leurs habitudes de navigation

Les habitudes de navigation des internautes ont été fortement influencées par l’arrivée des sites de réseautage social. Les réseaux sociaux et les micros blogues tel que

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Facebook et Twitter gagnent en popularité et occupent une place croissante dans le quotidien des jeunes (Biron & Bourassa-Dansereau, 2011; Nadeau, Acier, Kern, & Nadeau, 2012). Selon l’étude de Veenhof et al. (2008), les jeunes d’âge avancé sont particulièrement portés vers Internet. Chez les 18 à 34 ans, la proportion d’internautes réguliers s’élève à 92 %. Toutes activités confondues, l’utilisation d’Internet occupe en moyenne 17 heures par semaine chez les utilisateurs réguliers (Nadeau et al., 2012). L’ampleur du phénomène est telle qu’une étude du CEFRIO (2009) révèle que parmi les jeunes Québécois ayant accès à Internet à la maison et consacrant en moyenne 16 heures par semaine à la navigation en ligne, 62 % d’entre eux affirment privilégier cette activité la fin de semaine. Les activités les plus courantes pour ce groupe d’âge sont l’interaction avec d’autres membres (93 %) qui se fait au moins une fois par jour pour 51 % des participants de cette tranche d’âge (CEFRIO, 2011).

La vie sociale en ligne

L’arrivée rapide d’Internet dans nos vies et la place prépondérante qu’occupe la vie sociale en ligne dans le quotidien des jeunes nous amènent à nous intéresser aux répercussions de ce nouvel intermédiaire de communication. Internet est la dernière génération d’espace public (café, centre commercial, parc, etc.) dans lequel les jeunes peuvent se retrouver, interagir et faire de nouvelles rencontres (Balaban & Băltăreţu, 2010). Les plateformes Web permettent aux jeunes de développer leur propre culture indépendamment de la famille et des autres agents influents de la vie hors ligne (Petiau, 2011). Selon Cardon et Delaunay-Téterel (2006), « dans cette culture commune, marquée par la prépondérance de la sociabilité, des valeurs d’authenticité, d’expression de soi et de communication interpersonnelle, la transmission horizontale des valeurs culturelles est plus forte et plus active que la transmission verticale telle que l’opérait le

programme institutionnel

à travers l’école et les parents » (p.44). Cet environnement est donc autant un contexte interactif qu’un agent d’influence pour les jeunes (Anderson & Brown McCabe, 2012). Les activités en ligne contribuent au développement personnel et social des jeunes en modifiant considérablement les formes de jeux d’affiliation et de singularisation qu’ils tissent au fil de leur trajectoire singulière (Başat, 2010; Petiau, 2011). La construction identitaire en ligne

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passe selon Petiau (2011) « par des mises en scène de soi, une publicisation des sentiments intérieurs, permettant un retour sur soi au travers des réactions des pairs » (p.121).

Les normes sociales en ligne

Les particularités de ce nouvel environnement social se répercutent jusqu’aux normes sociales telles que perçues traditionnellement (Anderson & Brown McCabe, 2012). Le contexte social en ligne permet une libération des contraintes de la coprésence, ce qui entraine une diminution de la perception du risque social de déplaire ou d’être rejeté ou encore de responsabilité sociale envers ses pairs (Caplan, 2003; Granjon & Denouël, 2010). Des normes distinctes de celles propres à la vie sociale hors ligne prennent ainsi place dans les communautés en ligne. Le mensonge, le partage d’informations personnelles, l’entraide ainsi que la comparaison sont des normes identifiées dans la littérature comme étant propres aux activités sociales en ligne.

Les normes sociales en ligne sont les manières d’agir qui dominent sur les plateformes Web. Une première norme soulevée par plusieurs études, dont celle d’Anderson et Brown McCabe (2012) réalisée auprès de 256 individus de 19 à 24 ans, est le mensonge (Almansa-Martínez, Fonseca, & Castillo-Esparcia, 2013; Caplan, 2003; Metton, 2004). Suite à une rencontre de groupe, les participants de l’étude d’Anderson et Brown McCabe (2012) ont affirmé que le mensonge était une norme acceptée en ligne. Les mensonges peuvent porter sur leurs informations personnelles telles que l’âge, le sexe, des caractéristiques physiques, etc. Mentir est un des moyens employés pour garder l’anonymat ou contrôler l’image de soi projetée. Une variante de cette norme est le comportement fictif (Metton, 2004). L’étude d’Anderson et Brown McCabe (2012) a démontré que certains participants ont des comportements qu’ils n’auraient pas ailleurs qu’en ligne. Ces comportements incluaient entre autres l’usage d’un langage agressif et l’expérimentation de différentes identités (Metton, 2004).

Une norme soulevée cette fois-ci par l’étude de Schouten, Valkenburg, et Peter (2007) est le partage d’informations personnelles. Suite à une enquête réalisée auprès de 1 340 adolescents de 10 à 18 ans, les chercheurs en sont arrivés à la conclusion que l’absence des indices non verbaux dans ce type de communication et la contrôlabilité de sa

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communication favorisent un sentiment de désinhibition (Caplan, 2003; Granjon & Denouël, 2010). Ce sentiment de désinhibition serait une des raisons pour lesquelles les jeunes partagent plus facilement des informations personnelles lors des interactions en ligne. Une seconde raison qui explique ce comportement est soulevée par l’étude de Schouten (2006) réalisée auprès de 168 jeunes de 17 à 31 ans. Selon cette étude, l’augmentation du dévoilement de soi en ligne serait associée au fait de questionner davantage sur des aspects personnels dans le contexte de la vie sociale en ligne en comparaison avec la vie sociale hors ligne. Le fait que les jeunes posent davantage de questions de nature personnelle serait donc une seconde explication de cette norme.

Cette norme en engendre une seconde, soit l’entraide entre les jeunes. Dans le contexte en ligne, l’entraide est réalisée même entre inconnus. C’est ce qui distingue principalement l’entraide hors ligne de l’entraide en ligne. Une proximité n’est pas nécessaire pour partager des informations personnelles et demander conseil contrairement à la vie sociale hors ligne. Les jeunes utilisent les réseaux sociaux pour obtenir des avis ou de l’écoute, pour partager leurs problèmes ou encore leurs secrets (Anderson & Brown McCabe, 2012; Metton, 2004). Dans bien des cas, cette pratique, même réalisée entre deux inconnus, donne l’impression aux jeunes de bâtir une relation (Anderson & Brown McCabe, 2012). Metton (2004) affirme qu’« être reconnu pour les conseils que l’on donne, c’est aussi vérifier que son identité est validée par ses pairs, et ainsi trouver sa place » (p.77). Cela dit, la construction d’une relation d’intimité respecte un processus différent de celui de la vie hors ligne, en raison de la diminution de la perception du risque social que procure cette nouvelle zone sociotemporelle.

Une autre norme de la vie sociale en ligne a été démontrée par l’étude de Lee (2014) réalisée auprès de 199 étudiants de 18 à 23 ans. Il s’agit du phénomène de comparaison auquel sont associés des sentiments négatifs. Le fait que ces plateformes permettent de présenter une image plus positive et d'amplifier ses qualités rend ce phénomène d'autant plus important qu’il ne l’est déjà dans la vie hors ligne. Lors des activités en ligne, la fréquence de comparaison à autrui est plus élevée, tout comme les sentiments négatifs qui y sont rattachés (Granjon & Denouël, 2010; Lee, 2014)

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La socialisation en ligne

Anderson et Brown McCabe (2012) ont réalisé une étude auprès des adolescents jeunes et plus âgés sur la socialisation prenant place dans le contexte en ligne. En raison de la similarité de l’objet d’étude, il est pertinent d’accorder un intérêt particulier aux résultats obtenus. Plusieurs normes sociales en ligne présentées ont été révélées dans cette étude, mais les résultats s’étendent au-delà des normes sociales en ligne.

L’étude a démontré que la socialisation en ligne est un processus autonome et que les jeunes créent leur propre contexte social en ligne. Cette autonomie leur procure plus d’indépendance et de contrôle sur leur socialisation. Par processus de socialisation autonome, Anderson et Brown McCabe (2012) font référence à l’absence d’un système de transmission des normes sociales et de surveillance par les générations qui les précèdent. Les jeunes interagissent dans un monde qui n’a pas été préconstruit par les adultes qui servent normalement de guides et de modèles. Ils apprennent et négocient leurs propres normes sociales et structurent leur environnement et leur culture.

Les participants de cette recherche ont décrit Internet comme étant un contexte rationnel et utile, mais aussi un contexte où les jeunes laissent place à l’impulsivité, à la prise de risques et à la recherche de sensations fortes. Un participant a entre autres soulevé le fait qu’il est commun en ligne de « verbalement abuser » les membres qui font des gestes jugés « incorrects ». L’étude a aussi soulevé que l’utilisation de langage violent ou encore de mensonges en ligne était des comportements qui étaient transférés dans la vie hors ligne. Ces transferts des normes sociales propres à la vie sociale en ligne sont, selon Anderson et Brown McCabe (2012), préoccupants. La rencontre d’individus en ligne, l’usage d’un langage agressif et le partage d’informations personnelles sont aussi des exemples de comportements potentiellement risqués lorsqu’ils sont transférés dans la vie hors ligne (Anderson & Brown McCabe, 2012).

Les préoccupations associées à la vie sociale en ligne

L’étude d’Anderson et Brown McCabe (2012) démontre des effets tant bénéfiques que nocifs. Afin d’avoir une meilleure compréhension de ce phénomène, il importe de s’intéresser à ces deux types d’effets. Trois grands thèmes regroupent les préoccupations et

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répercussions négatives associées à la vie sociale en ligne, soit l’usage problématique, les formes d’atteintes à l’intégrité morale d’individus ou d’institutions et les autres comportements à risque.

Au-delà des risques associés aux interactions entre les usagers, des risques concernent les activités en ligne et le temps qui leur est accordé sont préoccupants. Lorsqu’un nombre d’heures important est accordé aux activités en ligne, des risques de sédentarité, de troubles de sommeil, de difficultés scolaires et de dépendance sont considérés. La cyberdépendance fait encore l’objet de débat puisque certains comme Caplan (2003) considèrent que l’usage excessif des activités sociales en ligne relève davantage d’un usage problématique d’internet que d’un usage pathologique. C’est-à-dire qu’il est associé à un comportement problématique et non à un trouble de santé mentale. L’isolement social est une des préoccupations majeures associées à un usage problématique (Caplan, 2003). Certains comme Nie et al (2002, cité dans Zhao, 2006) qualifient la communication en ligne d’asociale puisque le temps passé en ligne est fondamentalement du temps passé seul. Cette perspective associée à l’usage problématique d’Internet mérite d’être explorée davantage dans la présente étude afin de s’assurer du bien-être psychosocial des jeunes qui participent activement à la vie sociale en ligne.

Puisque les relations interpersonnelles se déroulent maintenant en ligne, des préoccupations y sont rattachées. Les préoccupations concernent notamment la cyberintimidation et le cyberharcèlement. Ces termes font référence aux diverses formes d’atteinte à l’intégrité morale d’individus ou d’institutions (Rihs, 2010). Les calomnies, les diffamations, les injures ou encore les menaces sont réalisées par l’intermédiaire de messageries instantanées, de blogues, de forums, de réseaux sociaux ou encore de courriels (Rihs, 2010). Les victimes de ces actes sont susceptibles de développer des problèmes de santé sévères et d’avoir une moins bonne qualité de vie (Jacobs, Dehue, Völlink, & Lechner, 2014 ). Les études ont démontré que les victimes de cyberintimidation sont plus enclines à éprouver des difficultés associées à l’anxiété, à la dépression, à la détresse émotionnelle ou encore au suicide (Jacobs et al., 2014 ). Des problématiques dans d’autres sphères de la vie sont aussi associées à la cyberintimidation telles que les difficultés scolaires,

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les transgressions des responsabilités et des codes sociaux. Les jeunes ont la possibilité d’explorer les frontières du tolérable sans pénalités dans la vie réelle (Metton, 2004). Les conséquences pour les victimes sont toutefois bien réelles et encore peu d’études démontrent si l’exercice de ces transgressions sociales se prolonge dans les relations face-à-face. D’où l’importance d’explorer l’incidence de la vie sociale en ligne sur les relations interpersonnelles.

En ce qui concerne les autres comportements à risque, on fait référence à la consultation de contenu inapproprié (pornographie, violence), qui peut amener les jeunes à prendre des risques, favoriser la désinformation ou le plagiat, mais surtout mener à des rencontres avec des individus malveillants et à compromettre sa sécurité si la vie privée et les renseignements personnels ne sont pas protégés (Biron & Bourassa-Dansereau, 2011).

Les bénéfices associés aux interactions en ligne

Ces préoccupations dressent un portrait négatif de la participation à la vie sociale en ligne, mais un portrait plus positif existe et vaut la peine d’être exploré. Plusieurs auteurs ont démontré les bénéfices associés aux interactions en ligne. Ces bénéfices se divisent en quatre thèmes distincts, soit la qualité des relations interpersonnelles, le bien-être psychosocial, les apprentissages sociaux ainsi que la présentation et l’exploration de soi.

Le partage d’informations personnelles est une pratique fortement associée au développement d’une réciprocité à l’égard de l’intérêt, de la confiance et de la sollicitude portés à autrui. Ce comportement joue un rôle important dans l’augmentation de la qualité des relations interpersonnelles (Valkenburg & Peter, 2007a). Plusieurs études de type quantitatif, chacune réalisée auprès de 300 participants et plus, sont arrivées à la conclusion que la vie sociale en ligne a un impact positif sur la perception de la qualité des relations interpersonnelles (Antheunis, Schouten, & Krahmer, 2014; Başat, 2010; Jin, 2013; Quinn & Oldmeadow, 2013; Valkenburg & Peter, 2007a, 2007b; Yu, Tian, Vogel, & Chi-Wai Kwok, 2010). Les recherches de Valkenburg et Peter (2007b) et de Quinn et Oldmeadow (2013) ont démontré que les répondants qui participent davantage à la vie sociale en ligne percevaient une plus grande proximité dans leurs relations personnelles (Antheunis et al., 2014). Les études de Yu et al. (2010) et d’Antheunis et al. (2014) démontrent pour leur part que la vie

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sociale en ligne joue un rôle important dans l’augmentation du capital social affectif et relationnel. Les jeunes rencontrent ainsi plus d’individus et créent plus de relations interpersonnelles lorsqu’ils participent à la vie sociale en ligne.

Suite à une étude menée auprès de 618 participants de 18 ans et plus, Indian et Grieve (2014) ont démontré l’association entre la vie sociale en ligne et le bien-être psychosocial. Ces conséquences positives sont associées de près au partage d’informations personnelles et au renforcement de la qualité des relations interpersonnelles des utilisateurs des plateformes en ligne (Antheunis et al., 2014; Grieve, Indian, Witteveen, Anne Tolan, & Marrington, 2013). Parmi les conséquences positives, on retrouve un faible niveau de dépression et d’anxiété et un meilleur sentiment de bien-être (Grieve et al., 2013). L’étude de Deters et Mehl (2013), réalisée auprès de 86 participants de 18 à 22 ans, a pour sa part démontré que la participation aux communautés en ligne diminue le sentiment de solitude en raison du sentiment de connexion avec ses pairs sur une base régulière. Trois autres études ont pour leur part démontré un meilleur sentiment de bien-être psychosocial (Barker, 2012; J. Wang & Wang, 2011; Yu et al., 2010). Selon J. Wang et Wang (2011), les bénéfices de la communication en ligne seraient supérieurs pour les jeunes hommes. Ce phénomène serait expliqué par le fait que les jeunes hommes ont davantage tendance à se confier et à partager des informations personnelles en ligne que hors ligne. Puisque ce comportement est associé à un meilleur sentiment de bien-être, les jeunes hommes qui participent à la vie en ligne auraient des bénéfices plus importants que les jeunes femmes. Il en serait de même pour les individus présentant de l’anxiété dans leurs relations sociales (Indian & Grieve, 2014). Par anxiété dans les relations, on fait référence au malaise et au manque d’estime de soi qui résultent en un comportement d’inhibition dans les relations face-à-face. Ces jeunes sont ainsi particulièrement portés vers la vie sociale en ligne puisque ce contexte leur permet de surmonter plus facilement le malaise présent lors des interactions hors ligne. Les caractéristiques du contexte en ligne permettent de se préparer à l’avance, ce qui leur procure un meilleur contrôle de leurs interactions interpersonnelles (Schouten et al., 2007).

Un autre effet intéressant de la participation en ligne a été soulevé lors d’une étude réalisée auprès de trois groupes de discussion composés de 14 étudiants universitaires

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ligne offrent la possibilité de développer des compétences sociales qui peuvent être mises en application dans la vie hors ligne. Cet effet a aussi été démontré par l’étude longitudinale de Wang, Tchernev et Solloway (2012).

La construction identitaire est un processus dynamique d’exploration de soi. Selon une étude réalisée en Chine auprès de 348 participants de 15 à 40 ans, la contribution aux interactions et à l’information qui circule en ligne renforce le sentiment d’appartenance et d’estime de soi et participe ainsi au processus de construction de l’identité sociale (Basat, 2000; Cheung, Chiu, & Lee, 2011). Les plateformes en ligne favorisent une grande flexibilité dans la présentation de soi puisqu’elles permettent de se fabriquer, d’exagérer, d’intensifier ou au contraire de diminuer, cacher ou falsifier certains aspects de notre personnalité afin de présenter une image de soi positive (Caplan, 2003). Il est ainsi possible de mettre de l’avant notre identité imaginée, c’est-à-dire l’identité correspondant à la personne que nous aimerions être (Bajoit, Digneffe, Jaspard, & Nolet De Brauwere, 2000).

Le contexte social en ligne est l’occasion d’exercer un contrôle sur notre présentation des diverses facettes de notre personnalité (Caplan, 2003). Plusieurs études ont démontré que le contexte de la vie en ligne favorisait l’adoption de stratégies dans la présentation de soi, résultant en la présentation d’une image plus idéalisée (Anderson & Brown McCabe, 2012; Caplan, 2003; Cardon, 2009; Granjon & Denouël, 2010; Metton, 2004). Ces résultats confirment ainsi les propos de Granjon et Denouël (2010), qui affirment que les « jeux identitaires oscillent entre le dévoilement radical, la dissimulation et le travestissement, et s’enchevêtrent dans des configurations identitaires singulières dont on espère pouvoir tirer quelque rétribution symbolique » (p.28).

Une étude réalisée auprès de 600 participants de 9 à 18 ans a démontré que 50 % des participants réalisent des jeux identitaires en ligne. Les activités consistaient à de l’exploration de soi visant à observer la réaction d’autrui ainsi que l’utilisation des communautés en ligne pour surmonter la gêne et faciliter la création de relations interpersonnelles (Valkenburg, Schouten, & Peter, 2005). La recherche de Valkenburg et al. (2005) a aussi montré que les jeunes adolescents s’engageaient davantage dans ce type d’expériences que les adolescents plus âgés.

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Recherche documentaire et limites des études

Dans le cadre de la démarche documentaire, quatre mots-clés ainsi que leurs synonymes ont été utilisés. Le premier terme était « social networking sites (SNS) » et ses synonymes étaient : « social media », « social network », « web social networking », médias sociaux, Facebook, réseaux sociaux, réseautage social, « virtual communications », « online social networks », « virtual networks », technologies de l’information et de la communication (TIC), Internet. Le deuxième terme concernait la clientèle des jeunes. Les termes utilisés étaient : « youth », « teenager », adolescent, « teen », jeune. Le troisième terme était l’identité qui a été défini par les termes; « identity », « self », développement identitaire et identité. Pour ce qui est du dernier concept, il s’est traduit par le terme socialisation; « socialization », « social interaction », interaction sociale, « relationship », relation interpersonnelle. Pour obtenir des résultats dans ma recherche, plusieurs banques ont été interrogé dont PsycNET, Sage journals, Social Services Abstracts, Cairn, EBSCO et Érudit. En raison de la présence du concept des technologies de l’information et de la communication (TIC), les banques de données en communication ont aussi été consultées tel que: Communication Abstracts et ComAbstracts. Les bibliographies des ouvrages repérés ont aussi été consultées dans le but d’obtenir plus de documentation sur le sujet.

La limite la plus importante qui s’applique à la majorité des études consultées est le nombre insuffisant de participants pour fonder une théorie généralisable. Afin d’avoir une plus grande validité des résultats obtenus, il aurait été pertinent de consulter un plus grand échantillon (Almansa-Martínez et al., 2013; Anderson & Brown McCabe, 2012; Balaban & Băltăreţu, 2010; Caplan, 2003). Plusieurs des recherches consultées se sont fondées sur des théories et sont allées confirmer la validité de ces théories. Cette démarche comporte une limite puisqu’elle ne permet pas aux participants d’identifier des éléments supplémentaires. Les résultats de ces recherches se limitent donc aux variables que l’on tente de valider (Antheunis et al., 2014; Caplan, 2003; Cheng & Guo, 2015; Cheung et al., 2011; Deters & Mehl, 2013; Grieve et al., 2013; Indian & Grieve, 2014; Jin, 2013; Lee, 2014; Quinn & Oldmeadow, 2013; Schouten et al., 2007; A. P. Schouten, Valkenburg, & Peter, 2006; Valkenburg & Peter, 2007b; Valkenburg et al., 2005; J. Wang & Wang, 2011). Quelques

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d’usagers différents tel que LinkedIn, qui s’adresse aux professionnels (Cheung et al., 2011; Deters & Mehl, 2013; Grieve et al., 2013; Indian & Grieve, 2014; Jin, 2013; Lee, 2014). En ce qui concerne les études qui ont été réalisées à l’aide de questionnaires en ligne, il est important de mentionner que les résultats obtenus par autoévaluation sont généralement moins fiables que l'observation directe d'un comportement (Antheunis et al., 2014; CEFRIO, 2011; Cheng & Guo, 2015; Cheung et al., 2011; Deters & Mehl, 2013; Grieve et al., 2013; Indian & Grieve, 2014; Jin, 2013; Lee, 2014; Quinn & Oldmeadow, 2013; Schouten et al., 2007; Schouten, Valkenburg, & Peter, 2009; Valkenburg & Peter, 2007b; Valkenburg et al., 2005; J. Wang & Wang, 2011). Pour les collectes de données réalisées sous forme de groupe, une des limites est le phénomène de contamination de groupe selon lequel les participants sont influencés par les réponses des autres (Balaban & Băltăreţu, 2010; Yu et al., 2010).

Pertinence sociale et scientifique

Dans le cas de cette étude, l’intérêt porte principalement sur la perception qu’ont les jeunes des effets de la vie sociale en ligne sur leurs interactions sociales, la présentation de soi, la construction de soi et les autres aspects de la socialisation. La complexité de cette récente technologie de la communication rend difficile la compréhension de son incidence sur les individus et la société (Veenhof et al., 2008). De ce fait, encore peu d’écrits scientifiques ont examiné Internet en tant que contexte de construction sociale et identitaire (Anderson & Brown McCabe, 2012; Cheung et al., 2011). Les transformations qui y sont associées suscitent néanmoins des préoccupations importantes en raison des perturbations perceptibles sur la vie sociale et les interactions des jeunes (Veenhof et al., 2008). La vulnérabilité associée à la période de l’adolescence et l’ampleur du phénomène social associé à ces nouvelles technologies suscitent des questions relatives aux actions à poser afin de s’adapter à cette nouvelle génération d’espace public qui rend possible le déploiement de pratiques sociales saines et nocives chez les jeunes. En raison de la faible présence d’agents de socialisation expérimentés que sont les adultes dans les communautés sociales en ligne, le taux d’engagement dans des comportements à risque y est d’autant plus élevé (Anderson & Brown McCabe, 2012).

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Le travail social accorde une place importante à l’interaction de l’individu avec son environnement, comme l’illustre la définition de l’ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec pour qui le travailleur social :

se distingue par l’analyse contextuelle qu’il fait de la situation sociale de la personne laquelle se reflète dans son évaluation. Le travailleur social évalue le fonctionnement social dans une perspective d’interaction entre la personne et son environnement en intégrant une réflexion critique des aspects sociaux qui influencent les situations et les problèmes vécus par la personne. Quant à l’environnement, il implique le milieu de vie de la personne, ses réseaux d’appartenance, ses rôles sociaux ainsi que ses conditions matérielles et sociétales. Ces dimensions constituent l’objet d’analyse, de réflexion et d’intervention du travailleur social (2016).

L’avènement de la vie sociale en ligne pose des défis importants aux travailleurs sociaux qui doivent considérer cet espace comme un nouvel environnement où il est possible par exemple d’expérimenter des comportements à risques et de fuir les difficultés de la vie hors ligne (Livingstone & Bober, 2004 ). Afin de permettre une évaluation adéquate du fonctionnement social des jeunes et des familles, il est essentiel pour les travailleurs sociaux de tenir compte des changements importants qu’a entrainés l’arrivée des plateformes sociales en ligne dans l’environnement social des jeunes. Or, pour le moment les professionnels, les familles et les institutions sont peu outillés pour réagir aux transformations qui se sont opérées dans les dernières années. Les demandes d’aide émergent depuis peu au sein des établissements, mais les différents acteurs sollicités pour intervenir ne sont pas encore outillés pour répondre aux besoins (Biron & Bourassa-Dansereau, 2011). Cette recherche sur la perception des jeunes des effets de la vie sociale en ligne permettra aux travailleurs sociaux une meilleure compréhension des jeunes d’aujourd’hui qui passent un temps important en ligne.

Comme l’identité s’adapte au gré des environnements et des rôles sociaux à adopter, la perspective de la socialisation permet de discerner les différentes sphères de l’identité pour comprendre chacune d’entre elles et leur interaction avec l’environnement social (Le Breton, 2008). L’angle de la socialisation permet ainsi de mieux comprendre les variations de l’identité en fonction des éléments avec lesquels négocient les individus et d’ainsi adapter les interventions au point de vue subjectif de chacun sur la relation qu’il entretient à lui-même et

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aussi de mieux saisir les stratégies réalisées afin d’atteindre la reconnaissance sociale souhaitée et celles réalisées afin de trouver sa place dans la société et d’y participer, ces enjeux constituant des sphères importantes pour la pratique du travail social en raison de la place prépondérante accordée au fonctionnement social (Bajoit et al., 2000).

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Chapitre II : Cadre d’analyse

Cadre d’analyse

Visant à comprendre la perception qu’ont les jeunes des effets de la vie sociale en ligne, cette recherche s’inscrit en continuité avec la posture interactionniste symbolique. L’objet d’analyse de ce courant théorique est l’individu en interaction avec son environnement (Quéré, 1988). Ces concepts n’existant pas indépendamment les uns des autres, on s’intéresse à leurs interactions mutuelles et au sens qui leur est accordé (Lacaze, 2013). Dans une perspective interactionniste symbolique, on s’attarde à l’attribution du sens qu’accordent les jeunes aux modes de socialisation en ligne, mais aussi à leur perception des effets de l’utilisation de ces nouvelles technologies sur leurs interactions sociales.

L’interactionnisme symbolique

En cohérence avec la posture constructiviste, l’interactionnisme symbolique répond au principe d’agentivité et à la valeur d’autodétermination selon laquelle l’acteur est l’expert de sa vie. Cette théorie permet de mieux comprendre l’appropriation subjective (le sens) que les acteurs se font de leur réalité (Lafleur, 2011). Cette théorie reconnait que l’acteur en interaction avec son environnement a un pouvoir d’influence sur sa vie; il ne subit pas l’environnement, il est l’artisan de sa conduite (Lacaze, 2013). Pour démontrer l’interaction entre les individus et leur environnement ainsi que l’importance du sens, voici selon Blumer (1969) les trois postulats de base de l’interactionnisme symbolique :

1. Les humains agissent à l’égard des choses en fonction du sens que les choses ont pour eux.

2. Ce sens est dérivé ou provient des interactions de chacun avec autrui.

3. C’est dans un processus d’interprétation mis en œuvre par chacun dans le traitement des objets rencontrés que le sens est manipulé et modifié.

Afin de bien comprendre cette théorie et ses postulats, il importe de définir certains concepts clés de cette théorie, soit les symboles, les interactions, ainsi que l’acteur et la société à laquelle il prend part.

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La perspective interactionniste accorde une place importante à la notion d’interaction et de symbole. L’utilisation des symboles représente la matrice communicationnelle issue des interactions entre les acteurs (Queiroz & Ziolkowski, 1994). La communication est vue comme un échange de sens et de symboles qui laissent place à l’interprétation des acteurs qui y participent (Le Breton, 2008). Lors des interactions, les acteurs utilisent des symboles pour échanger, prendre des décisions, s’orienter, construire leurs identités, partager leurs perspectives, définir leurs réalités et prendre différents rôles (Charron, 2003). Selon Queiroz et Ziolkowski (1994) :

L’interaction symbolique n’est autre que le processus mutuel de définitions et d’interprétations par quoi chaque acteur à la fois interprète la signification des actions d’autrui et définit la signification des siennes, c’est-à-dire comme l’entendait Mead, donne à ses partenaires des indications sur ses intentions ultérieures (p. 32).

Le schéma de Charron (2003) illustre la place centrale qu’occupent ces deux concepts aux yeux des interactionnistes :

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Du point de vue interactionniste, l’acteur ne subit pas son environnement, il interagit avec les éléments sociaux qui l’influencent. Il construit son univers de sens de façon délibérée à travers ses activités et à partir des ressources de sens dont il dispose, soit les symboles intégrés depuis son plus jeune âge. Il est doté d’une capacité réflexive et d’interprétation qui lui permettent de prendre des décisions devant les différentes règles et normes qui lui sont exposées (Le Breton, 2008). Il est ainsi « libre de ses décisions dans un contexte qui n’est pas sans l’influencer (Le Breton, 2008, p. 47) ». L’acteur, bien que doté d’une grande autonomie quant à ses actions, n’est pas pour autant indépendant d’autrui. Selon Le Breton (2008), toute action est réalisée en prévision du comportement d’autrui et elle est le résultat d’influences mutuelles. L’interaction est un élément clé puisque l’acteur n’existe que par son interaction.

La société est définie par les interactionnistes comme un regroupement d’individus qui interagissent selon un système de communication et d’adaptations mutuelles (Queiroz & Ziolkowski, 1994). Ce système de communication « repose sur des significations partagées par les acteurs, c’est-à-dire des normes et des valeurs qui permettent les interactions (Roy, 2008, p. 43) ». Ces normes sont construites et déconstruites selon un processus continu et dépendant des interactions des acteurs qui les interprètent. Les acteurs ne répondent pas à des « normes prégnantes dictant la conduite » (Le Breton, 2008, p. 54), « le social est [plutôt] un processus en marche » (Le Breton, 2008, p. 54) dont les règles, les normes et les structures sont en constant remaniement (Queiroz & Ziolkowski, 1994). « La société comme ensemble des formes de socialisation, écrit P. Watier, n’est possible qu’à travers les activités de liaison des individus, activités exigeant qu’ils se comprennent, qu’ils s’orientent en fonction de cette compréhension réciproque, qu’ils mettent en œuvre une connaissance des activités auxquels ils participent (Watier, 2002, cité dans Le Breton, 2008, p.48). Ce sont ainsi les acteurs et leurs interactions qui définissent la société et c’est par le processus de socialisation que les individus deviennent des acteurs sociaux.

Cette théorie est aussi pertinente dans le cadre de cette recherche en raison de sa perspective relative à la socialisation. Mead (1963) et Goffman (1973), (cité dans Granjon et Denouël, 2010), des tenants de l’interactionnisme symbolique, ont montré que « l’expression publique qu’un individu déploie à travers son discours et ses gestes fonctionne comme un élément structurant du cours de l’interaction en tant qu’elle oriente les impressions produites

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chez les coparticipants et les procédés de coordination locale dans l’échange » (p. 34). L’étude des « actions réciproques, des interactions communicatives et des relations entre les gens » s’inscrit ainsi dans les orientations théoriques de l’interactionnisme et permet d’en apprendre davantage sur la socialisation (Quéré, 1988). Dans le cadre de cette recherche, nous nous intéressons à l’évolution de la socialisation qui résulte de l’arrivée des communautés sociales en ligne dans l’environnement des jeunes.

La socialisation

La socialisation est un processus par lequel l’individu construit et reconstruit sans cesse son identité en vue de trouver sa place dans la société et de participer à la vie sociale. C’est par le biais de la socialisation que les individus contribuent à la (re) production des structures sociales et culturelles et qu’ils parviennent à accéder à un rapport positif à soi dans le monde (Bajoit et al., 2000; Granjon & Denouël, 2010; Le Breton, 2008). L’individu, en quête de réalisation identitaire et de reconnaissance sociale, travaille sur lui-même. Il utilise la succession continue d’images qui s’offrent à lui en vue de s’engager dans les différents « rôles et statuts sociaux qui constituent les cadres pour la conception du soi » (Queiroz & Ziolkowski, 1994, p. 44). Il tente de concilier l’idée qu’il se fait de ce qu’il souhaite être ou ne pas être (identité imaginée), l’idée qu’il se fait de ce qu’on attend de lui (identité assignée) et l’idée qu’il a de ce qu’il est et devient (identité engagée) (Bajoit et al., 2000; Queiroz & Ziolkowski, 1994).

L’identité imaginée lui permet « d’avoir de l’estime pour lui-même, de se sentir en accord avec ce qu’il croit qu’il est, de se sentir accompli, réalisé, épanoui » (Bajoit et al., 2000, p. 30) alors que l’identité assignée lui permet de « se conformer à l’idée qu’il se fait des attentes des autres envers lui » (Bajoit et al., 2000, p. 30) et ainsi d’être aimé, reconnu et approuvé par ses pairs. En ce qui concerne l’identité engagée, elle lui permet de respecter des engagements envers lui-même, et de se donner des projets et des défis à réaliser. L’individu choisit de présenter certaines facettes de son identité et d’en cacher d’autres parce qu’elles sont stigmatisées ou associées à un sentiment de honte. Granjon et Denouël (2010) affirment que la confirmation des identités passe par le regard d’autrui et que « C’est par la

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gratifications qui leur manquent pour asseoir ou confirmer leur identité et ainsi accéder à un rapport positif à soi » (p.34).

En somme, l’identité personnelle est le résultat de cette triple conciliation identitaire (Bajoit et al., 2000). À cet égard, Bajoit et al. (2000) affirment que :

C’est en s’engageant ainsi dans des logiques d’action avec-sur les autres que chaque individu parvient, avec plus ou moins de succès, à mener sa quête de réalisation identitaire, c’est-à-dire à réaliser ses engagements envers lui-même, à accomplir son identité personnelle et à s’assurer de la reconnaissance des autres. Mais c’est aussi en faisant cela qu’il participe à la (re)production de la société, c’est-à-dire des structures sociales et culturelles de contrôle et d’orientation de ses conduites et de celles des autres. (p. 21)

L’identité est à la fois pour soi et pour les autres. Elle est le résultat stable et provisoire d’une construction qui se fait au gré des expériences sociales et des contextes sociaux (Le Breton, 2008; Queiroz & Ziolkowski, 1994; Schmitt & Bolliet, 2008). C’est un « un ensemble structuré et hiérarchisé d’éléments définissant le « soi », chacun des éléments étant doté d’un degré défini d’importance et de pertinence, de fixité ou d’instabilité. » (Queiroz & Ziolkowski, 1994, p. 42) L’identité renvoie à l’image qu’on se fait de soi, celle que nous renvoyons aux autres et celle que les autres nous présentent (Queiroz & Ziolkowski, 1994; Schmitt & Bolliet, 2008). Cette image est perceptible par un rapport autonome de distanciation qui permet un retour réflexif sur soi (Bajoit et al., 2000; Charron, 2003; Queiroz & Ziolkowski, 1994). C’est-à-dire que dans l’interaction, l’individu se prend lui-même pour objet et il « converse » avec lui-même. Il se donne des indications, s’évalue, se compare, interprète ses besoins, les situations, définit ses buts et réagit en fonction des réactions des autres (Charron, 2003; Queiroz & Ziolkowski, 1994).

Lors de ses différentes décisions identitaires, l’individu tient compte des attentes et contraintes de la société afin de construire une identité qui lui permette d’accéder à la reconnaissance sociale souhaitée. Le concept de « soi », qui renvoie aux « perceptions que l’individu entretient à son sujet » (Vallerand, 2006, p. 87), est changeant selon les rôles endossés, les publics et les contextes. Selon les situations, le « soi » amène l’individu à agir différemment. En somme, la multitude de « soi » dont il dispose pour construire son identité et trouver sa place dans la société à la fois le contraint et lui offre une infinité de possibilités (Vallerand, 2006). La conciliation des trois sphères de l’identité participe donc au processus

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d’intégration et de participation à la société et contribue à définir les contours de son identité pour chaque rôle social, pour chaque contexte social et pour chaque type d’interaction. Ce sont ainsi ces interactions qui contribueront à la construction et à l’évolution de la société dans laquelle il évolue (Bajoit et al., 2000).

D’un point de vue sociétal, la socialisation permet ainsi l’intégration de règles de vie commune négociées entre les membres d’une même communauté (Bajoit et al., 2000). Par apprentissage, identification, imitation et interaction, l’individu fait l’acquisition d’habitudes, de savoir-faire et il intègre des traits culturels, lesquels prennent une place prépondérante dans son processus personnel de développement social et identitaire (Schmitt & Bolliet, 2008). Selon (Anderson & Brown McCabe, 2012),

La socialisation permet de construire l’homogénéité dont a besoin une société pour se développer, et génère les mécanismes qui permettent de façonner, de « conditionner » la personnalité des individus de manière que ceux-ci soient adaptés pour vivre dans leur société et contribuer à sa bonne marche. (p. 20)

Ce sont les interactions interpersonnelles qui permettent aux acteurs d’intérioriser des normes, des valeurs, des façons de faire et de penser et de s’identifier à des groupes d’appartenance, construisant ainsi des groupes de référence positifs et négatifs Schmitt et Bolliet (2008). Parmi les agents de socialisation selon lesquels s’opère le processus, on retrouve entre autres la famille, l’école, les pairs, les médias, le milieu éducatif et plusieurs autres (Bajoit et al., 2000). Au fil des interactions, l’individu se définit et élabore de nouvelles façons de voir les normes sociales qui lui offrent un cadre lors de ses interactions (Roy, 2008). Ces éléments lui permettront de trouver sa place dans la société en plus de contribuer à la construction des différentes facettes de son identité.

En convergence avec le cadre d’analyse interactionniste symbolique, le concept de socialisation est ainsi basé sur les interactions qui sont possibles grâce à la communication (Moore & Moschis, 1981). Selon Bajoit et al. (2000), « la communication […] constitue […] un moyen important de reconnaissance de soi et donc de construction de l’identité » (p. 16). La construction identitaire est un jeu d’affiliation et de singularisation; c’est l’envie de jouer avec les différentes représentations de soi dans le but de construire son identité à partir de ce

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La théorie interactionniste symbolique parait un cadre d’analyse pertinent pour traiter les procédés de travail sur soi et de présentation de soi sur les plateformes sociales en ligne (Bajoit et al., 2000). On sait que les désirs, les attentes et les besoins des individus se forment en fonction des gratifications qui nous sont offertes et que les réseaux sociaux multiplient les moyens d’obtenir le regard des autres et leurs opinions sur l’image que nous projetons de nous-mêmes (Granjon & Denouël, 2010). Toutefois, la valeur que nous accordons à ces technologies, le sens que nous leur attribuons, leurs effets sur nous et l’usage que nous en faisons dans le cadre de notre construction personnelle et sociale sont encore méconnus.

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Chapitre III : Méthodologie

Afin d’entreprendre la présente recherche de façon structurée, il est pertinent de définir les contours de la démarche réalisée et de justifier les choix méthodologiques privilégiés pour l’exploration et la compréhension du sujet de recherche. Dans un premier temps, ce chapitre présente l’approche méthodologique sélectionnée pour guider l’ensemble de la démarche scientifique. Dans un deuxième temps, une brève présentation de la population à l’étude et du terrain d’étude permet d’introduire les caractéristiques des participants et de leur milieu. La présentation de la méthodologie se poursuit ensuite avec les critères et les méthodes d’échantillonnage. Les stratégies de recrutement, de collecte de données et d’analyse de données sont ensuite présentées. Le chapitre se conclut avec la présentation des considérations éthiques.

Approche méthodologique

En continuité avec les théories du constructivisme et de l’interactionnisme symbolique qui guident la démarche scientifique de la présente recherche, c’est une recherche de type qualitative qui a été réalisée. Selon Mucchielli (2005), les méthodes qualitatives sont au cœur des méthodologies dites « constructivistes » des sciences humaines et sociales. Les méthodes qualitatives permettent de décrire les processus d’interprétation qui mettent en lumière les phénomènes sociaux et leur signification en tenant compte du contexte (Rocher, 2011). Dans une démarche inductive, on s’est intéressé aux perceptions des jeunes de leur réalité. Considérant la place centrale accordée au sens et aux perceptions des acteurs, l’approche qualitative adoptée a permis une plus grande flexibilité dans la collecte de données et dans l’analyse des résultats. Vu la nature exploratoire de cette recherche, cette flexibilité a permis une meilleure capacité d’exploration du sujet d’étude. Le peu de connaissances dans ce domaine encore récent appuie le choix de ce type de recherche (Mucchielli, 2005). En effet, alors que la problématique associée à cette nouvelle réalité a été identifiée, la compréhension de celle-ci reste limitée. Il y a donc un besoin au niveau du développement des connaissances et de la compréhension à ce sujet et une recherche de type exploratoire est tout à fait appropriée à une telle visée.

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Population à l’étude et choix du terrain

Cette étude s’intéresse aux jeunes de 18 à 24 ans qui prennent part aux communautés virtuelles en ligne. Ces jeunes de la génération des « digitales natives » sont « porteurs d’une idéologie de la communication et s’inscrivent majoritairement dans une position technophile » (Cheung et al., 2011). C’est plus précisément aux jeunes du Cégep de Sainte-Foy que nous nous intéresserons dans la présente étude. Nous nous limitons à un seul milieu en raison de la nature exploratoire de l’étude. En effet, comme l’ampleur de l’étude ne permet pas de comparer différents milieux, la sélection de participants1 dans différents

milieux n’aurait pas eu d’incidence significative sur les résultats souhaités. Ce choix est aussi basé sur le critère de faisabilité. Ce milieu est accessible et permet une diversité suffisante chez les participants puisqu’une grande variété d’utilisateurs ayant des profils d’usage différents est présente dans les cégeps, ce qui autorisait à limiter le recrutement au sein d’un seul cégep.

Critères d’inclusion

Pour être admissible à la participation à l’étude, il fallait donc être âgé entre 18 et 24 ans, étudier au Cégep de Sainte-Foy, être membre d’une ou plusieurs communautés virtuelles, utiliser ces plateformes Web sur une base quotidienne et être volontaire.

Méthode et technique d’échantillonnage

En raison du stade encore exploratoire des connaissances dans le domaine, peu d’informations ont été développées sur des caractéristiques qui pourraient faire varier les résultats. C’est ainsi un échantillon de type non probabiliste qui a été favorisé. Sur une base volontaire, les étudiants ont pris part à la recherche. Cet échantillon de volontaires par cas multiples constitué de 12 étudiant-e-s procure un moins grand contrôle dans la diversification des participants, mais est suffisant pour une première exploration du sujet.

1 Bien que l’échantillon de participants soit composé de femmes et d’hommes, le

masculin inclut le féminin sans discrimination, ce choix visant non seulement à alléger le texte mais aussi à contribuer à l’anonymat des participants au moment de l’analyse des données.

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Cette technique ne permet pas d’aller chercher des profils particuliers et comporte certains biais associés à la participation volontaire, mais vu la nature exploratoire de cette étude, ce type d’échantillon est tout à fait justifié. Selon Patton (1990, cité dans (Dauphin, 2012), aucune règle ne s’applique à la recherche qualitative lorsqu’il est question de la taille de l’échantillon. Celle-ci varie en fonction du sujet, du temps et des ressources disponibles. Ce type d’échantillonnage a aussi été priorisé en raison des difficultés liées au recrutement. Malgré l’envoi du courriel de recrutement à 200 étudiants, un second envoi a été nécessaire à l’atteinte de la taille de l’échantillon visé. Une diversification interne a tout de même résulté de cet échantillon en raison du peu de critères d’exclusion et a ainsi permis l’obtention de perceptions et d’expériences variées, comme nous le verrons plus loin.

Mode de recrutement

Afin de recruter les participants, une collaboration avec le milieu de recrutement a été nécessaire pour rejoindre une quantité suffisante d’étudiants. Un premier courriel de la part de la personne responsable du comité éthique de la recherche du Cégep de Sainte-Foy a d’abord été envoyé à 200 étudiants par la messagerie instantanée Omnivox. En raison du faible taux de répondants à ce premier envoi, un second courriel a été envoyé deux semaines plus tard à 200 étudiants supplémentaires. Ce second envoi a permis de compléter l’échantillon visé de 12 participants. Le courriel invitait les étudiants à participer à la présente étude à raison d’une rencontre de 30 à 45 minutes. La présentation de la recherche était intégrée au courriel tout comme les critères de sélection et les informations sur les modalités de participation à l’étude (annexe A).

Après une première réponse exprimant leur volonté de prendre part à la recherche, les jeunes intéressés avaient la possibilité d’inscrire leurs coordonnées, leurs données sociodémographiques et quelques informations relatives à leur profil d’utilisateur des plateformes Web dans un formulaire (annexe B). Ce document leur avait été envoyé suite à un premier échange par courriel. Certains ont rempli ce formulaire avant la rencontre alors que d’autres ont rempli celui-ci au moment de la rencontre. Dans un deuxième temps, les participants sélectionnés pour participer à la recherche ont été invités à une rencontre de 30 à 45 minutes.

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Méthode de collecte de données

Le mode de collecte des données réalisé pour cette étude est l’entrevue. Cette méthode est l’une des plus utilisées en recherche qualitative. Elle est employée dans le but de recueillir un maximum d’informations pertinentes et d’accorder une importance particulière à l’expérience du participant (Mayer, Ouellet, Saint-Jacques, Turcotte, & al., 2011). Cette démarche respecte le postulat constructiviste selon lequel « la connaissance est totalement liée à l’activité expérimentée et donc vécue du sujet » (Deslauriers & Kérisit, 1997). C’est une entrevue de type semi-dirigée qui a été utilisée afin de couvrir les différents aspects de l’objet d’étude et pour laisser une certaine liberté aux participants. Le guide d’entrevue est présenté dans l’annexe C et celui-ci est basé sur les différents aspects identifiés dans la recension des écrits.

Les entrevues individuelles se sont étalées sur une période de quatre semaines, soit de la mi-octobre à la mi-novembre 2015, à raison d’une rencontre de 30 à 45 minutes par participant. Seulement deux rencontres ont duré plus longtemps que ce qui était prévu lors de l’élaboration du guide d’entrevue, dont une de 50 minutes et une seconde de 1 heure. Ces rencontres ont majoritairement eu lieu au Cégep de Sainte-Foy dans des locaux fermés, à l’exception de 4 rencontres qui ont eu lieu dans des locaux fermés de la bibliothèque de l’Université Laval en raison du déplacement d’une rencontre et d’une grève au Cégep de Sainte-Foy rendant inaccessibles les locaux de l’établissement. Les participants ayant été invités à des rencontres lors de cette journée de grève ont accepté de se déplacer à l’Université Laval qui se trouve à proximité du Cégep de Sainte-Foy.

Technique d’analyse de données

La technique d’analyse sélectionnée respecte le modèle de Mucchielli (2005). La construction de sens a été faite selon une analyse thématique qui a permis de mettre en relation le contenu analysé en regroupant les résultats similaires et en lien avec le cadre d’analyse et l’objet d’étude. La première étape de cette démarche est la préparation du matériel. Pour ce faire, les entrevues réalisées ont été intégralement retranscrites. À des fins de confidentialité, l’identité des participants a été rendue anonyme à cette étape de la démarche et remplacée par des numéros d’entrevue.

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Ensuite, une lecture flottante, une sélection du contenu ainsi qu’une formulation des hypothèses et relations ont complété la seconde étape de ce processus qui correspond à la pré-analyse. L’exploitation du matériel a ensuite été entreprise sous forme de codification et de catégorisation de l’information à l’aide du logiciel Word.

L’étape suivante, en accord avec le modèle de Mayer, Ouellet, St-Jacques et Turcotte (2000) est l’analyse et l’interprétation des résultats. Nous avons donc procédé à une hiérarchisation de l’information afin d’établir une structure regroupant les grandes catégories selon une organisation logique. À cette étape, l’objectif est de mettre en relation l’information afin de mieux comprendre la signification du matériel. Pour mettre en relation l’information, une analyse de type verticale a été effectuée visant à identifier les différents thèmes présents dans chaque entrevue. Cette partie de l’analyse a été faite en fonction de la conceptualisation des trois types d’identités (identité imaginée, assignée et engagée) en jeu dans le processus de socialisation tel que défini par Bajoit et al. (2000). Une analyse de type horizontale a ensuite permis de comparer les différentes entrevues et de distinguer trois groupes de participants présentant des résultats similaires au niveau de leur perception des effets de la vie sociale en ligne sur leur socialisation. Finalement, l’analyse a été validée. Cette étape permet une triangulation des observateurs en soumettant l’analyse à un chercheur externe, dans le cas présent, la directrice du projet de mémoire (Mayer et al., 2000).

Considérations éthiques

La nature personnelle des questions de recherche et le fait que des sujets humains soient impliqués dans la démarche scientifique soulèvent la pertinence de se pencher sur les considérations éthiques relatives à la démarche. En effet, les principes éthiques devant guider une recherche ont été respectés. D’abord, par souci d’intégrité et de respect des droits du participant, l’accord de celui-ci a été obtenu avant le début de l’entrevue pour enregistrer le contenu de la rencontre. Il est important de donner les informations complètes sur l’objet de la recherche et les implications de sa participation (durée de la rencontre, enregistrement, utilisation de ses informations, confidentialité, etc.). C’est pour cette raison que ces informations ont été envoyées par courriel avant la rencontre, pour permettre aux participants de prendre le temps de les lire attentivement, et qu’elles ont également été

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