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LES MAISONS CLOSES AUTREFOIS

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Academic year: 2023

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Texte intégral

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Brigitte ROCHELANDET

LES MAISONS CLOSES AUTREFOIS

minerva

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@ 1999, Éditions Minerva SA, Genève (Suisse)

Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction,

sous quelque forme que ce soit, réservés pour tous pays.

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V A N T - P R O P O S

Prostituée, le plus vieux métier du monde, depuis qu'il existe, des femmes... et des hommes !

Sujet tabou qui délivre dans l'esprit une succession d'images sordides pour les uns, fascinantes pour les autres, l'histoire des maisons closes appartient à celle de la sexualité et de la femme.

Monde à part avec ses lois issues des autorités et du milieu. Les différents acteurs de ce théâtre lubrique se composent de filles de joie, de souteneurs, de recruteurs qui

« travaillent » sous l'ordre de tenanciers ou de tenancières de maisons pour une clientèle issue de toutes les classes sociales. La police des Mœurs joue également un rôle de pre- mier ordre.

Ce monde possède son propre langage, peu romantique, empreint d'une vulgarité crue et provocante. Ce parler pittoresque, argot de trottoir, choquait les bien-pen- sants, émoustillait les clients et n'était guère apprécié de la police, qui voyait en lui un code secret !

Ces expressions donnèrent lieu à de multiples dictionnaires, cherchant à com- prendre étymologiquement leur sens, expli- quant leur origine. Ce langage populaire faisait partie des quelques rares libertés des filles d'amour. C'était et c'est encore un élé- ment du patrimoine littéraire ; l'histoire des maisons closes et de leurs pensionnaires ne peut se raconter sans ce langage.

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" Los sept péchés capitaux , dessin de B. Chasse.

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L A PROSTITUTION SACRÉE

Les lieux de plaisirs charnels ont toujours existé, de l'Antiquité à nos jours. Chez les Grecs, les temples dédiés à Aphrodite abri- tent des ébats sacrés justifiés par une reli- gion à jouissance concrète. Coutume reli- gieuse exercée par les ménades.. À l'époque romaine, les villes portuaires de la Méditer- ranée importent des esclaves féminines, transformées en mérétrices pour le bon plai- sir des braves soldats. Ces femmes se distin- guent déjà par des signes distinctifs attes- tant de leur état, tel le port d'un voile de couleur vive et de clinquants bijoux : ce que 1 honnête femme ne peut se permettre.

La recherche du plaisir facile ne ces- sant pas, des. établissements se spécialisent dans le commerce du corps féminin, telles les étuves au Moyen Âge. Ces lieux chauds et moites ont double fonction : honnête et malhonnête. On y lave son corps, on s'y amuse les sens. Contre de la menue mon- naie, les servantes permettent à certains d assouvir des besoins ou des fantasmes d une rude manière. Devant cette réalité, jugée malsaine par les autorités, les munici- palités réagissent afin de mettre bon ordre et, au passage, d'empocher quelques deniers.

Les bains publics sont alors réservés à l'hy- giène et interdits aux « gens paillards et infâmes, et aux femmes suspectes ». Des bourdeaux, nom typique de l'époque, sont créés sous l'égide de la loi ; nommés « bon hostel », « maison des fillettes » ou « maison lupanarde », ils sont amodiés à un tenancier contre un bon loyer et quelques taxes, dont une prise sur les passes. Les lieux sont ali- mentés par des rafles nocturnes de filles publiques dans les rues ; elles sont menées de force dans une maison pour travailler.

Ainsi, la prostitution de rue est déjà com- battue au profit de celle des maisons, car elle est jugée plus choquante et plus dange- reuse. On trouve des bourdeaux partout en France : Lyon, Dijon, Valence, Besançon... À Paris, les rues chaudes portent des noms élo- quents, tel Tire-Boudin ou Trousse-Nonnin.

L'époque se caractérise, par une certaine liberté des mœurs de l'amour sans pudeur, celui des dames galantes « belles et honnêtes mais fieffées p... », qui pratiquent cet art avec délices comme se plaît à l'écrire Brantôme.

À la fin du XVIe siècle, une poussée mora- lisatrice et l'apparition de la syphilis mettent fin à un certain âge d'or de la prostitution.

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La libertine choisit des vêtements laissant voir une jolie jambe.

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L A PROSTITUTION CACHÉE

Au grand siècle, les filles arpentent le trot- toir, mais la police veille et les conduit dans des hôpitaux ou centres d'hébergement, pour mieux les enfermer, telle la Salpêtrière à Paris.

Dans les petites cités, les scandaleuses sont placées dans des maisons du « Bon Pasteur » ou de « La Force ».

Ces lieux de redressement se caractéri- sent par un règlement extrêmement sévère, d 'où la forte proportion de filles qui tentent de s'en échapper.

Cette époque connaît également deux autres sortes de prostitution : mesquine et libertine.

La première, inavouée, pratiquée par de nobles familles ruinées qui n'hésitent pas a sacrifier la vertu et le corps d'une jeune enfant pour la livrer à un homme fortuné mais « quinquagénaire, hideux et malsain ».

Certaines résistent et préfèrent s'enfer- mer dans un couvent, unique planche de salut, leur évitant des nuits difficiles ; d autres se suicident le lendemain de leurs noces.

La seconde va de pair avec libertinage et marivaudage qui caractérisent cette époque.

Dans les salons ou boudoirs de luxe, rue Saint-Denis, faubourg Saint-Germain, dont le plus célèbre est celui de Mme de Gourdan, les riches clients viennent feuille- ter des livres érotiques scandaleux.

C'est l'époque des Nuits de Paris, puis du fameux Pornographe de Restif de la Bre- tonne.

La lecture faite, les clients passent à 1 acte avec des jeunes filles triées, peu farouches.

L ES COURTISANES

Les courtisanes existent à toutes les époques ; des hétaïries grecques, telle Phryné qui servit de modèle aux statues d'Aphrodite du IVe siècle av. J.-C., aux belles Italiennes du Quattrocento ; la plus belle fut, sans doute, la romaine Impéria, dont les traits se retrouvent dans les visages des madones de Raphaël. Leur succès est attesté. À toutes les époques, ces femmes se caractérisent p a r leur beauté, leur charme et leurs manières raffinées ; distinction et savoir-vivre sont indispensables. Leur degré d'instruction varie, ainsi la belle Aspasie d'Athènes est célébrée pour son esprit et son intelligence, côtoyant Socrate et Périclès.

Outre leurs qualités physiques et morales, ces beautés possèdent un point commun : leurs amants sont tous issus des classes pos- sédantes.

Hommes d'État, princes et banquiers plaisent à ces dames et jouent le rôle de bienfaiteurs ! À la Belle Époque, une nou- velle courtisane apparaît, plus libérée, en raison de nouvelles mentalités : c'est la femme-femme. En France, les théâtres, les opéras regorgent de jolies mômes, dont cer- taines deviennent célèbres en raison de

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talents, pas toujours liés à leur don d'inter- prétation, mais plutôt à leur manière d'être et leur façon de saisir certaines opportuni- tés. Certes, pour devenir courtisane en 1900, un physique agréable s'avère indis- pensable, mais il est nécessaire de posséder

« un je-ne-sais-quoi de charmant ». Plu- sieurs femmes, coqueluches de Paris, tien- nent alcôve, adulées ou haïes. Des moralisa- teurs crient au scandale lorsqu'elles apparaissent vêtues d'un seul collant lais- sant suggérer ce qui doit être caché !

Les théâtres sont comparés aux écu- ries d'Augias, mais Liane de Pougy et la Belle Otéro, au zénith de leur succès, s'en moquent, soutenues par leurs admirateurs.

La première débuta aux Folies-Bergères puis s'essaya au théâtre ; elle excellait dans la galanterie, terme poétique, et comptait parmi ses amants des têtes couronnées, dont Édouard VII, roi d'Angleterre qu'elle se partageait, d'ailleurs avec d'autres, dont la Belle Otéro. Celle-ci, danseuse, pratiquait l'art d'aimer avec ardeur, car, disait -elle, la fortune ne vient pas en dormant seule !

Les courtisanes représentent la face acceptable de la prostitution, en raison de leurs protections et de leur beauté. Ces femmes fatales montrent une image de la femme libre, belle, parfois cultivée, totale- ment différente d'une fille de joie perdue par la débauche.

Liane de Pougy

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Courtisane et danseuse, la Belle Otéro disait que la fortune ne vient pas en dormant seule.

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V É N A L

POLICE DES MŒURS

PROFESSION : PROSTITUÉE

Jusqu'en 1804, les lieux de plaisir charnel sont dans une situation spéciale, légaux et illégaux. Le pouvoir en place tente à plu- sieurs reprises d'anéantir la prostitution et les lieux clos ; tâche ardue !

Parmi les clients se trouvent plusieurs personnalités politiques et fortunées, non désireuses de ce coup d'arrêt.

Devant cette incapacité, le Directoire prend le parti de codifier la prostitution afin de mieux la maîtriser. Dorénavant, au niveau du droit, la prostitution n'est plus un délit, mais un métier. Tout acte sexuel, pros- titution comprise, est l'exercice du droit que chacun possède d'user de sa personne. On vend son corps comme de la chair fraîche, sur le trottoir ou dans une maison de débauche à des clients de toutes sortes, qui consomment après avoir jugé la marchan- dise. Deux sortes de prostituées légales ou soumises à l'administration apparaissent : les encartées isolées qui pratiquent sur le bitume et les encartées en maison.

En matière de prostitution, pas de loi générale ; aucun gouvernement de l'époque ne parle ouvertement du problème. Il est alors décidé que la réglementation émane-

rait des maires, qui possèdent d'ailleurs le droit de légiférer sur le sujet depuis 1791.

Le premier citoyen de chaque ville prend des décisions visant à éviter tout déborde- ment sur la voie publique et dans les lieux de débauche, que l'on ne qualifie pas encore de tolérance. C'est le système réglementariste qui, comme l'indique le terme, réglemente la prostitution.

Les arrêts prononcés visent surtout à réprimer et interdire. Les filles publiques ont peu de droits, elles ont surtout des codes à respecter envers la société : ne pas s'affi- cher en ville, ne pas circuler coiffées en che- veux, ne pas loger près d'une église...

Ces lois s'avèrent de plus en plus détaillées et sévères au cours du XIXe siècle.

La première intervention concrète et musclée réside dans l'obligation de la visite sanitaire imposée à chaque fille, à partir de 1815. Ceci afin de répertorier les filles, de les surveiller et de les enfermer en cas de maladie. À Paris en 1830, la prostitution est interdite dans la rue, seules les filles en maison sont autorisées à la pratiquer. E n 1849, la loi se durcit.

L'inscription des filles sur le registre de la police des Mœurs est désormais obligatoire.

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Le terme de maison de tolérance n'apparaît pas avant 1850.

(Archives municipales de Besançon)

Registre d'inscription des filles publiques (1860-1880).

Toute fille publique devait être inscrite sur le registre . spécial tenu au bureau central de police.

(Musée de la Police de Paris)

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À la même date, la maison de tolérance remplace la maison close ou de débauche, tout concourt à tolérer les maisons, mais sont-elles acceptées ? Par ces lois, le lupa-, nar reçoit son investiture. Autoriser les mai- sons, n'est-ce pas favoriser la prostitution, consacrer le proxénétisme et admettre offi- , ciellement l'exploitation de la femme ?

Cette tolérance, que certains n'accepte- ront jamais, s'explique par la prise de conscience des pouvoirs publics de la néces- sité de la prostitution et du besoin de filles à

« soldats ». Les prostituées, qui ont tou- jours existé, s'avèrent pour certains aussi indispensables « que les égouts, les voiries et dépôts d'immondices » dans une ville.

Ces idées sordides de 1838 sont présentes

La loi du 19 juillet 1791 laisse aux maires le soin d'intervenir dans le domaine de la prostitution.

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Fascinante et mystérieuse, l'histoire des maisons closes est longtemps restée secrète. Inspiré du journal intime tenu par une fille d'amour de 1890 à 1906, cet ouvrage, construit comme une enquête historique, est également le fruit d'importantes recherches effectuées auprès des archives de la police des mœurs. Cette visite insolite au sein des maisons closes de la Belle Époque permet de découvrir la vie quotidienne des différents protagonistes de l'amour vénal. Des souteneurs aux tenancières, en passant par les clients et les prostituées, toutes les mœurs de ce théâtre dramatique sont décrites dans leur vérité la plus nue. Richement illustré de documents d'époque, ce livre lève le tabou des maisons closes pour nous entraîner dans ce monde aussi sordide que captivant

Originaire de Franche-Comté, Brigitte Rochelandet est docteur en histoire des mentalités. Elle s'intéresse à toutes les formes d'intolérance du XVIe siècle à

nos jours et dirige un cabinet de recherches historiques et ethnologiques.

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