FACULTÉ
DEMÉDECINE
ET DE PHARMACIEDE BORDEAUX
ANNÉE 1895-96 N° 89
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE
TRAITEMENT DU SPIMA VENTOSA
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MÉDECIN
PRÉSENTÉE ET SOUTENUE PUBLIQUEMENT LE 17 JUILLET 1896
Henri KERANGUYADER
Né à Crozon(Finistère), le 1er décembre 1868
EXAMI3STATEURS DE! LA THESE
MM.
PIÉCHAUD,
professeur, 'président.BADAL, professeur,
j
VILLAR, agrège',l juges.
BINAUD, agrégé
\
LeCandidat répondra aux questions qui luiseront faites sur les diverses parties derenseignementmédical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE Y. GADORET
17—RUEMONTMÉJAN—17
1896
MDLTÎ l)E
[\ h■ji y
MM. MICE...
AZAM.
M. PITRES
Doyen.
PROFESSEURS :
Professeurs honoraires.
Clinique interne.,
...Clinique
externePathologie interne
*Pathologie
etthérapeutique générales Thérapeutique
Médecine
opératoire Clinique d'accouchements
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pathologique
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Anatomie
générale
etHistologie Physiologie
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Médecinelégale Physique
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Histoire naturelle Pharmacie Matière médicale Médecine
expérimentale Clinique ophtalmologique
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maladieschirurgicales des
enfants.Clinique gynécologique
AGREGES EN EXERCICE SECTION DE MÉDECINE
Pathologie interne et Médecine légale
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SECTION DE CHIRURGIE ET ACCOUCHEMENTS
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Clin, interne des enfants Clin,des mal.cutan.et
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Maladies mentales.... MM.
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Pathologie
externe.. DENUCE.Accouchements
RIVIÈRE.
Chimie
DENIGÈS.
LeSecrétaire de laFaculté, LEMAIRE.
y
Par délibération du
5 août 1879, la Faculté a arrêté que lesopinions
émises dans les» 'I hèses qui
lui
sontprésentées doivent être considérées commepropres à leursauteurs
» et qu'elle n'entend leur donner ni approbation ni
improbation.
»A MA
MÈRE
A MES SŒURS ET A MES
FRÈRES
A MES AMIS
Monsieur le Docteur O'ZOUX
Chef de Clinique chirurgicale infantile.
A mon Président de Thèse
Monsieur le
Docteur
T.PIÉCHAUD
Professeurdecliniquechirurgicaleinfantile, Officierde l'Instructionpublique.
ChirurgiendesHôpitaux.
2 Kéranguyader
CONTRIBUTION
AL'ÉTUDE
ET AU
TRAITEMENT III) SPINA VEMOSA
INTRODUCTION
*
L'idée de ce travail nous a été
suggérée
parles résultats remarquables obtenus dans le traitement
duspina ventosa
parl'implantation d'os décalcifié et antiseptique. En outre les thèses
récentes sur cesujet laissaient de côté certains points, nature
de la
maladie, anatomie pathologique, qui ont été très bien trai¬
tées
depuis et
que nous avons crupouvoir ajouter à notre
thèse.Nous divisons notretravail en neuf
chapitres
:Dans le
premier,
nousdonnons
un aperçuhistorique des
diverses théories émises sur le
spina ventosa.
Dans le
second,
nousfaisons
une étudegénérale
surla nature
et
l'étiologie de la maladie.
Dans un troisième
chapitre
nous enfaisons la description.
•Le
quatrième est consacré à l'anatomie pathologique.
Le
cinquième et le sixième comprennent le diagnostic et le pronostic.
Dans le
septième
nous exposonsle traitement
que nousfaisons
suivre d'un
chapitre d'observations.
Enfin un dernier
chapitre renferme les conclusions.
Avant de commencer,
c'est
pour nous undevoir
et aussi unplaisir d'adresser
nos remercîments à M. le DrO'Zoux, chef
de
clinique chirurgicale infantile, à qui
nousdevons
l'idée dece
sujet, qui
nous aaidé
de ses conseils et mis à notredisposi¬
tion les
observations
des trois malades que nousrapportons.
Nous
prions notre maître, M. le professeur Piéchaud, de
vouloir bien
agréer l'hommage de notre profonde gratitude
pour
l'honneur qu'il
nousfait
enacceptant la présidence de
notre thèse.HISTORIQUE
Le terme de
spina ventosa est
connudepuis fort longtemps.
Mais, outre l'affection qui
nous occupeet à laquelle seule aujourd'hui s'applique
cemot, il désignait toutes les maladies
de l'os avec
gonflement, entr'autres l'ostéite syphilitique et l'ostéo-sarcome.
C'est dans ce sensqu'on l'employait
encoreau xviii6siècle, ainsi
quele témoignent les
ouvragesde Duverney (:Traité des maladies des
os,1751) et de J.-L. Petit (Traité des
maladies des os,
1785). Ainsi,
cesauteurs rangent la douleur
au nombre des
symptômes du spina ventosa, et incriminent
comme causes du mal le
scorbut, le rachitisme
et surtout lasyphilis. Dans
unethèse
soutenue cà Paris en1805, Vanden-
zande considère lui aussi la
syphilis
commela
causela plus fréquente du spina.
C'est au début de ce siècle que
le terme de spina ventosa
commence à avoir une
signification précise et à
peuprès
con¬forme à l'idée que nous nous
faisons
de la maladie. C'est àBoyer qu'en revient tout
le mérite. Dans sesleçons (1803), dans
son 'Traité des maladies
chirurgicales (1814), dans
sonarticle Spina ventosa du Dictionnaire
en 60 volumes(1821), cet auteur
fait duspina
unedescription clinique exacte et qui
aété
sou¬vent
reproduite depuis. Il lui assigne
sesprincipaux caractères
et
distingue nettement le spina ventosa des adultes, doulou¬
reux,
qui n'est autre chose
quel'ostéo-sarcome, de celui
desenfants, qui frappe surtout les
oslongs des phalanges.
Quelques années plus tard, 1827, dans
sonarticle duDiction-
— 14 —
naire en 21
volumes, Cloquet
seborne à reproduire les idées
deBoyer; et
nousarrivons
ainsijusqu'en 1836. C'est
cette année queA. Nélaton
décrit dans sa thèse(Recherches
sitrl'affection tuberculeuse
desos), les lésions de
latuberculose
osseuse;et il
yécrit
quele spina ventosa des
enfants est cons¬titué par
des
«tubercules enkystés
».Nous
nereproduirons
pas
ici les discussions qui eurent lieu à
cesujet.
En
1840, dans le Dictionnaire
en 30volumes, Bérard écrit
quele spina ventosa est
de naturetuberculeuse
et lesépare
nettement de celui des adultes
qui,
pourlui, n'est autre
chose quele
cancerdes
os.Vers cette
époque, la Faculté
de Paris proposele spina
ven¬tosacomme
sujet de thèse. Trois
candidats traitent laquestion
:Robert,
en1839, Michel
etVarranguien (de Villepin),
en1842.
Ces trois thèses ne renferment aucune idée nouvelle : mais le
spina ventosa des
enfants yest considéré
comme une maladieparticulière.
En
1851, dans
sonTraité
depathologie externe, Vidal
de Cassisreproduit les idées
de Bérard et de A. Nélaton. Les annéessuivantes
le terme despina ventosa
sembleperdre
un peude
saprécision.
«Terme
vagueet banal
»,écrit Gerdy, qui l'applique aussi bien
au cancer des osqu'à la scrofule
osseuse.
En
1865, Volkmann enseigne
quele spina ventosa
est unelésion scrofuleuse et cette
opinion
serapartagée
par presque tous lesauteurs, jusque
vers1880.
Pendant cettepériode, où
selon le mot de M. le
professeur Lannelongue,
«la scrofule n'é¬
tait pas encore
entamée
»,Gœtz
consacre à l'étude duspina
une
remarquable thèse (Paris, 1877), où il soutient l'opinion de
Volkmann sur la nature de la maladie. L'annéesuivante, dans
leDictionnaire
de médecine et dechirurgie pratique, Ed.
Sehwartz se range
entièrement à l'avis
de Gœtz.— 15 —
Avec les
professeurs Parrot et Lannelongue, la question de
la nature du
spina est définitivement tranchée. Parrot, dans
une
clinique publiée
parla Gazette médicale de Paris,
en1880,
et M.
Lannelongue, dans
sonbeau livre
«Abcès froids
et tuberculose osseuse » paru en1881, établissent nettement
le caractère tuberculeux des lésions duspina, revenant ainsi à l'opinion soutenue
en1836
parA. Nélaton.
L'année
suivante, Heydenreich, dans
sonarticle du Diction¬
naire
encyclopédique des sciences médicales, écrit l'anatomie pathologique du spina ventosa,
enrésumant
les travaux de MM. Parrot etLannelongue, travaux
queMM. Kiéner
et Poulet confirment parleurs recherches
en1883.
Nous
signalerons
encore unethèse de Bordeaux, soutenue
parArbaud,
en1886,
sur un casde spina ventosa chez l'adulte.
Au
congrès de 1889, M. le professeur Lannelongue fait
une^communication
sur les déformations desdoigts, consécutives
aux lésions du
spina ventosa.
Nous
citerons,
pourterminer,
unarticle de M.
Phocas(de
Lille),
sur «Le traitement du spina ventosa
»,publié dans
la Gazette deshôpitaux de Paris de 1893.
GÉNÉRALITÉS
Le terme du
spina ventosa
date d'uneépoque très éloignée.
Sous cette
dénomination
tiréeexclusivement
de laforme
exté¬rieure du
doigt malade,
on a décritdiverses lésions
osseuses trèsdifférentes
les unes des autres.Aujourd'hui
onl'applique
exclusivement
àl'ostéomyélite tuberculeuse chronique des
oslongs de la main
et dupied chez
les enfants.Au
congrès français
dechirurgie
en1889, M. le professeur Lannelongue s'exprimait ainsi:
«l'expression de spina ventosa
ne doit
plus recevoir
une autreinterprétation
et rester parexemple
commele
termegénérique d'une
apparenceclinique,
d'un
gonflement des
osquels qu'en
soient la cause et lesiège.
Or, s'il devait
en êtreainsi, j'éviterais
pour moncompte de l'employer,
necraignant
pasde rompre
avecla tradition,
pour faire cesser toute confusiondésormais
».Nous avons dit que
le spina ventosa
était uneostéomyélite
des os de la main et du
pied
; ce sont en effet lesphalanges,
les
métacarpiens et les métatarsiens qui
ensont leplus
souventfrappés
;à la main
lapremière phalange du médius
etaupied
le
premier métatarsien.
Il est bien rare quele spina
ventosasiège
en un autrepoint du squelette.
Ce n'esten effetqu'excep¬
tionnellement
queM. le professeur
Parrot l'a rencontré sur la tête du cubitus etVolkmann
sur lemaxillaire inférieur,
les seuls cas,croyons-nous,
quel'on
ait décritsjusqu'ici.
Le
spina ventosa
est une maladie propreà l'enfance.
Goetz- J7 -
rapporte 37 observations qui prouvent
que safréquence est
en raison inverse del'âge. Sur
ces cas, eneffet, 24
serapportent
à des enfants entre 1 et 4 ans. A
partir de 17
ans, on nele
retrouveplus. C'est du moins l'opinion du professeur Volkmann qui soutenait
aucongrès de chirurgie à Berlin
en1885
que« le
spina ventosa typique
ne serencontre
quechez l'enfant
».Cependant, Arbaud
aobservé
un cas chez l'adulte. Il en rap¬porte bien trois autres, qu'il
aconsidéré
comme desspina ventosa, mais les chirurgiens dont il cite les observations
n'avaient pasporté
cediagnostic. Récemment
encore M. leprofesseur Vincent de Lyon
en aopéré deux chez des adultes,
un homme de 35 ans et une femme de 60. Nous en concluons
donc,
quesi cette affection n'est
pasinconnue chez l'adulte,
elle est en tout cas très rare.
Goetz, d'accord
avec tous les auteurs de sonépoque, donne
le
spina ventosa
commeatteignant les enfants entachés
de scrofule. 11 avaitpressenti la nature tuberculeuse
de cette maladie(depuis,en effet, la scrofule
aété
entamée auprofit de
latuberculose). La nature tuberculeuse
duspina ventosa
estaujourd'hui parfaitement démontrée grâce à la médecine expé¬
rimentale et aux études
histologiques. Les travaux de
MM. leprofesseur Parrot, 1880, Lannelongue, 1881, Kiener et Poulet, 1883,
que nousrésumons
auchapitre d'anatomie pathologique,
ont en effet définitivement tranché cette
question, qui fut si
controverséependant la première partie de
cesiècle. Plus
tard Muller est venuapporter
unedernière confirmation
à tous cestravaux en
reproduisant expérimentalement l'affection.
Ses
expériences consistaient à rendre tuberculeux
des ani¬maux en leur
injectant des matières tuberculeuses.
Il leurinfligeait ensuite
untraumatisme quelconque, soit
aux os,soit
aux articulations. Il
reproduisit ainsi des ostéites
ou des arthri¬tes tuberculeuses avec tous leurs caractères ;
gonflement de
3Kéranguyader.
— 18 —
l'os, élargissement du canal médullaire, vascularisation du
tissu
spongieux, bref tous les caractères des affections tuber¬
culeuses. Les mêmes
traumatismes pratiqués
surdes animaux
témoins non tuberculeux ne déterminèrent que
des lésions
confuses avec
épanchement sanguin dont la résorption s'effec¬
tuait sans
phénomènes morbides et dans l'espace de quelques jou
rs.ÉTIOLOGrIE
Etant donnée la nature de
l'affection, l'étiologie reconnaît
comme causes
générales
:la misère physiologique, la conta¬
gion et surtout la prédisposition héréditaire. Nous
netrouvons
pas
chez tous les malades d'antécédents héréditaires
compro¬mettants, mais chez plusieurs ils sont suspects.
Maintenant
quelle est la
causedélerminante de la maladie?
C'est un
point qui reste souvent obscur. Goetz admettait
quela
maladie éclataitsans aucune cause occasionnelle.
Brusquement,
le malade constatait une tuméfaction au
doigt
sansqu'il pût
en déterminer lepourquoi. Aussi Goetz rejette-t-il le traumatisme
ne
l'ayant rencontré qu'une fois
sur37 observations. Les
auteurs le reconnaissent néanmoins comme la cause
fréquente
du
spina.
Dans les observations que nous
rapportons, cinq fois le point de départ de la maladie
aété
unechute
ou un coup.Nous dirons aussi que
le traumatisme est quelquefois si léger (dans
unedes observations de M. Piéchaud, c'est
unesimple piqûre d'aiguille) qu'il peut facilement
passerinaperçu,
sur¬tout chez les enfants. D'autre
part, l'activité plus grande de la
vie
physiologique des tissus chez l'enfant pendant la formation
des os serait
peut-être
uneprédisposition à
cequ'ils devinssent
le
siège de
processusmorbides
sousla moindre influence (trou¬
bles nerveux et troubles
digestifs de la dentition).
Le
spina ventosa récidive-t-il? Oui. Il peut récidiver
au mêmepoint, lorsque déjà
unspina développé à cet endroit
a rétrocédé sous l'influence d'un traitement médical. 11peut
aussi se fixer sur une autre
phalange. D'ailleurs, selon
uneexpression de M. le professeur Vincent (de Lyon)
: «Les vieux
ostéopathes sont ordinairement des récidivistes
».SYMPTOMES ET MARCHE
Le
spina ventosa est
uneostéomyélite chronique, évoluant
comme les abcès froids, c'est-à-dire sans fièvre ni
phénomènes
morbides
généraux bien accusés.
La marche
plus
oumoins lente de cette maladie peut
sedivi¬
ser en trois
périodes bien caractérisées
pardes symptômes dif¬
férents.
En raison de son caractère insidieux dans la
première période, le spina ventosa n'attire
pasl'attention du sujet;
pas de fièvre ni de réactionprononcée
surl'organisme. Ce n'est
quepeu
à
peuqu'on voit le doigt,
que nousprendronsici
commetype de description, augmenter de volume. Il devient le siège
d'une tuméfaction
dure, lente, progressive, qui
sefait
auxdépens de la diaphyse de la phalange. Aussi l'os plus
grosà la partie
moyennequ'aux extrémités donne-t-il
audoigt
unaspect tout caractéristique, fusiforme,
quel'on
acomparé à
unebouteille, à
unradis.
A cette
période la maladie peut guérir quelquefois. Mais si
elle ne rétrocède pas,
la boursouflure augmente graduellement
avec ce caractère
particulier, c'est
quele sujet
nesouffre
pas;l'absence de douleur est en effet un des
principaux symptômes
de la maladie.
Cet état
peut durer pendant plusieurs mois,
sans quel'aspect
extérieur des tissus soit
profondément modifié'. Au bout
d'un certaintemps, généralement deux
outrois mois, l'affection
progressant, le doigt subit des altérations plus marquées; c'est
la deuxième
période.
Le
doigt
a encoreaugmenté de volume, la tuméfaction
estplus considérable, la
peauluisante
etamincie
apris
uneteinte
rouge
violacée. Les tissus qui entourent l'os
sontlardacés, épaissis et
aupalper la dureté
osseuse se sent immédiatementsous le
doigt. Un fait à
remarquer,c'est
quel'altération des
tissus est moinsprononcée
surla face palmaire.
Jusqu'alors les articulations
voisines sontintactes, les
mou¬vements volontaires sont
complètement conservés,
nondoulou¬
reux. Il n'existe ni bruits ni mouvements anormaux. On trouve
une fluctuation assez difficile à
reconnaître, du moins
audébut
de la deuxième
période.
Si on intervient à ce moment avec le
bistouri,
ondonne
issue à un pus
mal lié, épais, qui entraîne des
grumeauxde
matière caséeuse etjaunâtre; sinon l'accumulation
du pusaura bientôt fait d'amener l'ulcération de la peau
déjà profon¬
dément altérée.
C'est la troisième
période de la maladie
oupériode de
suppu¬ration. Le chemin de sortie du pus
est
une ouplusieurs fistu¬
les
qui viennent s'ouvrir toujours
surla face
dorsale ou surles côtés des
doigts; jamais à la face palmaire. Ceci s'explique
par
la plus grande résistance
des tissus de cetterégion, vis-à-
vis de ceux des autres
parties du doigt.
L'altération destissusva en
progressant, le
pusqui
yséjourne
amène l'inflammation du tissu
conjonctif qui environne
les tendons desextenseurs, et.il
seproduit des adhérences qui amè¬
nent soit l'abolition des
mouvements, soit des
difformités desdoigts atteints.
Peu à peu
la
oules fistules s'agrandissent
etdonnent
pas¬sage
à
unehernie de la moelle qui s'épand soit
entre la peau et lepérioste, soit à l'extérieur.
L'exploration de
cestrajets fîstuleux
nousdonnent
des ren¬seignements très importants
; enintroduisant
lestylet
on arrive sur la surface de l'osdénudé, si l'abcès était
souspérios- tique,
oudans l'intérieur
du canalmédullaire agrandi, si l'ab¬
cès avait pour
origine le canal médullaire,
ouà la fois
celui-ci et lepérioste enflammé.
Le fond et les bords de ces fistules sont
fongueux et saignent facilement, surtout dans
le second casqui est le plus fréquent.
On sent se
déplacer
sousle stylet des fragments d'os, et
même souvent la
diaphyse entière quand l'os est entièrement attaqué.
A ce
moment, à raison
de laproximité de l'articulation
avecl'inflammation, il
seforme des
arthritesqui donnent lieu
ensuite à desdéformations multiples, décrites
parle professeur Lanne- longue, et qui portent
surla longueur, le volume, la direction
des
doigts
ANATOMIE
PATHOLOGIQUE
Nousnediscuterons pas
dans
cechapitre l'opinion des auteurs qui ont soutenu
quele spina ventosa n'était
pas uneaffection
tuberculeuse. Laquestion
aété nettement
tranchée par MM. Parrot etLannelongue, et
pourtout le monde aujourd'hui
le
spina ventosa n'est qu'une variété clinique de la tuberculose
osseuse. Aussi nous nous contenterons de décrire les lésions de l'affection
qui
nous occupe, nousinspirant des travaux des
auteurs citésplus haut.
« La
clinique
nousenseigne, écrit le professeur Parrot,
que les os sont malades lespremiers
»;et
un peuplus loin
: «La
lésion du
spina ventosa prend naissance,
sansexception, dans
la moelle du canal
intra-diaphysaire
».Nous inspirant de
cesparoles,
nousentreprendrons la description des lésions, contrai¬
rement à l'ordre suivi par
Gcetz, dans
sathèse,
en commenant
parcelles de la moelle; puis
nousétudierons successive¬
ment les altérations de
l'os, du périoste, du tissu cellulaire et
de la peau.
Cette manière de faire
al'avantage d'être conforme
à la succession des
phénomènes pathologiques.
Nélaton, et après lui MM. Parrot et Lannelongue,
pour ne citer queles principaux auteurs, ont trouvé dans la moelle
desos atteints de
spina ventosa des granulations tuberculeuses.
« Le
spina ventosa des enfants, dit Nélaton, est constitué
par des tuberculesenkystés
».Le professeur Parrot
a vudans
la moelle et le tissuspongieux
«de petites
massesarrondies, gri¬
sâtres ou
jaunes et casëeuses, présentant
unegrande analogie
avec les
granulations tuberculeuses
».Il parle également d'une
«
atrophie probable de la moelle
»qui devient
cequ'il appelle
« la moelle
gélatiniforme
»,dont il n'indique
pasle rôle.
M. le
professeur Lannelongue (de Paris), dans
sontrès inté¬
ressant ouvrage
Abcès froids
ettuberculose
osseuse,revient
avec
plus de détails et de précision
sur cesaltérations
de la moelle.Ayant examiné
aumicroscope de la moelle extraite
de la cavité d'un
spina ventosa, il l'a trouvée farcie
de« tubercules
élémentaires, de follicules à différents degrés
de leur évolution »,
formant des points
opaques,jaunâtres,
au milieu de la moelle
hyperhémiée. Il décrit
cesgranula¬
tions « visibles à l'oeil nu,
formant
unepetite tache circulaire
ou ovoïde de 1 millimètre ou demi-millimètre de
diamètre, translucides,
opaques enleur centre
».Au voisinage de
cesgranulations, la moelle prolifère activement
et seséléments
reviennent à l'étatembryonnaire.
Sous l'influence de « l'irritation formatrice des tubercules »
précédant ceux-ci (Ranvier)
ousimultanément (Lannelongue),
se
produisent les lésions de l'ostéite
raréfiantesecondaire,
lésions
qui vont aboutir, ainsi
quel'a fort bien dit Gœtz
: 1° àl'élargissement de la cavité médullaire
avecamincissement desparois
osseuses;2° à l'existence
en un ouplusieurs points de la diaphyse de pertes de substance du tissu compact
parlesquelles
va faire issue la moelle.
Gœtz et les anciens auteurs
invoquent
commeprincipal fac¬
teur de
l'agrandissement du canal médullaire la pression de la
moelle dans cette
cavité, pression qui serait due à la formation
incessante de nouveaux éléments cellulaires. Sans nier absolu¬ment cette
pression intérieure,
nousdirons qu'elle n'est,
en somme,qu'une hypothèse, qu'elle n'a jamais été constatée et
qu'elle n'est
pasnécessaire
pourexpliquer le phénomène. M. le
professeur Lannelongue n'en fait d'ailleurs
pasmention. Tout
s'explique facilement
parles lésions de l'ostéite raréfiante,
lésions ulcératives déterminées par
l'irritation tuberculeuse.
Quelle est la marche de cette ostéite raréfiante dans le
spina
ventosa et
quelle
enest la conséquence? L'irritation causée
parles tubercules dans la moelle et le tissu
spongieux,
auniveau
du
point où ils ont pris naissance, est le point de départ de
cette ostéite. Dans le canal
médullaire, les fines
cloisonsqui
y existent normalementdisparaissent
peuà
peuet les parois de
la cavité deviennent absolument lisses. Sous la même
influence
les aréoles du tissu
spongieux s'agrandissent visiblement
parrésorption de leurs parois et fusion de plusieurs cellules
en une seule. Le processusest le même
pourle tissu compact
: infiltration tuberculeuse détruisant lesparois des cellules
osseu¬ses. Et c'est ainsi que
l'on rencontre des cavités formées
parlaréunion de
plusieurs cellules, cavités qui tantôt sont remplies
d'une matière caséeuse,
sèche
ou envoie de liquéfaction, et
tantôt renferment unséquestre
quela fonte tuberculeuse
a isolé du reste de l'os. Dans lespina ventosa,
cesséquestres
sont
parfois volumineux et peuvent comprendre
unegrande partie de la diaphyse. Quelquefois même la diaphyse tout
entière forme un
séquestre enclavé dans
unegaine
osseusefabriquée
parle périoste. Il est facile de comprendre
quecette
destruction osseuse,
allant du centre à la périphérie,
agran¬disse la cavité médullaire sans
qu'il soit besoin de l'interven¬
tion d'une
pression quelconque.
C'est
également
cetravail d'ulcération qui amènera bientôt
laperforation de l'os
en un ouplusieurs points et principale¬
ment à la face dorsale et aux faces latérales de la
phalange, là
où la
paroi
osseuseest plus mince. Mais il
sepeut
quela
per¬foration se fasse en un
point où la
coque osseuseest relative¬
ment
épaisse, lorsqu'un tubercule s'est développé
nonloin de
la surface del'os, déterminant
en cepoint des lésions d'ostéite.
A mesure que
la cavité diaphysaire s'agrandit ainsi
par4Kéranguyader.
fonte de
l'os, elle
seremplit de fongosités et d'éléments embryonnaires. De plus, les tubercules, poursuivant leur évo¬
lution,
seramollissent
enleur centre et forment des goutte¬
lettes de pus.
M. le professeur Lannelongue signale également
dans le tissu
spongieux, et
nondans la moelle, ainsi qu'avait
dit le
professeur Parrot, la formation d'un tissu spécial
ana¬logue à la gélatine de Wharton et qu'il dénomme moelle géla-
tiniforme. Pour
lui,
ceserait l'indice
«d'une
tendance à laréparation
», unacheminement
versle tissu fibreux, dernier
terme de la
guérison naturelle. Le savant professeur
ade plus
« constaté maintes
fois, dans le canal médullaire des
os atteints despina ventosa, l'existence de réseaux
assezabondants
de tissuconjonctif dans les points où l'irritation médullaire
est active». Cette nouvelle formation aurait la mêmesignification
que
la moelle gélatiniforme
: ceserait le premier
pas versla guérison.
Pendant que
s'accomplit
cetravail d'ulcération de
l'ostéiteraréfiante, l'irritation tuberculeuse
se transmet deproche
enproche jusqu'au périoste. Cette irritation du périoste
setraduit
par une
activité plus considérable de cette membrane, activité
d'autant
plus grande
que nous avonsaffaire ici à des enfants,
c'est-à-dire à des
sujets dont le squelette est
envoie d'accrois¬
sement. Le
périoste
secongestionne et s'épaissit. Il produit,
avec une
grande intensité, de nouvelles
couches osseusesqui engaînent l'os ancien et vont augmenter la déformation
de laphalange. Ces formations
osseusessont, d'après le professeur Parrot, d'une structure différente
des formations osseusesnormales. Les
dépôts sont plus épais, présentent de larges
lacunes et les trabécules osseuses, «
contrairement
à cequi
a lieu pourle tissu normal,
sontperpendiculaires à l'axe de
ladiaphyse
».Lorsque
surcertains points
«le travail de destruction
l'aemporté
surcelui de la réparation
»(Parrot),
en unmot quand
la
perforation de l'os s'est faite, les fongosités s'échappent de
la cavité médullaire et viennent décoller le
périoste. Celui-ci
est
perforé à
sontour et
setrouve alors emprisonné entre l'os
de nouvelle formation et les tissus lardacésqui l'ont détruit et
ont envahi le tissu cellulaire sous-cutané.La maladie est alors parvenue
à
sadernière période et les fongosités tuberculeuses
nevont
pastarder à ulcérer la
peau et à se fairejour à l'extérieur. Au début de l'affection, la
peauprésente à
peuprès
sacoloration normale et la
conservelong¬
temps malgré l'énorme distention de la diaphyse
:c'est à peine
si l'on y remarque
quelques arborisations veineuses. Mais
lors¬que
l'os et le périoste ont été perforés, et
queles fongosités ont
envahi le tissu
cellulaire, la
peaudevient
rouge, senourrit mal, s'amincit et les tubercules, poursuivant leur marche envahissante, ont bientôt fait d'ulcérer l'épiderme. Cette
per¬foration de la peau
siège plus habituellement
auxparties laté¬
rales de la
phalange,
cequi est facile à prévoir. En effet, à la
face dorsale comme à la facepalmaire de la phalange, la
peau est doublée parles tendons extenseur et fléchisseurs des doigts,
tendons
qui opposent
unegrande résistance à l'envahissement
tuberculeux.
La
présence d'un parasite dans le spina ventosa n'est
pas douteuse et a été constatée parMM. Schuchardt et Fédor Krause,
surdes sujets pris dans le service du professeur Volk-
mann. Comme dans tous les cas de tuberculose osseuse, on ne trouve pas un
grand nombre de bacilles,
parcequel'on n'a
pas l'occasion d'examiner la lésion audébut; mais leur
existence est aussi facile à constater quedans les crachats tuberculeux.
Nous ne saurions mieux terminer ce
chapitre qu'en
emprun¬tant à
l'ouvrage de M. le professeur Lannelongue (Abcès froids
et tuberculose
osseuse) le
passagequi suit et qui
nousservira
de résumé.
•
« Infiltration de
granulations demi-transparentes, grises
ou opaques; —formation de séquestres qui comprennent parfois
toute la
diaphyse de
ces os(phalanges) ;
—raréfaction
sou¬vent considérable de l'os
ancien;
—formation d'un nouvel
ossous-périosté plus
oumoins important;
—tels sont les traits
saillants et
caractéristiques de l'ostéite tuberculeuse raréfiante
de ces os que
l'on désigne habituellement
parle
nomde spina
ventosa ».
DIAGNOSTIC
Facile dans la
majorité des
cas,le diagnostic du spina
ven- tosa demandequelquefois de la part du médecin beaucoup
d'attention. Les
doigts sont
eneffet le siège d'autres affections
que
l'on pourrait facilement confondre
avec lui.Dans
la. première période, le spina- ventosa rappelle
assez exactement lesengelures
: «Dans cette période, dit Rognetta,
le mal offre de la ressemblance avec le boursouflement des
engelures; cette ressemblance
est sifrappante qu'au dire de Montteggia, quelques chirurgiens ont pris
enhiver
cesmala¬
dies l'une pour
l'autre
».Mais les engelures coïncident
avecle froid, elles ont
unemarche très rapide, la
peauest tout de
suite rougeet violacée. De plus, la tuméfaction est dépressible;
quand l'ulcération
seproduit, elle est toute superficielle, enfin
les os ne sont
jamais attaqués.
Elles
s'accompagnent toujours de douleurs très vives, sorte
de
cuisson, qui devient plus aiguë quand
on passedu froid
au chaud.La
dactylite syphilitique,
quel'on
asouvent décrite
sous lenom de
spina ventosa,
seraplus difficile à distinguer.
Les douleurs
spontanées qui apparaissent généralement la nuit, les déformations des ongles et enfin le traitement spéci¬
fique,
nousdonneront les éléments
dudiagnostic.
L'enchondrome, l'ostéosarcome étaient
aussi décrits parles
anciens
chirurgiens
sousle
nomde spina. Dupuytren, Dolbeau,
étaient de l'avis de Polaillon
qui s'exprime ainsi
: «Dans
le— 30 —
cas d'enchondrome central
l'os, phalange
oumétacarpien, est gonflé,
commesoufflé, d'où le
nomdes pina ventosa qu'on don¬
nait autrefois à cette tumeur.
Le
diagnostic
pourra sefaire d'abord d'après l'âge du sujet,
il est rare dans le
jeune âge,
samarche est beaucoup plus lente, l'altération des tissus
sefait plus tard; enfin Follin signale des enchondromes qui sont transparents, caractères
que nous ne
trouvons
pasdans la spina ventosa.
La même confusion a existé au
sujet de l'ostéo-sarcome. Ici
encore il faudra se baser sur
l'âge du sujet; l'ostéo-sarcome est
une maladie de
l'âge adulte, la douleur, qui existe même
aurepos,
est causée
parla compression
surles tissus «voisins.
Ces caractères suffisent
généralement
pourle distinguer du spina ventosa.
L'arthrite tuberculeuse ou tumeur blanche des articula¬
tions des
doigts et des pieds
asouvent passé
audébut
pour unspina ventosa. Mais
cesdeux affections, quoique de même
nature, ont une
marche et des symptômes très différents.
La marche de l'arthrite est
plus rapide
; enquelques jours,
les mouvements seront
abolis, les surfaces articulaires altérées
trèsrapidement;
on yconstate des craquements, puis bientôt apparaissent les mouvements
anormauxqui sont très doulou¬
reux.
En dehors de
cela,
ondevra réserver
sondiagnostic chaque
fois que
l'articulation
ne sera paslibre; le seul point qui,
dans ce cas,
puisse donner quelques renseignements, c'est le siège du début de l'affection qui dans l'arthrite est douloureux
à la
pression et
auxmouvements.
PRONOSTIC
« On ne
peut, dit Gcetz, considérer
comme grave uneaffec¬
tion dont la
guérison peut
sefaire
parles efforts seuls de la
nature ». Cet
optimisme provient de l'incertitude qui régnait à
cette
époque
surla nature du spina ventosa. Aujourd'hui
que les étudeshistologiques
nousont démontré la nature tubercu¬
leuse de la
maladie,
nousjugeons le pronostic plus
grave.Si
quelques
cas, audébut, guérissent
parles seuls efforts de
la nature ou d'une
thérapeutique générale,
ces cassont malheu¬
reusement
trop
rares,et plus souvent la maladie évolue et
arriverapidement à la suppuration. Or la présence de l'élé¬
ment tuberculeux dans
l'organisme est
undanger permanent
pour
la vie du sujet.
La
généralisation est toujours à craindre et Leudet (de Rouen),
asoutenu
que«la tuberculose des
oset des articulations précède souvent la tuberculose pulmonaire, et
quel'auto-ino¬
culation est
plus fréquente pendant la période de suppuration
de l'ostéite tuberculeuse ».
D'ailleurs les cas de
méningite, de phtisie pulmonaire chez
des
sujets porteurs du spina ventosa sont
assez connus.Enfin,
aupoint de
vuefonctionnel, le pronostic n'est
pas moinssérieux, la maladie laisse
eneffet après elle des défor¬
mations
considérables,
surlesquelles le professeur Lannelon-
gue(de Paris),
ale premier attiré l'attention
aucongrès de
chirurgie de 1889.
«On* est surpris, dit-il,
queles auteurs
— 32 —
n'aient pas
concentré leur attention
sur cesujet, les traités clas¬
siques n'en font
pourainsi dire
pasmention, et c'est à peine si
les traités
spéciaux rapportent quelques faits isolés,
sans en faire une étudequelconque. Il
enrésulte qu'on semble croire
que
le spina ventosa guérit
sansgrandes difformités et
sans troubles fonctionnels desdoigts
ouseulement
avecde légères
modifications telles que :
cicatrices déprimées, raccourcisse¬
ment des organes
et plus rarement ankyloses, toutes choses
d'ailleurs
auxquelles
onn'a
pasaccordé l'importance qu'elles
méritent ».
Le devoir du médecin est donc de surveiller attentivement la marche de lamaladie dont il pourra,
dans la majorité des
cas,empêcher les destructions
oudu moins corriger les déforma¬
tions.
Enfin il faut
quelquefois avoir
recoursà l'amputation, et si l'opération
enelle-même est
peu grave,le sujet reste
pourtoujours privé d'un
organedont le fonctionnement lui est de
la
plus grande utilité à quelque classe qu'il appartienne.
TRAITEMENT
La
première indication à suivre
dans le traitement Juspina
ventosa découle de la nature même de la maladie :
prévenir
l'envahissement de
l'organisme
parle bacille de Koch.
Il fau¬dra donc commencer
par
instituer
untraitement médical,
huile de foie de morue,
phosphates de chaux, iodure de potas¬
sium, etc., et
surlequel
nousn'insisterons
pas.Ce
seratou¬
jours le principal traitement du spina ventosa, l'intervention chirurgicale n'étant
quesecondaire. De
nombreux cas degué-
rison
ont,
eneffet, été obtenus
sous l'influence de ce seul trai¬tement.
Mais ce n'est malheureusement là que
l'exception et le plus
souvent le
chirurgien devra intervenir.
Suivant la
période de la maladie à laquelle
on setrouve, plusieurs procédés sont à
sadisposition. Beaucoup étant délais¬
sés,
nous neles décrirons
pas;autrefois, pendant la première période, le spina était traité soit
pardes cautérisations ignées
ou avec de la
pâte de Vienne, soit
avec desbadigeonnages de
teinture d'iode ou de
gaïacol, soit
parles injections de chlorure
de zinc quel'on faisait suivre de
lacompression et de
l'immo¬bilisation.
Aujourd'hui,
on secontente d'appliquer des pointes
de feu avec la
compression, c'est
encore laméthode qui
a donné les meilleurs résultats;aussi c'est à
elleque nous auronsrecours dans la
première phase de la maladie.
Plus
souvent, malgré
cetraitement, la
maladie suit samarche et la
suppuration s'établit. Ici le chirurgien
nedoit
5 Kéraoguyader
— 34 -
plus compter
surl'auto-guérison et
sonintervention s'impose
sans retard afin de
prévenir des lésions qu'il lui serait plus
tard
plus difficile de réparer.
Les modes d'intervention
employés jusqu'ici sont très
nom¬breux : résection
sous-périostée, curettage, amputation.
La résection
sous-périostée d'Ollier n'aura
quetrès rarement
son
indication,
caril faudra généralement curetter, le périoste
étant
toujours
ou presquetoujours altéré. Nous
nousbornons
donc à décrire l'évidement par
le curettage qui est aujourd'hui
la méthode de choix.
On ouvre l'abcès au bistouri et avec une curette on
pénètre
sur l'os que
l'on gratte jusqu'au moment où il résiste suffi¬
samment pour
montrer qu'il est sain et qu'il
nesort plus de
tissus altérés. La cavité est ensuite lavée
antiseptiquement, et,
si l'on
veut, légèrement cautérisée
pourplus de garantie. Si
les lésions osseuses ne sont pas
trop considérables, et qu'il
resteassez d'os pour
soutenir le doigt et lui
conserver saforme,
on doit se contenter de faire un
pansement antiseptique et l'on
obtient ainsi à peu
de frais d'excellents résultats, l'os chez
les enfants se reconstituant avec une très
grande facilité.
Mais il arrive très souvent que
l'os tout entier s'est nécrosé
et que
le doigt n'a plus de soutien,
onest alors menacé d'avoir
ces déformations et ces troubles fonctionnels dont nous avons
déjà parlé. Par suite,
cetraitement est incomplet et le chirur¬
gien doit intervenir
pourles empêcher, résultat qu'il obtient aujourd'hui très facilement
enremplaçant l'os
par un nou¬veau soutien.
Depuis longtemps déjà Ollier avait essayé de mettre cette
idée en
pratique, mais
cesrésultats n'avaient
pasété brillants
en l'absence des ressources
antiseptiques.
Nous ne ferons pas
l'historique de cette méthode,
cequi
nous entraînerait en dehors des limites de cechapitre.
— 35 -
Bornons-nous à en donner un aperçu
rapide depuis le jour où elle
adonné des résultats vraiment pratiques et qu'elle
est entrée définitivement dans la
thérapeutique chirurgicale.
Le
premier, Senn,
aemployé l'os décalcifié et antiseptique
pour
remplacer des parties de squelette
; en1889, il publie
21 observations sur
lesquelles il
nenote qu'un insuccès; l'année suivante, Mackie rapporte dix autres
casheureux.
En
1890,
enAllemagne, Gluck publie des observations de remplacement d'os, mais il
sesert de
morceauxd'ivoire,
sasta¬
tistique semble moins brillante
queles autres.
En
1891, Kummel,
surdix
casd'implantation d'os décalcifié,
ne
compte qu'un insuccès. Depuis le professeur Le Dentu,
en
France,
aappliqué cette méthode;
sesrésultats sont excel¬
lents. A la
clinique chirurgicale infantile de Bordeaux, M. le professeur Piécbaud
aobtenu le même succès dans tous les
cas
qu'il
aopérés.
Sur les nombreux cas
d'implantation d'os décalcifié
que nouscitons, huit seulement
serapportent à des
casde spina ventosa.
De
plus, le
corpsemployé n'a
pastoujours été le même.
Kummel et M. le
professeur Piécbaud
sesont servis d'os décal¬
cifié et
antiseptique. Gluck
apris de l'ivoire. Enfin, dans l'ob¬
servation de M.
O'Zoux,
on apris du catgut. Buscarlet qui
a fait une étudecomparée de
cesdifférents procédés donne la préférence à l'os décalcifié.
Voici, d'après cet auteur, comment
ondoit procéder.
La décalcification de l'os se fait en
plaçant l'os privé de
sonpérioste dans
unesolution d'acide chlorhydrique à 10 0/0,
onl'y laisse pendant huit jours,
aubout de
cetemps
onlave à la potasse et
onle
conservedans l'éther iodoformé. Pour l'em¬
ployer il suffit de le laver
avec unesolution faible de sublimé.
La cavité que
l'on doit remplir, curettée
comme nousl'avons
déjà dit,
seralavée
ausublimé, légèrement cautérisée
avec unesolution faible d'iode ou de chlorure de
zinc, puis saupoudrée
d'iodoforme.
Il faut autant que
possible
ne paslaisser de tissu
mou entre lepérioste et l'os implanté. Le périoste lui -même
ne sera con¬servé
qu'autant qu'il
serasain; Kummel l'a complètement
enlevé dans certains caset
l'implantation ja réussi. On introduit
l'os décalcifié eton suturela peau ;il faut avoir soin de drainer
la
plaie afin d'éviter la tension. Il suffira d'un simple
panse¬ment iodoformé que
l'on enlève
aubout
de 10à
11jours.
La
résorption de l'os décalcifié
selait
assez lentement pour quele nouvel
osait le temps de
seformer. C'est là
son avan¬tage de
ne serésorber ni trop vite,
commele catgut, ni trop lentement,
commel'ivoire
oul'os
nondécalcifié.
Cette
opération
ad'autant plus de chance de réussir
quele sujet est plus jeune.
La durée de la formation du nouvel os est très variable sui¬
vant les
sujets et surtout suivant l'âge; Kummel cite des
casde guérison
en14 jours chez des enfants; dans
unedes observa¬
tions de M. le
professeur Piéchaud, elle eut lieu
en18 jours. En
moyennel'os s'est reformé
aubout de 40 jours.
Le rôle de l'os décalcifié est de servir de soutien
provisoire
et ensuite d'exciter les
propriétés ostéogéniques du périoste
dont la face interne émet du tissu
conjonctif qui entoure l'os
décalcifié. Le tissu s'ossifie en
englobant l'os décalcifié qui
peu à peuest résorbé. Les résultats obtenus
par ceprocédé justi¬
fient,
croyons nous, sonchoix
surtous
ceuxemployés jusqu'ici
dans le traitement du
spina.
Il estbien rare
qu'on n'obtienne
pasla guérison; cependant,
dans certains cas,
la suppuration
asi profondément altéré le périoste et les tissus environnants
quel'os décalcifié
nejoue
que
le rôle de
corpsétranger et entretient 1a, suppuration. Dans
ce cas seulement et
après plusieurs essais, l'amputation
seradratiquée.
- 37 —
C'est en effet le dernier moyen
auquel le chirurgien doit
avoir recours.
OBSERVATION I
CommuniquéeparM. le professeurPiêchaud.
Mathilde Ga..., âgée de 5 ans, qui fait le sujet de cette communication,
étaitplacée au lit 8 de lasalle 9. -—Antécédentshéréditaires: Legrand-père paternel est mortjeune, des suites d'une chute. La grand'mère paternelle, qui est âgée de 62ans, s'est toujours très bien portée. La grand'mère mater¬
nelle existe et se porte bien. Le père de l'enfantestmanœuvresurlesquais; il n'a jamais eu des habitudes d'alcoolisme. Il a deux frères et une sœur en bonne santé. La mère, qui n'ajamais été malade, est jeune et vigou¬
reuse. Elle a un premier enfant, âgé aujourd'hui de 8 ans, qui est très
beau.
Les conditions hygiéniques etalimentairesde la famillesontassezbonnes.
La jeuneMatiide est née à terme: l'accouchementaétéfacile.Elle apayé'
son tribut auxaffections de l'enfance: rougeole,
bronchite,
varicelle; mais elle s'est bien remise de ces maladies qui n'ont présenté chez elle aucuneespèce de gravité.
Le début des accidents qui l'ont conduite à
l'Hôpital
des Enfantsremonte à huit mois environ. Un jour, à l'école, l'enfant fut bousculée, tombaet eut le doigt écrasé par le soulier de l'une de ses petites camarades. La douleur fut vive, mais de courte durée. La peeu était légèrement éraillée. Après la guérison d'une ecchymosequi avait persisté une dizainedejours,
il ne sub¬sista plusrien de l'accident.
Ce n'est que deux mois après
l'accident,
c'est-à-dire il y a six mois envi ron, que des poussées douloureuses se firentsentirdans le médiusdroit, le doigt même qui avaitété contusionnéa l'école. Cela dura un mois avecdes alternatives de calme complet et de fièvrelégère;
puis laphalangiue
com¬mença à se tuméfier. Un médecin consulté fit le diagnostic d'ostéite. Il ordonna des frictions d'onguent napolitain et du
phosphate
de chaux à l'in-— 38 -
térieur. Malgré ces
soins, la phalange grossit de plus en plus, et, 40 jours
environ après, devintrouge.
Les frictions continuées n'empêchèrent pas la
suppuration
etc'est alors
quel'enfant fut conduite dans le service de M. le
professeur Piéchaud,
ennovembre 1895.
La tuméfaction de la
phalangine est considérable, les parties molles y par¬
ticipent
notablement etau premierabord on se demande si c'est une arthrite
de ladernière articulation ou un
spina
ventosa :l'examen direct montre que
l'on a affaire à cette dernière affection.
Il existe à la partie externe de la
phalangine une zone
de fluctuation nette. On y fait une petite incision au
bistouri, et un
stylet introduit dans la plaie mène directement au centre
de l'os. Pendant deux mois environ, on essaya
divers antiseptiques, mais
inutilement. Devant cetinsuccès, M. le
professeur Piéchaud résolut d'inter¬
venir etde curetter la phalangine.
Lorsque cette petite opération fut ache¬
vée, on remarqua que
la
coquepériostique était insuffisamment résistante
et que le
doigt
seraccourcissait. Pour éviter
uneguérison en cette situation,
M. Piéchaud tailla un morceau d'os décalcifié de
la forme de la phalange
et le coucha dans le lit périostique,
puis sutura les parties molles et appli¬
qua un pansement
iodoformé.
Les suites opératoires
furent excellentes
:la réunion
parpremière inten¬
tioneutlieu et,18 jours après
l'intervention, la fillette quitta l'hôpital. On la
revoit, le 15 février, à la
consultation et l'on peut constater que la situation
n'a paschangé.
Le 18 avril,
unmois et demi après l'intervention, l'enfant
revient à la consultation : le doigt
ressemble à
undoigt normal; la moti-
lité seule est un peu
pénible. La phalangine est dure,
necède pas.
OBSERVATION II
Communiquée parM. leprofesseur Piéchaud.
Alice S..., 4 ans.
Les antécédents héréditaires de la petite
malade n'offrent rien de bien
digne