I
l y a plus de deux ans, la Revue française de gestion consacrait un numéro spécial sur le thème « Récits et management » ou, comme on le dit outre-Atlantique, le « story-telling ». Il décrivait comment les organisa- tions produisent du discours. Celui-ci est différent des règles soi-disant objectives du management que l’on nous enseigne dans les universités et les grandes écoles.Il révèle la subjectivité des différents acteurs désireux à tort ou à raison de justifier leurs décisions et leur straté- gie. Il montrait comment du discours à la communica- tion, il n’y a qu’un pas,
Les discours qui ont accompagné le déroulement de l’af- faire de la Société générale au mois de janvier 2008 sont exemplaires à cet égard. Il s’agit évidemment de la perte de trading de 4,9 milliards d’euros due à un opérateur Jérôme Kerviel. Tout d’abord la dénégation. Le P-DG juge que la situation n’est pas si grave. Il s’agit d’un choc imprévisible et circonstanciel: « en valeur absolue la perte que nous avons constatée est évidemment énorme. Mais elle est ponctuelle ». Il assimile le choc à « un incendie qui aurait détruit une grosse usine d’un groupe industriel ». Il en minimise les conséquences sur l’avenir du groupe car la stratégie est toujours bonne: « ce qui est arrivé à la Société générale n’a rien à voir avec une catastrophe qui aurait été le fait de notre stratégie, telle qu’elle a toujours été approuvée par le conseil d’administration1».
À quoi sert la gestion ?
1. Le Figaro, 26-27 janvier 2008.
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On connaît la stratégie de la Société générale : survivre contre toutes les offen- sives, françaises ou étrangères. Contre ces dernières, la banque bénéficie du soutien de l’État qui fait montre en l’occurrence de protectionnisme, et du personnel qui redoute tout changement d’actionnaire.
Il faut faire attention à ce que révèlent ces paroles de Daniel Bouton. Cherchez l’er- reur. La stratégie est bonne, mais le P-DG ne laisse pas entendre que l’organisation présente des insuffisances. Au contraire
« la qualité du travail fourni par ses 130 000 collaborateurs à toujours permis à la Société générale d’avoir une excellente image ».
Et pourtant, le rapport qu’a présenté la ministre de l’Économie, Madame Christine Lagarde, révèle des dysfonctionnements inquiétants dans l’organisation même de la banque :
1) Les uns ont trait au contrôle de gestion : – absence d’étanchéité entre le « front office » (passage des ordres) et le « back office » (traitement des ordres),
– défauts dans le système de contrôle au niveau du « middle office » des salles marchés,
– lancement de produits financiers incon- trôlables, sans limites et sans contrepartie, négligence lorsque la Société générale ne tient pas compte des avertissements envoyés par le marché à terme Allemand Eurex,
– une hiérarchie insouciante qui se contente des justifications de Jérôme Kerviel, ne s’étonne pas que celui-ci ne prenne pas de vacances et soit toujours présent à la fin de chaque mois.
2) D’autres questions concernent la prise de décision :
– fallait-il pratiquer un débouclage de l’opération aussi rapidement, pour la solder alors que les marchés s’effondraient, – comment la Société générale a perdu 2 milliards de dollars en accordant des pro- duits financiers adossés aux « subprimes », crédits immobiliers à très haut risque ? Dans ces conditions, tout cela nous amène à réfléchir sur les questions : À quoi sert la gestion ? À quoi servent ses règles, et ses procédures ? L’opinion publique risque de ne pas retenir la « success-story » du mana- gement de la Société générale mais l’his- toire d’un individu, Jérôme Kerviel, qui s’est montré, un moment, plus fort que la machine.
8 Revue française de gestion – N° 180/2008
7 Éditorial – Jean-Marie Doublet 11 Ont contribué à ce numéro
15 Management : les constructeurs Pierre Tabatoni et le management Roland Pérez
25 Les croyances des étudiants envers la création d’entreprise.
Un état des lieux
Jean-Pierre Boissin, Barthélemy Chollet, Sandrine Emin
45 Proposition d’un outil d’évaluation de l’autonomie dans le travail Christophe Everaere
61 Norme ISO 9000 et profil du responsable qualité Anne Maurand-Valet
73 L’éthique managériale peut-elle n’être qu’un facteur stratégique ? Jean-Paul Flipo
89 Vers des systèmes de mesure des performances sociétales.
L’apport des conventions Marc Bollecker, Pierre Mathieu
Dossier – Responsabilité sociale de l’entreprise Sous la direction de Alain-Charles Martinet
105 Responsabilité sociale de l’entreprise Alain-Charles Martinet
109 Responsabilité sociale de l’entreprise à l’épreuve de l’Europe
Emmanuelle Reynaud, Carolyn P. Egri, David A. Ralston, Wade Danis, Arunas Starkus, Marina Dabic, Florian Wangenheim, Tevfik Dalgic, Francisco Castro, Vojko V. Potocan, Masoud Kavoossi, Mario Molteni, Ilya Girson, Detelin Elenkov, José Pla-Barber, Isabelle Maignan, Mark Weber, Alan Wallace
numéro 180 janvier 2008
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131 Une généalogie de la pensée managériale sur la RSE Aurélien Acquier, Franck Aggeri
159 La RSE, de la gouvernance de la firme à la gouvernance de réseau Jean-Claude Dupuis
177 Pragmatisme et responsabilité sociale de l’entreprise Faouzi Bensebaa, Amina Béji-Bécheur
199 Formes de RSE et entreprises sociales.
Une hybridation des stratégies
Alain-Charles Martinet, Marielle A. Payaud
215 Summary
219 Note aux auteurs
10 Revue française de gestion – N° 180/2008
Aurélien ACQUIER est professeur assistant à l’ESCP-EAP et chercheur asso- cié au CGS de l’École des mines de Paris. Il enseigne la stratégie, les théories des orga- nisations et le management du développe- ment durable. Il a récemment soutenu sa thèse, intitulée « Les modèles de pilotage du développement durable : du contrôle externe à la conception innovante ».
Franck AGGERI est maître-assistant à l’École des mines de Paris où il dirige le Centre de gestion scientifique (CGS). Ses recherches portent sur la stratégie, le déve- loppement durable et le management de l’environnement. Il a publié en 2005 chez Vuibert Organiser le développement durable : expériences des entreprises pion- nières et formation de règles d’action collective (en collaboration avec É. Pezet, C. Abrassart et A. Acquier) et a coordonné avec Olivier Godard un numéro spécial de la revue Entreprises et Histoire sur les
« Entreprises et le développement durable » (2006).
Mina BÉCHEUR est maître de confé- rences à l’université Paris-Est, Marne-la- Vallée. Ses travaux portent sur l’émergence et la diffusion de nouveaux concepts, avec un focus plus particulier sur le commerce équitable et la responsabilité sociale de l’entreprise dans ses derniers travaux.
Faouzi BENSEBAAest maître de confé- rences habilité à diriger les recherches à
l’université Paris 12. Il enseigne la stratégie et la responsabilité sociale, codirige le département de management de l’IRG et conduit ses recherches sur la responsabilité sociale de l’entreprise et la dynamique concurrentielle. Il vient de publier L’atlas du management (en collaboration avec D. Autissier et F. Boudier, Ed. Eyrolles).
Jean-Pierre BOISSINest professeur à l’université Pierre Mendès France (IAE de Grenoble) en management stratégique et entrepreneuriat. Il a fondé et dirigé la Mai- son de l’entrepreneuriat de Grenoble uni- versités, projet pilote pour le ministère de la Recherche. Il est membre de différentes associations académiques et participe à plu- sieurs comités d’évaluation de revues. Il est depuis 2006 le directeur du Centre d’études et de recherches appliquées à la gestion (CERAG, université Pierre Mendès France). Ses travaux de recherche portent sur la structuration du management straté- gique à partir d’outils bibliométriques. Il développe actuellement un observatoire international de l’intention entrepreneuriale et dirige différents travaux sur les stratégies de croissance et le gouvernement d’entre- prise.
Marc BOLLECKER, docteur en sciences de Gestion, est maître de conférences à l’université de Haute Alsace. Il est membre du Groupe de recherches sur l’apprentissage, l’innovation et la connais- sance dans les organisations (GRAICO) de
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cette université et rédacteur en chef de la revue Entreprise Éthique. Ses publications dans des revues scientifiques et ses commu- nications portent sur la responsabilité sociale de l’entreprise et le contrôle de gestion.
Barthélemy CHOLLET est maître de conférences en sciences de Gestion à l’uni- versité de Savoie et chercheur à l’IREGE (EA 2426). Sa thèse a obtenu le prix AGRH 2006. Après des travaux portant sur le rôle du réseau personnel de l’entrepreneur, il mène actuellement des recherches sur le lien entre réseaux sociaux et comporte- ments organisationnels. http://perso.univ- savoie.fr/bchol
Jean-Claude DUPUIS est enseignant- chercheur, délégué à le recherche de l’ESDES, école de management de l’uni- versité catholique de Lyon. Au croisement des sciences de gestion et de sciences éco- nomiques, ses travaux de recherche portent sur la théorie de la firme et la théorie micro de la gouvernance. Il est par ailleurs secré- taire général du Réseau international de recherche sur les organisations et le déve- loppement durable (RIODD).
Sandrine EMIN est maître de confé- rences en sciences de Gestion à l’univer- sité d’Angers et chercheuse au GRANEM- LARGO. Sa thèse a obtenu le prix transdisciplinaire de la Fnege (2004). Ses travaux portent sur l’intention entrepre- neuriale. Elle a publié plusieurs articles sur le développement de l’intention chez les chercheurs publics et poursuit égale- ment des recherches en management stra- tégique.
Christophe EVERAERE est professeur des Universités à l’IAE de Lyon. Ses tra- vaux portent principalement sur les moyens de rendre les organisations plus réactives et adaptables et sur la question de l’autonomie au travail.
Jean-Paul FLIPOest professeur émérite à l’EM Lyon, dans laquelle il a fait toute sa carrière d’enseignant-chercheur, notam- ment dans le domaine du marketing des ser- vices. Depuis quelques années il s’est spé- cialisé dans le champ de l’éthique et du développement durable, en réponse à des préoccupations morales nourries au sujet des pratiques du marketing.
Alain-Charles MARTINET est profes- seur des Universités à l’université Jean- Moulin de Lyon où il est responsable de l’équipe de recherche Euristik. Il a présidé l’Association internationale de manage- ment stratégique (AIMS). Il a publié de nombreux ouvrages dans les domaines de la stratégie et de l’épistémologie des sciences de gestion. Ses travaux actuels portent sur la gouvernance et la stratégie de l’entre- prise durable, ainsi que sur la philosophie du management. Il a publié (avec E. Rey- naud) Stratégies d’entreprise et écologie (Paris, Economica, 2004), et a coordonné Sciences du management. Epistémique, pragma-tique et éthique (Paris, Vuibert- Fnege, 2007).
Pierre MATHIEUest docteur en Écono- mie, maître de conférences en sciences de Gestion à l’université de Haute Alsace. Il est responsable d’une licence profession- nelle « Gestion des ressources humaines ».
Membre du Groupe de recherches sur 12 Revue française de gestion – N° 180/2008
l’apprentissage, l’innovation et la connais- sance dans les organisations (GRAICO), ses travaux portent essentiellement sur les liens entre GRH et performances ainsi que sur l’évolution des organisations en direc- tion de la responsabilité sociale (prolégo- mènes et approches théoriques, stratégies d’acteurs, mécanismes incitatifs, systèmes d’évaluation).
Anne MAURAND-VALET, ancienne élève de l’ENS-Cachan, agrégée de l’uni- versité en économie-gestion, est maître de conférences à l’IUT d’Avignon. Ses travaux de recherche portent sur le contrôle organi- sationnel et les représentations des acteurs, principalement dans le cas de la mise en place de la norme ISO 9000. Elle a appro- fondi en particulier le rôle de traducteur et d’intermédiaire joué par le responsable qualité. Elle travaille sur le concept de norme et utilise les approches qualitatives et les analyses de discours. Elle est membre associé du PRATIC de l’université d’Avi- gnon et des Pays du Vaucluse et membre du CREGOR de Montpellier II.
Marielle A. PAYAUD est maître de conférences à l’université Jean-Moulin de Lyon, ses recherches au sein d’Euristik por- tent sur la contextualisation des stratégies, la gouvernance et la management de l’en- treprise durable. Elle a reçu le prix Rolland
Calori 2003 de meilleur jeune chercheur de l’AIMS, et le prix du meilleur jeune chercheur de la ville de Lyon (2005) men- tion économie, droit, science de la société.
Elle a publié Formation des stratégies et Middle Managers (Paris, L’Harmattan, 2005) et co-écrit avec J. L. Magakian 100 fiches pour comprendre la stratégie d’entreprise(Paris, Bréal, 2007).
Roland PÉREZ, agrégé de sciences éco- nomiques et de gestion, est professeur émé- rite à l’université de Montpellier I (ISEM) après avoir occupé plusieurs fonctions de responsabilité dans l’enseignement supé- rieur et la recherche. Ses travaux, au sein de l’Équipe de recherche sur la firme et l’in- dustrie (ERFI) portent sur les stratégies industrielles et financières et sur les ques- tions générales de management et de gou- vernance. Il a été président, en 2006, de la Société française de management (SFM).
Emmanuelle REYNAUD est profes- seur des Universités à l’IAE d’Aix-en- Provence (CEROG), université Paul Cézanne. Elle enseigne la stratégie et le développement durable, dirige ce même département et l’ensemble de ces recherches portent sur ce thème. Elle a récemment coordonné un ouvrage intitulé, Le développement durable au cœur de l’entreprise (Dunod, 2006).
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