Prolongement “analytique” de polytopes.
Mich `ele Vergne
Travail commun avec Nicole Berline
6 d ´ecembre 2012
Famille de Polytopes
Soit V un espace vectoriel r ´eel de dimension n et soit µ = [µ
1, µ
2, . . . , µ
N]
une liste de formes lin ´eaires sur V , telle que le c ˆone engendr ´e par les µ
isoit ´egal `a V
∗.
Soit b = [b
1, b
2, . . . , b
N] ∈ R
Nune liste de N nombres r ´eels.
On consid `ere le polytope d ´efini par les N in ´equations lin ´eaires :
p(b) := {x ∈ V ; hµ
k, x i ≤ b
k}.
On fixe une valeur initiale b
0. On suppose que la valeur initiale
b
0est g ´en ´erique, c’est `a dire `a chaque sommet de p
0= p(b
0),
exactement n de ces in ´equations deviennent des ´egalit ´es.
Valeur b = [0, 0, 3, 2] g ´en ´erique `a gauche pour les in ´egalit ´es
−x
1≤ b
1, −x
2≤ b
2, x
1+ x
2≤ b
3, x
2− x
1≤ b
4.
Le probl `eme
Lorsqu’on varie b dans l’ouvert τ
0⊂ R
Nautour de b
0, o `u b reste g ´en ´erique, il est intuitivement clair que p(b) garde la m ˆeme forme, et que certaines quantit ´es d ´ependant du
param `etre b ∈ R
Nvont varier de mani `ere analytique lorsque b varie dans τ
0.
Par exemple, le volume de p(b) est donn ´e par une fonction polynomiale E (b) lorsque b varie dans τ
0.
Quelle est la signification de la valeur de ce polyn ˆome en b,
lorsque b est loin de b
0? ?
Dans l’exemple pr ´ec ´edent vol(p(b)) = 1
4 (b
1+b
2+b
3)
2+ 1
2 (b
1+b
2+ b
3)(b
4+b
2−b
1) − 1
4 (b
4+b
2−b
1)
2tant que b
1− b
2− b
4> 0 et 2b
2+ b
3+ b
4> 0.
Quelle est la signification de la valeur de ce polyn ˆome en b,
lorsque b est loin de b
0? ?
de plus, les polyn ˆomes d’Ehrhart
Si V est muni d’un r ´eseau Λ , et si les µ
isont rationnels, on veut aussi ´etudier la fonction nombre de points entiers dans p(b)
E
Λ(b) = cardinal (p(b) ∩ Λ)
lorsque b varie. Le th ´eor `eme (Ehrhart, Dahmen-Micchelli,· · · )
(dont nous allons voir la raison plus tard) est que cette fonction
b → E
Λ(b) est donn ´ee sur τ
0∩ Z
Npar un quasi-polyn ˆome,
c’est- `a-dire une fonction polynomiale de b `a coefficients dans
les fonctions p ´eriodiques sur Z
n/q Z
n, pour un q convenable.
Dans l’exemple pr ´ec ´edent E
Λ(b)) = 1
4 (b
1+b
2+b
3)
2+ 1
2 (b
1+b
2+ b
3)(b
4+b
2−b
1) − 1
4 (b
4+b
2−b
1)
2+(b
1+ b
2+ b
3) + 1
2 (b
4+ b
2− b
1) + 7 8 + 1
8 ∗ (−1)
(2b2+b3+b4)tant que b
1− b
2− b
4> 0 et 2b
2+ b
3+ b
4> 0.
Quelle est la signification g ´eom ´etrique de E
Λ(b), lorsque b est
loin de b
0? ?
Plus g ´en ´eralement on veut int ´egrer une fonction analytique h, sur p(b) (ou sommer ...) prolonger cette fonction
b → R
p(b)
h(x )dx pour tout param `etre b ∈ R
N(ou b ∈ Z
N) et
comprendre la signification g ´eom ´etrique du prolongement.
Prolongement “analytique” de Varchenko
Varchenko a montr ´e qu’il existait pour tout param `etre b ∈ R
Nune fonction A(b) : V → Z , combinaison lin ´eaire `a coefficients dans Z de fonctions caract ´eristiques de polytopes semi-ouverts tel que POUR TOUT param `etre b ∈ R
NE (b) = Z
V
A(b)(x)dx.
(Donc si A(b) = P
c
i[P
i] avec des c
i∈ Z alors E(b) = P
c
ivol(P
i)).
ET E
Λ(b) dans le contexte des polyn ˆomes d’Ehrhart E
Λ(b) = X
x∈Λ
A(b)(x )
Naturellement A(b) d ´epend du polytope initial, et on appelle
A(b) la continuation “analytique” de (la fonction caract ´eristique
de [p(b)] (b ∈ τ
0) avec valeur initiale [p
0].
Prolongement “analytique” d’un intervalle
F
IGURE: ROUGE = −1.
A(b) = [0, b] si b ≥ 0,
A(b) = −]b, 0[ si b < 0.
F
IGURE: ROUGE = −1.
Par exemple si b ≥ 0, et dans Z , on a
E (b) = b, E
Λ(b) = b + 1
Ces deux formules sont aussi vraies pour b < 0 si on calcule sur A(b). (pas de points entiers dans l’intervalle ouvert si b = −1).
ICI on voit qu’il faut prendre l’intervalle ouvert.
Variation de p(b)
Lorsque b varie, le type combinatoire de p(b) varie.
Apr `es, lorsque la ligne verticale se d ´eplace vers la gauche,
l’in ´egalit ´e correspondante devient redondante. Le polytope p(b)
reste constant et ´egal au triangle bleu, et il apparait des ”faux
sommets.”
Prolongement du t ´etragone
Sommets
D ´efinition Soit B l’ensemble des sous ensembles B ⊆ {1, . . . , N}, tels que (µ
j, j ∈ B) est une base de V
∗. Un ensemble B ∈ B d ´etermine une application
b 7→ s
B(b) : R
N→ V : hµ
j, s
B(b)i = b
jpour j ∈ B.
Le point s
B(b) ∈ V est le point o `u les in ´egalit ´es deviennent des
´egalit ´es. Mais s
B(b) est un vrai ou faux sommet de p(b).
Soit B
0l’ensemble des sous ensembles B correspondant aux vrais sommets de p
0. Il faut donc que hµ
k, s
B(b
0)i < b
0kpour tous les k ∈ / B.
On voit que si b est dans l’ouvert τ
0o `u toutes ces in ´egalit ´es (pour B ∈ B
0, et k ∈ / B) sont strictement n ´egatives, les sommets de p(b) sont les s
B(b), pour B ∈ B
0.
ILS VARIENT LINEAIREMENT AVEC b (pour b ∈ τ
0).
Egalit ´e de Brianchon Gram
Pour tout polytope p ⊂ V , on a l’ ´egalit ´e de fonctions sur V : [p] = X
faces
(−1)
dimface[T
face(p)].
La somme est sur toutes les faces de p et T
face(p) est le c ˆone
tangent au polytope p pour une face.
Brianchon Gram, `a partir des sous ensembles de [1, 2, . . . , N].
Appliquons cette formule `a p(b) pour b ∈ τ
0(voisinage ouvert de b
0).
Soit F
0l’ensemble des sous ensembles G de [1, 2, . . . , N] pour lesquels il existe B ∈ B
0avec G ⊂ B. Ces sous ensembles indexent les faces de p(b).
Notons Cone(G, b) = {x , hµ
j, x i ≤ b
j, j ∈ G}.
Brianchon-Gram s’ ´ecrit simplement : pour b ∈ τ
0: [p(b)] = X
G∈F0
(−1)
n−|G|[Cone(G, b)].
ABC
χ
∆= χ
ΓA+ χ
ΓB+ χ
ΓC− χ
ΓAB− χ
ΓAC− χ
ΓBC+ 1
R2,
A
C
B
F
IGURE: Le triangle ∆ = ABC
Cones tangents aux sommets
ΓA A
C
B ΓB
A
C
B
ΓC A
C
B
MOINS cones tangents aux ar ˆetes
ΓAC A
C B
ΓBC A C B
ΓAB A
C B
plus ESPACE ENTIER
ΓABC A
C B
On obtient ABC.
Prolongement “analytique”
Donc pour b ∈ τ
0,
[p(b)] = X
G∈F0
(−1)
n−|G|[Cone(G, b)].
D ´efinition ´evidente(Berline-Vergne)
Pour tout b ∈ R
N, on d ´efinit la fonction A(b) par A(b) = X
G∈F0
(−1)
n−|G|[Cone(G, b)].
En particulier, on bouge les sommets lin ´eairement en fonction de b, et on d ´eplace leurs c ˆones tangents avec eux.
(Ce n’est pas la d ´efinition de Varchenko qui d ´epend du choix
d’une forme lin ´eaire g ´en ´erique non canonique, et n’utilise que
des c ˆones saillants).
Prolongement “analytique” d’un intervalle, retour
b > 0 BRIANCHON-GRAM
[0, b] = [−∞, b] + [0, ∞] − [R]
On d ´efinit donc
A(b) = [−∞, b] + [0, ∞] − [ R ]
Pour b = 0, c’est un point (continuit ´e de Brianchon-Gram.)
Pour b < 0, A(b) = −]b, 0[
Pour b ∈ τ
0(voisinage de b
0), d’apr `es Brianchon-Gram, A(b) = [p(b)].
En effet tous les b ∈ τ
0a pour ensemble de sommets s
B(b), B ∈ B
0.
Th ´eor `eme. POUR TOUT b ∈ R
N, A(b) est une combinaison
lin ´eaire ( `a coefficients dans Z ) de fonctions caract ´eristiques de
polytopes de diff ´erentes dimensions et v ´erifie les propri ´et ´es
voulues de ”continuation analytique”.
Prolongement “analytique”, bis
Il n’est pas ´evident que A(b) soit ´egale `a une combinaison lin ´eaire de fonctions caract ´eristiques d’ensembles born ´es, car nous l’avons ´ecrite comme somme de fonctions
caract ´eristiques de c ˆones.
Mais, ceci d ´emontr ´e, l’analycit ´e de E(b) est ´evidente. En effet,
le volume d’un polytope E(b) ou l’int ´egrale d’un polyn ˆome sur
p(b) , ou d’une exponentielle, se calcule `a partir des c ˆones
tangents aux sommets, c’est `a dire les cones associ ´es `a
B ∈ B
0. De m ˆeme pour les sommes sur les points entiers, si le
polytope est rationnel. (Formule de Brion)
Formule de Brion pour ∆ = ABC
L’int ´egrale R
∆
e
hy,xidx
1dx
2est ´egale `a : e
hA,yihy , A − Bihy , A − Ci |AB ∧ AC|
+ e
hB,yihy , B − Aihy , B − Ci |BA∧BC|+ e
hC,yihy , C − Aihy , C − Bi |CA∧CB|
o `u hA, y i = a
1y
1+ a
2y
2, (a
1, a
2) ´etant les coordonn ´ees de
A, (y
1, y
2) celles de y.
On est ramen ´e `a ´etudier la fonction b → s
B(b) + c o `u c est un cone fixe, et des int ´egrales (des sommes) d’exponentielles dessus. Tout se Calcule “Explicitement”.
Ceci d ´emontre que
E(b) = Z
V
A(b)(x )dx
est un polyn ˆome en b ∈ R
Net similairement E
Λ(b) = X
x∈Λ
A(b)(x )
est un quasi polyn ˆome en b ∈ Z
N.
Prolongement du t ´etragone
Formule pour A(b) comme somme de polytopes
Il faut comprendre o `u le polytope p(b) change
dramatiquement.. . Donc il faut regarder o `u l’arrangement d’hyperplans hµ
k, x i = b
kne sera plus g ´en ´erique : plus de n hyperplans se coupent.
Introduisons les circuits de longueur n + 1 pour les µ
i: C = {C ⊂ [1, 2, . . . , N]}
tels que Cardinal C = n + 1, et tels que les µ
i, i ∈ C engendrent V
∗. On a donc une unique relation lin ´eaire (a proportionalit ´e pr `es).
X
i∈C
c
iµ
i= 0.
D ´efinissons W (C) = P
i∈C
c
ib
i: W (C) est une forme lin ´eaire
sur R
N. On note H
Cl’hyperplan W (C) = 0.
(Petites) Chambres
Soit H la collection d’hyperplans H
Cde R
N.
Si b ∈ H
C, alors les n + 1-hyperplans hµ
i, x i = b
i, i ∈ C se coupent.
On note τ une composante connexe de R
N\ H.
Si b varie dans une composante connexe τ de R
N\ H, le polytope p(b) ne va pas changer de forme.
On appellera τ une (petite) chambre. (On peut ˆetre plus pr ´ecis
et d ´efinir des plus grandes chambres o `u le polytope p(b) ne
change pas de forme..).
Murs pour τ 0
Soit τ
0la composante connexe de R
N\ H `a laquelle appartient b
0qui d ´efinit notre polytope initial p
0. Alors τ
0est limit ´ee par des hyperplans de la famille H. Voici lesquels :
Soit B ∈ B
0et k ∈ / B. Alors C = B ∪ k est un circuit de longueur n + 1. On a une ´equation
X
i∈C
c
iµ
i= 0.
Soit
w
C= { X
c
ib
i= 0}
l’ ´equation correspondante. On normalise cette equation w
Cde telle sorte que w
C(b
0) > 0.
Alors H = H
Cest un mur pour la composante connexe τ
0et
tous les murs de τ
0sont obtenus ainsi en variant B ∈ B
0et
k ∈ / B
0.
Continuit ´e de Brianchon Gram
Th ´eor `eme Si b ∈ τ
0, A(b) = [p(b)]
Ce n’est pas ´evident car A(b) est d ´efini `a partir des faces de p
0.
Formules de saut lorsque b franchit un mur
EXAMPLE :
Un petit polytope montre son nez
bleu = 1, jaune := −1, rouge := −1, vert := −1, noir := −1,
kaki = −1, magenta := −2.
La formule de saut
Soient τ
0,τ
1deux composantes connexes de R
N\ H, s ´epar ´ees par H = P
c
ib
i= 0.
On regarde Flip = {j, c
j> 0} un sous ensemble de [1, 2, . . . , N].
On introduit le polytope semi-ouvert
p(Flip, b) =
( hµ
j, x i > b
jif j ∈ Flip hµ
i, x i ≤ b
iif i ∈ / Flip . C’est celui qui arrive..
Th ´eor `eme (Berline-Vergne)
Si b appartient `a la chambre adjacente τ
1,
A(b) = [p(b)] − (−1)
|Flip|[p(Flip; b)].
Cette formule est une version ensembliste des r ´esultats de Paradan (Jump formulae in Hamiltonian geometry ;
arXiv :math/0411306.)
Cons ´equences
Soit h une fonction polyn ˆomiale sur V . Il existe une fonction polynomiale E (h, τ
0)(b) sur R
Ntelle que
Z
p(b)
h(x )dx = E(h, τ
0)(b)
lorsque b ∈ τ
0.
Soit E (h, τ
0)(b) le polynome sur R
Nqui vaut R
p(b)
h(x )dx lorsque b ∈ τ
0.
Alors si b ∈ τ
1,
E(h, τ
0)(b) − E (h, τ
1)(b) = (−1)
|Flip|Z
p(Flip,b)
h(x)dx
Formule de saut de Paradan, et calcul par r ´esidus par
Boysal-Vergne.
Encore plus amusant
On suppose V avec reseau Λ, et on suppose µ
j∈ Λ
∗de sorte que µ
j(λ) ∈ Z si λ ∈ Λ.
Il existe un quasi-polyn ˆome E
Λ(h, τ
0)(b) sur Z
Ntelle que X
x∈p(b)∩Λ
h(x ) = E
Λ(h, τ
0)(b)
si b ∈ τ
0.
ALORS si b ∈ τ
1∩ Z
N, on a :
E
Λ(h, τ
0)(b) − E
Λ(h, τ
1)(b) = (−1)
|Flip|X
x∈p(Flip,b)
h(x).
DE PLUS, IL EST IMMEDIAT DE VOIR : Si b satisfait l’ ´equation
X
i
c
ib
i> − X
i∈Flip
c
ialors p(Flip, b), n’a aucun point entier si b ∈ Z
N.
On obtient donc des relations de divisibilit ´e.
EXEMPLE : Consid ´erons
p(b) = {−x
i≤ b
i, X
x
i≤ b
n+1} d ´efinit par n + 1 in ´egalit ´es. Si τ
0= { P
n+1i=1
b
i> 0}, p(b) est un simplexe. Si τ
1= { P
n+1i=1
b
i< 0}, p(b) est vide.
Le polyn ˆome E
Λ(b) qui calcule le nombre de points dans p(b) pour P
n+1i=1
b
i> 0 calcule encore le nombre de points de p(b) pour P
ni=1
b
i= 0, −1, −2, . . . , −n.
Evidemment, on sait le calculer directement car
E
Λ(b) = 1
n! (b
1+ b
2+ · · · + b
n+1+ 1) · · · (b
1+b
2+ · · · + b
n+1+n).
Vari ´et ´es toriques
On consid `ere V muni d’un r ´eseau Λ. Soit T le tore dont le groupe des charact `eres est Λ.
Soit p
0⊂ V `a sommets dans Λ et soit b ∈ τ
0∩ Λ.
Alors on peut construire une vari ´et ´e torique M munie de l’action
du tore T et un fibr ´e en lignes T - ´equivariant L
bsur M telle que
l’espace des sections holomorphes H
0(M, L
b) = ⊕
λ∈Λ∩p(b)C s
λavec s
λune section holomorphe de poids λ lorsque b varie
dans τ
0. Autrement dit, les points entiers de p(b) indexent une
base de H
0(M, L
b).
Si b ∈ Z
N, mais n’est plus dans τ
0le fibr ´e L
bn’est plus ample.
Si on regarde le module altern ´e X
i
(−1)
iH
0,i(M, L
b) = X
m(b)(λ)e
iλ,
alors d’apr `es le th ´eor `eme de Riemann-Roch m(b)(λ) = A(b)(λ).
On a donc donn ´e une signification g ´eom ´etrique au support de ce module P
i