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Submitted on 1 Jan 1889
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Remarques sur la théorie capillaire de Laplace
G. van der Mensbrugghe
To cite this version:
G. van der Mensbrugghe. Remarques sur la théorie capillaire de Laplace. J. Phys. Theor. Appl., 1889, 8 (1), pp.83-85. �10.1051/jphystap:01889008008300�. �jpa-00239039�
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REMARQUES SUR LA THÉORIE CAPILLAIRE DE LAPLACE;
PAR G. VAN DER MENSBRUGGHE.
Dans un article intitulé l’Tension
sûper~zccelle,
et inséré auJournal de
Physique (1), je
lis leslignes
suivantes,qui
serventd’entrée en matière : « Pour
expliquer
lesphénomènes capillaires
on admet que
chaque
molécule est attirée par toute molécule située à une distanceplus petite
que le rayon d’activité 11101écu-laire ; on démontre alors que la surface libre supporte en
chaque point
unepression
normale dont la valeur est donnée par la for- mule deLaplace
dans
laquelle
R et ik’désignent
les rayons de courbureprincipaux
au
point
considérc ; ces rayons sontcomptes positiven1ent quand
la surface est convexe. Le terme K a pour efiet
d’augmenter
lapression hydrostatique
exercée par le milieu ambiant enchaque point
de la surface duliquider
on peut donc raisonner comme si lapression
moléculaire necomportait qu’un
seul termeEn
rappelant
ainsi la célèbre décrie deLaplace,
l’auteur de l’ar-Licle, ~1. Chervet, semble croire
qu’elle
est de toutpoint
conformeà l’observation d!recLe; or il n’en est rien, comme
je
l’ai l’ait voir..dans une Note
présentée
en 1886 auCongrès
de l’Association frau-çaise pour l’avancemenl des Sciences
(Congrès
deNlaiicN ). Qu’il
me soit
permis
derappelcr
brièvementquelques-unes
des consi- dérations quej’ai
fait valoir à cetteépoque.
Et tout d’al~ord, le terme 11
rel)résente-L-11
umepression
suscep- tible d"être transmise partout au sein de la masseliquide?
Pour lesavoir, il suffit de se
rappeler
que,d’après Laplacc
inême, K doitdiminuer en
bénéra! quand
latempérature
duliquide
s’élève, etde faire
l’expérience
suivante : dans un vasecylindrique
de om, 3u( 1 ) T’oi~~ t. VU, p. 1~5; octobre 1888.
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:01889008008300
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à 01ll,4o de diamètre, on verse de l’eau pure à 15°C.,
jusqu’à
cequ’elle
déborde;quand
la masse est en repos, onapproche
d’unpoint quelconque
cc de la surface libre unetige métallique
chaufféeau rouge ; la chaleur rayonnée vers la
portion liquide sous-jacente
élève la
température
de celle-ci, et dès lors lapression
moléculairequi correspond
à latempérature
croissante doit aller en diminuant;on s’attend donc à voir le niveau du
liquide
s’élever én ci; maisc’est
précisément
l’inversequi
a lieu : l’eauqui
environne a fuit detoutes parts, comme si elle obéissait à une force
centrifuge
émanéede ce même
poin t,
et la surfaceliquide
y devientlégèrement
creuse.Conclusion : le terme K
n’exprime
pas unepression susceptible
d’être accusée par
l’expérience.
Quant
au terme ilreprésente
réellemen t unepres- sion dont l’existence a été démontrée par des preuves innombra- bles. Mais il faut remarquer queLaplace
obtient le terrne en ques- tion en calculant l’effet d’unménisque compris
entre la surfacelibre, le
plan
tangent aupoint
considéré et unhémisphère
ayant pour diamètre le double rayon r d’activité de l’attraction molécu-laire ; or on sait
aujourd’hui
que le rayon r est inférieurà 4
de millimètre ; d’autre part, on peut concevoir R et Rf suffisan1ment
grands
pour que leménisque
ci-dessus s’évanouisse : dès lorss’annulerait et la théorie de
Laplace
conduirait à laconséquence
que la
pression
due à une surfacesphérique,
parexemple,
peutparfois
être nulle, cequi
serait en contradiction formelle avecl’e~périence
directe; car, on le sait, une bulle de savon de o"’, 20 de diamètre, attachée au bord d’un entonnoir dont le bec est ouverte chasse l’airqui
a servi à lagonfler,
cequi
n’arriverait pas si les deuxpressions
normales, dues aux deux faces de la lame, étaientnulles. Et pourtant comnlent concevoir encore le
ménisque
enquestion
dans le cas où R et R’valent Olll, 10, c’est-à-dire deux mil- lions de fois le rayon r de l’attraction moléculaire? Cetteobjec-
tion a été présentée pour la
première
fois en r 88o par M. ~Iaran-goni,
de Florence.On le voi t, la théorie de
Laplace
conduit t à des conséquences85 absolument contraires aux résul ta ts de l’observation;
j’ajouterai qu’il
estimpossible
de concilier l’existence d’unepression
nor-male K
(très
considérabled’après
l’illustre auteurlui-même),
di-rigée
vers l’intérieur duliquide,
avecl’évaporation qui
a lieu con-tinuellement à la surface. Il ne faut pas s’étonner d’un
pareil
désaccord, car
Laplace
a raisonné sur unliquide incompressihle
et soumis exclusivement à des forces
attractives,
parconséquent
sur un
liquide
idéal dont lespropriétés
sont tout à fait différentes de celles desliquides
naturels; ceux-ci sontcompressibles,
et leursmolécules sont sollicitées non seulement par des forces attractives,
mais encore par des forces
répulsives
dont l’intensité croît ou dé-croît, suivant la
distance, plus rapidement
que lespremières forces;
c’estgrâce
à ces forcesrépulsives
que, contrairement à cequ’on
aenseigné depuis
silongtemps,
la couchesuperficielle
d’unliquide
n’estjamais
enéquilibre
dans fes conditions ordinaire-ment
supposées;
c’est encore grâce à elles, combinées avec lesforces attractives,
qu’il
seproduit précisément
une force contrac-tive dans cette couche, ainsi que
je
me suis efforcé de rétablir dans mes études Sur l’instabilité del’équilibre
de la eozceZzesupeyeieLle
d’un,liquide (’ ).
Je ne
puis
donc nullement me rallier àl’opinion
de ~1I. CherB et,d’après laquelle
il conviendrait deprésenter
la tensionsuperficielle
comme une
conséquence
de lapression
moléculaire; selon moi,c’est
précisément
l’inversequ’il
convient de faire : la dernière mé- thodeprésente l’avantage précieux
de ne conduirequ’à
des con-séquences toujours
conformesà l’expérience ;
c’est là, il faut bienl’avouer,
un avantage que les calculs lesplus profonds, appliqués
à
l’hypothèse
de substances purementidéales,
ne sauraient rem-placer.
A cetégard,
la théoriecapillaire
deLaplace
devratoujours
exciter l’admiration de tous les
analystes,
mais lesphysiciens
nepourront en tirer aucun
parti, précisément
parcequ’elle
n’est ap-plicable qu’à
des substanceshypotliétiques
et essentiellement dif- férentes desliquides
naturels.(1) Bulletin de l’Acad. l’oy. de Belgique, t. XI, p. :~4 l, et t. xii, p. 623 ; J886.