J
OURNAL DE
T
HÉORIE DES
N
OMBRES DE
B
ORDEAUX
M
ONIQUE
B
RANTON
O
LIVIER
R
AMARÉ
Nombres de racines d’un polynôme entier modulo q
Journal de Théorie des Nombres de Bordeaux, tome
10, n
o1 (1998),
p. 125-134
<http://www.numdam.org/item?id=JTNB_1998__10_1_125_0>
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Nombres de racines d’un
polynôme
entier
modulo
q
par
MONIQUE
BRANTON et OLIVIERRAMARÉ
RÉSUMÉ. Nous montrons que l’ensemble des racines modulo une
puissance
d’un nombrepremier
d’unpolynôme
à coefficientsen-tiers de
degré
d est une union d’auplus
dprogressions
arithmé-tiques
de modules assezgrands.
Nous en déduisons unemajora-tion du nombre de ses racines dans un intervalle réel court.
ABSTRACT. We prove that the set of the residues modulo a power
of a
prime
number which are roots of anintegral polynomial
withdegree
d is a collection of at more d arithmeticprogressions.
Anupper bound of the number of these roots
lying
in agiven
small interval is deduced.1. INTRODUCTION
Soit F un
polynôme
à coefficients dans Z et q un entier > 2. Nous nous intéressons à l’ensembleNotons
c(F)
lepgcd
des coefficients de F.Puisque
c(F)
peut
se mettreen
facteur,
il nous suffit d’étudier le casc(F) -
1,
hypothèse
que nous prenons dans la suite. Nous dironsque F
estprimitif.
Nous supposons enoutre que F est de
degré
d > 2. Nous dirons F est unpolynôme
entier poursignifier
que ses coefficients sont entiers(et
non pas que ses valeurs sur les entiers sont encore desentiers).
Notrepremier
théorème détermine la structure deN(F, pM)
lorsque
p est un nombrepremier.
D’unpoint
de vuequalitatif,
nous établissons que cet ensemble est une union de moins de dprogressions arithmétiques
de module assezgrand.
Pourexprimer
notre
résultat,
nous définissons les cônes affines convexesC(O1, ... , 0,.,
M)
dépendant
desparamètres
entiers strictementpositifs
r,Q1, ... ,
Llr
et Mqui
sont constitués desr-uplets
de réels(x 1, ... ,
vérifiantSi l’on pose
do
=~v
alors lespoints
deC(~,1, ... ,
A,,
M)
satisfont àet en
particulier
à M + r - 1. Nous avons alorsThéorème 1. Soit F un
pol ynôme
primitif
entier ded egré
d _>2,
p un nombrepremier
et M > 1 un entier.Supposons
que F admette une racine modulopM.
Alors il existe un entierr _
d,
des entiers ml, ... , mr,01, ... ,
Ay
tous > 1et yl, ... ,
yr tels queDe
plus
cette dernière union estdisjointe.
Cette
description
deN(F, pM)
appelle quelques
commentaires. Tout d’abord il estpossible
d’avoirUUEI
yu +pmuz
= z +pnz
pour certains sous-ensembles I(auquel
cas nous dironsqu’il
y aamalgame),
mais nous ne pouvonsplus garantir
de minoration sur n, ni mêmegarantir n >
1. De telsexemples
sont donnés par F = X p - X modulo p et F = modulop3.
Une telle situation est bien sûrimpossible
si d p. Ensuite les bornes données sontoptimales
comme l’on s’en convainc avec lesexemples
F =X d
qui
correspond
àdo
= d et r =1,
et F =(X - p’n ) (X -
2p’’~ ) ... (X -
pourdpetM=dm+1
Nous le démontrons en deux
temps :
lepremier
consiste à ramener leproblème
à unproblème
combinatoire que nous étudions dans un secondtemps.
Notreapproche
diftère notoirement del’approche
classique qui
con-siste à relever deproche
enproche
les solutions modulo p à l’aide d’unlemme de Hensel en ce que nous nous donnons l’ensemble de solutions a
priori
et en étudions la structure.Nous utiliserons le résultat
précédent
pourmajorer
laquantité
où I est un intervalle réel de
longueur
L.Nagell
& Ore(cf
[Na]),
Sàndor(cf
[Sa])
etHuxley
(cf
[Hu])
ont donné desmajorations
deN(F,
q,[1, q])
=qp(F, q)
en fonction du discriminant deF,
mais ces bornes(excellentes
dansbeaucoup
decas)
demandent d’unepart
de connaître ce discriminantet d’autre
part
ne donnent aucun résultat si ce discriminant est nul. Enest le nombre de diviseurs de
q)
qui
fut améliorée en 1977 dans le cas où q admetbeaucoup
de facteurspremiers
par Steckin[St]
enFinalement en
1980,
Konjagin
[Ko]
donnait unemajoration
deq1/dp(F,
q)
indépendante
de q et son résultat estoptimal :
il obtientp(F,
q)
CO(d)q-1/d
oùCo (d)
=d/e
+O(Log2
d)
et montre que le termeprincipal
deCo (d)
nepeut
pas être réduit. Notons que les références que nous donnons de cet ar-ticle(écrit
en russe en1979)
sont les références de la traduction et que cettetraduction tient
compte
ducorrigendum.
Le théorème 1 donne facilementql/dp(F,
q)
exp(1.6d).
En combinant le résultat de
Konjagin
avec le théorème1,
nous obtenons ici desmajorations
deN(F, q, I)
dans le cas d’un interval I court.Théorème 2.
N(F, q, I)
=p(F, q)L
+ où101
1 et oùw(q)
est le nombre defacteurs
premiers
de qcomptés
sansmultiplicité.
Enparticulier,
nous avonsN(F, q, I) ~ Co(q)L
q-1/d
+Cette borne est valable sans
exception
mais la preuve du théorème 2 donne une meilleuremajoration
dansbeaucoup
de cas. Parexemple,
si qest sans facteurs
carrés,
alorsN(F, q, I )
dCAJ(q)(Lq-1
+1).
Dans le cas L = q, le théorème 2 contient le résultat deKonjagin
(au
terme d’erreurprès).
Les méthodes
employées
sont élémentaires. Nous proposerons uneap-proche plus algébrique
dans un travail à venir. Notons que desmajorations
de cetype
sont utiles pour étudier le nombre depoints
auvoisinage
de courbesrégulières
(cf
[HS1], [HS2]).
2.
RÉDUCTION À
UNPROBLÈME
COMBINATOIRELe lemme suivant détermine la structure de l’ensemble des solutions d’une
équation
polynomiale
modulo unepuissance
d’un nombrepremier
en fonction desystèmes d’équations
linéaires. Il est utile degarder l’exemple
F =(X -1 ) 2
+ p
en tête.Lemme 3. Soit F E
Z[X]
unpolynôme primitif,
p un nombrepremier
et M > 1 un entier. Il existe un entierdo
deg(F)
et2do
entiers pl, ... , pdo E Zet £1,... ,
£do
E[0, M]
tels que pour tout m M on aitPreuve. Nous raisonnons par récurrence sur le
degré
de F. Pour les besoins de la récurrence nous supposonsuniquement
que(c(F), p) -
1 et nous dirons que F estp-primitif.
Supposons
tout d’abord que F = aX + b. Si(a, p)
= 1,
lapropriété
est aisément établie. Sinon(b, p)
= 1 etl’équation
az + b ~ 0 n’admet de solutions que si m = 0. Nousprenons alors
Soit maintenant F un
polynôme
p-primitif
dedegré >
2. Soit.~o
leplus
grand
des entiers m ~ M pourlesquels
F(z)
= 0[pm]
admet une solution. Soit po une racine de F modulopio.
EcrivonsF(X ) - (X - po)G(X)
modpie
où G estp-primitif
défini modulopM
et dedegré
=deg(F) -
1. Notrehypothèse
de récurrencepermet
alors de conclure facilement. 0Remarquons
que le lemmeprécédent
n’est pas tout à faitcomplet puisque
tous lessystèmes
(M,
do,
pl, ... , ... , ne sont paspossibles.
Parexemple
sideg(F) =
1,
on a nécessairementIl
= 0 ou M. Nous pouvons par ailleurs supposer~2 ~ ~ ~ >
fde
quitte
àremplacer
parfi
=min(f1,
~2, · . · ,
ce que nous ferons dans la suite.Il serait intéressant de construire un
polynôme
Gdépendant uniquement
des îi
et pi tel queF(z) ==
0 4==>G(z) ==
0j2~’~].
Dans cettedirection,
nous avons le résultat suivant.Corollaire 4. Pour tout
polyrtôme primitif
entier F dedegré
d >1,
etpour tout entier
q >
1, il
existe des entiers pi, ... , Pd tels que pour toutdiviseur
q’
de q on aitPreuve.
Lorsque
q =pm,
le lemmeprécédent
nous donne un entierdo
deg(F)
etdo
entiers pl, ... , pdo tels que pour tout z E Z et tout mM,
on ait
Il nous sufht pour cela de
majorer
les
par M.Quite
àrajouter
des pi, nous pouvons supposer quedo
=deg(F).
En utilisant le théorèmechinois,
nous obtenons notre corollaire. D
Nous donnons maintenant une formulation du lemme 3 où les variables
hi
n’interviennentplus.
Pour cela nous posonsoù
vp(z)
est leplus
grand
des entiers tels quepn 1 z.
La valeur de nedépend
que de la classe de z modulopm
cequi
justifie
l’écrituresi z est un entier modulo
pn
avec n > m. Les entiers£1, ... ,
£do
étantfixés,
nous posonsLemme 5. Sous les
hypothèses
et notations du lemme3,
nous avons pour tout m M :Preuve. Le
plus simple
consiste àreprendre
la démonstration du lemme 3 avec unehypothèse
de récurrenceadaptée
au lemme 5. Les détails neposant
aucunproblème,
nous laissons cette preuve au soin du lecteur. L73. PREUVE DU
THÉORÈME
1Soit donc p un nombre
premier,
M > 1 un entier et F unpolynôme
entierprimitif
admettant une racine modulop m
Nous considérons le
graphe
orienté construit sur{ (x, m), x
EZ/mZ,0
m ~M}
où l’on met une arête de(x, m)
à(x’, m’)
si et seulement sim’ 1
= m - 1 et x - x’
m’ .
Ils’agit
donc d’un arbre de racine(0,0).
A
chaque
arête(x, m) --~ (x, m -1)
de cegraphe
nous associons lepoids
Ai
(x, m)
défini en(3.2)
ci-dessous,
de telle sorte que si l’on va de(x, m)
à(o, 0),
la somme despoids
des arêtes que l’onparcourt
est Nous considérons ensuite l’ensemble S despoints
(x, m)
tels queD (x, m) >
M. Cet ensemble vérifie "si(x, m) --~ (x, m -1 )
et si(x, m -1 )
ES,
alors(x,
m)
E S". Il estimportant
de remarquer que S n’est pastoujours
égal
à l’ensembleSo
despoints
(x, m)
qui
vérifientCeci vient de ce que notre définition de
Dl
permet
z - y(p’~~}
comme le montrel’exemple
F =X 2 -
2X modulo2m
= 8 et 2m = 2.Jusqu’à présent,
la seule conditiondemandée à
Dl
est de vérifier lelemme 5 ;
d’autres définitions auraientpu
convenir,
certaines d’entre elles vérifiant lapropriété juste
mentionnée.Mais alors la
possibilité
d’avoir desamalgames
rend la situationdifficile-ment contrôlable.
Nous définissons les solutions minimales
(y, m)
parDl (y, m) >
M >m - 1).
Soit(y,, ml), ... ,
1 (y,,
leur collection(qui
est nonvide,
et cette union est
disjointe.
Il nous faut àprésent majorer
r et minorer lesmu. ·
La croissance en m des fonctions
Di (z,
m)
nous intéresseparticulièrement.
Pour tout i E{ 1, ... ,
do},
nous posonset
Regardons
àprésent
lespoints
(pi, M)
et les cheminsqui
lient cespoints
à la racine de l’arbre(0, ).
Si unpoint
(y,
m)
n’appartient
pas à l’un de ceschemins,
alorsDi
(y,
m)
=Dl
(y, m-1)
comme on le constate sur la définition(2.3).
Parconséquent chaque
solution minimaleappartient
à l’un de ces chemins cequi
nous donnedéjà
r d. Le lemme suivantprécise
cette remarque.Lemme 6. Nous avons
Ai (y, m) :5
Ag (y, m)
et +1 )
m)
pour 1 ido.
Preuve. Nous donnons tout d’abord une écriture
plus explicite
de Nous posonset vérifions que
(avec z
= y -pi)
avec 0. Une récurrence utilisant la suite
d’inégalités
permet
de conclure à la validité de lapremière
inégalité.
Pour ce
qui
est de laseconde,
notons tout d’abord que le cas i =do
est trivial. Pour i
quelconque,
nous avons trois cas à considérer.Si fi
>Vp,m+1
(z)
+Di+1
(y,
m +1)
alorsm) = Ai (y,
m +1).
Sivp,m (z)
+ +1)
>fi,
alorsA;(y, m
+1)
= 0 cequi
règle
aussi ce cas. Le dernier cas restant estVp,m+1(Z)
+Di+1(y,m
+1)
>vp~m (z)
+m +
1)
auquel
cas il nous suffit de vérifier quece
qui
estgarantit
parl’hypothèse
de récurrence etl’inégalité
Les
quantités
Di (y, m)
sontbeaucoup
plus régulières
que lesquantités
Ll1(y,m)
parce que +1)
où la sommeporte
sur les classes z modulo congrues à y modulop’’n.
Comparativement
nous ne savons que démontrer la secondepartie
du lemme 6 pour lesPosons
Dû
= 1. Nous obtenons alorsparce que
chaque
pi estcompté
dans au moins l’un desà*
et dans auplus
unpuisque
sinon on aurait pour deuxvariables u #
v, cequi
estimpossible.
Soit alorsNous avons mu,u = mu et mv,u = mu,, et
classiquement
min(mu,w,
mw,v) .
Nous montrons facilement quece
qui
nous donneNous ordonnons à
présent
les mu de sorte à avoirm2 ~ ~ ~
mr .En utilisant le fait que 0
m.,,, :5
mv - 1 si v u, 0 1 siv > u et les
inégalités
M,
nous obtenonsLe théorème 1 en découle aisément.
4. PREUVE DU
THÉORÈME
2Nous considérons ici un
module q
=... pM(T)
et utilisons le théorème1 T
1. Il vient
avec des notations évidentes et où l’on a
supposé qu’il
existait une solution. SinonN(F,
q) = 0,
cas que nous écartons. Définissons encorePour un
point
Y dey,
nous définissonsm(Y,t)
comme étantmi(t)
si la t-ièmecoordonnée Yt
de Y estYi (t).
Nous posons enfinet obtenons
Cette union est
disjointe.
En effet siY ~ Y’,
il existe un t pourlequel
et nous avons alors
(4.5)
Nous obtenons donc
Il est par ailleurs trivial de constater que
ce
qui
nous donnequ’il
existe un 0 E~-1,1~
tel queNous
majorons
le terme d’erreur pard~
=d(1q).
Pour cequi
est du termeprincipal,
nous utilisons deuxapproches.
Tout d’abord ce termeprincipal
est
égal
àL N(F,
q,[1, q))/q
cequi
nouspermet
d’utiliser lamajoration
deKonjagin
et d’obtenir le théorème 2. Nous montrons àprésent
comment obtenir ce même résultat avec une constanteplus
élevée à l’aide du lemme suivant.Lemme 7. Nous avons
avec
C(p, d) =
max(1,dp-1+1/d)
et oùrxl
désigne la
partie
entière par valeursupérieure
du réel x.Preuve. Pour
simplifier
l’écriture nousn’indiquerons
pas ladépendance
des variables en t. Notreexpression
est inférieure à 1puisqu’il s’agit
d’une densité. Cettemajoration
est efficacelorsque
p estpetit.
Deplus
chaque
mi est
supérieur
àM/d
et donc àfM/al
puiqu’il
s’agit
d’entiers. Nous démontrons àprésent
la troisièmeinégalité.
Nous avonset nous souhaitons déterminer le maximum de cette
quantité
sur l’ensemblefini V des
paramètres
V =(do;
r;Â1’... ,
A,)
vérifiant les contraintes du théorème 1. Toutd’abord,
si V E V est telqu’il
existe deux indices i# j
avec2,
alors lepoint
V’
obtenu àpartir
de V enremplaçant
Ai
parAi
+ 1 etAj
par 1 vérifieS’(V)
S(V’)
puisque
Nous pouvons donc
prendre
O1 -
do - r
+ 1 et 1 si i > 2. Pour un telpoint V,
nous avonsNous vérifions sur cette
expression qu’il
suffit deprendre
do =
d. Pour lepoint
Vcorrespondant,
nous avonsCette
expression
est décroissantepuis
croissante en r, cequi
faitqu’il
suffit de considérer les valeurs r = 1 et r =d,
d’où notre troisièmemajoration.
D Nous obtenons alorsmajoration qui
est dans certains casplus précise
que celle du théorème 2. PosonsEn utilisant
~~~~ 1
1.26x/ Log x
pour x > 1(cf [RS] (3.6)),
nous obtenonsLog C(d)
1.6d pour d >2,
cequi
conclut la preuve.- Deux
questions.
1- Pour obtenir le théorème
2,
nous avons utilisé leprocédé
de crible leplus simple
et il estlégitime
de penserqu’une
amélioration de ceprocédé
réduise le terme d’erreur. Parmi les diversesfaçons
d’aborder ceproblème,
noussignalons
leproblème
annexe suivant : A-t-onN(F,
q, 1)
W siw(q)
estgrand
et L =qlld ?
2- Peut-on caractériser les
polynômes
qui
ne vérifient pas lapropriété
suivante où 1~ _> 0 est un entier : Pour tout x E7~,
il existe y = x[pk]
telque
F(y) fi
0Pour k =
0,
il suffit que X ne divise pas F. Si l’on utilise le théorème 1 avec M = kd+ 1,
on obtientm~ >
A:+1. Parconséquent,
si lesprogressions
yu nes’amalgament
pas en uneprogression
de moduleplus petit
(ce
qui
est le cas si dp),
lapropriété
est vérifiée. Sinonaprès
tous les
amalgames,
on atteint aupire
uneprogression
de moduleet donc nous pouvons trouver y modulo p
puissance
k -[d/p]
si k >~d/p).
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Olivier RAMARÉ
Département de Mathématiques
Université Lille 1
59655 Villeneneuve d’Ascq Cedex France