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Groupe de Galois et r´eduction modulo un nombre premier

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Academic year: 2022

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(1)

Chapitre 5

Groupe de Galois et r´ eduction modulo un nombre premier

Le principal objet de ce chapitre est d’expliquer comment la consid´eration de la factorisation modulo un nombre premier d’un polynˆome unitaire `a coefficients entiers fournit des informations sur le groupe de Galois de ce polynˆome.

Proposition 5.1. Soit P un polynˆome unitaire non constant de Z[X].

Soient Q ⊂ K une extension de scindement de P (consid´er´e comme un polynˆome de Q[X]), R l’ensemble des racines de P dans K et A le sous- anneau de K engendr´e par R (et Z).

(a) Comme Z-module, A est libre de dimension finie et sa dimension est la mˆeme que celle de K comme Q-espace vectoriel (A est un r´eseau dans K).

Soit p un nombre premier. Soit P¯ le polynˆome (unitaire non constant, avec mˆeme degr´e que P) de Fp[X] obtenu en r´eduisant modulo p les coefficients de P.

(b)SoitFp ⊂Lune extension (autrement dit, soit Lun corps de caract´eristi- que p). Les conditions suivantes sont ´equivalentes :

(i) Il existe un homomorphisme d’anneaux surjectif de A dans L.

(ii) L’extension Fp ⊂L est une extension de scindement de P¯.

(c) Soient Fp ⊂ L une extension de scindement de P¯ et R¯ l’ensemble des racines de P¯ dans L. Tout homomorphisme d’anneaux de A dans L induit une surjection de R sur R¯ (et est surjectif ).

(2)

Th´eor`eme 5.2. Soit P un polynˆome unitaire non constant de Z[X]. Soient Q ⊂ K une extension de scindement de P (consid´er´e comme un polynˆome de Q[X]), R l’ensemble des racines de P dans K et A le sous-anneau de K engendr´e par R (et Z).

Soit p un nombre premier. Soit P¯ le polynˆome (unitaire non constant, avec mˆeme degr´e que P) de Fp[X] obtenu en r´eduisant modulo p les coefficients de P. Soient Fp ⊂L une extension de scindement de P¯ et R¯ l’ensemble des racines de P¯ dans L.

On suppose que le polynˆome P¯ est s´eparable.

Alors :

(a) Le polynˆome P (consid´er´e comme un polynˆome de Q[X]) est s´eparable.

(b) Il existe un homomorphisme d’anneaux de A dans L ; un tel homomor- phisme induit une bijection de R sur R¯ (et est surjectif ).

(c) Soient G et G¯ les groupes de Galois respectifs des extensions Q ⊂ K et Fp ⊂ L ; l’automorphisme de l’anneau A induit par un ´el´ement σ de G est encore not´e σ. Soit enfin Hom(A, L) l’ensemble des homomorphismes d’anneaux de A dans L.

(c.1) L’action `a droite ´evidente du groupe G sur l’ensemble Hom(A, L) est libre : ρ◦σ =ρ, avec ρ dans Hom(A, L) et σ dans G, implique que σ est l’identit´e.

(c.2) L’action `a droite ´evidente du groupe G sur l’ensemble Hom(A, L) est transitive : pour tout couple (ρ, ρ0) d’´el´ements de Hom(A, L) il existe un ´el´ement σ de G tel que l’on a ρ0 =ρ◦σ.

(c.3) L’action `a gauche ´evidente du groupe G¯ sur l’ensemble Hom(A, L) est libre : τ◦ρ= ρ, avec τ dans G¯ et ρ dans Hom(A, L), implique que τ est l’identit´e.

(Pr´ecisons lourdement l’´enonc´e du point (c) : un automorphisme σ de K induit un automorphisme de l’anneau A parce que l’inclusion σ(R) ⊂ R implique l’inclusion σ(A)⊂A.)

La d´emonstration de la proposition 5.1 et du th´eor`eme 5.2 est renvoy´ee `a la fin du chapitre. On explicite auparavant les informations que donnent le th´eor`eme 5.2 sur le groupe de Galois d’un polynˆome unitaire `a coefficients entiers.

(3)

Corollaire 5.3. Soit P un polynˆome unitaire non constant de Z[X]. Soient Q ⊂ K une extension de scindement de P (consid´er´e comme un polynˆome de Q[X]) et R l’ensemble des racines de P dans K.

Soit p un nombre premier. Soit P¯ le polynˆome (unitaire non constant, avec mˆeme degr´e que P) de Fp[X] obtenu en r´eduisant modulo p les coefficients de P. Soient Fp ⊂L une extension de scindement de P¯ et R¯ l’ensemble des racines de P¯ dans L.

On suppose que le polynˆome P¯ est s´eparable.

Alors :

(a) Le polynˆome P (consid´er´e comme un polynˆome de Q[X]) est s´eparable.

(b) Soient G et G¯ les groupes de Galois respectifs des extensions Q⊂ K et Fp ⊂ L. Il existe un homomorphisme de groupes injectif g : ¯G → G et une bijection d’ensembles h: ¯R→R v´erifiant les propri´et´es suivantes :

(C) Le couple (g, h) est compatible avec les actions de G¯ sur R¯ et de G sur R, c’est-`a-dire que l’on a h(τ(β)) =g(τ)(h(β)) pour tout β dans R¯ et tout τ dans G.¯

(P) La bijectionh−1:R→R¯ se prolonge en un homomorphisme d’anneaux, du sous-anneau de K engendr´e par R (et Z), dans L.

(c) Soient g et h comme ci-dessus ; soientg0 un homomorphisme de groupes injectif de G¯ dans G et h0 une bijection d’ensembles de R¯ sur R. Alors les deux propri´et´es suivantes sont ´equivalentes :

(i) (g0, h0) v´erifie (C) et h0 v´erifie (P) ;

(ii) il existe un ´el´ement σ de G tel que l’on a g0(τ) =σg(τ)σ−1 et h0(β) = σ(h(β)) pour tout τ dans G¯ et tout β dans R.¯

De plus si (ii) est v´erif´ee alors σ est uniquement d´etermin´e.

En particulier, si le groupe de Galois Gest commutatif alors l’homomorphis- me (injectif ) de groupes g : ¯G→G du point (b) est uniquement d´etermin´e.

D´emonstration du point (b). On reprend les notations du th´eor`eme 5.2. On choisit un homomorphisme d’anneaux ρ : A → L. Soit τ un ´el´ement de ¯G, les points (c.1) et (c.2) de 5.2 montrent qu’il existe un unique ´el´ement σ de G tel que l’on a τ ◦ ρ = ρ◦σ. On pose g(τ) = σ. Le point (c.1) de 5.2 implique que l’applicationg : ¯G→Gainsi d´efinie est un homomorphisme de

(4)

groupes ; le point (c.3) de 5.2 montre que cet homomorphisme est injectif.

D’apr`es le point (b) de 5.2,ρinduit une bijection de Rsur ¯R; on prend pour h : ¯R→R la bijection inverse. L’´egalit´e τ ◦ρ=ρ◦(g(τ)) pour tout τ dans G¯ implique bien l’´egalit´eh(τ(β)) =g(τ)(h(β)) pour tout β dans ¯R et toutτ dans ¯G.

D´emonstration du point (c). Cons´equence des points (c.1) et (c.2) de 5.2.

Le fait que le groupe de Galois ¯G = Gal(L/Fp) est cyclique engendr´e par l’automorphisme de Frobenius de L (Th´eor`eme 2.2.4) conduit maintenant `a l’´enonc´e 5.4 ci-dessous, moins pr´ecis que l’´enonc´e 5.3 (la propri´et´e (P) n’est pas prise en compte), mais bien plus concret :

Corollaire 5.4. Soit P un polynˆome unitaire non constant de Z[X] de degr´e n. Soit Q ⊂ K une extension de scindement de P (consid´er´e comme un polynˆome de Q[X]) ; soient Gle groupe de Galois de cette extension et R l’ensemble des racines de P dans K.

Soit p un nombre premier. Soit P¯ le polynˆome (unitaire non constant, avec mˆeme degr´e que P) de Fp[X] obtenu en r´eduisant modulo p les coefficients de P.

On suppose que le polynˆome P¯ est s´eparable.

Soit

P¯ =F1F2. . . Fr

la d´ecomposition en facteurs unitaires irr´eductibles de P¯ dans Fp[X] ; soit ni le degr´e de Fi, i= 1,2, . . . , r.

Alors :

(a) Le polynˆome P (consid´er´e comme un polynˆome de Q[X]) est s´eparable.

(b) Il existe un ´el´ement σ de G tel que la partition de R en orbites sous l’action du sous-groupe de G engendr´e par σ est de la forme

R=R1

aR2

a. . .aRr

avec Ri de cardinal ni, i = 1,2, . . . , r. En d’autres termes il existe une bijection ν : R → {1,2, . . . , n} telle que le sous-groupe de Sn correspondant via ν `a G contient la permutation

(1,2, . . . , n1)(n1+ 1, n1+ 2, . . . , n1 +n2). . .(nr−1 + 1, nr−2+ 2, . . . , n) produit dans Sn des cycles (1,2, . . . , n1), (n1 + 1, n1+ 2, . . . , n1 +n2), . . ., (nr−1+ 1, nr−2+ 2, . . . , n), de longueurs respectivesn1, n2, . . ., nr.

(5)

Expliquons pourquoi le point (b) de 5.3 implique le point (b) de 5.4. On reprend les notations de 5.3. Soit ¯R = ¯R1`2`. . .`r la partition en orbites de ¯R sous l’action de ¯G. Alors, d’apr`es la proposition 3.4.2.9, la d´ecomposition en facteurs unitaires irr´eductibles de ¯P dans Fp[X] est de la forme ¯P =F1F2. . . Fr avec Fi = Qβ∈R¯i(X−β), i = 1,2, . . . , r ; on observe que le degr´e de Fi est ´egal au cardinal de ¯Ri. Compte tenu du point (b) de 5.3 la partition en orbites de R sous l’action du sous-groupe g( ¯G) de G est R = R1`R2`. . .`Rr avec Ri = h( ¯Ri) ; on observe que le cardinal de Ri est encore le degr´e deFi. Soitφl’automorphisme de Frobenius deL; comme on l’a rappel´e plus haut le groupe de Galois ¯G est cyclique engendr´e par φ.

On obtient le point (b) de 5.4 en prenant σ = g(φ) (et en observant que σ engendre g( ¯G)).

Remarque 5.5. Soit m le p.p.c.m. des entiers ni de l’´enonc´e 5.4. On v´erifie que m est l’ordre de la permutation de ¯R induite par φ. On en d´eduit que l’entier m est encore :

- l’ordre deφ dans ¯G; - le cardinal de ¯G ;

- le degr´e de l’extensionFp ⊂L ; - l’ordre deσ dans G.

Remarque 5.6. Le point (c) de l’´enonc´e 5.3 implique que la classe de conju- gaison dans G de l’´el´ement σ du point (b) de l’´enonc´e 5.4 est “canonique”.

Exercice 5.7. On propose dans cet exercice une variante conceptuelle de la d´emonstration du th´eor`eme 4.1.4.1 concernant le groupe de Galois des extensions cyclotomiques de Q.

Soient n ≥1 un entier et Q⊂K une extension de scindement du polynˆome Xn−1 de Q[X]. On sait d´ej`a d’apr`es la proposition (facile) 4.1.3.2 que l’on dispose d’un homomorphisme de groupes injectif e : Gal(K/Q) →(Z/n)× ; il s’agit de montrer que e est en fait un isomorphisme.

Soient p un nombre premier qui ne divise pasn et Fp ⊂L une extension de scindement du polynˆome Xn−1 de Fp[X].

(6)

1) Expliquer pourquoi l’on dispose d’un homomorphisme de groupes injectif

“canonique” de Gal(L/Fp) dans Gal(K/Q).

On note g cet homomorphisme.

2) Montrer que le diagramme

Gal(L/Fp) −−−→g Gal(K/Q)

y

e

y

e

(Z/n)× (Z/n)× est commutatif.

(Utiliser la propri´et´e P apparaissant dans le point (b) de l’´enonc´e 5.3.) 3) Montrer que l’image par l’homomorphisme e : Gal(L/Fp) → (Z/n)× du Frobenius de L est la classe de pmodn. En d´eduire que l’homomorphisme e : Gal(K/Q)→(Z/n)× est surjectif.

(7)

D´emonstration de la proposition 5.1

On note n le degr´e de P et on pose R = {α1, α2, . . . , αr}. Par d´efinition, le polynˆome P admet une factorisation dansA[X] de la forme

P = (X−α1)v1(X−α2)v2. . .(X−αr)vr avec vi ≥1 pouri= 1,2, . . . r etv1+v2+. . . vr=n.

D´emonstration du point (a) de la proposition 5.1

On se convainc de ce que leZ-module sous-jacent `a Aest libre de dimension finie en constatant qu’il est sans torsion et de type fini (Corollaire 2.2.2 du fascicule

“Modules sur les anneaux principaux”). La premi`ere propri´et´e est claire puisque A est un sous-Z-module duQ-espace vectorielK. Pour la seconde on observe que Aest engendr´e (commeZ-module) par les ´el´ementsα1e1αe22. . . αerr deAavecei < n pouri= 1,2, . . . r(c’est ici que l’on utilise le fait queP est unitaire et `a coefficients dans Z).

Il reste `a v´erifier l’´egalit´e dimZA = dimQK. Celle-ci r´esulte de la propri´et´e plus pr´ecise suivante : touteZ-base deAest aussi uneQ-base deK. D´etaillons un peu.

Il est ´evident qu’une Z-base de A est une famille libre du Q-espace vectoriel K. Une Z-base de A est une famille g´en´eratrice du Q-espace vectoriel K parce que pour tout ´el´ement x de K il existe un ´el´ement non nul d(x) de Z tel que d(x)x appartient `a A.

D´emonstration de l’implication(i)⇒(ii) du point (b) et du point (c) de la propo- sition 5.1

Soitρ:A→Lun homomorphisme d’anneaux ; comme d’habitude on note encore ρ : A[X] → L[X] l’homomorphisme d’anneaux induit. Par application de cet homomorphisme on obtient la factorisation dansL[X]

ρ(P) = (X−ρ(α1))v1(X−ρ(α2))v2. . .(X−ρ(αr))vr .

Observons maintenant que l’image par ρ du sous-anneau Z de A est contenue dans le sous-corps Fp de L et que l’homomorphisme induit de Z dans Fp est la r´eduction modulop. Cette observation montre que la factorisation ci-dessus peut ˆ

etre r´e´ecrite de la fa¸con suivante

P¯ = (X−ρ(α1))v1(X−ρ(α2))v2. . .(X−ρ(αr))vr .

Si l’on suppose que ρ est surjectif alorsL est en outre engendr´e par lesρ(αi) (qui ne sont pas forc´ement deux `a deux distincts) puisque A est engendr´e par les αi : L’extensionFp ⊂Lest bien une extension de scindement du polynˆome ¯P deFp[X].

(8)

Le point (c) r´esulte de la factorisation de ¯P qui apparaˆıt ci-dessus.

D´emonstration de l’implication(ii)⇒(i) du point (b) de la proposition 5.1 On pose ¯A=A/pA; ¯Aest une Fp-alg`ebre de dimension finie : dimFpA¯= dimZA.

Soit m un id´eal maximal de ¯A. Il est `a noter que l’on peut ici se convaincre de l’existence d’un tel id´eal sans invoquer l’axiome du choix ; en effet un id´eal de A¯ est en particulier un sous-espace vectoriel du Fp-espace vectoriel sous-jacent `a A¯ ce qui montre que la longeur de toute suite strictement croissante d’id´eaux de A, distincts de ¯¯ A, est major´ee par dimFpA. L’anneau quotient ¯¯ A/mest un corps de caract´eristiquep et le compos´e π :A →A/m¯ des homomorphismes d’anneaux canoniques A → A¯ et ¯A → A/m¯ est un homomorphisme d’anneaux surjectif.

D’apr`es ce que l’on vient de voir, l’extension Fp ⊂ A/m¯ est une extension de scindement de ¯P.

Soit maintenant Fp ⊂ L une extension de scindement de ¯P. D’apr`es le point (b) du th´eor`eme 1.4.5 (“unicit´e” de l’extension de scindement d’un polynˆome) il existe un (Fp-) isomorphisme de corps θ: ¯A/m→L. Le compos´e θ◦π est bien un homomorphisme d’anneaux surjectif.

D´emonstration du th´eor`eme 5.2

D´emonstration du point (a) du th´eor`eme 5.2

On utilise la proposition 3.4.2.14 : un polynˆome non constant est s´eparable si et seulement si son discriminant est non nul.

Soit C un corps ; soit

P =Xn−a1Xn−1+a2Xn−2+· · ·+ (−1)nan un polynˆome deC[X], unitaire de degr´e n≥1.

On rappelle que le discriminant de P, not´e dis(P), est un ´el´ement de C et qu’il existe un polynˆome “universel” D(−,−,· · · ,−), `a coefficients entiers, ennind´eter- min´ees, tel que l’on a :

dis(P) = D(a1, a2, . . . , an) . On suppose maintenant que P appartient `aZ[X].

On prend C=Q. La formule ci-dessus montre que dis(P) appartient en fait `a Z. On prend C=Fp. La formule

dis( ¯P) = D(¯a1,¯a2, . . . ,¯an) ,

(9)

¯

a1,a¯2, . . . ,a¯n d´esignant la r´eduction modulo p des entiers a1, a2, . . . , an, montre que dis( ¯P) est la r´eduction modulop de dis(P). L’implication

dis( ¯P)6= 0⇒dis(P)6= 0 en d´ecoule.

D´emonstration du point (b) du th´eor`eme 5.2

Le point (b) de la proposition 5.1 dit qu’il existe un homomorphisme d’anneaux de A dansL. D’apr`es le point (c) de cette mˆeme proposition un tel homomorphisme induit une surjection de R sur ¯R. Si l’on suppose que ¯P est s´eparable alors les ensembles R et ¯R ont mˆeme cardinal, `a savoir le degr´e de P, et cette surjection est une bijection.

D´emonstration des points (c.1) et (c.3) du th´eor`eme 5.2

Soient ρ un ´el´ement de Hom(A, L), σ un ´el´ement deG etτ un ´el´ement de ¯G ; on note ρ|R la bijection de R sur ¯R induite par ρ, σ|R la permutation de R induite parσ etτ|R¯ la permutation de ¯R induite par τ.

L’´egalit´e ρ◦σ = ρ implique l’´egalit´e ρ|R◦σ|R = ρ|R, il en r´esulte que σ|R est l’identit´e de R et donc queσ est l’identit´e de K.

Pareillement l’´egalit´e τ ◦ρ=ρ implique l’´egalit´e τ|R¯◦ρ|R|R, il en r´esulte que τ|R¯ est l’identit´e de ¯R et donc queτ est l’identit´e de L.

D´emonstration du point (c.2) du th´eor`eme 5.2 Il s’agit du point le plus d´elicat du chapitre.

On observe tout d’abord que l’ensemble Hom(A, L) est fini. En effet, il est clair que l’applicationρ7→ρ|R (la notationρ7→ρ|Rest introduite ci-dessus) d´efinie sur cet ensemble et `a valeurs dans l’ensemble des bijections de R sur ¯R est injective ; on a donc card(Hom(A, L))≤n!, nd´esignant le degr´e de P, la notation card(−) d´esignant le cardinal d’un ensemble fini. On va montrer que l’on a en fait l’in´egalit´e

card(Hom(A, L))≤card(G) . (1)

Le point (c.2) en r´esultera. Expliquons pourquoi. Soitρun ´el´ement de Hom(A, L), le point (c.1) implique d´ej`a que l’application G → Hom(A, L) , σ 7→ ρ◦σ est injective, l’in´egalit´e (1) impliquera qu’elle est aussi surjective.

On d´emontre maintenant l’in´egalit´e (1).

(10)

Soit ρ un homomorphisme d’anneaux de A dans L. Comme l’on a ρ(pA) = 0, puisque L est de caract´eristiquep, l’homomorphismeρ est le compos´e de l’homo- morphisme d’anneaux canonique A → A¯ (comme pr´ec´edemment, on pose ¯A = A/pA) et d’un homomorphisme d’anneaux (de Fp-alg`ebres) de ¯A dans Lque l’on note ˜ρ. On observe que l’applicationρ7→ρ˜est une bijection. On observe ´egalement que puisqueρ est surjectif (point (c) de la proposition 5.1) alors il en est de mˆeme pour ˜ρ. L’homomorphisme ˜ρ est donc quant `a lui le compos´e de l’homomorphisme d’anneaux canonique ¯A → A/Ker ˜¯ ρ et d’un isomorphisme d’anneaux de ¯A/Ker ˜ρ sur L.

Soient ρ et ρ0 deux homomorphismes d’anneaux de A dans L. Ce qui pr´ec`ede montre que les deux conditions suivantes sont ´equivalentes :

(i) les noyaux Ker ˜ρ et Ker ˜ρ0 co¨ıncident ;

(ii) il existe un ´el´ement τ dans ¯Gtel que l’on aρ0 =τ ◦ρ.

Ceci peut se reformuler de la fa¸con suivante. Soient ¯G\Hom(A, L) l’ensemble quotient de l’action `a gauche du groupe ¯G sur l’ensemble Hom(A, L) (c’est-`a- dire le quotient par la relation d’´equivalence sur Hom(A, L) dont le graphe est form´e des couples v´erifiant (ii)) et M l’ensemble des id´eaux maximaux de ¯A , alors l’application ¯G\Hom(A, L) →M, que l’on note k, induite par l’application Hom(A, L)→M , ρ7→Ker ˜ρ est injective.

L’application k est aussi surjective : Soit m un id´eal maximal de ¯A, on a vu lors de la d´emonstration de l’implication (ii)⇒ (i) du point (b) de la proposition 5.1 qu’il existe un isomorphisme de corps de ¯A/m sur L, le noyau du compos´e de l’homomorphisme canonique ¯A→A/m¯ et de cet isomorphisme est bienm.

En conclusion, l’application

k: ¯G\Hom(A, L)→M est une bijection.

Il en r´esulte que l’ensemble M est fini (ce qui ´etait ´evident a priori puisque l’ensemble sous-jacent `a ¯A est fini) et, compte tenu du fait que l’action de ¯G sur Hom(A, L) est libre (point (c.3) du th´eor`eme 5.2), que l’on a l’´egalit´e

card(Hom(A, L)) = card(M)×card( ¯G) . (2)

L’in´egalit´e (1) d´ecoule de l’´egalit´e (2) et de l’in´egalit´e card(M)×card( ¯G)≤card(G) . (3)

Celle-ci est un avatar de l’in´egalit´e

card(M)×dimFp(L)≤dimFp( ¯A) . (4)

(11)

En effet, on a :

- dimFpL= card( ¯G) d’apr`es la proposition 3.4.2.6 ; - dimFpA¯= dimZA;

- dimZA= dimQK d’apr`es le point (c) de la proposition (5.1) ; - dimQK = card(G) toujours d’apr`es la proposition 3.4.2.6.

Il reste `a v´erifier l’in´egalit´e (4). Celle-ci est cons´equence du lemme suivant : Lemme 5.8. SoitΛun anneau ; soient m1,m2, . . . ,mr des id´eaux maximaux deΛ deux `a deux distincts (en nombre fini r ≥1). Alors l’homomorphisme d’anneaux canonique

Λ→

r

Y

i=1

Λ/mi est surjectif.

Expliquons comment le lemme 5.8 implique l’in´egalit´e (4). D’apr`es ce lemme l’homomorphisme d’anneaux canonique

A¯→ Y

m∈M

A/m¯

est surjectif. Comme cet homomorphisme est en particulier un homomorphisme de Fp-espaces vectoriels on obtient l’in´egalit´e

dimFp Y

m∈M

A/m¯ ≤dimFp

qui implique bien l’in´egalit´e (4) puisque chaque ¯A/mest isomorphe `a L (en tant qu’extension de Fp et donc en tant que Fp-espace vectoriel).

D´emonstration du lemme 5.8

Le cas r= 1 est trivial ; on supposera doncr≥2.

Soient ietj dans{1,2, . . . , r} avec i6=j. L’id´ealmi+mj (constitu´e des ´el´ements de la forme x+y avec x ∈ mi et y ∈ mj) est ´egal `a Λ ; en effet mi +mj 6= Λ entraˆınerait mi+mj =mi,mi+mj =mj, etmi=mj. Il existe donc des ´el´ements uij de Λ tels que l’on a uij ∈ mi et uij +uji = 1. On pose ei = Qj6=iuji ; on v´erifie que l’on a les congruencesei≡1 (modmi) et ei ≡0 (mod mj) pourj 6=i.

Ces ´el´ements ei de Λ permettent d’exhiber un ant´ec´edent pour tout ´el´ement de

(12)

Qr

i=1Λ/mi : Soient ξi, i= 1,2, . . . , r, un ´el´ement de Λ/mi et xi un repr´esentant de ξi dans Λ, on a tout fait pour que l’image par l’homomorphisme canonique du lemme 5.8 de l’´el´ement Pri=1xiei de Λ soit (ξ1, ξ2, . . . , ξr).

Remarque 5.9. La d´emonstration que l’on a donn´ee du point (c.2) du th´eor`eme 5.2 montre que l’on a en fait dimFpQm∈MA/m¯ = dimFpA¯ ; il en r´esulte que l’homomorphisme d’anneaux canonique

A¯→ Y

m∈M

A/m¯

est un isomorphisme.

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