Étude asymptotique des suites
Cours de É. Bouchet ECS1 11 mars 2019
Table des matières
1 Suites équivalentes 2
1.1 Dénition . . . 2
1.2 Propriétés des suites équivalentes . . . 2
1.3 Équivalents usuels . . . 4
2 Suites négligeables 6 2.1 Dénition . . . 6
2.2 Relation entre équivalence et négligeabilité . . . 6
2.3 Propriétés . . . 7
2.4 Exemples de référence . . . 8
1 Suites équivalentes
1.1 Dénition
Soientu etvdeux suites. On dit queu etvsont équivalentes lorsqu'il existe une suiteϕet un entier n0 tels que∀n>n0,un=vnϕn et que lim
n→∞ϕn= 1. On note alorsun∼vn. Dénition (Suites équivalentes).
Soit uetv deux suites. Si v ne s'annule pas à partir d'un certain rang, alors u etvsont équivalentes ⇐⇒ lim
n→∞
un vn
= 1.
Proposition.
Démonstration. (démonstration à connaître) Par hypothèse, il existe un entiern1 tel que ∀n>n1,vn6= 0.
Si u est équivalente à v, il existe un entiern0 et une suite ϕ qui converge vers 1 tels que pour tout n > n0, un=vnϕn. Donc pourn>max(n0, n1), on obtient uvnn =ϕn, ce qui donne :
n→∞lim un vn
= lim
n→∞ϕn= 1.
Réciproquement, si lim
n→∞
un
vn = 1, on pose pour n>n1 :ϕn= uvn
n. Par construction,∀n>n1,un=vnϕn, et
n→∞lim ϕn= lim
n→∞
un vn
= 1.
Donc uetv sont équivalentes.
Exemple 1. Donner un équivalent des suites de terme général 2n2−n+ 6
3n3−1 et (1−n)(n+ 6) (n+ 1)(n+ 2)(2n+ 3). 2n2−n+ 6
3n3−1 ∼ 2
3n. En eet,
n→∞lim
2n2−n+ 6 3n3−1 ×3n
2
= 1.
(1−n)(n+ 6)
(n+ 1)(n+ 2)(2n+ 3) ∼ − 1
2n. En eet,
n→∞lim
(1−n)(n+ 6)
(n+ 1)(n+ 2)(2n+ 3)(−2n) = 1.
1.2 Propriétés des suites équivalentes
Soit u,v etwtrois suites. Si un∼vn etvn∼wn alorsun∼wn. Proposition (Transitivité des équivalents).
Démonstration. On suppose que un ∼ vn et vn ∼ wn. Il existe alors deux suites ϕ et ψ qui convergent vers 1 et un entiern0 tel que∀n>n0,un=vnϕn etvn=wnψn. Alors∀n>n0,
un= (ϕnψn)wn, et(ϕnψn) converge vers1 par produit. Doncun∼wn.
Soit uetv deux suites.
Siu converge vers un réel`∈R∗, alors un∼`.
Siun∼vnet si v converge, alorsuconverge également et lim
n→+∞un= lim
n→+∞vn. Proposition (Équivalents et limites).
Démonstration.
Siu converge vers`6= 0, alors (u`n) converge vers1et donc un∼`.
Siun∼vn, alors existe une suiteϕqui converge vers1et un entiern0tels que∀n>n0,un=vnϕn. On suppose que v converge vers un réel`. Alors par limite d'un produit, uconverge et lim
n→+∞un=`×1 =`.
Soit uetv deux suites.
un∼0⇐⇒un= 0 à partir d'un certain rang.
Siun∼vnet si v s'annule, alorsu s'annule aussi.
Siun∼vnet si v est de signe constant, alorsu l'est également et est de même signe quev. Proposition (Équivalents et signe de la suite).
Démonstration. Siun∼vn, il existe une suiteϕqui converge vers 1etn0∈Ntels que∀n>n0,un=ϕnvn. Avec ces notations,
Si un ∼0 (cas vn= 0), alors ∀n>n0,un =ϕn×0 = 0. Réciproquement, s'il existe n0 ∈Ntel que ∀n>n0, un= 0, alors ∀n>n0,un= 1×0. Commelimn→+∞1 = 1, alors un∼0.
Siv s'annule au rang n1>n0, alors
un1 =ϕn1vn1 =ϕn10 = 0.
On suppose que v est de signe constant. La suite ϕ converge vers 1, donc est à termes positifs à partir d'un certain rang n1. Donc∀n>max(n0, n1),un=vnϕnest du signe de vn.
Soit u,v,w ettquatre suites. Siun∼vn etwn∼tn, alors unwn∼vntn. Si de plusw ne s'annule pas, alors un
wn ∼ vn tn. Proposition (Produit et quotient d'équivalents).
Remarque. Il est inutile de vérier quetne s'annule pas pour appliquer le résultat : si wne s'annule pas, alors tne s'annule pas non plus.
Soit uetv deux suites, et α un réel. Siun∼vn et siuαn est bien déni, alorsuαn∼vnα. Proposition (Équivalents et passage à la puissance).
Remarque. Ce résultat est en particulier vrai pour toutes les suites si α ∈N, pour toutes les suites ne s'annulant pas siα∈Z\Net pour toutes les suites strictement positives si α∈R.
Démonstration. Les deux derniers résultats se démontrent simplement en revenant à la dénition des équivalents.
Remarque. ATTENTION ! Toute autre opération sur les équivalents est interdite, notamment la composition à gauche et la somme.
1.3 Équivalents usuels
Soit uune suite convergeant vers 0 etα un réel non nul xé. Alors :
ln(1 +un)∼un, eun−1∼un, (1 +un)α−1∼αun, sinun∼un, cos(un)−1∼ −u2n 2 . Proposition (Équivalents usuels).
Démonstration. (démonstration à connaître) Les résultats découlent de la dérivabilité des fonctions considérées, et de la valeur du taux d'accroissement en0 (sauf dans le cas du cosinus). On eectue ici la démonstration dans le cas où une s'annule pas à partir d'un certain rang, le cas général sera traité plus tard dans l'année.
Par exemple : sif(x) = ln(1 +x), alors f est dérivable sur]−1,+∞[et :
x→0lim
ln(1 +x) x = lim
x→0
ln(1 +x)−ln(1 + 0)
x−0 =f0(0) = 1
1 + 0 = 1.
Comme u converge vers0, on trouve par composition de limites :
n→∞lim
ln(1 +un) un
= 1,
ce qui montreln(un+ 1)∼un.
Pour l'équivalent du cosinus, on commence par utiliser la formule de duplication cos(un)−1 = −2 sin u2n2
et comme u2n converge vers 0, on peut appliquer l'équivalent du sinus : sin u2n ,
∼ u2n. Par passage au carré (autorisé car c'est une puissance) et produit par un scalaire,
cos(un)−1 =−2 sinun 2
2
∼ −2un 2
2
∼ −u2n 2 .
Exemple 2. Calculer la limite de la suite dénie sur N∗ par un = 1 +n1n
(que l'on n'avait pas su étudier dans le chapitre sur les suites).
On ne peut pas utiliser(1 +un)α−1∼αuncarαne peut pas dépendre den. On passe alors sous forme exponentielle :
∀n>1,
1 + 1n
= exp
nln
1 + 1 .
On est donc ramenés à étudier la limite de nln(1 + n1). Comme n1 converge vers 0, ln 1 +n1
∼ n1 et on trouve par produit avecn:
nln
1 + 1 n
∼n1 n = 1.
Donc lim
n→+∞nln
1 + 1 n
= 1 et par composition de limite avec l'exponentielle (continue en1), lim
n→+∞un=e1=e. Exemple 3. Calculer la limite de la suite dénie pourn>3parun=
1− 2
n
3n
. Comme pour l'exemple précédent, on passe sous forme exponentielle :
∀n>3,
1− 2 n
3n
= exp
3nln
1− 2 n
.
On est donc ramenés à étudier la limite de3nln(1− 2n). Comme −2n converge vers0 et par produit d'équivalents : 3nln
1− 2
n
∼3n
−2
n
=−6.
Donc lim
n→+∞3nln
1− 2 n
=−6 et par composition de limite avec l'exponentielle (continue en−6), lim
n→+∞un=e−6.
Soit k∈N. Alors
n
k
∼ nk k!.
Proposition (Équivalent des coecients binomiaux).
Remarque. Attention, cette relation est vraie pour un entierkxé, donc kne peut pas dépendre den. Démonstration. On écrit :
∀n>k,
n
k
= 1
k!n(n−1)(n−2). . .(n−k+ 1).
Orn∼n−1, n∼n−2, . . .,n∼n−k+ 1. Donc par produit d'équivalents, n(n−1)(n−2). . .(n−k+ 1)∼nk. Il sut alors de diviser park!pour obtenir le résultat annoncé.
Exemple 4. Soitp∈]0,1[. Soit(Xn)n∈N∗ une suite de variables aléatoires réelles, avec ∀n∈N∗,Xn,→ B n,pn . Soit k∈N, calculer lim
n→+∞P(Xn=k).
∀n>k, P(Xn=k) =
n
k
p
n
k
1− p n
n−k
∼ nk k!
pk nk
1−p
n
n−k
= pk k!exp
(n−k) ln
1− p n
. Or np converge vers0, donc(n−k) ln 1−np
∼(n−k) −pn
∼ −p. Donc lim
n→+∞(n−k) ln 1− p
n
=−p et on trouve en composant par l'exponentielle (continue en−p) puis par produit :
n→+∞lim P(Xn=k) = pke−p k! .
2 Suites négligeables
2.1 Dénition
Soient u etv deux suites. On dit que u est négligeable devantv lorsqu'il existe une suiteε et un entier n0 tels que∀n>n0,un=vnεn et que lim
n→∞εn= 0. On note alorsun=o(vn).
Dénition (Suites négligeables).
Remarque. On prononce "un est un petit o devn".
Soit uetv deux suites. On suppose que v ne s'annule pas à partir d'un certain rang. Alors :
u est négligeable devantv⇐⇒ lim
n→∞
un
vn
= 0.
Proposition.
Démonstration. Par hypothèse, il existe un entier n1 tel que ∀n>n1,vn6= 0.
Siuest négligeable devantv, il existe un entiern0 et une suiteεqui converge vers0tels que pour toutn>n0, un=vnεn. Donc pour n>max(n0, n1), on obtient uvnn =εn, ce qui donne :
n→∞lim un
vn = lim
n→∞εn= 0.
Réciproquement, silimn→∞un
vn = 0, on pose pour n>n1 :εn= uvn
n. Par construction,∀n>n1,un=vnεn, et
n→∞lim εn= lim
n→∞
un vn
= 0.
Donc uest négligeable devantv.
2.2 Relation entre équivalence et négligeabilité Soit uetv deux suites. Alors un∼vn⇐⇒un−vn=o(vn).
Proposition.
Démonstration. (démonstration à connaître)
Supposons que un ∼ vn. Alors il existe une suite ϕ qui converge vers 1 et un entier n0 tels que ∀n > n0, un=vnϕn. Et donc∀n>n0,
un−vn=vn(ϕn−1), où (ϕn−1)converge vers0. D'où la négligeabilité.
Supposons queun−vn=o(vn). Alors il existe une suite εqui converge vers0et un entiern0 tels que∀n>n0, un−vn=εnvn. Et donc ∀n>n0,
un=vn(1 +εn), où converge vers . D'où l'équivalence.
2.3 Propriétés
Soit u,v etwtrois suites et λun réel. Alors :
Siun=o(wn) etvn=o(wn)alorsλun+vn=o(wn). Siun=o(wn) alorsunvn=o(wnvn).
Proposition (Somme et produit de suites négligeables).
Démonstration.
On suppose queun=o(wn)etvn=o(wn). Il existe donc deux suitesϕetψconvergeant vers0et un entier n0
tels que ∀n>n0,un=ϕnwn etvn=ψnwn. On a donc ∀n>n0, λun+vn= (λϕn+ψn)wn, avec λϕ+ψ qui converge vers 0. Doncλun+vn=o(wn).
On suppose que un =o(wn). Il existe donc une suite ϕ convergeant vers 0 et un entier n0 tels que ∀n >n0, un=ϕnwn. D'où ∀n>n0,
unvn=ϕnwnvn, avec ϕqui converge toujours vers 0. Doncunvn=o(wnvn).
Soit uetv deux suites et α >0. Siun=o(vn) et siuαn etvαn sont bien dénis, alors uαn =o(vnα). Proposition (Suites négligeables et passage à la puissance).
Remarque. Ce résultat est en particulier vrai pour toutes les suites siα ∈ N∗ et pour toutes les suites strictement positives siα∈R∗+.
Soit u,v etwtrois suites. Si un=o(vn) et sivn∼wn, alors un=o(wn).
Proposition (Suites négligeables et équivalents).
Soit u,v etwtrois suites. Si un=o(vn) et sivn=o(wn), alors un=o(wn). Proposition (Transitivité des suites négligeables).
Soit uune suite. Si un=o(1) alors lim
n→+∞un= 0. Proposition (Suite négligeable devant 1).
Démonstration. Tous ces résultats se démontrent simplement en revenant à la dénition de la négligeabilité.
Exemple 5. Soit(un) une suite qui vérie :
un=−2 + 3 n+ 4
nlnn +o
1
n2
. Déterminer les limites de(un),((un+ 2)n) et un+ 2−n3
n2 . On sait queo n12
converge vers0, donc par somme de limitesu converge vers−2. De même, (un+ 2)n= 3 + 4
lnn +o
1
n
→3.
Et par croissances comparées :
un+ 2− 3 n
n2 = 4n
lnn +o(1)→+∞.
Exemple 6. On suppose queun= 2 +n1 +o n12
+o(1). Simplier au maximum cette expression.
On commence par gérer les petits o : n12
1 converge vers0, donc n12 =o(1)etun= 2 +n1 +o(1). On remarque ensuite que 1n =o(1), donc un= 2 +o(1).
2.4 Exemples de référence
On a :
nα =o(nβ) lorsque α < β,
(lnn)β =o(nα) lorsque α >0 etβ >0, nα =o(an) lorsque α >0 eta >1,
an =o(bn) lorsque |a|<|b|, an =o(n!) lorsque a∈R.
Proposition.
De manière générale, on peut se servir de toutes les croissances comparées pour l'étude asymptotique d'une suite. On les rappelle ci-dessous (dans un produit, le comportement de la colonne de plus faible numéro l'emporte) :
1 2 3 4
n→+∞lim n! = +∞ q >1, lim
n→+∞qn= +∞ a >0, lim
n→+∞na= +∞ b >0, lim
n→+∞(lnn)b = +∞
0< q <1, lim
n→+∞
1
qn = +∞
n→+∞lim 1
n! = 0 |q|>1, lim
n→+∞
1
qn = 0 a <0, lim
n→+∞na= 0 b <0, lim
n→+∞(lnn)b = 0
|q|<1, lim
n→+∞qn= 0
Le corollaire suivant est en particulier très utile :
Pour tout réel α >0 et pour tout réelq ∈]−1,1[,qn=o n1α
. Corollaire.
Démonstration. lim qn
= lim qnnα= 0 par croissances comparées, d'où le résultat.