PRIX NATIONAUX EN SANTÉ MENTALE CRÉÉS À L’OCCASION DU 5
EANNIVERSAIRE DE LA COMMISSION
Catégorie: Partenariat
Lauréat: COALITION TALKING ABOUT MENTAL ILLNESS DE DURHAM
Région de Durham, Ontario tamidurham.ca
LA COALITION TALKING ABOUT MENTAL ILLNESS DE DURHAM MISE SUR LES CAS VÉCUS
CONTEXTE
Les données rapportées par l’organisme Santé mentale pour enfants Ontario révèlent qu’un jeune sur cinq est aux prises avec un trouble de santé mentale et que 80 p. 100 de ces jeunes ne reçoivent pas l’aide dont ils ont besoin. En outre, les statistiques indiquent que 70 p. 100 des adultes atteints de maladie mentale ou d’un trouble mental affirment que leur problème est apparu avant l’âge de 18 ans.
Il est impossible de déterminer avec exactitude comment chaque personne atteinte d’une maladie mentale se sent ou perçoit sa vie et le monde qui l’entoure. Chaque individu est unique et évolue dans un environnement qui lui est propre. Des recherches ont démontré que les personnes atteintes de troubles mentaux éprouvent couramment des sentiments d’anéantissement, d’inutilité, de
honte, de solitude, de désespoir et de peur et que la stigmatisation empêche plusieurs d’entre elles, particulièrement des jeunes, de demander de l’aide.
Les messages transmis par ceux qui ont côtoyé la maladie mentale capable et qui racontent leur expérience touchent les jeunes qui se questionnent sur leur santé mentale et les adultes qui s’inquiètent du mieux-être mental de leurs proches. L’implication de personnes en situation de vécu dans des programmes de sensibilisation peut faire naître un dialogue devenu nécessaire sur la santé mentale.
APERÇU
Vers la fin des années 1990, en collaboration avec le conseil scolaire du district de Toronto, le Centre de toxicomanie et de santé mentale a réalisé un projet pilote abordant le problème de la santé mentale dans les écoles. La réponse a été généralement positive et l’on a jugé que le témoignage d’une personne ayant côtoyé la maladie mentale profiterait aux étudiants. C’est le tremplin qui a mené à une initiative régionale élargie.
En 2002, la coalition Talking about Mental Illness (T.A.M.I.) a été formée dans la région de Durham, vaste municipalité située à l’est de Toronto, en Ontario. La coalition, qui a été fondée par cinq partenaires, en comptait 15 en 2011, dont quatre conseils scolaires, des intervenants en santé et en santé mentale, en droit juvénile, en dépendances et en besoins spéciaux. Elle regroupe l’Association canadienne pour la santé mentale à Durham, le Distress Centre Durham, le conseil scolaire catholique du district de Durham, le conseil scolaire du district de Durham, la Clinique du tribunal de la famille de Durham, les Services en santé mentale de Durham, les Services à la jeunesse Frontenac, le conseil
scolaire Kawartha Pine Ridge, les services à l’enfance et aux familles Kinark, le programme pour enfants, jeunes et familles de Lakeridge Health Oshawa, le centre Ontario Shores pour les sciences de la santé mentale, le conseil scolaire catholique du district de PVNC, le centre Pinewood de Lakeridge Health, Resources for Exceptional Children and Youth de Durham et le Youth Centre.
Le projet de sensibilisation à la santé mentale T.A.M.I. de Durham aide les élèves et les enseignants des niveaux primaire et secondaire à connaître et à repérer les symptômes associés à un trouble mental ou à la maladie mentale ainsi qu’à lutter contre la stigmatisation. L’initiative est bâtie autour d’hommes et de femmes en situation de vécu qui jouent un rôle d’intermédiaire expliquant les troubles mentaux en termes concrets aux jeunes, mais s’attardant également à raconter leur rétablissement. Les efforts de la coalition sont axés sur deux types d’activités : les conférences données aux élèves et aux enseignants dans les écoles de la région et la conférence au sommet Stomping Out Stigma (S.O.S.) pour les jeunes.
En 2011, huit conférenciers ayant côtoyé la maladie mentale ont sillonné la région pour faire le récit de leur lutte contre la maladie mentale dans 95 présentations qui ont rejoint environ 10 000 jeunes et professionnels. Ils ont raconté comment leur problème de santé mentale est apparu, les premiers signes de maladie mentale, les symptômes éprouvés, la peur qu’ils ont ressentie, le traitement qu’ils ont suivi et leur cheminement vers le rétablissement. « Rien n’est censuré dans ces récits. Nous veillons à ce qu’ils parlent de la maladie, mais qu’ils mettent l’accent sur l’espoir et le rétablissement », indique Bob Heeney, président de la coalition T.A.M.I. de Durham et coordonnateur de développement communautaire au centre Ontario Shores pour les sciences de la santé mentale.
Les conférences au sommet biennales S.O.S., organisées par le centre Ontario Shores, invitent de 120 à 150 étudiants provenant de plus de 30 écoles secondaires à participer au dialogue sur la santé mentale. Deux programmes offerts respectivement aux étudiants des niveaux secondaire et primaire y servent de tribune où les jeunes peuvent partager leur expérience, leurs forces, leurs points de vue et leurs plans d’action dans un environnement de soutien exempt de jugement. Chacun de ces sommets réserve une place à l’éducation sur la santé mentale, à des ateliers expérimentaux, à des échanges, à des occasions de détruire les mythes et les stéréotypes et d’interagir avec des personnes qui racontent leur expérience personnelle avec la maladie mentale et l’incidence de la stigmatisation sur leur rétablissement.
Les étudiants participent à des café rencontres où on leur remet un « menu » contenant les directives de la conversation à venir. L’activité force les jeunes à réfléchir à des questions cruciales, d’abord pour faire le point sur leur propre attitude face à la santé mentale, puis pour échafauder ensemble des plans d’action qui leur permettront d’agir et de sensibiliser leurs amis, leurs camarades et toute leur école.
Un financement initial de 10 000 $ a été versé par le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse de l’Ontario. La philosophie de la coalition, qui prône la discussion sur la santé mentale, a attiré l’attention de la communauté ainsi que les dons d’organismes locaux et nationaux. La fondation pour la santé mentale du centre Ontario Shores soutient également la coalition T.A.M.I. en sollicitant des organismes locaux et nationaux qui commanditent la mise en œuvre de ce projet sur la santé mentale chez les jeunes. Les sommes recueillies sont divisées entre, d’une part, les honoraires, les déplacements, les cérémonies de remise de prix, les certificats des conférenciers et la documentation utilisée lors des réunions et, d’autre part, les dépenses liées aux conférenciers invités aux sommets biennaux S.O.S.
DÉFIS ET OPPORTUNITÉS
Depuis ses débuts, la coalition T.A.M.I. de Durham reconnaît que son succès repose sur des orateurs adéquatement formés et recevant un soutien approprié. C’est pourquoi elle mise sur le développement de ses orateurs. Bob Heeney a cru au pouvoir des récits personnels lorsqu’il a
entendu Ivor, l’un des premiers conférenciers, raconter son expérience de la maladie mentale dans un gymnase rempli d’étudiants [voir les récits d’Ivor et de Megan pour plus de détails]. « Son histoire m’a touché, se rappelle-t-il. J’en avais les larmes aux yeux. Il était complètement transparent. Son témoignage m’a convaincu du potentiel du programme. »
En raison du calendrier chargé, Bob Heeney admet s’inquiéter des conséquences d’un aussi grand nombre de conférences sur le groupe d’orateurs. Ils lui assurent toutefois qu’ils apprécient l’expérience. « Le sujet est extrêmement lourd et chargé de sens, mais ils s’amusent, assure-t-il. Notre partenariat est basé sur la confiance, la créativité et la passion de livrer notre message. »
À mesure que les résultats du modèle T.A.M.I. se font connaître, la coalition profite de toutes les occasions possibles pour partager ses apprentissages et son expertise avec d’autres communautés [voir la section Incidence positive pour plus de détails.].
INNOVATION
La pierre d’assise du modèle T.A.M.I. est l’engagement d’individus qui ont vécu l’expérience de la maladie mentale et de la stigmatisation et qui racontent leur parcours.
Le modèle du sommet S.O.S. a été conçu spécialement pour faire participer et habiliter les jeunes et pour nouer des liens entre les écoles participantes et les organismes partenaires de la coalition T.A.M.I. de Durham. Il a reçu la bourse d’excellence du Ministre pour l’innovation en matière de promotion de la santé ainsi que le prix IBM pour les pratiques exemplaires de l’Association des hôpitaux de l’Ontario.
Les ressources en ligne permettent également de rejoindre les jeunes ainsi que les étudiants, les parents et les enseignants. Le site Web de la coalition T.A.M.I. de Durham (tamidurham.ca) [en anglais seulement], propose un jeu vidéo soulignant l’importance d’éradiquer la stigmatisation (Stomping Out Stigma). On y présente également des individus qui ont contribué à sensibiliser la population à la santé mentale ainsi que de l’information pour toute personne souhaitant devenir conférencier.
De l’information sur le projet T.A.M.I. est actuellement en ligne sur la page Facebook du centre Ontario Shores et une page Facebook consacrée spécialement à cette initiative sera en ligne prochainement.
INCIDENCE POSITIVE
De 2002 à 2011, plus de 450 conférences ont rejoint environ 35 000 étudiants et enseignants. Dix sommets S.O.S. ont accueilli plus de 1 100 étudiants et 500 professionnels. Plus de 40 conférences ont été présentées à quelque 3 760 étudiants de 7e et 8e année.
Les commentaires recueillis révèlent que les jeunes sont plus sensibilisés que jamais aux questions de santé mentale. Des évaluations réalisées en 2007 et en 2009 indiquent que les étudiants qui ont participé à un sommet S.O.S. possèdent 35 p. 100 plus de connaissances sur la maladie mentale et démontrent une amélioration de 12 p. 100 quant à leur attitude face aux personnes atteintes de maladie mentale. Le projet est également évalué par l’initiative Changer les mentalités de la Commission de la santé mentale du Canada, conçue pour identifier et évaluer les programmes de lutte contre la stigmatisation en vue d’établir leur efficacité et leur potentiel de réplication à plus vaste échelle.
Pamela Garant, enseignante à l’école secondaire de Durham, a constaté un effet immédiat sur ses étudiants. Après leur participation à un premier sommet S.O.S., quatre jeunes ont commencé à préparer un plan d’action pour sensibiliser leurs pairs à la santé mentale. Le « café » du Sommet est devenu la rampe de lancement pour ce qu’elle décrit comme un projet visant à « donner au suivant
». Les jeunes étaient gonflés à bloc cette année-là. Les quatre étudiants qui avaient participé au
sommet y sont retournés avec trois autres. La deuxième année, le groupe comptait 30 élèves, et la troisième, 70.
Une association permanente dirigée par des étudiants s’est donné pour mission de sensibiliser son environnement à la question de la santé mentale et d’éliminer la stigmatisation. Les enseignants et les jeunes sont désormais de plus en plus à l’aise d’aborder le sujet ouvertement. « Grâce à ce mouvement, les enseignants sont plus conscients de la problématique et plus compatissants, constate Pamela Garant. La stigmatisation provient en bonne partie du langage. C’est un facteur auquel nous devons nous attarder. » Elle ajoute également que des étudiants viennent lui exposer leurs inquiétudes sur leur santé mentale après avoir assisté à l’une des présentations de la coalition.
Le modèle T.A.M.I. a fait des petits. En effet, grâce à des liens tissés par le biais du projet Changer les mentalités, deux conférences ont été données à Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, qui ont mené à la fondation d’une coalition T.A.M.I. dans cette communauté. Le programme en milieu scolaire a été institué dans les deux conseils scolaires de Yellowknife.
En Ontario, le modèle des sommets S.O.S. a été adopté dans la région de York, entre autres, grâce à l’appui de l’organisme Bonne santé mentale au Canada. En 2011, cinq sommets S.O.S. ont attiré plus de 750 étudiants et enseignants de niveau secondaire. Un sommet est également en préparation à Sydney, en Nouvelle-Écosse.
ENSEIGNEMENTS ET ACQUIS
Il faut prévoir environ six mois pour former un orateur qualifié et il est important d’investir le temps requis pour que le conférencier soit en mesure de raconter son histoire d’une manière qui touche son public. « Nos conférenciers expliquent qu’il est important de faire le premier pas et de reconnaître que l’on doit parler de sa situation à quelqu’un. On doit faire comprendre au public que plus ce pas est franchi rapidement, mieux c’est », souligne Bob Heeney. Bien que les présentations soient parfois graves et très explicites, elles sont efficaces grâce à la formation prodiguée aux orateurs.
« La première fois que j’ai raconté mon histoire à Bob, j’ai mis 45 minutes, dont trois minutes à pleurer
», se souvient Megan, l’une des premières conférencières TA.M.I. [voir les récits d’Ivor et de Megan]. « J’ai découvert qui j’étais et les éléments avec lesquels je n’étais pas à l’aise. »
Pamela Garant a mis le doigt sur un autre défi que comporte son métier : bien des enseignants ne savent pas comment aider un jeune ayant un problème de santé mentale. Or, les ateliers offerts aux sommets S.O.S. l’ont non seulement enchantée en raison de l’enthousiasme de ses élèves, mais lui ont aussi fait prendre conscience que des formations plus poussées étaient nécessaires pour aider les enseignants à reconnaître les préoccupations potentielles en matière de santé mentale de leurs élèves. « Tous les enseignants ont besoin d’une formation en santé mentale, poursuit-elle. Elle devrait faire partie du curriculum. Mais nous ne recevons aucune formation du genre. J’enseigne la psychologie, mais qu’en est-il des professeurs de mathématiques ou d’anglais? Je plains ces enseignants et leurs élèves qui éprouvent un besoin en ce sens. »
Tous les intervenants s’entendent pour affirmer qu’une attention et des ressources immédiates sont requises pour lutter contre cette lacune.
L’AVENIR
Comme le projet T.A.M.I. de Durham ne peut se rendre quotidiennement dans toutes les écoles, on recherche actuellement des moyens de fournir des ressources ponctuelles. La coalition travaille sur une application pour appareils mobiles dont les jeunes pourront se servir pour avoir accès à des ressources locales, à des numéros de téléphone utiles et à des contacts en cas de crise. L’application contiendra également les biographies des conférenciers. « Ces personnes sont notre lien avec les étudiants, rappelle Bob Heeney. Nous voulons présenter le cheminement de nos conférenciers aux
jeunes. »
Si des ressources financières lui sont accordées, la coalition projette d’élargir l’initiative démarrée à Yellowknife pour combler le manque d’information et de soutien en matière de santé mentale dans le Nord. « Il est grand temps que nous commencions à investir le Nord, soutient Bob Heeney.
La région est peuplée de gens merveilleux, mais ils doivent composer avec des ressources et des services aux jeunes limités. Avec des formations, notre modèle peut facilement être reproduit ailleurs au pays. »
LES RÉCITS D’IVOR ET DE MEGAN
Ivor et Megan sont conférenciers du projet T.A.M.I. de Durham. Ils parlent avec leur cœur des expériences qu’ils ont vécues et partagent des récits intimistes et émouvants.
Atteint de schizophrénie, Ivor a grandi dans un milieu où régnaient les abus et l’alcoolisme. Il entendait parfois des voix dans sa tête, mais on lui répétait d’arrêter de faire le pitre. Contre toute attente, il a surmonté ces obstacles et s’est rétabli. « Il a reçu l’aide dont il avait besoin et est devenu un modèle de rétablissement, souligne Bob Heeney. Aujourd’hui, il chante le country pour les enfants. »
Megan était aux prises avec de la dépression, un trouble obsessionnel-compulsif et de l’anxiété lorsqu’elle a été admise au programme interne pour adolescents du centre Ontario Shores pour les sciences de la santé mentale. Durant huit mois, elle y est restée pour cheminer vers le rétablissement. Elle a accompli des progrès remarquables et se dit ravie d’avoir la chance d’aider d’autres personnes ayant des problèmes semblables. Elle se souvient notamment d’une journée particulière, en 9e année, alors qu’elle avait besoin de se confier mais qu’elle ne savait pas vers qui se tourner. « Je ne connaissais pas les ressources disponibles. Je voulais parler à quelqu’un, mais la stigmatisation associée aux maladies mentales m’a empêchée de demander de l’aide », raconte-t- elle. Elle s’est fait du mal et a songé au suicide. Elle a tout de même survécu à cette période sombre.
Elle a décroché un diplôme universitaire et s’est mariée.
Pour son travail de sensibilisation à la santé mentale et de lutte contre la stigmatisation, Megan a reçu le prix Mary Neville 2009, remis par le Peel Children’s Centre de Mississauga à une personne qui a fait une contribution exceptionnelle à la santé mentale des enfants. En 2010, elle a également décroché le prix national d’excellence de la Fondation Kaiser dans la catégorie Jeunes leaders, qui récompense une personne pour ses réalisations extraordinaires dans les domaines de la santé mentale, des dépendances et des problèmes connexes.
By Séamus Smyth and Cathy Nickel Mental Health Commission of Canada