Énoncé
L'objet de ce problème est de montrer que tout automorphisme de l'algèbre des matrices 2×2sur un corpsKest une conjugaison.
Il comporte trois parties. La première rassemble divers résultats utiles pour la suite, la deuxième porte sur une décomposition des endomorphismes de l'espace vectoriel des ma- trices et la troisième démontre le résultat annoncé.
On désigne parMl'algèbre des matrices2×2à coecients dans un corpsK. On adopte les notations suivantes :
E1= 1 0
0 0
, E2= 0 0
1 0
, E3= 0 1
0 0
, E4= 0 0
0 1
, I= 1 0
0 1
La familleB= (E1, E2, E3, E4)est une base deM, on ne demande pas de le vérier.
On noteL l'ensemble des endomorphismes de M. Un automorphisme de l'algèbreM est un élémentΓdeLbijectif vériant
∀(X, Y)∈ M2, Γ(XY) = Γ(X)Γ(Y)
SoitAetB deux matrices deM. On dénit une applicationΦA,B deMdansMpar :
∀X ∈ M, ΦA,B(X) =A X B
Partie I. Outils.
1. Quel est le nombre de lignes et de colonnes de la matrice d'un élément de L dans la baseB? Quelle est la dimension duK-espace vectorielL?
2. a. SoitA etB deux matrices deM, montrer queΦA,B∈ L.
b. SoitB ∈ GL2(K), montrer queΦB−1,B est un automorphisme de l'algèbre M. Un automorphisme de ce type est appelé une conjugaison.
3. a. Soitλ∈K, calculerPλ−1APλ avec Pλ=
1 λ 0 1
, A=
a b c d
b. SoitA∈ Mtelle queP−1AP =Apour touteP ∈GL2(K). Montrer qu'il existe µ∈K tel queA=µI.
4. On note θ l'application de M dans M dénie par θ(X) = tX pour tout X ∈ M. Vérier queθ∈ Let calculer la matrice deθdans la baseB.
Partie II. Décompositions des endomorphismes de M .
L'objet de cette partie est de montrer que tout élément de L se décompose en une somme d'au plus quatre endomorphismes de type ΦA,B et de donner des propriétés de telles décomposition.
Dans cette partie,k∈Net(A1,· · ·, Ak),(B1,· · · , Bk)sont deux familles de matrices dans Mavec
Φ = ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk
1. Montrer que sirg(A1,· · ·, Ak) = 1 alors il existeAetB dansMtels queΦ = ΦA,B. 2. a. CalculerΦA,B(E1),ΦA,B(E2),ΦA,B(E3),ΦA,B(E4)pour
A= a b
c d
, B=
b1 b3
b2 b4
En déduire la matrice (notéeA◦B) deΦA,B dans la baseB. Vérier l'expression (par blocs) suivante
A◦B=
b1A b2A b3A b4A
b. SoitA,B,P,Qdes éléments deM. Montrer que (P◦Q) (A◦B) = (P A)◦(B Q) 3. Pourientre 1 etk, on note :
Bi= b(i)1 b(i)3 b(i)2 b(i)4
!
pouri∈ {1,· · ·, k}
On note aussi la matrice deΦdansBavec des blocs 2×2 : MatBΦ =
U1 U2 U3 U4
a. Exprimer lesU1,U2,U3,U4 en fonction desAi et des éléments des matricesBi. b. SoitV1,V2,V3,V4dansM. Former la matrice dans Bde
ΦV1,E1+ ΦV2,E2+ ΦV3,E3+ ΦV4,E4
4. On dira qu'un élément deL admet une décomposition de longueurk si et seulement si il s'écrit
ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk
avec deux familles(A1,· · ·, Ak),(B1,· · ·, Bk)de matrices dansM.
a. Montrer que tout élément deL admet une décomposition de longueur4. b. Montrer que tout élément deL admet une décomposition
ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk
de longueur k ≤ 4 pour laquelle (A1,· · ·, Ak) et (B1,· · ·, Bk) sont libres. (On pourra considérer la plus petite des longueurs possibles).
5. Former une décomposition de longueur4de l'applicationθ(transposition) dénie dans la partie I et montrer qu'elle n'admet pas de décomposition de longueur3.
6. a. On considère des familles(A1,· · · , Ak),(B1,· · · , Bk),(B01,· · ·, Bk0), de matrices dansM. On suppose que(A1,· · ·, Ak)est libre. Montrer que
ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk = ΦA1,B0
1+· · ·+ ΦAk,B0
k ⇒(∀i∈ {1,· · ·k}Bi=Bi0) b. On considère des familles(A1,· · · , Ak),(A01,· · ·, A0k),(B1,· · ·, Bk), de matrices
dansM. On suppose que(B1,· · · , Bk)est libre. Déduire de la question précédente que
ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk= ΦA0
1,B1+· · ·+ ΦA0
k,Bk ⇒(∀i∈ {1,· · ·k}Ai=A0i)
Partie III. Automorphismes de M .
Dans cette partie Γ désigne un automorphisme de l'algèbre M. En tant qu'élément de L, il admet une décomposition
Γ = ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk
pour laquelle(A1,· · ·, Ak)et (B1,· · · , Bk)sont libres etk≤4.
1. a. Montrer queΓ(I) =I et que, pourX ∈ M,Γ(X) =I si et seulement siX=I. b. SoitX ∈ M, montrer queX est inversible si et seulement siΓ(X)est inversible.
2. a. Montrer que, pour toutientre1etk et toutY ∈ M, Y Bi=BiΓ(Y), AiY = Γ(Y)Ai
b. Soiti etj entre1et ketY ∈ Minversible. CalculerΓ(Y−1)AiBjΓ(Y).
3. a. Montrer que, pour tousietjentre1etk, il existeλi,j∈Ktel queAiBj=λi,jI. b. Montrer qu'il existe un i tel que λi,i 6= 0. On supposera que i = 1. En déduire
queA1est inversible. Comment s'exprimeB1? 4. Montrer queΓest une conjugaison.
Corrigé
Partie I. Outils
1. CommeMest de dimension4, la matrice d'un élément deLdansBest4×4. En tant queK-espace vectoriel,Lest de dimension16.
2. a. La linéarité deΦA,B est une conséquence de la linéarité du produit matriciel.
b. Par associativité du produit matriciel : ΦB−1,B(X)ΦB−1,B(Y) = B−1XB
B−1Y B
=B−1X(BB−1)Y B
= ΦB−1,B(XY) pour toutes matricesX etY. De plusΦB−1,Best bijectif car on vérie facilement que
ΦB−1,B◦ΦB,B−1 =IdM
3. a. On peut remarquer quePλest la matrice d'une opération élémentaire, sa matrice inverse est doncP−λ. Après calculs, on trouve
Pλ−1APλ=
a−λc b+ (a−d)λ−cλ2
c d+λc
b. Comme la propriétéP−1AP = A est vraie pour toutes les matrices inversibles elle doit l'être pour lesPλ pour tous lesλ. On en déduit
a−λc=a d+λc=d b+ (a−d)λ−cλ2=b
⇒
( λc= 0 λ(a−d−λc) = 0
et comme ceci doit être vérié pour tous lesλ, on en déduitc= 0etd=a. Si on poseµ=a=d, et si on écrit queAcommute avec
0 1 1 0
on obtient queb= 0et queA=µI.
4. La transposition est linéaire et vérieT(XY) =T(Y)T(X). De plus, T(E1) =E1, T(E2) =E3, T(E3) =E2, T(E4) =E4
ce qui se traduit par :
MatB(T) =
1 0 0 0 0 0 1 0 0 1 0 0 0 0 0 1
=
E1 E2
E3 E4
en notant avec des blocs2×2.
Partie II
1. Sirg(A1,· · ·, Ak) = 1, il existe une matrice A et des scalaires λi tels que Ai =λiA pourientre1 etk. On peut alors écrire, pour toutX ∈ M,
Φ(X) =λ1AXB1+· · ·+λkAXBk=AX(λ1B1+· · ·+λkBk) =AXB
avecB=λ1B1+· · ·+λkBk. 2. a. Calcul desΦA,B(Ei), il vient
ΦA,B(E1) = a b
c d
1 0 0 0
b1 b3 b2 b4
= a b
c d
b1 b3 0 0
=
ab1 ab3 cb1 cb3
ΦA,B(E2) = a b
c d
0 0 1 0
b1 b3 b2 b4
= a b
c d
0 0 b1 b3
=
bb1 bb3 db1 db3
ΦA,B(E3) = a b
c d
0 1 0 0
b1 b3
b2 b4
= a b
c d
b2 b4
0 0
=
ab2 ab4
cb2 cb4
ΦA,B(E4) = a b
c d
0 0 0 1
b1 b3
b2 b4
= a b
c d
0 0 b2 b4
=
bb2 bb4
db2 db4
Ceci s'écrit encoreΦA,B(E1) =ab1E1+cb1E2+ab3E3+cb3E4,· · ·. On en déduit
A◦B = MatBΦA,B=
ab1 bb1 ab2 bb2 cb1 db1 cb2 db2 ab3 bb3 ab4 bb4 cb3 db3 cb4 db4
=
b1A b2A b3A b4A
b. Pour toutX deM,
ΦP,Q◦ΦA,B(X) = ΦP,Q(AXB) = (P A)X(BQ) = ΦP A,BQ(X)
La matrice dans une base de la composée de deux endomorphismes est le produit des matrices des endomorphismes dans la même base. On peut alors écrire
(P◦Q)(A◦B) = MatB(ΦP,Q◦ΦA,B) = MatB(ΦP A,BQ) = (P A)◦(BQ)
3. a. La matrice deΦdansBest la somme des matrices trouvées en II.1. En identiant les blocs, on obtient
Uj =
k
X
i=1
b(i)j Ai
pourj entre1et 4.
b. D'après la question précédente, la matrice demandée est 1V1 0V1
0V1 0V1
+
0V2 1V2
0V2 0V2
+
0V3 0V3
1V3 0V3
+
0V4 0V4
0V4 1V4
=
V1 V2
V3 V4
4. a. D'après la question précédente, n'importe quelle matrice 4×4, lorsqu'elle est écrite avec des blocs 2×2 apparait comme la matrice d'une somme de quatre matrices d'endomorphismes du typeΦA,B. Ceci est vrai pour la matrice dansB d'un élément quelconque deL qui admet donc une décomposition de longueur4. En particulier, pourΦ∈ L,
MatBΦ =
V1 V3
V2 V4
⇒Φ = ΦV1,E1+ ΦV2,E2+ ΦV3,E3+ ΦV4,E4
b. Considérons un élément Φ de L. Il admet des décompositions. Considérons le plus petit élément noték de l'ensemble des longueurs des décompositions de Φ. Il existe donc des matricesAi etBitelles que
Φ = ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk
Si(A1,· · ·, Ak)était liée, un de ses vecteurs serait combinaison linéaire des autres.
Cela entraine l'existence d'une décomposition de longueur strictement plus petite.
Par exemple
Ak=λ1A1+· · ·+λk−1Ak−1
⇒Φ(X) =
k−1
X
i=1
AiXBi+
k−1
X
i=1
λiAi
!
XBk =
k−1
X
i=1
AiX(Bi+λiBk)
Le raisonnement est analogue avec lesBi.
5. D'après les questions I.4 et II.3, on peut écrire MatB(T) =
E1 E2
E3 E4
⇒θ= ΦE1,E1+ ΦE2,E2+ ΦE3,E3+ ΦE4,E4
Supposons que θ admette une décomposition ΦC1,D1+ ΦC2,D2 + ΦC3,D3 de longueur 3. En utilisant II.3.a. et en identiant les blocs on obtient
E1=d(1)1 C1+d(2)1 C2+d(3)1 C3 E2=d(1)2 C1+d(2)2 C2+d(3)2 C3 E3=d(1)3 C1+d(2)3 C2+d(3)3 C3 E4=d(1)4 C1+d(2)4 C2+d(3)4 C3
Ces relations sont impossibles car elles signient que les quatre matricesEisont toutes combinaisons de 3 matrices xées(C1, C2, C3). La famille(E1, E2, E3, E4)devrait être liée (condition susante de dépendance) ce qui est évidemment faux.
6. a. Lorsque lesAi forment un système libre,k est inférieur ou égal à 4. Traduisons l'égalité dansL
ΦA1,B1+· · ·+ ΦAk,Bk= ΦA1,B0
1+· · ·+ ΦAk,B0
k
par l'égalité des matrices dans la baseB. Identions les blocs dont l'expression vient de II.3.a. On obtient quatre relations entre des matrices2×2
∀j∈ {1,2,3,4},
k
X
i=1
b(i)j Ai=
k
X
i=1
b0j(i)Ai
Pour chaquej entre1et 4, le fait que(A1,· · · , Ak)soit libre entraîne queb(i)j = b0j(i)pour tous lesi entre 1 etksoit Bi=Bi0.
b. SupposonsPk
i=1AiXBi = Pk
i=1A0iXBi et la famille des Bi libre. Le raisonne- ment précédent ne s'applique pas directement.
On peut s'y ramener en transposant le tout. Comme la transposition est un iso- morphisme deM, la famille(tB1,· · ·,tBk)est libre ettX décritM. Le raisonne- ment précédent donne alorstAi=tA0i puisAi=A0i.
Partie III
1. a. Montrons d'abord que Γ(I) = I. En eet, comme Γ est surjective, il existe X dansMtelle queΓ(X) =I. Alors
Γ(I) = Γ(I)I= Γ(I)Γ(X) = Γ(IX) = Γ(X) =I Réciproquement, siΓ(X) =I= Γ(I), l'injectivité deΓentraineX =I. b. SiX est inversible d'inverseY,
I= Γ(I) = Γ(XY) = Γ(X)Γ(Y) doncΓ(X)est inversible d'inverseΓ(Y).
Réciproquement, si Γ(X) est inversible d'inverse Z, comme Γ est surjective, il existe unY tel que Γ(Y) =Z. AlorsI = Γ(X)Z = Γ(X)Γ(Y) = Γ(XY) donc XY = 1 doncX est inversible.
2. a. Fixons un Y quelconque et considérons l'application linéaire X → Γ(XY). CommeΓ(XY) = Γ(X)Γ(Y). On peut en écrire deux décompositions :
∀X ∈ M,
k
X
i=1
AiX Y Bi=
β
X
i=1
AiX BiΓ(Y)
Comme la famille (A1,· · ·, Aβ) est libre, on peut identier (d'après II.6.a) les matrices de droite dans ces relations .
On en tireY Bi=BiΓ(Y)pour tous les ientre1et k.
De même à gauche, en écrivant deux décompositions deX→Γ(Y X)on obtient
∀X ∈ M,
k
X
i=1
AiY XBi=
β
X
i=1
Γ(Y)AiXBi
On en tireAiY = Γ(Y)Ai pour tous les ientre1etk.
b. La question précédente montre que l'on peut, d'une certaine manière, faire passer Y ouY−1de l'autre coté deAi ouBj. On en tire
Γ(Y−1)AiBjΓ(Y) =AiY−1Y Bj =AiBj
3. a. Comme Γ(Y)−1 décrit l'ensemble des matrices inversibles, la question I.3.b.
montreAiBj est une matrice scalaire de la formeλijI avecλij ∈K. On montre de même queBiAj =λijIavecλij∈K. En eet
Y−1BiAjY =BiΓ(Y−1)Γ(Y)Aj =BiAj
b. On a vu queΓ(I) =I. Exploitons cela avec la décomposition I=A1IB1+· · ·+AkIBk = (λ1,1+· · ·+λk,k)I
Ceci entraine que la somme desλest égale à1. Il en existe donc au moins un qui est non nul. On suppose que c'estλ1.
De la relationA1B1=λ1,1Iavecλ1,16= 0, on tire queA1 est inversible d'inverse
1
λ1,1B1. On rappelle que pour assurer l'inversibilité d'une matrice, l'existence d'un inverse d'un seul côté sut. On en déduit aussi que
B1=λ1,1A−11
4. De l'expression de B1, on déduit que B1 est inversible. Or, pour tous les Y ∈ M, Y B1=B1Γ(Y). On en déduit queΓ(Y) =B1−1Y1c'est à dire deΓest une conjugaison.